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L’Adversaire d’Emmanuel Carrère

L'adversaire, Emmanuel Carrère - Réseau Canopé

Emmanuel Carrère est un écrivain, scénariste et réalisateur français (Paris 1957), diplômé de l’Institut d’Études Politiques. C’est le fils de la distinguée russologue française et académicienne Hélène Carrère d’Encausse qui a des origines russes,  ce qui explique en partie son engouement pour la Russie.

J’ai lu son livre Limonov (2011) qui a reçu plusieurs prix dont le Renaudot 2011, c’est  une biographie romancée du polyfacétique personnage russe réel Édouard Savenko, un livre très intéressant à lire.

L’Adversaire (2000) m’a été chaudement recommandé et je suis d’accord car c’est une lecture qui apporte un point de vue intéressant sur une affaire criminelle qui a commotionné la France en 1993, l’affaire Jean-Claude Romand, le quintuple assassin. C’est un livre-récit de non-fiction, considéré comme un rapport par l’auteur et aussi comme un livre jumeau de son autre livre La classe de neige (1995), qui a été écrit après l’abandon d’une première écriture de L’adversaire où Emmanuel Carrère intègre l’image de l’enfance de Jean-Claude Romand pour essayer de comprendre ce qui avait fait naître la personnalité du futur criminel et où il va éprouver une certaine empathie pour un enfant a qui l’on a enseigné le mensonge vis-à-vis d’une mère malade. L’adversaire est le résultat d’une enquête journalistique de plusieurs années et qui se veut fidèle à la réalité.

Le livre a été l’objet de 2 adaptations cinématographiques, la première par Laurent Contet en 2001  sous le titre L’emploi du temps  et la deuxième en 2002 par Nicole Garcia sous un titre  éponyme. Il y a eu aussi une adaptation pour le théâtre en 2016 conduite par Fréderic Cherbœuf.

L’écrivain E. Carrère a voulu travailler sur la part d’imposture qui existe en tout être humain mais qui prend rarement des proportions aussi monstrueuses, mais ce livre n’explique rien car l’auteur n’est pas arrivé à démêler la personnalité du criminel.

L’AFFAIRE CRIMINELLE: Jean-Claude Romand, natif du Jura, va assassiner épouse, enfants (2) et ses parents le 9 janvier 1993 et va rater son suicide. L’investigation va révéler très vite que Romand vivait dans le mensonge depuis 18 années! Jusqu’au dérapage il a pu mener une double vie dans une relative opulence. Il se disait médecin chercheur mais il n’avait pas fini ses études de Médecine abandonnées en deuxième année. Il s’installera à la frontière Suisse pour justifier d’un faux emploi à l’OMS. L’argent pour toute cette frime émanait de diverses escroqueries qu’il a perpétrées et froidement calculées au fil des années auprès des proches et de moins proches. Il a poussé le vice jusqu’à escroquer des gens dans le domaine de la santé!

Personne, pendant 18 années ne va le soupçonner de quoique ce soit et la Faculté de Médecine où il est resté inscrit pendant 12 années en deuxième année ne se montrera pas étonnée devant une telle bizarrerie…

L’explication du titre émane du nom donné au diable dans la Bible : l’adversaire, le menteur.

Ce quintuple meurtre prémédité est appelé « crime altruiste » par les psychiatres car Romand a tué les personnes qu’il aimait le plus au monde afin « de les protéger » de la vérité accablante sur lui. Nous sommes devant une pathologie narcissique grave avec mythomanie, froideur affective et investissement massif des apparences au détriment de la profondeur.

L’assassin a mené une double vie pendant 18 années. Côté face il était un bon mari et un père aimant, il avait des amis, certains très proches; il se déplaçait, il voyageait, il s’occupait de ses vieux parents. Côté pile, il n’était rien, il errait, il se terrait, il disparaissait pendant les heures de travail. Et il montait des escroqueries avec ses proches et non proches, sans l’ombre d’un remords. Un mensonge entraînait le suivant. En 1993 sa femme, pharmacienne de formation, a commencé à douter sur certains détails, ce qui a déclenché le drame.

