Archive | septembre 2015

Les dimanches de Venise de Michel Mohrt

 

Michel Mohrt est un écrivain français (Morlaix 1914-Paris 2011) : essayiste, romancier, historien de la littérature, éditeur et traducteur littéraire, critique littéraire, spécialiste de la littérature nord-américaine (chez Gallimard) et peintre du dimanche (aquarelliste). Il a été élu à l’Académie Française en 1985 au fauteuil 33 (celui de Voltaire !).

Les dimanches de Venise a été publié en 1996 à l’âge de 82 ans alors que dans le livre il nous dit avoir découvert Venise assez tard, à l’âge de 38 ans. Il a dû travailler essentiellement avec sa mémoire pour nous rendre ce livre où il est surtout question de sa personne, de ses amis et connaissances plus que sur Venise elle même. Pour un esthète, féru de peinture, j’ai trouvé qu’ il y a peu de remarques esthétisantes dans son livre. En revanche, Monsieur Mohrt est très potinier, nous livrant beaucoup de commérages. Il y a un point sur lequel je suis d’accord avec lui : c’est au sujet de l’excellence de l’ouvrage de l’anglais James  Morris sur Venise Visa pour Venise que je  trouve un des meilleurs livres sur Venise. Ce que je ne savais pas, et je l’ai appris par Michel Mohrt, c’est qu’après publication de l’essai sur Venise James Morris, père de famille, est devenu transsexuel sous le nom de Jane Morris. Cette aventure est racontée par miss Morris dans le détail dans un livre intitulé L’énigme.

Michel Mohrt écrit que Venise est sécrète et là aussi je suis d’accord. Chaque voyage permet de découvrir des choses nouvelles, des endroits, des paysages, ne serait-ce que par le changement de la luminosité ambiante. Les difficultés que l’on éprouve à trouver son chemin à travers les lacis des ruelles, tous les piétons de Venise les connaissent. Shakespeare y fait allusion, au point que l’on peut se demander s’il ne lui est pas arrivé de se promener dans Venise, du côté du Ghetto (page 42). 

Il a passé beaucoup de temps à peindre des aquarelles de Venise et il trouvait que le choix des points de vue permettant la bonne perspective étaient rares et difficiles à trouver : si l’artiste s’enfonce dans les différents quartiers de la ville, au risque de se perdre, c’est alors que le choix de « l’endroit idéal » est presque impossible. S’il veut reproduire le portail d’une église, près d’un pont qui se reflète dans un canal, le peintre s’aperçoit vite qu’il manque du recul nécessaire pour bâtir son dessin. Il a beau aller et venir, s’éloigner autant que possible du sujet,  celui-ci se modifie ou disparaît, caché par l’angle d’une maison. Tous les peintres, à Venise, ont dû tricher plus ou moins dans leur travail. En quoi consiste cette « tricherie »? En une modification légère de la masse d’un édifice; en la combinaison de deux angles de vue, selon la position adoptée, assise ou debout. Il faut aussi, parfois, majorer l’espace d’un campo, devant une église, rehausser la courbure des marches qui descendent jusqu’à l’eau d’un rio…

J’ai appris quelque chose d’intéressant : les écrivains français sur Venise sont plus nombreux que les peintres et Paul Morand avait baptisé ce club sélect d’écrivains les « longues moustaches » à qui l’écrivain Michel Bulteau a consacré un livre intéressant que je vais essayer de me procurer : Le club des longues moustaches (1988); le même écrivain a écrit un livre sur un personnage très lié à Venise qui doit être intéressant à lire : Baron Corvo, l’exilé de Venise (1990).

Une belle phrase de Michel Déon est citée dans le livre, je vous la donne : …si Venise a abandonné son corps aux écrivains, c’est aux peintres seuls qu’elle a dévoilé son vrai visage…

Michel Mohrt relève quelque chose d’assez juste sur la Sérénissime…Que vont chercher dans Venise ces voyageurs célèbres ? Le silence, ce silence coupé par des suaves clapotis de l’eau et rythmé par les cloches de Venise, ces centaines de cloches qui sont audibles de partout et qui rajoutent une certaine féerie à la visite. Il faut dire que la nuit, dans les rues de Venise ce silence assourdit: il n’ya que vos pas qui résonnent sur les pavés, amplifiés par les couloirs des calles et rios. Avec la nette impression de pouvoir croiser un fantôme au premier tournant, un fantôme qui pourrait être celui de Casanova. L’écrivain fait aussi allusion à l’omniprésence des chats dans Venise…mais il ne fait pas allusion au fait que la nuit, les rues de Venise débarrassées des hordes des passants, sont le royaume des rats qui pavoisent et se promènent librement. S’il n’y avait pas les chats, il y aurait certainement plus de rats….

 Aquarelle de Michel Mohrt illustrant son livre.

LES DIMANCHES DE VENISE, Gallimard 1996,  ISBN 2-07-074511-2

La pasajera de Alonso Cueto

Afficher l'image d'origineEscritor peruano (Lima 1954) con vasta bibliografía y con una tesis de doctorado sobre el uruguayo Carlos Onetti; ha sido galardonado varias veces;  es considerado como el mejor narrador de la clase media limeña. Alonso Cueto es miembro de la Academia Peruana de la Lengua desde 2009.

