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Un safari arctique de Jørn Riel

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 Jørn Riel est un écrivain danois (Odense 1931) qui vécut 16 années au Groenland sur l’île d’Ella avec une mission scientifique. De ce séjour, il publiera une dizaine de tomes humoristiques sur l’Arctique. (Il est préférable de les lire dans l’ordre car les personnages sont introduits peu à peu et les aventures font allusion aux aventures précédentes). Il a été couronné en 2010 par le Prix de l’Académie Danoise.

Ce livre, Des racontars arctiques de la collection 10/18 est une compilation de 4 tomes comportant chacun plusieurs histoires assez courtes. Je lis les tomes séparément afin de ne pas mélanger les histoires.

J’ai déjà publié un billet en avril 2017 sur La Vierge froide et autres racontars (1974); voici mon billet du deuxième tome Un safari  Arctique de 1976.

Les mêmes personnages, des Bisonours du Groenland, reviennent dans les histoires, mais ils sont vus sous des angles différents; j’avoue que j’ai du mal à retenir toutes leurs particularités, mais cela ne gêne en rien la lecture qui est toujours aussi désopilante.

Cette fois ce sont 6 nouvelles.

Le bruant des neiges est une très jolie nouvelle qui explique un fait récurrent dans ces latitudes de l’extrême : la lente et progressive glissade vers une espèce de folie déclenchée par le manque de lumière (plusieurs mois!), la solitude, la monotonie, la dure nature environnante, etc. Nous avons le jeune Anton Pedersen fraîchement débarqué dans le cercle polaire avec un contrat de 2 ans comme chasseur,  muni de son diplôme de bachelier et la tête pleine de rêves de chasse sur la banquise. Quelques mois après, sa lente érosion psychologique était déjà visible…Il avait vite préparé ses valises pour le retour alors que le bateau n’arrive qu’une fois par an sur la banquise, mais il retrouvera la raison in extremis par l’entremise d’un petit bruant qui se montrera au début du printemps…

La balle perdue est désopilant et en même temps effrayant. C’est l’histoire arrivée au gars Sieverts: alors qu’il rentrait à la cabane de chasse, il se fit attaquer par un ours polaire affamé bien qu’à cette époque les ours sont censés hiberner. On nous explique à cette occasion que les ours polaires peuvent déroger à l’hibernation mûs par la faim et par la fonte de leur réserve de graisse. En tout cas, cet ours attaqua Sieverts pour de bon. Et la scène est d’une drôlerie et d’une tension dramatique, absolument fabuleuses…

Un petit détour est extra. On retrouve le lieutenant Hansen, le farfelu qui voulait former une milice de défense de la banquise et qui avait failli mourir congelé par ses gars en pure vengeance…Ici, il se met bille en tête de partir chasser quelques phoques dans le Fjord des Glaces et entraîne Valfred en lui promettant des bouteilles de gnôle à gogo pour se consoler de l’effort. Voila pas que nos deux gars seront emportés par une vague géante déclenchée par la chute d’un bloc de glacier et leur bateau se retrouvera coincé 10 mètres au dessus de l’eau sur un iceberg. Et comment ils survivent a plus d’un mois de dérive sur le dit iceberg jusqu’à ce qu’un bateau de passage les repère…Incroyable.

Ce qu’il advint d’Emma par la suite est le seul récit qui ne m’a pas plu et plutôt agacé. Ici on reprend l’histoire de La vierge froide du premier tome que pourtant j’avais bien apprécié : Emma est une créature féminine de rêve sortie de l’imaginaire de Mad Madsen, tellement réussie que tous les chasseurs voulaient la lui racheter afin de meubler leur onanisme forcé. Ici on reprend l’histoire après qu’Emma a fait le tour (vénal) de tous les chasseurs: on tombe sur un gars sans aucune imagination et qui ne se contente pas de l’avatar mais la veut, l’exige, en chair et en os et monte un pataquès d’enfer avec cette histoire…Je pense qu’il faut être un mâle pour comprendre une histoire pareille, franchement je la trouve un peu poussive dans le genre.

