Archive | juillet 2017

Más allá del invierno de Isabel Allende

Résultat de recherche d'images pour "mas alla del invierno isabel allende"Isabel Allende es una escritora chilena (Lima 1942) con estudios de periodismo. Inició su carrera en la prensa y en la televisión. Tras el golpe de Estado militar de 1973, se exilió en Caracas donde comenzó su producción literaria con  La casa de los espíritus  que la lanzó al estrellato literario en 1982. En el año 2000 se le concedió el Premio Nacional de Literatura en Chile y en 2003 el Premio Iberoamericano de Letras José Donoso; es residente en California desde 1988 y hace parte de la Academia de las Artes y Letras de los EEUU desde 2012.

Es una escritora que vende : más de 67 millones de libros de por el mundo y ha sido traducida a unos 35 idiomas; es actualmente la escritora viva más leída en el mundo ¿Qué tal el récord? Hay un dato anecdótico con ella : comienza siempre sus libros un 8 de enero…

Comenté en este blog en mayo 2014 su trepidante novela El juego de Ripper que me entretuvo, un género hasta ahora inédito en su bibliografía : el thriller;  en julio 2016 comenté El amante japonés que me gustó algo menos y en abril 2017 El bosque de los Pigmeos, una aventura a la Indiana Jones que me entretuvo bastante.

Más allá del invierno es su última y vigésima segunda novela, con un tiraje inicial de 300 000 ejemplares, una historia entretenida desde el principio con algunas inverosimilitudes, pero sobre todo con unos personajes que acumulan tal dosis de desdichas, que resultan francamente tremebundos. Son estereotipos de personajes portadores de sufrimientos.

El título del libro emana de una frase de Albert Camus muy famosa que se lee en el epígrafe…en medio del invierno aprendí por fin que había en mí un verano invencible

La novela toca temas candentes como la inmigración en los EEUU (casi siempre fraudulenta), las condiciones de vida de esos desemparados que son los inmigrantes indocumentados que viven en un estado de terror, las nuevas reglas federales con la llegada de Donald Trump, el desarraigo en general, el estado actual de América del Norte, etc. Es vox populi que este libro conlleva una carga política ineludible y que vendría siendo el libro más « americano » de la escritora chilena;  también se dice por ahí que sería su libro más personal. Cabe destacar que Isabel Allende creó una fundación de ayuda a los inmigrantes que lleva su nombre.

LA TRAMA :durante una tormenta de nieve en Nueva York dos automóviles chocan : uno manejado por el catedrático norteamericano Richard Bowmaster y el otro por Evelyn Ortega, una joven guatemalteca indocumentada. El problema es que Evelyn acaba de constatar que transporta un cadáver en el maletero (que la escritora llama la cajuela; se le olvidó el habla de los chilenos?). A partir de ese momento y en el espacio de tres días los sucesos van a unir de manera circunstancial a los 3 protagonistas de la novela con momentos duros (cuando cada uno va desgranando su trágica vida), otros tiernos y otros jocosos ( en el estilo de Allende, tan ameno).

Los tres tristes tigres se verán envueltos en situaciones rocambolescas y poco verosímiles, pero no importa, se deja leer muy bien.

LOS PERSONAJES DEL LIBRO:

LUCIA MARAZ, una chilena vivaracha y bien vivida, mandona, todavía muy vital, pero que arrastra sus dramas : la ausencia del padre, la desaparición de un hermano durante la dictadura chilena (reciente), el mal-amor, la enfermedad (cáncer), el exilio.

RICHARD BOWMASTER : un profesor universitario maduro y escéptico,  huraño e introvertido que tomará a Lucía Maraz como inquilina aunque esta cercanía lo molesta porque ha perdido la facilidad con los contactos humanos. Este hombre tuvo sus traumas : pérdida de un hijo y de una hija en circunstancias inenarrables de horror, la locura de su mujer, el alcoholismo.

EVELYN ORTEGA : una joven guatemalteca que huye de su país en condiciones infra-humanas, no tanto buscando fortuna que huyendo de la violencia que la acosa en su propio país sometido a una miseria y un analfabetismo increíbles, a la violencia dentro de su propia familia, a la pobreza y la falta de futuro.

Doña Isabel Allende nos deja entre líneas algo de lo que piensa de Chile : Lucía quería vivir fuera de Chile porque en Chile la aplastaba el peso de lo conocido, de las rutinas y limitaciones. Allí se sentía condenada a ser una vieja sola acosada por malos recuerdos inútiles, mientras que fuera podía haber sorpresas y oportunidades.

