Archive | novembre 2013

L’homme pétrifié de Eudora Welty

Écrivain et photographe américaine (Mississippi 1909-2001), auteur surtout de nouvelles et de quelques romans du Sud américain; écrivain proche de Carson Mc Cullers et de Flannery O’Connor, et pourtant la plus injustement méconnue des trois. Elle est née seulement 12 années après Faulkner, considéré comme LE grand écrivain du Sud.

Elle a commencé à publier des nouvelles à partir de 1936 décrivant avec finesse la culture et les problèmes raciaux du Sud, particulièrement de sa ville natale de Jackson, dans le Mississippi. C’est une styliste elliptique, impressionniste, qui joue des silences et du mystère propre à toute vie. Elle est dans la suggestion des sentiments tenus qui dissimulent la violence et l’excès, l’inavoué et le secret, la misère, le racisme, l’abandon. La plupart de ses récits se déroulent dans la ville imaginaire de Morgana dans l’Amérique du Nord entre 1930-1940.

Son premier recueil est celui-ci, L’Homme pétrifié  qui date de 1941; mais Lost battles de 1970 est son premier succès public et La fille de l’optimiste lui valut le Prix Pulitzer 1973.

Voici une phrase de l’écrivain:[…]le plus important est d’aller jusqu’aux limites de son imagination. Ça demande de l’audace, de la liberté, pas tellement du courage. J’espère approfondir les relations entre les êtres humains. Je crois que c’est ce que fait la fiction.

Il existe une Fondation Eudora Welty depuis 1999 dans sa ville natale de Jackson, qui s’occupe de son legs littéraire et photographique.

Cet écrivain est peu connue en France bien qu’elle a reçu la distinction de Chevalier des Arts et des Lettres en 1987, puis la légion d’Honneur en 1996. C’est en lisant un livre de l’écrivain mexicain Sergio Pitol, grand lecteur lui-même, que j’ai croisé le nom d’Eudora Welty;  j’ai immédiatement eu envie de la lire. Elle est considérée par certains comme une des meilleures nouvellistes nord-américaines : la nouvelle est un art particulier et difficile. C’est un fait que le public des nouvelles n’est pas aussi vaste que celui des romans, mais un bon recueil de nouvelles est comme un bon récital de musique: un régal, et Miss Welty a un œil et une oreille aigus, aussi avisés, et aussi justes qu’un diapason.

L’Homme pétrifié ( A Curtain Green and Others Stories, 1941) est un panorama du Mississippi des années 30-40. On y côtoie blancs et noirs, riches et pauvres, vagabonds, chômeurs, gens à la dérive, femmes adultères, simples d’esprit, parias. À partir du quotidien le plus ordinaire, Eudora Welty nous fait basculer dans le malaise, l’ambiguité, le drame, le loufoque ou l’extravagant. Souvent c’est le lecteur qui doit imaginer la fin de la nouvelle car plusieurs d’entre elles ont un final ouvert. L’Homme pétrifié est un bien curieux titre pour cette compilation de 18 nouvelles et la moins réussie à mon goût est celle qui porte le titre éponyme de cet Homme pétrifié, où d’ailleurs je n’ai pas compris ce que l’ homme pétrifié avait à faire ici…La mort est présente dans la moitié des nouvelles de ce recueil, mais cette mort est parfois savamment mêlée à un contre-thème érotique: la « double honte et le double plaisir » de Clyde et Ruby Fisher, ou le rêve sensuel ruisselant  du jus des tomates de la vieille Sara, ou le jardin luxuriant où Mrs Larkin déploie une activité quasi instinctuelle.

