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Miroir de nos peines (3) de Pierre Lemaitre

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Pierre Lemaître est un scénariste et romancier français (Paris 1951) avec une formation de psychologue; il connait un grand succès depuis le Prix Goncourt  2013 avec un roman noir picaresque Au revoir là haut (2013) qui fera partie d’une trilogie avec Couleurs de l’incendie (2018) et Miroir de nos peines (2020) . En dehors du prestigieux Goncourt, Au revoir là haut  a reçu une huitaine d’autres prix,  un beau et mérité succès. Les livres de Lemaitre sont en cours de traduction dans plus de trente langues.  Et ses polars ont été primés plusieurs fois . Il vit de sa plume depuis 2006.

Tous les livres de Pierre Lemaitre ont été commentés dans ce blog; aucun ne m’a déçu et j’aime son style assez particulier, entre ironie et drôlerie avec un sens inné de la trouvaille et des phrases qui font mouche.

Le premier tome de la trilogie Au revoir là haut (2013) fût une lecture éblouissante,  le livre a été commenté en septembre 2016 dans ce blog. Un très bon film est sorti en 2017 avec  Albert Dupontel comme réalisateur, film qui a reçu le César de la meilleure adaptation ainsi que d’autres nominations. Couleurs de l’incendie (2018), le deuxième tome est un vrai page-turner car la lecture vous happe dès la première page, il se situe dans les suites de la guerre de 14-18; je l’ai commenté en mars 2020.

Miroir de nos peines (2020) est le dernier volet de cette copieuse saga qui démontre la force romanesque de Pierre Lemaitre. Cette fois c’est une lecture rapprochée entre le deuxième et ce dernier volet, ce qui est en général inhabituel chez moi, parce que une lecture rapprochée change la donne, en mieux ou en moins bien.

Sans rien enlever à l’importance de cette publication, je dois confesser que je me suis un peu  lassée au début du roman, mais que par la suite, les personnages et l’action étant bien en place, je me suis régalée avec la lecture.

Les personnages sont très bien  esquissés et on pourra faire la soudure entre le tome 1 et le 3 quand on va découvrir que l’héroïne de ce tome 3 est la petite fille (Louise Balmont) de Jeanne Balmont, la logeuse à Paris d’Édouard Péricourt, un « gueule-cassé » de la Grande Guerre; Louise s’amusait avec Édouard et coloriait des masques pour lui. Dans ce troisième opus elle est devenue institutrice et travaille aussi dans un café restaurant tenu par M. Jules, un homme au grand coeur. Il y a parmi tant d’autres personnages celui de Désiré Migault, un mystificateur caméléon qui va jouer plusieurs rôles dans le roman, réussissant à disparaitre avant qu’on ne le prenne, personnage doté d’une grande intelligence émotionnelle se glissant dans son rôle avec maestria comme le Zelig de Woody Allen (film de 1983) où Léonard Zelig se muait dans des personnages différents par nécessité d’être aimé ou par peur d’être rejeté, mais Désiré Migault se transforme par pur opportunisme sans un but de lucre, mais d’acceptation sociale. Un personnage truculent inoubliable, très réussi.

Ce tome s’étale entre avril et juin 1940 et narre les péripéties de Louise Balmont avec un bon descriptif de la drôle de guerre; le début de l’intrigue démarre quand la jeune et jolie Louise se voit proposer par le Docteur Thirion de se dénuder devant lui, moyennant compensation financière (mais sans consommation), suite à quoi ce bon docteur prendra une décision bien radicale. Ceci m’a paru incongru par rapport à l’histoire et au personnage de Thirion, cela m’a semblé démesuré et incompréhensible dans le contexte.

Par la suite Louise connaitra quelques faits sur le passé de sa mère et elle se lancera sur la route de l’exode en juin 1940 dans des conditions rocambolesques et dramatiques (je regrette l’absence de référence au livre Suite Française d’ Irène Nemirovsky, livre écrit directement en français et de première main puisque c’est du vécu).

Un livre plein de péripéties sur fond d’Histoire dans un souffle romanesque hors pair.

MIROIR DE NOS PEINES, Albin Michel 2020,  ISBN 978-2226-39207-7

Millésime 54 d’Antoine Laurain

Millésime 54, le roman événement d'Antoine Laurain - Actualité ...

