Archive | août 2017

Sarah Bernhardt d’Hélène Tierchant

Hélène Tierchant  Hélène Tierchant est une écrivaine française diplômée de l’IDHEC, avec une licence de philo, auteure de plusieurs essais sur le 7è art et de biographies de comédiennes.

Sarah Bernhardt, Madame Quand Même, est paru en 2009. C’est une biographie fort intéressante sur la grande comédienne, mais aussi un texte très fouillé sur tout ce qui a gravité autour d’elle : le Paris du XIX, la vie des demi-mondaines, l’activité littéraire et théâtrale de l’époque, la vie de personnages très « VIP’s » d’une époque riche en événements politiques, culturels et mondains.

La Diva est née en 1844 comme une bâtarde; sa mère, Judith Bernhardt était une demi-mondaine notoire ayant « monté à Paris » donnant naissance au fil du temps a 5 enfants de pères différents; Sarah était le deuxième enfant, après des jumelles mortes en bas âge, puis il y a eu encore deux filles.

Son père biologique ne l’a pas reconnue, mais il a donné de l’argent pour qu’elle reçoive une bonne éducation et lorsqu’il est mort, la grand mère paternelle a encore donné de l’argent pour ses besoins en éducation.

C’est un ami de sa mère qui lui a mis en tête l’idée de devenir « théâtreuse ». Grâce aux relations de sa mère elle a pu rejoindre la Comédie Française, d’où elle a du démissionner assez vite à la suite d’une algarade avec une comédienne sociétaire.

A partir de ce moment, la future Grande Sarah Bernhardt s’est formée toute seule, ayant une volonté et une détermination hors du commun. C’est à elle cette petite phrase-mantra « Quand même », car rien ne devait lui résister et tout était possible parce qu’elle le voulait ainsi.

Elle va jouer tous les grands rôles et c’est comme tragédienne qu’elle va exceller. Son meilleur rôle sera Phèdre, c’est le rôle qui la fera passer à la postérité.

Par ailleurs elle avait un sens inné du marketing et de la mise en scène perpétuelle, une championne en communication. Elle a compris avant l’heure l’importance de la « réclame », c’est à dire du battage médiatique, du matraquage.

Mais elle possède aussi un don artistique réel et reconnu pour la peinture et la sculpture. Ses oeuvres se vendront très bien.

Elle fut aussi une grande excentrique ayant goût pour le morbide et les fêtes décadentes; renchérissant dans le funèbre, elle avait un squelette humain qui trônait dans un coin de son salon; elle avait commandé un suaire et acquis un cercueil capitonné de satin blanc où elle s’allongeait ou parfois y dormait…

Sa vie amoureuse fut longue, intense et variée. Elle, comme sa mère n’a pas pu échapper au statut de demi-mondaine. Et le Préfet de Police de Paris la faisait suivre par ses agents qui établirent des fiches de surveillance avec les noms des galants et les montants engagés (en argent ou en bijoux).

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Elle a amassé des sommes folles qu’elle a dépensé sans regarder.

Elle a eu une carrière de comédienne hors normes et une manière de jouer tout à elle, cadrée par une voix qui fut sa gloire puisqu’on l’appelait « la Voix d’Or », son style déclamatoire était aussi unique. Mais elle était terrassée par le trac et le cachait bien.

On la croyait de complexion fragile, mais en réalité elle était d’une résistance colossale. C’était une vraie hyperactive qui récupérait extrêmement vite. Elle a tenu physiquement jusqu’en 1915, date à laquelle on a dû lui amputer une jambe au-dessus du genou, en raison d’une gangrène. Mais elle a continué de se produire parce que sa vie c’était les planches.

Elle avait un physique inhabituel pour l’époque : elle était mince et souple comme une liane alors que la mode était aux plantureuses potelées.

Elle s’est mariée une seule fois et avec l’homme qu’il ne fallait pas. Elle a eu un seul fils mais en tant que mère célibataire et elle l’a (mal) élevé seule.

Elle a possédé plusieurs résidences tapageuses dont la plus connue est celle de Belle-Île-en-Mer. Elle a dépensé des sommes folles pour aménager ses maisons.

