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La contrée finale de James Crumley

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James Crumley est un écrivain américain (Texas 1939-Montana 2008) faisant partie de la dénommée École du Montana (ultime incarnation de l’Ouest américain avec de la littérature des grands espaces et du nature writing); c’est un spécialiste du roman noir avec des intrigues tordues et un style d’écriture très cru, voire vulgaire, mais drôle, mordant, désabusé. Ses intrigues questionnent des sujets tels que le bien et le mal, la violence, la dépendance, le pouvoir.

Il a créée parmi d’autres personnages, celui de Milton Chester Milodragovitch, dit Milo, un pur anti-héros qui rappelle beaucoup son propre personnage : vétéran du Viêt-nam, divorcé plusieurs fois, porté sur les femmes fatales, l’alcool, les drogues dures, les armes à feu et les nuits sans sommeil.

La contrée finale (2002) ou The Final Country (1996) est le quatrième et dernier volet de la saga de Milo Milodragovitch, un ancien adjoint du shériff de Meriwether (contrée fictive du Montana), devenu détective privé, un anti-héros par excellence et protagoniste de ce livre tendre et en même temps hyper dur.

C’est le premier livre que je lis de cet auteur et je dois dire que je suis baba devant sa logorrhée déjantée et percutante, par moments d’une drôlerie féroce. Son style me fait penser aux films de Tarantino avec des images si fortes que par moments j’avais l’impression de lire une BD. Et derrière une vulgarité certaine, il y a pas mal de tendresse voire par moments des envolées lyriques pour décrire cette nature somptueuse du Montana ou les paysages désolés de l’aride Texas. Bonne description aussi des mœurs locales avec des torrents d’alcool ingurgités par Milo et ses acolytes au fil des pages quand la bière se boit par packs el le whiskey par bouteilles entières. Le lecteur attrape une cuite rien que en lisant le livre. La drogue dure est aussi consommée en permanence par Milo. Il faut dire que le personnage roule sur l’or, même si en grande partie c’est de l’argent sale.

J’ai eu du mal avec la trame, mais il paraît que c’est la règle : elle est cahotante et les personnages surgissent inopinément  et le lecteur a du mal à les situer…Dans ce livre il y a une intrigue compliquée et pas claire au sens cartésien; mais la richesse du livre est ailleurs : le descriptif de personnages attachants et hauts en couleur locale ainsi qu’un descriptif des lieux géographiques entre le Texas et le Montana.

Milo est un ancien policier devenu privé assez miteux. Dans ce tome il a atteint un âge vénérable et se coule des jours pas tout à fait heureux avec Betty, une femme assez vénéneuse. Il sera contacté pour retrouver deux personnes; il sera grassement payé mais le pauvre Milo va cumuler un nombre incalculable d’agressions physiques. Il tient le coup en se soûlant méthodiquement et en avalant de la codeine et sniffant de la drogue en permanence. Il est toujours armé  et passe son temps à acquérir des armes de tout calibre qu’il connaît à la perfection et qu’il planque à droite et à gauche. Il y a un nombre incroyable de morts, à croire que ils sont encore à la période du wild wild ouest. Il y a plus de morts que dans un western, c’est sûr.

Chouette roman, ultra noir et corsé qui donne une bonne idée de l’Amérique profonde armée jusqu’aux dents et prête à dégainer. C’est désabusé et très inquiétant. Coup de chapeau au traducteur Philippe Garnier qui a su restituer le langage si savoureux et coloré de Crumley.

