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Nos voisins du dessous de Bill Bryson

Afficher l'image d'origine William (Bill) MacGuire Bryson est né en 1951 dans l’Iowa, États-Unis;  c’est un auteur  de récits de voyages humoristiques, mais aussi de livres traitant de la langue anglaise et de sujets scientifiques. Il a vécu presque toute sa vie d’adulte dans le Royaume-Uni, travaillant dans le journalisme entre 1977 et 1987 ,  puis retournant aux États- Unis pour terminer son diplôme. Il s’est installé définitivement dans le Norfolk (UK ) avec son épouse anglaise Cynthia et ses enfants. Vous verrez toujours Bill Bryson souriant sur les photos, je pense qu’il doit son caractère joyeux à son ascendance nord-américaine : l’optimisme avant tout.

J’ai écrit un billet en octobre 2012 sur son livre très drôle « Ma fabuleuse enfance dans l’Amérique des Années 50« , un recueil désopilant d’anecdotes de ce qui a du être son enfance dans l’Amérique profonde et riche des années 50.

Nos voisins du dessous- chroniques australiennes date de 2000 (Down Under); c’est encore un livre très drôle surtout dans l’auto-dérision mais aussi terriblement intéressant sur ce continent si mal connu et ce pays si récent qui est l’Australie. Ce livre m’a rappelé le très drôle La vengeance du Wombat de Kenneth Cook (billet en février 2016), mais le livre de Cook est un recueil d’anecdotes désopilantes alors que le livre de Bryson est fortement charpenté avec un itinéraire infernal qui traverse tout le continent et donne des tonnes d’informations.

Le pays est si vaste que le désert de Simpson est grand comme neuf fois la Belgique, c’est le outback australien : c’est si grand que cette terre farouche est encore inconnue. Le fabuleux site d’Ayers Rock aujourd’hui rendu aux aborigènes a été rebaptisé Uluru; il y a un siècle, il n’était connu que de ses gardiens aborigènes. Il correspond à une formation géologique appelée inselberg : un gros morceau de roche, plus résistant que les autres, épargné par l’érosion, d’une taille et d’une symétrie parfaites. Pour les australiens tout ce qui est rural est classé comme bush et au-delà d’un seuil indéterminé, le bush devient l’outback; parcourez encore 3 000 Km et le outback redevient bush, puis vous tombez sur une ville, et puis c’est l’océan. Et voilà, on a traversé l’Australie.

Bill Bryson adore l’Australie parce que les gens sont incroyablement sympathiques, ils sont joyeux, extravertis, vifs et serviables au possible; les villes sont propres et presque toujours bâties au bord de l’eau; la société y est prospère, bien ordonnée et d’inspiration égalitaire; on y mange bien; on vous sert la bière glacée; le soleil brille presque en permanence; on trouve du café à tous les coins de rue. C’est sans doute le vide impressionnant de leur patrie qui rend les Australiens aussi sociables.

L’Australie est un pays de clubs – clubs de sport, club d’associations ouvrières, clubs d’anciens militaires, clubs affiliés à différents partis politiques – tous voués très activement au bien-être d’une couche particulière de la société. Leur véritable mission, cependant, est de dégager de gros bénéfices à partir de deux ressources principales : la boisson et les jeux de hasard. Les Australiens seraient les plus gros joueurs de la planète. Mais il n’en a pas été toujours ainsi : au début l’Australie était un bagne et les premiers habitants sont arrivés couverts de chaînes mais ce passé de colonie pénitentiaire n’aime pas être évoqué par les australiens.

La ruée vers l’or vers 1846 allait transformer complètement l’Australie. Il y avait de l’or partout. En moins de 10 ans le pays s’enrichit de 600 000 têtes, ce qui fit doubler sa population avec la croissance la plus forte dans l’État de Victoria qui recelait les gisements les plus riches. La principale conséquence de cette ruée fut qu’on mis fin à la déportation des forçats. Lorsque les autorités de Londres comprirent que l’exil vers l’Australie était devenu une récompense plus qu’une punition, que les condamnés brûlaient d’envie d’y être déportés, tout ce concept de colonie pénitentiaire s’est effondré.