Una novela de lectura agradable, por momentos muy amena y  divertida que narra una situación de solidaridad humana y una esperanza en el amor tardío,  que puede llegar después del invierno…

MÁS ALLÁ DEL INVIERNO, Sudamericana 2017,  ISBN 978-950-07-5878-9

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Les papiers d’Aspern d’Henry James

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Henry James est un écrivain américain (New York 1843-Angleterre 1916),naturalisé britannique en 1915. C’est une figure du réalisme littéraire du XIXè  et un maître du roman  et des nouvelles.  Il avait reçu une éducation cosmopolite et soignée entre l’Europe et les États Unis, avec notamment des études francophones en France et à Genève. Cette découverte précoce de l’Europe l’a nourri en littérature. Il a commencé des études de Droit à Harvard qu’il a abandonnées pour se consacrer entièrement à l’écriture.  C’est un voyageur impénitent, un « citoyen du monde » : Angleterre, France , Suisse, Italie surtout. En 1876, après un échec d’installation à Paris, il s’installera à Londres jusqu’à sa mort en 1916.

C’est pendant ces 40 années londoniennes qu’Henry James va écrire l’essentiel de son oeuvre (20 romans et 112 nouvelles !): une œuvre très riche et qui s’inspire en partie d’une bourgeoisie raffinée et de la découverte de l’Europe par des riches américains oisifs en formation culturelle et dans ce qu’ils appelaient le Grand Tour. L’expert  d’Henry James, Franck Aigon (professeur de philosophie) a écrit si justement que la confrontation de la naïveté américaine et de l’expérience européenne n’est qu’un aspect d’une écriture qui s’emploie à sonder les cœurs en donnant toute leur place aux impressions et à la variation des points de vue (un peu à la façon d’un Sandor Márai je trouve).

Les papiers d’Aspern est le troisième billet sur un roman de H. James que je publie après Confiance en mars 2017 et Washington Square en mai 2017. J’ai encore deux titres qui attendent dans ma PAL et c’est vraiment un régal en perspective.

Les papiers d’Aspern (The Aspern Papers, 1888), connus aussi comme Les Papiers de Jeffrey Aspern ou encore Les Secrets de Jeffrey Aspern furent écrits à Florence en 1887 et en partie au palais Barbaro-Curtis de Venise. C’est une des nouvelles les plus connues de James. C’est pour moi une seconde lecture, depuis que j’avais repéré cet ouvrage parmi d’autres sur Venise. C’est une excellente nouvelle, terriblement littéraire, dense, où Henry James développe à fond la psychologie de ses personnages en ajoutant une note très américaine : il ne tourne pas autour du pot et dépeint les personnages avec une telle franchise que cela devient gênant pour le lecteur qui éprouve de la honte.

Cette nouvelle a été quatre fois adaptée au cinéma, une fois à la télévision française et au moins trois fois au théâtre (dont  une fois par Marguerite Duras en 1961).

C’est un très bon livre. L’idée de ce roman lui serait venue, à James, après avoir pris connaissance que l’un de ses amis voulait à tout prix s’approprier des lettres provenant du poète maudit Shelley; mais cela aurait aussi pu être Byron, puisque les deux poètes étaient amis et se côtoyaient à la même époque à Venise…

LA TRAME : Un éditeur Américain apprend que une ancienne maitresse américaine de Jeffrey Aspern serait en possession de lettres d’une immense valeur intellectuelle mais aussi monétaire (il ne faut jamais négliger le goût du lucre des Américains…business is business). Alors l’éditeur se rend à Venise où vit cette femme en compagnie d’une nièce dans un palais vénitien en ruine : il s’agit de Miss Juliana Bordereau et de sa nièce Miss Bordereau, dite Tita.  Juliana est maintenant une très vieille femme (presque centenaire) qui vit avec cette nièce qu’elle tyrannise. Les deux femmes vivent dans un dénouement total et se sont coupées du monde. L’éditeur  se présente à elles sous un faux nom afin de se faire louer des pièces du vaste palais qui possède un jardin, jardin qui lui serait bénéfique pour travailler à ses écrits…Il va obtenir gain de cause parce qu’il va débourser un prix faramineux en s’engageant en même temps à restaurer le jardin qui est en friche.

Bien entendu, tout ce qu’il espère c’est de récupérer les papiers de Jeffrey Aspern. Pour cela, il va mentir et courtiser la vieillissante Tita Bordereau. Le profil psychologique de la vieille Miss Juliana Bordereau est saisissant d’âpreté : elle ne veut pas lâcher ses papiers sans en soutirer un maximum de profit. Et d’un autre côté, la nièce fait savoir de façon assez directe à l’Américain qu’il pourrait avoir les papiers moyennant une promesse de mariage…Les deux parties essayent de tirer la meilleure part du gâteau sans tenir compte du cynisme et de la roublardise que cela comporte… A la fin de la nouvelle, lorsque l’Américain se croit près du but, il est tellement décidé à obtenir les documents que son regard halluciné voit Tita avec des yeux qui déforment totalement la réalité: il la voit avec les yeux de la convoitise comme si elle était jeune et belle et non vieille et décatie…

