Archive | février 2014

Le Seigneur de la mort d’ Eliot Pattison

Écrivain américain (Pennsylvania 1951) qui est aussi avocat international,   auteur de livres sur le commerce international, sinologue et auteur de polars.

Les polars appartiennent à deux séries policières, celle de l’Inspecteur Shan, qui se déroule au Tibet et dont le premier tome en 2000 a reçu le Prix Edgar (Allan Poe); et une autre série, « Bone rattler » qui met en scène un immigrant écossais durant la guerre de Sept Ans aux USA (1750).

L’Inspecteur Shan est l’ancien inspecteur de police pékinois Shan Tao Yun, interné au Tibet dans un camp de travaux forcés pour avoir mis le nez dans des affaires de corruption impliquant de hauts responsables politiques chinois. Ainsi Shan tombera sous le charme des moines bouddhistes dont il deviendra un ami. Libéré sur parole il vit dans un coin perdu des pentes de l’Himalaya où il est chargé de descendre les corps des sherpas et des alpinistes morts en montagne.  Le héros est donc un chinois, mais un chinois victime de son propre système.

Il paraît que Eliot Pattison a décidé de témoigner le jour où il a découvert, en Chine, des militaires gardant la porte d’un temple bouddhiste; dans ses livres il parle donc d’une réalité du Tibet moderne: la domination chinoise sur le Tibet et ses habitants.

Ses romans nous font découvrir le Tibet, les croyances et superstitions de ses habitants, ses paysages encore sauvages, mais menacés, et le lien qui relie les hommes à leur terre.

Il n’y a pas de « réaction officielle » à ses livres en Chine, mais les  chinois ne peuvent pas accéder au site Internet d’Eliot Pattison et il existe un marché noir pour ses livres au Tibet…

Dans une interview, Pattison déclarait:… »my books are not just about Tibet, they are also about how the world we have created can work against the preservation of culture, religion, and fundamental human values« . Ou cet autre paragraphe intéressant:… »my major irritation in life is the way the entertainment and media industries have dumbed down entertainment, reading, and even intellectual debate in this country. They seem comitted to shortening our attention spans, lowering the education level of programming, and eliminating literary content for all they do ».

Le Seigneur de la mort (The Lord of death) est le sixième tome avec l’inspecteur Shan; ce polar m’a été chaudement recommandé par ma copine « docteur ès- polars » et je dis clairement et sans ambage que je n’ai pas aimé, trouvant le récit épais, lourd avec un sujet beaucoup « trop riche » et compliqué pour une lecture détente comme la mienne:  la haute montagne, le côté ethnologique très fort, le Tibet, le Népal, la mainmise violente de la Chine, les noms difficiles et confondants,  la très forte spiritualité; bref, je suis passée à côté de ce livre et j’ai failli l’abandonner par KO et saturation.

Impossible de vous résumer la trame du livre tellement c’est dense et recherché, et leeeeent ( c’est vrai qu’ on est en altitude et l’oxygène manque!).  En altitude les choses peuvent être violentes:...c’était là une vision typiquement tibétaine. La violence était comme une tempête, qui prenait dans ses griffes ceux qui la commettaient aussi bien que leurs victimes. Essayer de l’expliquer n’était qu’une perte de temps, il suffisait simplement de s’enterrer en lieu sûr et d’attendre qu’elle s’épuise  d’elle-même.

On apprend des choses sur ces peuplades, retirées du monde, mais riches d’une culture très ancrée dans la terre comme  le geste que les bouddhistes tibétains appellent le « toucher de la terre », une posture de méditation avec une main posée doigts vers le bas sur une jambe. Il y a une certaine poésie liée à la beauté absolue de la montagne à cet endroit de la Terre: ...les étoiles reprenaient  vie au-dessus de la montagne mère, autour de laquelle s’accrochait un panache argenté de neige pareil à une écharpe de prières sous le clair de lune.

On lit, effarée, jusqu’où la cruauté des chinois peut aller envers leurs prisonniers; ils appliquaient la procédure ‘ »pasteurisation cérébrale » consistant à forer une douzaine de trous dans le crâne d’un « patient » afin d’y insérer des fils métalliques portés au rouge qui cautérisaient certaines poches de cellules nerveuses (en liquéfiant la masse cérébrale…). Technique mise au point par les braves « docteurs » avec une efficacité extraordinaire pour « guérir » les comportements asociaux…(Eh ben, on comprend la détresse extrême de l’inspecteur Shan dont le fils Ko croupit dans un sinistre hôpital psychiatrique pour rébellion envers le régime communiste chinois).

Il en ressort une grande corruption de la part de ce régime communiste, mais sur ce point, je préfère de loin le livre de Philipe Dessertine Le gué du tigre, autrement plus direct et efficace pour nous introduire dans les arcanes de la corruption chinoise.

LE SEIGNEUR DE LA MORT, Collection 10/18  N° 4478 (Robert Laffont 2010),  ISBN 978-2 264-05424-1

La sangre de Medusa de José Emilio Pacheco

Gran personaje de las letras mexicanas que acaba de fallecer (Ciudad de México 1939-2014), autor perteneciente a la llamada « generación del 50″ mexicana: erudito, novelista, traductor del inglés (TS Elliot), especialista de Borges y de la literatura mexicana del siglo XIX, cuentista, pero sobre todo, reconocido poeta. Recibió numerosos premios, entre ellos el Cervantes 2009.

Reseñé en febrero 2012 su libro excelente Las batallas en el desierto(https://pasiondelalectura.wordpress.com/2012/02/03/las-batallas-en-el-desierto-de-jose-emilio-pacheco/)

La sangre de Medusa y otros cuentos marginales reúne textos heteróclitos escritos entre 1956-1984. Son relatos dispersos en revistas, periódicos y plaquetas, son textos variados y bastante complejos aunque escritos en un lenguaje coloquial.

El cuento que da título al conjunto, La sangre de Medusa fue objeto de una tésis brillante de M. Cannavacciuolo, publicada en 2010 en Anales de Literatura Hispanoamericana. Ella explica que Pacheco retoma el mito de Perseo de la literatura clásica europea para intercalar la historia del mediocre oficinista mexicano que enloquecerá después del asesinato de su vieja esposa. El uso de este procedimiento en los años 60, marca un período en que la literatura mexicana busca salir de los confines nacionales retomando lo universal para reutilizarlo al servicio de lo específico.

