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Les mystères d’Avebury de Robert Goddard

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Robert Goddard est un romancier anglais né en 1954 dans le Hampshire, auteur de romans policiers et de romans à énigmes. Il a étudié l’Histoire à Cambridge puis travaillé dans le journalisme, dans l’enseignement et dans l’administration scolaire avant de se consacrer exclusivement à l’écriture. Il possède une vaste bibliographie de plus de 20 romans parus depuis 1986, mais pour le moment seulement 5 ou 6 ont été traduits en français et publiés par  Sonatine Éditions. Il a été redécouvert aux États Unis avec un grand succès. Actuellement l’écrivain vit en Cornouailles.

J’ai déjà commenté deux de ses romans dans le blog :  Par un matin d’automne ( In Pale Battalions, 1988) en juillet 2013, un roman  épais qui m’avait captivé par ses rebondissements incessants; un vrai page-turner. Puis Le temps d’un autre (Borrowed Time, 1995) en janvier 2014 qui m’avait un peu moins séduite par un côté invraisemblable: cette espèce d’attraction maladive du protagoniste pour l’énigmatique Lady Paxton.

 Les Mystères d’Avebury (Sight Seen, 2005) c’est du pur Goddard, encore un page-turner construit autour de secrets avec un vrai tempo de thriller : le lecteur connaitra un fait divers dès la première page mais il ne saura le fin mot de l’affaire que 400 pages plus tard…et avec moult rebondissements et des passages assez tendus, aptes à provoquer l’anxiété. De plus, et bien au delà du fait divers, Goddard, qui est Historien, nous révèle l’existence de Junius, un personnage réel de l’Histoire anglaise du XVIIIè, un pamphlétaire assez virulent dont l’identité prête encore à controverse.

Le personnage principal est David Umber, un thésard en Histoire qui, en 1981, avait rendez-vous dans le paisible bourg d’Avebury avec Monsieur Griffin, qui était possesseur de lettres de Junius de la plus haute importance pour sa thèse. Mais Griffin n’est jamais arrivé au rendez-vous; en revanche, David Umber fut le témoin visuel du rapt d’une petite fille de deux ans au nez et à la barbe de sa nounou, de sa soeur et de son frère. La soeur, âgée alors de dix ans va courir derrière le van des ravisseurs (deux hommes) et elle sera tuée par accident. Le cas ne sera jamais élucidé, et quelques années plus tard, un bourreau d’enfants s’accusera du crime. On classera l’affaire.

Et 23 années après, des lettres anonymes vont relancer le cas…

Entretemps David avait épousé la nounou des enfants, Sally avec qui il avait entamé une période d’errance de par le monde afin de faire oublier à Sally ce traumatisme. Mais le couple ne va pas bien et ils se séparent: Sally rentre en Angleterre et David reste à Prague où il vivote comme guide touristique. Par le plus grand des hasards, Sally tombera sur une photo dans un magazine people, où elle est presque sûre de reconnaitre la jeune femme qui accompagne un champion de tennis, elle pense qu’il pourrait s’agir de la petite fille kidnappée autrefois car sur la photo elle constate qu’elle a gardé sa manie de se mordre la lèvre inférieure avec sa manière si personnelle.

Ici le suspense repart sur d’autres pistes et les choses deviennent assez compliquées en même temps que assez violentes avec pas mal de victimes, ce qui ajoute un réel piment à la lecture qui n’est pas mièvre.

Un auteur talentueux pour narrer des histoires compliquées  qui se tiennent bien et où les secrets, trop bien gardés, entrainent parfois des complications terrifiques.

LES MYSTÈRES, Sonatine Éditions 2017 (R. Goddard 2005),  ISBN 978-2-35584-4

Desaparecida de Mario Escobar

Résultat de recherche d'images pour "mario escobar"Mario Escobar es un escritor e historiador español (Madrid 1971), especializado en Historia Moderna; tiene desde ya una importante bibliografía. Casi todas sus novelas han sido publicadas para Kindle, pero esta vez está inaugurando una editorial-papel con Amazon Publishing.

