Archive | septembre 2019

La fenêtre panoramique de Richard Yates

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Richard Yates fût un romancier et nouvelliste américain (New York 1926-Alabama 1992) connu pour sa description des classes moyennes américaines de la deuxième moitié du XX siècle. Sa fiction serait aussi en grande partie autobiographique, l’auteur ayant connu une enfance difficile, une maladie bipolaire et  des relations ardues avec la gente féminine. C’est un grand écrivain tombé dans l’oubli et que le film de Sam Mendes va relancer en 2009. C’est un auteur salué par ses pairs: T. Williams, Raymond Carver, J.C. Oates, Richard Ford, etc.

La fenêtre panoramique (Revolutionary Road, 1961) est son premier roman; un livre finaliste pour le National Book Award 1962 et considéré dans la liste The American Scholar de juillet 2014 comme faisant partie des 100 meilleurs romans américains. J’ai lu quelque part que ce livre aurait changé la vie de l’auteur contemporain Douglas Kennedy.

Le film éponyme tiré du roman en 2009 par Sam Mendes, et projeté en France sous le nom Les noces rebelles, interprété par Leonardo DiCaprio et Kate Winslett dans les rôles principaux; le rôle valut a Winslett le Golden Globe de la meilleure actrice. C’est un film excellent, dévastateur, très proche du livre mais quasi exclusivement axé sur les confrontations du couple protagoniste, ce qui le rend assez négatif; ce film peut devenir déprimant pour des personnes en détresse émotionnelle au moment du visionnage.

Quant au  livre, il est excellent, ravageur, dérangeant, violent, et d’un réalisme qui résulte presque douloureux. Sa lecture laisse KO. Mais quelle force et quelle pertinence du texte qui démolit littéralement le conformisme américain des années 50 et dresse un portrait peu flatteur de l’american way of life à travers l’histoire d’un couple banal confronté à leurs problèmes existentiels.

L’histoire narre le délitement du mariage de Frank et April Wheeler, l’histoire de leur mariage raté et de leur chronique conjugale. Ils ont tout juste 30 ans et « l’air » d’être le couple parfait, deux enfants et une vie tracée au cordeau par l’ennui. Elle voulait devenir comédienne, mais elle est tombée enceinte et s’est mariée. Lui, il ne sait pas trop ce qu’il voudrait devenir, il n’a pas poursuivi des études parce qu’il a manqué d’assiduité et il a tout délaissé. Tous les deux couvent des déceptions car dès le premier enfant ils vont faire une croix sur leurs rêves.

Nous sommes en Amérique en 1955 dans le Connecticut de l’Ouest à une époque où les banlieues se développent. C’est l’époque bénie de l’Amérique conquérante, l’Amérique florissante de la post guerre, avec l‘american dream de l’aisance matérielle, le consumérisme à tout va.  Richard Yates va gratter le vernis et cela crisse.

April et Frank vont acheter une charmante maison dans une morne banlieue de New York, grâce au travail de bureau de Frank et construiront ainsi leur propre prison. La maison à une baie vitrée sur le devant, ce qui donne le titre à la version française du livre, car c’est à travers cette large fenêtre que les Wheeler perçoivent leur quartier, leur entourage et même s’épient entre eux. Le titre en anglais est plus subtil, c’est le nom de la rue qu’ils habitent: Revolutionary Road. Tous les couples qu’ils côtoient ont des secrets non dévoilés car leur vie à tous est comme un spectacle dans lequel il faut faire bonne figure, il faut paraitre et ce n’est pas par hasard que ce livre commence par une représentation de théâtre d’amateurs.

Mais Frank hait son travail, déteste ses collègues, déteste sa maison et les transports en train AR pour se rendre chaque matin au travail à Manhattan. April n’aime pas non plus être femme au foyer avec des tâches répétitives; elle n’apprécie pas non plus ses amies, d’autres mères au foyer. En fait les Wheeler méprisent un peu tout le monde.

Les Wheeler sont seuls, très seuls, esseulés dans leur cocon et sans aucun intérêt dans leur vie. Ils sont assez égotistes car ils ont deux enfants et jamais ils ne s’intéressent à eux, à leur devenir. Leur frustration mutuelle ne les motive pas pour construire leur vie de famille et se donner un peu de stabilité.