El pequeño libro está dividido en 5 capítulos con relatos variopintos y de duración desigual; nunca alcanzaron difusión comercial y hoy en día son difíciles de encontrar. Aunque están muy bien escritos no los encontré de un gran interés, demasiado heteróclitos y de temática enrevesada. En el prólogo  que data de 1990, Pacheco dedica el libro a su abuela Emilia Abreu de Berny que dominaba el idioma y la narrativa. Y también a otros personajes para los que Pacheco escribe:…Ellas y ellos y algunas y algunos más que por fortuna siguen entre nosotros me enseñaron el amor a la escritura como una actividad que lleva su recompensa en su ejercicio, al margen de su reconocimiento o desconocimiento públicos; la idea de que los textos no están acabados nunca y uno tiene el deber permanente de mitigar su imperfección y seguir corrigiéndose hasta la muerte.

Al adolescente que publicó en 1958 la primera Sangre de Medusa le digo: Aquí termina nuestra colaboración. Hice lo que pude. Ahora tú lee estos cuentos desde tu perspectiva irrecuperable y dime qué te parecen. Aún tengo mucho que aprender y de verdad tu juicio me interesa.

LA SANGRE DE MEDUSA, Biblioteca Era 1990,  ISBN 968-411-303-X

En un monde parfait de Laura Kasischke

Poétesse et romancière américaine (Michigan 1961) dont les romans se vendent plus en France que aux USA. Après avoir lu un premier roman d’elle , mue par la  curiosité: À moi pour toujours (Be mine), publié en France en 2007 et objet d’un billet le 4 février 2014 dans ce blog; je récidive 2 semaines plus tard avec ce  roman, le septième de l’auteur, publié en France en 2010 sous le titre  En un monde parfait (In a perfect world , 2009).

Je dois dire que je suis encore plus interloquée qu’avec le précédent. Voici un roman qui commence avec un tableau on ne peut plus idyllique, frôlant la mièvrerie et qui se déroule dans la classe moyenne américaine du middle-west. C’est l’histoire du beau mariage de Jiselle ( que ce nom sonne bizarre chez nous!): une belle hôtesse de l’air trentenaire, célibataire, qui croit tirer le gros lot en épousant le beau commandant de bord, veuf et père de trois enfants.  Comme dans le premier roman de Kasischke, j’ai failli abandonner la lecture au début, tellement la platitude du récit me barbait, avec tous ces clichés et ces poncifs ( page 70 on lit… il parut embarrassé d’avoir glissé cela dans la conversation, comme ces garçons élégants que Jiselle avait connus au lycée, qui auraient préféré se cogner dans les murs plutôt que de s’affubler de lunettes) Mais… à mi-roman,  j’ai senti  sourdre le venin par une distorsion  de ce  cadre si parfait . C’est tout de même un roman assez bizarre, un peu science-fiction, mais sans aller jusqu’à expliquer les choses: on parle d’épidémie, dite fièvre de Phoenix qui n’est pas sans nous rappeler la malheureuse histoire de la grippe aviaire chez nous (qui a coûté des millions d’euros à l’état, dilapidés pour RIEN) mélangée avec cette autre maladie infectieuse hémorragique due au virus Ebola. Kasischke a fait l’amalgame des deux pour mieux nous percuter, mais le résultat est peu convaincant. Cette ambiance de fin de monde n’est pas sans me rappeler celle décrite par Stephen King dans son livre le plus long, Le Fléau qui est beaucoup plus complet et crédible dans l’horreur. Il y a aussi une allusion au film de Hitchcock Les oiseaux de 1963 avec de nombreux  volatiles affolés.

Le personnage de Jiselle m’a paru si léger, si peu défini, si immatériel dans la description de son for intérieur, mais contrastant avec l’image d’une femme qui mène une action époustouflante, réfléchie face à une crise majeure. Jiselle ne nous avait pas preparés à  de tels dons pratiques; mais je crois que les américains sont comme cela, avant tout des gens d’action plus que de réflexion. Le personnage de Mark, le  mari, est à peine ébauché et Kasischke nous laisse le soin de lui coller l’étiquette de parfait salaud.

En revanche, je suis assez séduite par la façon de l’écrivaine pour nous décrire par le menu cette classe moyenne américaine avec des touches d’extrême clairvoyance, parfois avec de la méchanceté à revendre (les sentiments de la mère de Jiselle envers sa fille, ou les sentiments de Sara envers sa marâtre), parfois avec une justesse de ton parfaite (la promiscuité entre voisins sous l’aspect du parfait voisinage). La vie de la parfaite famille américaine telle que le peintre Norman Rockwell l’a representé (il est cité page 136), par exemple ici le jour de la Thanksgiving avec la sempiternelle dinde.Voici une interview de la romancière dans ses terres du Michigan, par François Bunel dans « Carnet de route » pour France 5 ( 7 minutes):

http://www.youtube.com/watch?v=ojT8_Nzavbs

Je crois que je laisserai passer du temps puis j’essaierai de lire deux autres livres. Je n’arrive pas à me faire une opinion bien claire au sujet de cette romancière. Et je continue à penser  que son écriture est bien étonnante pour une poétesse, un peu dans le style Dr Jekyll et Mister Hyde…En tout cas, elle dérange.

Le Magazine Littéraire a fait un très bon commentaire de ce livre:…s’il faut une morale à tout conte de fées, Laura Kasischke semble prôner celle du sacrifice pour mieux sacraliser l’amour maternel et les valeurs familiales. On dirait qu’elle épuise l’imagerie victorienne, au point que Jiselle rêve d’une porte à sa chambre à défaut d’une « chambre à soi ». Mais il faut se méfier des réseaux d’images qui hantent En un monde parfait car ils sont autant de chimères ou de talismans auxquels Jiselle s’accroche. Ainsi de l’idéal de perfection que promet le titre, qui revient comme un refrain et finit par perdre tout son sens. « Une maison parfaite », où règne le fantôme de la femme d’avant? « Un couple parfait » qui ne se voit presque jamais? Tel « enfant parfait », a qui on a dû raser le crâne, telle « famille parfaite », où personne ne se parle? Et que faire de ce « monde parfait » dont on sait dès la première ligne qu’il court à la catastrophe?

