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Mary Barton d’Elizabeth Gaskell

Résultat de recherche d'images pour "elizabeth gaskell"   Elizabeth Gaskell, née Elizabeth Cleghorn- Stevenson, fut une grande romancière britannique de l’époque victorienne (Londres 1810-Hampshire 1865). Vous pouvez apprécier ci-contre un portrait de l’écrivain à l’âge de 22 ans par le miniaturiste écossais William John Thomson qui était le frère de la deuxième épouse de son père.

Lorsque sa mère meurt, elle part vivre à Knutsford (où elle sera ensevelie), ville qu’elle immortalisera sous le nom de Cranford dans un roman éponyme et dans un autre roman intitulé Épouses et Filles où elle l’appellera Hollingford. Elizabeth Gaskell commencera à écrire pour combattre une dépression  suite au décès de son fils, William, mort à 9 mois de la scarlatine.

Elle fut l’amie de Charles Dickens et de Charlotte Brontë. Charles Dickens publia ses oeuvres dans son journal Household Words. On peut rapprocher cette  écrivaine de Jane Austen et de George Eliot.

Mary Barton est son premier roman (A Tale of Manchester Life, 1848). Pour un premier roman c’est un véritable coup de maitre. Car le livre est intéressant à plusieurs titres:

  1.  C’est un véritable bildungsroman victorien ou roman d’initiation , ou roman d’apprentissage car nous allons suivre la vie de Mary Barton sur plusieurs années.
  2. Mais c’est aussi un roman historique qui nous narre cette période terrible de 1839-41 lorsque la ville ouvrière de Manchester connut une crise économique sans précédent touchant les ouvriers du textile; les gens mouraient d’inanition ou de maladies infectieuses (typhus, tuberculose) liées aux conditions d’hygiène inexistantes. Au XIXè siècle on appelait Manchester ‘cottonopolis » en raison des nombreuses usines qui filaient le coton et vers 1835 elle était la ville la plus industrialisée du monde. La Révolution industrielle a fait la richesse mais aussi la misère de cette ville.
  3. Et aussi, probablement par influence de son ami Dickens, c’est un roman que l’on appelle en Angleterre un « roman à la cuillère d’argent » (Silver Fork Novel) c’est à dire un roman où le descriptif est finement détaillé, assez critique de l’ élégance clinquante et pleine de frivolités de la bourgeoisie; ceci contrastait avec le dénuement total de la classe ouvrière et paysanne.

J’ai eu du mal avec ce roman. Il faut lire environ 300 pages très descriptives sur les conditions de vie et la vie quotidienne de ces pauvres ouvriers pour situer l’action du roman, puis cette action va s’accélérer de façon notable avec un certain  suspense ce qui fait que le lecteur, sur la fin, ne pourra pas lâcher le roman.

Pour situer la cadre du sujet romanesque, page 135…pendant les trois dernières années, le commerce avait langui de plus en plus tandis que le prix des matières premières augmentait sans cesse. La disparité entre ce que gagnaient les classes laborieuses et le prix de leur nourriture entraînait plus souvent qu’on ne l’imagine la maladie et la mort. Des familles entières étaient réduites à la portion congrue, puis à la famine. Même les philanthropes qui avaient étudié la question furent obligés de reconnaître qu’ils ne savaient trop quelles étaient les causes réelles de cette misère. Toute l’affaire était d’une nature si complexe qu’il devint pratiquement impossible d’en comprendre les tenants et les aboutissants. On ne sera donc pas surpris d’apprendre qu’une hostilité considérable se développa entre les travailleurs et les classes supérieures pendant ces temps de privations. L’indigence et les souffrances des ouvriers éveillèrent dans l’esprit de beaucoup d’entre eux de tels soupçons qu’ils se mirent à considérer leurs législateurs, leurs magistrats, leurs employeurs et même les ministres de leur religion comme leurs oppresseurs et leurs ennemis en général, ligués pour les réduire à la prostration et à l’asservissement. Le mal le plus grave, le plus durable aussi, qui se déclara pendant cette période de dépression économique est le sentiment d’aliénation entre les différentes classes de la société…