Voici Frank qui réfléchit…et pour prouver encore, il avait épousé une femme qui s’était plus ou moins arrangée pour le maintenir constamment sur la défensive, qui l’aimait quand il était gentil, qui vivait selon ce qu’elle avait envie de faire, et qui pouvait à n’importe quel moment (c’était bien le comble !) à n’importe quel moment du jour ou de la nuit avoir envie de partir et de le quitter. C’était aussi grotesque, et aussi simple que cela.

Deux détails sont surreprésentés dans le livre : la consommation d’alcool et de tabac.  Frank en boit même pendant le travail et dès qu’il arrive chez lui, April l’accueille selon cette tradition de préparer un cocktail au mari qui rentre le soir. Ce n’est pas propre aux Wheeler, c’est assez général et plusieurs personnages dans le livre ont un problème avec l’alcool. Il y a aussi la consommation concomitante de tabac: on fume au travail, on fume dans les transports, on fume à la maison, on fume partout.

Et April va décider vers la trentaine, de partir à l’étranger, de tout plaquer pour entamer une nouvelle vie à Paris. Elle s’imagine travaillant comme secrétaire et pourvoyant aux nécessités de la famille pendant que son mari chercherait sa voie.

Mais le sort décide autre chose : April retombe enceinte et Frank obtient une promotion de façon tout à fait inattendue.

La construction de ce roman est intéressante avec ces divers couples qui alternent les points de vue et qui se croient supérieurs les uns des autres, cette succession de rituels quotidiens immuables, cette vie basée sur des apparences et, in fine, une autopsie féroce du rêve américain. Il y a un personnage clé dans le roman, c’est John le fils schizophrène de l’agent immobilier qui leur a trouvé la maison, car cet homme nous signifie clairement que la folie ne réside pas forcément là où nous le pensons.

Il y a une finesse dans l’analyse psychologique qui est rare, les scènes du livre sont aussi bien cadrées que dans un tableau de Edward Hopper. Et cet auteur me fait penser beaucoup à des écrivains désenchantés comme Robert Goolrick,  Evan S. Connell, Joyce Carol Oates. Un excellent auteur. Ce livre est une pépite.

LA FENÊTRE PANORAMIQUE, Robert Laffont 1962, (RY 1961),  ISBN 978-2-221-10208-4

Mi pecado de Javier Moro

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Javier Moro es un escritor español (Madrid 1955)  de madre francesa (Lapierre);  es un sobrino carnal del conocidísimo Dominique Lapierre. Cursó estudios de Historia y de Antropología en Paris entre 1973-78.

Le he leído varios libros, por lo general son biografías de personajes increíbles, vidas fuera de lo común y en un estilo muy ameno, muy documentado. La perfecta unión de lo interesante con lo entretenido.

Pasión india (2005) es la historia novelada de la española Anita Delgado Briones que se casó a los 16 años con el Rajah de Kapurthala tras haberla visto en una fotografía en un periódico; la española vivió 20 años en un cuento de hadas hasta que el Rajah la dejó por otra. Y publiqué en abril 2012 una reseña sobre El Imperio eres tú, Premio Planeta 2011, otro libro interesante que nos narra el exilio de la familia real portuguesa en Brasil en 1807, huyendo de las guerras napoleónicas. En septiembre 2016 reseñé A flor de piel (2015), la narración de una aventura española increíble : el aporte de la vacuna contra la variola por dos médicos y una enfermera a los confines del imperio español.

Mi pecado (2018) es un libro muy ameno sobre la vida de la actriz de cine española Concepción Andrés Picado cuyo nombre de artista fue Conchita Montenegro. Mi pecado, título del libro, no tiene nada que ver con  lo pecaminoso, sino que era el nombre del perfume de Lanvin que usaba Conchita en los años 30, un perfume lanzado en 1924 y que dejó de existir (en serie) en 1980.

Conchita Montenegro llegó a Hollywood en los años 30 y logró triunfar en este período de transición del final del cine mudo y la emergencia de un cine mucho más dúctil que requería buena prestancia y buen sonido. Llegó a la Meca del cine con su hermana mayor que le servía de chaperona. Aunque Conchita nunca la escuchaba porque era vivaracha y pizpireta, extraordinariamente frívola.