Ce sont des nouvelles qui portraiturent trop bien ce Deep South américain où les lieux et les personnages sont observés avec une minutie d’entomologiste; les personnages sont très souvent des êtres marginaux ou anormaux, ce qui permet un descriptif encore plus surréaliste, plus cru. C’est un monde complet que celui de Miss Welty et cela coûte de s’arracher à cette ambiance sudiste. L’idéal, ce serait de lire les nouvelles au compte-goutte afin de les savourer intensément, car elles sont très différentes les unes des autres. Ces nouvelles m’ont  fait penser aux nouvelles de Truman Capote qui ne se passent pas dans le Mississippi, mais dans La Nouvelle Orléans: c’est encore le Deep South.

Belle découverte d’une Amérique un peu désuète, mais Oh combien authentique et aujourd’hui révolue.

L’HOMME PÉTRIFIÉ, Garnier Flammarion 1973,  ISBN 978-2-080-705075

La cinta roja de Carmen Posadas

Escritora uruguayo-española (Montevideo 1953), residente en España, con libros traducidos en 23 idiomas. Se abrió camino con la literatura infantil y ahora escribe ensayos, guiones de cine y TV, relatos y novelas.

Le he leído varios libros, entre ellos: Pequeñas infamias que le valió nada menos que el Planeta 1998, libro que se lee bien, pero sin más, muy lejos de ser una obra literaria que merezca premio; El amante nubio de 1997 que hace parte del conjunto « Nada es lo que parece »: es un cuento moderno sobre el fogonazo irracional de la pasión, escrito en un tono sensato y bastante justo;  Un veneno llamado amor de 1999 que son digresiones sobre el amor y la pasión, escritas con chispa y amenidad ( una citación: »amar es gozar mucho, y luego llorar mucho más »); El buen sirviente de 2005, un libro que resultó desprovisto de todo interés; Literatura, adulterio y una visa platino de 2007 que es una compilación de 19 cuentos, todos bastante buenos, a veces con humor feroz y otras veces, relatos escalofriantes; Juego de niños de 1996 con 3 historias involucradas con una puesta en abismo de las tres historias lo que hace que el relato sea bastante enrevesado y que me recordó en algún momento la prosa de Alicia Giménez Bartlett ; Hoy caviar, mañana sardinas de 2008, Premio Sent Soví, que encontré delicioso, muy divertido y con clase:  es un libro escrito a dos manos  con su hermano Gervasio Posadas  que relata la agitada vida errante de la familia Posadas con un papá Embajador en Madrid, Moscú y Londres, libro lleno de anécdotas familiares divertidísimas y  que contiene hasta  recetas de cocina de la familia.

La cinta roja es una novela histórica que retraza la apasionante vida de Teresa Cabarrús, una española nacida en 1773 y que vivió en Francia los momentos más cruentos de la Revolución Francesa, especialmente el período conocido como El Terror en 1794. El título proviene de la cinta roja que anudaba la gente al cuello para representar de esta forma y de antemano el tajo de la « Gran Igualadora » o guillotina, llamada también « la viuda » o « la Louisette ».

Es interesante leer  un texto escrito por una persona no francesa porque aporta un sentido crítico más objetivo, sobre  este período terriblemente  alborotado de la Historia de Francia, período que fue literalmente  un baño de sangre; con las palabras de la época se decía, « el árbol de la libertad se debe regar con sangre ».

Teresa Cabarrús fue ante todo una mujer excepcionalmente bella y casquivana que tuvo una vida amorosa trepidante, pero era lo que se estilaba en aquellos momentos de alta tensión histórica que el vulgo compensaba con una vida desenfrenada; Teresa Cabarrús tuvo su época de gloria durante la Revolución francesa. Se casó por primera vez a los 15 años con un noble del cual tuvo un hijo, pero  se divorció durante la Revolución . Luego se casó con el Presidente de la Convención, el temible Tallien con quien tuvo una hija. Luego convivió con el riquísimo Ouvrard que hizo fortuna vendiendo uniformes a la potente armada napoleónica; con este hombre de su vida tuvo 4 hijos fuera del matrimonio. Y su tercer marido fue el aristocrático príncipe de Caraman-Chimay que le dió otros 4 hijos.

