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Transparence de Marc Dugain

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Marc Dugain est un scénariste et romancier français né au Senegal en 1957. Son oeuvre est vaste et variée.

J’ai découvert cet auteur avec son livre La Malédiction d’Edgar (2005) qui narre de façon brillante l’hégémonie de John Edgar Hoover au sein du FBI pendant 48 années, un livre très documenté qui se lit comme un thriller et qui laisse pantois. J’ai tellement apprécié le livre, que j’ai eu envie de lire d’autres livres de Dugain. Ainsi, j’ai lu dans la foulée : le très primé La chambre des officiers (1999) qui raconte l’histoire de son grand père « gueule cassée », défiguré par un obus le premier jour des combats ! ; Campagne anglaise (2000), un roman assez original; Heureux comme Dieu en France (2002) que j’ai trouvé admirable, sur la Résistance, dans le style si limpide de Dugain; Une exécution ordinaire (2007) autre livre assez intéressant qui narre encore un sujet difficile, celui de la pérestroïka et du monde des sous-mariniers (une élite) avec l’accident du sous-marin Oskar en mer des Barents avec 123 morts, sur fond de corruption; Ils vont tuer Robert Kennedy (2017)  intéressant aussi et très documenté que revisite l’histoire des années 60 et que reprend cette presque obsession de Dugain pour la famille Kennedy.

Transparence (2019) m’a laissé un relent de tristesse, c’est une dystopie avec une teneur assez proche d’une réalité actuelle.

Dans cette dystopie le texte est écrit par une femme condamnée par une maladie grave et qui choisira de disparaitre sans laisser de traces vers les années 2068. Cette femme est une folle illuminée, une sorte de Cassandre sans ses ébats, et diaboliquement intelligente,  manipulatrice, qui a fait fortune en montant une société appelée Transparence qui permettait de choisir un partenaire en se servant d’un logiciel riche de données très personnelles (QI, psychologie, goûts, profil ADN, sexualité, etc); le cross-match de ces données permettait de profiler les gens  et les apparier dans les meilleures perspectives de réussite. Riche de cette expérience très lucrative elle va se revêtir de dons messianiques pour fonder avec autre 12 partenaires très choisis, une autre société appelée Endless, un programme qui permet l’immortalité sans la possibilité de se reproduire à condition d’être « choisi » par ce programme. A partir de cette idée fumeuse, elle et ses acolytes vont monter une  escroquerie à l’échelle planétaire grâce à leur collection de millions de données…

À l’ère de la globalisation  sauvage, toute la planète tomberait dans le panier y compris la toute puissante Google qui travaille sur l’IA et le concept d’immortalité. Ainsi, pour cette folle illuminée, la planète Terre pourrait être dominée par LA Révolution Numérique et ses effets pas toujours profitables pour le commun des mortels.

Le scénario fait froid dans le dos car les humains apparaissent plutôt comme des inhumains mus exclusivement par l’appât du gain et rien d’autre avec notre planète transformée dans une vaste poubelle destinée à une inéluctable disparition. On lit aussi une critique acerbe envers l’actuel Président des EEUU car l’année 2020 est très souvent citée en référence; dans ce texte, Donald Trump est appelé « le Peau-Rouge des Blancs suprémacistes » qui flatte les instincts les plus vils d’une partie considérable de ses concitoyens, un Trump, un  escroc de l’immobilier devenu présentateur de télé-réalité.

Un livre assez cérébral, totalement dénué de sentimentalité où émerge le spectre terrifiant du réchauffement climatique.

TRANSPARENCE, Gallimard 2019,  ISBN 978-2-07-279703-3

L’Infinie Comédie de David Foster Wallace

Résultat de recherche d'images pour "infinite jest david foster wallace"" David Foster Wallace (Foster par sa mère) est un écrivain nord-américain (N. York 1962-Californie 2008), professeur universitaire d’Anglais et d’écriture littéraire; un écrivain dépressif de longue date qui s’est donné la mort par pendaison à l’âge de 46 ans à son domicile . Pendant son adolescence il fut champion junior de tennis.

L’auteur Foster Wallace s’est intéressé à la solitude de l’homme moderne nord-américain (qu’il nomme état-unien) chez qui prime la suprématie du Divertissement, le goût du spectacle bling-bling sur fond de surconsommation de drogues et d’addictions en tout genre. C’est l’évocation d’un monde malade, violent, sans but réel dans l’existence. Le propre écrivain résumait le thème du livre dans une entrevue par le mot Divertissement.

