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La beauté des jours de Claudie Gallay

Résultat de recherche d'images pour "claudie gallay "Claudie Gallay est une écrivain française (Bourgoin-Jallieu 1961) ; elle écrit et exerce partiellement comme institutrice, elle habite le Vaucluse.

Je l’ai découverte avec son roman «  Les déferlantes  » (2008), roman détenteur d’au moins sept prix et dont  j’avais beaucoup aimé le ton, la façon de raconter les personnages, l’histoire en huis clos dans des lieux d’une beauté sauvage (La Hague, le Cotentin). Un téléfilm a été tiré du livre en 2013 avec Eléonore Faucher comme directrice et Sylvie Testud dans le rôle principal, téléfilm que je n’ai pas vu. Puis j’ai lu  » Seule Venise »  attirée par le titre et pour enrichir ma petite collection de livres  sur la Sérénissime, ville de  magie, ville d’inspiration; je dois dire que j’ai adoré  » Seule Venise »  car, bien qu’écrit dans un style minimaliste avec des phrases ultra courtes, le  texte  rentre comme un trépan dans le crâne et déclenche des sensations extraordinaires via des souvenirs avec une ville très bien dépeinte.

La beauté des jours (2017) m’a moins séduite; un style haché et primaire m’a quelque peu agacé.

Le message de l’écrivain est limpide et tout à fait ancré, dans un réel surréaliste par moments. C’est l’histoire de Jeanne, 40 ans, mariée depuis longtemps à Rémy, mère de deux jumelles qui viennent de quitter la maison parentale pour suivre des études universitaires à Lyon. La vie de Jeanne est réglée comme du papier à musique : lundi ceci, mardi cela, immuable. Tout est tellement réglé qu’elle tombe parfois dans la monomanie en faisant les mêmes gestes, en faisant des listes. Pour couper à cette monotonie et apporter du peps à sa vie, elle a parfois des attitudes aberrantes comme par exemple suivre un inconnu dans la rue (mais pas plus de 20 minutes…), s’imaginer des choses sur les gens, mais surtout, suivre de très près la vie d’une artiste serbe, Marina Abramovic, connue pour ses transgressions et les performances avec son corps, une artiste qui repousse ses limites. Jeanne lui écrit des lettres admiratives et très franches, même si la plupart ne partent jamais. C’est clair que pour Jeanne, l’artiste Abramovic est libératrice de toute cette énergie si contenue dans une vie si répétitive.

Jeanne est une vraie paysanne, enracinée dans la terre qui l’a vu naître. Ses parents ont une ferme dans les alentours où elle se rend chaque dimanche pour un repas de famille. Mais, il y a une fracture psychique chez Jeanne car elle est l’aînée de quatre filles, quatre « pisseuses » pour le père, lequel ne s’est jamais remis du décès de son fils aîné, un garçon qui aurait dû s’appeler Jean et hériter de la terre…Jean, le miroir de Jeanne. De ce fait, elle n’a jamais pu communiquer avec le père ni échanger aucun affect avec lui.

Puis, un bon jour, elle va tomber sur un homme qui fut autrefois son amoureux au lycée. Et cette rencontre sera à l’origine du réveil effréné de sa sensualité. Elle va se réveiller à la passion et va se sentir vivante, ouvrant son étroit horizon à des tas de sensations et de connaissances nouvelles. Sa personnalité va se scinder en deux : la sage Jeanne et la nouvelle Jeanne prête à tout pour assouvir cette passion.

Laquelle des deux l’emportera? Le dénouement est intéressant.

Il y a toute une galerie de personnages assez bien caractérisés, comme par exemple sa famille paysanne, sa meilleure amie Suzanne, sa nièce retardée Zoé, son collègue à la Poste, son mari Rémy, les voisins de l’impasse, les gamins désoeuvrés, etc. Mais c’est le style de l’écriture qui cette fois m’a heurté, déplu.

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L’artiste Marina Abramovic lors de sa « performance », Naples 1974.

