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Chanson douce de Leïla Slimani

Image associée Leïla Slimani est une journaliste et écrivaine franco-marocaine (Rabat 1981).

Chanson douce (2016) est son deuxième livre et il lui valut le Goncourt 2016 ; il a été porté au grand écran en novembre 2019 par Lucie Borleteau avec dans le rôle de la nounou l’excellente actrice Karin Viard.

Cette histoire terrifiante serait inspirée d’un fait réel ayant défrayé la chronique à New York il y a quelques années.

Chanson douce est un très bon bouquin pour ceux qui aiment être happés par la lecture; la façon de raconter cette histoire capte l’intérêt dès les premiers paragraphes. J’ai mis bien longtemps avant de me décider à le lire car je déteste les livres qui s’attaquent aux enfants, c’est un sujet qui me met réellement mal à l’aise. Mais pour ce roman je recevais régulièrement des incitations à le lire. Merci à ceux qui ont insisté.

Il y a deux thèmes très forts dans cette histoire : l’histoire de cette nounou au sein de cette famille et la personnalité étrange de cette nounou.

Oui, le grand sujet et qui reste obscur, est l’étrangeté de la personnalité de cette Louise, la « nounou idéale » pour ces jeunes parents qui ne peuvent pas, ou ne veulent pas assumer la charge d’élever deux enfants en bas âge. Le jeune père travaille dans le milieu de la musique et il est beaucoup trop pris (et c’est lui qui rempli la casserole). Elle, après un diplôme en Droit, fait deux enfants coup sur coup et essaye de les élever, mais très vite se sent piégée et tourne en rond à son domicile, elle se sent dévalorisée. Très vite elle aura la possibilité de travailler avec un ancien camarade de Fac et deviendra épanouie dans son métier.

Il leur faut une garde d’enfants à domicile. Et le parcours du combattant pour ce couple est clairement exposé. Ils voudraient une française pour la langue et pour les moeurs. Et ils vont trouver Louise qui leur fait très bonne impression. Elle a des antécédents honorables. Ils l’engagent.

Louise arrive dans cette famille et peu à peu s’immisce de tout. Elle s’occupe en premier des enfants, mais trop bien et on sent très vite que quelque chose sonne faux…Et ce n’est pas tout, Louise s’occupe à fond de leur ménage, de leur appartement qu’elle réaménage en mieux. Elle leur cuisine de bons plats. Bref c’est la perle rare. Mais la perle rare, existe-t-elle?

Sur Louise on saura un minimum de choses, et le peu que l’on apprendra est franchement inquiétant. Peu de choses sont dites sur la fille de Louise, Stéphanie, et sur le mari défunt, Jacques. J’ai un doute sérieux sur leur sort…Je sent que Louise est pour quelque chose dans leur disparition…

La fin de l’histoire est annoncée dès le début du livre et la fin est laissée à la libre imagination de chacun. Quant à moi, je crois que la personnalité psychotique de Louise va au-delà de cette affaire comme nounou: elle est trop renfermée et prépare ses coups avec une rage froide et implacable.

Une lecture envoûtante.

CHANSON DOUCE, Gallimard 2016,  ISBN 978-2-07-019667-8

Plateau de Franck Bouysse

 

Résultat de recherche d'images pour "plateau franck bouysse"Franck Bouysse est un écrivain français de romans noirs (Brive-la Gaillarde 1965); il se dédie à l’écriture de façon exclusive depuis 2004.

Grossir le ciel (2014) est  son neuvième roman, livre qui m’a permis de découvrir cet auteur dont j’ai beaucoup apprécié la lecture.  J’en ai écrit un billet en juillet 2018 et c’est le livre qui m’a fait approcher le style poétique et si personnel de Bouysse, avec dans Grossir le ciel un terroir cévenol terriblement prenant, avec des personnages forts et un contenu plutôt âpre.