Mary Barton est une très jolie jeune fille qui a perdu sa mère très tôt et qui vit avec son père, ouvrier textile et syndicaliste. Dès son adolescence elle sera placée comme cousette ce qui lui permettra d’apporter quelque argent au foyer qui s’appauvrit de jour en jour. Sa beauté exceptionnelle fera son malheur car le riche fils d’un potentat local va la harceler de ses assiduités alors qu’il n’est intéressé qu’à la séduire et la perdre comme ce fut le lot de tant d’autres jeunes femmes de l’époque. Mais Mary Barton a un amoureux de longue date, le fils des meilleurs amis de ses parents qu’elle snobe car elle rêve d’une fulgurante ascension sociale et d’épousailles avec le séducteur. Cela est impensable pour l’époque. Mais in extremis, Mary Barton va comprendre sa méprise et réaliser l’amour qu’elle porte à ce garçon d’humble extraction qu’elle connait depuis son enfance.

Les choses ne seront pas du tout faciles pour Mary Barton, elle aura à souffrir et à payer pour avoir un jour, cru qu’elle pourrait échapper à sa condition.

Elisabeth Gaskell était fille de pasteur et femme de pasteur. Il y a dans le livre une constante invocation à la religion et aux bons sentiments. Cela peut surprendre.

Ce roman diffère terriblement de Cranford, qui a été lu et apprécié pour son côté pittoresque et bon enfant ; je ne m’attendais pas à lire un roman aussi dur, à la limite du soutenable. Nous sommes très loin des marivaudages des personnages de Cranford, mais il y a un point commun entre les deux livres qui m’a frappé : c’est l’entraide réelle et efficace parmi les gens, même totalement démunis; ils sont capables de se déposséder de ce qu’ils n’ont pas pour venir en aide de plus malheureux. Vraiment touchant. Un autre détail qui m’a interpellé, est en rapport avec la consommation d’opium que les gens « chiquaient » ou donnaient aux enfants afin de ne plus les entendre pleurer de faim. Cet opium leur apportait un moment d’oubli. Pour se procurer l’opium ils étaient prêts à tout, y compris à mettre au clou les dernières et miséreuses possessions matérielles dont ils disposaient.

Un livre terrible qui rappelle des choses ignominieuses.

MARY BARTON, Grands Romans Points P4289 (EG 1847), ISBN 978-2-7578-5884-4

L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante

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Elena Ferrante est le pseudonyme d’un écrivain italien qui cultive l’énigme depuis 25 ans (pas de photo disponible donc; c’est la deuxième fois que cela m’arrive dans ce blog). On pense seulement qu’Elena Ferrante est originaire de Naples et qu’elle (ou il?) serait née vers 1940. Le journaliste italien Claudio Gatti soulève l’hypothèse qu’il pourrait s’agir de la traductrice romaine Anita Raja de 63 ans, hypothèse basée sur l’explosion des revenus de Mme Raja ainsi que ceux de la maison d’édition E/O qui publie Mme Ferrante.

Le nom d’Elena Ferrante serait inspiré d’Elsa Morante, l’écrivaine préférée d’Elena Ferrante (le jeu des boîtes chinoises en plus…). Il faut signaler que cet auteur mystérieux est plébiscité dans le monde entier avec 2,5 millions d’exemplaires vendus et des traductions dans 42 pays… L’auteur reconnaît dans des interviews données par écrit la part importante de l’autobiographique dans son oeuvre. Derrière ses livres on sent une grande sincérité, un ton viscéral, un regard sur la condition des femmes et une approche très psychologique des personnages et des situations.

J’ai publié en août 2016 un billet sur un roman de 2002 qui m’avait pas mal remuée et beaucoup plu: Les jours de mon abandon, l’histoire d’une séparation narrée de façon si crue qu’elle devient surréaliste. Un très bon et fort bouquin.

Sa tétralogie napolitaine, dont ce roman est le premier volet,  connaît un succès mondial; seuls les deux premiers tomes sont disponibles pour le moment en français (L’amie prodigieuse depuis 2014 et Le nouveau nom depuis 2016); il s’agit d’une saga d’environ 1700 pages autour d’une amitié forte entre deux filles d’origine modeste dans le Naples de 1958.

L’amie prodigieuse (L’amica geniale, 2011) a été traduit en français en 2014 et ce fût d’emblée un très grand succès de librairie mais aussi du bouche à oreille. L’écrivain Daniel Pennac aurait offert ce livre à beaucoup de ses amis, dit le bandeau qui entoure mon exemplaire de Poche (c’est un peu racoleur…mais quel parrainage!) : cela montre que non seulement Monsieur Pennac  est un bon écrivain mais qu’aussi il a du goût et qu’il est bon lecteur. Car ce roman est de lecture addictive, envoûtante, intéressante, et l’émotion qui en découle fait battre plus fort le cœur et circuler plus vite le sang. C’est un roman hyperréaliste qui fait penser au cinéma italien de la grande époque.

