Esprit d’hiver de Laura Kasischke

Esprit d’hiver (Mind of winter, 2013) est la dernière parution en France de cet écrivain nord-américaine (Michigan 1961)  qui sait décrire si bien sa région du middwest. C’est avant tout une poétesse ayant récolté plusieurs prix. Il paraît que ses romans sont plus lus en France qu’aux USA. Ce sera le troisième roman que je lis d’elle, prêté gentiment par Mme Z.

Le premier roman commenté dans ce blog fut À moi pour toujours le 4 février 2014 et le deuxième, En un monde parfait le 17 février 2014. On écrivait dans le Monde des livres qu’il y a un curieux mélange de surréalisme et de thriller, de drame psychologique et de surnaturel domestique, de gothique et parfois de gore dans les romans de Laura Kasischke.

Je commence à comprendre le modus operandi de l’écrivain. Voici un roman qui commence comme les autres deux , c’est à dire , baignant dans la plus totale banalité, dans un décor bien planté qui sera ici la journée du 24 décembre dans une maison s’apprêtant à fêter, comme chaque année  un Noël en famille. Dans ce décor parfaitement décrit vont s’introduire petit à petit des éléments étranges et inattendus comme une tempête de neige et de blizzard d’une rare violence qui sera à l’origine de l’isolement forcé de la mère et la fille. Puis dans ce huis clos étouffant entre  fille et  mère (qui m’a fait évoquer des scènes du film Shining d’après le livre de Stephen King) et à l’aide de flash backs incessants, nous apprendrons que la fille est une enfant adoptée,  que ses parents américains du middwest sont allés la chercher en Sibérie. Ceci nous fera rentrer dans les arcanes et le pathos de l’adoption, avec ses stéreotypes et ses drames, ses doutes et ses angoisses, mais avant tout le côté bassement vénal de la chose. Il y rôde aussi du surnaturel, car la mère adoptive sait des choses que son conscient s’est refusé de reconnaitre jusqu’alors.

Mais c’est encore plus compliqué car la mère est porteuse d’une mutation génétique qui a nécessité l’ablation de ses deux seins et de ses ovaires, et sa fille semble aussi touchée par la maladie mais d’une autre nature. La mère était autrefois poète, mais aujourd’hui elle ne peut plus écrire un vers, depuis son opération et l’adoption. Kasischke sait de quoi elle parle quand elle dit…une véritable poétesse. Pour être la poétesse qu’elle avait désiré être quand elle suivait ses cours d’écriture créative. Une poétesse américaine du monde, comme Carolyn Forché, ou une poétesse du plus profond intime, comme Louise Glück, ou une poétesse de l’amour et de la perte, comme Marie Howe, ou une poétesse de l’humour et de l’ironie, comme Tony Hoagland . Voilà les poétesses qu’elle avait souhaité être. La mère adoptive est un personnage terriblement névrosé, terriblement coincé dans les pires cauchemars, et elle semble si pesante par moments sur sa fille adoptive, que nous nous attendons forcément à une issue violente.

Encore un livre de Kasischke qui nous met mal à l’aise parce que le venin est savamment distillé et que nous ne savons pas jusqu’où le mal va aller. Lecture encore une fois dérangeante car elle appuie sur les points qui font mal.

ESPRIT D’HIVER,  Christian Bourgois  Éditeur 2013,  ISBN 978-2-267-02522-4

Une réflexion sur “Esprit d’hiver de Laura Kasischke

  1. très belle critique. je viens de le terminer. j’ai mis du temps pour ouvrir ce livre car adoption signifie expérience difficile pour moi pour moi. Là j’étais prête. je l’ai dévoré et beaucoup aimé. donc je lirai tous ses livres.
    je n’ai pas encore posé ma critique car besoin de réfléchir à tout ce que j’ai ressenti lors de la lecture.
    a bientôt

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