Elle a adopté des animaux sauvages comme un boa (pour se chauffer les pieds pendant la lecture !), des lionceaux, une panthère, des caméléons…Elle a abattu d’une balle sans hésitation le boa le jour où celui-ci a avalé son chien d’une bouchée.

Elle a souffert l’indicible physiquement en se plaignant très peu et sans recourir ni à l’opium ni à la morphine, probablement parce qu’elle était horrifiée de la dépendance aux drogues des proches (sa sœur, son mari).

A l’âge de 66 ans elle va vivre une ultime passion amoureuse pendant quatre ans avec un bellâtre de 27 ans qui ne l’oubliera jamais…

Une vie très remplie, tellement remplie qu’elle aurait servi à remplir plusieurs vies.

Voici un enregistrement de 1903 où nous pouvons apercevoir « la Voix d’Or » de la Divine réciter un de rares textes de son fils bien aimé, Maurice. Une voix qui avait électrisé ses contemporains, à la tessiture assez claire, à l’effet assez chevrotant, mais qui devait tant plaire à l’époque.  Un style terriblement déclamatoire, mais doué d’un tempo qui n’était qu’à elle.

SARAH BERNHARDT, Éditions Télémaque 2009,  ISBN 978-2-7533-0092-7

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Pecado de Laura Restrepo

Résultat de recherche d'images pour "pecado laura restrepo"  Laura Restrepo es una escritora colombiana (Bogotá 1950) autora de novelas y ensayos. Ejerce como periodista, como política y como profesora. Es diplomada de Filosofía y Letras con un posgrado en Ciencias Políticas. Actualmente reside en México. Recibió el VI Premio Nacional de Literatura de Colombia concedido por la revista Libros & Letras, pero con votación del público (desde 2002). Publicó su primer libro en 1986, ha recibido numerosos premios y ha sido traducida a más de 20 idiomas.

Le leí la novela que la consagró, Delirio, que ganó el Premio Alfaguara 2004 de Novela, un libro escrito casi sin sintaxis, cansador y que conlleva dos historias de locura familiar : la del padre y la de la hija con el trasfondo de la Colombia de Escobar de los años 90. Encontré que el tema era interesante con algunas ocurrencias divertidas, pero la manera de tratarlo no me gustó.

Pecado (2016)me gustó porque encontré que la armazón de la novela es muy inteligente y porque está bien escrita. Es una obra claramente metaliteraria e intertextual con alusiones a El Bosco, El Greco, Cervantes, Shakespeare, Proust, etc. En un comienzo, la escritora quiso llamar su libro Peccata mundi en honor de un bar que ella conoce en Sevilla, pero la editorial la disuadió de cambiar el título.

Hete aquí otra novela articulada alrededor de un cuadro (cf  El jilguero de Donna Tartt de 2014 comentado en francés este mes de agosto 2017)  muy conocido de Hieronymus Bosch alias El Bosco : se trata de El jardín de las delicias, un tríptico de 220*386 cm, pintado en una fecha que ha originado una gran controversia porque Bosch no databa sus pinturas; adquirido y muy apreciado por el rey Felipe II de España, hoy visible en el Museo del Prado de Madrid. En el año 2016 se celebró el V centenario de la muerte del pintor flamenco y este cuadro es una de sus obras más emblemáticas y misteriosas, un cuadro lleno de simbolismos para contarnos la gesta del pecado original que recaerá como una maldición sobre la humanidad entera ad vitam æternam.

El tríptico (cuadro) tiene tres partes : la izquierda que representa el cielo, el centro que representa todo los tipos de turpitudes terrenales y la parte de la derecha, el infierno.

El libro de la escritora Restrepo, está también organizado en tres partes. La primera parte es el preámbulo del libro, la parte central contiene 7 relatos de pecados (los 7 pecados capitales) que podrían perfectamente leerse por separado, la última parte corresponde al epílogo de la narración. El comienzo del libro se cierra con el final, « la boucle est bouclée« , todo muy cartesiano.

El cuadro de Bosch es el eje central del libro y su referencia aparece a lo largo de los capítulos. El tema del libro es la relación que los personajes de los cuentos tienen con el mal, la crueldad, el vicio, y todas las turpitudes, pero hay una gran ambigüedad porque hay también relación con la ternura y con la bondad. Es el lector que debe fijar a veces los límites y ahí reside la dificultad. A veces los bordes se hacen borrosos, oscuros, ambiguos…El resultado puede ser inquietante, perturbador, el lector se ve confrontado con su propio criterio moral que puede ser elástico… El libro es también mucho simbolismo y es necesario prestar atención a cada detalle en cada personaje y en cada historia.

