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Frantumaglia d’Elena Ferrante

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Elena Ferrante est le pseudonyme d’un écrivain italien qui cultive l’énigme depuis 25 ans . On pense qu’Elena Ferrante est originaire de Naples et qu’elle  serait née vers 1940. Le journaliste italien Claudio Gatti a soulevé l’hypothèse qu’il pourrait s’agir de la traductrice romaine Anita Raja de 64 ans aujourd’hui, hypothèse basée sur l’explosion des revenus de Mme Raja ainsi que ceux de la maison d’édition E/O qui publie Mme Ferrante. Il faut dire que depuis 20 ans cet écrivain se cache et qu’elle avait prévenu son éditeur avec ces mots… »de tous vos écrivains, je serai celle qui vous importunera le moins. Je vous épargnerai jusqu’à ma présence ».

Le nom d’Elena Ferrante serait inspiré d’Elsa Morante, l’un des écrivains préférés d’Elena Ferrante (le jeu des boîtes chinoises en plus…). Cet auteur mystérieux est plébiscité dans le monde entier avec 10 millions (2 millions en France pour les 3 premiers volumes) d’exemplaires vendus et des traductions dans 42 pays… L’auteur reconnaît dans des entrevues données par écrit la part importante de l’autobiographie dans son oeuvre. Derrière ses livres on sent une grande sincérité, un ton viscéral, un regard sur la condition des femmes et une approche très psychologique des personnages et des situations.

Frantumaglia (2019) est une compilation d’entrevues et de courriers épistolaires choisis ou de mails, échangés entre Madame Ferrante et divers journalistes du monde entier ainsi que avec ses amis éditeurs  « E/O », gardiens de son anonymat, les époux Sandra Ozzola et Sandro Ferri.

Frantumaglia est une locution dialectale napolitaine trouvée par la mère de Ferrante pour décrire un état d’esprit lorsqu’on éprouve des impressions contradictoires qui tiraillent et déchirent, c’est à dire, un mal être inqualifiable autrement.

C’est probablement le sentiment ressenti par cette écrivaine littéralement harcelée sans relâche par les medias afin d’obtenir son vrai visage et son vrai nom, alors qu’elle proclame depuis des années son désir absolu d’anonymat pour que l’on puisse détacher son oeuvre de son image personnelle. Sa lutte fût longue et vaine puisque son identité a été dévoilée en 2016 par un journaliste italien de la façon la plus vile et indiscrète imaginable, tellement vile que je ne vais pas la raconter ici car cela m’écoeure. Que recherchaient ces journalistes après tout ? Le scoop médiatique coûte que coûte, l’appât du gain, le panem et circenses de la Roma antique?

Ce livre est donc assez répétitif, et Madame Ferrante répète sans cesse les mêmes choses afin de justifier son silence médiatique. Nous apprenons au passage quelques renseignements très intéressants sur son inspiration, son travail d’écriture, ses doutes, son vécu. J’ai été séduite par sa soif de lecture (vaste et éclectique) et sa connaissance en matière littéraire; c’est une vraie amoureuse de la littérature qui sait citer, par exemple quand elle cite Freud dans Totem et Tabou (1912-13) pour souligner le cas d’une patiente qui refusait de se servir de son nom, redoutant qu’on s’en empare pour lui dérober sa personnalité. Quelques interviews sont plus percutantes que d’autres, plus intelligentes; quelques unes frôlent l’insolence et d’autres la malveillance pure et dure.

Elena Ferrante a connu un grand succès avec sa tétralogie sur Naples et les trois ouvrages qui ont précédé la publication de cette tétralogie, bien qu’ayant connu un moindre succès, sont largement cités et expliqués dans ce livre. Des trois ouvrages j’ai seulement lu Les jours de mon abandon qui m’a semblé remarquable et que j’ai commenté en août 2016. Les autres ouvrages sont L’amour harcelant (1992)et Poupée volée (2006).

Quelques citations :

Et puis les véritables livres ne sont écrits que pour être lus. En revanche, l’activisme promotionnel des auteurs tend à effacer de plus en plus les ouvrages et la nécessité de les lire. Dans de nombreux cas, le nom de l’auteur, son image et ses opinions nous sont bien plus connus que ses textes, et cela vaut non seulement pour les contemporains, mais désormais aussi, hélas, pour les classiques….Je désire que mon espace d’écriture reste un lieu caché, sans surveillance ou urgence d’aucune sorte(page100).