Desaparecida es un thriller y una novela coral con varios personajes que van aportando datos nuevos en la trama. El autor tiene un especial talento para manipular constantemente al lector y llevarlo por nuevos derroteros y perderlo (con delicias) en conjeturas.

Es la historia de un drama en una familia norteamericana de la mejor casta. La pareja de Mary y Charles emana de las primeras familias que hicieron raíces en el nuevo continente y que se dedican a la política a alto nivel. Son ciudadanos de marca, ricos y conocidos. Mary y Charles han perdido a un hijo en un accidente de esquí en Gstaad en condiciones algo turbias. El matrimonio decide aislarse en Antalya, Turquía en un lujoso condominio playero para reconstruirse, están con una hijita pequeña, Michelle. Y Michelle desaparece una noche en que los padres han salido a cenar a un restaurante.

A partir de este momento empezamos a tener luces inesperadas sobre este matrimonio tan perfecto y exitoso en apariencia; todo se torna confuso y sospechoso. Y el lector a medida que avanza la trama y conoce nuevos datos va dudando, elucubrando y sabiendo a ciencia cierta que aún falta información y nuevas pistas. Y que todos son potencialmente culpables porque casi todos tienen algo que esconder, porque no todo lo que parece es verdad…

¿ Con quién confiar ? Con la familia? los allegados? los amigos? la policía?

Hay temas de actualidad en la novela : el rol de Turquía en el flujo de migrantes y los diversos tráficos que emanan de estos flujos humanos desordenados :tráfico de órganos, pedofilia, trata de blancas, corrupción de las autoridades; se evoca también  el machismo imperante en un país como Turquía y las relaciones difíciles y tensas entre los EEUU y el ex-imperio ottomano,  etc.

Yo partí con un serio handicap con la lectura de esta novela: no me gustan las historias que involucran a los niños, especialmente si hay sufrimiento, no las soporto. Pero aquí  he sido enganchada desde el principio , a pesar de que he encontrado algunos puntos flojos en la trama y algunas situaciones poco verosímiles. El resultado está ahí : un buen thriller.

DESAPARECIDA, Amazon Publishing 2016,  ISBN 978-1503940185

Dossier 64 de Jussi Adler-Olsen

Afficher l'image d'origine Jussi Adler-Olsen est un écrivain danois (Copenhague 1950) qui fait partie du vaste groupe d’écrivains nordiques de polars. Il rencontre un grand succès puisqu’il a  été traduit dans plus de 40 langues !

Dossier 64 fait partie de la série d’enquêtes du Département V (et qu’en danois s’appelle Q, mais cela a été changé en français pour éviter toute grivoiserie éventuelle); c’est déjà un quatrième volume, paru au Danemark en 2010 où il fût la meilleure vente de l’année décrochant le meilleur Prix littéraire danois : le Prix du Club des Libraires. L’écrivain a prévu de publier une dizaine de volumes impliquant ce Département.

Les suspenses de Adler-Olsen sont à base « d’affaires classées et non résolues » sur fond de fascisme et d’humour danois que je découvre. Et Dossier 64 touche un sujet délicat et réel : les années d’eugénisme au Danemark. L’eugénisme danois est l’un des plus intéressants et énigmatiques au sein des pays nordiques: voici un pays européen, de l’Europe du Nord, qui vota  en 1929 la première loi de stérilisation  (deuxième pays après le canton de Vaud en Suisse), une pratique reconduite jusque dans les années 60. Puis l’eugénisme devient un enjeu politique avec l’arrivée au pouvoir des sociaux-démocrates en 1924.

Dossier 64 est un volume assez politique qui va impliquer cette période de l’Histoire puisqu’il se passe dans les années 50 pendant la jeunesse des femmes protagonistes de ce polar, puis dans les années 80 où s’opèrent plusieurs disparitions inexpliquées qui vont atterrir sur le bureau du commissaire chargé des cas irrésolus en 2010. L’usage du flash-back est incessant dans le roman, mais c’est bien articulé et ne gêne pas à la compréhension générale de l’affaire.

