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Le roman de la Pologne de Beata de Robien

Beata de Robien est un écrivain d’origine polonaise, diplômée de l’Université de Cracovie, sa ville natale, où elle a suivi des études de lettres. Elle a immigré en France en 1974 où elle a fait un troisième cycle à la Sorbonne ; elle écrit  des pièces de théâtre, des scénarios pour la TV, des romans et des biographies directement en français.

C’est un roman impressionnant de plus de 400 pages qui se lit très bien car le style est fluide, élégant et comporte pas mal d’humour, ce qui est rare pour un livre d’Histoire qui va de 840 av.J.-C.  à nos jours ( et quelle Histoire ! ) .

Il est impossible de résumer un tel livre parce que l’histoire de la Pologne est très compliquée et chaotique. De tous temps la Pologne a eu une Histoire très mouvementée. D’abord ce vaste territoire, sans frontières naturelles infranchissables,  a été convoité par beaucoup de peuplades : les chevaliers Teutoniques, les Tatars,  les Habsbourg, la France, les autrichiens, la Russie des tsars, la Russie communiste, la Suède, les nazis,  etc. Contrairement aux autres voisins, la France et la Pologne ne se sont jamais fait la guerre, d’où les liens privilégiés entre les deux pays et l’immense confiance que ressentaient les polonais envers la France. Et pourtant…

Les Polonais ont un point commun avec les français, ils sont frondeurs de naissance ! Mais les polonais ont d’autres caractéristiques bien à eux avec leur âme slave: leur hospitalité légendaire et un proverbe : « Hôte dans la maison, Dieu dans la maison ».

La Pologne a eu un statut très particulier dans le passé. C’était un royaume non héréditaire mais aussi une  République dont  le monarque devait être élu par une Diète. D’où parfois des rois inattendus. Je vais me cantonner à citer les rois ou reines qui ont un lien avec la France car les autres personnages sont difficiles à situer dans leur généalogie.

Les Polonais ont eu un roi français lorsque au XVI siècle la dynastie des Jagellon s’est éteinte après la mort du roi Sigismond Auguste sans héritier mâle.Mais il restait une vieille fille au roi Sigismond Auguste,  la princesse Anna. En se mariant, son mari accédait au titre de  Roi de Pologne.  Les candidats aux épousailles étaient nombreux et Catherine de Medicis en France,  « briefée » par son nain favori à la  Cour,  Jan Krassowski, (d’origine polonaise) s’est mise bille en tête de comploter (elle était magistrale pour les complots et les intrigues) et de marier son fils chéri, le duc d’Anjou avec Anna Jagellon qui avait l’âge de la belle-mère. Car Catherine de Médicis était d’une ambition démesurée pour tous ses rejetons et notamment envers   le duc Henri de Valois, plus connu comme le duc d’Anjou, son fils adoré. Le duc d’Anjou avait des moeurs particulières et entretenait à Paris sa Cour de mignons, compagnons qui lui étaient dévoués corps et âme. Alors, contraint et forcé, à 22 ans, il est parti l’âme en berne vers ses terres barbares  à 1 700 kilomètres de Versailles, épouser Anna Jagellon qui avait l’âge de sa mère ! Le départ lui coûtait d’autant plus qu’ il était très amoureux de  la princesse Marie de Clèves mal mariée au prince de Condé. Néanmoins ce pauvre Henri d’Anjou est parti vers la Pologne  avec un cortège de 500 personnes comportant ses médecins, ses interprètes, ses poètes et ses mignons. Le portrait physique du duc d’Anjou alors à la fleur de l’âge est pitoyable, lisez donc: chétif, frêle, les yeux rougis, le nez coulant, les jambes maigres et fluettes, une fistule suppurante sous l’aisselle, un regard fuyant, presque chauve, embaumant la violette (afin de cacher d’autres pestilences), les lèvres peinturlurées, des cocardes sous les chausses, deux boucles à chaque oreille,  le pourpoint serré à la taille...Les nobles polonais ont les yeux dessillés : l’accoutrement des mignons déplaît, le maquillage choque, ils trouvent que ces français se déguisent en femmes ! Ils ne se cachent point pour se caresser…Car si en France l’homosexualité peut s’afficher, en Pologne c’est un péché mortel. Même si le plus irritant pour les polonais est le manque de convenances, car à peine arrivés ils se languissaient de la France, ils disaient que la vie en Pologne était monotone comme ses plaines. Mais les Polonais sont fatalistes, résignés. C’est leur roi. Telle est la volonté de Dieu. Et le duc d’Anjou prendra nuitamment la fuite après 200 jours sur le sol polonais lorsqu’il recevra un courrier de sa mère lui annonçant le décès de son frère le Roi Charles IX, mort de tuberculose. Le duc d’Anjou partira vers Paris, toutes brides abattues,  en raflant les joyaux des couronnes de Pologne et de Lituanie. Vous connaissez la suite, il deviendra Henri III, roi de France.