Pendant 60 millions d’années, depuis la formation de la cordillère Australienne, l’Australie s’est tenue coite sur le plan géologique, ce que lui a permis de conserver certains des plus anciens vestiges terrestres : les terrains et fossiles les plus vieux, les premières traces d’animaux ou de rivières. De tous les continents habités l’Australie est le plus aride, le plus plat, le plus chaud, le plus déshydraté, le plus infertile et le plus agressif du point de vue climatique. C’est un lieu si inerte que le sol peut être considéré comme un fossile et pourtant il regorge d’une vie incroyable : les scientifiques n’arrivent pas à se mettre d’accord sur le nombre d’espèces : 100 000 ou 200 000 dont le tiers demeure un mystère pour la science encore. Rien que l’histoire de la fourmi Nothomyrmecia est incroyable : en 1931 en Australie, des naturalistes amateurs tombèrent sur cet insecte que personne n’avait encore jamais vu : elle ressemblait à une fourmi mais était jaune pâle et avait des yeux étranges. Ils expédièrent quelques insectes sur le bureau d’un expert à Melbourne qui l’identifia sur le champ : personne n’avait vu cet insecte depuis 100 millions d’années. C’était une protofourmi survivante d’une époque où les fourmis commençaient à se différencier des guêpes (c’était comme de découvrir un troupeau de tricératops en train de brouter sur de lointains pâturages !)

La Grande Barrière de corail couvre entre 280 000 et 350 000 Km carrés. Elle s’étend sur 1900 Km du nord au sud. Elle est plus grande que le Kansas, que l’Italie, que le Royaume Uni. C’est l’équivalent marin de la forêt amazonienne; elle abrite au moins 1500 espèces de poissons, 400 types de coraux et 4000 variétés de mollusques. Ce sont des estimations car personne ne les a comptées.

Il y a environ 45 à 60 000 ans le continent a été envahi par un peuple mystérieux, les Aborigènes sans aucune similitude raciale ni linguistique avec les peuplades voisines. Leur présence ne peut s’expliquer que s’ils ont inventé la navigation transocéanique bien avant le reste de l’humanité pour se livrer à une sorte d’exode de masse, mais ces mêmes gens auraient oublié ensuite toutes ces techniques de navigation… La seconde invasion a commencé avec l’arrivée du capitaine Cook sur le navire HMS Endeavour en 1770 dans la rade de Botany Bay. Il s’en est fallu d’un cheveu que ce soit le comte La Pérouse qui découvre l’Australie car il est arrivé à Botany Bay par l’est avec deux bateaux sous ses ordres en accomplissant un voyage d’exploration de deux ans dans le Pacifique. Si La Pérouse avait été plus rapide, il aurait pu proclamer l’Australie terre française et épargner ainsi à ce pays deux cents ans de cuisine britannique !

On ignore combien l’Australie comptait d’Aborigènes à l’arrivée des premiers Britanniques. Entre 300 000 et un million selon les sources. Mais durant le premier siècle de la colonisation leur nombre décrut de façon catastrophique car ils n’offraient aucune résistance aux maladies européennes – variole, pleurésie, syphilis, varicelle, grippe.

La faune australienne est surprenante. Il y a même des vestiges des premières structures organiques apparues sur terre, encore vivantes aujourd’hui après trois milliards d’années (soit les 3/4 de l’existence de la planète Terre). Ce sont les stromatolites dont toute la vie se déroule en surface (comme pour le corail) ; ce que l’on voit est la masse morte des générations précédentes; ils sont difficiles à décrire car ils sont d’une nature si primitive qu’ils n’adoptent pas une forme régulière et ils se développent sans plan précis, en grosses masses irrégulières. En regardant bien l’on aperçoit quelques bulles d’oxygène qui s’échappent en chapelet de la formation solide. Cette émission d’oxygène est la seule chose que savent faire les stromatolites, mais c’est la chose qui a permis la vie sur terre. Les bulles sont produites par des cyanobactéries en forme d’algues, des micro-organismes vivant à la surface de la masse rocheuse- plus de trois milliards par mètre carré- qui captent les molécules de dioxyde de carbone et une fraction d’énergie solaire. Le sous- produit de ce simple processus est la production infinitésimale  d’oxygène qui s’est répétée pendant des milliards d’années, ce qui a permis l’éclosion de la vie. Cette forme de vie a fait augmenter de 20% le niveau d’oxygène terrestre assez pour permettre le développement d’organismes plus complexes.