Tuvo amores y sinsabores. El más rimbombante de sus amores con el británico Leslie Howard que estaba casado y con hijos. Tenía al mismo tiempo un vasto grupo de amigos españoles con los cuales se veía a menudo para recordar la patria lejana. Cuando estalló el macarthysmo la mayoría del grupo tuvo que salir de EEUU porque la mayoría eran republicanos y considerados unos rojos.

Conchita Montenegro volvió a España en 1940 y jugó un rol importante acercando a Leslie Howard del Caudillo; Leslie Howard fue utilizado por Churchill como emisario para expresar el deseo de los ingleses de que España se declarara neutra hacia fines de la segunda guerra mundial porque ya se veía venir el descalabro de los alemanes. La persona que hizo el contacto final entre el Caudillo y los ingleses fue el prometido de Conchita, Ricardo Giménez-Arnau, un joven diplomático que Conchita terminará desposando y con el cual tendrá 27 años de felicidad ininterrumpida.

MI PECADO, Espasa 2018,  ISBN 978-84-670-5171-1

La délicatesse de David Foenkinos

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David Foenkinos est un romancier français (Paris 1974) avec des études de lettres à la Sorbonne, ayant une solide formation musicale (jazz). Dans ses livres il décline le thème de l’amour, surtout autour du couple, avec humour et pas mal de sensibilité, parfois loufoquerie; c’est un parisien fin observateur des comportements humains contemporains quelque peu névrosés et nombrilistes ; il traite de l’absurdité avec une certaine fascination pour la sensualité (cette dernière affirmation émane de lui). Il a déjà publié une quinzaine de romans qui ont été traduits dans une trentaine de langues, il a été plusieurs fois primé.

J’ai publié un billet en janvier 2014 sur son roman Le potentiel érotique de ma femme (2004) qui était fort divertissant, léger. Puis un billet en mars 2019 sur un court roman Le mystère Henri Pick (2016)  qui m’a beaucoup divertie; le film éponyme de Rémi Besançon (2018) m’a plu par sa légèreté gracieuse ( Ah! la scène du Club de lecture qui m’a fait éclater de rire, c’est une scène qui n’existe pas dans le livre, mais c’est une trouvaille très drôle).

La délicatesse (2009) a connu un grand succès de librairie; on lui a attribué une dizaine de prix, ce qui veut dire que le livre a touché pas mal de lectrices. Un film au titre éponyme est sorti en 2011, dirigé par David et Stéphane Foenkinos et avec Audrey Tautou dans le rôle de Nathalie. C’est un film assez fidèle au livre mais qui va trop vite sur les évènements, ce qui donne une impression quelque peu superficielle par rapport à la teneur du livre; il y a quelques jolies trouvailles dans le film comme par exemple les changements de plan ultra rapides pour suggérer le temps qui passe et quelques jolis gros plans comme la séquence longue sur les belles et fines jambes d’Audrey Tautou. Résultat de recherche d'images pour "la délicatesse affiche"

Le roman est plutôt court, environ 200 pages, et il raconte encore une histoire déjà maintes fois lue, sans grande originalité, mais qui accroche tout de même. Pourquoi?

D’abord c’est le ton: un drame de la vie mais sans pathos, bien au contraire, une histoire  bien ancrée dans la « vraie vie » avec des situations d’un naturel désarmant. La vie commune entre Nathalie et François va durer 7 ans, des années sans heurts et un bonheur simple. Nathalie commencera sa vie professionnelle dans une boîte suédoise et fera son chemin. Ceci jusqu’au drame.

Le milieu laboral est assez bien décrit: amitiés qui ne sont pas, rivalités, harcèlement, médisances, mesquineries. Rien de nouveau sous le soleil. Et une protagoniste qui essaie de maintenir une intégrité, une cohérence, une dignité.

Puis vient le temps de l’oubli et le réveil à la tendresse par là où on ne la sent pas venir. Un collaborateur d’origine suédoise et qui fonctionne de façon différente, va balayer tout sur son passage, même les certitudes.