Antoine Laurain est un écrivain français (Paris 1972); avec son livre Le Chapeau de Mitterrand (2012) il connut un grand succès et le roman a été adapté pour la TV en 2015 par Robin Davis. Il va falloir le lire…

Le Service des manuscrits (2020) est le premier roman que je lui lis,  c’est un roman qui avait tout pour me séduire et m’intéresser autour d’une histoire qui montre l’envers du décor du monde de l’édition, mais l’histoire policière autour de ce décor m’a laissé une impression  mitigée; j’ai commenté le livre le mois dernier. Par le plus grand des hasards récemment, je suis tombée sur Millésime 54 et j’en ai profité pour le lire, alors que par principe j’évite de commenter deux livres du même auteur de façon rapprochée (en raison des répétitions, redites et peut-être une lassitude qui méjuge de la teneur/style du livre).

Millésime 54 (2018) est d’un registre bien différent, c’est un conte fantastique dans un contexte du feel good dont la propriété est de nous faire sentir mieux. C’est une lecture facile et bienveillante.

L’année 1954, paraît-il, fût riche en signalements d’OVNIs, ce qui a inspiré l’écrivain. Et 60 ans après nous n’avons toujours pas d’explication pour certains phénomènes (cela me rappelle une histoire d’OVNI incroyable vécue par des gens proches dans les années 1960 et dans des latitudes d’une totale solitude, las Torres del Payne, dans la Patagonie chilienne…).

L’écrivain, sur fond d’histoire d’OVNI , nous raconte une autre belle histoire autour de 4 personnages qui vont voyager dans le temps en partant de 2017 pour atterrir en 1954, et ce, après avoir bu une bouteille de bordeaux Château St Antoine, millésime 1954. Ces 4 personnages sont intéressants, parfois truculents et très différents.

Le voyage dans le temps sert pour nous raconter un Paris et la province des années 50 avec beaucoup de nostalgie et de drôlerie. Nous allons croiser des personnages très connus de l’époque où les gens communiquaient très bien.

C’est bien décrit, bien détaillé et cela nous permet de faire quelques comparaisons désolantes avec le temps présent sans tomber dans le passéisme.

Une lecture délicieuse qui délasse.

MILLÉSIME 54, J’ai lu N° 12251 (AL 2018),  ISBN 978-2-290-16929-2

Entre mes mains le bonheur se faufile d’Agnès Martin-Lugand

Agnès Martin-Lugand - BabelioAgnès Martin-Lugand est une écrivaine française (Saint-Malo 1979) ayant une formation de psychologue clinicienne; elle a délaissé sa profession après six années d’exercice à Rouen dans le cadre de la protection de l’enfance, pour se consacrer à l’écriture. Son premier roman Les gens heureux lisent et boivent du café (2013) a connu un énorme succès (deux millions d’exemplaires vendus). Il est devenu un roman graphique en 2019. C’est une écrivaine très prolifique avec une publication par an; cela represente un travail considérable.

J’ai commenté dans ce blog Les gens heureux lisent et boivent du café en juin 2013, roman qui m’a laissé une impression de charme, une énorme admiration/épatement pour les circonstances de l’édition du bouquin et rien de plus. Le livre en 2013 inaugurait cette mode des photos en noir et blanc sur la couverture et aussi cette mode des titres looooongs dont on a du mal à mémoriser le tout (et la mode n’a pas complètement disparu je crois).

Entre mes mains le bonheur se faufile (2014) est son second roman. Je suis tombée par hasard sur le livre et j’en ai profité pour le lire car il faut toujours approfondir  l’impression sur un auteur afin de mériter d’en parler. C’est encore une lecture facile, dans la gamme littéraire du feel good, mais aussi un roman de formation où nous suivrons l’épanouissement  de l’héroïne, Iris, à travers le monde de la Haute Couture (trajectoire professionnelle et privée).

Ici l’écrivaine nous sert une histoire un peu comme un conte de fées, avec une écriture trop colloquiale et par moments carrément mièvre avec des personnages trop « stéreotypés » et une surabondance de clichés. Nous avons aussi un descriptif du monde de la Haute Couture et des salons parisiens avec la typologie des habitués (presque toujours les mêmes personnes qui se croisent).

Quelle est l’histoire ? C’est celle d’Iris, une petite Madame Bovary de province qui s’ennuie à mourir dans son rôle d’épouse d’un docteur très affairé professionnellement et sexuellement. La profession de docteur, cela est connu, connait un taux élevé de divorces (ou d’échecs) et l’on imagine parfaitement les raisons. De plus, Iris a été brimée dans sa vocation de styliste et de couturière (c’est la pire chose qui puisse arriver à une personne, je trouve) par ses parents d’abord puis par son mari. Bravant tout, Iris va partir seule à Paris pour se former et bien sûr, elle va connaitre le succès, car elle le mérite amplement. Iris est une ingénue et le prix à payer c’est qu’elle sera manipulée et trahie. Dans la souffrance elle va connaitre la rédemption et peut-être le bonheur.