Le livre est intéressant parce que Carrère est l’écrivain-narrateur de l’histoire de Jean-Claude Romand et aussi de la sienne, de celui qui doit colliger des informations; nous sentons les doutes qui l’assaillent, la terreur qu’il éprouve et la pitié aussi. Au fil du récit l’écrivain semble se détacher de l’histoire qu’il nous raconte et l’on sent très bien les hésitations dans le récit de la honte qui’il  ressent en tant qu’écrivain, en approchant un tel monstre.

Emmanuel Carrère mettra 7 années pour écrire ce livre;  il avait écrit une première lettre à l’assassin 6 mois après les faits, lettre restée sans réponse pendant 2 ans. Finalement le livre paraîtra 7 ans après les faits et 4 ans après le procès.

Jean-Claude Romand sera condamné à perpétuité (assortie de 22 années de réclusion) et sera détenu à Chateauroux,  il sera libéré après 23 années de réclusion. Actuellement il vit en liberté conditionnelle dans l’Indre depuis juillet 2019, il doit porter un bracelet électronique pendant une période probatoire de 2 ans et sera soumis à des contrôles pendant 10 ans.

Il paraît que ce « père aimant », « fils modèle », « ami intachable » et « détenu modèle » tombé en religion avait obtenu un 16/20 à l’épreuve philo du Bac 1976 sur le thème « La vérité existe-t-elle?

Peut-on croire dans la rédemption d’un tel personnage, calculateur froid et mythomane récidiviste ? Sincèrement je ne le pense pas. Pour moi c’est la vive incarnation d’un monstre sans rédemption possible.

 

L'Emploi du temps (2001), un film de Laurent Cantet | Premiere.fr ...          Affiche du film L'Adversaire - Affiche 1 sur 1 - AlloCiné

 

L’ADVERSAIRE, Folio N° 3520 (E.C. 2000),  ISBN 978-2-07-041621-9

La maravillosa vida breve de Óscar Wao de Junot Díaz

Lin-Manuel Miranda Lent His Perfect Voice To Narrate 'The Brief ...

Junot Diaz es un escritor estadounidense-dominicano (Santo Domingo 1968), profesor de literatura creativa en el MIT. Su obra describe la realidad de los emigrantes hispanoamericanos en los EEUU. La maravillosa vida breve de Óscar Wao fue publicada originalmente en inglés (The Brief Wondrous Life of Oscar Wao, 2018) y traducida al español por Achy Obejas a quien se le debe felicitar por el logro con un texto lleno de lenguaje coloquial y de Spanglish. El libro le valió al autor nada menos que el Premio Pulitzer 2008 más 6 otros galardones ! Los derechos cinematográficos fueron comprados por Miramax Films, pero que yo sepa, la película aún no se ha filmado.

Este libro fue citado  por un autor argentino, gran lector y quise leerlo, además no tengo autores dominicanos en el blog y esta lectura me hace mejorar y variar la casuística.

Es un libro especial, diferente, es una novela histórica sobre los 31 años de dictadura de Trujillo en República Dominicana y es también una novela de iniciación o bildungsroman que necesitó unos 11 años de trabajo ; seguiremos la historia de Óscar Cabral alias Óscar Wao, un anti-héroe que hace pensar en otro anti-héroe obeso, Ignatius J. Reilly de John Kennedy Toole (A Confederacy of Dunes, 1980). Los dos jóvenes obesos son inefables, inolvidables, patológicos. La otra particularidad que tiene este libro es la abundancia de notas explicativas que constituyen una historia en la historia, en este caso Junot Díaz nos da explicaciones históricas sobre la monstruosidad de la dictadura del déspota y sanguinario Trujillo; este detalle de las notas explicativas me recuerda el libro de David Foster Wallace con 380 páginas de notas, pero aquí el objetivo era otro.  La dictadura de Trujillo está muy bien descrita también en el libro de Mario Vargas Llosa La fiesta del chivo (2000) así como en  Galíndez de Manuel Vázquez Montalbán (1990), ambos libros terroríficos fueron leídos.