EN UN MONDE, Christian Bourgois Éditeur 2010,  ISBN 978-2-267-02115-8

El camino de Miguel Delibes

Miguel Delibes (Valladolid 1920-2010) es un novelista español con vasta bibliografía, miembro de la RAE desde 1975. Gran conocedor de la flora y de  la fauna de su amada Castilla y cazador apasionado. Es una de las primeras figuras de la literatura española de  posguerra y es un autor muy galardonado, entre otros premios, el Cervantes 1993. Pasó los veranos de su infancia en el municipio cántabro de Molledo, del cual se  inspirará para el escenario de El camino.

El camino es su tercera novela, publicada en 1950 y una de sus novelas más laureadas. Es la obra que le permitió encontrar un estilo narrativo, es también una novela que denota los genes de escritor- nato de Delibes,  capaz de crear un mundo ficcional completísimo.

A este autor lo descubrí un día, y desde entonces quise leerle todos sus libros porque su castellano sencillamente me deslumbró. Creo no haberle leído todo, pero le leí hasta sus libros de cinegética, en busca de vocabulario y otras preciosidades. Este libro acaba de ser presentado, esta semana,  en reunión literaria, siempre animada de manera brillante por nuestra musa en lengua hispana, la entrañable Sonia, para quien va mi más sincero homenaje.

Existe una adaptación del libro para  TVE,  de Josefina Molina (1978),   con 5 capítulos filmados en Molledo, serie que fue premiada en el Festival Internacional de Praga en 1978. Pueden ver la serie con este enlace:

http://www.rtve.es/television/el-camino/

Existe también una película de 1963 por Ana Mariscal;   pueden apreciar   9 minutos con este otro enlace:

http://www.youtube.com/watch?v=Z930oLKuosA

El relato tiene una circularidad temporal y espacial porque empieza y termina con la última  noche del protagonista,   Daniel El Mochuelo de 11 años que su padre envía a la ciudad a cursar estudios  porque quiere que Daniel progrese en la vida y se salve de la condición de quesero.  El Mochuelo se desvelará toda la noche,  rememorándose hasta en los mínimos detalles  su vida en el pueblo, que es todo su mundo, con sus amigos del alma: Roque el Boñigo y Germán El Tiñoso. Todos los personajes del pueblo tienen un apodo, en general con respecto a detalles físicos o a la personalidad.

Durante esta última noche insomne,  El Mochuelo hará memoria de todas las travesuras y vivencias en el pueblo que jalonaron su infancia porque toma consciencia  que ha llegado al final de  la infancia y a la pérdida de la inocencia.  También está muy consciente de la separación irremediable que ocasionará su partida del terruño, con respecto a lo que fue su mundo hasta ahora.   

Los temas principales de esta novela preciosa, están claramente planteados: 1) la naturaleza utilizada como conector entre las experiencias de los personajes; por los animales, los chicos se enteran de las cosas de la vida; 2) la muerte con tres muertes y un suicidio en el relato. Delibes explicó en su tiempo que en su niñez, la muerte lo obsesionaba porque su padre tenía más de 50 años cuando él nació y la idea de la muerte lo rondaba en permanencia. Hay líneas admirables sobre la muerte, página 204 leemos…Vivir de esta manera era algo brillante, y a la vez, terriblemente tétrico y desolado. Vivir era ir muriendo cada día, poquito a poco, inexorablemente. A la larga todos acabarían muriendo. Todos eran efímeros y transitorios y a la vuelta de cien años no quedaría rastro de ellos sobre las piedras del pueblo. La muerte era lacónica, misteriosa y terrible; 3) el amor y la amistad : la amistad entrañable de los tres amigos, el primer amor platónico de Daniel por la Mica, etc; 4)  la crítica  costumbrista con los floridos y truculentos personajes del pueblo; 5) el análisis social con estratos sociales bien delimitados; 6) la oposición ciudad/pueblo, página 8 leemos…Seguramente en la ciudad se pierde mucho el tiempo-pensaba el Mochuelo- y, a fin de cuentas, habrá quien, al cabo de catorce años de estudio, no acierte a distinguir un rendajo de un jilguero o una boñiga de un cagajón. La vida era asi de rara, absurda y caprichosa. El caso era trabajar y afanarse en las cosas inútiles o poco prácticas.

Es un libro lleno de ternura y de humanidad ambientado en una Castilla con una naturaleza esplendente y con unos personajes tan bien campeados que resultan entrañables.

EL CAMINO, Ediciones Destino 1950,  ISBN 84-233-0384-5

Le voyage dans le passé de Stefan Zweig

Résultat de recherche d'images pour "stefan zweig"Stefan Zweig ( Vienne 1881-Brésil 1942) est un immense écrivain, dramaturge, journaliste et biographe autrichien; il fait partie des grands littérateurs du XXème siècle, à la hauteur d’un Musil, un Márai, un Joseph Roth et d’autres. Il faisait partie de l’intelligentsia juive viennoise, mais il a dû fuir son pays en 1934, en raison des évènements politiques.  Il se donnera la mort au Brésil avec son épouse Lotte, avec une dose létale de barbituriques; pays où ils s’étaient exilés en   1942: par désespoir, par l’intuition profonde de la fin de son monde culturel .

Son oeuvre est vaste, peu de romans mais beaucoup de nouvelles et quelques biographies qui sont devenues des références incontournables.

Cette nouvelle, Le voyage dans le passé ( Reise in die Vergangenheit) est parue sous forme fragmentaire en 1929 dans un recueil collectif intitulé Résistance dans la réalité (Widerstand der Wirklichkeit). L’édition complète a été éditée seulement en 1976, après qu’on l’ait trouvé à Londres: c’était un texte de 41 pages achevées, écrit de la main de Zweig, avec un titre raturé et qui sera repris pour la publication; la traduction française date de 2008.