Beau conte sur la tendresse, la délicatesse, le renouveau: espoir d’un peu d’air frais dans un monde de brutes.

LA DÉLICATESSE, Folio N° 5177, 2011 (DF 2009),  ISBN 978-2-07-044025-2

La mujer del maestro de Guillermo Martínez

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Guillermo Martinez es un matemático de nacionalidad argentina (Bahía Blanca 1962), hoy escritor a tiempo completo, que escribe desde sus 13 años; hijo del también escritor Julio G. Martínez. Sus escritores referentes son Borges (of course!), Gombrowicz, Henry James, Italo Calvino.

Le he leído varios libros. Su best seller Crímenes imperceptibles más conocido como Los crímenes de Oxford (2003), y ganador del Planeta Argentina en 2004, es un policial excelente que acaece en Oxford, con fondo de matemáticas y una trama perfecta aunque un final algo desbocado, que deja la impresión de leer « inteligente ». La peli de 2008, dirigida por Álex de la Iglesia fue también excelente y en el rol estelar Elijah Wood (=Martin, el estudiante argentino, alter ego?). Otro libro leído, La muerte lenta de Luciana B (2013) que también me gustó, casi más que Crímenes imperceptibles con un encadenamiento lógico implacable: Luciana es la secretaria de Kloster a quien acusa de acoso sexual (acusa de acoso, qué feo suena, bueno…); empieza entonces un calvario para ambos y el final algo explica, pero no todo. En septiembre 2013 reseñé  el muy  cerebral Acerca de Roderer (1992), el primer y corto libro (107 páginas) de Martínez, una historia compleja e interesante, que necesita reflexión. En febrero 2014 comenté Una felicidad repulsiva, una recopilación de cuentos (10) bastante buenos y extraños. En abril 2019 reseñé Los crímenes de Alicia, Premio Nadal 2019, una secuela de Los crímenes de Oxford 15 años después, libro que me gustó a medias porque le encontré la trama bastante pesada; aunque hay material muy bueno con el tema de Lewis Carroll.

La mujer del maestro (1998) es una relectura, con el propósito de reseñarlo para el blog. En mi primera ficha de lectura no estuve muy laudativa, sintiendo que el tema era muy literario y los personajes muy de « papier maché », sin alma ni carne viva, muy de estereotipo, poco creíbles.

Esta segunda lectura fue más interesante, más reflexiva. Es una novela corta, muy metaliteraria con referencias a libros y autores y muy ambientada en el medio estrecho y algo maltrecho de las letras, las publicaciones, los escritores y todo el mundillo que los rodea.

El aprendiz es un joven escritor que publicó un libro con cierto éxito. Ello lo acarrea a eventos sin fin en torno a su libro u otros libros. Pierde su tiempo, su alma y su dinero puesto que no cesa de gastar para estar presentable. Profesa gran admiración por Jordán, un escritor algo anciano y que tuvo su éxito, pero a quien hoy se le ve poco y se dice que escribe febrilmente SU gran obra, quizás incluso su última obra. El aprendiz está escribiendo con gran pena su segundo libro, el más difícil, según se dice.

En su editorial, el aprendiz cruzará a Cecilia, la segunda esposa de Jordán de la cual queda prendado. Pero no se sabe a ciencia cierta si está prendado de su belleza discreta, o está prendado de la posibilidad de acercarse al maestro, o si quiere indagar con una curiosidad algo malsana sobre lo que escribe el maestro, etc. En todo caso Cecilia lo invitará al domicilio de ambos y Jordán apreciará su presencia y sus conocimientos alrededor de la literatura.

El acceso a la vida privada de Jordán y Cecilia, le hace intuir que Cecilia es desdichada y poco a poco la acosa, y un día Jordán lo admite en su sancta sanctorum (Villa Crespo), allí donde se encierra para escribir y luego esconder cada día su manuscrito después del esfuerzo.

Cuando el aprendiz descubre dónde el maestro esconde su manuscrito, quiere leerlo. En esta parte del relato pensé que si a Jordán le pasaba algo, el aprendiz le robaría probablemente el manuscrito y lo publicaría como suyo, sobre todo que ambos libros tienen como referente al mito de Prometeo. Pero el giro de la historia es otro.