La fin de la nouvelle est bluffante, impitoyable et morale. Le récit est tout bonnement fascinant. Le descriptif de la Venise de 1887-1888 est si juste : il décrit la piazzetta comme un salon à ciel ouvert et ses calli en général comme un décor de théâtre, et c’est exactement comme cela que je vois les choses plus d’un siècle plus tard. Franck Aigon dans la préface de ce livre écrit…Vénitienne par le lieu de l’action, l’histoire se montre aussi sophistiquée qu’une aquarelle qui prendrait pour sujet les milles reflets et variations de palais se mirant dans les eaux sombres d’un canal. Cette prédominance du regard est un des traits les plus saisissants de la narration.

Dans son texte de présentation d’une édition bilingue, Julie Wolkenstein soulève combien cette oeuvre de James est littéraire car le récit met en scène des professionnels du milieu littéraire : écrivains, journalistes, critiques, biographes. Le texte possède une dimension satirique, parce qu’il dissèque les codes propres aux initiés, leurs moeurs, leurs ridicules, mais rend surtout explicite, manifeste, la réflexion de James sur l’art de la fiction, qui dans le reste de son oeuvre s’avance masquée.

Il y a aussi, d’après J. Wolkenstein une approche intéressante dans le choix de noms par Henry James. Par exemple, le nom Aspern ce serait une anagramme de papers; le nom de John Cumnor, l’associé de l’éditeur pourrait émaner de Cummer  (commère) et le nom des demoiselles Bordereau n’est pas innocent pour une détentrice de documents.

Aussi, Julie Wolkenstein relève que Henry James rend hommage à Dickens en réincarnant la vieille Miss Havisham de Grandes Espérances sous les traits de Miss Juliana Bordereau : le temps pour ces deux personnages s’est arrêté avec le départ de l’amant, le décor fané porte les traces d’une fidélité absolue à l’absent, et une nièce plus jeune, manipulée, est l’instrument d’une revanche sur les hommes.

Les personnages sont d’une rare profondeur psychologique qui va jusqu’à la noirceur humaine la plus profonde. Je me suis demandée si cette nièce n’était pas en fait une fille cachée que Miss Bordereau aurait eu autrefois avec cet amant au cours de la vie dissolue qu’elle menait à 19 ans, au début du XIXè, raison pour laquelle Miss Bordereau ne serait jamais rentrée aux États Unis…

LES PAPIERS D’ASPERN,Omnibus 2013,  ISBN 978-2-258-09877-0

Dientes de leche de Ignacio Martínez de Pisón

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Ignacio Martínez de Pisón es un escritor y guionista español (Zaragoza 1960), licenciado en Filología Hispánica y Filología Italiana, residente en Barcelona desde 1982, ha sido traducido en varios idiomas. Es el gran especialista del período llamado la « transición democrática española », o sea, los años 1974-1982.

La familia es la columna vertebral en la obra del escritor, así como la infancia y el final del franquismo; sus libros muestran un gran realismo social y político, dándonos un cuadro coherente de la vida sentimental y política de la España de la segunda mitad del siglo XX. En una entrevista Martínez de Pisón decía que la familia es el terreno de la tragedia y que buena parte de la buena literatura surge de las heridas ; es en la familia donde se producen muchas de las heridas. La familia es al tiempo un refugio y una cárcel. Es el lugar del que quieres escapar, pero al que siempre quieres volver. La familia nos transmite actitudes, gestos que luego reproducimos y transmitimos a nuestros hijos.

Ignacio Martínez de Pisón es un autor que me gusta mucho por su manera de escribir, tan llana y tan correcta y que parece fácil, pero que en realidad está muy trabajada. Esta es la novena reseña de un libro suyo en este blog. Todos me han gustado, excepto éste. Por qué? Pienso que el inicio del libro en ese ámbito de la Guerra Civil española me produjo un rechazo porque ya le tengo alergia al tema, por recurrente. Otra razón es que por momentos me aburrí, encontrando algunos tramos algo alargados. Por respeto al resto de la obra leída fui hasta el final pero no será mi libro preferido.

Dientes de leche (2008) es una novela con otro retrato de familia española que necesitó tres años de trabajo de documentación al autor aragonés. Es una novela escrita a la tercera persona con un narrador omnisciente y ambientada en Zaragoza : la historia de la familia Cameroni narrada a través de tres generaciones, en su cotidianidad, con sus alegrías, sus pesares y secretos. Y una vendetta. No es un libro sobre la guerra, sino que la Guerra Civil sirve de eje para la historia de esta familia italo-ibérica desde la Guerra Civil en 1937, hasta la llegada del PSOE en 1994, o sea, hasta el final del período de la Transición española. Se nota en la novela este humor tan especial de Martínez de Pisón, entre corrosivo e irónico.