Plateau (2015) a reçu le Prix Chapel 2016 en Belgique et le Prix de la ville de Brive 2016, c’est un autre thriller psychologique très fort, un peu dans la veine de Grossir le ciel mais dans un autre décor rural : cette fois il s’agit du Plateau de Millevaches en Haute Corrèze dans le hameau de Toy avec 32 âmes à tout casser.

Dans Plateau nous avons  plus de personnages, encore une fois des taiseux, des ruraux endurcis à la tâche et attachés à leur sol, les derniers survivants d’une espèce bientôt disparue. Des gens entiers, détenteurs de secrets, des gens rudes et néanmoins très attachants. Des gens vrais décrits avec le souci du détail dans leur vie quotidienne.

Les personnages sont Virgile et Judith, des paysans âgés sans enfant qui vont affronter leur fin de vie avec courage et sans se dérober. Ils ont élevé Georges, le neveu de Virgile qui a perdu ses parents dans un accident de la route lorsqu’il avait 4 ans, Georges qui voulait sortir de l’état de paysan mais qui devra s’installer sur la ferme de ses parents sans occuper la maison, sur une caravane calée sur des parpaings. Corine, une nièce de Judith, malmenée par un mari qui la bat demandera asile à sa tante pendant quelque temps. Karl, un ancien boxeur assez mystique dont on ne sait rien et qui sera leur voisin le plus proche et le seul « ami » de Virgile. Et enfin, un mystérieux chasseur cagoulé qui rôde dans le hameau. C’est évident, l’arrivée de Corine va semer le trouble dans cet enclos, elle est à l’origine de changements irréversibles.

Tout ceci baigne dans un huis clos étouffant peuplé de non-dits et de secrets qui seront dévoilés au fil de la lecture.

La prose de Bouysse est toujours aussi riche, métaphorique, ornée de mots rares en accord avec l’habitat, c’est une orgie lexicale peut-être un peu trop surabondante et qui noie par moments le récit. Mais quel feu d’artifice ! Quelle psychologie aussi pour définir ses personnages et les lieux.

Un échantillon de la prose de l’auteur (il décrit le Plateau)…la roche affleure bien souvent, distançant ajoncs, callunes et toutes sortes d’herbes faméliques. Les arbres, quand il y en a, on ne sait dans quelle matière ni jusqu’où ils vont puiser le sens de leur vie, dans quelle terre ruissellent leurs racines, sur quel magma la graine a bien pu germer et enfanter, avec l’unique projet de subir le vent, le froid, la neige et parfois la brûlure. Là où la mort modèle la vie jusqu’à la déraison. Là où des rochers se dressent vers le ciel, desquels dévalent des ombres impénitentes et se retirent en terre sainte. Là où le vent se laisse aller à parfaire les sons pour rien d’humain. Là où des peureuses sirènes viennent et repartent, leurs voix atones disparaissant dans la canopée torturée par la brise. Où de pauvres graals emplis de sève et de sang sont attirés par un même coeur enfoui dans le tréfonds de la terre. Où l’alternance des saisons bride les espoirs de ce monde. Où la seule obsession de la fleur visitée par l’abeille est de faire face à l’hiver glacé. Là. Où la pluie ruisselle sur des tuiles d’écorce pour s’en aller rejoindre de profondes citernes…

Franck Bouysse est un auteur de textes envoûtants, ensorcelants quelque peu hypnotiques et qu’il faudrait déguster avec parcimonie et sûrement relire. Comme il faut doser son plaisir, j’attendrai un peu avant d’entamer Glaise qui attend sagement sur mes étageres (et qui se passe en Auvergne, terre chère à mon coeur).