Difícil hacerse una idea de la vida trepidante y escandalosa de esta bellísima mujer que   salvó de justeza su blanco cuello de la guillotina, pero que supo ayudar a muchas personas a escapar de la pena capital. Fue un estandarte de la moda de la época, ridícula y desvestida, a la imágen de la frivolidad y apetito de vivir que reinaban. Fue una mujer con varias facetas, pero la que más sobresale es la de una mujer de una belleza despampanante.

El libro se lee con facilidad y soltura porque conlleva un sinfin de anécdotas de la época, algunas francamente escabrosas; es una manera de aprender la Historia por el extremo equivocado del telescopio.

Leyendo la página 496, quedé espeluznada con el párrafo siguiente que cito in extenso:[…] Dicen los anales que nunca antes el país había caído tan bajo como en aquellos años de finales de los noventa (1790,ndlR). Entre fiestas, prodigalidades y escándalos, el Directorio había llegado a un punto de discrédito como Francia no había conocido jamás. Los aprovechados abundaban en una administración tan desorganizada que día a día se multiplicaba el número de sus funcionarios, mientras las finanzas llegaban al punto más bajo y la industria y la agricultura se hundían sin remedio…(Increíble, pero si Ustedes siguen las actualidades francesas en este momento,  el párrafo refleja la dolorosa actualidad de 2013 ! ).

LA CINTA ROJA,  Espasa 2010,  ISBN 978-84-670-3275-8

En même temps, toute la terre et tout le ciel de Ruth Ozeki

Écrivain canado-américaine (Connecticut 1956) de père américain et de mère japonaise, ayant la double nationalité américaine et canadienne. Après des études anglaises et asiatiques au Smith College, elle part étudier la littérature classique japonaise à l’université de Nara, Japon, où elle apprendra le théâtre Nō, la composition florale (ikebana), la sculpture de masques; puis elle fondera une école de langues et enseignera au département d’anglais à la Kyoto Sagyo University. En 1985 elle reviendra à New York et entamera une carrière cinématographique comme réalisatrice de films documentaires en tant que directeur artistique; elle a été ordonnée nonne Zen Soto en 2010. Celui-ci est son troisième livre qui remporte un grand succès. Le titre en anglais est A tale for the time being, il s’agit d’une I-Novel , c’est à dire de l’auto-fiction où l’auteur se met en scène avec beaucoup d’éléments autobiographiques, et aussi avec beaucoup  d’éléments purement fictionnels. Aujourd’hui elle partage son temps entre New York et la Colombie Britannique (île Cortes); elle est résidente canadienne depuis 1994.

Elle avait commencé à écrire ce roman dès 1996 et l’avait fini début 2011, le réécrivant 4 ou 5 fois, avec un livre qui était prêt pour l’impression en mars 2011 quand le tsunami est survenu. Elle a compris alors qu’elle devait réécrire son histoire en grande partie.

J’ai beaucoup aimé ce livre, trouvant quelque chose de nouveau dans le mélange entre réalité et fiction ; trouvant aussi que ce livre donne beaucoup d’informations: sur l’Histoire,  sur la religion zen, sur la pratique du zazen,  sur les kamikazes,  la poésie,  l’écologie,  la mécanique quantique et sur l’histoire récente puisque le récit va de l’attentat du 11 septembre au tremblement de terre et tsunami Tohoku (on lui a donné un nom comme pour les cyclones !),  un phénomène géologique de telle magnitude qu’il a rapproché le Japon de l’Amérique du Nord de 2,5 mètres . Le grand sujet du livre est le temps, omniprésent dans la narration et métaphoriquement, retrouvé partout, par exemple en faisant allusion à l’oeuvre de Marcel Proust A la recherche du temps perdu, avec un livre évidé qui servira à cacher le Journal secret de Nao et  fera le voyage à travers l’Océan Pacifique, protégé par des sacs de congélation et une boîte Bento.

