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L’Infinie Comédie de David Foster Wallace

Résultat de recherche d'images pour "infinite jest david foster wallace"" David Foster Wallace (Foster par sa mère) est un écrivain nord-américain (N. York 1962-Californie 2008), professeur universitaire d’Anglais et d’écriture littéraire; un écrivain dépressif de longue date qui s’est donné la mort par pendaison à l’âge de 46 ans à son domicile . Pendant son adolescence il fut champion junior de tennis.

L’auteur Foster Wallace s’est intéressé à la solitude de l’homme moderne nord-américain (qu’il nomme état-unien) chez qui prime la suprématie du Divertissement, le goût du spectacle bling-bling sur fond de surconsommation de drogues et d’addictions en tout genre. C’est l’évocation d’un monde malade, violent, sans but réel dans l’existence. Le propre écrivain résumait le thème du livre dans une entrevue par le mot Divertissement.

L’infinie Comédie (Infinite Jest) a nécessité 5 années d’écriture et fut publié aux USA en 1996. En France, la traduction n’a pu paraître qu’en 2015 tenant compte des énormes difficultés de traduction de ce pavé de 1328 pages plus 380 pages de renvoi de texte en fin de livre et voulues par l’écrivain afin d’alléger un pavé qui était déjà très lourd. Une pensée admirative pour le travail réalisé par Francis Kerline pour la traduction du livre et Charles Recoursé pour les notes explicatives

A propos de lourdeur, je dois confesser que j’ai eu du mal physiquement avec ce livre qui a réveillé une vieille tendinite aux 2 bras contractée après lecture d’un autre pavé…j’ai du continuer la lecture avec un livre en position horizontale et moi assise afin d’éviter la contracture. Car la bête pèse 1 kilo 300 grammes et la lecture est longue…

Ce livre est une dystopie de littérature postmoderne, un livre fleuve dans un futur proche avec une Amérique du Nord unifiée (USA, Mexique, Canada) mais il est très peu question du Mexique dans le roman.

Le titre Infinite Jest ferait allusion à une tirade dans Hamlet de Shakespeare quand le dit Hamlet tient en main le crâne de Yorick, a fellow of infinite jest, une des scènes les plus connues du divin William.

Ai-je aimé le livre? Mon Dieu, NON ! à aucun moment. Mais je reste admirative devant la performance: d’abord, la structure du livre, à aucune autre pareille, sans une histoire linéaire, mais au fil de pages, dégageant une vraie force  avec une richesse de vocabulaire défiant toute concurrence, une rupture permanente du langage selon la personne qui parle. Le langage est d’une grande précision, avec de temps en temps des raptus d’une grande drôlerie un peu lourde et qui va jusqu’à la cruauté, assez originale.

En gros, j’ai trouvé 4 pôles importants dans ce livre: 1) la famille nord-américaine Incandenza;  2) l’Académie de tennis élitiste de Boston;  3) le monde de la dépendance (drogues et alcool) au sein du Centre de Désintoxication et  4) les terroristes canadiens dissidents, ou le sujet politique du roman.

La famille Incandenza est un ramassis de tarés. Le père James Incandenza est un physicien et un cinéaste expérimental assez reconnu, c’est le fondateur de cette Académie de tennis, un personnage sans profondeur dans la narration, alcoolique au dernier degré et dément à la fin de sa vie. En lisant les titres de ses réalisations et en lisant la teneur de ses scénarios, on comprend qu’il est plus que perturbé;  il va se donner la mort de façon atroce et grotesque et le lecteur se demande quelles abominations il devait assumer pour en arriver là. Les choses sont suffisamment suggérées dans le roman pour que le lecteur se fasse une opinion, sinon précise, au moins proche. La mère appelée la Moms, mesure 2 mètres et à 50 ans est encore une femme séduisante, docteur ès lettres et sciences, d’origine québécoise, mais totalement toxique et cachottière, elle est directrice dans l’Académie. Le couple a 3 fils: l’aîné, Orin est un ancien de l’Académie de tennis, reconverti dans le football américain  car il avait compris qu’il n’atteindrait pas le plus haut niveau du tennis, appelé le Show, là où les rares élus atteignent une sorte de Nirvana absolu. Le deuxième fils est Mario, un être difforme, limité en parole mais non idiot, c’est le seul qui s’intéresse au métier du père. Et le dernier fils est Hal, interne au sein de l’Académie, un adolescent destiné à être parmi les meilleurs du tennis, qui vit pour plaire à sa mère et pour se droguer en cachette. Il n’y a aucun personnage normal dans cette famille.