PLATEAU, Le Livre de Poche 34455, 2017 (FB 2016),  ISBN 978-2-253-16417-3

En son absence d’Armel Job

Résultat de recherche d'images pour "en son absence armel job"Armel Job est un écrivain belge (Heyd 1948) de langue française avec une vaste bibliographie et beaucoup de suiveurs. C’est le premier livre que je lui lis, conseillé par mon amie Catherine S. et j’ai beaucoup apprécié : l’écriture est claire et la psychologie des personnages est assez fouillée: ce sont des gens simples qui vivent dans un réel plutôt terre à terre.

En son absence (2017) est un thriller psychologique avec des rapports tendus au sein d’une famille dans un village des Ardennes belges, à la frontière avec le Luxembourg et la vallée de la Sûre. Le village se nomme Montange et tout le monde se connait, et à l’occasion de la disparition d’une adolescente, Bénédicte, des tensions enfouies et latentes sortent avec violence et en plein jour. L’écrivain Job va démonter pour nous tous les mécanismes ravageurs de la rumeur.

Le regard d’Armel Job n’est pas tendre, il est très sombre. Il écrit…on ne se voit pas soi même. On se figure qu’on envoie des regards bienveillants, mais la nature a placé dans nos orbites des pupilles pleines de ténèbres, tapies sous des sourcils recourbés comme des ailes de busard qui transforment nos sentiments en menaces...

La disparition de Bénédicte va mettre en branle toutes les certitudes des aimables villageois. Les gens sont encore sous le choc de l’affaire Dutroux. C’est un roman d’un grand réalisme où l’humour pointe sous les faits assez tendus par moments et cela détend la lecture.

Cet ouvrage , j’ai trouvé, a des relents de l’affaire Grégory, tristement célèbre et encore ressortie récemment  en Justice et dans les médias plus de 30 ans après les faits…

EN SON ABSENCE, Pocket 17132, 2018 (AJ 2017),  ISBN 978-2-266-28129-4

Le couple d’à côté de Shari Lapena

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Shari Lapena est un écrivain canadien avec une formation d’avocate, ayant exercé aussi comme professeur d’anglais.

Le couple d’à côté est son troisième livre et son premier thriller; ce fut un tabac, en France il figure parmi les 17 meilleurs livres de l’année 2017 ! Beau palmarès; son quatrième roman est déjà paru au Canada en juillet 2017: A Stranger in the House.

Aurait-on une obsession avec les maisons, un peu à la manière d’une Paula Hawkins et sa fille du train ou de Gillian Flynn et sa Gone Girl. Tiens on aurait pu appeler ce livre Gone Baby !

C’est un thriller psychologique qui m’a captivé très fortement dès le départ. Et pourtant…je n’aime pas du tout les histoires impliquant des enfants, elles me rendent excessivement anxieuse. Or ici, dès le premier chapitre le scénario est posé avec le rapt d’un bébé de 6 mois sous la barbe des parents. Ce qui est intéressant c’est que l’écrivain à l’aide de chapitres assez courts et bien enchaînés, nous livre au compte gouttes des éléments nouveaux et inattendus qui nous ébranlent fortement. On peut dire que c’est mené de main de maître, oui.

Mais, j’ai trouvé qu’à partir de la moitié du livre (à peu près) lorsque l’on connaît le coupable, les choses vont se gâter, se compliquer et que la fin est catastrophique et hors contexte, elle gâche, à mon avis, toute la maîtrise développée si savamment jusque là.

Quelques remarques personnelles: je trouve que le detective Rasbach est  insuffisamment caractérisé, les méfaits graves commis par les voisins Stillwell sont passés sous silence, et la fin d’un complice n’est même pas expliquée. La cerise sur le gâteau est la fin que je ne détaillerai pas ici parce que cela vaut la peine de le découvrir par soi même et de se faire  son opinion.

Une lecture très prometteuse mais une fin qui m’a surprise.