Après ce roi il y aura deux reines d’origine française. Au XVII siècle, le Roi Ladislas IV épouse en secondes noces Marie de Gonzague princesse de Nevers, proposée par le Roi Louis XIII. Marie de Gonzague portera deux fois la couronne de Pologne. Avant l’épisode polonais, elle connut en France une vie bien mouvementée: à quinze ans elle fut la maitresse du frère du Roi de France, Gaston d’Orléans; à seize ans la maitresse de Cinq-Mars guillotiné par ordre de Richelieu, puis la maitresse de Condé qui deviendra le Grand Condé. A Paris, dans son palais situé entre la Tour de Nesle et le Pont-Neuf, Marie de Gonzague entretient une cour de cent courtisans et attend qu’un mari digne de sa richesse et de son rang la demande en mariage. La proposition des Polonais est bien accueillie et elle épouse par procuration à Paris le Roi de Pologne Ladislas IV. L’épousée n’est plus très jeune- 35 ans, l’âge des grand-mères, elle possède un visage rond, sans fraîcheur, une bouche épaisse, une paupière lourde. Mais le Roi ne plaît pas non plus à la mariée: il a dépassé la cinquantaine, obèse, morose et de surcroît grossier. Les rumeurs circulent sur le lourd passé de la nouvelle reine. Les polonais n’aiment guère les princesses folles de leur corps. Ils préfèrent les grenouilles de bénitier et la française aura du mal a rivaliser avec les 3 saintes qui l’ont précédée. Mais Marie de Gonzague saura s’imposer avec sa forte personnalité, sa grâce et intelligence, même si son goût de l’intrigue lui jouera de mauvais tours. Elle n’est pas d’humeur facile, mais elle charme par sa conversation, cet art si divinement français. Lorsque le Roi meurt elle épousera son frère Jan Casimir II Vasa, héritier du trône, comme cela elle n’enlèvera pas sa couronne; elle a 39 ans, elle est resplendissante, plantureuse, énergique, pleine d’enthousiasme, déterminée. Elle aura besoin d’une dispense papale pour l’épouser et elle l’aura. Par ses intrigues et sa finesse cette reine incarne pour les Polonais l’esprit de la France, ses grandeurs comme ses bassesses. Elle est morte à 56 ans et son mari a abdiqué, las de gouverner,  il se retirera en 1668 en l’abbaye de Saint Germain-des-Près.