Junot Díaz explica la verdadera « vaina de Óscar Wao », un obeso nerd, geek y un friki, de su verdadero nombre Óscar Cabral pero conocido como Óscar Wao desde un día de Halloween universitario en que se disfrazó de Doctor Who, pero que el narrador del libro encontró igualito al gordo Óscar Wilde, nombre que los compañeros presentes no conocían y que pronunciaron mal. Y así se quedó para siempre Óscar Wao.

El muchacho llegó a New Jersey con su madre y su hermana allá por los años 70 de la diáspora dominicana. La madre sufrió tantas desilusiones en Santo Domingo que tuvo que salir del país a buscar sustento, es una madre completamente histérica aunque responsable. La diáspora de dominicanos y otros centroamericanos vive en New Jersey y hablan espantosamente mal el español, con una jerga hecha de  Spanglish difícil de entender para un no caribeño. El problema de Óscar Wao  es su monstruosa obesidad y vive obsesionado con conocer una mujer, sin tener el comportamiento adecuado; además, para un dominicano esta situación es muy vergonzosa porque se estila mucha facilidad con las cosas del sexo. Óscar vive su virginidad en obeso reprimido y constituye casi una fuente de vergüenza colectiva. Su hermana Lola, algo mayor lo sobre-protege y lo confía al narrador para que lo ayude.  En tela de fondo tenemos en detalle la vida de gran parte de la familia Cabral : del abuelo que fue potentado, del padre que fue médico y de la madre que fue excelente enfermera, de la « abuela » que los recogió cuando se quedaron huérfanos, y de tantos otros personajes bastante truculentos.

Toda la idiosincracia dominicana está basada en lo que ellos llaman el fukú,  una especie de maldición, de fatalidad que recae sobre la familia de generación en generación y contra la cual casi no hay nada que hacer. Esta es una creencia que remontaría a los orígenes del colonialismo. El fukú no solo pesa sobre los dodos (dominicanos), sino también sobre los portorros (puertorriqueños) al que le llaman fufú,  los haitianos tienen otra bobería.

El drama personal de Óscar Wao es patético, pero el tono es muy jocoso por momentos, crudo a veces, transgresor, triste, terrible, espeluznante, etc, etc.  Es una lectura que remece, que cuestiona, que sidera. La prosa conlleva varios registros : la comedia, el drama, el realismo, lo sobrenatural, la profundidad y la crudeza con un relato de corte clásico o profusamente barroco, nutrido de Spanglish que hay que soportar.

Una lectura interesante, diferente, bastante aterradora, pero que logra pasar gracias al humor del autor.

LA MARAVILLOSA VIDA, Debolsillo 2018 (JD 2007),  ISBN 978-84-8346-609-4

Marie Laurencin, la féerie d’Isaure de Saint Pierre

Afficher l’image source Isaure de Grosourdy de Saint Pierre est une écrivaine et journaliste française (Paris 1944), auteure de plus de 60 romans…

Marie Laurencin, la féerie (2019) est le premier ouvrage que je lui lis, attirée par cette nouvelle biographie d’une artiste que j’apprécie.

J’avais déjà lu l’intéressante et intimiste biographie écrite par sa filleule, Benoîte Groult, intitulée simplement Marie Laurencin (1987) enrichie de nombreuses illustrations. Puis je possède aussi la biographie de Bertrand Meyer-Stabley , intitulée aussi Marie Laurencin (2011), illustrée de nombreuses photos de l’artiste et fourmillant de détails sur sa vie:

(https://pasiondelalectura.wordpress.com/2014/06/29/marie-laurencin-de-bertrand-meyer-stabley/).