LE COUPLE D’À CÔTÉ, Presses de la Cité 2017,  ISBN 978-2-258-13765-3

Trois jours et une vie de Pierre Lemaitre

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Pierre Lemaître est un scénariste et romancier français (Paris 1951) ayant une formation de psychologue et qui connait un grand succès depuis le Prix Goncourt  2013 avec son roman noir picaresque Au revoir là haut. Ses livres sont en cours de traduction dans plus de trente langues ! Ses polars ont reçu au moins huit prix . Il vit de sa plume depuis 2006.

Je dois dire que depuis que je l’ai découvert, je n’ai eu de cesse que de lire tous ses livres. La lecture du Goncourt attend sagement sur une étagère car la version audio m’a tellement plu que j’ai acheté le livre. La trilogie, devenue quadrilogie, sur le Commandant Verhœven et publiée entre 2006 et 2013 a été lue avec délectation;  des billets ont été publiés sur tous les livres dans ce blog. Pareil pour Cadres noirs (2010), un roman très noir ancré dans la plus abjecte réalité contemporaine, et Robe de marié (2008). Tous les livres m’ont plu par le style de l’auteur, plein d’ironie et de dérision; aussi par quelques tours de plume assez originaux que lui seul sait trouver. Mais par dessus tout, j’apprécie cette touche psychologique très maitrisée dans ses romans, c’est du pro.

Le film basé sur Trois jours et une vie vient de sortir (septembre 2019), un film de Nicolas Boukhrief et co-scénarisé par Pierre Lemaitre. On peut dire que je me suis précipitée pour le voir : quel bon film, quel bon thriller psychologique, quels excellents acteurs (Pablo Pauly dans le rôle d’Antoine Courtin adulte est troublant de vérité introspective et accablante !). On sent si bien la vie factice bâtie par Antoine autour de son secret, mais il n’y a pas que son secret, le joli petit village des Ardennes regorge de secrets enfouis ou non. Il y a beaucoup de distanciation entre le drame des personnages et le positionnement du  spectateur et c’est cela qui est brillant dans le film. On aperçoit Pierre Lemaitre jouant le rôle du procureur qui vient annoncer les conclusions de l’enquête au village. Je peux dire  que le film a quelque peu racheté le livre car les deux heures de durée du film sont passées presque en apnée.

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Trois jours et une vie (2016), est un roman noir que j’ai abordé avec expectation. Mais cette fois la magie n’a pas opéré : je me suis un peu ennuyée dans le descriptif du roman surtout dans la première moitié, un descriptif parfois répétitif. Je n’ai pas retrouvé la plume légère et efficace, virevoltante,  avec des trouvailles originales et des commentaires savoureux. Il est vrai que la gravité du sujet ne se prêtait pas, mais tout de même, j’avais par moments l’impression de lire un autre auteur. L’écriture est encore une fois assez cinématographique ce qui donne au texte une impression visuelle, quasi palpable.

Le roman est articulé autour d’un drame survenu à l’adolescence du personnage principal, le jeune Antoine Courtin, vers ses douze ans. Le milieu est un huis clos, Beauval une bourgade de l’est de la France où tous se connaissent, s’épient, ont des histoires et des comptes non soldés entre les uns et les autres. Beaucoup de secrets de famille aussi, jalousement gardés, enterrés dans les consciences. Comment peut-on vivre et se construire après un drame aussi horrible? Comment vivre sa culpabilité?  Comment vivre dans un perpétuel mensonge? Au départ Antoine est un garçonnet un peu seul, il deviendra un adulte sociopathe, poursuivi par son histoire, lâche, mais son histoire va le rattraper de la façon la plus inattendue qui soit.

Il y a une balance réussie entre la lenteur de la vie à Beauval et l’arrivée des deux tempêtes dévastatrices qui ont secoué la France pendant l’hiver 1999 : les mal nommées Lothar et Martin qui dévasteront Beauval . Le descriptif de ce déchainement naturel est très réussi.