Un exemple du style…Une grande bringue de serveuse avec un sourire comme une calandre de Buick est arrivée à notre table et a attendu que j’enlève l’étui gris qui contenait les portables pour pouvoir poser nos drinks devant nous, des trucs géants parce que c’était happy hour. Elle voulait ouvrir une ardoise, proposer des assiettes d’amuse-gueule, se faire bien voir pour le pourliche, et peut-être même nous raconter sa vie. Des fois les gens d’ici sont si foutrement amicaux que ça me fait grimper aux rideaux. J’ai jeté un billet de cinquante tout froissé sur le plateau et lui ai dit de garder tout. Quand elle m’a gratifié du sourire, j’ai cru que la Buick allait me rentrer dedans…

Le roman se passe entre le Texas et le Montana, James Crumley était originaire du Montana et à la fin du livre il nous fait savoir combien Milo Milodragovitch, tout cabossé et mariné par les litres d’alcool ingurgités, est heureux de retourner dans le Montana tout en espérant plus jamais devoir revenir au Texas.

LA CONTRÉE FINALE, Gallimard La Noire 2002,  ISBN 2-07-049935-9

Zulu de Caryl Férey

Afficher l'image d'origineCaryl Férey est un écrivain et scénariste français (Caen 1967), spécialisé dans le roman policier. Sa carrière littéraire a démarré en 1994 avec Un ange sur les yeux.Zulu

Zulu a obtenu le Grand prix de littérature policière 2008 ainsi  que au moins 7 autres prix. Le livre s’est vendu à plus de 200 000 exemplaires et il a été adapté au cinéma en 2013 par Jerôme Salle.

J’avais noté sur ma PAL q’il fallait lire Caryl Férey, ayant croisé son nom plusieurs fois, ce qui avait déclenché une certaine curiosité pour le lire, afin de me faire une opinion bien à moi. Le hasard des choses a fait que finalement j’ai lu deux livres de Férey presque à la queue leu-leu : celui-ci et Condor, tout récemment paru. Ce n’est pas l’idéal pour un blog car la répétition conditionne quelque part l’intensité de la critique, les défauts semblent plus apparents.

Zulu est un polar très noir (au propre comme au figuré), très inhumain, violent, gore par moments, désespéré et qui nous donne un reflet de la société sud-africaine actuelle, une société sans repères, telle qu’elle a été appréhendée  par Caryl Férey, dans le pays le plus dangereux au monde;  l’écrivain a dû se documenter à fond car il traite beaucoup de sujets : l’appartheid,  la politique, les problèmes socio-économiques, la criminalité effarante, les problèmes d’éducation, la surpopulation endémique, le taux catastrophique de SIDA, etc.

On ressort de cette lecture comme tatouée, marquée au fer rouge écrivait avec justesse Mac Oliver…car la réalité du terrain dépasse les bornes de l’acceptable : haine, vengeances, pouvoir, corruption à tous les niveaux, drogue, pauvreté, sida (20% de la population serait porteuse du virus), ghettos noirs mais aussi blancs, gangs d’une férocité sauvage, prostitution, injustice, bidonvilles qui sont des no-man lands, essais cliniques sans contrôle et sans limite pour des drogues ou des virus sélectionnés. L’enquête sordide menée par une police sud-africaine atone et inefficace est aussi riche en hémoglobine qu’un film de Tarentino. C’est une Afrique du Sud rongée de l’intérieur, pas cicatrisée du tout et bouffée par mille misères, avec un taux de criminalité qui donne le vertige. C’est une virée en enfer et une radiographie d’un pays en état de décomposition dans tous les strates.

Aucune envie d’aller faire du tourisme dans un tel contexte qui agit comme un répulsif pour les touristes éventuels, même si les lieux géographiques sont très beaux et intéressants. Les romans de Deon Meyer, lui sud-africain de pure souche, paraissent édulcorés à côté de celui-ci (trois romans de Deon Meyer commentés dans ce blog).

Sans vouloir déflorer le sujet de ce polar intense, je note que l’écrivain s’aide de quelques personnages centraux assez pittoresques;  il va nous entraîner dans la résolution de plusieurs cas criminels avec le même profil : l’assassinat sauvage de jeunes blanches sur fond de drogue. Le chef de la police criminelle, Ali Neuman, est un avocat d’origine zouloue qui a subi avec sa famille des exactions d’une sauvagerie inouïe. Les collègues de Neuman sont aussi des êtres éprouvés par le destin, avec de véritables histoires à l’intérieur de l’histoire principale. C’est palpitant et complexe, c’est dévastateur.