Un safari arctique est de loin mon histoire préférée. Voila qu’une vraie Lady Anglaise, âgée de 60 ans et sèche comme un coup de trique, arrive sur la banquise avec tout un barda inimaginable pour chasser la seule bestiole qui manque à son vaste palmarès : le boeuf musqué de l’arctique. Ici on apprend que le Capitaine Olsen du bateau de ravitaillement  « Vesle Mari », est un vrai filou. Il essaie de gruger les gars: il leur propose de les sous payer pour accompagner la Lady à la chasse afin d’empocher une partie de l’argent.  Après moult négociations et tergiversations, 16 gars partent avec la vieille et son barda chasser le boeuf musqué. Voici le descriptif du barda : (ça vaut son pesant de cacahouètes)…l’équipement de Lady Herta était l’équipement standard d’un safari sans prétention. Il consistait en une tente pour la nuit agrémentée d’une véranda couverte, une tente de bain qui pouvait contenir une baignoire pliable et un système de douche, des WC chimiques, une tente de cuisine, de la vaisselle et des couverts pour 18, trois tables, un lit de camp, trois chaises pliantes, ainsi que des provisions de bouche pour 14 jours. En plus, on trimbalait une caisse de 6 bouteilles de gin et une autre de 12 bouteilles de champagne Louis Rœderer. Côté équipement de chasse, on trouvait des fusils et des munitions pour exécuter tout gibier depuis le lemming jusqu’à l’ours, dans un rayon de 100 kilomètres, quatre machettes courbées, une chaise de chasse à un pied, un lasso, ainsi que 8 crécelles pour rabattre le gibier...(pas mal, hein?). L’expédition elle même est à mourir de rire, que dis-je à suffoquer de rire.

Le rat est aussi un très bon épisode quoique les âmes sensibles qui n’aiment pas les rats, doivent s’abstenir sous peine de faire des cauchemars. En tout cas, ici les gars vont se venger de cruelle manière du Capitaine Olsen, lequel en plus de filou, est un menteur.

(J’ai encore deux livres à lire. Je me régale d’avance).

UN SAFARI ARCTIQUE, 10/18  2012 (Éd. Gaïa 1994 et JR 1976), ISBN 978-2-264-05851-5

La vierge froide et autres racontars de Jørn Riel

Résultat de recherche d'images pour "jorn riel" Jørn Riel est un écrivain danois (Odense 1931) qui vécut 16 années au Groenland sur l’île d’Ella avec une mission scientifique. De ce séjour, il publiera une dizaine de tomes humoristiques sur l’Arctique. (Il est préférable de les lire dans l’ordre car les personnages sont introduits peu à peu et les aventures font allusion aux aventures précédentes).

Ce tome de la collection 10/18 est une compilation de 4 livres comportant chacun plusieurs histoires assez courtes. Je vais les lire en quatre fois car je crains de tout mélanger en les lisant d’un coup.

La vierge froide existe en version BD depuis 2011 avec des dessins d’Hervé Tanquerelle.

La vierge froide et autres racontars (1974) comprend 10 récits qui se lisent très bien car l’auteur va droit au but. Les personnages reviennent dans les histoires et il est vrai que peu à peu on les situe assez bien. Les dix histoires sont assez truculentes et les sujets assez variés. Il paraît incroyable que ces trappeurs puissent vivre dans des conditions aussi précaires, dures, risquées, extrêmes. Mais ils s’en sortent, même sans femmes. À propos des femmes, elles planent à l’état de rêves, de créatures imaginées pour chacun de ces rudes gars vivant sur la banquise. Et les gars arrivent à garder la raison, même si certains sont de vrais frappadingues. On arrive à comprendre  l’importance qu’ont les chiens isolés ou les meutes de chiens dans ces parages, de vrais compagnons pour ces humains un peu particuliers; par exemple Pjosker, le chien d’Herbert…Pjosker était le plus fort, le plus intelligent et le plus beau des chiens du nord-est du Groenland. Selon Herbert. Il était grand comme un loup blanc du Canada, avec une étoile noire sur le poitrail et des pattes larges comme des couvercles de margarine. Une oreille dressée, l’autre pendante. Pjosker était le seul chien d’Herbert. Il avait perdu les autres lors d’une descente du Glacier de Rie, peu de temps après le décès d’Alexandre…

Il n’y a aucune grivoiserie dans cette compilation, Jørn Riel est très fin et allusif avec ses histoires, et le lecteur doit ajouter de son imagination pour certaines situations. J’ai bien ri par moments, par exemple avec l’histoire Le vent du sud-est,  qui est une bise glaciale qui sert à calmer le rut de ces mâles : il suffit d’affronter cette bise de face et sans culotte, et ça marche…(pas d’engelures?).