Sur l’attachement atavique de Ferrante avec Naples l’ensorcelante : …avec Naples, de toute façon, les comptes ne sont jamais réglés, pas même si l’on s’en éloigne. J’ai séjourné pendant des périodes assez longues dans d’autres endroits, mais cette ville n’est pas un endroit quelconque, c’est un prolongement du corps, c’est une matrice de la perception, c’est le terme de comparaison de toute expérience. Tout ce qui a revêtu pour moi un sens durable s’est déroulé à Naples et s’exprime dans son dialecte. La ville où j’ai grandi m’est longtemps apparue comme le lieu de tous les dangers. C’était une ville de querelles subites, de coups, de larmes faciles, de petits conflits qui s’achevaient en insultes, en obscénités indicibles et en fractures inguérissables, de sentiments exhibés au point de devenir insupportablement faux. Ma Naples est la Naples « vulgaire » de gens toujours habités par la crainte de devoir toujours recommencer à vivre au jour le jour, pompeusement honnêtes, mais prêts en réalité à se livrer à de petites infamies pour éviter de faire mauvaise figure, tapageurs, bruyants, fanfarons, glorieux, mais aussi, sous certains aspects, stalinistes, noyés dans le dialecte le plus anguleux, criards et sensuels, encore privés de la dignité bourgeoise, mais désireux de se doter au moins de ses signe superficiels, convenables et potentiellement criminels, prêts à se sacrifier à l’occasion, ou à la nécessité de ne pas avoir l’air plus bêtes que les autres (page 76).

Un livre adressé à ceux qui s’intéressent de très près au travail littéraire de Madame Ferrante.

FRANTUMAGLIA, Gallimard 2019 (EF 2016),  ISBN 978-2-07-273467-0

L’étrange univers du schizophrène de Sophie Chrizen

Résultat de recherche d'images pour "l'étrange univers du schizophrène" Sophie Chrizen est un nom d’emprunt, c’est un anagramme brillant avec le mot schizophrénie, un livre auto-biographique d’une auteure française (née à Cannes en 1977) dont la maladie mentale s’est révélée à 17 ans.

C’est un livre -témoignage fort intéressant- où l’auteure nous fait part de sa difficulté pour sortir du cadre stéréotypé de ce désordre psychique.

La schizophrénie, selon le psychiatre suisse Eugène Bleuler, évoque une séparation psychique entre pensées et émotions et la notion d’esprit divisé. C’est une maladie chronique multifactorielle et la plus répandue des psychoses de l’adulte; elle toucherait env. 1% de la population mondiale. Elle comporte des délires et des hallucinations (fausses croyances et perceptions), un repli affectif et social avec un comportement d’isolement.

Ce livre démontre à la perfection cette cassure de la personnalité aux limites insondables et peu clairs, ce qui rend l’appréciation difficile entre dérapage et normalité pour le non initié. Et il paraît évident que, pour le moment, les traitements chimiques proposés provoquent plus de perturbations que des moments de maitrise.

Puisque Sophie Chrizen a pu mener une vie normale jusqu’à l’âge de 17 ans, cela veut dire que le retour à la normalité du cerveau doit être possible. Il faut juste que la médecine avance  plus dans la connaissance de ce dérèglement. Pendant 20 années elle va lutter contre sa maladie, alternant les traitements et les internements.

Le récit du vécu vrai de Sophie alterne avec le vécu hallucinatoire, et par moments son compte-rendu est plein d’humour.

Un livre très intéressant et poignant à lire, instructif sur la maladie et doté de qualités humaines certaines.

L’ÉTRANGE UNIVERS, Les Chemins du Hasard 2018,  ISBN 979-10-97547-17-2

Le lambeau de Philippe Lançon

Résultat de recherche d'images pour "le lambeau"Philippe Lançon est un journaliste et écrivain français (Vanves 1963). Il était présent à Charlie Hebdo lors de la conférence de rédaction du 7 janvier 2015 quand a eu lieu l’attentat terroriste; lors de l’attentat une balle lui a arraché la mâchoire inférieure ce qui a nécessité 10 mois d’hospitalisation et pas loin de 17 interventions pour lui redonner un menton. Ce massacre, perpetré par les frères Kouachi a fait 11 morts et 4 blessés.