La nouvelle a inspiré un film à Patrice Leconte sous le titre Une promesse, bientôt en salle (16 avril 2014), le premier long-métrage en anglais de Leconte, tourné avec un trio d’acteurs  anglais , dans le château de Thieusie en Belgique, une demeure de 1905 qui correspond parfaitement au cadre du livre qui est censé se dérouler dans la Ruhr, zone industrielle rhénane avant, après et pendant la Grande Guerre. Dans le rôle de l’industriel nous retrouvons Alain Rickman, dans le rôle de la femme, Rebecca Hall et Richard Madden dans le rôle de Ludwig. Voici la bande annonce de ce film qui promet d’être très romanesque et tout en nuances:

http://www.youtube.com/watch?v=CpZSAQwF0cA

Dominique Bona, récemment élue à l’Académie Française a écrit des choses  admirables sur Zweig dans son livre Stefan Zweig, l’ami blessé de 1996 : … sur son personnage de grand bourgeois raffiné, sa politesse surannée, son goût pour les livres rares, sa répugnance pour exhiber son haïssable « moi ». …Il est l’objet d’une vénération alors que ses contemporains sont voués aux oubliettes: Romain Rolland, Verhaeren, Jules Romains, André Gide… Il nous a laissés une oeuvre en nuances et subtilités, habitée par la grâce… Il laisse le lecteur finir lui même ses nouvelles, comme s’il lui donnait  un marchepied pour le rêve… Il nous parle en secret cette douce langue natale qui est celle des espoirs tenaces d’un cœur toujours inassouvi. Il raconte des histoires simples qui ont une profondeur et une densité. Il sonde des vies ordinaires, saisies à tous les âges qui prennent sous sa plume des destinées tragiques… Il a passé sa vie au bord de la neurasthénie et dans la nostalgie du monde d’hier. Tout est gris et noir chez Zweig, tout est morosité, désespoir, illusions perdues…Son suicide est le plus beau témoignage de sa liberté, c’est son refus de pactiser avec le fanatisme. Son modèle, Erasme, lui avait inspiré cette maxime « savoir se préserver du fanatisme« .

Le voyage dans le passé raconte l’amour exalté qu’un jeune homme pauvre éprouvera pour la femme de son patron,  cet amour sera réciproque . Le jeune homme est très ambitieux et très doué et pourra se hisser dans l’échelle sociale sans problème, mais leur histoire sera contrariée par la survenue de la Grande Guerre qui va les séparer   pendant neuf ans;  ils se reverront pour constater les ravages que le temps et la distance auront fait à leur amour. Récit d’une violence souterraine entre raison et sentiments.

C’est une nouvelle élégante, ciselée, pessimiste et magnifique, avec une maîtrise particulière de la langue qui scande des sentiments, qui est riche en épithètes pour décrire les affres de la passion inassouvie, qui est d’un romantisme suranné mais avec  des sentiments fulgurants,  une passion violente et souterraine qui contraste avec un respect des convenances, et assez peu d’action. Dans cette nouvelle, le destin est encore omniprésent et transcende  la volonté des personnages; c’est une histoire d’amour inachevée, tronquée par le destin et érodée par la séparation . Une histoire d’amour, une variation autour de motifs empruntés au Rouge et le Noir et à L’Éducation sentimentale avec le thème de la liberté limitée par les conventions sociales en plus d’une analyse  psychologique profonde, le tout dans un style éblouissant.

ADDENDUM: aujourd’hui 20/04/14, je viens de voir le film de Patrice Leconte. C’est un film élegant, un peu lent, avec des acteurs remarquables et un décor parfait. Mais il lui a mis un « happy end » par rapport à la nouvelle de Zweig. Peut-être que cela rend le film « plus vendable » et que cela rend les gens plus heureux. Le film ignore aussi le fait que Friedrich s’est marié au Mexique…cela change la donne car Charlotte ne se serait probablement pas donnée à lui  dans le cadre d’un adultère. Le monde de Zweig est beaucoup plus désespéré que celui du film.

LE VOYAGE DANS LE PASSÉ, Audio livre 2009,  ISBN 978-2-35641-061-0

La furia de Evita de Marcos Aguinis

Capture d’écran 2014-02-07 à 10.03.05

Escritor argentino (Córdoba 1935) de novelas, ensayos y textos periodísticos,  con varias cuerdas a su arco: médico, psicoanalista, perito en arte e historia, pianista. Publica desde 1963 con varios premios a su haber, entre ellos el Planeta 1970 con La cruz invertida con el cual se destacó por ser el primer latinoamericano que ganó el Planeta,  premio mejor dotado económicamente de España.

Le he leído varios libros: La cruz invertida el cual me pareció poco claro, bastante místico, que cruza la vida de varias personas con un final pesimista donde el idealismo es aplastado por el poder; La pasión según Carmela del 2008, buen libro a mi parecer y que narra la huída desde Cuba de una pareja de revolucionarios: él Ignacio, argentino amigo del Che Guevara y ella, Carmela, neurocirujana. Ignacio huirá en un bote y ella gracias a  la intervención de Gabriel García Márquez, el final es escalofriante; La gesta del marrano de 1991 un libro histórico magnífico que retrata la saga de judíos conversos portugueses que huirán de la Inquisición hacia Madrid, luego al Nuevo Mundo, en particular al Virreinato del Perú en el siglo XVII; la novela cuenta la historia de Francisco Maldonado da Silva, un médico judío que huirá de la Santa Inquisición sin lograr huir de su destino. Grandioso.

La furia de Evita,  es una biografía novelada o novela biográfica donde Aguinis combina a la perfección la literatura con la historia; aquí aparecen personajes reales de la historia argentina; es otro  libro más sobre la historia de  Eva Duarte de Perón,  este mito de los argentinos, la mujer más popular del siglo XX en República Argentina,  pero esta vez el escritor-narrador se pone en la piel narrativa de Evita y es ella quien cuenta su historia a la primera persona. El eje conductor es el viaje de tres meses que ella realizó en 1947 hacia Europa en representación de su marido, donde la recibieron con los honores de una reina, sobre todo en España porque la España de entonces salía hambrienta de una guerra civil y la carne y los cereales de los argentinos les permitió salir de la hambruna más negra. Marcos Aguinis habla de la furia con la que Eva Duarte de Perón se refiere a su propia vida, a su pasado de mujer pobre, a sus vejaciones y privaciones, a su ascenso en política al lado del General y luego a su enfermedad galopante en la cumbre de su belleza y poder ( 33 años). Todo este pasado de privaciones y de malnutrición , pero también este desgaste interno y permanente que ella sentía por considerarse una advenediza, la llevó a un desgaste físico con la consecuente baja fulminante de sus defensas  y el cáncer uterino que se la llevó rápidamente. Esto permite apreciar las complejidades y claroscuros de su vida, muerte y trascendencia. Esta furia, Evita la sublimó en acción política.