Le dernier roi Polonais sera Stanislas Poniatowski affublé du sobriquet de Stashio, car les Polonais adorent les sobriquets.C’est un personnage cultivé et très bien de sa personne. Il a été initié aux bonnes manières à Paris dans le salon de Mme Geoffrin, roturière de naissance mais qui possède l’un des salons les plus célèbres de l’histoire uniquement grâce à son solide bon sens et à son art de savoir faire parler ses invités, les mettre en valeur. Elle va s’enticher de Stanislas Poniatowski et va lui apprendre mille choses qu’on ne lit pas dans les livres; ainsi le jeune Stanislas acquiert une nouvelle allure, s’exerce à la conversation -cet art suprêmement français de ne jamais paraître lourd, jamais précieux et que toute l’Europe envie à la France. Stanislas est plus gracieux que beau, ce qui plaît encore plus aux femmes, car elles ont moins à se méfier.  Ce polonais-là est doux comme un agneau, rougit comme une jeune fille et cherche vainement un peu de gravité dans ce monde d’une futilité extrême, qui est en quête seulement du plaisir et ne s’en refuse aucun. Il deviendra l’amant de la princesse Sophie Anhalt-Zerbst, la future tsarine Catherine II lorsqu’il sera à Saint Petersbourg après un long périple d’apprentissage à travers l’Europe. Il sera couronné comme Stanislas II Auguste, il aime s’entourer de philosophes, pérorer de métaphysique, il brille dans les salons, emperruqué, poudré, parfumé, élégant dans ses costumes d’apparat. Partout ses belles manières font merveille. Comme jadis chez Madame Geoffrin, il pratique l’art d’écouter, de sourire, de parler à chacun du sujet qui l’intéresse, de poser des questions précises, d’éviter les sujets qui fâchent. La conversation se passe en français, parfois en anglais. Les potins de l’Europe intéressent le roi autant que  la science, la littérature, la peinture, l’histoire. Les plats sont légers, raffinés. Le roi est facile d’accès, généreux, cultivé. Le portrait de Vigée-Lebrun le montre comme un homme de trente ans avec une perruque blonde roulée en boucles de soie autour du cou, les yeux vifs d’un bleu innocent, le nez aristocratique, la bouche charnue, le menton effacé, peut-être signe du manque de volonté. Ce qui frappe dès le début de son règne, c’est une totale incompréhension. Il n’est pas pris au sérieux par ses compatriotes. Pour les Polonais , il est « le brave roi Stas », ses réformes passent pour le caprice d’un cosmopolite. Néanmoins la Diète va voter la Constitution  ardemment souhaitée par le roi, ce sera la deuxième constitution au monde, après celle des États-Unis d’Amérique et la première en Europe !

Ensuite le livre nous parlera de quelques Polonais célèbres comme Frédéric Chopin, fils d’un refugié français qui a fui la Terreur est s’est installé en Pologne comme précepteur;  ou comme Eveline Hanska qui deviendra la maitresse puis la femme d’Honoré de Balzac en  1850;  ou comme Marie Curie née Sklodowska qui viendra à Paris faire des études à la Sorbonne et qui sera deux fois Prix Nobel; ou comme Karol Wojtyla, le futur Pape Jean-Paul II.

Livre très intéressant, de lecture facile et passionnante. Voici un pays avec un fort brassage culturel, mais qui a su garder son âme slave, sa particularité, son sens du patriotisme.

In memoriam. Ce livre Le roman de la Pologne ainsi qu’un autre livre du même auteur (Le nain du roi de Pologne) ont été achetés  pour me rapprocher de mon amie Yola, d’origine polonaise, mais Yola n’est plus là pour en parler. Je lui dédie ce billet avec toute mon affection et mes souvenirs intacts.

 

LE ROMAN DE LA POLOGNE, Éditions du Rocher 2007,  ISBN 978-2-268-06291-4

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Le sel de la vie de Françoise Héritier

Fanfan, je te remercie pour ce petit livre si inspiré et permets-moi de t’appeler Fanfan, car si je t’appelle Françoise, les gens croiront que je m’adresse à Mme Héritier…Et je mets en exergue une phrase  qu’elle aime bien: n’avoir jamais honte d’être soi, objectif qu’elle a mis longtemps à atteindre, humaine créature qu’elle est.

Françoise Héritier est une féministe connue, anthropologue et ethnologue française, née en 1933, élève de Claude Lévi-Strauss à qui elle a succédé au Collège de France. C’est une des premières femmes à avoir réussi à rentrer au Collège de France , ainsi que Jacqueline de Romilly. C’est une des personnalités à l’origine de la création de la chaîne de télévision ARTE. Elle a reçu en mai dernier le prix Simone Veil 2012 pour cet ouvrage, prix couronnant des femmes de lettres (  ex-aequo avec Dominique Bona pour son livre sur les 2 filles du peintre Henry Lerolle).

Cette femme de culture a voulu se faire plaisir et nous initier à apprécier le petit plus qui nous est donné à tous , à chaque instant parfois, sans le savoir:  ces riens fugaces et pleins de poésie qui jalonnent nos journées et qui ensoleillent nos souvenirs et qui vont constituer un petit chapelet : le sel de la vie.