Il y a deux héroïnes dans le livre : Naoko Yasutani, l’adolescente japonaise, dite Nao, suicidaire, mal dans sa peau et qui écrira un journal secret que le courant généré par le tsunami fera échouer sur les rives d’une île  d’Alaska. Par hasard ce journal tombera dans les mains de Ruth, une écrivaine d’origine japonaise, résidente dans cette île paumée et mariée à Olivier, un écolo très branché Pléistocène. Ruth, (qui est de toute évidence l’alter ego de l’écrivaine Ozeki), va déchiffrer peu à peu ce journal et apprendre sur la vie de Nao et sur la Japon. Elle deviendra alors littéralement obsédée par la vie de cette adolescente.

La vie de l’adolescente à Tokyo est très dure: elle doit lutter pour exister vis-à-vis de ses camarades d’école qui vont d’abord l’humilier puis l’ignorer. Revenant au Japon après avoir vécu quelques années avec ses parents aux États Unis, elle ne s’adaptera pas à sa vie lycéenne tokyoïte parce que son père connaîtra une déchéance professionnelle et développera à la suite une tendance suicidaire. C’est l’amour qu’elle porte à sa grand mère de 104 ans, nonne bouddhiste qui la sauve en partie du naufrage et du suicide. Elle apprendra que son grand-oncle s’est sacrifié lors de la guerre du Japon comme kamikaze, et que ce fait est à l’origine de la détermination de sa grand mère à devenir nonne bouddhiste.( Cette adolescente me fait penser à une autre adolescente suicidaire et très intelligente dans le roman  de Muriel Barnaby, L’élégance du hérisson, aussi délurée et extra lucide que Nao). Il existe un mot en japonais pour désigner les japonais ayant résidé à l’étranger et revenant au Japon; il parait qu’ils sont considérés comme « contaminés » par l’étranger et que souvent ils sont frappés d’ostracisme de la part de leurs compatriotes;  le mot est zen-in shikato, et il désigne toute personne « ostracisée » ou une personne que tout le monde ignore. C’est la xénophobie intrinsèque du japonais envers tout ce qui émane de l’étranger.

Aussi le suicide au Japon est un sujet sérieux et à l’ordre du jour puisque l’on comptabilise un peu plus de 30 000 suicides par an, dont 70% ce sont  des hommes  dans la tranche d’âge 30-44 ans, soit une moyenne d’un suicide tous les quarts d’heure. L’État a essayé de prendre des mesures collectives pour combattre cette propension japonaise, mais beaucoup reste à faire. (A noter que le Japon ne détient pas le record mondial des suicides, c’est la Lituanie qui détient le record, le Japon arrivant en neuvième position).

Ce livre va nous informer sur des choses peu ou mal connues en Europe comme la religion zen ou l’histoire du Japon. Déjà le titre provient entièrement d’un poème de Dôgen Zenji, intitulé Trésor de l’oeil du vrai dharma, dont « L’être-temps » est le onzième chapitre; cet ouvrage date du 13ème siècle et Zenji est l’auteur préféré de Jiko, la grand mère de Nao (En même temps, un pilier ou une torche,/En même temps, Untel et Unetelle,/ En même temps, toute la terre et tout le ciel).

Ce livre fait aussi allusion aux japonaises immigrées aux USA et arrivées aussi sur cette île canadienne et qui furent internées lors de l’attaque de Pearl Harbor, exactement comme le narre le livre de Julie Otsaka,  Elles n’avaient jamais vu la mer, car Ruth, dont la famille avait été internée, hésitait à déposer une demande de restitution des terres au nom des siens.