Evita dijo un día:… »algunos aseguran que mi suerte fue dirigida por las desgracias; !qué esquemáticas son esas versiones ! !qué falta de imaginación ! ».

El libro se articula a través del viaje apoteósico de Evita en 1947 ( que Aguinis llama apoteótico, que es otra manera de decir lo mismo) de tres meses por Europa, alternando con recuerdos personales de su vida desde la triste infancia hasta su muerte en medio de la vorágine política; este viaje es el núcleo equidistante de la trama narrativa y temporal del libro. Evita supo sacar provecho a su rol  de esposa y de compañera del dictador, dirigiéndose directamente a las masas populares con un lenguaje adecuado y directo, ella intuyó que poco importa lo que dice el discurso político, sino la manera de decir las cosas, directamente al corazón de las masas. La gente puede olvidar las palabras, pero no el tono. Eva Perón es el carisma para dirigirse a las clases proletarias. Sin Evita el peronismo no habría tenido un ingrediente de « paraíso perdido ». Se dice que el peronismo inauguró la corrupción en Argentina porque le dio al pueblo a manos llenas sin exigir de su parte una contra partida , un esfuerzo, un acto meritorio; dicho en otras palabras fue un derroche de demagogia. Las conquistas sociales ya no eran recibidas por el pueblo como el producto de una revolución, sino como el regalo de un coronel. En pocos años Perón había conseguido más adhesión que los anarquistas, radicales, socialistas y comunistas juntos. Estos le daban matraca a la lengua y hacían votar leyes, pero jamás consiguieron algo importante por falta de poder. En cambio Perón, sin diputados ni senadores ni consejeros inútiles, pero con los militares detrás, congeló los alquileres, aumentó los salarios, creó sistemas de ayuda social, estableció tribunales de trabajo solidarios con los humildes y lanzó el estatuto del Peón que otorgaba derechos a los hombres del campo: salario mínimo, vacaciones pagas, indemnización por despido y reposo dominical (pg 161).

En cuanto a Evita, su acción logró el sufragio femenino, la igualdad jurídica en el matrimonio y la patria potestad, la relación con los trabajadores y sindicatos. Creó el Partido Peronista Femenino en 1949, la Fundación Eva Perón en 1948 con fuerte contenido populista: actividades sociales, construcción de hospitales, asilos, escuelas, colonias de vacaciones, otorgamiento de becas estudiantiles, ayudas para la vivienda y promoción de la mujer en general.

Uno de los primeros criminales de guerra que llegaron a la Argentina fue Jacques Mahieu, un colaboracionista francés condenado a muerte que intimó con Perón y le escribió textos doctrinarios que establecieron las bases del justicialismo. Quizás en esa época había ceguera y se tanteaban malos caminos; se ignoraban las mayores salvajadas de los nazis. La Argentina había sido neutral porque venía intoxicándose con ideas fascistas desde los años 20. Recién declaró la guerra al Eje 5 semanas antes de la rendición alemana. Trajo nazis porque todas las potencias triunfadoras disputaban sus avances científicos y empezaba la Guerra Fría. Pero a la Argentina no vinieron los científicos, sino los criminales (pg 154).

El libro no aporta nada nuevo con respecto a la leyenda de Eva Duarte de Perón porque su vida detallada es cosa  pública, pero es un libro que logra interesar y que  sobrecoge cuando se lee el destino de esta mujer que surgió desde muy abajo y que llegó a tener un eco político casi tan grande como el del dictador, su marido. Ella supo conquistar a los desvalidos o « descamisados » porque le recordaban sus propios orígenes y supo por intuición femenina e inteligencia, dirigirse al pueblo argentino.

LA FURIA DE EVITA, Sudamericana 2013,  ISBN 978-950-07-4189-7

Cet instant-là de Douglas Kennedy

Écrivain et journaliste américain (New York 1955), ayant vécu à l’étranger: Dublin, Berlin, Londres, etc. C’est un romancier à succès qui vend des millions d’exemplaires. L’attrait de ses romans réside dans leurs questionnements sur l’Amérique et ses défauts, sur l’humanité en général, sur les relations hommes/femmes, sur l’Art. Bref, des topiques universels.

Il y a très longtemps j’avais lu un de ses romans,  impossible de vous préciser lequel, mais j’avais apprécié. Et aujourd’hui, voici un  audio-livre avec les voix excellentes de Philippe Résimont et de Marcha Van Boven , écouté pendant mes déplacements en voiture afin de gagner du temps: et tout de même totalisant 22 heures d’écoute, non consécutives ce qui ajoute un handicap pour le bon suivi de l’histoire ; c’est une option que je ne privilégierai pas dans le futur car il est impossible de citer des passages ou tout mémoriser pour en faire un compte-rendu détaillé.

Cet instant-là ( The moment) a été publié la même année en anglais et en français: 2011 . C’est un roman fleuve de plus de 500 pages avec des longueurs certaines, mais aussi constellé de réflexions sur la vie, le divorce, l’amour qui m’ont enchanté sur le coup , mais que je suis incapable de vous restituer. C’est une histoire d’amour assez bien articulée autour du Berlin d’avant la chute du Mur . Ce mur qui servira de surface réfléchissante aux personnages de ce roman, que ce soit en RDA ou à l’Ouest: tous leurs espoirs, toutes leurs appréhensions iront se fracasser à un moment ou à un autre sur ce Mur, symbole de l’absurde .

Thomas Nesbitt est un écrivain américain qui s’installera à Berlin Ouest afin de réunir du matériel pour écrire un livre de voyage. Il fera la connaissance d’une traductrice, Petra Dussmann, transfuge de l’Est et de laquelle il tombera amoureux. Leur histoire échouera parce que l’orgueil de Thomas ne permettra pas à Petra de s’expliquer sur certains points de sa vie. Il y a dans le livre d’autres personnages, mais ils apparaissent tous comme trop caricaturaux; et j’ai ressenti que Thomas et Petra sont beaucoup trop superficiels, même si les situations ne le sont absolument pas.