LA BEAUTÉ DES JOURS, Actes Sud 2017,  ISBN 978-2-330-08176-8

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Nagasaki d’Éric Faye

Résultat de recherche d'images pour "eric faye nagasaki"  Éric Faye est un écrivain français (Limoges 1963) auteur de romans, essais, récits et nouvelles (plus de 30 publications !). J’ai publié un billet en septembre 2107 sur son très étonnant Éclipses japonaises, encore un livre sur des faits réels survenus au Japon.

Nagasaki (2010) est une novella  inspirée d’un fait divers réel rapporté par les médias japonais en 2008 et survenu à Fukuoka au Kyûshû; le livre a été traduit dans une vingtaine de langues et il a été couronné par le Prix du roman de l’Académie Française 2010.

Le livre d’une centaine de pages se lit bien, écrit dans un style épuré qui convient bien aux histoires nippones (cf Aki Shimazaki).

C’est une histoire incroyable, celle de monsieur Shimura, un vieux garçon à la vie réglée comme du papier à musique et qui s’aperçoit un jour, par un petit cumul de détails, que son intimité a été violée. Quelqu’un déambule chez lui et lui vole de petites quantités de nourriture sans provoquer le moindre désordre.

Le protagoniste de l’histoire est un homme de 56 ans, météorologue de profession, très solitaire et à la vie réglée par la répétition à l’infini, de petits détails insignifiants. A partir du moment qu’il se sait envahi, il aura l’idée d’installer une web cam dans sa cuisine pour surveiller son chez soi depuis son lieu de travail. Le jour viendra, très rapidement, où il surprendra l’image furtive d’une femme assez âgée. Ce jour là, et sans aucune hésitation, il préviendra la police pour qu’ils viennent la cueillir.

La deuxième partie du livre  est aussi incroyable : cette femme, âgée de deux ans de plus, a tout perdu : son emploi, son logement, son statut et elle est devenue une SDF. Elle rôde dans la ville de Nagasaki, repérant des lieux où s’abriter des intempéries et c’est comme cela qu’elle verra partir Shimura-san vers son travail, sans fermer sa porte à clef. Elle aura l’idée ainsi de se reposer un peu de son errance puis, comprenant que Shimura-san est absent toute la journée et a des horaires tellement immuables, qu’elle pourra rester cachée à l’intérieur de la maison dans une pièce du fond désaffectée. On saura aussi au fil de l’histoire,  que cette femme a habité étant petite, cette maison avec ses parents.

Il y aura un procès et elle sera condamnée. Jamais Shimura-san ne manifestera le moindre intérêt pour connaitre son histoire, ses motivations, ses excuses probablement sincères puisqu’elle n’a jamais volé qu’un peu de jus de fruit ou de lait ou fait cuire du riz pour subsister, laissant toujours les choses en place.

Portrait un peu déroutant d’une société japonaise très renfermée, peu incline à la communication et qui laisse ses sujets totalement désemparés face à un revers du destin.

J’ai senti un changement de rythme entre la première partie, celle de Shimura-san et la deuxième, celle de cette femme et du procès. Il me semble que la première partie était plus travaillée pour lui donner cette « patte » si asiatique du minimalisme parfait où chaque mot et chaque phrase sont à leur place, sans aucun épithète superflu. Drôle et intéressant jeu de style. Histoire très prenante.

NAGASAKI, Stock 2010,  ISBN 978-2-234-06166-8

Je vais bien,ne t’en fais pas d’Olivier Adam

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J’ai croisé le nom de cet écrivain quelque part avec une connotation positive sur son écriture et je me suis dite qu’il fallait le lire.

Je vais bien, ne t’en fais pas (2000) est un titre bien long avec une signification, puisqu’elle revient dans le texte comme un mantra:  une phrase que Loīc écrit sur des cartes postales à sa grande soeur Claire pour la rassurer, parce qu’il a disparu de façon abrupte et cela rend Claire trop malheureuse.