L’Académie de tennis est un prétexte pour nous parler du milieu du tennis et de la compétition (ce mythe de la compétition et de l’excellence qu’on inculque aux joueurs, ce mythe, ils croient toujours que l’efficacité, c’est d’aller de l’avant, de foncer. Le principe selon lequel le plus court chemin d’un point à un autre, c’est la ligne droite). Il y a une description minutieuse de ce monde où chaque pas est programmé au prix d’un effort souvent surhumain et au prix de sacrifices importants sur la vie privée de chacun. C’est un univers impitoyable, d’une compétitivité folle où les élus sont peu nombreux. On a droit aussi à une description un peu moins fournie sur le football américain que pratique Orin, un autre monde différent et aussi dur, fermé et un peu plus bestial.

Le monde de la dépendance (alcool et drogues) est représenté par le Centre de Désintoxication connu comme Ennet House situé pas loin de l’Académie de tennis, où règne une ambiance surréaliste qui accueille des gens en perdition totale. J’ai trouvé intéressants les récits de ces gens pour qui la vie est un enfer et pour qui, dans la plupart des cas, en viennent à la dépendance après une enfance à problèmes. Il y a dans le lot, un rescapé de la drogue/alcool, Don Gately, reconverti en surveillant du centre qui a une histoire incroyable (comme tous les autres), mais qui se dévoue aux gens et va se voir impliqué dans une scène dantesque du livre, digne de Tarantino. C’est sur la vie de ce personnage que s’achève ce livre.

L’union de cette Amérique du Nord et dans son sein des canadiens dissidents et terroristes, est un thème assez mal approfondi. Ils sont tous estropiés, amputés des membres inférieurs car jeunes, ils jouaient à s’approcher d’un train le plus possible. Ils sont si nombreux qu’ils forment une petite armada contre les détestés états-uniens. Ils les détestent si fort qu’ils veulent s’approprier d’une cassette que James Incandenza aurait tourné, appelée Infinite Jest ou plaisir sans fin, qui rend les gens définitivement dépendants jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Page 118 l’écrivain Foster Wallace donne un aperçu sur l’Europe …le problème de Schtitt (coach de tennis d’origine autrichienne), comme maints européens de sa génération attachés depuis l’enfance à certaines valeurs permanentes qui peuvent être teintées d’un vague potentiel protofasciste mais sont néanmoins bien ancrées dans l’âme et le mode de vie, ces idées patriarcales du Vieux Monde, telles que l’honneur, la discipline et la fidélité à une entité plus grande. Ou page 535 … Que la CEE paie son propre système de défense à partir de maintenant. Qu’ils y aillent de leur propre budget et on verra s’ils peuvent encore subventionner leurs paysans. Qu’ils bouffent leur beurre avec leurs propres armes pour changer.

Il y a par ailleurs dans ce livre une information détaillée sur le tennis, les drogues dures et moins dures, les effets cliniques des dépendances, etc. J’avoue avoir sauté des pages de description technique qui ne m’intéressaient pas. Mais il y a aussi beaucoup d’autres choses à découvrir.

Ce fut une lecture épuisante (et c’est une des singularités du livre) avec un langage différent selon la personne qui parle; je n’ai pas supporté le langage de certains camés qui ramènent les échanges oraux au langage archaïque de l’âge de pierre. Une autre singularité est la surabondance d’abréviations, probablement une marotte de l’auteur.