Le lambeau est un livre qui a nécessité 2 ans de préparation avant de trouver le ton qui convenait. Je dois avouer que quand on me l’a proposé à lire, j’ai ressenti une énorme réticence, une incontournable répulsion à lire l’horreur de l’attentat et à le vivre une deuxième fois. Puis, c’est l’insistance de l’amie prêteuse qui m’a fait accepter le challenge. Je la remercie ici car c’est un livre remarquablement et intelligemment écrit sur une expérience atroce décrite avec des mots justes et une évidente distanciation. C’est un livre important qui véhicule beaucoup d’autres choses sur la vie, l’amitié, les amours, les livres, la musique.

Le titre du livre est bien trouvé : Le lambeau est le lambeau cutané prélevé sur un mollet qui a servi à recouvrir cette néo-mâchoire (elle même retaillée à partir de l’un de ses péronés !) qui a permis de le sortir du statut de « gueule cassée » auquel il aurait été destiné sans la dextérité et la prouesse de SA chirurgienne et son équipe, chirurgienne appelée Chloé dans le roman. Il est connu que le lien entre soignés et soignants est tissé de choses très personnelles, avec quelques transferts de part et d’autre, mais le soigné Lançon précise bien  qu’entre Chloé et lui le lien était d’ordre vital et non sentimental.

Les 10 mois d’hospitalisation ont été un calvaire vécu avec courage et entouré de rapports humains de qualité à tous les niveaux. C’est certain que cela aide à tenir, ainsi que la musique de Bach et certaines oeuvres littéraires utilisées par Lançon. La nécessité permanente de beaucoup d’antalgiques morphiniques donne un côté onirique aux digressions de Lançon par moments; ces moments entre deux sommeils forcés qu’il faut peupler avec de l’activité cérébrale pour ne pas sombrer.

Sa reconnaissance sincère au personnel soignant ressort de belle façon dans ce récit. Son attachement à SA chirurgienne, une professionnelle qui se livre peu car elle doit se protéger aussi. Elle qui a été l’artisane absolue de sa reconstruction, la « porte-action » du Service de chirurgie par qui le travail sera jugé, analysé.

Le livre est aussi une ode aux infirmières, toutes les infirmières qui l’ont approché, soigné, donné du réconfort chacune à leur manière, avec leur personnalités si diverses, avec bienveillance et générosité.

Philippe Lançon nous livre son expérience avec un certain détachement et cela passe très bien. Dans sa vie maintenant il va y avoir un avant et un après toute la souffrance qu’il a du surmonter (page 129…mas moi, je ne souffrais pas: j’étais la souffrance. Vivre à l’intérieur de la souffrance, entièrement, ne plus être déterminé que par elle, ce n’est pas souffrir : c’est autre chose, une modification complète de l’être. Je sentais que je me détachais de tout ce que je voyais et de moi même pour mieux le digérer).

Le 8 février, soit le lendemain de l’attentat, en rentrant dans sa chambre N°106 à La Pitié, le très meurtri et probablement « ensuqué » Philippe Lançon, pensait entre les tuyaux qu’il avait partout à une phrase de Pascal ! A une phrase de Pascal à ce moment précis ? Pardi, mais c’est un surhomme s’il arrive à avoir des pensées à un moment si dramatique.

Au début et à la fin du livre il est question de Michel Houellebecq  et de son livre Soumission. Les deux hommes vont se rencontrer bien après l’attentat et Houellebecq va lui citer des paroles de Matthieu…Et ce sont les violents qui l’emporteront (cf Matthieu 11.12 depuis les jours de Jean Baptiste, jusqu’à présent, le royaume des cieux est soumis à la violence, et ce sont les violents qui s’en emparent).

Et le livre se termine en novembre 2015 avec un nouvel attentat au Bataclan faisant 137 morts. Sans commentaire.

LE LAMBEAU, Gallimard 2018,  ISBN978-2-07-268907-9

El monarca de las sombras de Javier Cercas

Résultat de recherche d'images pour "el monarca de las sombras"Javier Cercas Mena es un columnista y escritor español (Ibahernando-Extremadura 1962), licenciado y doctorado en Filología Hispánica. Su obra tiene la particularidad de mezclar los géneros literarios (crónica/ensayo con ficción) y el resultado son novelas testimonio.