Un libro algo « seco » en humanidad aunque fértil en ideas aledañas a la literatura.

LA MUJER DEL MAESTRO, Planeta 1998,  ISBN 978-950-40-3011-2

La supplication de Svetlana Alexievitch

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Svetlana Alexievitch est une journaliste biélorusse (Stanislav 1948), reconnue par le Prix Nobel de Littérature en 2015.

La supplication (1997) reçut le Prix de la Paix Erich Maria Remarque 2011, c’est un livre interdit en Biélorussie.

Une série documentaire anglo-américaine de 5 épisodes, tournée par Craig Mazin et diffusée en 2019 a connu un succès planétaire; cette série m’a été tellement recommandée et je n’arrive pas à la voir…Je me suis donc décidé à lire le livre.

C’est un témoignage terrible, dévastateur, inégalé dans l’histoire technologique de l’humanité sur l’accident de la Centrale Nucléaire « Lénine » de Tchernobyl en Biélorussie le 26 avril 1986 à 1h23. La Biélorussie de 10 millions d’habitants a perdu 485 villages après l’explosion dont 70 ont dû être enterrés sous des tonnes de sable, de plomb et de ciment. Aujourd’hui 2,1 millions de personnes vivent en région contaminée avec une mortalité de 20% supérieure à la natalité.

Et il faut savoir que le quatrième réacteur conserve toujours, sous une chape de plomb et de béton armé, près de 20 tonnes de combustible nucléaire. Cette chape a été bâtie à distance et à la hâte avec des dalles raccordées par des robots (qui fonctionnaient quelques heures, puis étaient neutralisés par les radiations) à l’aide d’ hélicoptères, dalles qui ont des fentes; aujourd’hui on estime que ces fissures dépassent 200 mètres carrés avec échappement en continu d’aérosols radioactifs…

La journaliste s’est évertuée, dix ans après, à recueillir les témoignages des survivants…je m’intéressais aux sensations , aux sentiments des individus qui ont touché à l’inconnu. Au mystère. Tchernobyl est un mystère qu’il nous faut encore élucider. Ce que l’homme a appris, deviné, découvert sur lui-même et dans son attitude envers le monde. Reconstituer les sentiments et non les événements…Un événement raconté par une seule personne est son destin. Raconté par plusieurs, il devient l’Histoire. Voilà le plus difficile: concilier les deux vérités, la personnelle et la générale.

Le réacteur de la Centrale a surchauffé puis éclaté. L’incident proviendrait de ce que les russes de Moscou voulaient savoir en combien de temps la Centrale démarrerait en mode « le plus rapide » et pour cela ils avaient supprimé les contrôles et les sécurités de la Centrale…

Ce que les gens proches de la Centrale ont vu par chez eux cette nuit là est sans parangon : ils ont vu les couleurs de l’intangible, des radionucléides radioactifs : « il y avait du césium dans mon potager jusqu’à ce que la pluie l’ait mouillé…Il a une couleur d’encre, il traînait par terre, luisant, par morceaux ». « Sur le champ du kolkhoze c’était un morceau bleu, nous avons trouvé quatre grands morceaux, l’un d’eux était rouge. Le lendemain après la pluie, il n’y avait plus rien ». « Et sur les chemins sous les rayons du soleil on voyait de petits éclats. De petits cristaux qui brillaient, des particules minuscules ».

Des tonnes de césium, d’iode, de plomb, de zirconium, de cadmium, de beryllium, de bore et une quantité inconnue de plutonium son tombés sur la Biélorussie. Au total 450 types de radionucléides différents, un équivalent de 350 bombes d’Hiroshima. Trois mille microröntgens à l’heure alors que la quantité maximum pouvant être engrangée était de 25 !

