Mirage de Douglas Kennedy

Écrivain et journaliste américain (New York 1955), vrai globe-trotter et francophile: Dublin, Berlin, Londres, Paris, New York, etc. C’est un romancier à succès qui vend 14 millions d’exemplaires, dont 7 millions en France. L’attrait de ses romans réside dans leurs questionnements sur l’Amérique et ses défauts, sur l’humanité en général, sur les relations hommes/femmes, sur l’Art. Bref, des topiques universels. De toute évidence il a choisi de situer ses romans dans des endroits  différents : par exemple Cet instant là à Berlin, celui-ci au Maroc, un peu à la manière de Woody Allen qui nous promène d’une ville européenne à une autre avec ses derniers films (sauf le tout dernier, « L’Homme irrationnel » qui se passe dans l’Est nord-américain…). En 2001 il a délaissé le thriller pour le roman sentimental ce qui lui valut le non renouvellement de son contrat par l’éditeur américain.

Mirage est son douzième roman (The heat of Betrayal qui ne paraitra que début 2016 aux USA !), c’est lui même qui a choisi le titre en français, paru début mai 2015 en France; je verrais mieux ce livre sous le titre de Trahison, mais peut-être que Douglas Kennedy n’a pas voulu dévoiler le sujet dès le titre. C’est un livre qui se lit bien, un roman sentimental avec une intrigue assez rocambolesque pour nous maintenir en haleine jusqu’au bout. L’idée de ce roman lui est venue en 2012 lorsqu’il visitait le Sahara et qu’il a aperçu la silhouette d’une petite fille de 8-9 ans venant de nulle part…C’est la sixième fois qu’il choisit une héroïne femme.

La question centrale du livre (et recurrente dans ses romans) est la suivante : est-ce que l’amour ne serait pas une illusion? Est-il possible de bien connaitre la personne avec laquelle on vit ? Il y a dans ce roman pas mal d’imagination et plusieurs histoires imbriquées: d’abord et au centre du livre, l’histoire du couple formé par Robyn et Paul, un couple mal assorti mais qui connait une excellente entente sexuelle. Je dis mal assorti parce que lui est un artiste peintre assez talentueux, imprévisible, désordonné, flambeur; Robyn est tout le contraire, comptable de profession, organisée, calculatrice, pieds sur terre, raisonnable. Elle est si amoureuse de son bonhomme qu’elle souhaite de tout coeur qu’il lui fasse un enfant car son horloge biologique tourne… Le mari n’est pas contre cette idée et il propose à son épouse de partir en voyage au Maroc, qu’il connait bien, un endroit qui pourrait faire redémarrer son inspiration de peintre et aider le couple dans son désir de concevoir un enfant.

Les voila partis au Maroc…et tout se déclenche. Nous avions le portrait d’un couple « idéal », mais nous ignorions beaucoup de choses…Ce qui était une deuxième lune de miel façon carte postale, va se transformer assez rapidement en cauchemar carrément gore. Je ne dévoilerai pas ici les détails de cette aventure marocaine racontée avec la cadence d’un thriller parce que les éventuels lecteurs seraient privés du plaisir de la découverte avec des surprises qui vont pimenter la lecture.

Le Maroc est assez bien vu par les américains: un État bien tenu par une police efficace, mais où règne la corruption et où le bakchich est la règle incontournable à tous les niveaux et à chaque geste, un pays où le soleil est implacable et le désert mortifère, un pays où des gens ont encore une dignité incroyable. Oui , il y a dans le livre des images cliché, mais pas toutes.

J’ai été un peu perplexe au sujet de l’attitude de l’héroïne du roman, Robyn, qui m’a paru parfois contradictoire: voici une femme qui avait peu voyagé, pour ne pas dire, pas voyagé du tout et qui arrive au Maroc et se permet de sortir toute seule de son hôtel alors que dans son propre et « civilisé » pays, les gens ne sortent JAMAIS se promener à pied, parce que c’est dangereux et parce que les distances sont trop grandes; il faut toujours la voiture. Puis, plus loin dans le roman, lorsqu’elle découvre l’immense trahison subie, elle partira à la recherche de celui qui l’a trahie comme si subitement cette femme qui par ailleurs est intelligente, se comporterait de façon idiote.

Le côté très américain du livre montre que Robyn va rebondir, car les américains sont des optimistes pragmatiques et ils savent rebondir et partir sur de nouvelles bases parfois assez surprenantes, ce qui est le cas dans ce roman. Le livre regorge aussi de réflexions à dix balles, comme celle-ci…« Il paraît que l’école de la vie est la meilleure de toutes. Sans doute, mais seulement si nous sommes déterminés à nous extraire des illusions et des leurres dans lesquels nous nous enfermons. Or l’amour n’a pas son pareil pour nous troubler la vue. Et que serait la vie sans amour? » (page 31)…« Le problème avec la culpabilité, surtout quand elle vous suit depuis l’enfance, c’est qu’il est impossible de l’ignorer lorsqu’elle referme sa main sur vous »…(page 132).

Pour finir, une phrase empruntée à Douglas Kennedy : Qu’est ce que un mirage ? L’amour est un mirage !(Bingo !)

Voici un lien pour lire mon billet sur le livre « Cet instant là » de février 2014 qui fut aussi une lecture sympa:

https://pasiondelalectura.wordpress.com/2014/02/11/cet-instant-la-de-douglas-kennedy/

 

MIRAGE, Belfond 2015,  ISBN 978-2-7144-4637-4

Une réflexion sur “Mirage de Douglas Kennedy

  1. Le Maroc vu par des américains… Plein des clichés et des aventures pas très vraisemblables.
    Divertissant et de lecture facile mais pas aussi intéressant que d’autres livres de D. Kennedy.

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