En el 2001 su estupenda novela Los soldados de Salamina lo lanzó al estrellato; una novela que fue llevada al cine en 2002 por su amigo David Trueba. Es una novela que ha sido reconocida con muchos premios aunque ninguno emanando de las grandes editoriales que dejaron pasar una pepita de este tamaño, es un libro que funcionó de boca en boca. Es una novela escrita en primera persona, el propio Javier Cercas, y catalogada como novela-facción, un término que aúna facto(hecho) con ficción. La trama desarrolla entorno al fallido fusilamiento del ideólogo de Falange, Rafael Sánchez Mazas, el brazo derecho de José Antonio Primo de Rivera.  El narrador Javier Cercas se pregunta acerca de lo que estaría pensando el miliciano cuando no disparó sobre Sánchez Mazas. En el libro, es el chileno Roberto Bolaño quien procura al narrador algún índice para buscar al soldado republicano, refugiado en Francia.

Otros libros leídos al autor : El inquilino (1989) más bien cuento que novela,  un texto enigmático y muy bien armado entorno a la reencarnación de un profesor italiano que profesa en una universidad norteamericana, quien, después de una fea caída y de la lectura de un texto escrito por un alter ego, se desdobla y vive durante una semana la vida del alter ego hasta que se despierta y capta que lo ha soñado todo. Y también la novela La velocidad de la luz (2005) que encontré excelente y compleja, interesante y bastante original, con dos historias encajadas como las cajas chinas (una historia dentro de la otra historia): un español aspirante a escritor parte a los EEUU para hacer una ayudantía; allá conocerá mucha gente y entre ella, a un veterano del Viet Nam, medio loco, erudito, maleado por la guerra. Después de un trágico accidente el español pierde mujer e hijo y su culpabilidad le hace bajar a los infiernos. Quince años después volverá a los EEUU en pos de su amigo medio loco y sabrá que se suicidó hacen solo 4 meses…Escribe un libro sobre esto y está al paso de empezar una relación con la viuda de su amigo, pero ella lo rechaza.

El monarca de las sombras (2017) es un libro que me interesó a pesar de ser OTRO libro más sobre la funesta Guerra Civil Española. Ya no los soporto y entiendo que los españoles eludan el tema porque siguen divididos y no se han curado del mal. Pero el libro de Cercas tiene un enfoque original y se pone ameno cuando se trata de explicar los pasos que da el narrador en sus averiguaciones sobre su antepasado, el tío abuelo Manuel Mena, que sacrificó su vida a los 19 años por las huestes falangistas. El narrador Cercas investiga sobre este antepasado, pero le molesta el hecho que fuera un falangista. De a poco y con dificultad irá sabiendo cosas y comprendiendo al final que el muchacho de entonces muerto en el campo de batalla en septiembre 1938 (batalla del Ebro), murió por nada. Por haber escogido un bando, por haber puesto el pecho por la Patria y por haber impedido que otro hermano suyo fuera incorporado en su lugar.

El descriptivo de esta guerra fratricida me produjo desasosiego (y me lo salté casi todo) porque ya lo he leído y con una vez basta y sobra : es atroz y seguirá siendo atroz por donde se le mire porque el lado bélico no fue siempre puro. Página 88 se lee…entonces se mataba por cualquier cosa. Por rencillas. Por envidias. Porque uno tenía cuatro palabras con otro. Por cualquier cosa. Así fue la guerra. La gente dice ahora que era la política, pero no era la política. No sólo. Alguien decía que había que ir a por uno y se iba a por él. 

La búsqueda del narrador Cercas sobre su antepasado Manuel Mena culmina cuando Cercas descubre de manera tangible lo que fue Manuel Mena 80 años atrás en 1938. Página 223 el texto es muy bonito, se lee…sólo entonces sentí que Manuel Mena dejaba de ser para mí una figura borrosa y lejana, tan rígida, fría y abstracta como una estatua, una fúnebre leyenda de familia reducida a un retrato confinado en el silencio polvoriento de un desván polvoriento de la desierta casa familiar, el símbolo de todos los errores y las responsabilidades y la culpa y la vergüenza y la miseria y la muerte y las derrotas y el espanto y la suciedad y las lágrimas y el sacrificio y la pasión y el deshonor de mis antepasados, para convertirse en un hombre de carne y hueso, en un simple muchacho pundonoroso y desengañado de sus ideales y en un soldado perdido en una guerra ajena, que ya no sabía por qué luchaba…

Cuando el narrador entiende esto, acepta escribir sobre Manuel Mena. Y aquí tenemos este libro-testimonio con una impecable calidad de escritura.