Le he leído varios libros y comenté Cuerpos secretos (2012) en enero 2014 en este blog. Entre los libros leídos, mis preferencias van a  El susurro de la mujer ballena (2007) y La hora azul (2005).

La pasajera (2015) es una corta novela urbana que retoma dos personajes de La hora azul  : Arturo y Delia. Arturo fue un militar que combatió Sendero Luminoso en Ayacucho y que incitó a la violación a sus hombres siguiendo las órdenes de su coronel; hoy en día trabaja como taxista en Lima y vive con el peso de su consciencia. Delia es hoy una peluquera que trabaja en Lima  con una hijita, una criatura que fue el resultado de las violaciones que sufrió por los soldados a sus  16  años.

Por casualidad Arturo irá a cortarse el pelo a la peluquería de Delia y ésta última, que lo reconocerá,  revivirá todo el horror del pasado y querrá huir con su hijita hacia Huanta,  su tierra. En cuanto a Arturo, no sabe qué hacer para redimir su atroz pasado y no lo cuento aquí para no quitar interés a la lectura de esta novelita, escrita un poco al estilo de un thriller, con personajes muy simpáticos, bondadosos y llenos de mansedumbre como la señora Liz que tendió la mano a la desvalida Delia.

Un libro sin mayor trascendencia literaria y que demuestra las consecuencias a largo plazo de acciones violentas y desmedidas sobre los seres humanos.

LA PASAJERA, Seix Barral 2015,  ISBN 978-612-46894-0-6

Le fils de Philipp Meyer

Afficher l'image d'originePhilipp Meyer est un écrivain américain (Baltimore 1974) avec des études d’anglais à l’Université de Cornell.

« Le fils » paru en France en 2014 (« The son« , 2013) est son second roman,  finaliste du Prix Pulitzer 2014 aux USA (catégorie roman); en France il a reçu le Prix des lecteurs du livre de poche 2016 et le Prix le choix des libraires 2016.

Le livre est un pavé de 700 pages qui narre la saga de la famille texane McCullough à travers quatre générations. Cette famille est à la dimension du grand pays qui est l’Amérique puisque la narration va de la conquête de l’Ouest jusqu’à nos jours. C’est une lecture intéressante et très copieuse; le livre est lourd et difficile à maintenir en main longtemps. Il me semble qu’en ce moment la  mode est à l’écriture de chapitres intercalés faisant des sauts temporaux assez marqués; dans Le fils  chaque génération à son chapitre et apporte sa pierre à l’édifice narratif. Cela m’insupporte, cela me distrait, cela me déconcentre, mais ceci est un ressenti très personnel. J’aurais préféré une suite linéaire avec les chapitres narrant la vie du fondateur de la dynastie(de loin les meilleurs à mon goût), Eli McCullough dit le Colonel, suivi des biographies de ses enfants et arrière-petits enfants; inutile de dire que l’arbre généalogique en début du roman a été consulté souvent…Je trouve que le récit de la vie  des générations plus récentes est quelque peu bâclé, notamment la biographie qui apparaît en dernier, celle d’Ulises Garcia, le personnage qui va clore la saga.

Le personnage de l’aïeul Eli McCullough est très fort; nous allons le connaitre plus par ses exploits que par ses pensées intimes, mais quels exploits, dignes du wild far West. La vie du Colonel racontée par le romancier donne un aperçu de ce qui fut la Conquête de l’Ouest avec ces strates successifs de populations qui se sont fait la guerre en permanence,  ce qui  donne toute sa valeur au vocable que l’on entend souvent chez les nord-américains:  « struggle for live ». Eli McCullough naquit en 1836, date de la déclaration d’indépendance de la République Texane  par rapport à la tyrannie mexicaine… Les siècles de présence espagnole au Texas n’avaient mené nulle part : depuis 1492 ils soumettaient tous les indigènes sur leur route, mais les Apaches Lipans ont arrêté net les conquistadors; après sont arrivés les Comanches qui ont jeté les Apaches à la mer, détruit l’armée espagnole et soumis le Mexique. Alors, le gouvernement mexicain voulut coloniser le Texas : tout homme prêt à s’établir à l’ouest de la Sabine River allait recevoir deux mille hectares de terres. La philosophie comanche envers ces envahisseurs était d’une exhaustivité biblique : torturer et tuer les hommes, violer et torturer les femmes, emporter les enfants et en faire des esclaves ou les adopter. Du temps de l’enfance d’Eli McCullough le vaste territoire américain était en guerre et Eli a été capturé par les Comanches après le massacre de sa famille (à l’exception du père). Il sera adopté par la tribu après moult rites d’initiation Comanche assez sauvages et il deviendra  « presque » assimilé sous le nom de Tiehteti.  Il y restera 3-4 ans.