L’histoire des kamikazes au Japon est aussi éclairée par une lumière nouvelle et aveuglante: ces hommes sont morts pour l’honneur de la Patrie mais aussi pour une certaine idée esthétique de la mort. Ils ont été soumis à des brimades d’une cruauté sans nom avant leur mort, de telle façon que le jour J la mort était presque une délivrance. Au Japon le suicide découlait au départ d’une esthétique, et non d’une morale ou d’un acte déclenché par une certaine acception de l’honneur ou de la honte (page 449). Sans oublier qu’un japonais ne doit jamais perdre la face: page 466, nous en avons la preuve quand l’oncle kamikaze s’est substitué à un ami que l’on rouait de coups, afin d’alléger sa souffrance:…c’est cela même qui, je pense a provoqué le sourire de K dont je me souviens encore, ce sourire qui s’est dessiné sur ses lèvres alors qu’on le battait, avant que je ne m’avance pour recevoir les coups à sa place, K pouvait supporter sa propre souffrance, mais me voir souffrir pour lui, il ne le pouvait pas. Cela me tourmente encore de penser que je suis le seul responsable de sa mort…

Livre très émouvant à lire et qui nous éclaire beaucoup sur cette société japonaise encore assez renfermée, entre tradition et modernisme. Voici une jolie vidéo sur Ruth Ozeki et son livre ( 3 minutes):

EN MEME TEMPS, TOUTE LA TERRE ET TOUT LE CIEL, Belfond 2013,  ISBN 978-2-7144-5405-8

La tristeza del samurái de Víctor del Árbol

Victor del Arbol a reçu le Prix du Polar européen 2012 pour "La tristesse du Samouraï", (éditions Actes, Sud).

Víctor del Arbol (Barcelona 1968) siguió estudios de Historia; ingresó en 1992 a los Mossos de Esquadra de Cataluña (policía autónoma catalana): estamos ante un policía hecho y derecho.

La tristeza del samurái es su tercer libro y es el libro que lo lanzó al estrellato: ganó con éste,  el Premio al mejor policial europeo 2012,  otorgado por la revista francesa Le Point, además que finalista el mismo año,  del premio policial SNCF ( sigla de la red de trenes francesa). Y acaba de publicar un cuarto libro en 2013 : Respirar por la herida.

Este libro es un policial interesante, bien escrito y bien documentado, ambicioso, estresante, y muy político . Trata de las maquinaciones franquistas para fabricar falsos culpables con falsos testimonios; el libro demuestra también cómo  personajes importantes de la dictadura franquista se « reciclaron » dentro de las instituciones democráticas españolas. Así, tenemos un libro de intriga compleja que enlaza la política, la policía, los servicios secretos y el mundo del hampa. Página 332 se puede leer sobre la complejidad del fenómeno:...No puedes entender cómo era aquella época, las cosas que pasaban, cómo éramos todos entonces. No existía el amor, ni la lealtad, ni los sentimientos. Estábamos en guerra, una guerra que no podíamos perder.

Tuve cierta dificultad de lectura con los capítulos a salto de mata entre el año 41 y el año 81, con una retahíla de personajes y filiaciones que era difícil seguir. Dado un momento escribí en un papel las generaciones con los lazos y los personajes, estaba confundida.

Es la historia de una venganza urdida por corruptos personajes franquistas hacia personajes que podrían revelar datos comprometedores. Hay mucho morbo y violencia, lo que hace que el relato se vuelva repelente por momentos. Hay un fondo histórico verídico entre le guerra civil de 1936 hasta el golpe de estado fallido de 1981. Hay un cordón entre dos personajes femeninos: el de Isabel Mola en 1941 y el de María Bengoechea de 1981, entre ambos destinos hay  una red de complots, pasiones, y asesinatos en 3 generaciones.

El título proviene del hecho que  Andrés Mola, hijo menor de Isabel Mola recibió de regalo siendo muy niño,  una preciosa catana japonesa, elaborada por Gabriel Bengoechea que era armero y amante de Isabel. Isabel leía a su niño historias de samuráis japoneses que le fascinaban, una telaraña fascinante de rituales casi litúrgicos, libros orientales y reglas estrictas de vida. En el antiguo Japón se consideraba un acto de piedad que un amigo pusiera fin a la agonía cortando la cabeza de un suicida. Ese último gesto de consideración era exclusivo para aquellos cuya vida merecía evitar sufrimiento. La práctica japonesa de abrirse el vientre se reservaba a los altos nobles, a aquellos que consideraban que su vida solo podía terminar por la propia mano, de un modo cruel y doloroso, pero voluntario. Era su manera de demostrar honor y valentía. Era la tristeza suprema del samurái. El hombre que dignifica su vida con una buena muerte.