Parmi les formes évoluées du règne animal, l’Australie possède plus de bestioles tueuses que le reste du monde : les dix serpents les plus venimeux sont tous australiens; cinq autres créatures qui y vivent sont les plus mortelles de leur catégorie : l’araignée, la méduse, le poulpe, la tique et le poisson-pierre. Il possède aussi les vers géants du Gippsland : Megascolides australis, les plus grands vers du monde : ils atteignent 4 mètres de long et 15 cm de diamètre, on les entend se déplacer sous terre avec des borborygmes sourds.

On dénombre en Australie quelque 700 variétés d’eucalyptus : eucalyptus blanc, fantôme, rouge, faiseur de veuve, eucalyptus gribouillé, gommier bâtard, etc sans oublier le fameux stringybark dont l’écorce se détache en longs lambeaux avec ses branches qui pendent en grappes fibreuses. Comment expliquer qu’un pays qui semble si hostile à toute forme de vie ait pu produire une telle diversité botanique? Ce paradoxe s’explique en partie par la pauvreté du sol. Les plantes ont tendance à se spécialiser.  Telle plante tolérera de fortes concentrations de nickel, telle autre deviendra résistante au cuivre, une autre s’habituera au nickel et au cuivre. A plantes spécialisées, insectes spécialisés. L’autre explication tient à l’isolement de l’Australie. Avec 50 millions d’années d’insularité la vie indigène a été protégée de toute compétition et certaines espèces ont pu développer une sorte de monopole (eucalyptus, marsupiaux). Globalement, on peut décrire le pays comme un ensemble de petites poches de vie séparées par d’immenses étendues d’aridité.

Un livre qui se dévore, tant il fourmille d’anecdotes et de données intéressantes. Mais je dois vous avouer quelque chose : cela ne me donne pas envie de le visiter : trop loin, trop de déplacements et…ces bestioles.

NOS VOISINS DU DESSOUS, Petite Bibliothèque Payot 554 (2005)  ISBN 978-2-228-89991-8

El espíritu de mis padres sigue subiendo en la lluvia de Patricio Pron

Afficher l'image d'originePatricio Pron es un escritor y periodista argentino (Rosario 1975), licenciado en Comunicación Social, con un doctorado en Filología Románica en Göttingen, Alemania. Es autor de relatos, novelas y tiene una columna en el excelente blog literario en español El Boomeran(g). Actualmente reside en Madrid. En 2010, Patricio Pron fue destacado por la revista inglesa Granta, entre los mejores 22 narradores en lengua castellana de menos de 35 años (junto con otros siete argentinos, lo que representa la nacionalidad más destacada). Dice Pron que « el buen escritor hace uso recreativo de la mentira, de la capacidad que tiene para mentir. La literatura es un uso socialmente aceptado de la mentira y del engaño ».

El espíritu de mis padres sigue subiendo en la lluvia(L’esprit de mes pères en francés) del 2011 (esta mania actual de poner títulos largos a las novelas, títulos que nadie recuerda después de haberlos leído y aquí tenemos un título alegórico-poético que no tiene nada que ver con la prosa más bien siniestra del libro…);  es ésta una novela ambiciosa, auto-ficcional extraordinariamente bien escrita, de una gran trascendencia ética porque muy lejos de una trivialidad imputable a la edad, Pron se cuestiona sobre heridas colectivas y sobre la memoria del que retorna a su tierra, pero es una prosa amarga y bastante desangelada donde los personajes carecen de espesor humano. (Pron piensa que el que vuelve a su tierra después de mucho, llega a un punto donde después de vivir tanto afuera uno es bastante extranjero en todas partes. También piensa que para escribir bien en español, como le dijo un día otro escritor argentino, Juan José Saer, hay que vivir en un sitio donde no se hable el español o al menos, el español del país de origen).

Página 186 Patricio Pron escribe : me dije que iba a escribir esta historia porque lo que mis padres y sus compañeros habían hecho era digno de ser contado porque su espíritu iba a seguir subiendo en la lluvia hasta tomar el cielo por asalto. Cito la frase para contextualizar el título.

Probablemente este libro constituye una verdadera catarsis personal para Patricio Pron, una tentativa para esclarecer lo que fueron sus padres y su país en épocas convulsas. (Lo que yo vengo a contar, fue verdadero pero no necesariamente verosímil. Se ha dicho que en literatura lo bello es verdadero pero lo verdadero en literatura es solo lo verosímil, y entre lo verosímil y lo verdadero hay una distancia enorme. Esto por no hablar de lo bello, que es algo de lo que nunca se debería hablar: lo bello debería ser la reserva natural de la literatura, el sitio donde lo bello prosperara sin que la mano de la literatura lo toque jamás, y debería servir de recreo y consuelo a los escritores, puesto que la literatura y lo bello son cosas completamente diferentes o tal vez la misma, como dos guantes para la mano derecha). Sencillita la explicación...