L’inspiration lui est venue lorsque elle a reçu une carte postale du lieu de vacances du Professeur qui la soigne depuis longtemps en disant qu’il s’excusait pour » le temps volé aux vacances », je pense sincèrement qu’il ne volait rien du tout car les gens très occupés et dévoués à une cause, vivent de façon accélérée et sont capables de vivre bien plus de choses que le commun des mortels, tout simplement parce qu’ils sont autrement plus organisés.

Françoise Héritier considère que ce petit ouvrage de  à peine  87  pages , est « sérieux », et elle a raison, parce qu’en peu de mots, les images d’une vie entière défilent dans la tête via les souvenirs, comme si nous regardions un film en accéléré, et ces souvenirs passent par les sens. Comment fonctionnent les souvenirs?  Par l’appétence, par l’envie que nous avons de quelque chose. Nous sommes des êtres de goût. Le sel de la vie est le souvenir de ce petit quelque chose qui fut peut-être fugace, mais intense, c’est aussi la mémoire sensuelle du corps. C’est aussi une façon d’être au monde dans la bienveillance ( les autres, le soi). Et comme écrivait justement Epictète, c’est la manière de se distancer de l’évènement, d’être capable de le ressentir, de l’éprouver.

Ce petit livre se présente comme un essai épistolaire que l’auteure adresse probablement à son thérapeute et ami, il est constitué de 14 lettres (?),à quatorze dates différentes et la succession de plus de 913 petits riens qui pourraient constituer le sel de la vie de n’importe quel d’entre nous. Je les ai contés et j’ai pu me tromper dans l’exactitude, mais ce sont 913 à peu près…

Voici, sélectionnés de façon outrageusement personnelle et arbitraire mes préferés :… les fous rires, la recherche d’odeurs ou de saveurs, mettre un beau couvert, ruminer autour d’une idée, le moment ou l’on sait qu’on plaît ( ou on vous regarde et on vous écoute),  faire la grasse matinée, écouter religieusement Mozart, prendre son temps pour choisir un rien, marcher d’un bon pas, sentir le poids de son corps recru de fatigue dans son lit, être reçu à un examen, se sentir plein d’allant, d’enthousiasme, de passion, se moquer des convenances, avoir des élans de coeur, se délecter en secret d’une idée ou d’un projet ou d’un souvenir, avoir des secrets, réussir une réussite, utiliser des mots justes qui surprennent, n’avoir jamais honte d’être soi, tourner en bouche des mots bizarres, prendre une bonne douche, se faire masser la tête, partir en voyage, faire des mots croisés difficiles, succomber à la tentation gourmande, avoir conscience du caractère fugace des choses et de la necéssité d’en profiter, maîtriser sa paresse et sa peur du changement, se taire et ne parler qu’à bon escient, ne pas se croire obligé de faire comme tout le monde, se coucher dans des draps fraîchement changés, se sentir bien même fugitivement dans son corps et dans sa tête, ouvrir une lettre le coeur battant, assurer ses détestations, passer une nuit blanche pour finir un roman, passer une nuit blanche auprès de son enfant, entendre un tout petit air de Mozart qui nous vrille le coeur à chaque fois, découvrir de nouveaux mots, s’injurier mentalement pour sa pusillanimité, sa paresse, ses hésitations et incertitudes, son manque d’esprit de suite, sa suceptibilité, sa lenteur, sa gourmandise, sa tendance à reporter au lendemain, exulter sécrètement quand quelque chose se passe comme on l’avait prévu…

Ouf, tout cela, rien que pour moi et qui doit me portraiturer assez pour ceux qui me connaissent un peu. MAIS… pour moi avant tout, le sel de la vie, a été, est et sera, lire un bon livre !

LE SEL DE LA VIE, Éditions Odile Jacob 2012,  ISBN  978-2-7381-2754-9

Virginia et Vita de Christine Orban

Lorsque j’ai entendu la délicieuse Eve Ruggieri parler de ce livre sur Radio Classique, j’ai eu envie de le lire.