Gracias Graciela B. por tu regalo.

EL MONARCA , Literatura Random House 2017,  ISBN 978-84-397-3257-0

Adiós, poeta…de Jorge Edwards

Résultat de recherche d'images pour "adios poeta jorge edwards"Jorge Edwards Valdés es un gran escritor chileno (Santiago 1931) con estudios de leyes y de Filosofía en Princeton, siguiendo después la carrera diplomática que culminó con el puesto de Embajador de Chile en Paris. Ha recibido numerosos premios siendo el Cervantes 1999 el más prestigioso. Hace parte de la Generación del 50 chilena, aunque él se considera algo marginal a este movimiento. Actualmente reside en Madrid

He comentado en este blog gran parte de su bibliografía (14 libros, quince con éste) porque es un escritor que me gusta como escribe y cómo enfoca los temas, con esa ironía siempre presente y fina aunque bastante socarrona. Otra cosa que me gusta de este escritor-lector son las pasarelas que da hacia otros autores porque ha leído  mucho. Gracias a él descubrí un autor brasileño que me ha deslumbrado por su modernidad : Joaquim Machado de Assis.

Adiós, Poeta… (1990) es un libro de memorias muy interesante en dos sentidos : tenemos una biografía de primerísima mano,   personal e íntima del gran vate chileno Pablo Neruda en su cotidianidad quien fue amigo de Jorge Edwards por más de 20 años ! (años 52-72) y tenemos entre líneas la autobiografía de Don Jorge Edwards, sin tapujos ni concesiones como es su costumbre en un estilo  muy ameno. Jorge Edwards es un cronista de primera.

Adiós, Poeta…le valió el III Premio Comillas, un premio creado en Madrid en 1987 para destacar autores que escriben sobre temas o personajes de interés histórico, político o cultural.

La visión del Neruda que nos brinda, es rica y compleja porque fue un personaje con matices y mucha presencia. Fue un comunista de tomo y lomo, pero no fue dogmático, lo que denota inteligencia y que Edwards califica de « cardinal ateo de la iglesia suya« . Pablo Neruda tuvo una trayectoria fuera de serie, un ciudadano del mundo que terminó su periplo en París como Embajador. Cuántas cosas le tocó vivir ! En lo personal, en lo poético, en lo político, en sus peregrinaciones en pos de sus queridos « cachureos », en su vida social, en sus amistades, en sus viajes, en su mundo creativo, en sus amores…

En cuanto al estimado escritor y autor de estas memorias, el cita su trayectoria paralela a la del vate y da luces sobre lo que fue también una vida muy rica en acontecimientos de todo tipo. Tenemos hasta datos sobre su vida personal como otro ciudadano del mundo con vueltas incesantes a Chile, pero que son solo permanencias temporales.

Entre los dos hombres hubo primero un gran respeto de parte del escritor allá por los años 52 (21 años tenía solamente Edwards) hacia el hombre ya establecido como poeta. Con el tiempo esta diferencia de edad se fue borrando para llegar a ser una verdadera amistad. Por supuesto que fue una amistad con turbulencias, porque no puede ser de otro modo cuando la política está de por medio.

En una introducción que Jorge Edwards escribió para una edición de bolsillo de este libro, se puede leer algo muy bonito :…en medio del descalabro de la sociedad, de la política, de su propio cuerpo, el poeta se refugiaba en la naturaleza, el primero y el último de sus refugios, su resorte esencial, su punto de partida y de llegada. Y la naturaleza le daba una respuesta muda, enigmática…él que había escrito que prefería una poesía como absorción física del mundo, y después de muchos avatares, circunstancias y fortunas, en el fondo, a pesar de las apariencias, había cambiado muy poco…

ADIÓS, POETA, Tusquets 1990,   ISBN 84-7223-191-7

El comensal de Gabriela Ybarra

Résultat de recherche d'images pour "el comensal gabriela ybarra"  Gabriela Ybarra es una escritora española (Bilbao 1983) con diploma en Administración y Dirección de Empresas y  un master en Marketing cursado en Nueva York.