Dès le titre, le décor est bien planté : enfance et adolescence (entre 6 et 16 ans) de nos deux héroïnes au caractère bien trempé, mais si différentes : Lila Cerullo la noiraude surdouée, vive et acérée et Elena la blonde bûcheuse et assidue dans ses études, prête à suivre Lila dans des aventures qui peuvent être téméraires. Elles sont amies et éternelles rivales et c’est leur rivalité qui galvanise littéralement le lecteur. Elles s’opposent mais en même temps se façonnent en se regardant en face pendant 10 années (…elle avait ce qui me manquait et vice versa, dans un perpétuel jeu d’échanges et de renversements qui, parfois dans la joie, parfois dans la souffrance, nous rendait indispensables l’une à l’autre…). Nous assisterons à l’éclosion des deux jeunes filles après la puberté, l’âge de tous les changements.

Le roman démarre avec la volatilisation de Lila Cerullo, à l’âge de 66 ans, et depuis 15 jours, ayant pris grand soin d’emporter avec elle toute image personnelle. C’est son fils Rino (qui se prénomme comme son oncle, le frère de Lila) qui prévient son amie de toute la vie, Elena Greco de cette disparition. Alors Elena décide d’écrire sur son ordinateur leur histoire commune dans le Naples de la fin des années 50, dans un quartier populaire au sein d’une ville pauvre, écrasée par le soleil et déjà tenue par la Camorra.

La première chose qui lui vient à l’esprit, en pensant à Lila, c’est qu’elle était méchante… A partir de là, Elena va nous développer cette notion et nous donner toutes sortes d’informations sur ce qui fût leur enfance et adolescence entre 6 et 16 ans, les relations entre elles, avec leurs familles et leurs voisins.

C’est un univers haut en couleur que ces napolitains qui essaient de survivre dans un monde qui évolue vite; ils essaient de préserver leur code d’honneur, de conserver le poids de la famille, mais ils restent englués dans leur médiocrité, incapables de se projeter dans un monde nouveau. Ils sont globalement contre l’éducation de leurs enfants. Voilà, le mot est lâché, l’éducation est la pierre angulaire de ce premier tome dans un environnement amoureux, social et politique.

Car l’amitié entre ces deux fillettes sera cimentée par l’éducation pour Elena et la connaissance pour Lila. La famille de Lila Cerullo est la famille du cordonnier du quartier; il s’en sort mal mais entraîne néanmoins son fils Rino dans le métier. Lila Cerullo est intelligente, brillante même, mais elle ne s’opposera pas au dessein de ses parents qui la destinent au mariage, surtout s’il est profitable. La famille d’Elena Greco est celle d’un petit fonctionnaire, portier de mairie et Elena sera remarquée très tôt par ses professeurs: grâce à leur soutien sans faille, elle pourra continuer ses études de façon chaque année plus brillante.

Ces deux amies veulent échapper à leur milieu social et ne pas vivre la vie de leurs mères. Les mères sont dépeintes sans aucune complaisance, en appuyant bien sur leurs disgrâces physiques, leur soumission à l’autorité patriarcale et leurs tâches domestiques ingrates. Lila et Elena ne savent pas s’il faut partir ou rester dans le quartier, ce quartier qui constitue le centre du monde pour elles. Un quartier violent avec ses mafiosi, ses communistes, ses artisans, ses commerçants, ses traditions; un véritable ghetto où les enfants ne franchissent jamais les frontières et où les gens parlent en dialecte et méprisent la langue de Pétrarque.

Cette éducation va, in fine,  séparer les amies car elle apportera à Elena des arguments et du recul pour juger d’abord son amie d’enfance, mais aussi son entourage, c’est à dire sa propre famille et ses amis. Elle s’apercevra du clivage qui va s’installer entre elle et les autres.