Ou l’histoire désopilante du coq Alexandre qui vivait dans la cabane d’Herbert qui est une pipelette égrenant pendant des heures (solitude oblige) ses histoires écoutées stoïquement par Alexandre lequel ne résistera pas à la saison sans lumière du Groenland.

Ou l’histoire du tatoueur qui arrive à faire « fortune » dans les parages. Et comment tout le monde veut avoir un tatouage. Le tatoueur  fait son beurre en réclamant des peaux : de renard, de phoque « première classe », d’ours et selon un barème : un coeur avec le mot MAMAN dedans vaut une peau de renard ou 2 de phoque; une goélette à 2 mâts, 3 renards ou 2 de phoque; un 3- mâts carré,  5 renards, un demi-ours ou 10 phoques…

Ou l’histoire du lieutenant Hansen qui avait fait partie  des dragons du Jylland et qui arrive en « pays polaire » pour former une milice qui pourrait, rapide comme l’éclair, déferler n’importe où et contre n’importe qui et écraser l’intrus. Il rassemble presque tous les trappeurs et les emmène en campagne dans la banquise. Les gars vont se venger de la façon la plus drôle qui soit. Inénarrable: ils vont essayer de le congeler…

La vierge froide est un court récit qui donne le nom au recueil et il est excellent. Cette vierge froide est créée de l’imagination de Mad Madsen qui mit tout son imaginaire érotique pour créer une créature si fabuleuse que son « coturne » en tomba amoureux et veut la lui « racheter »…

Joyeuses funérailles est aussi désopilant…un gars meurt de crise cardiaque en revenant du dehors et son « coturne » doit lui organiser des funérailles dignes de lui; pour cela il va l’asseoir en l’attachant sur une chaise au dehors pour le congeler dans cette position afin qu’il puisse présider la beuverie. Le problème est qu’il décongèle au bout d’un certain temps; alors on le ressort pour qu’il recongèle et rebelote, la beuverie reprend. Cette beuverie est telle qu’un gars installé dans le douillet cercueil du mort afin de se reposer, est lancé par mégarde dans la mer gelée…heureusement que le bois flotte…La plus drôle et cruelle des histoires. J’en ris encore.

Toutes les histoires sont très bonnes, un régal de fraicheur, c’est le cas de le dire, on est dans la banquise.

LA VIERGE FROIDE, 10/18 2012 (JR 1974),  ISBN 978-2-264-05851-5

Saules aveugles, femme endormie d’Haruki Murakami

Afficher l'image d'origineÉcrivain japonais (Kyoto 1949) auteur de best sellers : romans, nouvelles et essais; il a été traduit à plus de 50 langues et il est pressenti comme nobélisable depuis déjà quelques années. On rapproche son style de la littérature postmoderniste (à l’opposé de la quête moderniste de sens dans un monde chaotique), du réalisme magique teinté de surréalisme, baignant dans la poésie et l’humour malgré une dimension très mélancolique du narrateur.

Les thèmes chers à cet auteur sont : 1)  l’étrange ou l’irrationnel dans des vies assez plates avec en même temps du réalisme donnant une ambiance insolite dite « murakamienne »;   2)   le détachement fait de désenchantement ou de désillusion : le fatalisme zen du « allons bon« , « Eh bien oui, c’est la vie » des personnages qui sont détachés familialement, socialement et culturellement (avec des références loin de la culture japonaise : ils écoutent de la musique occidentale, boivent du whisky, mangent des pâtes). Très souvent ces personnages n’ont pas de nom (ou ils sont désignés par des périphrases), les lieux ne sont pas indiqués (ou par périphrase: « ma ville natale ») ou sont des génériques (Tokyo et son quartier de Shibuya);   3)  la musique est omniprésente car Monsieur Murakami est un passionné de jazz et de rock;   4)   l’intertextualité est permanente avec des références à des livres ou à la lecture en général avec une mise en abîme dans la construction des romans;   5)   l’identité de genre est questionnée par certains personnages.