El comensal es su primer libro (2015) que va en la sexta edición;  el libro fue galardonado con  el Premio Euskadi de Literatura 2016.

El título El comensal alude al puesto vacío en la mesa de los Ybarra que cada día la familia deja para recordar a los ausentes.

Es un libro sin pretensiones literarias, escrito en un estilo sencillo y directo, periodístico, evitando el morbo para dejar un testimonio y mantener la memoria frente a dos desapariciones en la familia : la del abuelo paterno y la de la madre. Dice la autora que esta escritura es una terapia que da sentido a la historia de la familia Ybarra y que « es importante acomodar la herencia emocional para construir su propia identidad ».

La parte más  » literaria » del libro hace referencia a la obra del suizo Robert Walser « El paseo« , un libro que la autora leía cuando su madre llegó a Nueva York para tratar su cáncer. Y la otra es un verso de Machado (cf Las encinas) en el epígrafe del libro : Quién no ha visto sin temblar / un hayedo en un pinar?

La escritora trata de redimir su pena por el duelo de dos seres queridos : primero, la de su abuelo paterno Javier de Ybarra y Bergé, un personaje importante del ámbito vasco, asesinado por los etarras en 1977 en nombre de una independencia del País Vasco. La autora en 1977 no había nacido y esta muerte atroz del abuelo, en condiciones infra humanas, le fueron reveladas sólo a los 7 años de edad.

Luego la muerte de su madre, Ernestina Pasch en 2011, agonía que Gabriela Ybarra vivió paso a paso hasta el final, acaecido a penas seis meses después que se le diagnosticara un cáncer del colon.

El asesinato del abuelo tuvo repercusiones en la familia porque tuvieron que dejar el País Vasco para radicarse en Madrid y el padre, Enrique Ybarra, periodista, necesitó escolta durante diez años. El estrés postraumático del padre fue tal, que 34 años después, con la enfermedad de su esposa, surgieron retazos del período de terror vivido en 1977, lo que determinará a Gabriela Ybarra a hacer búsquedas sobre la muerte de su abuelo para llegar al duelo completo de sus familiares.

Un testimonio personal y sobrio de dos muertes traumáticas en el seno de esta familia vasca.

EL COMENSAL, Caballo de Troya 2015,  ISBN 978-84-15451-55-6

Nos voisins du dessous de Bill Bryson

Afficher l'image d'origine William (Bill) MacGuire Bryson est né en 1951 dans l’Iowa, États-Unis;  c’est un auteur  de récits de voyages humoristiques, mais aussi de livres traitant de la langue anglaise et de sujets scientifiques. Il a vécu presque toute sa vie d’adulte dans le Royaume-Uni, travaillant dans le journalisme entre 1977 et 1987 ,  puis retournant aux États- Unis pour terminer son diplôme. Il s’est installé définitivement dans le Norfolk (UK ) avec son épouse anglaise Cynthia et ses enfants. Vous verrez toujours Bill Bryson souriant sur les photos, je pense qu’il doit son caractère joyeux à son ascendance nord-américaine : l’optimisme avant tout.

J’ai écrit un billet en octobre 2012 sur son livre très drôle « Ma fabuleuse enfance dans l’Amérique des Années 50« , un recueil désopilant d’anecdotes de ce qui a du être son enfance dans l’Amérique profonde et riche des années 50.

Nos voisins du dessous- chroniques australiennes date de 2000 (Down Under); c’est encore un livre très drôle surtout dans l’auto-dérision mais aussi terriblement intéressant sur ce continent si mal connu et ce pays si récent qui est l’Australie. Ce livre m’a rappelé le très drôle La vengeance du Wombat de Kenneth Cook (billet en février 2016), mais le livre de Cook est un recueil d’anecdotes désopilantes alors que le livre de Bryson est fortement charpenté avec un itinéraire infernal qui traverse tout le continent et donne des tonnes d’informations.