Le descriptif de la vie quotidienne en RDA est très instructif; c’était un enfer pour ces gens qui étaient contrôlés par l’état dans le moindre geste, où la délation était encouragée, où le chantage était permanent, où la cruauté pouvait atteindre des limites incroyables. Pour en savoir  plus sur les exactions de la Stasi, je vous recommande vivement le livre de l’australienne Anna Funder, Stasiland de 2003.

Pour revenir à l’histoire d’amour du livre, c’est aussi un bon thriller psychologique savamment orchestré avec une réflexion sur le sens de nos choix car le livre explore les détails qui jalonnent nos vies en s’arrêtant sur l’un d’entre eux, sur l’instant qui fut décisif, cet instant où notre vie aurait pu prendre un autre cours, l’instant qui peut tout bouleverser ou ne rien changer.

Bon roman, de lecture assez agréable mais comportant des passages définitivement trop longs et des personnages pas assez fouillés qui  resteront au niveau de la caricature.

CET INSTANT-LÀ, Audio-livre 2011,  ISBN 978-2-35641-407-6

Una felicidad repulsiva de Guillermo Martínez

Résultat de recherche d'images pour "guillermo martinez"Matemático y hoy escritor a tiempo completo, de nacionalidad argentina (Bahía Blanca 1962), hijo del también escritor Julio G. Martínez y que escribe desde los 13 años. Sus escritores referentes son Borges (of course!), Gombrowicz, Henry James, Italo Calvino. En septiembre 2013 reseñé su  publicación de 1992, el muy  cerebral libro  Acerca de Roderer .

Una felicidad repulsiva ( décima publicación y  segunda de cuentos !) es una recopilación de 10 relatos y 1 nouvelle que se demoró 10 años en escribir, cuentos  que están muy, pero muy bien escritos, con temáticas  variopintas donde abundan las referencias a las matemáticas (noblesse oblige !), a la muerte, a las enfermedades pulmonares, al tenis ( la cancha de tenis como una metáfora de un rectángulo fuera del tiempo donde no se envejece ), a los libros, etc ; el autor reconoce que siempre hay un acorde autobiográfico, distorsionado, donde aparecen los mundos que él conoce mejor.

Hay un sentimiento de extrañeza muy fuerte después de la lectura de los cuentos. Me quedo con el primero que lleva el nombre  del libro y con el último, Una madre protectora. Ambos cuentos atañen a la locura y al factor tiempo que introduce la duda en el lector. Hay también erotismo, pero es un erotismo sin sensualidad, un erotismo de dibujo animado, un erotismo fantasmado y crudo . La escritura de Martínez me parece bastante cerebral, ningún sentimentalismo y me recuerda por momentos la escritura del mexicano Jorge Volpi, que a mi parecer, tiene una escritura  más anecdótica que la de Martínez, pero también muy cerebral, muy masculina .

Dice Guillermo Martínez que lo fantástico, lo horroroso, lo siniestro están en lo real apenas se miran las cosas con la suficiente determinación. Todos sus cuentos son desbordes de lo real, son distorsiones monstruosas, son transmutaciones de la realidad con suspenso y con tensión muy fuertes. Para el escritor lo fantástico es un ensanchamiento, una iluminación de lo real.

El primer cuento Una felicidad repulsiva comienza con una cita de Flaubert: tres condiciones se requieren para ser feliz: ser imbécil, ser egoísta y gozar de buena salud. Este cuento debe llevar bastante de autobiográfico, tengo la corazonada.  Es la historia de dos familias: los M y la del narrador: este último se obsesiona por saber el origen de la sempiterna felicidad y lozanía de los M, ganadores perpetuos, al menos  cuando se mira por fuera porque la felicidad de la familia del narrador va desmoronándose poco a poco. Hay referencias literarias subyacentes como « La ruina de la casa Usher » de Poe,  « El retrato de Dorian Gray »(los que nunca envejecen) de Oscar Wilde, « Casa tomada »de Cortázar ( la pérdida de la casa a manos de los inquilinos). Hay una abuela vieja y sabia en la familia del narrador que profiere sentencias  como si fuese Séneca y que realiza el nexo entre las dos familias: « la felicidad es como el arco iris, no se ve nunca sobre la casa propia, sino sólo sobre la ajena! ». Y el padre del narrador que agrega otro pensamiento: « si quieres ser feliz, como me dices, no analices, muchacho, no analices ». ( es una conocida moraleja sacada del poema Fabulita  del  catalán Joaquín Bartrina).

Un chico argentino, alumno de secundaria dio una estupenda definición de « felicidad repulsiva »: es la « felicidad de los otros ».

El otro relato que me gustó mucho es Una madre protectora y es  la nouvelle, o sea,  el cuento más largo y el más importante con 10 capítulos y un epílogo, entre demencia y cordura. Sensacional.

La portada del libro muestra una obra del artista chino Yue Minjun, nacido el mismo año que Martínez en 1962 , es un artista conocido por su auto-representación con  una sonrisa forzada en un rictus hilarante.

Aquí va una entrevista de Guillermo Martínez para la emisión radiofónica argentina Leer es un placer donde se presentan nuevos libros para las bibliotecas bonaerenses,  ojo que ella dura una hora y no se si Guillermo Martínez  es así de vehemente y de gritón o si fue el resultado necesario para hacerse escuchar por sus entrevistadores. Aquí va el enlace:

http://www.ivoox.com/guillermo-martinez-una-felicidad-repulsiva-audios-mp3_rf_2438645_1.html

En todo caso esta emisión radiofónica me hizo descubrir una cantante de jazz argentina  que tiene una voz maravillosa, cálida y diáfana a la vez: Ligia Piro, une enfant de la balle, cuya canción Pétalo de sal   de Fito Páez es una maravilla y que les brindo aquí con un enlace de youtube de 4 minutos de duración:

http://www.youtube.com/watch?v=cWnZRzFX2xc

UNA FELICIDAD REPULSIVA, Planeta 2013,  ISBN 978-950-49-3553-7

À moi pour toujours de Laura Kasischke

Écrivain et poétesse américaine (Michigan 1961) dont le nom se prononce Kaziski et  connue surtout comme poétesse avec plusieurs prix de poésie; professeur de langue anglaise, elle enseigne l’art du roman à l’Université de Michigan.

Deux de ses romans ont été adaptés au cinéma: son premier roman, Suspicious River en 2000  et La vie devant ses yeux en 2008. A moi pour toujours (Be mine, 2007) fut un best seller.