L’infinie Comédie (Infinite Jest) a nécessité 5 années d’écriture et fut publié aux USA en 1996. En France, la traduction n’a pu paraître qu’en 2015 tenant compte des énormes difficultés de traduction de ce pavé de 1328 pages plus 380 pages de renvoi de texte en fin de livre et voulues par l’écrivain afin d’alléger un pavé qui était déjà très lourd. Une pensée admirative pour le travail réalisé par Francis Kerline pour la traduction du livre et Charles Recoursé pour les notes explicatives

A propos de lourdeur, je dois confesser que j’ai eu du mal physiquement avec ce livre qui a réveillé une vieille tendinite aux 2 bras contractée après lecture d’un autre pavé…j’ai du continuer la lecture avec un livre en position horizontale et moi assise afin d’éviter la contracture. Car la bête pèse 1 kilo 300 grammes et la lecture est longue…

Ce livre est une dystopie de littérature postmoderne, un livre fleuve dans un futur proche avec une Amérique du Nord unifiée (USA, Mexique, Canada) mais il est très peu question du Mexique dans le roman.

Le titre Infinite Jest ferait allusion à une tirade dans Hamlet de Shakespeare quand le dit Hamlet tient en main le crâne de Yorick, a fellow of infinite jest, une des scènes les plus connues du divin William.

Ai-je aimé le livre? Mon Dieu, NON ! à aucun moment. Mais je reste admirative devant la performance: d’abord, la structure du livre, à aucune autre pareille, sans une histoire linéaire, mais au fil de pages, dégageant une vraie force  avec une richesse de vocabulaire défiant toute concurrence, une rupture permanente du langage selon la personne qui parle. Le langage est d’une grande précision, avec de temps en temps des raptus d’une grande drôlerie un peu lourde et qui va jusqu’à la cruauté, assez originale.

En gros, j’ai trouvé 4 pôles importants dans ce livre: 1) la famille nord-américaine Incandenza;  2) l’Académie de tennis élitiste de Boston;  3) le monde de la dépendance (drogues et alcool) au sein du Centre de Désintoxication et  4) les terroristes canadiens dissidents, ou le sujet politique du roman.

La famille Incandenza est un ramassis de tarés. Le père James Incandenza est un physicien et un cinéaste expérimental assez reconnu, c’est le fondateur de cette Académie de tennis, un personnage sans profondeur dans la narration, alcoolique au dernier degré et dément à la fin de sa vie. En lisant les titres de ses réalisations et en lisant la teneur de ses scénarios, on comprend qu’il est plus que perturbé;  il va se donner la mort de façon atroce et grotesque et le lecteur se demande quelles abominations il devait assumer pour en arriver là. Les choses sont suffisamment suggérées dans le roman pour que le lecteur se fasse une opinion, sinon précise, au moins proche. La mère appelée la Moms, mesure 2 mètres et à 50 ans est encore une femme séduisante, docteur ès lettres et sciences, d’origine québécoise, mais totalement toxique et cachottière, elle est directrice dans l’Académie. Le couple a 3 fils: l’aîné, Orin est un ancien de l’Académie de tennis, reconverti dans le football américain  car il avait compris qu’il n’atteindrait pas le plus haut niveau du tennis, appelé le Show, là où les rares élus atteignent une sorte de Nirvana absolu. Le deuxième fils est Mario, un être difforme, limité en parole mais non idiot, c’est le seul qui s’intéresse au métier du père. Et le dernier fils est Hal, interne au sein de l’Académie, un adolescent destiné à être parmi les meilleurs du tennis, qui vit pour plaire à sa mère et pour se droguer en cachette. Il n’y a aucun personnage normal dans cette famille.

L’Académie de tennis est un prétexte pour nous parler du milieu du tennis et de la compétition (ce mythe de la compétition et de l’excellence qu’on inculque aux joueurs, ce mythe, ils croient toujours que l’efficacité, c’est d’aller de l’avant, de foncer. Le principe selon lequel le plus court chemin d’un point à un autre, c’est la ligne droite). Il y a une description minutieuse de ce monde où chaque pas est programmé au prix d’un effort souvent surhumain et au prix de sacrifices importants sur la vie privée de chacun. C’est un univers impitoyable, d’une compétitivité folle où les élus sont peu nombreux. On a droit aussi à une description un peu moins fournie sur le football américain que pratique Orin, un autre monde différent et aussi dur, fermé et un peu plus bestial.