Oui, une lecture épuisante qui d’après ce que j’ai lu, sépare les avis entre ceux qui crient au chef d’oeuvre et ceux qui proclament que c’est wholly unreadable. Je me situe entre les deux, considérant que c’est une lecture intéressante mais fatigante et profondément triste d’un monde assez ravagé, grotesque et névrosé, malsain aussi, obnubilé par la performance, gérant le mal être et le stress par une surconsommation de psychotropes.

 

David Foster Wallace désabusé de son monde

L’Infinie Comédie, Éditions de l’Olivier 2015 (CFW 1996),  ISBN 978-2-87929-982-2

La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole

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John Kennedy Toole fut un romancier américain (La Nouvelle Orleans 1937-1969) détenteur d’un Master en littérature anglaise de l’université de Columbia, N.York    ; un écrivain qui s’est donné la mort à 31 ans par asphyxie, après les échecs de publication de La Conjuration des imbéciles, livre que lui valut un Prix Pulitzer à titre posthume en 1981 car publié grâce à l’obstination de sa mère, convaincue qu’il s’agissait d’un chef d’oeuvre…

J’ai lu, il y a peu, La bible de néon, un livre écrit par Toole vers 1953 à l’âge de 16 ans ! livre trouvé par sa mère dans les papiers laissés par l’écrivain et publié en 1989, quelques vingt ans après son suicide et après l’énorme succès de La Conjuration des imbéciles: c’est un roman de jeunesse, un roman de formation et aussi un roman posthume, comportant des maladresses certaines mais un charme indéniable, beaucoup d’émotion et le reflet d’une maturité étonnante pour cet âge si tendre.

La conjuration des imbéciles (A Confederacy of Dunces, 1980), couronné par le Prix Pulitzer 1981 à titre posthume, vendu alors à plus de 1,5 millions d’exemplaires et traduit dans quelques 18 langues, est un drôle de livre qui ne ressemble à aucun autre livre  car c’est une énorme galéjade  qu’il faut lire au premier ou au deuxième degré, où l’on sent rôder la présence de l’auteur, son vécu, ses problèmes, son désarroi. Je dois avouer qu’il m’a fallu un peu plus de 100 pages pour me sentir en immersion et en compréhension avec le texte.

C’est un livre important aujourd’hui dans la littérature du Sud des USA. Le livre fut écrit à Porto Rico où J.K. Toole séjourna 2 ans en tant que militaire, enseignant l’anglais aux recrues de langue hispanique. La structure du livre serait calquée sur le livre fétiche du protagoniste Ignatius J. Really, livre qu’il ne cessera  de citer Consolation de Philosophie du philosophe latin Boèce du VIè aJC.

Le titre en anglais fait allusion à Jonathan Swift, cité dans l’épigraphe : « quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on peut le reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui« . Il semblerait que c’est après tous les échecs de publication que Toole ait ajouté cette citation. L’utilisation du langage coloquial de la Nouvelle Orléans et du petit nègre m’ont gêné dans la lecture, la rendant plus ardue, nécessitant par moments une deuxième lecture pour une meilleure compréhension de ce parler créole/cadjin (chapeau bas au traducteur Jean-Pierre  Carasso pour la qualité du travail et le rendu phonétique du langage).

Mais quelle lecture, Morbleu, et si je n’ai pas réussi à me luxer la mâchoire avec le rire, parfois ce rire a fusé tout seul. Il y a une vigueur et un tel foisonnement d’idées que cela donne par moments un petit vertige, comme si l’auteur avait tellement de messages à faire passer que cela se bousculait et partait dans tous les sens.

Il semblerait que cette oeuvre magnifique et unique, soit marquée par une certaine malédiction car plusieurs tentatives d’adaptation pour le cinéma et le théâtre se sont soldées par un échec retentissant.