Un avant goût du niveau de la prose…(page 197) une porte menait au sous-sol ; Epkeen se pencha sur les marches et porta aussitôt la main à son visage. L’odeur venait de là : une odeur de merde. Une odeur de merde humaine, épouvantable…Il poussa l’interrupteur et retint son souffle. Un essaim de mouches bourdonnait dans la cave, des milliers de mouches. Il descendit les marches, le doigt crispé sur la détente. Le sous-sol couvrait l’étendue du bâtiment, une pièce aux ouvertures calfeutrées où régnait une atmosphère de fin du monde. Il frémit, les yeux glacés, compta trois cadavres sous la nuée : deux mâles et une femelle. Leur état affreux rappelait les cobayes de Tembo. Scalpés, les membres arrachés, ils baignaient dans une mare de sang coagulé, noyés de mouches. Des corps difformes, éventrés, sans dents, le visage lacéré, méconnaissable. Un champ de bataille en vase clos…

Ai-je aimé ce polar ? Non, trop gore, trop inquiétant, trop désespéré. Même si je reconnais à l’auteur un bon travail de documentation et une écriture « musclée » assez cinématographique. Aucune envie de voir le film.

ZULU, Série Noire Gallimard 2008,  ISBN 978-2-07-012092-5

Loreto de Fernando Ampuero

PostLoretoLeePorGustoFernando Ampuero del Bosque es un periodista y escritor peruano (Lima 1949). Se le conoce por la publicación de una trilogía callejera de Lima cuyo primer tomo fue Caramelo verde. Al autor le gusta definirse ante todo como cuentista y le gusta la novela corta porque es una condensación . Al autor le interesa la ferocidad humana, el lado peligroso de la vida y el « espíritu » del mundo marginal a partir de su sentido del orgullo y de cierta dignidad.

Loreto es una excelente novela corta alusiva al jirón de Loreto, un barrio bravo del Callao, el principal puerto del Perú, barrio donde imperan las pandillas, pero que podría ser un arquetipo de los bajos fondos de los tiempos modernos con historias de droga, de armas, de prostitución, de guerras entre pandillas, de luchas de control entre las mafias.

Esta novela corta podría ser una novela de aprendizaje en negativo donde cierta juventud descarriada sobrevive aplicando una violencia inaudita en una lucha por marcar territorios. Es una verdadera jungla urbana donde personajes  hampones se devoran entre ellos.

Loreto nos cuenta la historia de la pandilla del barrio donde Chito es el leader y donde Silverio conocerá a Laurita, la hermana de Chito, una hembra vedada al deseo de los muchachos de Loreto….Con veinte años, avispado y calculador, Chito ya era un capo de los negocios, pero sobre todo un buen estratega. También él, como Silverio, había cambiado. Chito, ahora era robusto y, mal que bien, controlaba sus malas pulgas, aunque mantenía una furia que congelaba la sangre. En su alma, que era una guarida hedionda, tronaban olas de odio y de paranoia, que lo hacían capaz de cualquier cosa por el resguardo de unos palmos de terreno, de unas calles miserables, del barrio de toda su vida

Laurita y Silverio vivirán su historia hormonal y pasional, supeditados a la vigilancia de Chito y no escaparán a su destino, a ese destino anclado en el barrio...Por las noches, las calles lucen mejor; las tinieblas encubren la fealdad. Hay algunas ventanas que se recortan en los muros con luces azulinas y parpadeantes, de grandes televisores y pantallas con cable e internet: la modernidad enchufada a la miseria. Y hay, además, los faroles de las esquinas que iluminan débilmente a grupos de muchachos. En Loreto sobrevive la esquina, esa ágora habitada por patas bravos, esa asamblea insigne de la pendejada, esa flor y nata de los rufianes que, entre el tintinear de botellas y las rizadas volutas de humo de cigarros, afianza su rencoroso orgullo.