Les  points forts du livre à mon avis sont deux :  1)  le suspens est inversé, belle trouvaille dans la forme puisque nous connaitrons l’assassin dès le départ, mais nous ignorons comment cela va tourner et 2) le contexte psychologique savamment mené par un pro du suspense: une lente et glauque montée de l’angoisse  devant le final ignoré par le lecteur. Et le final de l’histoire aura au moins le mérite de nous surprendre et même de nous étonner. La sagesse populaire dit « tout se paye dans la vie », tôt ou tard. Nous en avons ici un exemple magnifique et aussi la démonstration de la méchanceté ou de la générosité dont les gens sont capables.

TROIS JOURS ET UNE VIE, Albin Michel 2016,  ISBN 978-2-226-32573-0

La fille du train de Paula Hawkins

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Paula Hawkins est un écrivain britannique née au Zimbabwe en 1972. Elle a fait ses études à l’Université d’Oxford puis elle a exercé comme journaliste financière pendant 15 ans. Après le crash financier de 2008, Paula Hawkins a commencé à écrire de la chick-lit sous le pseudonyme d’Amy Silver.

La chick-lit ou gossip-lit est devenue à la mode vers 1996 avec une pionnière :  Marian Keyes et sa saga  des sœurs Walsh. On pourrait traduire le terme de chick lit par « littérature pour nanas » écrite par et pour des femmes où l’on aborde avec humour des thèmes  comme l’addiction, les amours, la dépression, les violences domestiques,  ou le deuil avec toujours un happy end à la clé. Le ton est généralement désinvolte, désabusé, assez réaliste, bourré d’humour noir et d’auto-dérision avec des héroïnes femmes et un point de vue positif.

La fille du train (The girl on the train, 2015) a été écrit en six mois et il s’est déjà vendu à des millions d’exemplaires; le livre a été distribué dans plus de 42 pays. Un film a commencé a être tourné en novembre 2015 après l’acquisition des droits par DreamWorks de Steven Spielberg, ce film sera dirigé par Tate Taylor; les actrices principales seront  Emily Blunt dans le rôle de Rachel Watson, Rebecca Ferguson dans celui d’Anna et Haley Bennett dans celui de Megan. La fille du train a été comparé avec un autre livre, Les apparences de Gillian Flynn qui a donné le film Gone girl en 2014 dirigé par David Fincher; mais dans ce dernier livre, c’est l’atomisation d’un mariage qui est narré.

La fille du train pour moi est un  mélange réussi de chick lit et de thriller psychologique . Il est vrai qu’à partir d’un certain moment, le livre se lit avec addiction, mais il m’a fallu plus de cinquante pages pour m’accrocher au récit. Jusque là, je le trouvais bavard, correspondant  à l’idée que je me faisais  de la chick-lit; puis, peu à peu, l’intrigue est devenue forte et compliquée et le roman est devenu un vrai thriller psychologique.

La description des personnages féminins dénote un grand réalisme: la psychologie est assez fouillée ce qui donne in fine un tableau humain assez crédible.

Il y a dans ce livre trois héroïnes , trois femmes avec des vies différentes mais qui évoluent dans un environnement géographique proche. Rachel est le personnage autour duquel va se construire l’histoire, c’est une anti-héroïne, une loser, elle a tout de travers, elle a perdu le contrôle de sa vie; elle a été plaquée par son mari, elle a perdu son boulot à cause de l’alcoolisme, elle est devenue moche, elle n’a pas d’argent, elle vit chez une copine, elle a raté la maternité.  Mais envers et contre tous, Rachel va s’accrocher à son envie d’élucider le cas de la disparition de Megan .

Anna est la deuxième femme de Tom, l’ex mari de Rachel. Elle est belle, séduisante et elle a réussi à lui donner un enfant, elle semble très heureuse en ménage. De temps en temps elle prend Megan comme baby sitter.

Megan est une femme très séduisante mariée à Scott, un peu nymphomane, au chômage depuis peu, au passé mystérieux. Elle deviendra, par besoin, la baby sitter d’Anna et Tom car elle habite le quartier.