Ce livre est un court roman de 150 pages qui ne m’a pas emballée du tout, mais où je distingue deux choses :

1) l’histoire d’un drame familial poignant au sein d’une famille modeste et digne où la disparition d’un enfant va les anéantir, surtout Claire, si liée avec ce frère solaire qui est tout pour elle. C’est une histoire avec beaucoup de non dits, avec de la souffrance patente et avec des secrets au sein de cette famille qui comporte trois personnes : Claire et ses deux parents. Claire n’assume pas la disparition de son frère et  elle a été à deux doigts de sombrer; deux ans après elle survit difficilement, en exerçant le métier de caissière. Elle a une vie plutôt morne et sans espoir avec un job répétitif et abrutissant. Elle reprend un peu d’espoir lorsque Loīc commence à lui envoyer des cartes postales, mais sans lui donner d’adresse précise…

2)  le style est minimaliste, haché, assez percutant, parfois lancinant et répétitif, sans fioritures et qui n’est pas sans rappeler le style d’Anne Gavalda ou celui de Claudie Gallay (avec la poésie en moins), celui de Patrick Modiano  surtout lorsque il fait un descriptif de Paris. Aussi, j’ai trouvé que la fin du livre était quelque peu brouillonne avec des personnages qui surgissaient d’un coup sans les explications concomitantes. Il y a une critique sociale certaine derrière la présentation de la vie de Claire.

Un film a été tourné en 2006 par Philippe Loiret, avec Mélanie Laurent dans le rôle de Claire et Kad Merad dans le rôle du père. Ce film a rencontré un grand succès et obtenu plusieurs prix. Je ne l’ai pas visionné et je n’ai pas très envie de le voir maintenant que je connais le drame.

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JE VAIS BIEN,  Le Dilettante 1999, ISBN 978-2-84263-029-4

Nulle part sur la terre de Michael Farris Smith

Résultat de recherche d'images pour "desperation road michael farris smith"  Michael Farris Smith est un écrivain nord-américain né dans le Mississippi où il réside toujours (Columbus). Il enseigne l’écriture à l’Université Féminine de Southern Mississippi. C’est un vrai écrivain du Deep South qui a reçu un accueil plus que favorable dans son pays où il est déjà détenteur de plusieurs prix et nominations; c’est la qualité de son écriture qui a fait l’unanimité. Il a déjà  annoncé une parution pour 2018 sous le titre  de The Fighter, avec comme cadre d’action le delta du Mississippi et encore un protagoniste masculin autour de la quarantaine.

Nulle part sur la terre, paru en français la même année (Desperation Road 2017) est un roman magnifique, très noir, au souffle épique et avec des personnages assez typiques du Sud des États Unis. C’est frappant de constater la quantité d’alcool éclusée par les gens (et quand ils boivent du CocaCola, c’est noyé dans le bourbon), la violence ambiante et le fait qu’ils soient tous armés en permanence avec une arme chargée à portée de main…

Le personnage principal est Russell Gaines, un gars plutôt correct qui a tué accidentellement un gamin parce qu’il conduisait en état d’ivresse. Il a purgé 11 ans en prison et au but de ces onze années d’enfer, il retrouve son patelin,  McComb, où vit encore son père accoquiné avec une mexicaine depuis que la mère de Russell est décédée pendant son incarcération.

Les frères du gamin tué rêvent de vengeance et vont trouver Russell dès sa sortie de prison pour lui appliquer la violence la plus sauvage alors qu’ils sont imbibés d’alcool. Russell va croiser sa route avec une jeune femme en cavale, Maben une jeune femme qui a l’allure d’une femme habituée à se faire basculer sans cesse;  elle a probablement assassiné un homme qui voulait abuser sexuellement de sa petite fille de 5 ans, Annalee. Maben est une paumée et une camée, mais elle aime farouchement sa fille; elle n’a pas d’autre option que de fuir vers son patelin qui est aussi McComb…

Deux destins croisés sur des routes égarées, des destins malmenés par des choix mauvais.  Ce sont des vies un peu à la dérive, sans projets en dehors d’une immédiateté :  manger, copuler, survivre dans la violence, boire de l’alcool en permanence et  sans limite, pour obtenir une certaine inconscience accompagnée d’oubli.                                                                                                                                                                                                                    .