Lo original de esta obra es que atañe al cuerpo de italianos que combatieron con los falangistas : casi 3000 soldados italianos más un puñado de voluntarios de la brigada Garibaldi quedaron enterrados en tierra española ! Los italianos no acababan de entender a los españoles matándose entre ellos, matándose además con un ensañamiento del que sólo ellos parecían capaces; solo unos españoles podían ser tan crueles con otros españoles (páginas 44 y 48).

Raffaele Cameroni se enrola en las brigadas fascistas enviadas por Mussolini para respaldar a Franco durante esta guerra española fratricida; Cameroni huía la miseria más que buscar el combate contra los « rojos ». Y se quedará en tierra zaragozana enamorado de Isabelita Asín, una linda enfermera a quien le han asesinado un hermano por « rojo » y apresado al padre de injusta manera. Se casarán. Era ciertamente una época muy revuelta y desgraciada

Raffaele se afincará en Zaragoza y tomará la fábrica de fideos de su suegro llevándola al progreso. Pero Raffaele tiene un secreto aunque este secreto no le corta el sueño ni le impide vivir su vida. La ciudad de Zaragoza tiene un papel protagónico en la historia, es la ciudad natal del autor.

Isabelita y Alberto tendrán tres hijos varones : Rafael el antifranquista, Alberto el más logrado y Francisco, alias Paquito, retrasado mental pero capaz de amar a los suyos con pasión. Alberto se casará con Elisa y tendrán un hijo, Juan.

Isabel guardaba con amor los dientes de leche de sus hijos, para ella eran un verdadero tesoro hasta que un día Raffaele los bota a la basura porque no les da importancia, los considera como algo sucio. Esto se podría interpretar como una metáfora: el hecho que Raffaele pueda desprenderse tan fácil de los recuerdos del pasado. ( Tenía Isabel la sensación de que con los dientes de leche la vida y la muerte se saltaba sus propias reglas, y esa excepción y esa rareza los hacían doblemente valiosos. Quien no fuera capaz de emocionarse al menos un poco ante uno de aquellos dientecitos carecía por completo de sensibilidad…).

El personaje de Raffaele invade el texto, está campeado a la perfección. Los personajes femeninos de Isabel y de Elisa son también muy logrados y le dan solidez al relato. Los tres hijos están más bien esbozados aunque con una mención especial a Paquito, el niño bobo que reboza sentimientos.

Una obra en el estilo inconfundible del escritor, pero que no logró cautivarme como otras.

Dientes de Leche. Iganacio Martinez de Pison

DIENTES DE LECHE, Seix Barral 2008,  ISBN 978-84-322-1247-5

La vie secrète des arbres de Peter Wohlleben

Résultat de recherche d'images pour "peter wohlleben la vie secrète des arbres" Peter Wohlleben est un forestier et écrivain allemand (Bonn 1964) auteur de ce livre qui est un best seller mondial; rien qu’en Allemagne il s’en est vendu plus de 700 000 exemplaires.  Il travaille et s’occupe d’une forêt d’hêtres depuis plus de 20 ans, forêt située sur la commune d’Hūmmel dans la région d’Eifel (vers la frontière belge) au sud de Bonn.

La vie secrète des arbres (2015) est un livre à nul autre pareil. Il est absolument vrai que, après l’avoir lu, on ne peut plus regarder les arbres avec indifférence mais avec un énorme respect pour la part immense qu’ils accomplissent dans le cycle de notre vie. D’aucuns ont reproché à Wohlleben de donner un caractère un peu trop anthropomorphique à cette histoire, mais je pense qu’il ne pouvait pas en être autrement afin de donner au récit une échelle de valeurs à la portée du plus grand nombre et de ne pas cantonner le livre à la catégorie réservée aux scientifiques. C’est une leçon de bonheur que ce livre et aussi une leçon d’humilité pour l’Homme en général qui se considère un être supérieur alors qu’il n’est qu’un maillon de la chaîne comme tant d’autres êtres vivants.

On apprend beaucoup de choses dans ce livre. Par exemple la complexité et la richesse des interconnections racinaires des arbres entr’eux, ce qui leur sert à s’alimenter et à échanger des informations. Par exemple l’interaction exercée pendant des  kilomètres par le mycellium des champignons visant à aider l’irrigation des arbres. La consommation d’eau par les arbres, facteur de leur croissance,  est importante : pour produire un kilo de bois, un hêtre a besoin de 180 litres d’eau  mais d’autres espèces jusqu’à 300 litres. Par exemple le système d’entr’aide des arbres d’une même espèce qui prennent en charge les bébés arbres comme les arbres malades ou affaiblis, et même, les racines ou les vestiges d’arbres coupés sans jamais les abandonner à la sécheresse. En fait, quand un arbre meurt c’est qu’il a perdu sa place dans l’écosystème qui l’héberge : il a été parasité et/ou infesté par une myriade d’êtres vivants qui peuplent le sous-bois et dont nous ignorons la présence.