Une lecture légère comme une bulle de champagne. C’est déjà pas mal, non?

ENTRE MES MAINS, Pocket 2014 (AML 2014),  ISBN 978-2-266-30280

Transparence de Marc Dugain

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Marc Dugain est un scénariste et romancier français né au Senegal en 1957. Son oeuvre est vaste et variée.

J’ai découvert cet auteur avec son livre La Malédiction d’Edgar (2005) qui narre de façon brillante l’hégémonie de John Edgar Hoover au sein du FBI pendant 48 années, un livre très documenté qui se lit comme un thriller et qui laisse pantois. J’ai tellement apprécié le livre, que j’ai eu envie de lire d’autres livres de Dugain. Ainsi, j’ai lu dans la foulée : le très primé La chambre des officiers (1999) qui raconte l’histoire de son grand père « gueule cassée », défiguré par un obus le premier jour des combats ! ; Campagne anglaise (2000), un roman assez original; Heureux comme Dieu en France (2002) que j’ai trouvé admirable, sur la Résistance, dans le style si limpide de Dugain; Une exécution ordinaire (2007) autre livre assez intéressant qui narre encore un sujet difficile, celui de la pérestroïka et du monde des sous-mariniers (une élite) avec l’accident du sous-marin Oskar en mer des Barents avec 123 morts, sur fond de corruption; Ils vont tuer Robert Kennedy (2017)  intéressant aussi et très documenté que revisite l’histoire des années 60 et que reprend cette presque obsession de Dugain pour la famille Kennedy.

Transparence (2019) m’a laissé un relent de tristesse, c’est une dystopie avec une teneur assez proche d’une réalité actuelle.

Dans cette dystopie le texte est écrit par une femme condamnée par une maladie grave et qui choisira de disparaitre sans laisser de traces vers les années 2068. Cette femme est une folle illuminée, une sorte de Cassandre sans ses ébats, et diaboliquement intelligente,  manipulatrice, qui a fait fortune en montant une société appelée Transparence qui permettait de choisir un partenaire en se servant d’un logiciel riche de données très personnelles (QI, psychologie, goûts, profil ADN, sexualité, etc); le cross-match de ces données permettait de profiler les gens  et les apparier dans les meilleures perspectives de réussite. Riche de cette expérience très lucrative elle va se revêtir de dons messianiques pour fonder avec autre 12 partenaires très choisis, une autre société appelée Endless, un programme qui permet l’immortalité sans la possibilité de se reproduire à condition d’être « choisi » par ce programme. A partir de cette idée fumeuse, elle et ses acolytes vont monter une  escroquerie à l’échelle planétaire grâce à leur collection de millions de données…

À l’ère de la globalisation  sauvage, toute la planète tomberait dans le panier y compris la toute puissante Google qui travaille sur l’IA et le concept d’immortalité. Ainsi, pour cette folle illuminée, la planète Terre pourrait être dominée par LA Révolution Numérique et ses effets pas toujours profitables pour le commun des mortels.

Le scénario fait froid dans le dos car les humains apparaissent plutôt comme des inhumains mus exclusivement par l’appât du gain et rien d’autre avec notre planète transformée dans une vaste poubelle destinée à une inéluctable disparition. On lit aussi une critique acerbe envers l’actuel Président des EEUU car l’année 2020 est très souvent citée en référence; dans ce texte, Donald Trump est appelé « le Peau-Rouge des Blancs suprémacistes » qui flatte les instincts les plus vils d’une partie considérable de ses concitoyens, un Trump, un  escroc de l’immobilier devenu présentateur de télé-réalité.

Un livre assez cérébral, totalement dénué de sentimentalité où émerge le spectre terrifiant du réchauffement climatique.

TRANSPARENCE, Gallimard 2019,  ISBN 978-2-07-279703-3

Le Service des manuscrits d’Antoine Laurain

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Antoine Laurain est un écrivain français (Paris 1972) dont Le Service des manuscrits est déjà sa 8ème publication.  Avec Le Chapeau de Mitterrand (2012) il connut un grand succès et le roman a été porté à la TV en 2015, adapté par Robin Davis.

