En un monde parfait de Laura Kasischke

Poétesse et romancière américaine (Michigan 1961) dont les romans se vendent plus en France que aux USA. Après avoir lu un premier roman d’elle , mue par la  curiosité: À moi pour toujours (Be mine), publié en France en 2007 et objet d’un billet le 4 février 2014 dans ce blog; je récidive 2 semaines plus tard avec ce  roman, le septième de l’auteur, publié en France en 2010 sous le titre  En un monde parfait (In a perfect world , 2009).

Je dois dire que je suis encore plus interloquée qu’avec le précédent. Voici un roman qui commence avec un tableau on ne peut plus idyllique, frôlant la mièvrerie et qui se déroule dans la classe moyenne américaine du middle-west. C’est l’histoire du beau mariage de Jiselle ( que ce nom sonne bizarre chez nous!): une belle hôtesse de l’air trentenaire, célibataire, qui croit tirer le gros lot en épousant le beau commandant de bord, veuf et père de trois enfants.  Comme dans le premier roman de Kasischke, j’ai failli abandonner la lecture au début, tellement la platitude du récit me barbait, avec tous ces clichés et ces poncifs ( page 70 on lit… il parut embarrassé d’avoir glissé cela dans la conversation, comme ces garçons élégants que Jiselle avait connus au lycée, qui auraient préféré se cogner dans les murs plutôt que de s’affubler de lunettes) Mais… à mi-roman,  j’ai senti  sourdre le venin par une distorsion  de ce  cadre si parfait . C’est tout de même un roman assez bizarre, un peu science-fiction, mais sans aller jusqu’à expliquer les choses: on parle d’épidémie, dite fièvre de Phoenix qui n’est pas sans nous rappeler la malheureuse histoire de la grippe aviaire chez nous (qui a coûté des millions d’euros à l’état, dilapidés pour RIEN) mélangée avec cette autre maladie infectieuse hémorragique due au virus Ebola. Kasischke a fait l’amalgame des deux pour mieux nous percuter, mais le résultat est peu convaincant. Cette ambiance de fin de monde n’est pas sans me rappeler celle décrite par Stephen King dans son livre le plus long, Le Fléau qui est beaucoup plus complet et crédible dans l’horreur. Il y a aussi une allusion au film de Hitchcock Les oiseaux de 1963 avec de nombreux  volatiles affolés.

Le personnage de Jiselle m’a paru si léger, si peu défini, si immatériel dans la description de son for intérieur, mais contrastant avec l’image d’une femme qui mène une action époustouflante, réfléchie face à une crise majeure. Jiselle ne nous avait pas preparés à  de tels dons pratiques; mais je crois que les américains sont comme cela, avant tout des gens d’action plus que de réflexion. Le personnage de Mark, le  mari, est à peine ébauché et Kasischke nous laisse le soin de lui coller l’étiquette de parfait salaud.

En revanche, je suis assez séduite par la façon de l’écrivaine pour nous décrire par le menu cette classe moyenne américaine avec des touches d’extrême clairvoyance, parfois avec de la méchanceté à revendre (les sentiments de la mère de Jiselle envers sa fille, ou les sentiments de Sara envers sa marâtre), parfois avec une justesse de ton parfaite (la promiscuité entre voisins sous l’aspect du parfait voisinage). La vie de la parfaite famille américaine telle que le peintre Norman Rockwell l’a representé (il est cité page 136), par exemple ici le jour de la Thanksgiving avec la sempiternelle dinde.

Voici une interview de la romancière dans ses terres du Michigan, par François Bunel dans « Carnet de route » pour France 5 ( 7 minutes):

http://www.youtube.com/watch?v=ojT8_Nzavbs

Je crois que je laisserai passer du temps puis j’essaierai de lire deux autres livres. Je n’arrive pas à me faire une opinion bien claire au sujet de cette romancière. Et je continue à penser  que son écriture est bien étonnante pour une poétesse, un peu dans le style Dr Jekyll et Mister Hyde…En tout cas, elle dérange.

Le Magazine Littéraire a fait un très bon commentaire de ce livre:…s’il faut une morale à tout conte de fées, Laura Kasischke semble prôner celle du sacrifice pour mieux sacraliser l’amour maternel et les valeurs familiales. On dirait qu’elle épuise l’imagerie victorienne, au point que Jiselle rêve d’une porte à sa chambre à défaut d’une « chambre à soi ». Mais il faut se méfier des réseaux d’images qui hantent En un monde parfait car ils sont autant de chimères ou de talismans auxquels Jiselle s’accroche. Ainsi de l’idéal de perfection que promet le titre, qui revient comme un refrain et finit par perdre tout son sens. « Une maison parfaite », où règne le fantôme de la femme d’avant? « Un couple parfait » qui ne se voit presque jamais? Tel « enfant parfait », a qui on a dû raser le crâne, telle « famille parfaite », où personne ne se parle? Et que faire de ce « monde parfait » dont on sait dès la première ligne qu’il court à la catastrophe?

EN UN MONDE, Christian Bourgois Éditeur 2010,  ISBN 978-2-267-02115-8

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s