J’ai découvert cet auteur avec son roman Kafka sur le rivage (2002) que j’avais beaucoup apprécié, même si ce n’est pas du tout le style de littérature que je préfère. Mais cette maitrise pour passer d’un univers rationnel et concret à un univers complètement décalé, m’a littéralement « scotchée », c’est terriblement déconcertant et intriguant; on sent bien que cet écrivain a beaucoup bourlingué en Occident car sa littérature est certes très japonaise, mais très « fusion » avec l’Occident aussi. C’est un style très cérébral, très masculin qui me fait penser un peu au style du mexicain Jorge Volpi, mais ce dernier est beaucoup moins poétique que Murakami, moins sensuel.

J’ai publié dans ce blog en décembre 2015 un billet sur son très bon roman L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage (2014), je remarque aussi le très bon choix des titres des romans en français, évocateurs de poésie.

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Saules aveugles, femme endormie (2006) a une très jolie couverture dans  cette édition de Belfond; elle me fait penser aux photographies de Frédéric Clément qui illustrent l’édition 2000 chez Albin Michel de Belles endormies de Kawabata (photo ci-après). Le livre de Murakami comporte 23 nouvelles écrites entre 1980-2005, publiées au Japon dans des magazines et collections diverses. Le contenu de ce livre a été sélectionné par H. Murakami et publié en anglais en 2006 avant même d’être publié en japonais (2009). L’écrivain considère que ce recueil est son premier recueil en anglais.

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J’ai bien aimé ce recueil parce qu’il représente assez bien cet univers « murakamien » aperçu au fil des lectures: le basculement subtil entre réalité et autre chose, les touches de poésie, l’ironie des situations, la limite si diffuse entre ce qui est réel et ce qui ne l’est pas; j’ai trouvé que certaines de ces nouvelles étaient remarquables, d’autres un peu moins, l’ensemble pas mal. Mais je préfère de loin ses longs romans où le lecteur a tout le temps de s’installer et d’éprouver le bouquet de surprises qui lui réserve l’écrivain. Ici, le récit est beaucoup trop bref et les nouvelles décontenancent plus que passionnent le lecteur. On a l’impression aussi, à tort ou à raison, qu’il y a beaucoup d’éléments autobiographiques dans ces nouvelles.

Dans l’introduction de la version anglaise Haruki Murakami déclare « l’écriture de romans est un défi, l’écriture de nouvelles est une joie. Si l’on compare l’écriture de romans à la plantation d’une forêt, alors l’écriture de nouvelles revient à planter un jardin ».

SAULES  AVEUGLES, FEMME ENDORMIE, Belfond 2008,  ISBN 978-2-7144-4284-0

Ballet noir de Jean-François Coatmeur

Afficher l'image d'origineJean-François Coatmeur est un romancier français (Pouldavid-sur-Mer 1925) ayant publié de nombreux ouvrages depuis 1963, ce sont essentiellement des romans noirs se passant en Bretagne. Monsieur Coatmeur a exercé longtemps le métier de Professeur de Lettres Classiques.

Ballet noir (1999) est un recueil de 17 histoires courtes, autour du thème du suspense psychologique, du thriller parfois palpitant, de la psychologie des personnages. Je dois dire que je préfère les histoires longues avec un plaisir de lecture qui se prolonge à mesure que le lecteur pénètre dans le monde des personnages. Ici les histoires sont tellement courtes que parfois cela va trop vite. C’est tellement bien écrit et approfondi malgré la brièveté du récit que j’ai eu de la peine pour me sortir de certaines histoires. Toutes ces histoires sont inédites puisqu’elles avaient été publiées dans Mystère Magazine.

J’ai particulièrement apprécié Deux tours en trop, La fiancée, Bombe funèbre, Nuit de noces…Il y a du suspense, de la cruauté parfois dans ces récits qui sont impeccablement structurés.

Trois adaptations inspirées de La fiancée ont été tournées :  une d’Olivier Bourbeillon en 1984, un court métrage de 19 minutes de Bruno Romy en 1986 et une autre adaptation d’Alexander Harvey en 1999.

Voici un auteur très agréable à lire car son écriture est très soignée et ses récits parfaitement contruits.

BALLET NOIR, Éditions V.D.B. 2000(Albin Michel 1999),  ISBN 2-87821-788-8

La vengeance du Wombat de Kenneth Cook

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Kenneth Cook était un journaliste, écrivain, scénariste et réalisateur australien (1929-1987). Ses nouvelles sont d’une veine humoristique, très pince sans rire,  dans le style de PG Wodehouse et elles ont connu un réel succès.