¿ Por qué las confrontaciones? ¿ Por alguna recompensa? La única recompensa, aparte de la plata fácil, era una sensación de dignidad y suficiencia, o una satisfacción de vivir bajo reglas propias.

Tenemos una narrativa fuerte, directa que baña en un realismo vertiginoso, venenoso y atrapante, fatal. El narrador  no censura ni propone sanciones ni juicios de valor hacia sus personajes,  quizás siente fascinación por ellos.

LORETO, Planeta 2014,  ISBN  978-612-4230-14-1

La muerte como efecto secundario de Ana María Shua

Escritora argentina (Buenos Aires 1951) cuyo verdadero apellido es Schoua; A.M. Shua obtuvo una maestría en Artes y Literatura en la Universidad de Buenos Aires. Escribe microrrelatos , literatura infantil y guiones de cine, adaptando varias de sus novelas al cine: « Los amores de Laurita » y « Soy paciente« . Se la conoce como « la reina de la minificción« . Comenté de ella en este blog Temporada de fantasmas en agosto 2014.

Esta novela de 1997 es la cuarta novela de la escritora: La muerte como efecto secundario fue seleccionada en 2007 entre las 100 mejores novelas de los últimos 25 años por 81 expertos y la lista fue publicada por la revista colombiana Semana.

Estoy de acuerdo con la selección porque esta novela epistolar es impresionante: muy bien escrita, concisa y bien organizada,  pero es la novela más negra y al mismo tiempo más verosímil que uno pueda imaginar.

Estamos en un Buenos Aires futurista donde reina la violencia y el caos,  donde la gente vive en barrios « cerrados » para protegerse, especialmente los ricos. Los otros barrios son « tomados » y la gente marginal que los habita los tiene impracticables por la violencia ambiental. La gente ya no puede pasear por las calles porque los asaltos están a la orden del día y los automóviles tienen que ser blindados para resistir a los tiroteos que surgen de improviso. La gente circula armada. El Estado no tiene ningún poder. En Buenos Aires reina el desempleo, el desamparo y la injusticia por lo que el dinero constituye un  amparo y un bienestar.

Las Casas de Recuperación son un gran negocio, son unos asilos para ancianos  que los conservan en vida a cambio de disponer del dinero de ellos mientras estén vivos, un dinero que se complementa con un subsidio estatal, que aumenta mientras se prolonga la internación, es decir, la vida del anciano. Pero no todos los viejos quieren estar internados, los hay que han fugado y formado una comunidad de Viejos Cimarrones, viejos de los cuales no se tienen más noticias, ni siquiera de su muerte.

El protagonista es Ernesto Kollody, un cincuentón divorciado, con perfil de perdedor que escribe una carta amorosa a una ex-amante al mismo tiempo que se explaya sobre su relación amor-odio con el padre, este padre que lo ha ridiculizado toda su vida porque  Ernesto es un hombre débil físicamente (piernas escuálidas, calvicie, artrosis), pero también psicológicamente porque es la imágen del « hijo eterno » apocado por un padre dominador.

El poder del padre es tan aplastante que para poder vivir, Ernesto decide matarlo : la muerte como resultado, como efecto de la opresión. La historia transcurre en una sociedad en la que vivir y morir son efectos. Efectos de un  sistema neoliberal. En un mundo donde todo es simulación y apariencia, el dolor y la muerte se presentan como el único espectáculo real. La muerte se organiza como un espectáculo circense que se vende. Las muertes y las agonías son filmadas como reality shows, son una mercancía porque son valorizadas por la gente.

No existen detalles positivos en esta novela, todo es negro y negativo, solo que a veces hay un poco de humor . Me parece que hay  una voluntad subliminal  de la escritora por saldar cuentas con los complejos y soterrados sentimientos  de amor/odio hacia los padres.