(L’îlot de Sprogø du roman existe bel et bien et il accueillit entre 1922 et 1967 une clinique eugéniste où des médecins stérilisèrent des femmes attardées, des filles-mères ou des prostituées. Une époque où le régime s’attaquait aux minorités et aux citoyens les plus fragiles: handicapés mentaux, minorités ethniques et cas sociaux).

Ce commissaire chargé du Département V est tout un personnage : c’est un flic un peu ours quoique tendre à l’intérieur, il s’appelle Carl Mørck et il a été nommé dans ce « placard »(sous- sol glauque et étroit) à la suite d’une affaire policière qui a mal tourné : lors d’un déplacement de routine un de ses collègues s’est fait tuer et l’autre est resté paraplégique. Mørck s’en est sorti parce qu’il est resté tétanisé, coincé et protégé sous le corps de son collègue et ami mort dans l’échauffourée. Le commissaire est taraudé en permanence par ce vécu.

Il travaille dans ce sous-sol avec deux acolytes complètement atypiques : le syrien Hafez-el-Assad et Rose, la spécialiste des réseaux. L’assistant syrien est un personnage étrange, c’est quelqu’un qui visiblement a des pouvoirs occultes (d’où vient-il?, qui est-il? que fait-il dans la police alors qu’il n’a subi aucune formation?). Quant à Rose, elle est polyfacétique, voire carrément schizophrène par moments. Mais cette équipe au global, est très performante. Il paraît qu’au fil des romans, on connaitra la vérité sur Assad.

Je ne dévoile en rien la trame du polar car sinon, j’enlève de l’intérêt pour une lecture éventuelle. J’ai eu du mal au début puis j’ai accroché, trouvant que l’intrigue était un peu trop théâtrale avec une mise en scène presque grotesque. En revanche, j’ai été intéressée par la découverte des danois et leur constante ironie, leur manque de hiérarchie dans les rapports au commissariat; la cocasserie incroyable de certaines situations comme par exemple quand l’auteur décrit l’épidémie de grippe et/ou de gastro qui sévit au sein de l’équipe. On ne dirait pas que ces nordiques pouvaient être aussi délurés.

Un mot sur l’excellence de la traduction de Caroline Berg qui a su rendre les dialogues aussi savoureux.

DOSSIER 64, Le Livre de Poche 34001, 2015 (J Adler Olsen 2010),  ISBN 978-2-253-09515-6

The Racketeer by John Grisham

Afficher l'image d'origineJohn Ray Grisham is an american bestselling writer (Arkansas 1955) and also an attorney and politician well known for his legal thrillers. His books have been translated into more than 42 languages, and sold over 275 millions copies worldwide! His first novel was published in 1989. Grisham is among the three authors to have sold  2 millions copies on a first printing : the other two are Tom Clancy and JK Rowling. His first bestseller was The firm in 1991 which sold more than 7 millions copies and was  adapted first in 1993 in a movie of the same name starring Tom Cruise, then in 2012 in a TV series.

I’ve read many of his books and I like his writing because he builds good plots told through short and dynamic chapters, written like a script.

The Racketeer (2012)  Le manipulateur (2013) in French is another legal thriller novel. This is John Grisham’s 30th book. This time I found there was too much legal jargon and explanations, which rather annoyed me. I do admit that is a way to explain the importance of Law in the US, a complex and often flawed legal system ; this time the main protagonist is an African American.

About the title. A rack-e-teer is a person who obtains money illegally, as by fraud, by extortion, etc.

This time the plot is quite complicated and centred around the implication of the federal government in corruption and abuses. The plot starts with the murder of  Federal Judge Raymond Fawcett. Something went wrong with Judge Fawcett in 2000, his opinions were shorter, not as well reasoned, nasty at times. That year, he was nominated by President Clinton on the Fourth Circuit Court of Appeals in Richmond, which means that he was among the 15 judges considering only appeal cases. The biggest case in his career was a case over uranium mining that began in 2003.

A Federal Judge in the US is somewhat of a God-like figure, a very important person since the Constitution allows him to serve until death. It’s a tremendous prestige earning little money (125 000 $ a year for a job filled with stress). The only rank higher than a Federal Judge is a US Supreme Court Judge. The federal prisons are a heavy business for the government (Federal Correction Institutions) since the cost per year for ONE inmate is 40 000$ in comparison with 8 000$ a year for an elementary school student. If the government swapped these costs, they could probably lower criminality considering how many illiterates there are in such a big territory.