Dans ce premier tome, nous avons un récit plein de fureur et de violence, nous assisterons au passage de l’enfance à l’adolescence de tout le groupe de jeunes autour des deux amies. Les personnages ont une réelle profondeur humaine et psychologique. On assistera à l’évolution physique et morale des deux amies; car cette amitié très forte n’est pas dénuée d’un côté obscur fait de rivalité, de jalousie latente, de mensonges, d’ambiguïté dans leur relation qui connait des hauts et des bas comme dans la vraie vie. C’est une amitié qui perdure dans le temps et naturellement comporte des ruptures, des éloignements, des silences et des affrontements.

Belle lecture, belle fresque napolitaine avec surabondance de personnages et profusion de noms mais que l’on arrive à situer grâce à la répétition. Personnages qui s’incrustent dans le cerveau du lecteur, lequel voudrait savoir davantage sur eux. Vraie densité des rapports humains, ce qui émeut parce tout sonne juste. C’est un roman de formation qui allie le souffle romanesque à l’analyse psychologique.

Et je me pose la question : laquelle des deux EST l’amie prodigieuse ? Lila ou Elena ?

L’AMIE PRODIGIEUSE, Folio 6052 (Gallimard 2014),  ISBN 978-2-07-046612-2

Nuevo plano de la ciudad secreta de Ignacio Martínez de Pisón

Afficher l'image d'origineEscritor y guionista español, nacido en Zaragoza en 1960 y residente en Barcelona desde 1982. Autor traducido en varios idiomas y cuya escritura me encanta porque es diáfana, pulcra y el escritor sabe contar. Nuevo plano de la ciudad secreta obtuvo el Premio Gonzalo Ballester 1992; es el sexto libro que reseño de este autor y nunca su lectura me ha defraudado ; esta es una novela de aprendizaje en todo su esplendor donde seguiremos los pasos de Martin Salazar desde su adolescencia hasta la madurez,  enamorado toda su vida de su venenosa prima Alicia que lo manipulará durante años.

Existe una frase  que dice  « todo se paga en la vida » y algo de cierto tiene porque en esta novela después de tantos tumbos en la vida de Martin, tendremos un estoque final magistral. Sale a relucir en esta novela el papel importante que juegan los primos y allegados en la educación sentimental y hasta sexual de los adolescentes en general.

La primera parte funciona como un libro de relatos con capítulos autónomos, capítulos que serán luego subordinados al conjunto. Martínez de Pisón permite que se explore situaciones y vivencias relativas al paso de los umbrales infancia /adolescencia/ madurez y su prosa de 1992 conlleva innovación y modernidad, intensidad psicológica, ambigüedad, perversión mental.

El narrador, Martin Salazar, llega a la ciudad a buscar un nuevo territorio para asumirse fuera del círculo familiar; el personaje se nos muestra encerrado en si mismo, inquisitivo y casi masoquista. Siempre enamorado de la prima Alicia que sólo explota su belleza para avanzar en la vida, pero que terminará en víctima de sus propios devaneos (justicia inmanente?). Porque tras su belleza sólo existe convencionalismo, apariencias, mentiras, falso individualismo, falsa libertad, falsa rebeldía. Alicia provoca amor/ desamor en Martin y esto es el hilo argumental de la novela. Martin alcanzará la madurez y una identidad cuando descubrirá y será consciente que ha sido manipulado por Alicia.

Los personajes secundarios de la novela son interesantes. Están sobrecargados en sus rasgos, son casi todos anómalos como Javier Salazar, el hermano paralítico de Martin, las perversas gemelas Cerón, el mago Petroff, el tío Luis, etc.

La literatura de Martínez de Pisón es una literatura de imágenes que muestra al escritor como un mirón que ve, observa y cuenta. La mirada es el elemento mayor en la narrativa de este autor, él sabe la importancia de la mirada en el proceso de comunicación humana por su intensidad y penetración en lo más hondo de la realidad. El autor nos habla de lo atraídos que nos sentimos por lo inalcanzable y el valor que le damos a ésto.

Y hay mucho humor, sobre todo al final, para quitar solemnidad a lo narrado.

Un gran autor español.

NUEVO PLANO, Anagrama 1992,  ISBN 84-339-0936-3

Le voyage d’Octavio de Miguel Bonnefoy

Afficher l'image d'origineMiguel Bonnefoy est un écrivain vénézuélien né à Paris en 1988. Il a suivi des études de Lettres Modernes à la Sorbonne et il exerce comme professeur de français. Il est fils de père chilien (écrivain aussi) et de mère vénézuélienne (diplomate).