Voy a citar algunos párrafos para dar una idea de la negrura y del cinismo del texto.

Página 29…Nadie puede humillarte como tus padres. Nadie más en el mundo tiene ese gigantesco poder: el mismo que tenemos sobre nuestros hijos. Nadie como tus padres puede exhibir en público tus miedos más secretos cuando sos chico. Nadie como ellos puede recordarte después, en tu vida de adulto, las promesas de tu infancia, los ideales que empuñaste en la adolescencia. Nadie como tus padres para conocer tus puntos flacos.

Página 33…Mamá tenía la mirada opaca, indiferente. Ella siempre vivió un poco así, como envuelta por una nube que le velaba los sentidos, los sentimientos – sobre todo el placer y la alegría – , pero también los colores y parte de la realidad. Me asombraba, sin embargo, no verla retorcerse las manos con desesperación, no entregarse al dolor, la única sensación que la mantenía lúcida.

Página 48…Mi hermana (Cora) en cambio nunca pudo desprenderse de ese gancho que la tenía sujeta desde su nacimiento. Cora había venido a llenar  el espacio que se ahondaba entre mis padres y su destino fue enredarse con papá en una madeja de amor y odio que terminó por absorber toda su energía vital. Nunca pudo irse de la casa, nunca pudo inventarse una historia distinta de la que habían planeado para ella, esa vida estéril que al mismo tiempo le reprochaban, refregándole su fracaso. Papá usó todos sus recursos para ejercer control y poder sobre nosotros: nos atormentaba con la culpa, nos penalizaba con el castigo, usaba el poder de su fuerza física cuando éramos chicos y el de su dinero cuando fuimos grandes. Era capaz de aunar el dominio del torturador y el de la víctima. Nos controlaba usando la mentira , la verdad, la inteligencia y el sabio conocimiento de nuestras debilidades y deseos. También nos quería: apasionadamente. Sólo para él.

¿Mamá? Solo en la adolescencia empezamos a darnos cuenta de que papá imponía los castigos y mamá los administraba. Papá aparecía siempre salvándonos de una situación que él mismo había ideado. Verse obligada a castigarnos era el castigo  que recibía mamá. La influencia de mi padre sobre ella era enorme. Mamá creía que si no obedecía sus órdenes en cuanto a nuestra educación, ella sería responsable de los hechos terribles que destruirían nuestras vidas. Iríamos a la cárcel, sufriríamos accidentes o mutilaciones, quedaríamos para siempre inválidos, moriríamos si ella no aprendía a controlarnos, a limitarnos, a dominarnos con un sistema de penalidades que él inventaba para nosotros. Papá usaba su conocimiento de nuestros miedos para inventar castigos. Se trataba de fortalecer nuestro carácter.(página 166)

Cuando fui mayor, tuve la sensación de que la única forma que mamá había encontrado, en su enorme debilidad, de enfrentar a mi padre, era convertirse en una especie de peso muerto, un lastre que él debía arrastrar en la vida.(pg 167)

Una brillante novela negra con un final original y sorprendente que no divulgo para proteger el placer de lectura . Una novela que conlleva una profunda reflexión social y política porque da cuenta de una desintegración social. Una novela de anticipación de un tipo particular de ciencia ficción, una utopía negativa como la de Orwell donde el horror brota de un estado de cuasi anarquía.

« Es pues un enamorado que habla y dice » citaremos en epígrafe esta frase de Roland Barthes porque son las palabras con las que Barthes abre su obra « Fragmentos de un discurso amoroso« , exactamente como Ernest Kollody-narrador y protagonista comienza esta novela, escribiéndole a su amada.

LA MUERTE COMO…, Emecé 1997,  ISBN 978-950-04-3069-2

El puñal de Jorge Fernández Díaz

Jorge Fernández Díaz es un periodista y escritor argentino, nacido  en Buenos Aires en 1960 (barrio de Palermo) . Fundador de la revista cultural « adnCultura » junto con otro periodista y amigo, hoy día fallecido,  Tomás Eloy Martínez; esta revista fue  reconocida en 2009 con el Premio Atlántida.