Le pays est si vaste que le désert de Simpson est grand comme neuf fois la Belgique, c’est le outback australien : c’est si grand que cette terre farouche est encore inconnue. Le fabuleux site d’Ayers Rock aujourd’hui rendu aux aborigènes a été rebaptisé Uluru; il y a un siècle, il n’était connu que de ses gardiens aborigènes. Il correspond à une formation géologique appelée inselberg : un gros morceau de roche, plus résistant que les autres, épargné par l’érosion, d’une taille et d’une symétrie parfaites. Pour les australiens tout ce qui est rural est classé comme bush et au-delà d’un seuil indéterminé, le bush devient l’outback; parcourez encore 3 000 Km et le outback redevient bush, puis vous tombez sur une ville, et puis c’est l’océan. Et voilà, on a traversé l’Australie.

Bill Bryson adore l’Australie parce que les gens sont incroyablement sympathiques, ils sont joyeux, extravertis, vifs et serviables au possible; les villes sont propres et presque toujours bâties au bord de l’eau; la société y est prospère, bien ordonnée et d’inspiration égalitaire; on y mange bien; on vous sert la bière glacée; le soleil brille presque en permanence; on trouve du café à tous les coins de rue. C’est sans doute le vide impressionnant de leur patrie qui rend les Australiens aussi sociables.

L’Australie est un pays de clubs – clubs de sport, club d’associations ouvrières, clubs d’anciens militaires, clubs affiliés à différents partis politiques – tous voués très activement au bien-être d’une couche particulière de la société. Leur véritable mission, cependant, est de dégager de gros bénéfices à partir de deux ressources principales : la boisson et les jeux de hasard. Les Australiens seraient les plus gros joueurs de la planète. Mais il n’en a pas été toujours ainsi : au début l’Australie était un bagne et les premiers habitants sont arrivés couverts de chaînes mais ce passé de colonie pénitentiaire n’aime pas être évoqué par les australiens.

La ruée vers l’or vers 1846 allait transformer complètement l’Australie. Il y avait de l’or partout. En moins de 10 ans le pays s’enrichit de 600 000 têtes, ce qui fit doubler sa population avec la croissance la plus forte dans l’État de Victoria qui recelait les gisements les plus riches. La principale conséquence de cette ruée fut qu’on mis fin à la déportation des forçats. Lorsque les autorités de Londres comprirent que l’exil vers l’Australie était devenu une récompense plus qu’une punition, que les condamnés brûlaient d’envie d’y être déportés, tout ce concept de colonie pénitentiaire s’est effondré.

Pendant 60 millions d’années, depuis la formation de la cordillère Australienne, l’Australie s’est tenue coite sur le plan géologique, ce que lui a permis de conserver certains des plus anciens vestiges terrestres : les terrains et fossiles les plus vieux, les premières traces d’animaux ou de rivières. De tous les continents habités l’Australie est le plus aride, le plus plat, le plus chaud, le plus déshydraté, le plus infertile et le plus agressif du point de vue climatique. C’est un lieu si inerte que le sol peut être considéré comme un fossile et pourtant il regorge d’une vie incroyable : les scientifiques n’arrivent pas à se mettre d’accord sur le nombre d’espèces : 100 000 ou 200 000 dont le tiers demeure un mystère pour la science encore. Rien que l’histoire de la fourmi Nothomyrmecia est incroyable : en 1931 en Australie, des naturalistes amateurs tombèrent sur cet insecte que personne n’avait encore jamais vu : elle ressemblait à une fourmi mais était jaune pâle et avait des yeux étranges. Ils expédièrent quelques insectes sur le bureau d’un expert à Melbourne qui l’identifia sur le champ : personne n’avait vu cet insecte depuis 100 millions d’années. C’était une protofourmi survivante d’une époque où les fourmis commençaient à se différencier des guêpes (c’était comme de découvrir un troupeau de tricératops en train de brouter sur de lointains pâturages !)

La Grande Barrière de corail couvre entre 280 000 et 350 000 Km carrés. Elle s’étend sur 1900 Km du nord au sud. Elle est plus grande que le Kansas, que l’Italie, que le Royaume Uni. C’est l’équivalent marin de la forêt amazonienne; elle abrite au moins 1500 espèces de poissons, 400 types de coraux et 4000 variétés de mollusques. Ce sont des estimations car personne ne les a comptées.