Cada capítulo conlleva un pecado, una violación a la moral : asesinatos, hurtos, envidias, egolatrías, adulterio, deseos prohibidos, etc. Algunos relatos son inspirados de hechos reales como por ejemplo la historia de incesto. El denominador común de las 7 historias es el mal.

Todos los capítulos me interesaron excepto el penúltimo llamado El siríaco que relata la historia de Simeón el Estilita, el santo que vivió sobre una columna alejado del tráfago humano. Las historias que más me gustaron fueron la primera, llamada Las Susanas en su paraíso, tres hermanas vanidosas y ególatras que viven creyéndose « el ombligo del mundo » porque son rubias y bellas en un medio de negritos. También me gustó la historia de Angelito (Lindo y malo ese muñeco), el sicario asesino despiadado, hijo de su mamita, quien cree que ésta desconoce sus hazañas.

Aunque cada historia es puro pecado, no baña en absoluto en un clima gore porque la escritura conlleva mucho humor que aporta cierto desapego al lector como para dejarle un margen de reflexión sobre las atrocidades que está leyendo y analizando.

Brillante. Y aquí tienen el cuadro inspirador, El jardín de las delicias :

The Garden of Earthly Delights by Bosch High Resolution 2.jpg

PECADO, Alfaguara 2016,  ISBN 978-84-204-1918-3

Un élément perturbateur d’Olivier Chantraine

Résultat de recherche d'images pour "olivier chantraine"  Olivier Chantraine est un écrivain français âgé de 45 ans, un ancien cadre formé aux ateliers d’écriture de Philippe Djian à la NRF. Actuellement il réside à Maussane-les-Alpilles.

Un élément perturbateur (2017) est son premier roman.

Je me suis beaucoup amusée avec cette lecture, une histoire qui n’est qu’un écran pour nous livrer une parodie moderne avec des messages subliminaux qui baignent dans l’actualité la plus cuisante. C’est probablement un roman à clefs.

C’est l’histoire de Serge Horowitz, un  véritable zombi, un mutant immergé dans un monde qui ne lui correspond pas. Il a 43 ans et vit depuis 20 ans chez sa grande sœur Anièce, presque terré parce qu’il a peur de tout. Cette peur lui provoque une espèce de paralysie de la parole sans crier gare: il devient mutique tout d’un coup. De plus c’est un grand hypochondriaque.

Pour sa décharge il faut dire qu’il souffre de choc post traumatique depuis que ses deux parents se sont donnés la mort, le laissant aux soins de sa sœur qui le protège et de son frère aîné François qui l’accable. Et le grand frère, ancien énarque est aujourd’hui le Ministre des Finances de la France !

C’est grâce au frère ministre que Serge a trouvé un job d’analyste dans une société qui s’occupe d’évasion fiscale ou de « circuits financiers d’optimisation » ou du domaine de la domiciliation extérieure de revenus fiscaux des entreprises  pour parler en langue de bois (grâce à qui ce sont des millions d’euros qui échappent aux merdeux du fisc, sic, page 153). Le boss de cette boîte qui s’appelle Offshore Investment Company, est un ancien camarade de promotion du Ministre Horowitz (un petit monde de 15 personnes échappant à toute logique, au coeur du VIIIè arrondissement. A tout contrôle aussi. Ici les associés se creusent les méninges pendant des heures pour créer les meilleurs montages financiers permettant à leurs clients d’investir sans que l’argent ne transite jamais par la France, page 11 [pauvre France, presque ruinée par la gabegie généralisée avec une pression fiscale inouïe sur le contribuable moyen que l’on saigne à blanc].

Serge Horowitz est peut être bizarre et inadapté dans la vie, mais c’est un brillant analyste capable de faire une synthèse époustouflante des situations financières. Mais il dérange tout le monde, il met des bâtons dans les roues dans ces collusions politico-financières, empêchant  les requins de la finance et de la politique de tourner en rond.