Le monde de la dépendance (alcool et drogues) est représenté par le Centre de Désintoxication connu comme Ennet House situé pas loin de l’Académie de tennis, où règne une ambiance surréaliste qui accueille des gens en perdition totale. J’ai trouvé intéressants les récits de ces gens pour qui la vie est un enfer et pour qui, dans la plupart des cas, en viennent à la dépendance après une enfance à problèmes. Il y a dans le lot, un rescapé de la drogue/alcool, Don Gately, reconverti en surveillant du centre qui a une histoire incroyable (comme tous les autres), mais qui se dévoue aux gens et va se voir impliqué dans une scène dantesque du livre, digne de Tarantino. C’est sur la vie de ce personnage que s’achève ce livre.

L’union de cette Amérique du Nord et dans son sein des canadiens dissidents et terroristes, est un thème assez mal approfondi. Ils sont tous estropiés, amputés des membres inférieurs car jeunes, ils jouaient à s’approcher d’un train le plus possible. Ils sont si nombreux qu’ils forment une petite armada contre les détestés états-uniens. Ils les détestent si fort qu’ils veulent s’approprier d’une cassette que James Incandenza aurait tourné, appelée Infinite Jest ou plaisir sans fin, qui rend les gens définitivement dépendants jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Page 118 l’écrivain Foster Wallace donne un aperçu sur l’Europe …le problème de Schtitt (coach de tennis d’origine autrichienne), comme maints européens de sa génération attachés depuis l’enfance à certaines valeurs permanentes qui peuvent être teintées d’un vague potentiel protofasciste mais sont néanmoins bien ancrées dans l’âme et le mode de vie, ces idées patriarcales du Vieux Monde, telles que l’honneur, la discipline et la fidélité à une entité plus grande. Ou page 535 … Que la CEE paie son propre système de défense à partir de maintenant. Qu’ils y aillent de leur propre budget et on verra s’ils peuvent encore subventionner leurs paysans. Qu’ils bouffent leur beurre avec leurs propres armes pour changer.

Il y a par ailleurs dans ce livre une information détaillée sur le tennis, les drogues dures et moins dures, les effets cliniques des dépendances, etc. J’avoue avoir sauté des pages de description technique qui ne m’intéressaient pas. Mais il y a aussi beaucoup d’autres choses à découvrir.

Ce fut une lecture épuisante (et c’est une des singularités du livre) avec un langage différent selon la personne qui parle; je n’ai pas supporté le langage de certains camés qui ramènent les échanges oraux au langage archaïque de l’âge de pierre. Une autre singularité est la surabondance d’abréviations, probablement une marotte de l’auteur.

Oui, une lecture épuisante qui d’après ce que j’ai lu, sépare les avis entre ceux qui crient au chef d’oeuvre et ceux qui proclament que c’est wholly unreadable. Je me situe entre les deux, considérant que c’est une lecture intéressante mais fatigante et profondément triste d’un monde assez ravagé, grotesque et névrosé, malsain aussi, obnubilé par la performance, gérant le mal être et le stress par une surconsommation de psychotropes.

 

David Foster Wallace désabusé de son monde

L’Infinie Comédie, Éditions de l’Olivier 2015 (CFW 1996),  ISBN 978-2-87929-982-2

La ciudad ausente de Ricardo Piglia

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Ricardo Emilio Piglia Renzi es el nombre completo del escritor y crítico literario argentino (Adrogué 1941-Buenos Aires 2017) con estudios de Historia quién,  además, es un gran lector. Cité el nombre completo del escritor porque Emilio Renzi es un nombre recurrente en sus novelas,( ¿un alter ego?), un narrador.

He tratado de leer varios libros de este autor y la verdad es que, o no me han gustado, o no los he entendido. Formas breves (1999) es un ensayo en forma de relatos, algunos autobiográficos, otros sumamente intelectuales con mucha referencia a Borges y al psicoanálisis;  cita mucho a Mujica Laínez y a Macedonio Hernández que son otros literatos argentinos. El libro Plata quemada (1997) es una novela urbana sobre el lumpen, de una extrema violencia, relatando el asalto de un banco por un grupo de maleantes degenerados, capaces de la peor barbarie bajo el consumo de drogas; un libro de pura decadencia. Blanco nocturno  (2010) es una novela que se llevó varios premios y que me gustó porque la encontré de excelente estructura y de  buena escritura sin flaquezas : narra la vida en un pueblucho de la pampa de gente corrupta, con sus vicios, la malevolencia reinante, la implacabilidad de las cosas, la implicación del periodismo. Es la historia de una familia del  pueblo donde dos medios hermanos se lanzan en una aventura industrial que parece brillante, pero que fracasará. Y los justos pagarán por los pecadores. El último lector (2005) es un ensayo que no pude leer porque no encontré el hilo conductor aunque  el tema era interesante (la lectura).