L’ouvrage de Madame de Saint Pierre se lit avec plaisir car elle retrace sans parti pris ce que fut la vie mouvementée de cette artiste si originale et caractéristique. J’aime ses évocations de femmes évanescentes, aux yeux de biche, éthérées et toujours élégantes, attifées de perles et/ou de fleurs et ce « rose laurencin » si évocateur, si pastel. Souvent dans ses tableaux et lithographies, figure la petite guitare offerte par Guillaume Apollinaire, son compagnon durant 5 ans, qu’elle n’oublia jamais malgré leurs fréquentes et violentes disputes.

Marie Laurencin (1883-1956) était une fille naturelle dont le père, un notable, lui fit donner une bonne éducation. Sa mère était une femme plutôt distinguée, couturière et brodeuse reconnue. Depuis son jeune âge, Marie va se dédier à la peinture et subir une solide formation auprès d’artistes connus. Assez vite elle va trouver son chemin artistique au milieu d’une époque très riche en talents.

Elle se mariera une seule fois, en juin 1914, avec un peintre allemand, le baron Otto von Wätjen et deviendra automatiquement allemande, ce qui lui vaudra des ennuis sérieux lors de la Première Guerre Mondiale. Le couple devra se réfugier en Espagne afin de faire oublier le fait d’être allemands; Marie Laurencin voudra très vite divorcer pour cause d’incompatibilité de caractères, mais la formalité sera très longue et ne sera effective qu’en 1921.

Elle redeviendra la Parisienne en vogue et va s’entourer d’écrivains tels que André Gide, Max Jacob, Marcel Jouhandeau, Jean Paulhan, Lewis Carroll, Henri-Pierre Roché, Jean Cocteau et d’autres. La vie de Marie Laurencin fut riche et tumultueuse, elle connut le succès de son vivant, mais son style est devenu démodé après la DGM.

Pendant la DGM elle aura une attitude ambivalente se montrant égoïste et futile pour elle même, ne cachant pas son admiration pour l’occupant allemand mais ruant dans les brancards lorsqu’on touchait à ses amis juifs. Néanmoins, malgré ses contacts haut placés, son appartement fut réquisitionné et elle sera logée par des amis; vingt-huit de ses tableaux auraient pu être volés par Göring si elle n’avait pas été alertée à temps. Elle sera détenue par l’armée française de libération, parquée à Drancy puis libérée 11 jours plus tard.

Elle n’a pas eu de descendance mais a adopté Suzanne Moreau, sa dame de compagnie et a legué son oeuvre à la Fondation des orphelins d’Auteuil. A sa mort son ami Marcel Jouhandeau écrit « elle est morte, quelle féerie s’achève », ce qui a dû inspirer le titre du livre?  Elle a réalisé durant sa vie quelques 1 800 peintures, aquarelles, décors de théâtre et illustrations de livres.Résultat de recherche d'images pour "marie laurencin"

MARIE LAURENCIN, Albin Michel 2019,  ISBN 978-2-226-44096-9

Les trois jours de Pompéi d’Alberto Angela

Résultat de recherche d'images pour "i tre giorni di pompei alberto angela" Alberto Angela est un paléontologue, écrivain, journaliste et présentateur d’émissions culturelles italien (Paris 1962).

Les trois jours de Pompéi (2017) s’est vendu a plus de 200 000 exemplaires en Italie, un énorme succès pour ce livre reconstituant la vie à Pompéi et alentours, quelques heures avant le cataclysme de l’année 79 de notre ère. Ce drame tellurique aurait eu lieu en octobre et non au mois d’août comme cela a été évoqué le plus souvent. Aussi, ce n’est pas le volcan Vesube qui serait à l’origine de l’éruption mais le volcan Somma qui était bien camouflé dans le relief. Autrement dit, les pompéiens ne savaient pas qu’ils étaient au pied d’un volcan mais ils le voyaient comme un simple mont, même si les signes avant coureurs d’une explosion étaient nombreux.

Déjà en l’an 62 de notre ère, un autre tremblement de terre avait touché cette région de la Campanie, à tel point que beaucoup d’habitants avaient déserté le lieu et vendu leur logement principalement aux nouveaux riches de l’époque, les affranchis.