Alors qu’aux oreilles des Blancs, les noms des Indiens manquaient de dignité et de logique parce que les Comanches considéraient comme tabou d’utiliser le nom d’un mort. Contrairement aux Blancs, chez qui des millions de personnes se partagent une poignée d’appellations toutes interchangeables au final, un nom Comanche vivait et mourait avec la personne qui le portait. Ce  n’étaient pas les parents qui choisissaient le nom de leur enfant, mais un membre de la famille ou une personnalité de la tribu, parfois en mémoire d’une action accomplie par cette personne, ou d’après tel objet qui l’inspirait. Certains membres de la tribu se voyaient « renommés » deux ou trois fois au cours de leur vie adulte, selon que leurs amis et leur famille trouvaient une appellation plus intéressante.

Pour les Comanches, les Blancs étaient fous parce qu’ils voulaient tous devenir riches sans s’avouer qu’on ne peut  s’enrichir qu’en prenant ce qui appartient à d’autres et parce qu’ils ne voient pas ceux qu’on vole, ou qu’ils ne les connaissent pas ou qu’ils ne leur ressemblent pas, alors ce n’est pas vraiment du vol. Mais les seuls non Indiens que les Comanches détestaient étaient les Texans parce qu’ils les considéraient comme cupides et violents.

Page 211 Meyer écrit : ...l’Empire Comanche s’étirait du Mexique aux Dakotas, à savoir la zone la plus dense en bisons de tout le continent. Ils chassaient le bison  à la lance ou à l’arc, ils étaient inégalés dans cette chasse; tout leur était utile dans cet animal : ils buvaient son sang directement sur ses veines en cas de soif, avant qu’il ne coagule; ils raffolaient du foie frais de bison arrosé de sa bile puis ils dépeçaient la bête avec une précision de chirurgien. Les tribus du Nord les chassaient de manière saisonnière, mais les Kotsotekas, dont le territoire était au centre, chassaient toute l’année : l’été, les mâles, plus gras, et l’hiver, les femelles. Les Comanches étaient la tribu la plus crainte par les Anglos et les autres indiens, car ils étaient des guerriers à cheval d’une adresse à nulle autre pareille, ils collectionnaient les scalps qu’ils arboraient comme des trophées de guerre. Ils ont été décimés par la variole et par les guerres contre les Blancs et les autres tribus. Leurs rites étaient extrêmement sauvages et très codés.

Dans le ranch d’Eli McCullough on avait trouvé des pointes de flèche préhistoriques, aussi bien des pointes de Clovis que de Folsom, et pendant que le Christ allait au  Calvaire, les Indiens Mogollons se tapaient dessus avec des haches de pierre. À l’arrivée des Espagnols il y avait les Sumas, les Jumanos, les Mansos, les Indiens de la Junta, les Conchos, les Chisos et les Tobosos, les Ocanas et les Cacaxtles, les Coahuiltecans, les Comecrudos…mais savoir s’ils avaient éliminé les Mogollons ou s’ils en descendaient, mystère. Tous furent éliminés par les Apaches, éliminés à leur tour – au Texas du moins – par les Comanches. Eux-mêmes éliminés par les Américains.

Eli McCullough va commencer l’immense fortune familiale en achetant quelques arpents de terre après sa séparation d’avec les Comanches et s’être désengagé de l’armée Confédérée (d’où lui venait le surnom de Colonel); une terre bien irriguée que va lui permettre d’élever du bétail et de s’enrichir assez rapidement puis acquérir de nouvelles parcelles de terre (voire illégalement). A la fin de sa vie il se tournera vers le pétrole que l’on va forer dans ses vastes territoires.

Le deuxième personnage est le fils du Colonel, Peter McCullough qui ne sera pas du même avis que le père pour l’exploitation du ranch; il misera seulement sur le développement des pâturages et l’élevage alors que le Colonel a déjà des vues sur le pétrole, il a aussi de l’empathie pour les mexicains. Il épousera une riche texane mais sera malheureux en amour jusqu’à sa rencontre avec Maria Garcia qui le fera fuir le clan et faire souche à part.

Le troisième personnage est  Jeanne Anne McCullough, arrière petite fille du Colonel et qui l’a bien connu puisqu’il est mort centenaire. Jeanne Anne n’a pas fait d’études remarquables, mais après son mariage d’amour avec Hank, un géologue foreur qui travaillera sur les champs de pétrole de la famille, elle apprendra beaucoup et deviendra encore plus riche grâce à son flair infaillible et à son réseau de contacts. C’est une femme d’affaires impitoyable à la Dallas.

La quatrième génération sera représentée par Ulises Garcia, personnage qui va boucler le roman de façon un peu abrupte à mon goût. Il surgit comme un diable de sa boîte pour disparaître aussitôt.

Une fresque impressionnante qui comprend toute l’Histoire de l’Amérique du Nord axée sur le Texas. Cette saga romancée met bien en évidence la violence latente qui existe dans ce vaste continent et qui resurgit périodiquement parce que presque la totalité de la population mâle est armée et prête à dégainer en cas de conflit.