LE THÈME: c’est l’histoire de Ignatius J.Reilly à La Nouvelle Orléans en 1963, un loser magnifique,  obèse, trentenaire, vivant encore chez sa mère, spécialiste de Boèce et de littérature  médiévale et affublé de tous les défauts du monde. C’est un anti héros patenté. Je ne lui ai trouvé aucun côté sympathique ou emphatique: c’est un désastre humain fait d’un obèse sédentaire, hypochondriaque, imbu de sa personne, asocial, délirant, excentrique, mélancolique, intellectuel marginal, caustique, phobique, anachronique, menteur, fabulateur, aigri, misogyne, homosexuel refoulé, sale, désordonné, scatologique, nihiliste, décalé, grossier, méprisant, arrogant, égocentrique maladif, bourré de tics, capable de dire « décidé à ne fréquenter que mes égaux, je ne fréquente bien évidemment personne puisque je suis sans égal« .   Et à côté de cette montagne de défauts,  surgit un être si déboussolé, si profondément humain, si érudit, si hypersensible, si voué au désaccord universel. Il finit toujours par ramener tout à ses obsessions autour de la vulgarité à la face de la théologie et de la géométrie, du goût et de la décence (sic), c’est son leit motiv.

Et cet énorme personnage vit aux crochets de sa mère car il est incapable de travailler, de rester soumis et neutre. Sa mère, excédée et criblée de dettes par la faute d’Ignatius, le somme de travailler. C’est le début d’une série d’aventures calamiteuses pour tout le monde jusqu’au climax final. Et comme dit Ignatius « il faut affronter l’ultime perversion, aller au travail ».

En revanche, il passe le plus clair de son temps vautré et enfermé dans sa chambre à noircir des cahiers Big Chief où il consigne ses expériences avortées, ses diatribes contre le monde entier, les accusations contre le siècle et les lettres qu’il voudrait envoyer à la copine activiste et totalement toquée.

Dans son discours, Ignatius ne parle pas, il pérore et traite tout le monde assez mal y compris sa pauvre mère et c’est très drôle car anachronique. La drôlerie émane de la totale inadaptation d’un tel personnage vis-à-vis du monde entier.

Il existe des coïncidences troublantes entre le personnage  d’Ignatius et son créateur: 1) ce sont deux écrivains sans publications;  2) ce sont deux fils uniques d’une mère hyper protectrice;  3) ils ont du mal à définir leur sexualité;  4) ils vont connaitre un départ violent après une dispute avec la mère;  5) la relation équivoque avec sa copine hystérique Myrna Minkoff;  6) la fascination vers le Nord (New York).

Les personnages secondaires sont fabuleux : sa mère castratrice  pour commencer qui noie son désespoir dans l’alcool qu’elle cache dans le four; la meilleure amie de la mère, l’italienne Santa; le policier Mancuso neveu de Santa; la copine activiste, fugueuse et folle, Myrna Minkoff; Miss Trixie la comptable sénile; le couple Lévy propriétaires de l’usine à pantalons Lévy (un clin d’oeil aux jeans Liváis?); Lana Lee la tenancière du bouge Les Folles Nuits; Miss Annie la voisine-espionne; le cacatoès de Darlene et tant d’autres, et mon  personnage préféré le « nègre » Jones, balayeur du bouge, un summum de bon sens, de la drôlerie et de la bouffonnerie fine.

C’est un roman excellent, reflétant de façon si détaillée la vie des petites gens à La Nouvelle Orléans, avec en profondeur une critique sociale acerbe restée très actuelle, 30 années après la publication (emplois sous payés, société de consommation, TV, cinéma, etc). C’est un bijou d’humour noir, absurde et  transgressif avec quelque chose de profondément tragique.

LA CONJURATION, 10/18 N° 2010 2016 (Thelma Toole 1980),  ISBN 978-2-264-03488-5

Ainsi passe la gloire du monde de Robert Goolrick

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Écrivain américain (Virginie 1948) venu tardivement à la littérature pour devenir un grand dès le départ.