Le Service des manuscrits (2020) est le premier roman que je lui lis et  c’est un roman qui avait tout pour me séduire et m’intéresser autour d’une histoire qui montre l’envers du décor du monde de l’édition avec ses lectrices et lecteurs. Qué de détails intéressants sur des partenaires dont on fait peu allusion et dont le travail doit être, pour le moins, assez éreintant. On lit par exemple,  que 2 millions de français rêvent d’être publiés, alors que la plupart n’écriront jamais un livre: tous ces livres fantômes forment une sorte de matière gazeuse qui entoure la littérature comme la couche d’ozone la Terre (page 12). Et tout de même cinq cent mille refusés par an ! toutes maisons d’édition confondues et les trois quart des auteurs désirent récupérer le précieux exemplaire.

Je lis dans ce livre qu’il y a trois signes pour noter les manuscrits : un carré pour les refusés, un croissant de lune pour un texte qui retient l’attention et un soleil pour la pépite à publier.

Ici l’histoire bascule sur un cas policier certes, assez original, mais qui ne m’a pas convaincu surtout lors de la résolution du cas : une éditrice reconnue, Violaine Lepage,  reçoit un manuscrit sous le titre de Les fleurs de sucre qui décrit des meurtres qui vont se reproduire dans la réalité; ce manuscrit est sélectionné pour le Goncourt, mais on n’arrive pas à démasquer l’auteur…Ce roman Les fleurs de sucre est un livre porté en abîme (roman dans le roman) et l’axe même du livre d’Antoine Laurain.

Lecture légère, agréable avec une certaine originalité dans le montage mais qui m’a laissé une impression mitigée, en raison d’un certain flou autour de l’histoire policière.

LE SERVICE DES MANUSCRITS, Flammarion 2020,  ISBN 978-2-0814-8609-6

Vie de Gérard Fulmard de Jean Echenoz

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Jean Echenoz est un écrivain français (Orange 1947) qui a fait des études de Sociologie et de Génie civil. On lui a décerné le huitième Prix BnF (2016) pour l’ensemble de son oeuvre. Sa technique d’écriture est particulière car il alterne les figures de style, les jeux de mots, l’ambiguïté et use d’un symbolisme autour des noms propres de personnages. On dit aussi qu’il écrit des romans géographiques car on voyage beaucoup en le lisant. Il a su décaler son univers romanesque vers la sotie ou vers les récits excentriques à la façon d’un Sterne ou d’un Diderot, d’un Perec ou d’un Queneau. C’est un romancier inventif, un champion de la toponymie, un « nouveau romancier » mais pas  un romancier nouveau.

C’est le septième livre d’Echenoz dans ce blog et sa lecture a été toujours un plaisir renouvelé, car ses sujets varient beaucoup. Le dernier lu fût Des Éclairs (2010), dernier d’une trilogie  avec Ravel (2006) et Courir (2008); j’ai trouvé Des Éclairs très bon.

Je commence à lui trouver une petite ressemblance avec Jean-Paul Dubois, tous les deux très éclectiques et pince-sans-rire, avec une petite nuance il me semble : Dubois approfondit un peu plus la psychologie de ses personnages. Je suis fan de tous les deux.

J’ai trouvé que Vie de Gérard Fulmard est un bon Echenoz, un bon exemple de sotie à la sauce moderne,  c’est un plongeon en Echenozie qu’il faut lire au deuxième degré. Le personnage de Gérard Fulmard, un super anti-héros, m’a paru un peu évanescent (Fulmard= fumiste?), assez insaisissable et inapte à monter une telle affaire.

C’est l’histoire d’un steward assez nullard qui est banni de sa compagnie aérienne et nous ne saurons jamais le pourquoi du bannissement. Se retrouvant au chômage forcé, il se démène pour monter un business lucratif avec ses pauvres moyens de bord.

Le bonhomme va tomber dans un complot où il va jouer le rôle du justicier pour des gens qui n’ont absolument aucun scrupule. Dans quel milieu se trouvent ces gens ? Dans la politique, étant tous inscrits à un petit parti qui ne fait que du 2% d’électorat, mais qui néanmoins agit comme une vraie mafia avec ses sbires, ses caisses noires, et même ses assassins (Oh là là là).

La teneur du livre m’a paru assez floue, mais le récit est mené de main de maître par quelqu’un qui sait manier la langue française avec panache et beaucoup d’humour. Sapristi quelle écriture.

Et sous ces décors en carton pâte sentant les bons ripoux, il en suinte quelques vérités et malheureuses évidences sociétales qui ne sont pas toujours agréables à entendre.