Patricio Pron  regresa a Argentina después de 12 años para ver a su padre muy enfermo, un padre que conoce mal; con este retorno intempestivo y necesario, el narrador del libro demuestra un carácter inestable, se siente desarraigado y padece de problemas  de memoria imputables al abuso de psicótropos (no se sabrán detalles sobre su desajuste psíquico). Integra el domicilio familiar, pero no sabe nada de sus padres, ambos padres periodistas militantes de un movimiento pro peronista, antes del golpe militar de 1976. Entre visita y visita al hospital, el narrador hurga en el escritorio de su padre y encuentra una carpeta con datos referentes al asesinato de Alberto Burdisso, un desconocido, un idiota faulkneriano, un adulto con el cerebro de un niño, alguien que no bebía, que no jugaba y que carecía de toda fortuna, alguien que debía trabajar diariamente para subsistir en las tareas más simples como limpiar una piscina o reparar un tejado. Pero la hermana de Alberto Burdisso fue una amiga, también periodista de sus padres, Alicia Burdisso, que el padre de Pron introdujo en el movimiento peronista y que fue una « desaparecida » en 1977.

Hay una alegoría entre la comunidad familiar destrozada por la enfermedad del padre y la alegoría del drama nacional de un país avejentado y abonado al fracaso. Hay una puesta en abismo entre la historia personal del narrador destrozado por los fármacos, la historia familiar y la historia nacional con una búsqueda por parte de Pron de formas de expresión lexicales diferentes.

[…] yo pensaba que había venido de los oscuros bosques alemanes a la llanura horizontal argentina para ver morir a mi padre y para despedirme de él y prometerle -aunque yo no lo creyera en absoluto- que él y yo íbamos a tener otra oportunidad, en algún otro sitio, para que cada uno de nosotros averiguara quién era el otro y, quizá, por primera vez desde que él se había convertido en padre y yo en hijo, por fin entendiéramos algo; pero esto, siendo verdadero, no era en absoluto verosímil ».

La clave de este libro era dilucidar el pasado de los padres  que fueron  jóvenes en la década de 1970, como si se tratase de un rastreo detectivesco y que las averiguaciones que resultarían,  se parecerían mucho a una novela policíaca que nadie hubiese querido comprar nunca. El narrador nació en 1975 y los que nacieron por aquella época son el premio de consolación de los padres tras haber sido incapaces de hacer la revolución. En aquellos años un hijo era una buena pantalla, una señal inequívoca que debía ser interpretada como la adhesión a una forma de vida convencional y alejada de las actividades revolucionarias.

La crítica argentina Silvia Molloy citó las palabras de Leonardo Sciascia a propósito de este libro : « cuando uno ha cometido el error de irse, no debe cometer el error de volver« .

Me repito, un libro muy bien escrito que desarrolla una temática muy trascendente, pero escrito en una prosa que me pareció siniestra.

 

EL ESPÍRITU, Literatura Mondadori 2011,  ISBN  978-84-397-2363-9

Correr el tupido velo de Pilar Donoso

Pilar Donoso (1967-2011), fue la  hija adoptiva del gran  escritor chileno José Donoso. Estudió Psicología y Relaciones Públicas. Su padre le pidió que escribiera una biografía basada en 64 cuadernos que fueron su diario de escritor, cuadernos que él vendió y confió a las universidades americanas de Princeton y Iowa. Pero no fue sólo a su hija Pilar que el atormentado escritor confió el honor insigne de escribir su biografía; también estaban seleccionados Esther Edwards (Voces de la memoria, 1998), su sobrina y periodista Claudia Donoso y el escritor-amigo Fernando Sáez ( integrante de los talleres literarios de José Donoso en Chile), estos dos últimos no han publicado aún nada al respecto.