Il va croiser dans sa boîte une fille superbe, Laura, le prototype de la career woman, prête à tout pour y arriver, qui se sert sans vergogne de ses contacts dans la boîte pour des fins ultra-personnelles. Mais c’est une bosseuse acharnée, à tel point qu’elle ne s’intéresse pas à son seul fils et elle est déjà divorcée.

Serge et Laure. Le feu et la glace. Et pourtant…

Serge va faire capoter les négociations entre un consortium japonais et une entreprise française de boissons énergisantes. C’est une cession négociée à prix d’or pour les français dont le montant du transfert va passer sous les barbes des requins du fisc. Les négociations sont menées par la boîte où travaille Serge, avec le pactole du siècle à la clef. Qui en sera l’un des bénéficiaires? François Horowitz, le Ministre, qui veut ainsi financer sa campagne politique comme candidat à la présidence de la République à la tête du parti qu’il a fondé « La France qui avance« …

Serge est outré par ces agissements. Il va gérer cette affaire selon sa conscience. Serge est un PUR, il est anachronique avec son environnement.

Et Laura dans tout cela? Après avoir joué  la corporate à tout va, elle va trouver une ébauche de rédemption par l’amour (au moins pour un certain temps…). Il est beaucoup question de corporate dans ce livre ce qui me rappelle l’excellent film  Corporate de Nicolas Silhol avec une étonnante Céline Sallette dans le rôle de la DRH, film qui décrit bien l’ambiance délétère qui peut régner dans une petite entreprise pourrie.

Le sujet de ce livre vous rappelle quelque chose? quelqu’un? A chacun de fantasmer sur le substratum de vérité que cette histoire, menée rondement par Olivier Chantraine, peut cacher…Truculent.

UN ÉLÉMENT PERTURBATEUR, Gallimard 2017,  ISBN 978-2-07-274033-6

Como los pájaros aman el aire de Martín Casariego

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Martín Casariego es un escritor español (Madrid 1962), autor de novelas, guiones, cuentos infantiles, ensayos, relatos y artículos de prensa. Hace parte de una familia asturiana de arquitectos, pintores y escritores (con otros tres hermanos). Leí de su hermano Nicolás Casariego un libro de ciencia-ficción que me interesó bastante, a pesar de no ser un género que me gusta, se trata de Cazadores de luz (2005), un libro bien escrito que me cautivó e inquietó al mismo tiempo.

Como los pájaros aman el aire (2016) es una buena novela con un título precioso que hace recordar al poeta español Pedro Salinas (1891-1951), adalid del amor, por ejemplo en « Eterna presencia »…como el viento está invisible, dando su vida a la vela…como está la luz quieta, fija, inmóvil, sirviendo de centro que nunca vacila al trémulo cuerpo de llama que tiembla… Martín Casariego se pretende también un escritor del amor.

Porque es éste un libro sobre el amor, es la búsqueda desesperada del amor por un hombre desilusionado y deprimido. No en vano y muy al principio del relato, el protagonista, Fernando,  se pregunta varias veces ¿dónde se esconde el amor? Según el autor Casariego esta historia es verídica, se la contaron hace años.

Fernando es un cuarentón herido por la vida : el abandono de su mujer por su mejor amigo,  el distanciamiento consecuente con sus dos hijos y  la pérdida reciente de su padre, con quien se avenía bastante.

Entonces Fernando, agobiado, deja un empleo bien pagado, se instala en un barrio madrileño desmejorado llamado Lavapiés (hasta el nombre es desmejorado, por Dios!) y se dedica a la fotografía en amateur. Lo único material que ha guardado de su padre, son unas gafas feas y anticuadas que le habían valido un apodo : el Gafas.

Fernando retrata los habitantes de su barrio, una multitud de gente variopinta e inclasificable porque tiene en mente armar un mural con 80 fotografías de gente con estas gafas ( ¿por qué 80?). De esta manera Fernando va recomponiendo la imagen del padre.

Fernando ya tiene una »fama » de artista en Lavapiés y un día una bella chica lo aborda en un bar pidiéndole que la retrate para armar un book de modelo; Fernando se va a enamorar de esta  chica, que se llama Irina, una rusa-lituana que conlleva muchos secretos y pesares.