LE FILS, Albin Michel 2014,  ISBN 978-2-226-25976-9

Las voces del Pamano de Jaume Cabré

Jaume Cabré i Fabré es un filólogo, escenarista y escritor en catalán (Barcelona 1947), cuyas novelas son de gestación lenta. Los  grandes temas de su obra son el poder y la condición humana. Ha sido premiado con muchos premios catalanes y con cuatro  Premios de la Crítica española:  1985, 1992, 2005 y 2012 (éste último con Yo confieso). Recibió además el Premio Nacional de Literatura en 1992. Es un autor muy leído en Alemania donde  Yo confieso  lleva más de 500 000 ejemplares vendidos (contra 50 000 en Francia)…

Yo confieso haber empezado este nuevo (grueso) opus de Cabré con cierta aprensión porque su Yo confieso (2011) es tan deslumbrante y apabullante por el contenido y la trascendencia, que el pobre lector se siente algo apocado ante tanta munificencia. Hay que saber que el estilo de Jaume Cabré, por decirlo así, es  enrevesado con  saltos temporales en el relato que a veces necesitan releer el párrafo para situar la acción. Necesité casi 100 páginas para entrar en el meollo de Las voces del Pamanopero una vez que se entra, no se puede soltar el libro.

Las voces del Pamano (2004) me pareció un libro quizás más interesante e impactante que Yo confieso (comentado en este blog en mayo 2015), probablemente porque es menos ambicioso y más concentrado en el mensaje que nos transmite. Es uno de los mejores relatos leídos sobre la posguerra española (y Dios sabe la sobreabundancia que existe con  el temita…), y todos los personajes del libro son intensos y bien descritos. Interesante porque el relato permite apreciar las facetas de los personajes que van cambiando con el tiempo, las ramificaciones e interfases de los diferentes bandos, las implicaciones e infiltraciones de los unos con los otros, el nepotismo de los ganadores y la corrupción que se instala en España desde el final de la guerra con la llegada de los especuladores de todo pelaje.

El título de la obra tiene relación con el  rio Pamano, río torrentoso del valle de Àssua que tiene protagonismo en la novela porque según la tradición local,  los que escuchan el torrente en la( ficticia) ciudad de Torena, saben que van a morir pronto.

Es una novela coral con una suma de historias, con un mundo propio y un estilo narrativo muy particular a Jaume Cabré; una historia que se sitúa en el pueblo imaginario de Torena y  alrededores, en la comarca de Pallars, cerca de la zona pirenaica de Lérida. El período del relato abarca desde los años 1920 hasta la restauración monárquica con una mayoría de los sucesos en los años de la guerra civil y de la posguerra. Este vasto período temporal  da amplitud a la narración de eventos, amores, venganzas, secretos familiares, ambiciones desmesuradas y afán de poder de muchos personajes.

El personaje principal es la bella, adinerada y altiva Elisenda Vilabrú Ramis (de los Vilabrú de Torena y de los Ramis de Pilar Ramis (=la madre de Elisenda) de Tirvia, medio puta medio mejor no hablar de eso por respeto al pobre Anselm (=el padre de Elisenda). Cabré repite ad libitum esta cantinela así como las filiaciones por parte de padre y madre de muchos otros personajes para dejar bien claro el origen de la gente. Esto es un rasgo muy hispánico. También sitúa a los personajes haciendo mención al lugar donde moran : de casa Gravat, de casa Feliçó, de casa Misseret, etc (¿costumbre catalana?). Seguiremos a Elisenda desde su matrimonio hasta la senectud: una mujer fuerte que no tendrá otro objetivo que de vengar la muerte de su padre y de su hermano asesinados por los « rojos »del pueblo. Elisenda utilizará con « rabia » a los hombres hasta que se enamorará del maestro Oriol Fontelles.

Hay otros personajes entrañables como Tina Bros, la maestra gordita que encontrará sesenta años más tarde y por casualidad los cuadernos del maestro Oriol Fontelles,  escritos a escondidas durante la guerra para explicar su aparente cobardía a una hija que nunca conoció. Tina Bros, la maestra vive un fracaso matrimonial y un fracaso como madre, y su honda pena y desaliento están muy bien rendidos. El alcalde de Torena, Valentí Targa, es un falangista corrupto y despiadado que se convierte en el asesino a sueldo de Elisenda. Oriol Fontelles es un maestro que llega a Torena en plena guerra civil con Rosa, su joven esposa encinta; este maestro posee además un don de buen pintor y hará un retrato admirable de Elisenda Vilabrú; el pobre hombre se enamorará perdidamente de su modelo durante las sesiones de pose y se debatirá atrozmente  entre pasiones contrarias; Oriol es un agente doble a su pesar que va a comprometer todos los bandos, pero especialmente su alma porque en un momento del relato el hombre está perdido.

Los devotos servidores de Elisenda son muy importantes: Bibiana su ama y ángel guardian, el abogado Gasull prendado de Elisenda, Jacinto Mas su  chofer y factótum, también prendado de ella.  Hay muchas pasiones soterradas en esta novela, lo que da al relato mucha fuerza y violencia. Cecilia Báscones es un personaje femenino muy vilipendiado por Elisenda, nativa del pueblo de Torena como ella, o sea, una conocida de infancia, pero  que Elisenda tilda de « impresentable » o de « mala pécora » porque se ha dado vuelta la chaqueta (« ahora es demócrata de toda la vida« …); Cecilia Báscones tiene el estanco del pueblo; es una mujer guapa, de la edad de Elisenda (¿una rival?) con una manera de hablar muy divertida porque de joven se interesó a la medicina y sus frases rebosan de términos médicos aunque resulten completamente anacrónicos; por ejemplo : a éste esto le produce ictericia y una eritropoiesis ineficaz...