Le livre reconstitue la vie de Pompéi et d’autres lieux proches avec une abondance de détails de tout genre, ce qui donne un aperçu très vivant de la vie avant le drame à travers divers personnages ayant existé et ayant appartenu a des différents couches sociales. Leur vie était déjà sophistiquée à cette époque avec, par exemple, l’interdiction de circuler la nuit pour les véhicules à roues, ils pouvaient circuler la nuit grâce à des rails le long de trottoirs pour ne pas gêner les piétons. La vie de tous les jours est remarquablement décrite, comme par exemple la production du pain sous forme de miches qui étaient épicées. Les blanchisseries utilisaient l’urine pour traiter le linge ce qui fait que les urines étaient ramassées gratuitement dans des amphores disponibles dans les rues avec l’inconvénient en ville de devoir supporter des odeurs fortes; c’est pour cette raison que l’empereur Vespasien a décidé de taxer l’urine utilisée par les fouleries (des esclaves foulent au pied des vêtements dans un mélange d’eau et de substances alcalines comme la soude et l’urine) et de cette époque émane la phrase célèbre de Vespasien à ceux qui rouspétaient pour la taxe « pecunia non olet » c’est à dire l’argent n’a pas d’odeur. A l’époque,  la principale source d’informations en tout genre se situait au Forum, ensuite les informations circulaient dans les bars qui existaient en très grand nombre.

C’est vraiment très intéressant et facile à lire, très documenté,  même si je dois avouer que le ton employé m’a quelque peu agacé car plus destiné à des élèves du secondaire qu’à des lecteurs aguerris.

Quelques informations sont précises comme par exemple la taille des gens à cette époque: les hommes mesuraient 1,66 et les femmes 1,50 avec une espérance de vie autour de 50 ans; il a fallu 2000 ans pour doubler cette espérance de vie…

La grande déflagration du 24 octobre 79 a été précédée de 43 séismes dont un fort tremblement de terre en 62, si fort que beaucoup d’habitants nantis avaient déjà abandonné les lieux, Pompéi et la campagne environnante où des somptueuses demeures existaient. Cela fait que la ville de Pompéi était partiellement en reconstruction.

Le volcan Somma a déversé en 20 heures suite à l’explosion 10 milliards de tonnes de magma sur 15 Km et sur une épaisseur de 3 mètres par endroits, avec un débit de magma de 70 000 tonnes par seconde! Cette catastrophe a fait plus de 20 000 morts, c’est inimaginable et c’était difficilement évitable. Il paraît que entre le moment de l’explosion et la fin, les gens n’avaient que très peu de temps pour échapper à la mort.

Les dégâts ont été très différents à Pompéi par rapport à Herculanum. Dans cette dernière petite ville les gens ont été tués de façon immédiate par l’onde de choc thermique qui a atteint quelques 500 degrés avec la vague silencieuse de magma qui s’est propagée en 6 couches à 100 Km/heure ! A cette température la boîte crânienne éclate et le corps est calciné de façon instantanée de telle façon que les gens ont gardé la posture qu’ils avaient à ce moment précis. Heureusement qu’ils n’ont pas eu le temps de souffrir.

Un livre saisissant qui décrit bien ce que fût l’apocalypse pour tant de gens.

Je suis toujours épatée par la facilité avec laquelle voyageaient certaines personnes dans l’Antiquité. Ils allaient d’un site à un autre avec une grande facilité essentiellement par voie de mer.

LES TROIS JOURS DE POMPÉI, Payot 2017 (AA 2014),  ISBN 9798-2-228-91863-3

Historia Secreta de Chile (1) de Jorge Baradit

Résultat de recherche d'images pour "historia secreta de chile jorge baradit"" Jorge Baradit (Valparaiso 1969)  es un escritor chileno de novelas (ficción y no ficción), autor de la trilogía Historia secreta de Chile. El autor se dedica a la literatura desde 2005.

Se le ha integrado a un movimiento renovador de las letras chilenas llamado Freak Power, compuesto por narradores como Bisama, Ortega, Wilson, Amira, etc.