El libro de Pilar Donoso, alias « Pilarcita » (con esta manía de los chilenos para aplicar diminutivos), para diferenciarla de su madre María del Pilar Donoso, enfoca a su padre (1924-1996) a partir de los  64 diarios que Donoso escribió (con letra menuda) durante años y casi hasta el final de su vida . Una tarea titánica y difícil para Pilarcita, pero que ella emprendió  como una catarsis para desmenuzar la complicada y tormentosa relación con este padre tan complejo y demoledor que fue Donoso. El libro se publicó más de diez años después de su muerte y la tarea le tomó varios años; la publicación del libro provocó gran conmoción en el ámbito literario sobretodo cuando se supo a fines del año 2011 que Pilar Donoso se había suicidado (dos años después de la publicación del libro).

Quiso Pilarcita con este libro  cerrar “la relación algo tormentosa” que mantuvieron  “para que no me preguntaran  más por él”.

Este libro lo compré en el aeropuerto de Santiago porque no lo había visto en las librerías donde suelo entrar compulsivamente. No lo compré por « las copuchas » o por espíritu voyeur , sino por el deseo de ahondar más sobre este buen autor considerado como difícil, enrevesado, complejo pero tan profundamente literario. Había releído en 2012 El lugar sin límites que me impresionó por su  intensidad;  también una relectura de Casa de campo  me gustó muchísimo porque atañe a la chilenidad. Releer a Donoso con más madurez y con un criterio más formado por tanta lectura,  da más relevancia y complejidad a la obra. Es un autor a clasificar sin ninguna duda en el panteón de los  muy grandes.

La lectura de este libro me resultó dolorosa, pero terriblemente interesante. Dolorosa al constatar que Donoso tuvo una vida tan difícil y estuvo tan enfermo: relaciones difíciles con su familia, matrimonio estruendoso con María del Pilar (a la manera de Richard Burton con Liz Taylor), relación amor-odio con Pilarcita, angustia creativa,  dependencia al psicoanálisis, salud delicada con problemas médicos que lo acompañaron toda su vida, relaciones difíciles con el dinero,  paranoia con el dinero, con sus obras, con ciertas personas…Y una infelicidad e inseguridad global que brotan a borbotones en sus cuadernos.

Pilar Donoso hizo un trabajo admirable y nos dejó probablemente una imágen de su padre fidedigna y cariñosa, muy a su manera, probablemente honesta, pero sin entregar   en este copioso libro (casi 500 páginas) todo lo que leyó en los cuadernos, por respeto a la memoria de su padre.

Este libro está construido de manera inteligente. Es un libro a tres manos: la escritura de Donoso, la escritura de la madre que también tenía un diario y la propia escritura de Pilarcita que da su versión de los hechos, eludiendo algunos tópicos, pero desvelando suficiente material como para hacerse una idea de la complejidad y de la truculencia atroz de ciertas vivencias.

Es un libro que me ha gustado sobremanera y que me ha dejado triste y cavilosa, bastante admirativa y con ganas de leer la obra de Donoso a la luz de los datos aportados por Pilar Donoso.

El título del libro es muy acertado, es también el título del primer capítulo. Página 37 leemos:…Sólo hace falta correr el tupido velo. Y esa es la manera voluntaria  que tenemos de enceguecernos, de mirar lo que nos perturba y es difícil enfrentar. Abandonar la negación. Con ese tupido velo cubrimos todo lo que no queremos ver, pudiendo creer así que esa realidad no existe. Inherente al hombre, este mecanismo nos protege para soportar lo que la vida tiene de intolerable y dolorosa.

Una de las claves del personaje de José Donoso es el recurso a las máscaras, las máscaras lo fascinaban porque era su propio modo de encubrirse y las usaba porque le ayudaban a vivir y le ayudaban a defenderse. Pensaba que la vida humana era un refinado y complejísimo sistema de enmascaramientos y simulaciones.

Este hombre tan complejo que fue José Donoso y que se casó más bien tarde a los 37 años, exigió dos cláusulas a su futura esposa: que supiera manejar un auto ya que él no aprendería nunca, y, la segunda, que debía leer a Proust, porque si no, no tendrían de qué hablar. Puro machismo egocéntrico y tan literario y divertido.

Fue  muy interesante leer sobre su método de trabajo; fue un hombre total y completamente dedicado a su literatura. Con un método de trabajo riguroso, perfilando las características de cada uno de sus personajes, haciendo una biografía de cada uno y siguiendo la evolución de los personajes a medida que la novela se desarrolla, preparando listas con las palabras que quiere que figuren en la prosa o citaciones de otros autores que retienen su atención o de alguna novela que lee en ese momento. Fue un gran lector, con una predilección hacia los clásicos, netamente hacia los anglosajones, pero también hacia jóvenes escritores, lo que es raro de la parte de un hombre tan apurado y erudito, lo que demuestra su apertura de espíritu.