The murder takes place and the FBI cannot find a single lead. Malcom Bannister is a 43- year -old disbarred black lawyer in prison since 5 years ago (out of 10) because of money laundering and accused of helping a client hide money from the FBI, the IRS and others under the control of his Law Firm. In truth, Bannister is not guilty and his only fault was to pick a dubious client. Bannister pretends to know about the murder and makes a deal with the FBI : if he gives out the name of the murderer, his sentence will be reduced according to Rule 35 of the Federal Rules of Criminal Procedure, which provides the only mechanism for the commutation of a prison sentence. If an inmate can solve a crime of interest to the Feds, then the sentence can be reduced. This takes the cooperation of the investigating authorities (FBI, DEA, CIA, ATF and so on) and of the court from which the inmate was sentenced. Bannister makes also a deal as to make him a member of the US Federal Witness Protection Program : this would provide him with a completely new identity, legal papers and money as to start a new life.

Lawyer Malcom Bannister gives the name of Quinn Rucker, 38, a black male convicted of distributing narcotics and sentenced to 7 years. This guy has a younger nephew that judge Fawcett indicted with a 18-year sentence despite offering a bribe to Fawcett of about half a million US$.  Everyone in the Rucker family is dealing with drugs ; they are rich and definitely revengeful.

From this point on the plot is a very good thriller; I was breathless and did not guess the end. The story is about revenge but also about the very devious and surprising destiny of a  smart man.

THE RACKETEER, Doubleday 2012,  ISBN 978-0-385-53514-4

Mapuche de Caryl Férey

See original imageCaryl Férey est un écrivain et scénariste français (Caen 1967) spécialisé dans le polar,  plusieurs fois primé. Sa carrière littéraire a démarré en 1994 avec Un ange sur les yeux.

 Mapuche est le troisième polar que je lui lis et je reconnais bien « sa patte » (Condor et Zulu en avril 2016), faite d’une écriture hyper musclée, d’un contexte très violent et d’une vision toujours très noire des choses et des gens. Au moins cette fois dans Mapuche il ne met pas en action des enfants, mais des adultes bien vaccinés par la vie. Si je dois choisir, je pense que Mapuche est pour moi de loin le meilleur des trois livres car l’action y est trépidante, haletante, électrique. C’est un vrai thriller. En revanche les explications (bien nécessaires) sur le contexte argentin m’ont paru lourdes par moments. Ce livre reçut le Prix Landerneau du Polar 2012 et le Prix Ténébris 2013.

Le polar se situe quelques 30 ans après le putsch militaire du Général Videla de 1976. Ce coup d’état aurait fait quelque chose comme 30 000 disparus, avec une chasse effrénée aux « subversifs » ,  suivie d’emprisonnements et  de tortures; à ceci s’ajoute le vol d’enfants aux femmes emprisonnées, enfants qu’on a donnés en adoption à des familles en mal d’enfants, chez les militaires ou les affiliés. Trente ans après les faits, des femmes réclament toujours leurs disparus.

Parmi ces femmes il y a Elena Calderón qui a perdu son mari et sa fille adolescente;  elle a conservé son fils Rubén Calderón qui a survécu  malgré des sévices graves. Il n’est pas mort et il est devenu détective et s’est juré de retrouver la trace de disparus. Peu à peu la trame du livre va s’enrichir avec d’autres faits et va devenir un western moderne où aucune atrocité ne sera épargnée aux victimes;  les militaires déjouent la jurisprudence et se croient inattaquables. Le téméraire Rubén Calderón fera la connaissance de  Jana, une jeune femme mapuche (indienne autochtone) qui canalise tout le mépris des non-indiens pour ceux qui ont la peau plus foncée.

Les mapuches dans l’esprit de Férey sont une ethnie fantôme qui renvoie aux fantômes des disparus de la dictature argentine. Rubén et Jana sont deux naufragés de la vie, ils devront se reconstruire dans la souffrance.