La vengeance du wombat (Wombat Revenge, 1988) ce sont 14 nouvelles d’une totale drôlerie; des aventures farfelues dans le bush australien menées par un journaliste qui donne dans l’auto-dérision ( bush australien, terme anglo-saxon pour désigner quelque 800 000 km carrés de brousse, divisés en deux écorégions). Ces nouvelles commencent presque toujours par une phrase sentencieuse du genre « n’essayez jamais d’aider un kangourou« , puis le narrateur finit toujours dans un bar où il fera la connaissance d’un farfelu qui va l’embarquer dans une catastrophe annoncée. Il paraît qu’il ne faut pas lire ses recueils de nouvelles  les uns après les autres, car les blagues sont presque toujours les mêmes .

De cette lecture ressort que l’Australie est un vaste continent avec des régions très marquées et différentes, avec une faune tellement variée et effrayante que le Wild West Américain à l’air d’être les Champs Elysées pour la promenade. Cela m’enlève quelque peu l’envie d’aller faire du tourisme en Australie.

D’abord, j’ignorais ce qu’était un WOMBAT, ben, c’est un raton marsupial qui peut faire entre 15 et 40 kilos !

Les wombats sont les protagonistes du premier récit et c’est à mourir de rire. Ce premier récit nous vaut la description du narrateur sans concessions : …je dois préciser à ce stade que je suis légèrement en surpoids, que je n’ai jamais été très sportif et que, de plus, je n’étais pas dans une forme olympique. Pour tout dire, je suis un gros lard chronique … Et le narrateur des nouvelles ne veut surtout pas ébruiter le fait qu’il est écrivain car dans ces coins perdus, ils le soûlent tous avec les histoires assommantes de leurs vies, et ils l’autorisent à les utiliser en échange d’un modeste pourcentage sur les droits d’auteur. Dans ces cas, le narrateur se déclare chercheur de fossiles, une activité futile qui indique que vous n’êtes pas compétitif et ne valez pas le coup d’être dévalisé.

Dans ce continent où la temperature peut grimper jusqu’à 50 degrés Celsius, les hommes boivent sec. Presque toutes les nouvelles se passent dans un saloon lorsque les mecs ne sont pas dans le bush (aucune héroïne féminine dans le livre) et ça boit sec,  une dizaine de bières  le matin…(je reconnus l’ébauche des disputes débiles qui surviennent dans les pubs de l’Ouest sur le coup de midi, après les dix premières bières de la journée…). Dans l’ouest de la Nouvelle-Galles du Sud, l’abus d’alcool justifie tout ce qui se passe car tout le monde s’y cuite, en permanence. Il n’y a aucune autre activité. La Nouvelle-Galles du Sud a le côté ouest exclusivement constitué de pourpiers, de sable, de rocailles, de chaleur et de détresse – sauf en hiver, où il est exclusivement constitué de pourpiers, de sable, de rocailles, de froid et de détresse. Sauf aussi quand il pleut, ce qui arrive à peu près tous les dix ans. Il ne reste alors plus que l’eau et la détresse. Quand le narrateur rencontre Murphy, un rassembleur de cochons sauvages, il le rencontre au bar d’un des pubs cafardeux de Wilcannia en sirotant une bière avec la concentration soutenue et le manque de joie absolu qui caractérisent le buveur de l’outback. Il faisait partie d’un groupe de six ou sept hommes qui affichaient la même expression vide, morne, sur des visages d’une propreté douteuse.

Il y a quelques belles descriptions d’une nature luxuriante, par exemple en Australie-Méridionale : je m’assis dans l’herbe et regardai autour de moi. Cygnes, pélicans et canards flottaient sereinement sur le large flot brun-vert. Les grands eucalyptus rouges, au moins centenaires, écartaient leurs branches dans des poses ostentatoires. Les libellules fusaient en tous sens et les hirondelles poursuivaient leur chasse interminable aux insectes invisibles en de longues boucles périlleuses. Voici une description des marais Macquarie, à quelque cinq cents kilomètres à l’ouest de Sydney : …nous longions les marais. Le soleil vaporisait des extraits de ciel doré par l’aurore avec un effet des plus dramatiques. De charmants oiseaux aquatiques d’une diversité époustouflante voletaient à notre approche et un superbe cygne noir flottait avec orgueil sur l’eau vert doré des marais…

Lecture-détente à l’Indiana Jones, pleine de spontanéité et d’enseignements sur cette lointaine partie du monde riche en faune assez terrifiante, somme toute. Grand merci à toi, Catherine S. pour ce superbe cadeau de lecture.