El escritor Jorge Fernández Díaz Tiene un estilo muy personal, irónico y  sentimental, lo que me gusta. Su formación de periodista hace que sus escritos sean muy informativos.

« El puñal » es la tercera reseña de un libro de JFD en este blog, un libro que necesitó 3 años de trabajo. Fueron comentados « Las mujeres más solas del mundo » en enero de 2013 y « Alguien quiere ver muerto a Eduardo Malbrán » en junio 2013.

Con El puñal, el autor cambia totalmente de estilo, deja de lado lo sentimental para brindarnos una novela muy negra, estupenda, cruda, muy lograda y que  será llevada al cine por Marcelo Piñeyro. La ficción-realidad de esta novela es trepidante y violenta alrededor de dos temazos : la política y el amor.

Es una novela de « malos contra malos » dijo alguien por ahí, lo que es exacto:  Fernández Díaz bucea en el fango de la corrupción entre política argentina y narcotráfico. ¿ Quienes son los dos malos? Son Remil, el « héroe infame » que se formó en la guerra de Malvinas (el « hijo de remil putas » como le decía su sargento durante los entrenamientos), el « negro de mierda » como se auto-define, asignado a la protección de Nuria, una abogada gallega « inversionista » en Argentina, en realidad una ejecutiva que busca en Argentina los contactos necesarios al embarque de droga dura en proveniencia de Colombia. Nuria es una extraña mujer de carácter fuerte, comprometida con el lado « glamour » del narcotráfico, es decir, esa parte empresarial que se ocupa de negociaciones en barrios exclusivos y en Puerto Madero, en un ambiente jet-set. Ella no consume drogas, sus drogas son el shopping compulsivo y el sexo sin sentimiento.

Remil  sirve de guardaespaldas a Nuria y le explica el peronismo a su manera: la primera generación fue nacionalista, la segunda revolucionaria y la tercera rica. Nuria es una mujer protegida y al mismo tiempo inaccesible porque solo conoce el negocio de manera parcial, aunque su rol es importante. Por encima de ella están los capos del cartel.

Los dos malos vivirán una historia de amor violenta y desigual, un acoplamiento denodado de sentimentalismo: el sexo utilitario y usado para manipular. Pero Remil saldrá malparado con  esta relación.  « El puñal » es Remil, es la mano vengadora del sicario a sueldo, cruel e infame, pero  de los dos malos, es el más sentimental.

El narcotráfico en Argentina consiste a enviar hacia Europa y Africa la droga camuflada, por ejemplo en esta novela, en miles de botellas de Malbec que serán nuevamente procesadas en Europa para extraer la droga del vino y luego integrar los circuitos de distribución. Las implicaciones de  políticos, de funcionarios, de la policía, están a todo nivel. Jorge Fernández Díaz se escuda detrás de la ficción para darnos una versión de los hechos. Pienso que probablemente la ficción  quede  chica  ante una realidad aun más horrenda y corrupta.

Excelente novela con un final trepidante y en cierto modo un tanto abierto, lo que deja intuir que pudiera haber una nueva entrega.

EL PUÑAL, Planeta 2014,  ISBN 978-950-49-4242-9

Sucesos argentinos de Vicente Battista

Vicente Battista (Buenos Aires 1940) es un periodista, escritor, editor de revistas, crítico literario, guionista de piezas de teatro, cinema y TV; también autor de 4 novelas, 6 libros de cuentos y una obra de teatro.

Este libro Sucesos argentinos fue galardonado con el Premio Planeta Argentina 1995 de novela. En Francia fue publicado por Gallimard, Série Noire, bajo el título Le tango de l’homme de paille. Hay que recordar que « Sucesos argentinos » fue el primer noticiero cinematográfico, creado en 1938, que se proyectaba antes   de las peliculas en el cine,  hasta 1972.