J’ai relevé un détail anachronique dans le récit. A plusieurs reprises Férey fait état d’argentins se régalant avec du pisco-sour, un apéro sud-américain absolument délicieux mais qui n’est pas argentin, il est chilien ou péruvien. Peut-être que du côté de Puerto Gallegos vers le sud et en raison de la proximité avec la frontière chilienne les gens  boivent le divin breuvage, mais ce n’est pas du tout dans les mœurs argentines.

MAPUCHE, Série Noire Gallimard 2012,  ISBN 978-2-07-013076-4

Travail soigné de Pierre Lemaitre

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Pierre Lemaître est un scénariste et romancier français (Paris 1951) ayant une formation de psychologue; il connaît un grand succès depuis qu’il a obtenu  le Prix Goncourt 2013 avec un roman picaresque Au revoir là haut. Les livres de Pierre Lemaitre sont en cours de traduction dans plus de trente langues, quel beau succès ! Ses polars ont reçu au moins huit prix.  Il vit de sa plume depuis 2006.

Travail soigné (2006) est le premier polar de la trilogie avec Camille Verhoeven, l’ineffable Commandant Verhoeven; ce livre obtint le Prix du Premier Roman au Festival de Cognac; il a été nommé aussi au CWA Daggers International 2014. Pour un premier roman c’est un coup de maître, époustouflant. Dans une interview Pierre Lemaitre disait à juste titre que les bons personnages font les bonnes histoires. C’est clair.

 Les autres deux tomes de la trilogie sont Alex (2011) et Sacrifices (2012), tous les deux commentés dans ce blog.

 Ce qui m’épate  chez Pierre Lemaitre, c’est la diversité des thèmes abordés et cette approche si psychologique dans le profil de ses personnages. Aussi j’apprécie particulièrement ses traits d’humour, un humour qui puise dans la dérision et qui sonne juste, par moments assez vachard et un tantinet cynique !

Travail soigné est un polar très sanglant, par moments carrément gore, insoutenable. Mais l’affaire est rondement menée et le lecteur, en état d’horripilation avancée, ne pourra pas lâcher le bouquin. Que demander de plus à un polar ? Mais des polars de cet acabit, il y en a peu.

De plus, ce polar a l’originalité de baigner dans la plus totale intertextualité puisque l’assassin calque ses crimes sur des thrillers classiques, les reproduisant avec une minutie du détail toute obsessionnelle.

Ses personnages sont très attachants et variés, en commençant par le Commandant Verhœven de petite taille (1,45 m), un lilliputien doté d’une cervelle exceptionnelle et d’un caractère bien trempé. Les autres membres de l’équipe sont aussi intéressants :  son ami, le gros divisionnaire Le Guen, ses collègues Louis le BCBG jusqu’aux ongles (on se demande ce qu’il fait dans la Police), Armand le rapiat maladif qui s’installe une station de métro plus loin afin de récupérer les journaux du jour dans la poubelle et sans bourse délier, Maleval le jeune flic flambeur et coureur de jupons endetté jusqu’au cou. Tous les personnages sont bien campés et ont va les retrouver au fil des livres. Je crois qu’il est préférable de lire la trilogie dans l’ordre, car des révélations importantes vont surgir au fil des histoires; je regrette sincèrement de ne pas avoir respecté l’ordre.

Quant à la trame de ce polar, il est hors de question de révéler la moindre parcelle, ce serait un crime de lèse majesté et je ne voudrais surtout pas vous en gâcher la lecture.

TRAVAIL SOIGNÉ, Livre de Poche 2014 (Éditions du Masque 2006),  ISBN 978-2-253-12738-3

Zulu de Caryl Férey

Afficher l'image d'origineCaryl Férey est un écrivain et scénariste français (Caen 1967), spécialisé dans le roman policier. Sa carrière littéraire a démarré en 1994 avec Un ange sur les yeux.Zulu

Zulu a obtenu le Grand prix de littérature policière 2008 ainsi  que au moins 7 autres prix. Le livre s’est vendu à plus de 200 000 exemplaires et il a été adapté au cinéma en 2013 par Jerôme Salle.