Devant cette déflagration sans précédent la population a été mal informée, évacuée à la hâte et le danger volontairement minoré. Il est vrai que l’on s’adressait à une population rurale, peu au courant de ce qui mitonnait dans les réacteurs. Et ils ont dû faire face à l’incurie et au désordre russes, à la mauvaise information et aux moyens limités pour pallier au désastre (administration de l’iode pour préserver la thyroïde qui en est avide). Avec des ordres qui arrivaient avec parcimonie de Moscou et les gens qui avaient plus peur de perdre la carte du Parti communiste que de dire la vérité sur la magnitude du désastre. L’État trompait ses gens, ses âmes, et résolvait le problème sous le sceau du secret à tous les niveaux. Tout le monde se taisait : les autorités, les médecins ( … dont la plupart avaient abandonné les lieux au plus vite). Non, ce n’étaient pas des criminels mais des ignorants. Un complot de l’ignorance et du corporatisme. Les responsables ne se faisaient pas de souci pour les gens, ils s’en faisaient pour leur pouvoir. L’État bénéficie d’une priorité absolue et la valeur de la vie humaine est réduite à zéro. Nos responsables avaient plus peur de leurs supérieurs que de l’atome.

Et comme l’écrit Svetlana Alexeivitch le caractère russe avec cette fatalité de se remettre toujours au petit bonheur la chance, le leitmotiv du thème russe qui compte sur le hasard, ce fatalisme qui n’a rien de rationaliste…la mentalité slave.

Là bas, au fin fond de la Russie, quelque part en Biélorussie une mère et son enfant attendent encore le père mort des suites des radiations qu’il a prises en octobre 1986 et prient…alors, nous l’attendrons ensemble. Je réciterai en chuchotant ma supplication pour Tchernobyl et lui, il regardera le monde avec des yeux d’enfant.

Quant l’Homme devient apprenti sorcier.

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LA SUPPLICATION, J’ai lu N°5408 (S.A. 1997), ISBN 978-2-290-34360-9

Los siete hijos de Simenon (6) de Ramón Díaz Eterovic

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Ramon Díaz Eterovic es un escritor chileno (Punta Arenas 1956), creador del personaje del detective privado Heredia, protagonista de más de 20 títulos de novelas negras.

Una parte de la obra del autor fue adaptada para la TV chilena en 2005 bajo el título de Heredia & Asociados; se puede ver en Youtube aunque es una adaptación libre de los libros. Se ve con interés por el ambiente tan chileno-capitalino aunque va demasiado rápido, prefiero los libros.

Díaz Eterovic ha sido galardonado con numerosos premios y hasta tres veces con el Premio Municipal de Santiago género novela (1996, 2002 y 2007) y con el Premio del Consejo Nacional del Libro y de la Lectura (1995, 2008 y 2011).

El escritor utiliza la novela policial para hablar de temas sensibles en la sociedad chilena, como los detenidos desaparecidos, el narcotráfico, el tráfico de armas, la carencia de una real democracia, las traiciones de todo tipo, la ecología. Díaz Eterovic quiere escribir una comedia humana chilena con temas e historias que reflejan diferentes aspectos de la sociedad.

El autor ha sido objeto de estudios y publicaciones por el catedrático chileno Guillermo García-Corales, quien escribió « las novelas de Díaz Eterovic son novelas de consciencia y estética urbana y representan la mejor expresión del relato detectivesco en el Chile de la nueva narrativa de los años 90″. (cf « Poder y crimen en la narrativa chilena contemporánea: las novelas de Heredia » y « Ramón Díaz Eterovic, reflexiones sobre la narrativa chilena de los años 90″).

Publiqué en avril 2019 un billete sobre La ciudad está triste (1987) el primer tomo de la serie al cual le encontré « gusto a poco », pero como una promesa por venir. El segundo tomo, Solo en la oscuridad (1992) me gustó muchísimo más porque se perfila mejor la personalidad de Heredia y la del mundo en el que se mueve. Nadie sabe más que los muertos (1993) es el tercer opus de la serie y me gustó medianamente porque lo encontré bastante enrevesado con plétora de personajes y algo tirado por los pelos. Ángeles y solitarios (1995) es el quinto de la saga y fue premiado; me gustó  porque hay buena acción, pero me equivoqué con la cronología, publicándolo en realidad bajo el N°4 y dándome cuenta tras la lectura de Nunca enamores a un forastero (1994) que éste es anterior puesto que Díaz Eterovic menciona al tira Solís, amigo de juventud de Heredia en condiciones que Solís desaparece en Ángeles y solitarios !