J’ai publié 3 billets en septembre 2012 sur 3 de ses livres : Féroces (2007) un roman autofictionnel dévastateur sur son enfance, A reliable wife (2009) un belle et forte histoire et Arrive un vagabond (2012) inspiré sur des faits réels survenus en Russie mais transposés en Virginie.

Ainsi passe la gloire du monde c’est le titre en français (cette manie des titres longs) de Prisoner, écrit et paru uniquement pour la France considérée comme « une terre d’asile littéraire ».

C’est un livre autofictionnel qui vient clore une trilogie autofictionnelle après Féroces et La Chute des Princes (non lu)  qui  reçut le Prix Fitzgerald 2015.

J’ai eu du mal à m’accrocher au début car il me semblait décousu, avec des souvenirs primesautiers, un peu à l’emporte pièce comme émanant d’un cerveau un peu sénile.

Nous n’avons pas ici une histoire linéaire mais bien une suite d’évènements sous la forme de souvenirs autour du personnage narrateur Rooney, un alter ego de l’écrivain; on a par moments l’impression qu’il veut brouiller les pistes car il ne va jamais jusqu’au fond des nombreuses histoires qui jalonnent sa vie.

Rooney a été un Golden Boy des années 80, puis il a été éjecté de La Firme et on ne saura pas pourquoi. Sa vie fut électrique et vaine. Il se retrouve complètement seul et malade avec pour seule compagnie celle de son chien fidèle Judge; c’est un ange déchu qui se remémore sa vie. Le choc ressenti dans Féroces ressort à nouveau dans ce tome, un traumatisme de l’enfance dont personne  ne peut se départir, comme une marque au fer rouge. Terrible.

Rooney s’en prend à Trump ouvertement, il le ridiculise à outrance, il l’accuse de mener son beau pays au suicide et aussi, de trahison nationale; il ne lui fait aucune concession et lui trouve des noms ravageurs : Despotrump, Dévastatrump, Ventripotrump, etc. Page 99…mais tout ce que touche Trump meurt, chaque jour, des Américains se suicident, à chaque heure, aux antalgiques et à l’alcool, ou dans des voitures qui roulent trop vite. Ils fabriquent de la meth dans leurs bouges de pèquenauds. Il n’y aura pas d’autre vie que celle-ci, avec le Gros Lard orange, un type qui ne sait même pas boutonner sa veste ou nouer sa cravate, avec son gros bide, ses tricheries au golf, ses mensonges sans fin, qu’il répète ad nauseam, un type qui ignore tout de l’histoire, du protocole, ou même de la décence la plus élémentaire.

Un livre sombre et désabusé et qui donne l’impression que ce grand pays est en ce moment un bateau ivre. On comprend que ce livre n’ait pas été publié aux EEUU.

AINSI PASSE LA GLOIRE, Éditions Anne Carrière 2019,  ISBN 978-2-8433-7961-1

La bible de néon de John Kennedy Toole

Résultat de recherche d'images pour "the neon bible john kennedy toole pdf" John Kennedy Toole fut un romancier américain (La Nouvelle Orleans 1937-1969); l’écrivain s’est donné la mort à 31 ans par asphyxie, après l’échec de publication de son livre La Conjuration des imbéciles qui lui valut le Prix Pulitzer à titre posthume.

La bible de néon, écrit vers 1953 à l’âge de 16 ans a été trouvé par sa mère dans les papiers de l’écrivain et publié en 1989, vingt ans après son suicide et après l’énorme succès de La Conjuration des imbéciles. C’est un roman de jeunesse, un roman de formation et un roman posthume, comportant des maladresses certaines mais un charme indéniable, beaucoup d’émotion et une maturité étonnante.

Un film a été adapté du livre en 1995 par le britannique Terence Davies avec Gena Rowlands dans le rôle de Tante Mae.