Celui-ci est le premier livre que je lis d’elle,  aiguillonnée par la curiosité après avoir rencontré à plusieurs reprises le nom de la romancière avec des critiques assez élogieuses voire  étonnantes. Peu de critiques négatives, mais une impression générale de malaise. Ayant fini ce premier livre, je comprends la raison dudit malaise  car le  livre est inquiétant. Une curiosité,  les  livres de Mrs Kasischke se vendent mieux en France qu’en Amérique.

L’écrivain avoue voyager rarement, alors elle parle de ce qu’elle connaît: le Midwest, région avec des changements de saison du jour au lendemain, brutaux , ce qui doit avoir une répercussion sur les êtres. Tous les romans de Kasischke se passent dans le Michigan où les gens ont la réputation d’être joviaux (friendly & slappy), mais attention,  derrière il y a une façade plus inquiétante. Le Midwest est une région pauvre, déliquescente où l’industrie se meurt, où la drogue et l’alcool sont des fléaux.

Je comprends mieux le malaise déclenché par la lecture de ce livre car la romancière déclare: « chez moi la tension fait toujours partie de l’atmosphère. La violence aussi. Celle qui entoure le drame qui est en train de se nouer. Le sentiment du danger peut se loger partout. Y compris dans les détails les plus inattendus. Tous mes livres tournent autour de l’inconscient, sa façon de nous travailler au quotidien, dans la fausse quiétude de l’univers domestique ».

Il y a quelque chose de sensoriel, de sensuel presque-dans l’étrangeté kasischkienne. Un malaise diffus, impossible à cerner, mais qui vous entame, vous écorche physiquement, parfois même vous transperce. Dans ses peintures si originales de la middle class américaine, il y a un curieux mélange de surréalisme et de thriller, de drame psychologique et de surnaturel domestique, de gothique et parfois de gore ( cf l’ article du  Monde des  livres).

À moi pour toujours est un livre qui dérange. Les deux tiers du livre nous décrivent par le menu la vie de la protagoniste, Sherry Seymour, professeur d’anglais à la faculté, la quarantaine bien entretenue, mariée depuis 20 ans à Jon et ayant un fils unique à l’université de Berkeley, Chad. C’est une mère de famille fiérote de sa réussite, ayant l’impression d’avoir tout mené à la perfection, assez narcissique avec son corps qu’elle a forgé à coup de fitness journalier (tous les soirs!), passant une partie de son temps à s’admirer dans les glaces et assez contente de son reflet. Bien dans sa vie de couple, de mère, de collègue, de maitresse de maison qui va basculer de la façon la plus niaise qui soit dans l’irréfléchi, dans l’absurde, dans l’ignominie. Le point de départ ? Un billet d’amour qu’elle trouvera dans son casier à la Fac et qui va la troubler de façon incroyable jusqu’à perdre carrément les pédales.

J’ai trouvé que les personnages de Kasischke, tout au moins dans ce premier roman abordé, manquent d’épaisseur, ce qui les rend peu crédibles; ils donnent l’impression d’agir comme des pantins inarticulés et sans explication logique, personnages mus par des pulsions que l’on a du mal à suivre et à justifier. En revanche, quel talent de Kasischke pour décrire les situations dans lesquelles vont se retrouver ces personnages assez falots. Les situations que l’écrivain a imaginées, sont d’un culot qui coupe le souffle, qui laisse pantois, qui fait mouche et qui surprend. Beaucoup de scènes de sexe débridé qui m’amènent à penser que  Cinquante nuances de Grey est une bluette à côté de ce roman… La fin du livre est atroce, vénéneuse, malsaine, inattendue. Il n’y aura pas de retour possible à la normalité.

Voici une réflexion que se fait Sherry à propos de son rôle de mère (failli, d’ailleurs):…toutes ces années passées à le nourrir et à le bercer, et toutes ces fêtes d’anniversaire-les gâteaux et les bougies ajoutées l’une après l’autre jusqu’au moment où la surface toute entière du gâteau dansait sous les flammes-, tous ces trajets pour l’accompagner aux rencontres d’athlétisme, aux répétitions de l’orchestre, au football, durant toutes ces années, c’était en fait vers l’âge adulte que je le conduisais. Vers l’oubli aussi. Vers ma propre obsolescence.

Il y a dans ce roman, beaucoup d’allusions à la nature, à l’ambiance rurale de la maison de Sherry, ambiance qu’ils ont recherché pour vivre plus près de la campagne: sa plus proche voisine (env. 1 Km) lui apprend comment traiter les roses trémières après floraison:...je coupe en pinçant les têtes de mes roses trémières, sinon elles ne fleurissent pas l’année suivante. » Les têtes, lorsque je les pinçai, tombèrent comme des poignées de féminité, humides d’un passé révolu ».

Mais il y a aussi beaucoup d’allusions à la mort, avec des décès nombreux qui nous rappellent cette échéance inéluctable. Quelques allusions aussi  à des croyances macabres comme d’associer les bruits ou « voix’ entendues sur une ligne téléphonique (grésillements de la ligne?) entre deux appels, ou pendant les appels, aux voix des morts; et aussi ce parallèle métaphorique entre la lente décomposition de la biche que Sherry va  écraser sur l’autoroute, un soir de neige, exactement comme la décomposition de la vie des personnages du roman..

Comme nous sommes dans le Midwest américain, la country music est très présente et citée; par exemple la très belle chanson  Blue eyes crying in the rain que je vous livre avec Willie Nelson, un vrai mec de la country: 3 minutes

http://www.youtube.com/watch?v=BTP490Cw1C4

À MOI POUR TOUJOURS, Christian Bourgois Éditeur 2007,  ISBN 978-2-267-01905-6

La cola de la serpiente de Leonardo Padura

leonardo_padura_premio

Leonardo Padura Fuentes, escritor, periodista y guionista cubano (La Habana 1955); el autor sigue arraigado en Cuba, (a pesar de que España le concedió la ciudadanía española en 2011) en el barrio de Mantilla ( villa Alicia) que lo vio nacer, donde reside con su mujer Lucía, su primera lectora y su perrito Chorizo.

Es un exitoso autor, muy seguido en el mundo entero con el entrañable detective Mario Conde que lleva ocho opus publicados. Vamos  a poner en orden  las sucesivas publicaciones para que todo quede clarito.