Para mi gusto, el sumo de la sorpresa en la novela es cuando sesenta años más tarde Elisenda Vilabrú emprende un proceso de beatificación de Oriol Fontelles, el que fuera su amante ( y en realidad  más que su amante, pero no lo explicaré porque hay que evitar el spoiler); el objetivo que persigue Elisenda es rehabilitar la memoria de su amante aunque el gesto le cueste una millonada. Es altamente risible leer los tejes y manejes y los millones que desembolsa en sus negociaciones con el Vaticano y con el Opus Dei. Totalmente jocoso y escabroso. Yo creo que con este episodio el escritor se ganó la excomunión.

El contraste entre apariencia y realidad materializado en los secretos y engaños que mantienen muchos de los personajes, se resuelve con el uso del monólogo interior dentro de un diálogo para traer a la superficie del texto lo que se dice y lo que se oculta. Una vez que el lector se acostumbra a este procedimiento, la lectura es puro asombro, sorpresa y placer.

La escritura del libro es variada, llena de matices que recupera la burla paródica cervantina de estilos. Un excelente libro que resuena en nosotros después de haberlo cerrado, por la calidad de la escritura y por el espesor que Cabré supo dar a sus personajes. Hay que alabar también la calidad de la traducción al castellano de Palmira Freixas.

Les veus del Pamano, es también una serie televisiva de dos capítulos de 90 minutos, rodada en 2009 por Lluís María Güell, con un guión de Xesc Barceló que se puede ver en TV3 gratuitamente; es una teleserie estupenda que rinde muy bien el aspecto enrevesado de la historia en medio de unos preciosos  paisajes catalanes. Solo lamento no dominar el idioma catalán, pero entre el castellano el francés algo se capta.

LAS VOCES DEL PAMANO, Ediciones Destino 2004,  ISBN 978-84-233-3908-2

Le sculpteur de nuages de Jean Anglade

Jean Anglade est un écrivain français (Puy de Dôme 1915) très prolifique (une centaine de publications !), avec plusieurs casquettes: romancier, biographe, historien, essayiste, humoriste, traducteur de l’italien, poète et scénariste.
On le connait comme « le Pagnol auvergnat » et aussi comme « le patriarche des lettres auvergnates »; c’est une référence littéraire en Auvergne, comme Alexandre Vialatte, Henri Pourrat, Lucien Gachon, Aimé Coulaudon, Marie-Aimée Méraville, Jean-Émile Bénech et Pierre Moussaire.

Sa littérature est une littérature de terroir, avec des romans savoureux et hauts en couleur, faits d’ un mélange d’humour et de bon sens paysan, de malice et de franchise crue; en fait, ses livres sont de véritables documentaires sur l’Auvergne bien que le romancier dise « ma véritable région, ce n’est pas l’Auvergne, c’est l’Homme ».

En mars 2015 j’ai commenté ici ma découverte de Jean Anglade dans le cadre de « Masse Critique » de Babelio, c’était son roman de terroir « Le tour du doigt« (1977). J’ai beaucoup aimé, probablement parce que je considère que l’Auvergne fait partie de mon panthéon très personnel.

En revanche, j’ai moins aimé celui-ci,  Le sculpteur de nuages (2013) qui est un roman inspiré de la vie du sculpteur californien Ralph Stackpole(1885-1973). ¿Quel est le rapport d’Anglade avec Stackpole? Stackpole épousa en 1923 aux USA et en deuxième noce une vraie auvergnate, Ginette, originaire de Chauriat (que l’écrivain orthographie Chauriac). Le romancier a changé les noms dans le roman (¿pour quelle raison?), Ralph Stackpole s’appellera Ralph Stalkner et Ginette sera appelée Francine Mazeil. Ginette-Francine émigra aux USA en août 1923, fuyant l’Auvergne après le décès de ses deux parents de la grippe espagnole et la disparition de son frère unique Marcel après la Grande Guerre. Elle avait l’avantage de parler l’anglais et l’espagnol, raison pour laquelle on lui conseilla d’émigrer en Californie.

Le titre du livre vient du fait que lorsque Ralph Stackpole devint trop vieux pour sculpter la pierre, il regardait le ciel et ses nuages moutonneux en disant qu’il les sculptait.

J’ai trouvé que toute la partie du livre dédiée à la biographie du sculpteur manquait de consistance humaine et que tout ce que je lisais me faisait penser aux informations que l’on glane sur wikipédia, sans âme,  sans couleur et sans saveur.