Historia secreta (1) y los que siguieron se han convertido en super-ventas nacionales desde el primer mes llegando a unas 200 000 publicaciones.

Este libro me fue muy recomendado por un librero de la ciudad chilena austral de Punta Arenas; porque yo no lo hubiese escogido sin saber. Y no me arrepiento porque se lee bien , es entretenido y bastante transgresor. Desde ya la portada de este primer tomo muestra al gran marino Arturo Prat, héroe de la Guerra del Pacífico, con un tercer ojo masónico y otros implementos.

Mirar la Historia por el extremo equivocado del telescopio puede resultar tendencioso porque es enfocar en « close up », ver solo un punto y hacer caso omiso del resto. Cada pueblo tiene y vive su Historia una vez, no se puede hacer de nuevo.

Las 12 historias de Baradit son entretenidas y transgresoras, son anecdóticas, son especiales, son a veces paradójicas porque humanas.

La primera historia narra a un Arturo Prat espiritista, la historia es anecdótica y no le quita nada al personaje heroico, sino que le agrega humanidad.

La historia del terremoto de 1647 en Santiago de Chile, en aquel entonces ciudad pueblerina de 4 000 almas que quedó despoblado, es aterradora y recuerda que las posibilidades sísmicas son tan reales con esa geología hecha de una fina placa terrestre que es Chile entre una fosa marina y la inmensa cordillera, una placa destinada a desaparecer.

La extraña desaparición del cadáver del revoltoso Manuel Rodríguez es anecdótica y al parecer los descendientes quieren encontrar sus restos.

La masacre de los soldados chilenos en La Concepción, Perú, en el siglo XIX fue cruento, pero estaban en guerra y en la guerra no se salva nadie y cuando se cuentan los pobres muertos y se constata que son legión, entonces se dan cuenta que por lo general han muerto por casi nada.

La simbología de la estrella blanca de cinco puntas en la bandera chilena es interesante y probablemente de origen complejo. Hubo mucho esoterismo en aquellos tiempos, explicaciones poco claras y soterradas.

El capítulo sobre el medium Jaime Galté me resultó fascinante porque imposible de catalogar, de definir, de analizar. Pero los hechos están ahí, oscuros y ineludibles, extraordinarios. Siempre me ha llamado la atención el caso que hacen los políticos a este tipo de misterios y también la necesidad que siente la gente que sufre de reanudar con este tipo de contactos con el más allá como una reminiscencia arcaica del alma humana.

La historia del asesinato del general Silva Renard en Santiago en 1914, un general que comandó las tropas que arremetieron contra mineros en la oficina salitrera Chile en 1904 y en 1907 con la matanza en la escuela Santa María de Iquique, provocando miles de muertos. Este último fue narrado magníficamente por Hernán Rivera Letelier en su libro Santa María de las flores negras (2002).

La historieta sobre el emperador francés de Araucanía es una patraña ideada por gente ávida de oropeles y reconocimiento. Es ridícula y verídica.

La historia de Ingrid Olderock no la conocía y es pavorosa.

La conspiración de la Virgen de Peñablanca es otra patraña increíble para hacer diversión. Exactamente como « Al pueblo, pan y circo » de los romanos. Lo increíble resulta del nivel de implicación de algunos.

Y el último relato concierne la Internet de Salvador Allende, es decir, que el ex presidente de Chile había pensado controlar el óptimo funcionamiento de los camiones distribuidores de mercancías  vía un sistema computacional en el Chile de 1972 con la ayuda de un cibernético británico Stafford  Beer. Se le vino abajo el sistema con la inyección de dólares que llegó desde USA para subvencionar a los camioneros.

Un libro que se lee bien, pero que no hace la Historia, más bien ahonda  la historieta de la Historia o las páginas amarillas de la Historia.

HISTORIA SECRETA, Sudamericana 2015,  ISBN 978-956-262-469-5

Hasta que puedas quererte solo de Pablo Ramos

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Pablo Ramos es un escritor y poeta argentino (Avellaneda 1966), destacado por sus libros que reflejan su historia personal frente a la dependencia al alcohol y a la cocaína desde sus 18 años. El autor dijo en una entrevista que este libro es « una respuesta estética a un problema moral« . La frase me parece muy justa.