J’avais lu  » Mrs Dalloway » de Virginia Woolf  il y a peu de temps et ce roman m’avait  beaucoup plu. A l’origine » Mrs Dalloway »  devait s’ appeler  » The hours« , comme le film de Daldry ( en 2001 , avec Nicole Kidman , méconnaissable car affublée d’ un faux nez , dans le rôle de Virginia Woolf, rôle que lui a valu l’ Oscar d ‘interprétation). Puis l’ américain Michael Cunningham sortit son roman «  The hours » en 1998 ce qui lui a valu le prestigieux Prix Pulitzer en 1999.

Afficher l'image d'origineLe  livre de Christine Orban,  » Virginia et Vita« ,  est le premier ouvrage que j’ai lu d’elle. Elle avait publié ce livre en 1990 sous le titre de «  Une année  amoureuse de Virginia Woolf »  par Christine Duhon. Elle a complètement revu et corrigé l ‘édition de 1990.

Christine Orban est une femme brillante, belle et élégante, archétype de la parisienne. Je l’imagine en égérie de salon , brillant autour de son mari , l’éditeur Olivier Orban et d’une partie de l’intelligentsia parisienne.

Le livre de Madame Orban se cantonne à la seule année 1927 et  raconte la liaison tumultueuse  de deux femmes vouées à la littérature : Virginia Woolf , mariée avec un éditeur et Vita Sackville-West aristocrate , mariée avec un diplomate et mère de deux garçons. Virginia, d’un milieu un peu bohème était fascinée par la pétillante, mais inconstante et volage Vita qui la fit souffrir les affres de la passion et de la jalousie.  C’est pour rompre avec Vita que Virginia eut l’idée de la prendre comme héroïne de son prochain roman, Orlando, où Vita incarne un personnage « homme – femme »   né de l’amour et de la frustration, de la jalousie et de la complicité de deux femmes exceptionnelles. Ainsi , Virginia sut métamorphoser sa relation amoureuse en création littéraire.

Ces deux femmes, bien que ayant un penchant sans ambiguïté pour les amours saphiques , surent s’attacher chacune un mari jusque la fin de leur vie.

Virginia était atteinte  d’une probable maladie bipolaire, et avait un fort  penchant suicidaire . Elle se donnera la mort par noyade en 1941.

Le livre de Christine Orban se lit très bien : le ton est très féminin et les situations décrites sont compliquées, ce qui est en général les cas de l’univers féminin.

Nous pouvons écouter la voix cristalline de Virginia Woolf dans un enregistrement radiophonique de la BBC en 1937 et en même temps voir défiler quelques images de cette femme à la figure racée et profondément  triste :

http://www.youtube.com/watch?v=E8czs8v6PuI

Et voici un video de Babelio vantant ce livre excellent:

http://www.babelio.com/auteur/Vita-Sackville-West/3141

VIRGINIA ET VITA, Albin Michel 2012,  ISBN 978-2-226-23845-0

Veuf de Jean-Louis Fournier

Opuscule de 150 pages entre l’essai et le roman sur un sujet délicat : la disparition de l’ être aimé.

La mort est un sujet tabou pour beaucoup de personnes sensibles, car cela renvoie à sa propre mort et / ou à la disparition douloureuse d’êtres proches.

Ici le sujet est traité avec un humour parfois décapant et beaucoup de tendresse. En fait, c’est une ode à l’amour : l’amour que porte un homme à sa femme après 40 années de vie commune, amour magnifié par la disparition de l’objet aimé.

C’est en écoutant Jean-Louis Fournier parler de son livre à la radio que l’envie de le lire m’est venue. Il a voulu figer sur papier le souvenir de sa femme pour la garder encore avec lui. C’est une idée magnifique et très réussie.

Par pur plaisir je cite un passage du début :… » Sylvie est partie discrètement sur la pointe des pieds, en faisant un entrechat et le bruit que fait le bonheur en partant ».

Elle ne voulait pas déranger, elle m’a dérangé au-delà de tout.

Cette année, l’hiver a commencé plus tôt, le 12 novembre. Je crois qu’ il va durer très longtemps et être particulièrement rigoureux.

Sylvie m’a quitté, mais pas pour un autre. Elle est tombée délicatement avec les feuilles.

Elle n’ aimait pas parler d’ elle, encore moins qu’on en dise du bien. Je vais en profiter, maintenant qu’elle est partie… »

VEUF, Stock 2011,  ISBN  978-22-340-7089-9