En revanche, le récit devient plus intéressant lorsque Ralph Stackpole s’installe en Auvergne, prétexte pour Jean Anglade pour nous livrer énormément d’informations sur sa région, notamment sur les tailleurs de pierre de Volvic. Il y a quelques anecdotes savoureuses sur l’Auvergne et les auvergnats. Par exemple page 136 nous lisons…pour sa part, l’Auvergnat traditionnel n’est pas un grand consommateur d’eau. Ni à usage interne ni à usage externe. On dit qu’il ne se débarbouille qu’une fois l’an: le matin du 1er janvier. Mais les plus purs représentants de l’espèce ne font toilette que deux fois dans leur vie: la veille de leur mariage et la veille de leur enterrement. Encore ne traitent-ils que le devant puisque le derrière ne se voit pas. Ces purs de purs croient au danger mortel de l’eau de fontaine, du savon et du socialisme; au pouvoir qu’a le tocsin d’éloigner la foudre; aux vertus de l’épargne; à l’influence de la lune sur l’humeur des femmes, la crue du seigle, des feuilles et des cheveux. Avant de passer chez le coiffeur, ils consultent leur calendrier: « J’attendrai la lunaison suivante, la coupe me durera quinze jours de plus ».

Ou cette autre anecdote savoureuse. Le ménage Stalkner eut besoin de faire réparer leur chasse d’eau, ils firent appel au plombier Brasdefer qui s’en tira bien, même s’il fut lent dans sa besogne et dans la rédaction de sa facture: -« N’oubliez pas votre facture ! »- « J’y pense. J’y pense ». Il y pensa deux semaines. Elle finit par arriver. Stalkner la trouva un peu salée, il l’examina de près. Brasdefer connaissait très mal l’orthographe et à peine l’écriture. Ralph et Francine déchiffrèrent avec peine ses rubriques: anlèveman... ansiène plomberie… teraseman… saileman… tube/de/plomb… tube/de/cuifre… tapiot... soudurre… jouints… coudes… reobinets… mindeufre… TVA. Rien n’avait été oublié. Toutefois, un article intriguait : papu, 84.25. Ralph se creusa profondément l’esprit pour essayer de comprendre le sens de ce papu facturé 84 francs et 24 centimes. Afin d’en expliquer la signification, il chercha le mot dans son dictionnaire Larousse. Il y trouva des vocables approchants :papule, purpol, pulpe, pépie, Pabu, Papou, papou…Mais aucun papu. Quand Brasdefer vint se faire payer, il le consulta: -« Votre papu, qu’est-ce que c’est au juste ? » « Mon papu? » « Oui, là…84.25 francs » « Eh bien, c’est ce que j’ai pas pu, voilà tout ». « Vous…avez…pas pu? »-« J’ai pas pu faire ce que je voulais. Mais je l’ai compté quand même, vu le temps que j’y ai passé. C’est juste, non? »-Et qu’est-ce que vous vouliez que vous n’avez pas pu? « -« Aller au plus court…A l’économie…ça m’a pris du temps. Pour que vous soyez satisfait. Mais j’ai pas pu. Alors, si je l’avais pas marqué sur la facture, qui c’est donc qui me l’aurait payé?…Je vous enlève les centimes. Reste 84 ».

Par moments la plume d’Anglade devient poétique et cela donne…c’était la fin de la journée, le moment où les agriculteurs quittent leurs champs, où les chèvres rentrent à la chèvrerie, où les enfants sortent des écoles. Au loin, au-dessus de la mer moirée des cultures limagnaises, toute l’escadre des monts Dôme se tenait alignée, en formation de parade de part et d’autre du puy amiral. Là-dessus, le soleil couchant déversait des flots de sirop, fraise, framboise et groseille confondues.

Sur la ville de Thiers, il écrit…étonnante ville de Thiers. D’où qu’on la regarde, on n’en voit jamais qu’un tiers. Étonnants habitants qui, sans être méridionaux, ont l’accent du Midi. Qui, plutôt portés à la paresse, se tuent au travail. Qui, plutôt pieux de nature, grand brûleurs de buis bénit en cas d’orage, se moqueraient du bon Dieu s’Il venait à passer devant leur porte, tellement ils sont enclins au rire et à la moquerie. Comment distinguer leur folie de leur sagesse?[règlement de compte d’un escoutois?].

Mi-roman biographique, mi-roman de terroir, je préfère de loin le côté anecdotique auvergnat, terrain dans lequel Jean Anglade est imparable.

LE SCULPTEUR DE NUAGES, Livre de Poche 33669 (Calmann-Lévy 2013) ISBN 978-2-253-09984-0

La casa del silencio de Blanca Busquets

Blanca Busquets (Barcelona 1961) es una escritora en catalán y periodista radiofónica, autora de varios libros y detentora de algunos premios. Empezó a publicar en 2003.

Una gran amiga me habló de este libro que ella leyó en francés (Un coeur en silence, 2015), y fue entusiasta con su comentario más aún cuando supe que la música tenía una parte importante en el relato; lo encargué en castellano lo que constituye una traducción/ distorsión del catalán.