Leyendo una novela histórica como ésta, una se da cuenta de lo horrenda que fue esta guerra de los españoles entre ellos,  porque fue una guerra fratricida, que los separó en dos bandos irreductibles. Se puede comprender , por la magnitud de la deflagración interna, que casi un siglo después, los españoles no estén reconciliados con este tema. En la novela se destaca la corrupción y la infiltración del bando franquista, pero no se aduce ni una vez a las tropelías  hechas por el bando de los republicanos . Habría que poner en una balanza  las exacciones de cada bando y ver para que lado vuelca la balanza…no hay otra manera.

Una entrevista interesante de Victor del Árbol de 5 minutos 41 de duración:

http://www.youtube.com/watch?v=GQDgUdzCZd8

LA TRISTEZA DEL SAMURÁI, Debolsillo 2012 (Ed. Alrevés S.L.  2011)  ISBN 978-84-9989-511-6

Astérix chez les Pictes de Jean-Yves Ferri et Didier Conrad

Par Toutatis ! Je me suis payée une belle régression avec ce 35ème album d’Astérix :j’ai bien ri, quel plaisir !

Cet album, paru fin octobre, est le plus gros tirage de l’année  avec 5 millions d’exemplaires dont 2 millions en France. Il a été traduit dans 23 langues déjà. C’est le premier Astérix sans Uderzo, 48 pages concoctées par le binôme Ferri-Conrad.

J’ai bien aimé, et si ma première impression fut d’avoir un dessin un peu moins léché… eh ben, non, car pour comparer,  j’ai pris au hasard sur mon étagère un titre, ce fut Astérix chez les Normands et je trouve que le dessin est aussi bon. Le dessinateur pousse le raffinement et le clin d’oeil jusqu’à faire déborder le vaste popotin d’Obélix du cadre de la fenêtre (page 6). Il y a dans ce nouveau tome beaucoup de calembours et de jeux de mots, plus que des situations comiques et de castagne envers ces romains infatués et imbus de leur personne. Il y a beaucoup d’allusions à notre vie actuelle.

Nos deux gaulois se rendent cette fois chez les pictes, peuplade de Calédonie, aujourd’hui connue comme Écosse et vivent des aventures rocambolesques à souhait.

Les allusions à la culture d’outre-manche sont nombreuses et très drôles; quant à la conduite des villageois gaulois, elle est fidèle à ce que nous avons l’habitude de voir.

Une belle réussite. ALLONS NOUS PLAINDRE AU CHEF ! (manie gauloise).

ASTÉRIX CHEZ LES PICTES, Éditions Albert René 2013,  ISBN 978-2-86497-2-

Love Song de Philippe Djian

Philippe Djian, l'auteur de "Love song", dans les studios de RTLRomancier et nouvelliste français (Paris 1949), compositeur de chansons pour son ami Stephan Eicher. Il a publié plus de 20 romans, c’est un auteur très suivi.

Ce livre , Love Song serait son 26èmè roman ! Et c’est la première fois qu’il plante son décor dans l’univers du rock.

Il y a très longtemps j’ai lu 37°2 le matin que j’avais bien aimé à l’époque, mais je ne suis plus en mesure de donner des précisions, trop de temps est passé.

Voyant son dernier livre sur le présentoir de la bibliothèque que je fréquente, l’envie m’est venue de relire un livre de Djian, devenu entre temps un auteur à succès. Le style du livre m’a surpris au début, presque déroutée, mais petit à petit la trame et le style m’ont attrapée comme une véritable toile d’araignée.