El libro me fue muy recomendado por una librera, junto con otros, por mi paso por Ushuaia. Le agradezco su consejo porque hasta ahora las opciones han resultado excelentes.

Su via crucis personal está descrito en este libro (2016) que es muy autorreferencial  y tiene un bonito título que encontramos en el prólogo del libro : cito…escribo estas palabras con las manos endurecidas. El cuerpo tiene sed y el alma se siente sola, pero me siento mejor al rememorar las palabras de mi anfitrión (el hombre que lo acogió en 1997 para la primera reunión de Adictos Anónimos), las palabras que me dijo el compañero cincuentón, ese que el azar quiso que yo nunca volviera a ver, ese del cual no recuerdo casi nada, excepto lo que me dijo « pase lo que pase vos vení, que acá te vamos a querer, hasta que puedas quererte solo ».

Son 12 capítulos que él llama « pasos » como los pasos que se deben seguir durante la rehabilitación con los Adictos Anónimos y los Alcohólicos Anónimos en Argentina.

Al principio de cada « paso » van las reflexiones del autor que luego ilustra con un caso real. Cada historia es diferente, conmovedora e hiperrealista. La prosa es perfecta, clara y sin patetismo en los relatos.

El autor dice sentir cierto alivio considerando que el cuadro de la adicción es una enfermedad, como si la medicalización aliviara el sentido de culpa. Pero en realidad, la enfermedad es la consecuencia del abuso de alcohol y drogas que destruyen poco a poco el cuerpo y la mente,  llevando a la gente a la abulia. Tiene suerte el escritor Ramos de haber podido conservar intacto su intelecto y así brindar un testimonio de vida tan bien escrito.

Un párrafo terrible y significativo (página 60): la vergüenza en la cara de los adictos: ese sentimiento metido en la carne, el sentimiento de ser deficientes morales, crea una extraña, una horrible distancia.

Sus invocaciones espirituales son muy personales y probablemente necesarias para hacer frente a tales desmanes físicos y mentales. Ese es un tópico personal al autor y que se debe respetar, pero me pareció el menos convincente aunque muy necesario.

Una obra que obliga al lector a bajar a los infiernos al mismo tiempo que rogar  por una mejoría.

HASTA QUE PUEDAS, Alfaguara 2016,  ISBN 978-987-738-225-9

La supplication de Svetlana Alexievitch

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Svetlana Alexievitch est une journaliste biélorusse (Stanislav 1948), reconnue par le Prix Nobel de Littérature en 2015.

La supplication (1997) reçut le Prix de la Paix Erich Maria Remarque 2011, c’est un livre interdit en Biélorussie.

Une série documentaire anglo-américaine de 5 épisodes, tournée par Craig Mazin et diffusée en 2019 a connu un succès planétaire; cette série m’a été tellement recommandée et je n’arrive pas à la voir…Je me suis donc décidé à lire le livre.

C’est un témoignage terrible, dévastateur, inégalé dans l’histoire technologique de l’humanité sur l’accident de la Centrale Nucléaire « Lénine » de Tchernobyl en Biélorussie le 26 avril 1986 à 1h23. La Biélorussie de 10 millions d’habitants a perdu 485 villages après l’explosion dont 70 ont dû être enterrés sous des tonnes de sable, de plomb et de ciment. Aujourd’hui 2,1 millions de personnes vivent en région contaminée avec une mortalité de 20% supérieure à la natalité.