Le voyage d’Octavio est son deuxième livre, c’est un roman d’apprentissage écrit en français et qui nous raconte la vie d’Octavio, un homme illettré qui souffre et cache son handicap, à tel point, que chaque fois qu’il se retrouve devant la nécessité d’écrire, il s’auto mutile en se coupant la main pour ainsi prouver son impossibilité de prendre la plume. C’est un récit très allégorique, très métaphorique sur ce vaste et mal connu pays qu’est le Vénézuela. A noter que Bonnefoy, bien que proclamant son admiration envers Gabriel Garcia Marquez, ne tombe jamais dans le panier du réalisme magique si souvent attribué aux sud-américains. Son récit est empreint de réalisme.

Les errances d’Octavio nous servent à connaitre un peu le pays et ses gens. Octavio fera la connaissance d’une femme, appelée métaphoriquement Vénézuela, une femme qui est bonne, qui lui fait du bien. Mais il connait d’autres gens qui sont nettement plus louches et underground. La description de la nature et des paysages est assez exubérante ce qui doit correspondre à ce pays que les sud-américains appellent « caribeño » (des Caraïbes). Cela me rappelle que l’on parle là bas un espagnol à l’accent très prononcé et particulier des Caraïbes.

Il y a dans le livre une scène d’une totale drôlerie : c’est quand Octavio, très malade, fait venir le docteur dans sa cahute, lequel docteur lui demande du papier pour lui écrire une ordonnance. Or Octavio non seulement  n’a pas de papier, mais il n’a aucun crayon (et le docteur non plus apparemment,  quel docteur  celui-là…). Bref, Octavio lui donne un morceau de charbon et le docteur lui écrit directement sur son unique table le nom du médicament… Voilà Octavio parti, par monts et par vaux avec sa table sur l’échine jusqu’à la première pharmacie pour ainsi honorer l’ordonnance. C’est le comique de l’absurde, irrésistible.

Un petit livre de 124 pages, assez bien écrit dans un style un peu désuet, qui m’a rappelé par moments la prose de l’argentin César Aira.

LE VOYAGE D’OCTAVIO, Payot -Rivages 2015 (il n’y a pas d’ISBN)

Sálvame, Joe Luis de Andrés Felipe Solano

Afficher l'image d'origineAndrés Felipe Solano es un escritor colombiano (Bogotá 1977), novelista y periodista; fue distinguido en 2010 por la Revista inglesa Granta (Cambridge) como uno de los talentos jóvenes entre los escritores de lengua hispánica (el único colombiano) de menos de 35 años.

Sálvame, Joe Louis es su primera novela (2007). El título emana del nombre real de un boxeador norteamericano de la primera mitad del siglo XX que perdió muy pocas peleas, pero que terminó en la sombra y en la miseria. La frasecita « sálvame, Joe Louis » fue tomada de un libro de la norteamericana Joyce Carol Oates, libro que deslumbró un día al joven Solano.

Este libro está muy bien escrito, con bastante humor de tipo autoburla; es un bildungsroman en toda su acepción. El protagonista se llama Boris Manrique, nacido en 1977, o sea, un alter-ego del escritor Solano, quien debe de haber puesto muchos rasgos suyos en el personaje ( entre otros, su predilección por los sándwiches de queso fundido…). Boris se desempeña como fotógrafo de sociales en un periódico de poca monta donde predominan las féminas. El muchacho lleva una vida bastante extraña tipo zombi con horarios desfasados, sufre de insomnio y pasa sus noches mirando programas débiles en el televisor, es borrachín y jugador. Su modelo de vida son los años 50 : la moda, los carros, la música  y el tipo de mujer de esos años con sus tacones y maquillaje. Boris está obnubilado con la muerte de Cornelio Zubizarreta, un sastre catalán que vivió hasta los 117 años sobreviviendo a dos guerras mundiales, a tres esposas, a cientos de miles de cigarrillos, a varias piscinas de jerez, a cuatro hijos y a todos y cada uno de sus amigos. Esto da la pauta de la precariedad mental de Boris, que a los  veinte años se busca la vida.