La casa del silencio (2013) es una novela polifónica con varios personajes que van superponiendo sus versiones alrededor del protagonista que es un violín de Jacobus Stainer del siglo XVII. La escritora  Busquets sabe de música ya que aprendió a leer una partitura a los 3 años y después todo fue música: piano, armonía, coros, orquesta… La escritora tenía muchas ganas de poner música en sus escritos y lo ha logrado con este libro. Blanca Busquets quiso crear un paralelismo de ficción entre lo que parece una persecución de los dos violines solistas del primer movimiento del doble concierto de Bach para violines y tuvo la brillante idea de enfrentar a las dos mujeres de la novela que lo interpretan : Anna y Teresa. Pero no hay solo música en el libro, hay también sentimientos humanos y relaciones entre personas que tienen una vida difícil. El título de la obra, la casa del silencio es una casa silenciosa donde siempre hay música, es la casa del director Karl.

La historia se articula alrededor de tres mujeres cuyo único punto común es la música, particularmente el concierto para 2 violines de JS Bach que recomiendo escuchar durante la lectura porque magnifica la sensibilidad hacia el texto. Hubiese querido poner un enlace de youtube, pero desde hace poco ya no es posible copiar los enlaces de youtube que están bloqueados (sucede lo mismo con daily-motion).

No hay diálogos en el libro de manera que la prosa resulta aún más musical ; lamenté que la edición propuesta por Grijalbo impresa en EEUU resulte tan pálida y por ende cansadora para la lectura ya que hay parrafadas que duran páginas enteras y la tinta está bastante deslavada.

Es un libro que encontré grato de leer, pero que no me deslumbró porque encontré que el argumento está demasiado trabajado para hacer encajar las piezas lo que da cierta inverosimilitud; los personajes no tienen consistencia profunda, sino que se los ve desde el exterior sin entrar en el alma, carecen de profundidad humana aunque la psicología femenina está bien lograda. Los personajes femeninos están mucho mejor trabajados que los dos personajes masculinos principales: el director de orquesta Karl y su hijo Mark que son meros títeres que ponen en valor los fuertes personajes de mujeres.

Karl es un músico tránsfugo de la DDR, exiliado y exitoso en Barcelona; el hombre vive centrado en la música y necesita una presencia femenina para llevar su cotidianidad; huyendo de la DDR dejó allá a su mujer y a su hijo Mark. La cotidianidad la lleva María una criada superdotada para la música de manera innata y que Karl formará de a poco; pero María es mucho más que una criada, es una compañera indefectible que le allana el diario vivir para el cual Karl está completamente desvalido. Tras la muerte de su esposa y la caída del muro de Berlin, su hijo Mark, casi de 30 años y músico como su padre, decide de reunirse con Karl en Barcelona; será literalmente « vampirizado » por Anna que sufre de graves carencias afectivas.

Karl vive rodeado de mujeres, esencialmente en torno a su actividad musical. Así conocerá a Teresa, una violinista superdotada que posee un Stainer, un instrumento excepcional que llegó a sus manos de manera totalmente fortuita. También conocerá a Anna una joven violinista que sufre de carencias afectivas y que trata de poseerlo de manera patológica al mismo tiempo que decide deshacerse de Teresa. Tras la muerte de Karl, su hijo Mark retoma cierto prestigio como director de orquesta y quiere que Teresa y Anna interpreten el concierto de Bach para dos violines en donde hay un movimiento que es una verdadera competición entre los dos primeros violines.

Los cambios en la temporalidad del relato me resultaron difíciles para entroncar con la trama. Hay que hacerse la pregunta en permanencia para saber en qué punto de la historia estamos. Es un tanto engorroso. Aunque la idea es original y el final, sorprendente.

Un libro que se lee bien, pero al que le falta profundidad.

LA CASA DEL SILENCIO, Grijalbo Narrativa 2013,  ISBN 978-84-253-4820-4

Je ne suis pas jolie, je suis pire par la Princesse de Metternich (Souvenirs 1859-1871)

Pauline comtesse Sándor von Szlavnicza devenue princesse de Metternich-Winneburg zu Beilstein (Vienne 1836-1921) était une célèbre aristocrate autrichienne qui tint un brillant salon dans le Paris du Second Empire.

Elle était la petite fille, du côté maternel, du chancelier d’État autrichien; elle épousa en 1856 son oncle, le prince Richard Klemens de Metternich .

A partir de 1859 elle s’installe à Paris avec son mari, ambassadeur d’Autriche auprès de Napoleon III où elle tiendra un brillant salon pendant dix années où elle régnera en vedette et animatrice absolue; son style sera copié par toute l’aristocratie européenne.

Elle parlait le français comme sa langue maternelle et était une femme vive et spirituelle avec une silhouette remarquable par sa finesse. Ce n’était pas une jolie femme dans le sens classique, mais c’était une femme remarquable: un nez en trompette, la bouche beaucoup trop fendue, des lèvres charnues en rebord de pot de chambre (sic), très pâle, un ovale du visage beaucoup trop irrégulier mais elle était la première à se moquer de son physique;  à côté de cela, quelle grâce, quelle personnalité, quel tact, quelle culture, quelle physionomie mobile et spirituelle éclairée par deux beaux yeux bruns souriants…  Son sens inné des rapports humains elle le mit au service de l’empereur car tout en organisant des bals et réceptions, elle observait et jugeait ses contemporains en femme de tête.