L’écosystème d’une forêt est d’une grande complexité et la lutte pour la vie et la survie est aussi impitoyable qu’ailleurs et à tous les échelons. La lutte se fait avant tout pour la moindre parcelle de SOLEIL, énergie basique pour leur survie via la photosynthèse, car la fabrication du bois consomme des quantités phénoménales d’énergie : le tronc d’un hêtre, par exemple, a besoin d’un volume de sucres et de cellulose équivalent à un hectare de blé. Il est compréhensible qu’il lui faille 150 années pour grandir et se développer, mais ensuite aucun autre végétal ne lui fera de l’ombre et sa progéniture sera programmée pour survivre avec le peu de luminosité qu’il laisse filtrer (3% !) en ayant droit à des perfusions de nourriture par les racines.

Il semblerait que les arbres ont une mémoire et qu’en cas de souffrance (une sécheresse par exemple), l’arbre peut changer de stratégie l’année suivante. Depuis les années 70 on sait que les arbres peuvent communiquer entre eux en sécrétant des substances odorifères (un gaz avertisseur comme l’éthylène) qui vont attirer d’autres prédateurs pour en débarrasser les premiers; par exemple attirer des abeilles afin de se débarrasser de chenilles voraces. Mais ils posséderaient aussi le sens du goût car ils peuvent identifier la salive  d’un insecte et prendre quelques mesures défensives et avertir les congénères proches…Les informations sont transmises chimiquement, mais aussi électriquement à la vitesse de 1 cm/seconde ce qui est très lent pour l’échelle humaine. L’enfance et la jeunesse d’un arbre sont 10 fois plus longues que les nôtres et ils vivent 5 fois plus longtemps que nous en moyenne.

On sait désormais que les arbres peuvent communiquer olfactivement, visuellement et électriquement par l’intermédiaire de sortes de cellules nerveuses situées aux extrémités des racines. De plus, les arbres auraient un comportement « social » en communauté.

Depuis une vingtaine d’années on sait que les arbres peuvent s’appuyer sur le réseau mycélien des champignons pour régler leur flux hydrique. La densité du réseau de filaments est inimaginable : une cuillerée à café de terre forestière contient plusieurs kilomètres de filaments appelés hyphes, ainsi, au fil de siècles un seul champignon peut s’étendre sur plusieurs kilomètres carrés et mettre en réseau des forêts entières. En transmettant les signaux d’un arbre à un autre par ses ramifications, l’arbre concourt à l’échange d’informations sur les insectes, la sécheresse du sol ou tout autre danger. Ils peuvent aussi conter les jours chauds au printemps afin de ne pas fleurir trop tôt et lancer la photosynthèse qui vise à reconstituer les réserves énergétiques de l’arbre.

Une forêt dense et primaire (donc mélangée) garantit un microclimat et un écosystème, mais il faut respecter la lenteur des arbres qui n’est pas à l’échelle humaine. Plus la croissance est lente, plus ils survivront. Ils nécessitent 500 ans pour restaurer une forêt primaire.

Lorsque les feuillus sont apparus sur Terre il y a quelques 100 millions d’années, les conifères étaient déjà là depuis 170 millions d’années. Les feuillus sont plus modernes au sens de l’évolution et ils ont un comportement automnal très « sensé » puisqu’il leur permet de résister aux tempêtes de la mauvaise saison. Les feuillus sont armés pour cela : ils peuvent se débarrasser de toutes leurs feuilles (chacune étant comme un petit auvent) pour gagner en aérodynamisme, ce qui représente 1200 mètres carrés de surface totale qui s’envolent et retombent à l’automne en tourbillonnant sur le sol de la forêt; l’architecture du tronc dépouillé des feuilles, avec sa flexibilité, amortit puis repartit la pression des rafales sur l’arbre dans son entier; la combinaison des deux, permet au feuillu de traverser l’hiver sans dommages.

Mais comment font les arbres des villes ? Sans un écosystème aussi ultra perfectionné, un sous-sol riche en humus équivalent au plancton des océans ? Voilà le charme de la biodiversité. Il existe des espèces d’arbres dites « pionnières », des individualistes qui n’ont goût ni pour le confort ni pour la communauté et qui fuient la promiscuité de la forêt. Leur but est de conquérir de nouveaux territoires pourvu qu’il n’y ait pas de grands arbres parce que ces espèces détestent l’ombre qui ralentirait leur croissance : leur pousse annuelle est accélérée par rapport aux grands arbres : un mètre alors qu’elle se mesure en millimètres pour un hêtre ou un sapin.