A lo largo de la novela de 180 páginas, Fernando irá recomponiendo un verdadero puzle de su padre con las fotos (e Irina será la número 77), y otro puzle de Irina con su misterio.  Fernando es un hombre paciente.

El capítulo 18 lleva el título del libro : un día de intensa lluvia, Fernando declara su amor a Irina diciéndole que a pesar de lo poco que sabe de ella, la ama como los pájaros aman al aire…

Pareciera una lectura fácil, pero hay detrás un mensaje social (secuencias callejeras de gran realismo, personajes muy concretos) y también un  mensaje moral. Es una historia de amor y de resurrección con un lindo adagio al final : la paciencia a veces recompensa.

COMO LOS PAJAROS, Siruela Colección Nuevos Tiempos 2017,  ISBN 978-84-16854-09-7

Mariachi Plaza de Michael Connelly

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Michael Connelly est un très grand auteur de polars nord-américain (Philadelphie 1956) ; c’est le « père »  du  detective de LAPD Hyeronimus Bosch, alias Harry Bosch, que j’affectionne particulièrement parce que sa personnalité taciturne me plait. Connelly est un écrivain très prolifique avec une publication par an et parfois jusqu’à deux.  Je crois qu’à la date d’aujourd’hui on arrive à plus de 28 publications depuis 1992.

Je les ai lus presque tous (surtout la série avec Harry Bosch) et j’en possède quelques uns. Mes préférences vont au Poète de 1996, La blonde en béton de 1994, Créance de sang de 1998, et bien d’autres.

Dans ce blog j’ai commenté La lune était noire ( 2000) en juillet 2015, polar qui m’avait bien plu, palpitant et original car les protagonistes sont des truands et aussi parce que le personnage principal est une femme malfrat, Carrie Black. Et Le Cinquième Témoin (2011) avec un billet en février 2015, qui m’avait paru par moments un peu longuet avec les digressions autour de la machine judiciaire « made in the US » et qui met en vedette l’avocat Mickey Haller, demi-frère de Harry Bosch, un avocat bien sympathique, choqué par certaines pratiques et prêt à rendre sa robe d’avocat.

Mariachi Plaza ( The Burning Room, 2014) est un très bon Connelly à mon goût. J’ai retrouvé avec plaisir ce Harry Bosch pour lequel j’ai un faible depuis toujours: j’adore sa détermination sous un aspect taciturne et assez sauvage, indomptable. Les deux titres, si différents de l’anglais (The Burning Room) au français (Mariachi Plaza) font allusion à deux affaires judiciaires bien distinctes mais ayant une connexion dans le récit, et nous saurons les tenants et les aboutissants à la fin de l’épisode.

Harry Bosch est à moins d’un an de sa retraite comme inspecteur de LAPD, il est assigné aux cold cases, c’est à dire, aux cas non résolus. C’est curieux comme cela peut être différent d’un pays à l’autre car au Danemark par exemple, on met un policier « sur la touche » sur les cas non résolus, c’est une sorte de mise au placard, c’est une quasi « sanction » (cf  février 2017, avec l’auteur de polars danois Adler-Olsen et son commissaire Carl Mørck). Aux USA ce serait tout le contraire, c’est  une consécration pour un policier chevronné, une reconnaissance du bon labeur engrangé  au fil d’une carrière. Et on va affecter un jeune policier au flic senior afin de former un binôme pour perpétuer le savoir faire du senior.

Dans cet épisode il y a peu d’hémoglobine, mais beaucoup de tension psychologique. Et ce qui m’a rendu le livre intéressant, c’est de voir par le détail, le mode de fonctionnement de LAPD avec les rapports parfois houleux entre les policiers mais aussi avec la hiérarchie. C’est très politisé, très verrouillé et pas mal vérolé… L’affaire qui m’a choqué le plus est celle qui consiste à suspendre, pour n’importe quel motif, de vieux policiers juste avant leur retraite afin d’économiser de l’argent car lorsqu’il y a suspension, ils ne touchent pas toute leur retraite. Cela me semble un manque d’éthique colossal envers des citoyens qu’ont mis leur vie en danger pour la communauté et ce, pendant des années ! Mais il y a aussi d’autres anomalies de taille et rien que pour cela, ce roman est très intéressant. J’imagine que Connelly doit avoir de bons contacts au sein de LAPD pour en être aussi bien informé.