Sucesos argentinos es una novela negra estupenda. Estupenda porque bien escrita, de una manera elegante y con una trama sencilla, pero de una lógica impecable. La narración conlleva también bastante humor que me hizo sonreír no pocas veces. En resumen, una lectura adictiva que no se puede dejar hasta el desenlace final.

¿El tema? Un argentino, residente de largos años en Barcelona se ve proponer un rol de hombre de paja para ganar la licitación  para la construcción de autopistas en Buenos Aires, con capitales barceloneses, sin que el gobierno argentino desembolse un peso. Para eso, en un primer tiempo tiene que sacar capitales de Barcelona para llevarlos a Ginebra, al recaudo de seguros y discretos bancos suizos. Lo hace sin mayor problema y tenemos página 20 un excelente párrafo sobre la Suiza:…en mi primera visita a Ginebra había entendido por qué el pueblo suizo es ajeno a la tragedia: es imposible ser trágico en medio de tanta pulcritud, puntualidad y silencio. No en vano, los griegos y los romanos son ruidosos e impuntuales. Sin embargo, más allá de la higiene, el tiempo y los gritos, había una razon más profunda que justificaba ese divorcio. En aquella primera visita no la descubrí. A orillas del Leman contemplé el persistente chorro de agua que, con puntualidad helvética, salta del centro del lago, y caminé las calles de la ville, controlando cada paso, por temor a ensuciarlas. A poco de andar comprendí que detrás de la cortesía los suizos vigilaban mis movimientos dispuestos a no perdonarme la minima desprolijidad. En la pulcritud y en el orden eran idénticos a los bancos que habian fundado; como los bancos, carecían de emoción

Estamos en la Argentina del golpe militar de 1976 y la novela se ubica allá por el año 1978, en un Buenos Aires donde reina un régimen de terror con raptos, desapariciones, torturas a granel. Al parecer las propias FFAA estaban involucradas en esta enorme obra de millones de dólares. Así, este argentino vuelve a su país tras años de ausencia y trata de reanudar con sus recuerdos y sensaciones. Conocerá a una atractiva mujer que lo seducirá en parte y le hará la permanencia más llevadera, pero que visiblemente lo manipula sin que él logre discernir claramente el engaño. Hay todo tipo de personajes corruptos que tratan de sacar el mejor provecho de la situación, sin que impere un código de honor .

Excelente novela que corresponde a la definición que dio un día el propio Battista sobre la novela policial que  » tiene que ser un texto sin ripios y debe tener la intensidad de un cuento y obligarte a seguir leyendo« . Para Battista la verosimilitud es esencial en literatura y tenemos aquí, un texto que desgraciadamente del punto de vista ético local, podría ser bastante símil.

SUCESOS ARGENTINOS, Biblioteca del Sur (Planeta) 1995,  ISBN 950-742-667-1

Peores maneras de morir de Francisco González Ledesma

Francisco González Ledesma (Barcelona 1927) es un escritor y periodista barcelonés que se dedicó primero a la abogacía y luego al periodismo en el periódico La Vanguardia hasta dedicarse por entero al género policial,  es considerado como un Maestro de la novela negra española de corte social. Él creó al inspector Ricardo Méndez  y son  11 libros los publicados;   Peores maneras de morir es el onceavo , es el canto del cisne del inspector Méndez, su última aparición. González Ledesma ha tardado 3 años en escribirlo y estuvo a punto de no hacerlo porque fue fulminado por un ictus vascular, del cual por suerte se  recuperó. Al igual que otros héroes librescos como Kurt Wallander, Hyeronimus Bosch u otros, el viejo y achacoso inspector Méndez ha logrado encariñar a sus miles de lectores con su humanidad llena de sabiduría popular y callejera, su propia  justicia , su estómago reventado de beber vino peleón y sus pulmones calcinados por el tabaco negro y la polución urbana.