Elle était très intime avec le couple impérial et il était de vox populi que Napoleon III était séduit par les dons divers de la princesse. C’était une personne à la langue bien pendue et acérée; elle avait un penchant très fort pour les commérages, raison pour laquelle on la surnommait « Mauline Petternich » faisant allusion au mot allemand « maul » pour « gueule ».

Le prologue de cette édition de poche par Georges Poisson est très intéressant car il nous brosse avec précision le contexte socio-politique du moment.

Les mémoires de la princesse de Metternich comprennent deux volumes: le premier, écrit en allemand, raconte son enfance et son mariage (Ce qui m’est arrivé, ce que j’ai vu, ce que j’ai vécu); le deuxième tome, écrit en français, est celui-ci et il couvre la période 1859-1871, période qui correspond à son séjour à la cour impériale française. C’est la cour d’un Empire libéral qui se termine par la fugue de l’impératrice Eugènie en Angleterre après la défaite de Sedan. Le style de la princesse est d’une grande fraîcheur, avec des moments d’une drôlerie désopilante, avec toujours en sous entendu une malice qui tue. De ces dix années elle ne voulut retenir que le climat de fête, que l’apparat entourant sa vie d’ambassadrice.

Elle a été très proche du couple impérial, raison pour laquelle sa description physique du couple garde toute sa valeur.  Sur l’impératrice Eugènie elle dit : « j’étais subjuguée tant par sa grâce, sa bonté, que par sa ravissante beauté. Les traits étaient d’une finesse extrême, l’expression des yeux douce et intelligente, le nez, la bouche, l’ovale de la figure, la forme de la tête, le cou, les épaules d’une rare perfection, les dents belles et bien rangées, le sourire délicieux. La main de Sa Majesté était petite, jolie et élégante, quant à ses pieds, ils étaient ceux d’une Andalouse de pur sang. Mais ce qui surpassait encore sa réelle beauté, c’était sa grâce incomparable, car chacun de ses mouvements était si gracieux, qu’on aurait pu la peindre dans chacune de ses poses. Les cheveux de l’impératrice avaient une teinte roussâtre. Quant à l’empereur, elle le décrit ainsi : il était franchement laid de figure, et sa tournure laissait beaucoup à désirer ! Le haut du corps semblait trop lourd pour les jambes, et il marchait mal; cependant, malgré tout, il plaisait et, mieux que cela, il charmait. Ses yeux me plurent infiniment par leur douceur extrême et par la bonté qu’ils reflétaient. Les manières de l’empereur étaient exquises, et il avait une grande simplicité, ce manque absolu de toute pose qui distingue en première ligne le grand seigneur du commun des mortels. Il était lui-même sans arrière-pensées, et je suis convaincue que jamais il n’a eu la moindre préoccupation quant à l’effet qu’il produisait. Son organe était sonore quoique un peu nasillard. 

Elle évoque la soirée à Fontainebleau où Prosper Mérimée voulut faire à la cour la « fameuse dictée de l’Académie ». La plupart de personnes présentes ne voulut pas faire cette dictée sous peine de se trouver la risée de tous. Quand la dictée fut finie et corrigée, Mérimée se leva et déclara à haute voix le nom du lauréat, lequel, à la stupéfaction générale, était celui du prince de Metternich avec 3 fautes ! L’empereur en fit 45, l’impératrice 62, la princesse de Metternich 42, Alexandre Dumas fils 24, un académicien 19…

Ce fut la princesse de Metternich qui lança à Paris le couturier anglais Worth qui fit très rapidement fortune. Selon la princesse de Metternich il avait un goût exquis pour habiller les femmes, mais il en manquait pour le reste. Ainsi sa maison de Suresnes était un summum de mauvais goût avec des salons ruisselants de dorures, de satins, de peluches, de broderies, de meubles dorés sur toutes les tranches et de bibelots. C’est dans une robe de Worth que la princesse de Metternich se fit portraiturer par Winterhalter (ci-dessous)…

Pour se faire une idée de la langue bien pendue de Pauline de Metternich, elle raconte que lors de l’organisation d’un de nombreux bals, Madame de Persigny, qui était toquée et insupportable, lui fit une scène épouvantable parce qu’elle était placée dans ce qu’elle appelait aimablement le « tableau des laides ». Et comme la princesse en était elle même, elle lui dit « Vous n’êtes pas gentille, vous êtes dans le même tableau que moi et bien d’autres ». Madame de Persigny exaspérée répondit: »C’est bien ce que je dis, je ne veux pas être du tableau des laides ! ». Alors la princesse lui dit qu’elle préférait avec les autres, ne pas être du tableau des toquées, que Madame de Persigny pouvait arranger comme elle l’entendait.

C’est un petit livre très piquant, plein d’esprit acéré et qui renseigne de toute première main sur les moeurs à la cour au temps du Second Empire.

JE NE SUIS PAS JOLIE, Livre de Poche 31927 (Plon 1922), ISBN 978-2-253-08885-1