Les arbres ne marchent pas mais ils se déplacent en jouant sur le renouvellement des générations. Les graines migrent avec le vent, elles sont légères et petites afin de voyager loin; avec une rafale de vent elles peuvent parcourir 1 à 2 kilomètres. Les espèces possédant des graines plus lourdes (chênes, châtaigniers, hêtres) se servent des animaux du sous bois pour enfouir les graines à distance. Les arbres ont pu migrer vers des zones plus chaudes quand le froid s’est installé, puis remonter vers le nord au changement de climat suivant.

Dans l’écosystème le rôle primordial de l’arbre est de capter le CO2; au cours de leur vie ils emmagasinent jusqu’à 20 tonnes de CO2 dans leur tronc, leurs branches et leur système racinaire. Quand ils meurent, une quantité de gaz à effet de serre strictement équivalente est libérée par l’action de champignons et de bactéries qui digèrent le bois et le rejettent, transformé, dans l’atmosphère. L’effet paradoxal de l’augmentation actuelle de la concentration de CO2 dans l’air a un effet fertilisant : les arbres poussent plus vite avec un volume de biomasse supérieur d’environ un tiers par rapport à il y a une dizaine d’années. Mais cette croissance n’est pas saine. Une équipe de chercheurs internationale a étudié 700 000 arbres sur tous les continents pour conclure que les arbres les plus vieux poussaient le plus vite : un arbre avec un tronc d’un mètre de diamètre produit 3 fois plus de biomasse qu’un individu moitié moins gros.

L’air est plus pur sous les arbres car ce sont des filtres. Les feuilles et les aiguilles qui baignent dans les flux d’air captent nombre de particules qui y sont en suspension; elles interceptent 7000 tonnes par an de particules au kilomètre carré, expliqué par l’immense surface foliaire représentée par les houppiers (couronne de l’arbre). Cela est 100 fois plus important que le travail d’une prairie par exemple. Ils filtrent des substances polluantes, des poussières et des pollens, acides , hydrocarbures toxiques et composés azotés; on les retrouve sous les arbres comme les graisses de l’hôte aspirante d’une cuisine.

A la fin du livre Peter Wohlleben nous démontre l’interaction des écosystèmes par une belle histoire qui nous vient du Japon.  Un chercheur en chimie marine, Katsuhiko Matsunaga de l’Université de Hokkaido, a découvert que des acides provenant des feuilles tombées étaient transportés par les eaux des ruisseaux et des fleuves jusqu’à la mer où ils favorisaient le développement du plancton, le premier maillon de la chaine alimentaire. La plantation d’arbres à proximité des côtes, encouragée par Katsuhiko Matsunaga a été suivie d’une augmentation de rendements des pêcheries et des élevages d’huitres.

Ce qui est sûr, c’est que je ne pourrais plus regarder un arbre de la même manière après avoir lu ce livre. Il me vient un profond respect et une admiration pour l’enchevêtrement et l’interdépendance des écosystèmes qui contribuent à notre bien être sur cette planète si malmenée.

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LA VIE SECRÈTE DES ARBRES, Les Arènes 2017 (PW 2015),  ISBN 978-2-35204-563-9

Tenemos que vernos de María Tena

María Tena (Foto Javier Oliaga) María Tena es una escritora española (Madrid 1953), licenciada en Filosofía, Letras y  Derecho, con una carrera de funcionaria. Ha escrito varios libros que han resultado finalistas de Premios importantes del ámbito literario (Herralde, Primavera…).

Comenté en mayo 2017 su tercera novela El novio chino y confieso que me gustó mucho su estilo : sencillo y directo; y me prometí leerle otras publicaciones en cuanto se presentara la oportunidad.

Tenemos que vernos es su primera novela, finalista del Premio Herralde de Novela 2002 y me ha encantado por la precisión y el alcance justo de sus planteamientos. Encuentro que la portada del libro no está en adecuación con el contenido, la encuentro  anacrónica (es un detalle). La historia de esta novela estaría basada en un hecho real relatado por una amiga también escritora y la escritura le tomó dos años de trabajo.

Los temas del libro son interesantes : la erosión de la pareja, el amor, el tiempo que pasa, las relaciones familiares, la vida laboral, las amistades (verdaderas o falsas).

El libro está presentado en 4 estaciones, comenzando por el otoño y cada capítulo corresponde a un período de la vida de Clara, una mujer a quien todo le ha resultado en la vida : un matrimonio por amor con un arquitecto que tiene muy buena situación, dos hijos adolescentes, una casa estupenda en las afueras de Madrid, una sirvienta ecuatoriana eficiente, un trabajo que le gusta y en el cual se desempeña de maravilla, amigas a granel más una buena amiga con la cual se sincera de sus cuitas: Bárbara.