Boris se siente fracasado con su empleo mediocre en una revista mediocre y rumina de no tener una vida tan larga aunque tan mediocre como la de Cornelio Zubizarreta (Doy las gracias de corazón porque una profunda tristeza me acaba de llegar como una corriente helada nacida en el polo norte. Pienso en la completa inutilidad de mis días, al parecer tan diferentes a los de Cornelio, en los kilómetros que no he recorrido, en mis noches frente al televisor, en mi creciente anestesia espiritual. Pienso en mi vida que se cae a pedazos, que se desmorona…). (Reflauta, tamaños pensamientos en un muchacho que aún no ha vivido…) Boris tiene un solo colega masculino en esta revista de mujeres, se trata de Santos Bustamante, un viejo zorro del periodismo, un colega aún más desvalido que él, una piltrafa de hombre, misógino declarado, famoso por unos reportajes que hizo otrora. Pero el tal Santos Bustamante es más complejo de lo que parece; para empezar es un buen mitómano-manipulador que se cree e inventa sus porquerías. Dice Boris…con este hombre gordo y cansado, mi único amigo del trabajo, es con quien a ratos me quejo de la aridez de los días, de su aburridora llaneza.

Pronto le confiarán a Boris el consultorio sentimental de la revista porque la jefa sabe que le gusta leer y que por esa razón sabe escribir. Se trata de responder de manera pertinente a las cartas enviadas por las lectoras a una supuesta psicóloga y sexóloga, la doctora Victoria Zúñiga que es un personaje inventado para atraer y escuchar los lamentos de la clientela femenina con los trámites del corazón. El lector se imagina a este desvalido muchacho, sin gran experiencia en la vida, respondiendo a conspicuas cartas del consultorio sentimental…Para matarse de la risa.

Pronto se enamorará de Lucía, una mujer casada que le lleva diez años, pero que representa para él la oportunidad de formarse a las lides del amor físico. (Me pregunto si encontré una nueva querencia o si aquella mujer es solo una golosina más, otra de esas melcochas emocionales que mastico para matar el tiempo esperando quién sabe qué). A Lucía le gusta beber seco, fumar como carretonera y Boris la juzga como una mujer totalmente frívola.

Después de una breve, pero intensa relación con Lucía Boris partirá con Santos Bustamante en una aventura periodística a la cual ambos piensan sacarle buenos pesos y casi se asfixia con una espina de pescado en un restaurante del camino. Es aquí cuando Boris Manrique invoca la ayuda del boxeador con « Sálvame, Joe Louis ».

Un libro bien escrito, pero intrascendente en su temática. En una entrevista en el 2007 Solano dijo « nada más peligroso que la esperanza. Sólo trae frustración a la vida de cualquier hombre. Otra cosa es el deseo. El deseo puede que traiga consigo la tragedia, pero nunca nos defraudará. La vida debe estar gobernada por el deseo, nunca por la esperanza ».

SÀLVAME,JOE LOUIS, Alfaguara 2007,  ISBN 978-958-704-571-0

 

 

 

SÁLVAME, JOE LUIS, Alfaguara 2007,  ISBN 978-958-704-571-0

María bonita de Ignacio Martínez de Pisón

Afficher l'image d'origineEscritor y guionista español, nacido en Zaragoza en 1960 y residente en Barcelona desde 1982; autor traducido en varios idiomas. Ignacio Martínez de Pisón es el gran especialista del período llamado la « transición democrática española », o sea, los años 1974-1982. La familia es la columna vertebral en la obra del escritor, así como la infancia y el final del franquismo; sus libros muestran un gran realismo social y político, dándonos un cuadro coherente de la vida sentimental y política de la España de la segunda mitad del siglo XX. En una entrevista Martínez de Pisón decía que la familia es el terreno de la tragedia y que buena parte de la buena literatura surge de las heridas ; es en la familia donde se producen muchas de las heridas. La familia es al tiempo un refugio y una cárcel. Es el lugar del que quieres escapar, pero al que siempre quieres volver. La familia nos transmite actitudes, gestos que luego reproducimos y transmitimos a nuestros hijos.

Es un escritor que me gusta mucho porque sus libros están muy bien escritos y sus intrigas muy bien armadas. La prueba fehaciente de lo que digo es que María bonita es el quinto libro que le reseño después de El tiempo de  las mujeres (mayo 2012), Carreteras secundarias (julio 2012), Foto de familia (julio 2014) y El fin de los buenos tiempos (agosto 2014). Todos me han gustado. Parece que la directora de cine Azucena Rodríguez dio a Ignacio Martínez de Pisón la idea de este libro a partir de una frase « todas las niñas sueñan con tener una madre diferente de la suya« .