Los 7 hijos de Simenon (6) es el sexto de la serie, lo encontré estupendo, ágil, entretenido y con una trama más renovada puesto que habla del medio ambiente y de la corrupción que se genera entre políticos y solicitantes con la obtención de mercados. Lo han destacado con el Premio Las Dos Orillas 2000 (Gijón).

En este tomo se aprende un dato biográfico significativo y triste: Heredia se crió en un orfanato y vio a su padre por última vez cuando tenía 5 años. Esto podría explicar en parte su carácter melancólico, tan desganado (…hace años que la justicia dejó de ser una vara de medida. Existe en los libros, se habla de ella en los discursos, pero nada más. Frases huecas. El circo prende sus luces, pero los payasos siguen siendo pobres. Este país no tiene arreglo porque cambió las utopías por la fanfarria, la verdad por los acomodos, la lucha por el consenso. Nos vendimos o nos vendieron).

Heredia se ha retirado 6 meses al balneario Las Cruces en el litoral central chileno, a unos 15 Km al norte de San Antonio. El amigo Heredia se ha retirado de Santiago con su joven pareja, Griseta y en Las Cruces se ha dedicado a pintar a la brocha gorda unas cabañas para ganar unos pesos; pero al cabo de 6 meses vuelve a la gran urbe sin trabajo, sin Griseta, más solitario y desencantado que nunca, sin domicilio fijo ni coche.

Será Anselmo el quiosquero de su calle  y un verdadero factótum que lo sacará del paso volviendo a recuperar el departamento donde vivía y trabajaba; en los meses fuera de Santiago, la ciudad ha cambiado, las cosas han cambiado de lugar, lo que descoloca al detective.

Una vez más la ciudad de Santiago cobra protagonismo y está magníficamente descrita, especialmente el barrio de Heredia alrededor de la Estación Mapocho. Por momentos la prosa se vuelve lírica, hermosa y representativa: el mundo cambiaba de prisa y yo me resistía a cambiar con él, aferrado a una ciudad tranquila, con bares cuyas mesas fueran de madera, vehículos antiguos y trenes que llegaban siempre atrasados. Un nuevo siglo se acercaba y me preguntaba por mi lugar en una ciudad dividida entre barrios custodiados y luminosos, y otros arrabaleros, de cuyos rincones salía cada mañana una caravana de seres resignados.Era un extraño en mis propias calles y recorrerlas era un ejercicio cada vez más exigente para la memoria. MI barrio cambiaba; crecían edificios nuevos, antenas y avisos de neón que ocultaban el azul del cielo...

Justamente, como no tiene domicilio fijo volviendo de Las Cruces y no mucho dinero, se aloja en un hotelucho de mala muerte donde habrá un asesinato. Lo raro es que el finado no tiene nada que ver con el ambiente del lugar ya que se trata de un abogado fiscalizador y su presencia no calza en el hotel. De aquí parte la investigación de Heredia.

Poco a poco la trama nos lleva al tema álgido del medio ambiente, de la preservación del medio ambiente porque el abogado fiscalizador se negaba a adjudicar la construcción de un gasoducto chileno-argentino a la empresa Gaschil. Este gasoducto pasaba por tierras habitadas y la empresa es conocida por utilizar materiales defectuosos. El lenguaje es clarividente y acertado…es necesario colocar los problemas ecológicos en el centro de las preocupaciones de los gobiernos, desenmascarar a los que comercian con la naturaleza y la fauna. Es necesario poner fin a la producción y consumo indiscriminado, a los lujos innecesarios

Es el gato de Heredia que lleva la vedette del libro. Un gato blanco (¿por qué habrán ilustrado el libro con un gato casi negro? De qué vale hacer hincapié en el color del gato de Heredia, tantas veces mencionado, e ilustrarlo de cualquier manera?). La presencia del gato le sirve a Heredia de flujo de consciencia, conversa con él, pero en realidad conversa consigo mismo. En este tomo tenemos monólogos interiores entre el gato y Heredia y también con su amigo Solís cuando lo va a visitar al cementerio. El amigo Solís fue el padrino de « Muñeco » Bernales, hoy en día todo un tira en Investigaciones;  Heredia se dará cuenta del abismo que existe entre este joven policía y su mentor y padrino, lo que va a agudizar la soledad del detective. El estudio psicológico es bastante interesante.