Un aspecto poco conocido de él fue su lado supersticioso y su lado maniático, por ejemplo temer el número trece en la numeración de las páginas porque ese número trae mala suerte o las listas interminables de cosas o llamados que hacer.

Me llamó la atención el número de veces que cita en sus cuadernos a Jorge Edwards y constato que sentía admiración y respeto más por la persona de Jorge Edwards que por el escritor Edwards a quien varias veces juzgó duramente.

Leí con interés los largos comentarios que hicieron Jorge Edwards y Mario Vargas Llosa tras la publicación de este libro. Jorge Edwards en  Letras Libres de febrero 2010 y Mario Vargas Llosa en el diario El País en mayo 2010.

Jorge Edwards es citado muchísimas veces en los cuadernos de Donoso. ¿ Y qué escribe Edwards sobre este libro ? Qué es una obra apasionante, por momentos patética, reveladora y de lectura fascinante para los que deseen leer sobre el dolor de la creación literaria. Que era un personaje complicado, salvado por un buen sentido del humor(como el mismo Edwards…) y un escritor literario por los cuatro costados, fórmula que encuentro excelente. Jorge Edwards acota los detalles interesantes sobre otro libro de Donoso,  Conjeturas sobre la memoria de mi tribu, libro que enojó a una gran parte de la familia Donoso chilena: un fenómeno muy chileno de autocensura, de ocultación de la memoria y de la fantasía memoriosa; este libro controvertido y escandaloso fue publicado poco después de su muerte (1996) y « aligerado » de por lo menos 70 páginas. Al final del artículo Edwards escribe viperinamente « en el testimonio de su hija, el novelista sale muy bien parado y el coro de la maledicencia nacional queda a la altura que merece, en las letrinas criollas »( sabrá muy bien de lo que habla).

Mario Vargas Llosa escribió en el diario El País sobre Pilarcita a quien conoció de niña y siguió de adulta. Sobre el libro, estima que está escrito con elegancia e inusitada sinceridad y que la inmensa egolatría de Donoso  sumergió madre e hija en una profunda neurosis, con secuelas graves para ambas. Le celebra a Pilarcita  la sabiduría en la construcción del libro, a tres voces. Le fascinó descubrir el lado frívolo de un Donoso apegado a la moda y a la farándula,  muy « fijado » en lo estético: moda, decoración, géneros, jardines (el lado femenino rabioso, no?). Dice haber querido mucho a la pareja Donoso y que después de esta lectura, los quiere más. José Donoso habla menos de Vargas Llosa, probablemente fue una amistad más conjetural que profunda.

Un libro tremendamente sincero y conmovedor,  donde se siente mucho sufrimiento en cada uno de los tres protagonistas, por razones diversas y al mismo tiempo hubo tanto amor mal aprovechado. Un libro que provoca un profundo remezón interior.

CORRER EL TUPIDO VELO, Alfaguara 2009,  ISBN 978-956-239-716-2

Certaines n’avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka

Écrivain américaine d’origine japonaise née à Palo Alto, Californie en 1962. Lauréate du Femina Étranger 2012  et du PEN/Faulkner Award for fiction 2012 pour ce livre qui est son deuxième livre ( The Buddha in the attic).  Elle est diplômée en Art à l’Université de Yale et de Columbia; c’est une ancienne artiste peintre qui vit actuellement à New York.

Son propre grand père a été arrêté par le FBI au lendemain de Pearl Harbor et sa famille internée 3 ans au camp Topaz dans l’Utah. C’est donc une histoire familiale douloureuse qu’elle nous relate dans ce court livre plein de retenue et de délicatesse, car , sans son talent, le livre aurait pu sombrer dans le pathétique.

C’est un épisode peu connu dans l’histoire de ce vaste pays d’immigrants que sont les États-Unis.  Au début du XXème siècle, des jeunes femmes japonaises furent demandées en mariage par correspondance,  par des compatriotes déjà installés aux USA. Ils utilisèrent des lettres, accompagnées de photographies pour appuyer leur demande; les jeunes filles étaient pauvres et parfois originaires des montagnes – elles n’avaient jamais vu la mer. C’était en fait une tromperie collective car les fiancés étaient vieux et misérables; les photos étaient de vieilles photos ou parfois les clichés correspondaient à d’autres gens physiquement plus présentables. Elles arrivèrent à San Francisco par bateau en rêvant de ce pays de cocagne où l’homme blanc était roi. Elles furent amèrement déçues, trompées, abusées, maltraitées, battues, incarcérées, réduites presque à l’esclavage par leur mari. Très peu d’entre elles furent heureuses et aisées. Elles ne s’intégrèrent jamais, sans parler anglais ni s’assimiler dans leur nouvelle culture.