Y surge sin preaviso un cambio radical en su trabajo con un nuevo jefe con el cual la colaboración va a desembocar en una nueva relación para Clara quien a los 45 años, ya no espera gran cosa en su vida de mujer.

La irrupción brutal de la pasión en la vida de Clara, la llevará a reconsiderar la calidad de su pareja, pero al mismo tiempo sintiéndose terriblemente responsable de los suyos, de su situación social y laboral. Después de mucho cavilar, Clara decidirá decir todo al marido, por lealtad y honestidad.

Clara será muy mal recompensada por su franqueza.

Clara lleva en la novela una voz off que corresponde a los diálogos que mantiene con su amiga y confidente Bárbara y a lo largo del libro vuelve como un leitmotiv la frase « tenemos que vernos » que Clara repite porque  quiere que Bárbara la escuche y aconseje.

Me imagino que la escritora no eligió al azar los nombres de sus personajes. Así, Clara lleva muy bien su nombre porque todo en ella es claro, lo plantea con claridad aunque le sea nefasto. Y su gran amiga Bárbara también lleva bien puesto su nombre aunque bien pudo llamarse Bestia.

Y aunque la historia se termina mal para Clara, la última frase del libro es muy alentadora, positiva y sugerente…Tiene toda la vida por delante…

TENEMOS QUE VERNOS, Anagrama 2003,  ISBN 84-339-6842-4

Valet de pique de Joyce Carol Oates

Résultat de recherche d'images pour "joyce carol oates" Joyce Carol Oates est une grande dame des lettres nord-américaines (Lockport, NY 1938) elle possède une très vaste bibliographie et plusieurs cordes à son arc : poétesse, romancière, nouvelliste, dramaturge, essayiste. Son nom circule depuis quelque temps pour un prochain Prix Nobel. Ella a publié aussi des romans policiers sous des pseudonymes : Rosamond Smith et Laura Kelly.

Les sujets récurrents de Mme Oates tournent autour de la pauvreté rurale, des abus sexuels, des traumatismes de l’enfance, de la satire sociale et de la violence en général. Son style est richement descriptif et me rappelle par moments celui d’Honoré de Balzac. Mais ici les sujets peuvent être assez sombres, profonds, douloureusement psychologiques.

Je lui ai lu quelques livres, et je les ai trouvés tous bons, assez forts, limite dérangeants. Par exemple sa biographie de Marilyn Monroe Blonde (2000) est un des meilleurs livres lus sur cette actrice; et La Fille tatouée (2003) est un autre roman sur la violence des sentiments. J’ai publié en janvier 2017, en VO, un billet sur Hudson River (2001), encore un excellent bouquin sur la classe huppée et âgée nord-américaine avec une note plutôt rare de la part de Mrs Oates :  de l’humour acide.

Valet de pique (Jack of Spades, 2015) traduit en français en  2017, ce serait inspiré d’un récit de deux pages d’Edgar Allan Poe datant de 1850, Le Démon de  la perversité (« The Imp of the Perverse » ) dont voici une citation…Nous sommes sur le bord du précipice. Nous regardons dans l’abîme, nous éprouvons du malaise et du vertige. Notre premier mouvement est de reculer devant le danger. Inexplicablement nous restons…Cette oeuvre élabore une théorie selon laquelle tout le monde a des tendances autodestructrices, incluant le narrateur; cette théorie peut être une esquisse de la notion du subconscient et du refoulement qui devra attendre Freud pour être théorisée. Aussi on peut citer William Wilson, une autre nouvelle du même Poe datant de 1839 où il évoque le thème du double qui hante le narrateur et le conduit à la folie.

Valet de pique est un livre assez génial, un thriller psychologique complexe, un roman choral et gothique avec une nette référence à E.A. Poe avec l’apparition d’un chat noir, incarnation de la chose démoniaque.

LE SUJET : Andrew Rush est un auteur de polars à succès, l’auteur le plus connu du comté d’Hecate dans le New Jersey. C’est un homme très lisse : marié depuis 30 ans à Irina, il est père de trois enfants qui ont déjà quitté la maison familiale, il est riche, assez charmant, un grand philanthrope pour la petite ville où il réside, auteur à succès de polars très corrects, très policés. Il se veut l’homme parfait. Ceci est la face que tout le monde connait.

Mais il a un autre côté, nettement plus obscur et caché à sa famille et à son éditeur : il écrit des polars sous un pseudonyme, Valet de Pique, nettement moins corrects, voire gore et pervers. Il y fait figurer des faits réels vécus par sa famille. Il cache ces livres dans le sous sol de sa vaste demeure, là où personne n’a le droit d’y aller et les écrit nuitamment sous l’emprise de l’alcool. Parfois il ne garde aucun souvenir de cette activité.