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LA VENGEANCE DU WOMBAT, Livre de Poche 34420, 2015,  ISBN 978-2-253-16179-0

Son carnet rouge de Tatiana de Rosnay

Tatiana de Rosnay est un écrivain, journaliste et scénariste française née en 1961 avec un beau palmarès, jugez plutôt : huitième écrivain français le plus lu en Europe en 2010 et cinquième auteur français le plus lu en 2011.

Son carnet rouge  est un recueil de onze nouvelles qui avaient été publiées  aux Édition PLON en 1995 sous le titre Mariés, pères de famille. Elles ont été reprises par les Éditions Héloïse d’Ormesson en 2014 et par Le Livre de Poche la même année.

Ce sont des nouvelles autour du thème de l’adultère (féminin ou masculin), décliné sous toutes ses formes. Le format de ces nouvelles  permet de mieux explorer le thème, de changer de style, d’attaquer une nouvelle histoire. Dans ses histoires, Tatiana de Rosnay nous livre des scénarios  serrés, un rythme soutenu et des chutes soignées. Madame de Rosnay fait mouche, mais ses nouvelles sont oppressantes, malgré une bonne dose d’humour.

Comme à son habitude elle emploie un langage direct et sans fioritures et du coup, cela peut surprendre le lecteur…Toutes les courtes histoires sont très bonnes, je n’ai pas eu de préférence particulière, elles se valent toutes. Elles sont toutes précédés par une citation d’un grand nom de la littérature : Maupassant, Flaubert, La Fontaine, Baudelaire, Molière, Mauriac, Proust, de Vilmorin, etc.Et les nouvelles technologies comme les SMS, répondeurs, clés USB, portables font partie de la panoplie infernale de l’adultère.

L’écrivain disait dans une interview que ce qui l’intéresse dans l’adultère c’est d’explorer les sentiments, les émotions, la douleur. Ce qui la fascine c’est le déni en matière d’adultère. Faire comme si cela n’existait pas.

Cette fois l’écrivain a dépassé ses sujets de prédilection, c’est à dire, les lieux fermés, mais elle est toujours aussi pertinente, drôle par moments et fine psychologue.

SON CARNET ROUGE, Le livre de Poche 33614,  ISBN 978-2-253-7782-6

L’amour d’une honnête femme d’Alice Munro

Alice Munro

Alice Munro (nom de son premier mari), est un écrivain canadienne de langue anglaise, née  Alice Ann Laidlaw ( Wingham, Ontario 1931), spécialisée dans la nouvelle autour de personnages féminins,  dans son Ontario natal entre les années 1940 à nos jours. Elle vient d’être couronnée par le Prix Nobel de Littérature 2013, devenant ainsi le premier écrivain canadien  et la treizième femme de lettres couronnée par ce prix.

Ce recueil de 8 nouvelles L’amour d’une honnête femme (The love of a good woman) m’a été prêté par Christine L.  que je remercie ici, surtout pour sa patience pour récupérer ce prêt. C’est le premier livre lu à cet auteur et je dois dire que je partais pour une lecture-découverte très désirée . J’avoue que je ne suis pas du tout rentrée dans le livre, le trouvant d’un ennui monumental , je me suis astreinte à lire jusqu’à la dernière ligne des 8 nouvelles, qui sont toutes  formatées autour de 50 pages. Honnêtement, je n’ai pas trouvé d’intérêt à cette lecture.  Peut être que cela tient en partie à la traduction…je ne sais pas, mais la sensation que me laisse le livre est celle d’avoir quelque peu perdu mon temps et que le temps consacré à la lecture m’a paru trop long. Les sujets sont assez disparates, les personnages peu approfondis, les situations assez négatives, le langage parfois assez cru. Je reconnais que le récit fourmille de menus détails pour décrire le décor autour des nouvelles et que très souvent la fin est ouverte afin d’inviter le lecteur à faire une partie du chemin et de combler certains silences. Aucune nouvelle m’a inspiré la citation d’un passage ou d’une situation. Le néant vaste et noir.

L’AMOUR D’UNE HONNÊTE FEMME , Collection Points N° P2873 (Alice Munro 1998),  ISBN  978-2-7578-3018-5