Ce qui est original dans ce roman est l’enchevêtrement des histoires, avec un lecteur qui s’empêtre au fil de la lecture dans la compréhension des personnages et qui commence à douter de chacun car ils ont tous un côté opaque.

J’ai trouvé une boulette page 217, Rachel parle au téléphone avec Scott lequel lui donne rendez-vous pour le lendemain, mais au paragraphe suivant l’écrivain situe l’action le soir même.

Cette histoire est basée sur l’observation de Rachel , laquelle prend toujours le train de 8h04 pour aller d’Ashbury à la gare d’Euston; à force de passer toujours devant les mêmes maisons, Rachel commence à repérer les habitants et notamment la maison habitée par Megan et son mari Scott qu’elle surnomme Jason et Jess et à qui elle donne une vie de couple extraordinaire. Cette pauvre Rachel fait un transfert de tous ses échecs sur ce couple anonyme qu’elle ne connait pas. Rachel est peut être une ratée, mais l’écrivain lui  attribue une vue de lynx car page 267, Rachel est à bord de son train et en passant  elle note que Jess non seulement porte une robe à fleurs rouges et des petites boucles d’oreilles en argent…Fichtre !, non seulement elle voit les boucles d’oreilles, mais elle sait qu’elles sont en argent ! Chapeau bas Rachel.

Un bouquin qui se lit bien, qui peut émouvoir par moments mais qui me sidère par son impact médiatique.

LA FILLE DU TRAIN, Sonatine 2015,  ISBN 978-2-35584-313-6

À moi pour toujours de Laura Kasischke

Écrivain et poétesse américaine (Michigan 1961) dont le nom se prononce Kaziski et  connue surtout comme poétesse avec plusieurs prix de poésie; professeur de langue anglaise, elle enseigne l’art du roman à l’Université de Michigan.

Deux de ses romans ont été adaptés au cinéma: son premier roman, Suspicious River en 2000  et La vie devant ses yeux en 2008. A moi pour toujours (Be mine, 2007) fut un best seller.

Celui-ci est le premier livre que je lis d’elle,  aiguillonnée par la curiosité après avoir rencontré à plusieurs reprises le nom de la romancière avec des critiques assez élogieuses voire  étonnantes. Peu de critiques négatives, mais une impression générale de malaise. Ayant fini ce premier livre, je comprends la raison dudit malaise  car le  livre est inquiétant. Une curiosité,  les  livres de Mrs Kasischke se vendent mieux en France qu’en Amérique.

L’écrivain avoue voyager rarement, alors elle parle de ce qu’elle connaît: le Midwest, région avec des changements de saison du jour au lendemain, brutaux , ce qui doit avoir une répercussion sur les êtres. Tous les romans de Kasischke se passent dans le Michigan où les gens ont la réputation d’être joviaux (friendly & slappy), mais attention,  derrière il y a une façade plus inquiétante. Le Midwest est une région pauvre, déliquescente où l’industrie se meurt, où la drogue et l’alcool sont des fléaux.

Je comprends mieux le malaise déclenché par la lecture de ce livre car la romancière déclare: « chez moi la tension fait toujours partie de l’atmosphère. La violence aussi. Celle qui entoure le drame qui est en train de se nouer. Le sentiment du danger peut se loger partout. Y compris dans les détails les plus inattendus. Tous mes livres tournent autour de l’inconscient, sa façon de nous travailler au quotidien, dans la fausse quiétude de l’univers domestique ».

Il y a quelque chose de sensoriel, de sensuel presque-dans l’étrangeté kasischkienne. Un malaise diffus, impossible à cerner, mais qui vous entame, vous écorche physiquement, parfois même vous transperce. Dans ses peintures si originales de la middle class américaine, il y a un curieux mélange de surréalisme et de thriller, de drame psychologique et de surnaturel domestique, de gothique et parfois de gore ( cf l’ article du  Monde des  livres).