C’est l’histoire sentimentale mouvementée d’un rockeur très connu, un équivalent européen de Léonard Cohen, viscéralement amoureux de sa femme depuis 20 ans; celle-ci l’a quitté pendant 8 mois avec un musicien de son équipe, mais elle revient au bercail et il la reprend car pendant son absence il a vécu l’enfer. Je ne veux pas être un spoiler, car l’intérêt de cette histoire est qu’elle vous tient aux tripes et que vous irez de rebondissements en rebondissements, d’émotions en émotions encore plus fortes.

Ce qui change dans le style narratif de Philippe Djian, c’est le fait qu’il a travaillé sa prose, l’adaptant ainsi à un style narratif très intimiste, presque gênant puisque le lecteur se situe à l’intérieur du cerveau du personnage principal qui s’appelle Daniel,  et que ainsi,  nous allons vivre le véritable enfer cérébral, physique et sentimental de cet homme. Page 142 Daniel dîne avec Joël et Caro (Joël est son médecin) et il pense...J’aime autant que les choses se passent ainsi, qu’elles se couvrent d’un vernis qui les protège. Nous sommes amenés à nous croiser, à sortir ensemble, à donner de nos nouvelles, à nous fréquenter, à entendre quelques confessions, et s’il suffit de détourner le regard de temps en temps, s’il suffit de ne pas voir ce qu’on a sous les yeux, je suis pour. Je n’ai rien contre une petite dose d’hypocrisie si l’entente est à ce prix. Je les écoute parler et rire et ils sont parfaits. Ils jouent parfaitement leur vie. Ils sont bons.

Nous sommes dans un milieu un peu hallucinant: c’est le milieu de l’argent abondant et omniprésent, même si cet argent est durement gagné. À partir de là, nous sommes dans un milieu où les gens font tout à profusion et facilement: se droguer, boire, faire l’amour, commander des choses insensées et totalement hors la loi, avec une facilité telle que le brave lecteur se demande s’il est sur la même planète. Ce qui est fort dans le livre, est l’intensité avec laquelle Djian nous fait pénétrer dans le monde secret de Daniel.

L’amour fou qu’il porte à sa femme est absurde, mais tellement bien dépeint que c’est d’une beauté à couper le souffle. Ce livre met à jour l’irrationalité engagée dans les rapports familiaux, amoureux, professionnels ou sociaux. Page 157 Daniel parle de cette femme qui le hante, sa femme, Rachel…Elle sait quel détestable individu je suis quand je m’enferme, quel ours mal léché je fais quand je suis plongé dans mes chansons et que l’on frappe à ma porte. J’ai de la chance d’être tombé sur une femme qui ne veut pas tout.

C’est une histoire très forte dans un milieu très particulier où les gens se droguent et boivent plus que de raison, où les gens n’ont pas une vie très réglée ni disciplinée. Mais c’est surtout un milieu où les egos sont surdimensionnés, les gens des écorchés vifs, un milieu qui vit un peu en vase clos sous la dépendance de ragots de toute sorte et où les medias sont d’une puante omniprésence. Comment survivre dans de tels milieux ? Aussi, il décrit à la perfection toute cette faune qui entoure les artistes, terrorisés par des patrons plus financiers que directeurs artistiques. La toile de fond est cet univers d’hypocrisie et de chantage; celui des coulisses de l’industrie culturelle. Par ce biais, c’est un roman audacieux et provocateur, crédible jusqu’à devenir douloureux, même pour le béotien. Notre quotidien à tous n’est pas absent dans le livre, page 140 nous lisons (…) Parlons d’autre chose. L’Europe. Tu as vu ça. Quel immense gâchis, quelle tristesse, quelle honte. Ah cet acharnement des hommes à se donner les mauvais maitres. Tout ça me dégoûte.

LOVE SONG, Gallimard 2013,  ISBN 978-2-07-012215-8