Russell vient de retrouver la liberté et déjà il est embarqué dans une spirale de violence. Le jour même de sa libération il a récupéré son fusil qu’il garde armé auprès de lui. Il a recommencé à boire aussi avec un naturel étonnant, il s’enfile bière après bière et il conduit son vieux pick-up…Son pote d’enfance, Boyd, qui est shérif  à McComb a un cas de conscience majeur, car il est tiraillé  entre appliquer la loi ou laisser faire.

Russell et Maben ont-ils droit à une rédemption? A un nouveau départ? Ils le méritent, mais font-ils les meilleurs choix?

C’est sombre et très noir, mais la prose est sublime; l’écrivain dépeint la beauté pour nous servir une tragédie grecque. Afin d’exprimer cette noirceur et cette désespérance Smith fait appel à un langage pur et délicat qui rappelle la beauté immanente de la nature. Par moments, le lecteur a la sensation de lire un tableau avec ses nuances et son environnement sonore. La qualité de la traduction de Pierre Demarty est remarquable aussi; un gros effort de traduction/édition vers le français a été fait puisque le livre est sorti la même année en France et aux USA.

Un choix de texte page 45…dans les marais du sud du Mississippi on peut regarder le monde s’éveiller quand les rayons d’or pâle du soleil s’immiscent entre les arbres et la mousse et les grues aux larges ailes. Les libellules bourdonnent et les ratons laveurs sortent de leur tanière et crapahutent le long des troncs d’arbres effondrés. Les tortues vont se percher sur des souches qu’inondera bientôt la chaleur du jour et mille autres créatures cachées frétillent sous les eaux noires, armées d’une patience et d’une agilité meurtrières. Des branchages accablés par le temps, incapables de soutenir leur propre masse, ploient et se brisent tels des vieillards se résignant à rejoindre leur tombeau marécageux. Les reptiles ondoient et les merles criaillent dans le paysage zébré par la lumière de l’aube venue prendre la relève de la nuit profonde et paisible...

Un autre texte page 121…c’était l’une de ces petites bourgades pittoresques du Sud qui auraient pu servir ou avaient peut-être déjà servi de décor de cinéma. Des grandes maisons victoriennes. Des magnolias majestueux. Des réverbères fin de siècle. Des églises dont la flèche transperçait les nuages. Il passa devant un alignement de bicoques étroites. Une bleue, puis une jaune, puis une rose, puis une blanche. Il continua sur l’autoroute jusqu’au centre-ville puis tourna à gauche sur Jefferson Street et passa devant la mairie. Au bout de la rue se dressait le tribunal, il tourna à droite et continua trois rues plus loin jusqu’au sommet d’une petite colline derrière la mairie, d’où les riverains pouvaient apercevoir toute la ville de leur jardin…

Un livre qui laisse pantoise car il possède un souffle épique et une force qui nous dépassent. Le sujet est très noir servi par une prose très belle. En exergue du livre une courte et juste phrase de Faulkner : le passé ne meurt jamais.

NULLE PART SUR LA TERRE, Éditions Sonatine 2017,  ISBN 978-2-35584-609-0

Sarah Bernhardt d’Hélène Tierchant

Hélène Tierchant  Hélène Tierchant est une écrivaine française diplômée de l’IDHEC, avec une licence de philo, auteure de plusieurs essais sur le 7è art et de biographies de comédiennes.

Sarah Bernhardt, Madame Quand Même, est paru en 2009. C’est une biographie fort intéressante sur la grande comédienne, mais aussi un texte très fouillé sur tout ce qui a gravité autour d’elle : le Paris du XIX, la vie des demi-mondaines, l’activité littéraire et théâtrale de l’époque, la vie de personnages très « VIP’s » d’une époque riche en événements politiques, culturels et mondains.

La Diva est née en 1844 comme une bâtarde; sa mère, Judith Bernhardt était une demi-mondaine notoire ayant « monté à Paris » donnant naissance au fil du temps a 5 enfants de pères différents; Sarah était le deuxième enfant, après des jumelles mortes en bas âge, puis il y a eu encore deux filles.