La Tetralogía Las cuatro estaciones describe un episodio policial habanero por cada  estación climática y esta tetralogía dio a conocer al detective Mario Conde: Pasado perfecto de 1991 (invierno); Vientos de cuaresma de 1994, considerado por algunos como su mejor ( primavera); Máscaras de 1997 (verano); Paisaje de otoño de 1998. El éxito rotundo de estos libros, que son mucho más que meros policiales, lo llevó probablemente a seguir con las publicaciones: Adiós Hemingway de 2001; La neblina del ayer de 2003; La cola de la serpiente de 2011 y en septiembre 2013, Herejes (aún sin leer).

La cola de la serpiente Padura la considera como una noveleta, un género bastante olvidado e incluso no reconocido por la RAE. Sólo la academia anglosajona (cf blog de Daína Chaviano) distingue el género haciendo la diferencia entre el cuento (short story), la noveleta (novelette), la novela corta (novella) y la novela (novel). La noveleta es un género olvidado que incluye lo mejor del cuento y de la novela lo que permite adentrarse en la psicología de los personajes de una manera que el cuento, por su brevedad, no permite. La noveleta proporciona el espacio justo para dibujar un universo semejante al de la novela. Ahora, volviendo al libro de Padura, calificado por él mismo como noveleta, yo creo que sus 160 páginas lo definen más bien como novela corta, enfin, sutilidades  editoriales.

Es un policial que nos introduce en el barrio chino de La Habana, barrio en plena decadencia, peligroso, malfamado y poblado por los últimos chinos de la inmigración  que no retornaron a su patria tras una vida de privaciones y vejaciones. Muchos de ellos se mezclaron y dieron ejemplares humanos de una belleza despampanante, como es el caso de la colega de Mario Conde, la teniente mulata Patricia Chion, mezcla de negra y de chino, de una belleza codiciada hasta la obsesión por Conde, que la describe así: …Sin exageración: de verdad que valía la pena detenerse a mirarla. Y lo primero que se advertía, hecho el más rápido examen visual, era que nada en aquel ejemplar de catálogo parecía puro. La segunda conclusión apuntaba al hecho de que el resultado de la impureza manifiesta alcanzaba la categoría de pieza inmejorable del arte de la creación de humanos. Pues Patricia Chion era la mezcla de chino puro y negra retinta. La mezcla satisfactoria y a proporciones iguales de aquellos genes había dado al mundo una china mulata de un metro y setenta y cinco centímetros de estatura, pelo negrísimo que le bajaba de la cabeza en unos tirabuzones ingobernables pero suaves, dueña de unos ojos perversamente rasgados (casi asesinos), una boca pequeña de labios gruesos, repletos de pulpa comestible, y un color de piel de chocolate aclarado con leche, parejo, limpio, magnético. Aquellos atributos, para más ardor, vinieron acompañados por unos ornamentos también dignos de catálogo: unas tetas pequeñas, insultantemente empinadas, una cintura estrecha que se abría hacia la inmensidad de unas caderas redondas que se extendían por la altura inconmensurable  de sus nalgas, dedicadas a formar uno de los culos más exultantes del Caribe, y que luego bajaban por los muslos poderosos para llegar al remanso de unas piernas limpias de venas y cargadas de músculos suaves. El conjunto constituía una de aquellas mujeres que, nada más verlas, cortan la respiración, elevan el pulso y llenan la cabeza de malos pensamientos (!qué carajo malos! !buenísimos!) pensamientos y deseos. ( queda claramente establecido que ésta es la novela más caliente del siempre inflamable Mario Conde !).

(Lo malo es que Conde se enamora de sus obsesiones eróticas y cae rendido con las flechas de Eros. En este tomo resurgirá Tamara, su viejo amor del Preuniversitario quien está aún « re-ordenando » su vida.)

Esta despampanante colega le va a traer una petición  especial para resolver el asesinato de un chino viejo, amigo de toda la vida de su padre, porque ella intuye que este asesinato va a remover asuntos que sólo la profesionalidad y discreción de Conde, podrán llevar a cabo. Y así será. Para el lector es el descubrimiento de un submundo y de otros códigos de sobrevivencia.

Hay en este libro muy buen vocabulario, hoy poco usitado como por ejemplo un perro « sato » o una persona « íngrima« . Si el asunteque les interesa, dénse una vueltecita por el diccionario, que se aprende todos los días.

También es cuestión de cocina y de recetas, pero esta vez se trata de arte culinario chino: codornices cocidas al jugo de limón y gratinadas con pulpa de albahaca, berza, jengibre y canela, o masas de puerco revueltas con huevos, manzanilla, zumo de naranja dulce y doradas a fuego lento en una sartén llamada wok sobre una capa de aceite de coco.

Mario Conde es un borrachín empedernido porque ahoga en el alcohol sus frustraciones, sobre todo sexuales, pero también existenciales. Su preferencia va al ron Santiago de tres años, fabricado en la vieja destilería de los Bacardí, allá en Santiago de Cuba, y que le gusta beber en un vaso grande, con algunas gotas de limón y apenas una pequeña piedra de hielo. Todo muy simple y formal y al mismo tiempo natural. Y cuando el Conde bebe solo es porque quiere pensar, y no porque es un jodido alcohólico solitario en plena crisis amorosa o de cualquier otra especie, un animal herido de desesperaciones.(¡Es un empedernido romántico este pobre Conde !).

Y sin olvidar las ineludibles y ni siquiera solapadas críticas al régimen castrista:…para estar acorde con el origen étnico del difunto (el chino!), aquél era un asesinato extraño, demasiado oriental y rebuscado para un país donde vivir resultaba más complicado que morirse.

Libro de lectura amena, salvado por el lado « caliente », pero no de los mejores Mario Conde. Es un libro que fue re- escrito por Leonardo Padura para insertarlo en la serie de los Conde porque en los años 1987 realizó una ardua investigación para escribir un reportaje sobre la historia del Barrio Chino de La Habana, este texto fue a su vez el origen de un documental cinematográfico y enseguida un libro en el año 1995 que decidió retomar para convertirlo en esta noveleta.

LA COLA DE LA SERPIENTE, Colección Andanzas de Tusquets 2011,  ISBN 978-84-8383-362-9