Ignacio Martínez de Pisón escribió un ciclo de 4 novelas « familiares » que comienza con « La ternura del dragón« (1984), sigue con « Carreteras secundarias« (1996), « María bonita« (2000) y culmina con « El tiempo de las mujeres« (2003).

María bonita (2000) es típicamente un bildungsroman, una novela de aprendizaje con una línea de fuerza, el secreto de lo que se esconde detrás de cierta apariencia. La novela está ambientada en los años 60 y basada en la infancia y la entrada en adolescencia de una niña pobre, María. La narradora es la propia María, llamada bonita en referencia a la canción que Agustín Lara escribió para la bella y altiva María Felix. Es una niña de 7 años al principio de la narración y toda una mujercita al final. Es notable como un escritor varón ha encontrado las palabras para describir ese delicado pasaje hacia la feminidad.

María tiene el lenguaje espontáneo y crudo al mismo tiempo, inocente, propio de su edad. La madre de María, Encarna, es una mujer amargada y envejecida, fría con su hija;  Encarna tiene una hermanastra, Amalia, bella, refinada y con dinero. La tía Amalia constituye para María el « sueño » de lo que no tiene en su casa, y también el  afecto que su madre no le da. En el imaginario de la niña la madre es una bruja y la tía un hada madrina. Pero la niña no sabe leer lo que se esconde detrás de las cosas y de las personas. María carece de cánones para vislumbrar lo que puede ser felicidad y se vale del cine y de la televisión como referencias, específicamente de la película « Un rayo de luz » protagonizada por la mítica Marisol; en el argumento de la película Marisol es una chica pobre que conocerá a sus parientes ricos. Es evidente que María hará una proyección sobre su  triste vida y la vida de su tía.

María querrá acercarse a su tía Amalia y de a poco comprenderá lo que se oculta detrás de la holganza de su tía. Al final del libro habrá un encontronazo entre la realidad brutal y los sueños de la niña hecha mujer. La enseñanza del libro es que la vida no nos lleva a finales felices, sino a la imposibilidad del cumplimiento de ciertos sueños. Linda, triste y sabia novela.

MARIA BONITA, Anagrama 2000, ISBN 84-339-2458-3

Los impacientes de Gonzalo Garcés

Gonzalo Garcés es un escritor argentino (Buenos Aires 1974) con estudios de Letras Modernas y de Filosofía. Fue profesor de escritura creativa en la UC de Santiago de Chile con un programa cultural que fue premiado : La ciudad y las palabras. Hoy en día residiría en Buenos Aires.

Los impacientes recibió el Premio Biblioteca Breve 2000 y por esta razón quise leerlo. Es una novela donde trasciende el número tres: son tres los protagonistas, hay tres partes y sucede en tres días. Es una novela de educación sentimental o bildungsroman donde tres personajes veinteañeros se buscan un destino, una razón de vivir en una ciudad sobrepoblada donde impera la soledad existencial. Estos jóvenes que nacieron a finales de los setenta, en un país en crisis, con una crisis que perdura ,  se puede decir que a esos jóvenes les robaron la juventud, ya son viejos, tienen mentalidad de perdedores, están cansados de antemano. Es también una novela urbana.

No es un libro que me ha gustado, es de un « ombliguismo » enfermante, egocéntrico por donde se lea, poco trascendente. El mensaje está claro, pero carece de trascendencia.

Los tres personajes tienen apenas veinte años: Mila es una chica que quiere ser escritora y que ya ha vivido muchas desilusiones en su cuerpo y en su mente, Boris es un pianista de jazz que vivió una historia sentimental con Mila que terminó mal y Keller es un muchacho sin nombre, intelectual y dado al dandismo a pesar de su sobrepeso. Los chicos no tienen lazos familiares que los protejan, están lanzados en pleamar, pero no saben donde ir y se dejan llevar por la marea. Son maduros / inmaduros, son viejos antes de tiempo. No son interesantes. La vida les va a pasar por encima y va a quedar una historia banal que contar, una historia como tantas otras, una más.

Lo  que salva a este libro es la calidad de la escritura, porque lo que se refiere al contenido, es un bodrio. No  voy a repetir diciendo lo que pienso de los premios literarios (cf Riña de gatos de E. Mendoza en diciembre 2013, en este blog).

LOS IMPACIENTES, Seix Barral 2000,  ISBN 83-322-1064-1