Son père biologique ne l’a pas reconnue, mais il a donné de l’argent pour qu’elle reçoive une bonne éducation et lorsqu’il est mort, la grand mère paternelle a encore donné de l’argent pour ses besoins en éducation.

C’est un ami de sa mère qui lui a mis en tête l’idée de devenir « théâtreuse ». Grâce aux relations de sa mère elle a pu rejoindre la Comédie Française, d’où elle a du démissionner assez vite à la suite d’une algarade avec une comédienne sociétaire.

A partir de ce moment, la future Grande Sarah Bernhardt s’est formée toute seule, ayant une volonté et une détermination hors du commun. C’est à elle cette petite phrase-mantra « Quand même », car rien ne devait lui résister et tout était possible parce qu’elle le voulait ainsi.

Elle va jouer tous les grands rôles et c’est comme tragédienne qu’elle va exceller. Son meilleur rôle sera Phèdre, c’est le rôle qui la fera passer à la postérité.

Par ailleurs elle avait un sens inné du marketing et de la mise en scène perpétuelle, une championne en communication. Elle a compris avant l’heure l’importance de la « réclame », c’est à dire du battage médiatique, du matraquage.

Mais elle possède aussi un don artistique réel et reconnu pour la peinture et la sculpture. Ses oeuvres se vendront très bien.

Elle fut aussi une grande excentrique ayant goût pour le morbide et les fêtes décadentes; renchérissant dans le funèbre, elle avait un squelette humain qui trônait dans un coin de son salon; elle avait commandé un suaire et acquis un cercueil capitonné de satin blanc où elle s’allongeait ou parfois y dormait…

Sa vie amoureuse fut longue, intense et variée. Elle, comme sa mère n’a pas pu échapper au statut de demi-mondaine. Et le Préfet de Police de Paris la faisait suivre par ses agents qui établirent des fiches de surveillance avec les noms des galants et les montants engagés (en argent ou en bijoux).

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Elle a amassé des sommes folles qu’elle a dépensé sans regarder.

Elle a eu une carrière de comédienne hors normes et une manière de jouer tout à elle, cadrée par une voix qui fut sa gloire puisqu’on l’appelait « la Voix d’Or », son style déclamatoire était aussi unique. Mais elle était terrassée par le trac et le cachait bien.

On la croyait de complexion fragile, mais en réalité elle était d’une résistance colossale. C’était une vraie hyperactive qui récupérait extrêmement vite. Elle a tenu physiquement jusqu’en 1915, date à laquelle on a dû lui amputer une jambe au-dessus du genou, en raison d’une gangrène. Mais elle a continué de se produire parce que sa vie c’était les planches.

Elle avait un physique inhabituel pour l’époque : elle était mince et souple comme une liane alors que la mode était aux plantureuses potelées.

Elle s’est mariée une seule fois et avec l’homme qu’il ne fallait pas. Elle a eu un seul fils mais en tant que mère célibataire et elle l’a (mal) élevé seule.

Elle a possédé plusieurs résidences tapageuses dont la plus connue est celle de Belle-Île-en-Mer. Elle a dépensé des sommes folles pour aménager ses maisons.

Elle a adopté des animaux sauvages comme un boa (pour se chauffer les pieds pendant la lecture !), des lionceaux, une panthère, des caméléons…Elle a abattu d’une balle sans hésitation le boa le jour où celui-ci a avalé son chien d’une bouchée.

Elle a souffert l’indicible physiquement en se plaignant très peu et sans recourir ni à l’opium ni à la morphine, probablement parce qu’elle était horrifiée de la dépendance aux drogues des proches (sa sœur, son mari).

A l’âge de 66 ans elle va vivre une ultime passion amoureuse pendant quatre ans avec un bellâtre de 27 ans qui ne l’oubliera jamais…

Une vie très remplie, tellement remplie qu’elle aurait servi à remplir plusieurs vies.