VIE DE GÉRARD FULMARD, Les Éditions de Minuit 2020,  ISBN 978-2-7073-4587-5

Couleurs de l’incendie (2) de Pierre Lemaitre

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Pierre Lemaître est un scénariste et romancier français (Paris 1951) avec une formation de psychologue; il connait un grand succès depuis le Prix Goncourt  2013 avec un roman noir picaresque Au revoir là haut (2013) qui fera partie d’une trilogie avec Couleurs de l’incendie (2018) et Miroir de nos peines (2020) . En dehors du prestigieux Goncourt, ce livre a reçu une huitaine d’autres prix,  un beau et mérité succès. Les livres de Lemaitre sont en cours de traduction dans plus de trente langues.  Et ses polars ont été primés plusieurs fois . Il vit de sa plume depuis 2006.

Tous les livres de Pierre Lemaitre ont été commentés dans ce blog; aucun ne m’a déçu et j’aime son style assez particulier, entre ironie et drôlerie avec un sens inné de la trouvaille et des phrases qui font mouche.

Le premier tome de la trilogie Au revoir là haut (2013) fût d’une lecture éblouissante, et le livre commenté en septembre 2016 . Un très bon film est sorti en 2017 avec  Albert Dupontel comme réalisateur, film qui a reçu le César de la meilleure adaptation ainsi que d’autres nominations.

Couleurs de l’incendie est un vrai page-turner car la lecture vous happe dès la première page avec des personnages solidement bâtis. Cette fois nous suivrons les tribulations de Madeleine Péricourt la seule héritière du milliardaire Marcel Péricourt et dont le frère, Edouard, une « gueule-cassée » de la guerre 14-18 connaitra une fin dramatique à la fin du premier tome.

Dans le premier tome Madeleine avait épousé l’affreux Henri d’Aulnay-Pradelle, homme d’affaires véreux  avec lequel elle aura un fils, Paul. Au moment de la narration le corrompu Pradelle croupit en prison. Jusque là, Madeleine Péricourt avait été gâtée par la vie, ne s’intéressant à rien dans les affaires de son père ni s’occupant de son fils Paul non plus. Or, le petit Paul est laissé dans les mains d’un répétiteur qui l’instruit à domicile. À la mort du patriarche, son fondé de pouvoir, Gustave Joubert, centralien de formation aura des vues sur l’esseulée Madeleine, qui le voit toujours comme un subalterne.

Nous sommes dans la post guerre 14-18 et les magouilles vont bon train, que ce soit au niveau industriel ou au niveau politique (déjà). Les impôts accablent ceux qui en payent (déjà!). Puis le krach boursier de 1929 arrive et beaucoup de fortunes se défont. Mais il n’y a pas que Henri Pradelle comme ripou, car Charles Péricourt, frère de feu Marcel Péricourt, est un parlementaire retors et vénal, président d’une commission parlementaire chargée de la lutte contre l’évasion fiscale ! (Comment ne pas penser à des affaires plus récentes et vite enterrées).

Voilà Madeleine Péricourt dans la panade avec des déboires personnels (le fils) et « l’aspiration » de sa fortune par des délits d’initiés. Cette femme déclassée fera face d’une drôle de façon, pour le moins inattendue de la part d’une femme si veule jusque là et se fera aider par un ancien employé de son ex mari. La vengeance est un plat qui se mange froid… nous en avons ici un bel exemple.

Les personnages de Lemaitre sont parfaits et profondément esquissés, c’est un régal que de les suivre dans leurs péripéties. Mais vers la page 300 j’ai ressenti un certain relâchement, vite repris dans la partie finale du livre. J’ai trouvé aussi que la relation de Madeleine avec Léonce sonnait faux car comment faire confiance à une femme prête à tout pour avoir de l’argent sans aucun jugement moral sur ses actions ? Est-ce que la trame de l’histoire nécessitait des accointances solides entre ces deux femmes si distinctes ? Puis ce petit Paul, accablé de tous les maux devient presque normal, à la fin du livre…Malgré ces quelques points faibles, quel souffle romanesque, quel entrain. Une bonne et distrayante lecture, à quand le film ?

Le titre du roman se retrouve dans deux passages. Page 299 au déclenchement d’un incendie…parce que les lueurs de l’incendie se virent depuis la route au moment où ils reprenaient le chemin vers Paris…Aussi page 383, en pleine révolte nationale contre l’impôt (1933)… le gouvernement observait avec inquiétude les couleurs de cet incendie qui gagnait sans cesse du terrain…

COULEURS DE L’INCENDIE, Livre de Poche N° 35288 (PL 2018),  ISBN 978-2-253-10041-6