Et lorsque l’attaque surprise par l’aéronavale japonaise sur la base américaine de Pearl Harbor eut lieu le 7 décembre 1941, ceci entraîna l’entrée  des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale. Le sentiment anti-japonais aux USA rendit suspects tous les Japonais vivant sur le sol américain ainsi que les Américains d’origine japonaise, en les soupçonnant de constituer une cinquième colonne sur le sol américain. 11 000 Japonais et citoyens Américains furent rassemblés dans des camps d’internement isolés dans les états de Washington, Californie et Oregon. En 1988, le Congrès américain présenta officiellement des excuses en votant une loi qui indemnisait les victimes encore vivantes. Pearl Harbor peut expliquer aussi la détermination des USA à procéder aux bombardements atomiques d’Hiroshima et Nagasaki.

Julie Otsuka nous relate cet événement en 8 chapitres, chacun correspondant à une partie bien précise du drame pour ces jeunes filles japonaises. Le premier chapitre concerne le départ du Japon vers l’Amérique (souvent la fille aînée était vendue comme geisha afin de nourrir le reste de la famille), soulageant les parents de leur fardeau, mais sachant pertinemment que le retour en arrière était impossible car un japonais ne doit pas perdre la face vis-à-vis des voisins. Le deuxième chapitre relate leur installation précaire sur le sol américain et les brutalités qu’elles durent subir de la part de la plupart des maris. Elles se transformèrent en véritables  bêtes de somme, travaillant sans répit comme ouvrières agricoles, comme bonnes, comme cuisinières, comme lavandières, comme prostituées. Le travail du mari ne valait guère mieux. Puis vinrent les enfants, élevés à la va-comme-je-te-pousse, car il ne fallait surtout pas manquer au travail. Certains de ses enfants deviendront de vrais petits américains, apprenant la langue et les coutumes du pays d’accueil, mais avec le cruel corollaire du rejet et la honte envers ces parents non intégrés comme eux. Puis vint Pearl Harbor et la méfiance des américains qui vont les interner sans sommation dans des camps,  en perdant le peu que ces gens possédaient avant l’internement.

Page 39 nous lisons: ...Ils admiraient nos dos robustes et nos mains agiles. Notre endurance. Notre discipline. Nos dispositions dociles. Notre capacité peu commune à supporter la chaleur, qui l’été dans les champs de melons de Brawley pouvait frôler les cinquante degrés. Ils disaient que notre petite taille était idéale pour les travaux nécessitant de se courber jusqu’à terre. Où qu’ils nous assignent, ils étaient contents. Nous possédions toutes les vertus des Chinois-travailleurs, patients, d’une indéfectible politesse-, mais sans leurs vices-nous n’étions ni joueurs ni opiomanes, nous ne nous battions pas et ne crachions jamais. Nous étions plus rapides que les Philippins et moins arrogants que les hindous. Plus disciplinés que les Coréens. Moins tapageurs que les Mexicains. Nous revenions moins cher à nourrir que les migrants d’Oklahoma et d’Arkansas, qu’ils soient ou non de couleur. Nous étions la meilleure race de travailleurs qu’ils aient jamais employée au cours de leur vie.

Julie Otsuka narre ceci de façon polyphonique, comme un chœur antique qui pleure et débite les malheurs collectifs à la première personne du pluriel en utilisant des voix anonymes qui scandent leur destin misérable dans une sorte d’incantation qui fait mal. C’est un livre témoignage, efficace et intéressant.

L’écrivain ne nous éclaire pas sur la suite du drame vécu par ses grands parents. En tout cas, le cursus de Julie Otsuka montre bien qu’elle a pris la revanche des malheurs du passé en suivant une formation dans deux universités prestigieuses américaines faisant partie de l’Ivy League: Yale et Columbia.

CERTAINES N’AVAIENT JAMAIS VU LA MER, Phébus 2011,  ISBN 978-2-7529-0670-0