Voici un enregistrement de 1903 où nous pouvons apercevoir « la Voix d’Or » de la Divine réciter un de rares textes de son fils bien aimé, Maurice. Une voix qui avait électrisé ses contemporains, à la tessiture assez claire, à l’effet assez chevrotant, mais qui devait tant plaire à l’époque.  Un style terriblement déclamatoire, mais doué d’un tempo qui n’était qu’à elle.

SARAH BERNHARDT, Éditions Télémaque 2009,  ISBN 978-2-7533-0092-7

Un élément perturbateur d’Olivier Chantraine

Résultat de recherche d'images pour "olivier chantraine"  Olivier Chantraine est un écrivain français âgé de 45 ans, un ancien cadre formé aux ateliers d’écriture de Philippe Djian à la NRF. Actuellement il réside à Maussane-les-Alpilles.

Un élément perturbateur (2017) est son premier roman.

Je me suis beaucoup amusée avec cette lecture, une histoire qui n’est qu’un écran pour nous livrer une parodie moderne avec des messages subliminaux qui baignent dans l’actualité la plus cuisante. C’est probablement un roman à clefs.

C’est l’histoire de Serge Horowitz, un  véritable zombi, un mutant immergé dans un monde qui ne lui correspond pas. Il a 43 ans et vit depuis 20 ans chez sa grande sœur Anièce, presque terré parce qu’il a peur de tout. Cette peur lui provoque une espèce de paralysie de la parole sans crier gare: il devient mutique tout d’un coup. De plus c’est un grand hypochondriaque.

Pour sa décharge il faut dire qu’il souffre de choc post traumatique depuis que ses deux parents se sont donnés la mort, le laissant aux soins de sa sœur qui le protège et de son frère aîné François qui l’accable. Et le grand frère, ancien énarque est aujourd’hui le Ministre des Finances de la France !

C’est grâce au frère ministre que Serge a trouvé un job d’analyste dans une société qui s’occupe d’évasion fiscale ou de « circuits financiers d’optimisation » ou du domaine de la domiciliation extérieure de revenus fiscaux des entreprises  pour parler en langue de bois (grâce à qui ce sont des millions d’euros qui échappent aux merdeux du fisc, sic, page 153). Le boss de cette boîte qui s’appelle Offshore Investment Company, est un ancien camarade de promotion du Ministre Horowitz (un petit monde de 15 personnes échappant à toute logique, au coeur du VIIIè arrondissement. A tout contrôle aussi. Ici les associés se creusent les méninges pendant des heures pour créer les meilleurs montages financiers permettant à leurs clients d’investir sans que l’argent ne transite jamais par la France, page 11 [pauvre France, presque ruinée par la gabegie généralisée avec une pression fiscale inouïe sur le contribuable moyen que l’on saigne à blanc].

Serge Horowitz est peut être bizarre et inadapté dans la vie, mais c’est un brillant analyste capable de faire une synthèse époustouflante des situations financières. Mais il dérange tout le monde, il met des bâtons dans les roues dans ces collusions politico-financières, empêchant  les requins de la finance et de la politique de tourner en rond.

Il va croiser dans sa boîte une fille superbe, Laura, le prototype de la career woman, prête à tout pour y arriver, qui se sert sans vergogne de ses contacts dans la boîte pour des fins ultra-personnelles. Mais c’est une bosseuse acharnée, à tel point qu’elle ne s’intéresse pas à son seul fils et elle est déjà divorcée.

Serge et Laure. Le feu et la glace. Et pourtant…

Serge va faire capoter les négociations entre un consortium japonais et une entreprise française de boissons énergisantes. C’est une cession négociée à prix d’or pour les français dont le montant du transfert va passer sous les barbes des requins du fisc. Les négociations sont menées par la boîte où travaille Serge, avec le pactole du siècle à la clef. Qui en sera l’un des bénéficiaires? François Horowitz, le Ministre, qui veut ainsi financer sa campagne politique comme candidat à la présidence de la République à la tête du parti qu’il a fondé « La France qui avance« …

Serge est outré par ces agissements. Il va gérer cette affaire selon sa conscience. Serge est un PUR, il est anachronique avec son environnement.