C’est l’histoire de David. Sa famille fait partie des ces blancs pauvres du Deep South américain, dans le Mississippi des années 50. Une terre âpre pour ces gens pauvres qui n’ont parfois pas de quoi manger. C’est la guerre en Europe et ils ont des tickets de rationnement (c’est la première fois que je tombe sur cette notion de ticket de rationnement dans l’opulente Amérique). Une soeur de la mère de David, tante Mae, vient vivre avec eux, c’est une femme autour de la soixantaine qui a bien roulé sa bosse, elle a été cabaretière. La morale du bourg est gérée par le pasteur et ses acolytes qui se mêlent de tout. La famille de David est si pauvre qu’ils ne peuvent pas payer les deniers de l’église et de ce fait le pasteur les harcèle. Tout mariage avec un étranger/étrangère est très mal vu et les couples mixtes sont chassés. Du fait de sa condition de pauvre David sera harcelé à l’école, ce qui l’empêchera de finir sa scolarité et devra se contenter de travailler à la supérette du coin.

Depuis une fenêtre de sa maison David aperçoit sur le toit du temple, une énorme bible de néon que lui rappelle la position précaire de sa famille.

C’est un récit bien triste que celui de cette famille américaine qui ne s’en sort pas. Les choses vont empirer avec le temps et les aléas qui vont se présenter jusqu’au climax final, surprenant et dévastateur.

Le ton du récit est assez primaire, par moments simpliste, mais tellement juste. Je ne pouvais pas imaginer que à cette date, les années 50, et parmi les blancs américains des gens puissent vivre aussi dénués.

Cette histoire me rappelle certains livres de Truman Capote et aussi un petit peu le chef d’oeuvre de Harper Lee, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur.

Un petit bijou qui nous montre une Amérique qui rejette la différence sans chercher à comprendre.Résultat de recherche d'images pour "affiche the neon bible film"

LA BIBLE DE NÉON, Pavillons Poche 2016 (JKT 1989),  ISBN 978-2-221-19571-0

Menteurs amoureux de Richard Yates

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Richard Yates fût un romancier et nouvelliste américain (New York 1926-Alabama 1992) de la génération de la moitié du XXème siècle, génération dite celle des écrivains « de l’âge anxieux ». Yates excelle dans la description des classes moyennes américaines de la deuxième moitié du XX siècle. Sa fiction comporte une grande partie autobiographique inspirée par une enfance difficile, une maladie bipolaire et des relations ardues avec la gente féminine. C’est un grand écrivain tombé dans l’oubli et que le film Les noces barbares de Sam Mendes va relancer en 2009. C’est un auteur salué par ses pairs: T. Williams, Raymond Carver, J.C. Oates, Richard Ford, etc.

La fenêtre panoramique (Revolutionary Road, 1961) est son premier roman, commenté ici en octobre 2019, un très grand et fort roman, assez désespéré, mais terriblement juste et très réaliste, dérangeant et qui m’a fait connaitre cet auteur nord-américain excellent. Le film tiré du livre est très bon aussi : Les noces barbares.

Menteurs amoureux (Liars in love, 1978) réunit 7 nouvelles: des textes d’une rare puissance écrits entre 1978 et 1981 et tout à fait dans la veine de La fenêtre panoramique, c’est à dire fortement psychologiques nous livrant des portraits saisissants et profonds, assez noirs, faisant état d’un rapport entre les sexes terriblement difficile avec une communication aussi difficile et des vies ratées, tissées de mensonges, de faux espoirs, de beaucoup de lâcheté, de solitude, le tout noyé dans beaucoup d’alcool et nimbé dans de la fumée de cigarettes. Il y a aussi en général pas mal d’ambiguïté, ce qui ajoute du piment au récit.

Les 7 nouvelles sont toutes différentes, toutes excellentes avec, comme il est de tradition, une nouvelle qui donne le titre à la collection; elles sont si bien écrites que chacune vaut presque un livre à elle seule; les sept baignent dans la même ambiance destructrice mais non dénuée d’humour, et ça, c’est « la patte » de Yates, l’humour baignant dans le pessimisme. Bref, un portrait un peu à contre-poil de l’Amérique conquérante quoique non encore vérolée par les problèmes de drogue à grande échelle.