Hace mucho tiempo le leí la novela que le valió el Premio Planeta 1984, Crónica sentimental en rojo que me gustó porque era una historia entretenida, aunque complicada de asesinato de una chica a la que le cercenan un pecho y donde los asesinos están entre la gente más cercana. Era ésta la tercera publicación del ciclo del inspector Méndez y transcurre en la Barcelona vieja allá por los años 80.

Me ha gustado bastante Peores maneras de morir porque a pesar de la crudeza del  relato, el lenguaje es paradójicamente muy poético y lleno de verdaderas reflexiones ,  sobre la vida actual en Barcelona, antigua urbe opulenta , pero que hoy en día se inscribe en la terrible crisis económica que aqueja a la península ibérica que no es otra cosa que una crisis-estafa  con la subsecuente pobreza y desempleo.

Se trata de una historia  de trata de blancas, especialmente de jóvenes eslavas traídas a España con engaños y reducidas a la esclavitud sexual más horrorosa. El tráfico de mujeres se haría bajo diversas entidades jurídicas que son hechas y deshechas en pocas horas en caso de peligro. Los poderes públicos son en parte  corruptos y cobrarían coima por mantener los ojos cerrados. Nunca ha habido estadísticas fiables relativas a la trata de blancas porque es un negocio que se esconde en las transferencias bancarias, como nunca ha habido estadísticas fiables relativas a la prostitución porque es un negocio que se esconde en las camas. Son datos que pertenecen al mundo privado, al de las habitaciones cerradas y los recuerdos secretos y por eso no hay nada que sea medianamente exacto ni atraviese con su silencio las puertas de la verdad (pg 14).

Lo extraño del inspector Méndez es que él no cree en la justicia ni en la ley. Sólo cree en una especie de justicia de la calle porque él trabaja de la única forma que sabe hacerlo, patéandose las calles. Es muy empático con las víctimas aunque sean víctimas culpables. Él le pagó el entierro al único hombre que mató en el ejercicio de su trabajo; y también él le cuida  los perros a un fulano que cumple condena por delito. Estamos ante un caso totalmente atípico de policía, por lo que es rechazado por sus otros  colegas y superiores . Es un buen hombre, un sentimental sin futuro.

El estilo de González Ledesma:…Miró las dos casas en el silencio sideral de la noche. Antes, a aquella hora, siempre había bares abiertos que vendían una copa y mujeres de piernas largas que vendían a la vez una ilusión y una mentira, pero ahora no había más que sombras. seguramente la izquierda había dado grandes libertades, pero había quitado todas las pequeñas libertades, incluso la de fumar. Sin mujeres y sin tabaco se vive más años, según el Boletín Oficial. Claro que ésto lo pensaba Méndez porque no respetaba nada, y menos la virtud (pg 42).

Página 195 :...Todo hombre tiene fijación por un determinado tipo de mujer. Esa fijación la siente en el fondo de su intimidad y seguramente marca su vida, pero lo más probable es que no sepa explicarla. tampoco hace falta. En realidad las cosas que marcan la vida, como lo más profundo del sexo, no pueden explicarse nunca.

Otra reflexión de Méndez:…No existe ninguna regla sobre la atracción sexual que puede ofrecer una mujer, y probablemente esa regla no existirá nunca. Y es que la atracción sexual de una mujer no reside muchas veces en ella, sino en los recuerdos, los hábitos, las frustraciones y hasta los vicios que duermen en los cerebros de los hombres (pg 197). Todas las mujeres nacen iguales y mueren iguales, había leído una vez, de modo que no valen tanto la pena, pero en el camino de esas mujeres está el cerebro de los hombres (pg 199).

Sobre la gran urbe que es Barcelona:…-La ciudad, Méndez, está llena de cosas que han existido, y en las calles siempre hay alguien que las recuerda. por éso caminamos sobre el pasado y por eso el tiempo nos está esperando en las esquinas.

 

PEORES MANERAS DE MORIR, Planeta 2013,  ISBN 978-84-08-03491-9