À moi pour toujours est un livre qui dérange. Les deux tiers du livre nous décrivent par le menu la vie de la protagoniste, Sherry Seymour, professeur d’anglais à la faculté, la quarantaine bien entretenue, mariée depuis 20 ans à Jon et ayant un fils unique à l’université de Berkeley, Chad. C’est une mère de famille fiérote de sa réussite, ayant l’impression d’avoir tout mené à la perfection, assez narcissique avec son corps qu’elle a forgé à coup de fitness journalier (tous les soirs!), passant une partie de son temps à s’admirer dans les glaces et assez contente de son reflet. Bien dans sa vie de couple, de mère, de collègue, de maitresse de maison qui va basculer de la façon la plus niaise qui soit dans l’irréfléchi, dans l’absurde, dans l’ignominie. Le point de départ ? Un billet d’amour qu’elle trouvera dans son casier à la Fac et qui va la troubler de façon incroyable jusqu’à perdre carrément les pédales.

J’ai trouvé que les personnages de Kasischke, tout au moins dans ce premier roman abordé, manquent d’épaisseur, ce qui les rend peu crédibles; ils donnent l’impression d’agir comme des pantins inarticulés et sans explication logique, personnages mus par des pulsions que l’on a du mal à suivre et à justifier. En revanche, quel talent de Kasischke pour décrire les situations dans lesquelles vont se retrouver ces personnages assez falots. Les situations que l’écrivain a imaginées, sont d’un culot qui coupe le souffle, qui laisse pantois, qui fait mouche et qui surprend. Beaucoup de scènes de sexe débridé qui m’amènent à penser que  Cinquante nuances de Grey est une bluette à côté de ce roman… La fin du livre est atroce, vénéneuse, malsaine, inattendue. Il n’y aura pas de retour possible à la normalité.

Voici une réflexion que se fait Sherry à propos de son rôle de mère (failli, d’ailleurs):…toutes ces années passées à le nourrir et à le bercer, et toutes ces fêtes d’anniversaire-les gâteaux et les bougies ajoutées l’une après l’autre jusqu’au moment où la surface toute entière du gâteau dansait sous les flammes-, tous ces trajets pour l’accompagner aux rencontres d’athlétisme, aux répétitions de l’orchestre, au football, durant toutes ces années, c’était en fait vers l’âge adulte que je le conduisais. Vers l’oubli aussi. Vers ma propre obsolescence.

Il y a dans ce roman, beaucoup d’allusions à la nature, à l’ambiance rurale de la maison de Sherry, ambiance qu’ils ont recherché pour vivre plus près de la campagne: sa plus proche voisine (env. 1 Km) lui apprend comment traiter les roses trémières après floraison:...je coupe en pinçant les têtes de mes roses trémières, sinon elles ne fleurissent pas l’année suivante. » Les têtes, lorsque je les pinçai, tombèrent comme des poignées de féminité, humides d’un passé révolu ».

Mais il y a aussi beaucoup d’allusions à la mort, avec des décès nombreux qui nous rappellent cette échéance inéluctable. Quelques allusions aussi  à des croyances macabres comme d’associer les bruits ou « voix’ entendues sur une ligne téléphonique (grésillements de la ligne?) entre deux appels, ou pendant les appels, aux voix des morts; et aussi ce parallèle métaphorique entre la lente décomposition de la biche que Sherry va  écraser sur l’autoroute, un soir de neige, exactement comme la décomposition de la vie des personnages du roman..

Comme nous sommes dans le Midwest américain, la country music est très présente et citée; par exemple la très belle chanson  Blue eyes crying in the rain que je vous livre avec Willie Nelson, un vrai mec de la country: 3 minutes

http://www.youtube.com/watch?v=BTP490Cw1C4

À MOI POUR TOUJOURS, Christian Bourgois Éditeur 2007,  ISBN 978-2-267-01905-6