Il parait que tous ses récits comportent des traits autobiographiques, comme son enfance difficile, sa venue en Europe lors de la DGM, ses problèmes avec l’alcool, son passage à Hollywood, ses relations très difficiles avec les femmes.

La nouvelle qui m’a le moins plu est justement celle qui donne le titre au recueil Menteurs amoureux où un homme qui a tout pour être heureux va s’enliser dans une situation si pourrie et sans issue alors qu’avec un peu moins de lâcheté et un peu plus de plomb dans la tête, tout était acceptable.

Dire quelle fut ma préférée est un choix difficile car elles sont toutes très bonnes, mais je vais me prononcer pour Relever le défi, car il me semble que c’est le condensé de ce que sait faire Yates; de plus il y a dans ce récit une dose importante de perfidie, ce qui la rend plus impactante.

MENTEURS AMOUREUX, Robert Laffont 2012 (RY 1978),  ISBN 978-2-221-11433-9

Little Bird de Craig Johnson

Résultat de recherche d'images pour "craig johnson the cold dish" Craig Johnson est un écrivain américain  (Huntington, Virginie 1961) créateur du personnage du shérif Walter Longmire, enquêteur dans des polars situés dans le comté fictif d’Absaroka dans le Wyoming (USA).

Little Bird (The Cold Dish 2004) est le premier tome de la série sur un total de 16 pour le moment.  Little Bird a été plusieurs fois primé et sélectionné pour des prix : Dilys Award, Grand Prix de Littérature Policière France, et aussi choisi parmi les 10 meilleurs polars de l’année selon la revue française Lire.

Une série pour la TV américaine fût tournée entre 2012 et 2017 avec Robert Taylor dans le rôle titre, totalisant 63 épisodes de 45 minutes sur 6 saisons. En France on a pu voir  la série sur D8;  elle est actuellement visible sur Netflix aux USA.

J’ai adoré ce polar non tant par l’intrigue policière qui est plutôt lente bien que suffisamment sanglante, que par la qualité humaine de tous les personnages y compris les personnages secondaires. Il y a aussi un humour assez féroce et décapant entre tous les acteurs de l’épisode ( un exemple …je trouvai cela aussi tentant qu’un gargarisme avec des lames de rasoir).

Le shérif Walt Longmire exerce depuis pas mal de temps, il a perdu sa femme Martha depuis 3 ans et il se laisse un peu aller sur le plan personnel. Toutes les femmes du comté lui courent après car c’est un homme séduisant. Il a des rapports spéciaux avec ses adjoints et ses administrés et plus spécialement avec son adjointe Vic, une vraie langue de vipère. Son meilleur ami est Henry Standing Bear un amérindien  Cheyenne avec qui il a fait le Viet Nam; ils se connaissent bien et s’envoient des vannes bien senties tout en veillant l’un sur l’autre. Henry appartient à la nation Cheyenne et ces cheyennes vivent dans une  Réserve où Henry a des parents, la famille Little Bird.

Quelques 3 ans auparavant une jeune fille déficiente mentale, Melissa Little Bird, a été abusée par 4 gars du comté qui vont s’en tirer (après un procès) avec des peines plutôt légères. Quelque temps après on commencera à éliminer par arme à feu les gars à l’origine du viol de Melissa. Le shérif Longmire et tous ses collaborateurs seront mis à très rude épreuve.

L’enquête policière est lente, on avance difficilement et cela est un bon prétexte pour nous décrire une nature somptueuse, siège d’un climat très rude, entourée de montagnes aux paysages à couper le souffle, riches en gibier et pêche.

Parmi la gente féminine qui tourne autour du séduisant shérif, il y a Vonnie, sa préférée. Le couple va se rapprocher peu à peu sans se brusquer et la suite sentimentale de cette histoire est une vraie surprise.

J’ai trouvé que la fin du livre était un peu « bavarde », longuette, mais je dois reconnaitre que cela n’enlève rien au charme de cette lecture entre western et étude psychologique avec de vrais personnages trempant dans la « vraie vie » de l’Ouest, et dans un cadre naturel sans égal.