Pour en revenir au livre, le titre fait référence à l’ assassinat d’un mariachi qui se trouvait ce jour là au mauvais endroit à cette Mariachi Plaza où des mariachis jouent afin de se faire engager. Le meurtre a eu lieu plus de 20 ans auparavant !

Harry Bosch vient de récupérer une jeune co-équipière, Lucia Soto, d’origine mexicaine. C’est incroyable la succession de noms hispaniques au sein de LAPD, à tel point que lorsque l’on croise un nom américain (surtout irlandais) le lecteur éprouve soudainement une surprise… Mais Lucia Soto n’est pas là par hasard; elle a du se faire probablement pistonner pour être à côté de Harry Bosch car elle veut résoudre une autre affaire judiciaire qui la concerne personnellement. C’est la partie de l’histoire que j’ai trouvé un peu trop « arrangée » et peu vraisemblable.

La ville de LA est décrite avec une précision d’entomologiste et ceux qui la connaissent vont se régaler.

A la fin du livre, et pour la première fois j’ai été émue jusqu’aux larmes, ce qui est plutôt rare. Je pense qu’il faut lire l’opus car il en vaut vraiment la peine pour toute l’information que Connelly nous livre autour de cette mythique LAPD et ses modus operandi.

MARIACHI PLAZA, Livre de Poche 2017 (N°34523)  (M.C. 2014),  ISBN 978-2-253-08637-6

Las últimas palabras de Carme Riera

Image associée  Carme Riera es una escritora española (Palma de Mallorca 1948) que escribe en catalán y en castellano. Es la octava mujer que ocupa desde 2012 un sillón de la RAE. Ha sido galardonada con numerosos premios.

Lei su libro cuatro veces premiado En el último azul (1994) que narra la expulsión de los judíos de Mallorca durante la Inquisición, pero no pude leer más de la mitad porque el tema no me interesó a pesar de ser un libro docto y bien escrito.

Las últimas palabras (2017) es una novela corta, interesante, que relata la vida secreta del archiduque Luis Salvador de Habsburgo-Lorena que llegó a Palma de Mallorca en 1867, a la edad de 20 años y quedó tan embelesado con el lugar, que decidió radicarse en la isla.

Luis Salvador de Austria nació en Florencia en 1847 y murió en Bohemia en 1915. Era el undécimo hijo de Leopoldo II, archiduque de Austria y Gran Duque de Toscana y de María Antonieta de Borbón Dos Sicilias (segunda esposa). Luis Salvador era primo de Elizabeth de Austria alias Sissi, esposa de Francisco José I.

El archiduque fue una persona muy excéntrica que quiso vivir libre, a su manera, pero fue también un gran erudito (botánico, zoólogo, geógrafo, antropólogo, explorador, entomólogo), además de políglota (14 idiomas !) y un mecenas. Lo apodaban « el sabio de la casa », era feo y padecía de una enfermedad rara llamada elefantiasis.

La escritora Riera se interesó siempre en el personaje porque siendo nativa de Mallorca, muchas veces cruzó su nombre; además, en 2015 Carme Riera fue nombrada comisaria de una exposición en Palma de Mallorca con motivo del centenario de la muerte del archiduque.

El personaje llegó de incógnito a Mallorca bajo un falso nombre : conde de Neudorf en 1867 y se quedó, comprando con el tiempo varias fincas y desarrollando la agricultura y el turismo.

El libro de Carme Riera parte con un recurso literario muy cervantino , aquel del manuscrito encontrado que nos revela secretos. También, la escritora juega con el lector, haciéndole un guiño cómplice al revelar que ha debido contraer un préstamo bancario para poder pagar y recuperar los papeles del archiduque y que espera tener buenas ventas con el libro para reembolsar sin problemas el dicho préstamo.

El archiduque en su lecho de muerte dicta sus memorias a un amanuense de confianza. Esas memorias conllevan secretos que desea divulgar al cabo de cierto tiempo.

El primer secreto es su rol de espía europeo, bogando por Europa en su buque « el Nixe »  y proporcionando información al Emperador Francisco José. También revela el asesinato camuflado en suicidio de los amantes de Mayerling, que fueron asesinados para evitar el desmembramiento del imperio austro-húngaro.