El gato Simenon tendrá que hacerse cargo de 7 gatitos que le ha dejado una gata del barrio con la cual tuvo amores. Esos son los 7 hijos de Simenon. La oficina/morada de Heredia se va a transformar en jardin de párvulos !

En este tomo tenemos un Heredia más melancólico y solo que nunca. Añora a Griseta con la cual se ve de cuando en cuando para tener sexo, pero ella lo ha sacado definitivamente de su vida. La vida del detective se desenvuelve entre bar y bar, con consumo fuerte de alcohol y de cigarrillos. Su imagen de anti héroe contrasta con su afición a los buenos libros, a la música y a las frases hechas (…en cuanto a mujeres mi vida es como una peluquería. Las mujeres entran, afilan sus uñas y se van…).

Me costó leer este tomo alargado y encuadernado tan apretado que hay que hacer el esfuerzo físico de separar las páginas para poder leer hasta el final de los párrafos ! Caramba !

LOS 7 HIJOS DE SIMENON, LOM Narrativa (2000),  ISBN 956-282-242-7

Pamela de Stéphanie des Horts

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Stéphanie des Horts est une romancière française, journaliste et critique littéraire (Tours 1965) auteure de quelques 8 livres et  elle serait spécialisée en littérature anglo-saxonne (Shakespeare, Jane Austen).

Pamela (2017) est une biographie romancée de Pamela Digby, fille du onzième baron Digby, une lignée de hobereaux désargentés du comté de Hampshire, au sud de l’Angleterre, une jeune fille de bonne famille devenue une courtisane de haut vol et qui a mené une vie trépidante et aventureuse à la « recherche du grand amour » si possible riche et glamoureux (pour employer un anglicisme). C’était une belle rousse intelligente avec un grain de peau magnifique et de bonnes manières, ayant le don des relations.

Pamela Digby se maria en premières noces avec le fils unique de Winston Churchill, Randolph Churchill, et ce fut un échec rapide et retentissant. De ce mariage très court naquit son seul enfant: Winston Jr. Randolph Churchill était alcoolique et joueur invétéré. En revanche, le beau père de Pamela, Winston Churchill, « dear papa« , l’appréciait beaucoup et recherchait sa compagnie. Cet homme politique a contribué à sa formation et ils sont restés en contact bien au delà du divorce.

Par la suite elle cumulera les amants aux noms prestigieux : Charles Fulke Greville, Ali Khan, Ed Murrow (son premier amant « pauvre »), Gianni Agnelli, Frank Sinatra, Maurice Druon, Stávros Niárchos, Porfirio Rubirosa, Élie de Rothschild, Leland Hayward qui l’a épousée, Averell Harriman (son dernier mari)…Elle a su garder le contact avec presque tous les hommes qu’elle a aimé car chaque fois elle croyait qu’elle tenait un vrai amour et se donnait entièrement avec chaque relation.

D’après le roman, l’homme qu’elle aurait le plus aimé ce serait Gianni Agnelli qui n’a pas voulu l’épouser.

A la fin de sa vie elle a réussi à se faire épouser par Averell Harriman et, devenue veuve à Washington, elle s’est montrée sans égal pour orchestrer des diners afin de récolter des fonds pour le parti démocrate. Elle a contribué ainsi à l’élection de Bill Clinton qui l’a nommée Ambassadeur des EEUU à Paris, en remerciement des services rendus.

Et c’est à Paris qu’elle est morte d’un AVC, dans la piscine du Ritz où elle se rendait chaque matin pour y faire ses longueurs…

Quel tempérament cette femme ! Quelle vie elle a mené ! Quelle ambition démesurée !

Le roman est dans un style assez télégraphique avec des phrases courtes et percutantes, c’est efficace pour raconter le personnage de Pamela Harriman, son dernier patronyme. Et l’on retrouve presque les mêmes personnages que dans le livre de Melanie Benjamin, Les cygnes de la Cinquième Avenue (2016).

PAMELA, Livre de Poche N° 35295, (SdH 2017),  ISBN 978-2-253-23799-0