PD : à l’occasion d’un séjour aux USA, j’ai pu visionner sur Netflix quelques épisodes de la série Longmire : ce n’est pas mal, mais c’est très centré sur les personnages qui ne sont pas toujours très intéressants et le paysage somptueux décrit dans le texte apparaît peu (trop cher pour le tournage?), en revanche Robert Taylor dans le rôle titre est parfait ainsi que le personnage qui incarne l’amérindien Henry Standing Bear !

LITTLE BIRD, Gallmeister 2011 (CJ 2005),  ISBN 978-2-35178-509-6)

Le dernier coyote de Michael Connelly

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Michael Connelly est un très grand auteur de polars nord-américain (Philadelphie 1956) ; c’est le « père »  du  detective de LAPD Hyeronimus Bosch, alias Harry Bosch, que j’affectionne particulièrement parce que sa personnalité taciturne me plait. Connelly est un écrivain très prolifique avec une publication par an et parfois jusqu’à deux.  Je crois qu’à la date d’aujourd’hui il arrive à plus de 28 publications depuis 1992.

C’est le quatrième livre de Connelly publié dans ce blog après : La lune était noire (2000) en juillet 2013, Le cinquième témoin (2011) en février 2015 et Mariachi Plaza (2014) en août 2017.

Le dernier coyote (1995) est une relecture et je dois dire que j’ai davantage apprécié que la première fois, étant particulièrement interpellée par la douleur du personnage de Harry Bosch, par le profond bouleversement de son for intérieur, par les implications dans sa vie de l’assassinat de sa mère.

Dans ce tome, Harry Bosch est suspendu de ses fonctions et renvoyé chez la psychologue du Service après qu’il eut agressé physiquement un collègue en le faisant passer à travers une vitre (il aurait pu le tuer!), mais Harry Bosch, à très juste titre, est excédé par les positions et le jeu de sape de son collègue.

Cette suspension dans ses fonctions d’inspecteur dans le LAPD fait que Harry va réouvrir un dossier vieux de 33 ans, non résolu. C’est le dossier de l’assassinat de sa mère, une prostituée retrouvée dans une benne et dont le crime n’a pas été élucidé; en outre ce dossier montre des signes évidents de défaillance dans l’investigation.

L’histoire malheureuse de Harry Bosch, qui décide de devenir policier à la suite d’un passé lourd comme celui-ci, me rappelle un autre très bon roman policier à succès : Le Dahlia Noir de James Ellroy, une autre histoire de crime non élucidé  sur une starlette de LA, assassinée dans les années 50 (Elizabeth Short); la mère de James Ellroy sera aussi assassinée quelques 11 années après et le crime ne sera pas résolu non plus.

Dans Le dernier coyote Harry Bosch va ressortir le vieux dossier et essayer de reconstituer l’histoire. Très vite il va s’apercevoir que le cas gêne encore certains milieux politiques…Il aura le plus grand mal à réunir des preuves. Il recevra des menaces. Tout au long du roman on a l’impression que le sort s’acharne sur lui : radié du poste d’inspecteur, vilipendé par les collègues, sa maison détruite par le tremblement de terre de 1994 et vouée à la démolition, son histoire d’amour compliquée avec Jasmine…

Le titre du livre émane de l’apparition recurrente d’un coyote efflanqué qui vivote dans le canyon où Harry possède sa maison. Harry est littéralement hanté par la vision du coyote qui a l’air perdu et malheureux comme lui même.

Un excellent Connelly, pétri dans la douleur morale d’un Harry Bosch plus fragile que jamais, plus sauvage que jamais, plus déterminé que jamais et qui ira jusqu’au bout de l’affaire et dont la clef du mystère surprendra le lecteur. Un de mes préférés.

LE DERNIER COYOTE, Points Roman N° P781, (MC 1995), ISBN 978-2-02-043813-1