Et Laura dans tout cela? Après avoir joué  la corporate à tout va, elle va trouver une ébauche de rédemption par l’amour (au moins pour un certain temps…). Il est beaucoup question de corporate dans ce livre ce qui me rappelle l’excellent film  Corporate de Nicolas Silhol avec une étonnante Céline Sallette dans le rôle de la DRH, film qui décrit bien l’ambiance délétère qui peut régner dans une petite entreprise pourrie.

Le sujet de ce livre vous rappelle quelque chose? quelqu’un? A chacun de fantasmer sur le substratum de vérité que cette histoire, menée rondement par Olivier Chantraine, peut cacher…Truculent.

UN ÉLÉMENT PERTURBATEUR, Gallimard 2017,  ISBN 978-2-07-274033-6

Como los pájaros aman el aire de Martín Casariego

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Martín Casariego es un escritor español (Madrid 1962), autor de novelas, guiones, cuentos infantiles, ensayos, relatos y artículos de prensa. Hace parte de una familia asturiana de arquitectos, pintores y escritores (con otros tres hermanos). Leí de su hermano Nicolás Casariego un libro de ciencia-ficción que me interesó bastante, a pesar de no ser un género que me gusta, se trata de Cazadores de luz (2005), un libro bien escrito que me cautivó e inquietó al mismo tiempo.

Como los pájaros aman el aire (2016) es una buena novela con un título precioso que hace recordar al poeta español Pedro Salinas (1891-1951), adalid del amor, por ejemplo en « Eterna presencia »…como el viento está invisible, dando su vida a la vela…como está la luz quieta, fija, inmóvil, sirviendo de centro que nunca vacila al trémulo cuerpo de llama que tiembla… Martín Casariego se pretende también un escritor del amor.

Porque es éste un libro sobre el amor, es la búsqueda desesperada del amor por un hombre desilusionado y deprimido. No en vano y muy al principio del relato, el protagonista, Fernando,  se pregunta varias veces ¿dónde se esconde el amor? Según el autor Casariego esta historia es verídica, se la contaron hace años.

Fernando es un cuarentón herido por la vida : el abandono de su mujer por su mejor amigo,  el distanciamiento consecuente con sus dos hijos y  la pérdida reciente de su padre, con quien se avenía bastante.

Entonces Fernando, agobiado, deja un empleo bien pagado, se instala en un barrio madrileño desmejorado llamado Lavapiés (hasta el nombre es desmejorado, por Dios!) y se dedica a la fotografía en amateur. Lo único material que ha guardado de su padre, son unas gafas feas y anticuadas que le habían valido un apodo : el Gafas.

Fernando retrata los habitantes de su barrio, una multitud de gente variopinta e inclasificable porque tiene en mente armar un mural con 80 fotografías de gente con estas gafas ( ¿por qué 80?). De esta manera Fernando va recomponiendo la imagen del padre.

Fernando ya tiene una »fama » de artista en Lavapiés y un día una bella chica lo aborda en un bar pidiéndole que la retrate para armar un book de modelo; Fernando se va a enamorar de esta  chica, que se llama Irina, una rusa-lituana que conlleva muchos secretos y pesares.

A lo largo de la novela de 180 páginas, Fernando irá recomponiendo un verdadero puzle de su padre con las fotos (e Irina será la número 77), y otro puzle de Irina con su misterio.  Fernando es un hombre paciente.

El capítulo 18 lleva el título del libro : un día de intensa lluvia, Fernando declara su amor a Irina diciéndole que a pesar de lo poco que sabe de ella, la ama como los pájaros aman al aire…

Pareciera una lectura fácil, pero hay detrás un mensaje social (secuencias callejeras de gran realismo, personajes muy concretos) y también un  mensaje moral. Es una historia de amor y de resurrección con un lindo adagio al final : la paciencia a veces recompensa.

COMO LOS PAJAROS, Siruela Colección Nuevos Tiempos 2017,  ISBN 978-84-16854-09-7