El segundo secreto concierne su vida sexual. Fue bisexual y tuvo amantes de ambos sexos. Se enamoró de una simple campesina mallorquina, Catalina Homar, a quien pulió hasta que pudo introducirla ante la corte de los Habsburgo. Sus amores con su secretario Wladislaw Vyborny, su relación con su factotum Antonio Vives y sobre todo con la esposa de éste Luisa Vives. Una vida extraña y un destino extraño.

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Luis Salvador de Habsburgo-Lorena.

 

LAS ÚLTIMAS PALABRAS, Alfaguara 2017,   ISBN 978-84-204-3027-0

Un cheval entre dans un bar de David Grossman

Résultat de recherche d'images pour "david grossman"  David Grossman est un écrivain israélien (Jérusalem 1954), auteur de romans, d’essais et de livres pour la jeunesse. C’est un auteur reconnu, détenteur de plusieurs prix.

Un cheval entre dans un bar (2014) a reçu le prestigieux prix britannique Man Booker International Prize 2017. C’est le premier roman de l’écrivain après la mort de son fils Uri, 20 ans, pendant son service militaire en 2006, lors de la deuxième guerre du Liban.

 C’est le premier livre que je lis de cet auteur et je salue ici la prouesse du traducteur français, Nicolas Weill, qui a su donner toutes les nuances à ce récit qui est en fait un spectacle en direct appelé « stand-up » ou « one man show » avec un langage très spontané et qui change tout le temps.

Tout le livre tourne autour d’un spectacle offert un soir par un comique, assez sardonique et de deuxième zone, G. Dovalé  dans la petite ville de Netanya à quelques Kms de Jérusalem. Mais ce soir là précisément Dovalé a invité le juge Avishaï Lazar,  à la retraite depuis 3 ans, mais qui 43 ans auparavant, était le compagnon de Dovalé dans un camp d’entraînement pour jeunes de la Gadna, à Beer Ora.

Et 43 ans auparavant ce bon juge avait été sans aucune humanité pour Dovalé, âgé alors de 13 ans à qui on venait d’annoncer la mort d’un parent sans lui préciser lequel des deux parents il s’agissait…

Peut-on imaginer ce qu’une telle nouvelle peut provoquer chez un jeune adolescent qui se demande s’il préfère l’une ou l’autre mort… mais il n’y a pas de réponse valable pour un tel dilemme…

L’assistance, dans ce cabaret miteux, est venue pour rigoler  des blagues du comique Dovalé, mais cette assistance sera médusée par le déballage que va faire ce clown triste qui est devenu Dovalé; bien entendu presque tout le public va décamper indigné car on l’a volé sur la marchandise; à l’exception d’une poignée de spectateurs qui restera jusqu’au bout, saisis par le récit de la vie de cet homme qui a colporté ses souffrances toute une vie. Quant au juge, il est tenté de prendre la poudre d’escampette, bien sûr, comme tout lâche qu’il fût, mais il restera jusqu’au bout de ce véritable règlement de comptes.

Ce n’est pas un cheval qui entre dans un bar, mais un éléphant dans un magasin de porcelaine, tellement Dovalé est lourdingue et sans aucun tact avec ses blagues, beaucoup en dessous de la ceinture, mais il est aussi cruel et sans tact vis-à-vis des personnes qu’il connaît, comme cette pauvre femme naine qu’il invective publiquement.

Le scénario est génial, brillant, mais la teneur est au vitriol. J’ai eu du mal avec le texte au début car il m’insupportait par sa lourdeur frôlant le sans gêne et la logorrhée, mais peu à peu j’ai compris que il y avait autre chose sous ce langage excessif et ordurier. Par moments, je ne savais pas lequel des deux personnages pérorait: Dovalé ou le juge, car leurs discours s’entremêlent dans le récit.

Au delà du scénario du livre, c’est un portrait de la société israélienne qui vit entourée de violence et menacée de terrorisme de façon permanente. Ce roman donne une deuxième chance à « l’amitié » que ces deux adolescents ont eu 43 ans auparavant.

Ce livre rend compte de façon intéressante de la complexité dans laquelle vit l’État d’Israël.

UN CHEVAL…, Seuil 2015,  ISBN 978-2-02-122480-1