Le Seigneur de la mort d’ Eliot Pattison

Écrivain américain (Pennsylvania 1951) qui est aussi avocat international,   auteur de livres sur le commerce international, sinologue et auteur de polars.

Les polars appartiennent à deux séries policières, celle de l’Inspecteur Shan, qui se déroule au Tibet et dont le premier tome en 2000 a reçu le Prix Edgar (Allan Poe); et une autre série, « Bone rattler » qui met en scène un immigrant écossais durant la guerre de Sept Ans aux USA (1750).

L’Inspecteur Shan est l’ancien inspecteur de police pékinois Shan Tao Yun, interné au Tibet dans un camp de travaux forcés pour avoir mis le nez dans des affaires de corruption impliquant de hauts responsables politiques chinois. Ainsi Shan tombera sous le charme des moines bouddhistes dont il deviendra un ami. Libéré sur parole il vit dans un coin perdu des pentes de l’Himalaya où il est chargé de descendre les corps des sherpas et des alpinistes morts en montagne.  Le héros est donc un chinois, mais un chinois victime de son propre système.

Il paraît que Eliot Pattison a décidé de témoigner le jour où il a découvert, en Chine, des militaires gardant la porte d’un temple bouddhiste; dans ses livres il parle donc d’une réalité du Tibet moderne: la domination chinoise sur le Tibet et ses habitants.

Ses romans nous font découvrir le Tibet, les croyances et superstitions de ses habitants, ses paysages encore sauvages, mais menacés, et le lien qui relie les hommes à leur terre.

Il n’y a pas de « réaction officielle » à ses livres en Chine, mais les  chinois ne peuvent pas accéder au site Internet d’Eliot Pattison et il existe un marché noir pour ses livres au Tibet…

Dans une interview, Pattison déclarait:… »my books are not just about Tibet, they are also about how the world we have created can work against the preservation of culture, religion, and fundamental human values« . Ou cet autre paragraphe intéressant:… »my major irritation in life is the way the entertainment and media industries have dumbed down entertainment, reading, and even intellectual debate in this country. They seem comitted to shortening our attention spans, lowering the education level of programming, and eliminating literary content for all they do ».

Le Seigneur de la mort (The Lord of death) est le sixième tome avec l’inspecteur Shan; ce polar m’a été chaudement recommandé par ma copine « docteur ès- polars » et je dis clairement et sans ambage que je n’ai pas aimé, trouvant le récit épais, lourd avec un sujet beaucoup « trop riche » et compliqué pour une lecture détente comme la mienne:  la haute montagne, le côté ethnologique très fort, le Tibet, le Népal, la mainmise violente de la Chine, les noms difficiles et confondants,  la très forte spiritualité; bref, je suis passée à côté de ce livre et j’ai failli l’abandonner par KO et saturation.

Impossible de vous résumer la trame du livre tellement c’est dense et recherché, et leeeeent ( c’est vrai qu’ on est en altitude et l’oxygène manque!).  En altitude les choses peuvent être violentes:...c’était là une vision typiquement tibétaine. La violence était comme une tempête, qui prenait dans ses griffes ceux qui la commettaient aussi bien que leurs victimes. Essayer de l’expliquer n’était qu’une perte de temps, il suffisait simplement de s’enterrer en lieu sûr et d’attendre qu’elle s’épuise  d’elle-même.

On apprend des choses sur ces peuplades, retirées du monde, mais riches d’une culture très ancrée dans la terre comme  le geste que les bouddhistes tibétains appellent le « toucher de la terre », une posture de méditation avec une main posée doigts vers le bas sur une jambe. Il y a une certaine poésie liée à la beauté absolue de la montagne à cet endroit de la Terre: ...les étoiles reprenaient  vie au-dessus de la montagne mère, autour de laquelle s’accrochait un panache argenté de neige pareil à une écharpe de prières sous le clair de lune.

On lit, effarée, jusqu’où la cruauté des chinois peut aller envers leurs prisonniers; ils appliquaient la procédure ‘ »pasteurisation cérébrale » consistant à forer une douzaine de trous dans le crâne d’un « patient » afin d’y insérer des fils métalliques portés au rouge qui cautérisaient certaines poches de cellules nerveuses (en liquéfiant la masse cérébrale…). Technique mise au point par les braves « docteurs » avec une efficacité extraordinaire pour « guérir » les comportements asociaux…(Eh ben, on comprend la détresse extrême de l’inspecteur Shan dont le fils Ko croupit dans un sinistre hôpital psychiatrique pour rébellion envers le régime communiste chinois).

Il en ressort une grande corruption de la part de ce régime communiste, mais sur ce point, je préfère de loin le livre de Philipe Dessertine Le gué du tigre, autrement plus direct et efficace pour nous introduire dans les arcanes de la corruption chinoise.

LE SEIGNEUR DE LA MORT, Collection 10/18  N° 4478 (Robert Laffont 2010),  ISBN 978-2 264-05424-1

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