Un jour par mégarde il laissera traîner l’un de ses polars signé Valet de Pique qui tombera dans les mains de sa fille Julie, laquelle le lira et sera estomaquée quand elle constatera que des faits relatifs à leur vie familiale et privée, figurent dans le roman. Presque en même temps, Rush recevra une citation à comparaitre au tribunal correspondant à une accusation de plagiat et de vol de matériel de la part de C.W. Heider, une vieille fille de la ville de Harbourton où habite Rush, déjà connue pour les mêmes exactions avec d’autres écrivains et ayant été déboutée.

La maison d’édition de l’écrivain Rush est à New York et elle est très puissante. Elle commissionnera un excellent avocat qui le défendra sans souci et sans frais…

A partir de ce deux évènements l’écrivain Rush va perdre le contrôle de sa vie et son alter ego, Valet de Pique, prendra les commandes de son subconscient et lui dictera des conduites transgressives, inimaginables chez l’impeccable Andrew Rush. C’est la descente dans la folie.

Mais QUI est le véritable Andrew Rush ? C’est sûr, c’est un homme compliqué, c’est une personnalité trouble. Dès l’âge de 12 ans il traine des boulets puisque nous savons qu’il a été à l’origine de « l’accident » qui a coûté la vie à son frère plus jeune. Non, ce n’était pas un accident, il l’a poussé parce qu’il en était jaloux. Comment peut-on vivre avec une culpabilité pareille sans sombrer dans la folie? Par exemple, en inventant un personnage très retors et très pervers que lui permettra d’évacuer toutes ses pulsions ; une personnalité qui lui sert d’exutoire pour supporter cette charge émotionnelle. C’est l’autre face de son alter ego: Valet de pique. Peut-être nous trompons nous? Je ne crois pas car, sous une apparence débonnaire, il a complètement annihilé la personnalité de sa femme qui était au départ presque une meilleure écrivaine que lui même, et le lecteur remarque que dans son for intérieur il n’aime pas ses enfants, ils les méprise. En fait, c’est un personnage assez vil sous des apparences plus que trompeuses. Il commettra des actes graves mû par les pulsions du Valet de pique jusqu’au dénouement final. C’est assez terrifiant.

Il y a d’autres choses intéressantes dans le roman. Comme par exemple la mise en abyme de l’écrivain réel Stephen King, abondamment cité dans l’histoire. (Se connaissent-ils bien?). King et Oates ont publié des livres sous des pseudonymes  (sous le pseudonyme de Richard Bachman pour King). Le King du livre sera accusé de plagiat comme Andrew Rush. Oates aborde aussi le sujet de la création littéraire et de ses rituels, de la jalousie qui peut générer cette création intellectuelle. Et aussi le rôle de l’alcool comme moteur dans l’acte d’écriture.

Un livre bigrement complexe, intelligent, inquiétant et qui laisse quelques points non éclaircis (quid de la répétition en littérature?). Ceci me rappelle l’un des sujets phares du dernier livre d’Enrique Vila-Matas lu il y a peu : Mac et son contretemps, justement traitant de ce sujet.

VALET DE PIQUE, Éditions Philippe Rey 2017 (JCO 2015),  ISBN 978-2-84876-585-3

Los peligros de fumar en la cama de Mariana Enríquez

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Mariana Enríquez es una periodista y escritora argentina (Buenos Aires 1973) que forma parte del grupo « nueva narrativa argentina » ( de los cuales he leído por el momento a Pedro Mairal, Samanta Schweblin, Oliveiro Coelho…)

El estilo de Enríquez es una mezcla de gótico, de terror, de ciencia ficción, de fantasy y de lo ultra siniestro en lo cotidiano. Es una buena escritora, bastante eficiente en la medida que sus relatos son impecables, bien construidos, sin ninguna falla ni en el léxico ni en los temas, ni en la caída final.

Los peligros de fumar en la cama son 12 cuentos variopintos que no me produjeron tanto terror como asco porque nadan en lo morboso, en lo malsano, en lo under-ground : fantasmas, brujas, sexo, drogas, canibalismo, perversión, crueldad, venganza, fetichismo, espiritismo, fantasmas, obsesiones, locura…Hay una loca en un cuento que fuma en la cama y que busca la combustión a como venga y que da el título al compendio, por cierto muy atinado.

Una autora que hay que leer por lo novedoso de su aporte y por lo altamente eficiente de su estilo, pero no por gusto ni por placer.

LOS PELIGROS DE FUMAR, Anagrama 2017,  ISBN 978-84-339-9824-8