Il y a environ 45 à 60 000 ans le continent a été envahi par un peuple mystérieux, les Aborigènes sans aucune similitude raciale ni linguistique avec les peuplades voisines. Leur présence ne peut s’expliquer que s’ils ont inventé la navigation transocéanique bien avant le reste de l’humanité pour se livrer à une sorte d’exode de masse, mais ces mêmes gens auraient oublié ensuite toutes ces techniques de navigation… La seconde invasion a commencé avec l’arrivée du capitaine Cook sur le navire HMS Endeavour en 1770 dans la rade de Botany Bay. Il s’en est fallu d’un cheveu que ce soit le comte La Pérouse qui découvre l’Australie car il est arrivé à Botany Bay par l’est avec deux bateaux sous ses ordres en accomplissant un voyage d’exploration de deux ans dans le Pacifique. Si La Pérouse avait été plus rapide, il aurait pu proclamer l’Australie terre française et épargner ainsi à ce pays deux cents ans de cuisine britannique !

On ignore combien l’Australie comptait d’Aborigènes à l’arrivée des premiers Britanniques. Entre 300 000 et un million selon les sources. Mais durant le premier siècle de la colonisation leur nombre décrut de façon catastrophique car ils n’offraient aucune résistance aux maladies européennes – variole, pleurésie, syphilis, varicelle, grippe.

La faune australienne est surprenante. Il y a même des vestiges des premières structures organiques apparues sur terre, encore vivantes aujourd’hui après trois milliards d’années (soit les 3/4 de l’existence de la planète Terre). Ce sont les stromatolites dont toute la vie se déroule en surface (comme pour le corail) ; ce que l’on voit est la masse morte des générations précédentes; ils sont difficiles à décrire car ils sont d’une nature si primitive qu’ils n’adoptent pas une forme régulière et ils se développent sans plan précis, en grosses masses irrégulières. En regardant bien l’on aperçoit quelques bulles d’oxygène qui s’échappent en chapelet de la formation solide. Cette émission d’oxygène est la seule chose que savent faire les stromatolites, mais c’est la chose qui a permis la vie sur terre. Les bulles sont produites par des cyanobactéries en forme d’algues, des micro-organismes vivant à la surface de la masse rocheuse- plus de trois milliards par mètre carré- qui captent les molécules de dioxyde de carbone et une fraction d’énergie solaire. Le sous- produit de ce simple processus est la production infinitésimale  d’oxygène qui s’est répétée pendant des milliards d’années, ce qui a permis l’éclosion de la vie. Cette forme de vie a fait augmenter de 20% le niveau d’oxygène terrestre assez pour permettre le développement d’organismes plus complexes.

Parmi les formes évoluées du règne animal, l’Australie possède plus de bestioles tueuses que le reste du monde : les dix serpents les plus venimeux sont tous australiens; cinq autres créatures qui y vivent sont les plus mortelles de leur catégorie : l’araignée, la méduse, le poulpe, la tique et le poisson-pierre. Il possède aussi les vers géants du Gippsland : Megascolides australis, les plus grands vers du monde : ils atteignent 4 mètres de long et 15 cm de diamètre, on les entend se déplacer sous terre avec des borborygmes sourds.

On dénombre en Australie quelque 700 variétés d’eucalyptus : eucalyptus blanc, fantôme, rouge, faiseur de veuve, eucalyptus gribouillé, gommier bâtard, etc sans oublier le fameux stringybark dont l’écorce se détache en longs lambeaux avec ses branches qui pendent en grappes fibreuses. Comment expliquer qu’un pays qui semble si hostile à toute forme de vie ait pu produire une telle diversité botanique? Ce paradoxe s’explique en partie par la pauvreté du sol. Les plantes ont tendance à se spécialiser.  Telle plante tolérera de fortes concentrations de nickel, telle autre deviendra résistante au cuivre, une autre s’habituera au nickel et au cuivre. A plantes spécialisées, insectes spécialisés. L’autre explication tient à l’isolement de l’Australie. Avec 50 millions d’années d’insularité la vie indigène a été protégée de toute compétition et certaines espèces ont pu développer une sorte de monopole (eucalyptus, marsupiaux). Globalement, on peut décrire le pays comme un ensemble de petites poches de vie séparées par d’immenses étendues d’aridité.

Un livre qui se dévore, tant il fourmille d’anecdotes et de données intéressantes. Mais je dois vous avouer quelque chose : cela ne me donne pas envie de le visiter : trop loin, trop de déplacements et…ces bestioles.

NOS VOISINS DU DESSOUS, Petite Bibliothèque Payot 554 (2005)  ISBN 978-2-228-89991-8