La ciudad ausente fue publicado en 1992, es una ficción narrativa distópica de un género llamado novela de anticipación (emparentada con la ciencia ficción); La ciudad ausente incursiona en el terreno del ciberpunk  (asociación de cibernética con punk, muy aparentado a la distopía), utilizando personajes  raritos, realidades virtuales e inteligencia artificial. No es un género que me guste, es un género que me horripila porque el tema no me interesa y tengo la sensación desagradable de  perder el tiempo. Por esta misma razón no me gustó el libro Borneo de otro argentino, Oliverio  Coelho, otra distopía.

Es como en los divorcios, siento « incompatibilidad de caracteres » con ciertas lecturas o ciertos escritores.

La ciudad ausente inspiró también a su autor una opera en dos actos, escrita con Gerardo Gandini y estrenada nada menos que en el teatro Colón en 1995. También la novela inspiró una adaptación al formato de novela gráfica, ilustrada por Luis Scafati en 2008.

Es un libro  muy metaliterario con alusiones permanentes a otros escritores, en primer lugar a Macedonio Fernández que al parecer marcó mucho al escritor Piglia; pero también se menciona a Roberto Artl, Juan Carlos Onetti, Jorge Luis Borges. Otros personajes de la obra de Piglia reaparecen como Emilio Renzi o Lucía Joyce.

Se necesitan ciertas claves para leer el libro, no se puede leer con una estrategia tradicional porque rápidamente el texto se volverá ilegible si no se profundiza la estructura narrativa. Tenemos una prosa abstracta llevada al extremo.

Trataré de decorticar el libro para sacarle algún provecho. A ver…Hay tres historias en la novela : 1) la de Junior, un reportero del diario El Mundo que investiga en la ciudad una serie de grabaciones producidas por una máquina ubicada en un museo;  2) la del origen de la máquina ideada por Macedonio Fernández,  llevado a cabo por el ingeniero Emil Russo;  3) la historia política argentina. Estos temas se van a mezclar con otros microrrelatos formando un mosaico hiper complejo.

El contexto histórico de la novela abarca desde la dictadura de Videla (1976), hasta la guerra de las Malvinas (1982) época en que prevalecía la represión contra escritores e intelectuales contrarios al régimen, con las desapariciones forzadas de los opositores.

La máquina de Macedonio y de Russo representa la eternización del cerebro de la bienamada y difunta esposa de Macedonio, Elena, Así han logrado almacenar datos, memorias y conocimientos en esta máquina que no es otra cosa que una denominación metonímica de lo que es « pura energía » y que funciona como un espejo que refleja lo inverso de lo que está delante de ella. La máquina refleja la ausencia del ser querido, de la personalidad, del lenguaje, del tiempo, del espacio, de la felicidad y de la libertad.

La novela está llena de alusiones científicas, de citas de personajes de la teoría linguística, literaria, histórica y de la teoría de las ciencias naturales.

En la novela abunda el número dos. Todo ocurre en dos horas, dos días, dos meses y dos años. La diferencia temporal es insignificante comparada con la eternidad de la narración. El número dos es un número par porque todo en la novela tiene su paralelismo, su réplica, su opuesto. El número dos es el reflejo pasivo de la unidad : los dos lados del espejo. Es considerado como la fuente de los errores mentales. Las referencias temporales del dos se mezclan con las del tres, número de la inteligencia infinita, la antítesis del dos, la unidad repetida tres veces.

La ciudad en la novela es más que el símbolo de la madre en el aspecto doble de protección y de límite. En este ámbito desaparece la personalidad propia y domina la alucinación, el delirio y el estado esquizofrénico.

¿qué diablos fui a buscar dans cette « galère »? Por ahí había leído que era una obra interesante. Bueno la leí, pero no me gustó. Vaya quilombo !

LA CIUDAD AUSENTE, Anagrama 2003,  ISBN 978-84-339-6841-8