J’avais noté sur ma PAL q’il fallait lire Caryl Férey, ayant croisé son nom plusieurs fois, ce qui avait déclenché une certaine curiosité pour le lire, afin de me faire une opinion bien à moi. Le hasard des choses a fait que finalement j’ai lu deux livres de Férey presque à la queue leu-leu : celui-ci et Condor, tout récemment paru. Ce n’est pas l’idéal pour un blog car la répétition conditionne quelque part l’intensité de la critique, les défauts semblent plus apparents.

Zulu est un polar très noir (au propre comme au figuré), très inhumain, violent, gore par moments, désespéré et qui nous donne un reflet de la société sud-africaine actuelle, une société sans repères, telle qu’elle a été appréhendée  par Caryl Férey, dans le pays le plus dangereux au monde;  l’écrivain a dû se documenter à fond car il traite beaucoup de sujets : l’appartheid,  la politique, les problèmes socio-économiques, la criminalité effarante, les problèmes d’éducation, la surpopulation endémique, le taux catastrophique de SIDA, etc.

On ressort de cette lecture comme tatouée, marquée au fer rouge écrivait avec justesse Mac Oliver…car la réalité du terrain dépasse les bornes de l’acceptable : haine, vengeances, pouvoir, corruption à tous les niveaux, drogue, pauvreté, sida (20% de la population serait porteuse du virus), ghettos noirs mais aussi blancs, gangs d’une férocité sauvage, prostitution, injustice, bidonvilles qui sont des no-man lands, essais cliniques sans contrôle et sans limite pour des drogues ou des virus sélectionnés. L’enquête sordide menée par une police sud-africaine atone et inefficace est aussi riche en hémoglobine qu’un film de Tarentino. C’est une Afrique du Sud rongée de l’intérieur, pas cicatrisée du tout et bouffée par mille misères, avec un taux de criminalité qui donne le vertige. C’est une virée en enfer et une radiographie d’un pays en état de décomposition dans tous les strates.

Aucune envie d’aller faire du tourisme dans un tel contexte qui agit comme un répulsif pour les touristes éventuels, même si les lieux géographiques sont très beaux et intéressants. Les romans de Deon Meyer, lui sud-africain de pure souche, paraissent édulcorés à côté de celui-ci (trois romans de Deon Meyer commentés dans ce blog).

Sans vouloir déflorer le sujet de ce polar intense, je note que l’écrivain s’aide de quelques personnages centraux assez pittoresques;  il va nous entraîner dans la résolution de plusieurs cas criminels avec le même profil : l’assassinat sauvage de jeunes blanches sur fond de drogue. Le chef de la police criminelle, Ali Neuman, est un avocat d’origine zouloue qui a subi avec sa famille des exactions d’une sauvagerie inouïe. Les collègues de Neuman sont aussi des êtres éprouvés par le destin, avec de véritables histoires à l’intérieur de l’histoire principale. C’est palpitant et complexe, c’est dévastateur.

Un avant goût du niveau de la prose…(page 197) une porte menait au sous-sol ; Epkeen se pencha sur les marches et porta aussitôt la main à son visage. L’odeur venait de là : une odeur de merde. Une odeur de merde humaine, épouvantable…Il poussa l’interrupteur et retint son souffle. Un essaim de mouches bourdonnait dans la cave, des milliers de mouches. Il descendit les marches, le doigt crispé sur la détente. Le sous-sol couvrait l’étendue du bâtiment, une pièce aux ouvertures calfeutrées où régnait une atmosphère de fin du monde. Il frémit, les yeux glacés, compta trois cadavres sous la nuée : deux mâles et une femelle. Leur état affreux rappelait les cobayes de Tembo. Scalpés, les membres arrachés, ils baignaient dans une mare de sang coagulé, noyés de mouches. Des corps difformes, éventrés, sans dents, le visage lacéré, méconnaissable. Un champ de bataille en vase clos…

Ai-je aimé ce polar ? Non, trop gore, trop inquiétant, trop désespéré. Même si je reconnais à l’auteur un bon travail de documentation et une écriture « musclée » assez cinématographique. Aucune envie de voir le film.

ZULU, Série Noire Gallimard 2008,  ISBN 978-2-07-012092-5