Et il faut savoir que le quatrième réacteur conserve toujours, sous une chape de plomb et de béton armé, près de 20 tonnes de combustible nucléaire. Cette chape a été bâtie à distance et à la hâte avec des dalles raccordées par des robots (qui fonctionnaient quelques heures, puis étaient neutralisés par les radiations) à l’aide d’ hélicoptères, dalles qui ont des fentes; aujourd’hui on estime que ces fissures dépassent 200 mètres carrés avec échappement en continu d’aérosols radioactifs…

La journaliste s’est évertuée, dix ans après, à recueillir les témoignages des survivants…je m’intéressais aux sensations , aux sentiments des individus qui ont touché à l’inconnu. Au mystère. Tchernobyl est un mystère qu’il nous faut encore élucider. Ce que l’homme a appris, deviné, découvert sur lui-même et dans son attitude envers le monde. Reconstituer les sentiments et non les événements…Un événement raconté par une seule personne est son destin. Raconté par plusieurs, il devient l’Histoire. Voilà le plus difficile: concilier les deux vérités, la personnelle et la générale.

Le réacteur de la Centrale a surchauffé puis éclaté. L’incident proviendrait de ce que les russes de Moscou voulaient savoir en combien de temps la Centrale démarrerait en mode « le plus rapide » et pour cela ils avaient supprimé les contrôles et les sécurités de la Centrale…

Ce que les gens proches de la Centrale ont vu par chez eux cette nuit là est sans parangon : ils ont vu les couleurs de l’intangible, des radionucléides radioactifs : « il y avait du césium dans mon potager jusqu’à ce que la pluie l’ait mouillé…Il a une couleur d’encre, il traînait par terre, luisant, par morceaux ». « Sur le champ du kolkhoze c’était un morceau bleu, nous avons trouvé quatre grands morceaux, l’un d’eux était rouge. Le lendemain après la pluie, il n’y avait plus rien ». « Et sur les chemins sous les rayons du soleil on voyait de petits éclats. De petits cristaux qui brillaient, des particules minuscules ».

Des tonnes de césium, d’iode, de plomb, de zirconium, de cadmium, de beryllium, de bore et une quantité inconnue de plutonium son tombés sur la Biélorussie. Au total 450 types de radionucléides différents, un équivalent de 350 bombes d’Hiroshima. Trois mille microröntgens à l’heure alors que la quantité maximum pouvant être engrangée était de 25 !

Devant cette déflagration sans précédent la population a été mal informée, évacuée à la hâte et le danger volontairement minoré. Il est vrai que l’on s’adressait à une population rurale, peu au courant de ce qui mitonnait dans les réacteurs. Et ils ont dû faire face à l’incurie et au désordre russes, à la mauvaise information et aux moyens limités pour pallier au désastre (administration de l’iode pour préserver la thyroïde qui en est avide). Avec des ordres qui arrivaient avec parcimonie de Moscou et les gens qui avaient plus peur de perdre la carte du Parti communiste que de dire la vérité sur la magnitude du désastre. L’État trompait ses gens, ses âmes, et résolvait le problème sous le sceau du secret à tous les niveaux. Tout le monde se taisait : les autorités, les médecins ( … dont la plupart avaient abandonné les lieux au plus vite). Non, ce n’étaient pas des criminels mais des ignorants. Un complot de l’ignorance et du corporatisme. Les responsables ne se faisaient pas de souci pour les gens, ils s’en faisaient pour leur pouvoir. L’État bénéficie d’une priorité absolue et la valeur de la vie humaine est réduite à zéro. Nos responsables avaient plus peur de leurs supérieurs que de l’atome.

Et comme l’écrit Svetlana Alexeivitch le caractère russe avec cette fatalité de se remettre toujours au petit bonheur la chance, le leitmotiv du thème russe qui compte sur le hasard, ce fatalisme qui n’a rien de rationaliste…la mentalité slave.

Là bas, au fin fond de la Russie, quelque part en Biélorussie une mère et son enfant attendent encore le père mort des suites des radiations qu’il a prises en octobre 1986 et prient…alors, nous l’attendrons ensemble. Je réciterai en chuchotant ma supplication pour Tchernobyl et lui, il regardera le monde avec des yeux d’enfant.

Quant l’Homme devient apprenti sorcier.

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LA SUPPLICATION, J’ai lu N°5408 (S.A. 1997), ISBN 978-2-290-34360-9