Archives de tags | littérature française

Maria est morte de Jean-Paul Dubois

https://www.humanite.fr/sites/default/files/styles/1048x350/public/images/68360.HR_0.jpg?itok=Ui2viQ-l

Jean-Paul Dubois est un écrivain français (Toulouse 1950) ayant fait des études de Sociologie; il a travaillé aussi comme journaliste et grand reporter. Sa bibliographie est assez vaste: quelques 23 romans !

Son oeuvre pose un regard désabusé et distancé sur le monde et les rapports humains; ses héros ont souvent une vie névrosée, souvent ses personnages sont originaires de Toulouse comme lui même (tout en étant attiré par l’Amérique du Nord). Il y a des choses récurrentes dans les romans de Dubois : le prénom Paul pour le héros,  ou d’Anna pour l’épouse; le rugby apparaît souvent, mais aussi  des accidents et des morts brutales. La voiture peut être aussi un sujet important dans certains de ses livres.

On dit que cet écrivain est vraiment lui même quand il est drôle dans la tragédie et lorsqu’il rend cocasses des situations tristes.

Depuis que je l’ai découvert avec son livre Une vie française, j’ai souhaité lire tous ses livres (sur 23 ouvrages, je n’en suis qu’à la moitié…): Une vie française (2004) un livre qui m’a plu énormément: la vie en parallèle de Paul Blick et de l’Histoire de la France entre 1950 et 2004; il y a une confrontation entre une vie chaotique-atypique et l’Histoire de la Vè République, ses grandeurs et ses bassesses. Le rythme du livre est soutenu, dévorant, avec une tension psychologique hors pair et une fin bouleversante; ce livre a été primé en 2004 par le Prix Femina et le Prix FNAC. La succession (2016), sélectionné pour le Prix Goncourt m’a plu aussi beaucoup, reconnaissant aisément ce style si particulier à l’auteur avec son humour décalé et aiguisé. Vous plaisantez, monsieur Tanner (2006) est un court roman avec des chapitres ultra courts, facile à lire et hilarant en même temps que dramatique. Le cas Sneijder (2011), un autre de ses livres qui m’a plu, couronné du Prix Alexandre Vialatte 2012, tout à fait dans la veine de cet auteur excellent par le regard qu’il porte aux gens et aux choses. Tous les matins je me lève (1988), avec l’histoire d’un écrivain désabusé en manque d’inspiration qui comporte une suite de gags désopilants. Kennedy et moi (1996) un livre assez court, drôle à la façon « duboisienne« , mais il m’a plu un peu moins car peu crédible par certains détails, quoique comportant aussi  des passages désopilants. Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon (2019) qui a obtenu le Prix Goncourt 2019, un très bon roman dont j’ai bien apprécié la partie canadienne. Les accommodements raisonnables (2008) est un très bon Dubois, corrosif à souhait. Cette lecture vient un peu trop vite après celle du Prix Goncourt, mais comme on dit familièrement « l’occasion fait le larron », j’ai eu l’occasion de le lire et j’ai sauté dessus. Si ce livre pouvait m’approcher de toi (1999) est un très ancien Dubois mais déjà nous reconnaissons « la patte » de l’auteur; ce livre a inspiré le réalisateur Philippe Loiret pour son film Le fils de Jean (2016),  mais Loiret  a choisi de se détourner quelque peu du texte et a pris une autre direction pour son film (film non vu). Vous aurez de mes nouvelles (1991) a reçu le Grand Prix de l’humour noir Xavier-Forneret de la même année, c’est un recueil de nouvelles que j’ai trouvé peu intéressant.

Maria est morte (1989) est un livre qui ne restera pas parmi mes préférés. Il m’a quelque peu désarçonnée par l’histoire et les personnages car j’ai trouvé que l’ensemble manquait de cohérence et l’histoire d’intérêt. En revanche, on retrouve bien cet humour latent de Dubois et quelques trouvailles de langage tout à fait originales et farfelues.

Quid de l’histoire? Un type mal défini, Samuel Bronchowski, part à la recherche de son épouse Gloria mal définie  aussi pour lui annoncer le décès de leur fille de 10 ans , qui aurait fait une chute fatale d’un escalier. La petite fille est morte depuis 2 ans et Gloria était partie avant, et la vie de Samuel est construite autour de cette annonce. On ne saura jamais quelles auront été les circonstances de cette mort, ni les circonstances du départ de Gloria. On ne sait pas où habite le protagoniste de l’histoire, Samuel,  mais l’on sait qu’il part dans un pays asiatique afin de la retrouver. On ne sait pas dans quel pays asiatique, sauf que c’est un pays en guerre avec toutes les atrocités inhérentes à la guerre. Toutes les personnes que Samuel croisera dans ce pays sont à la limite de la monstruosité, soit physique, soit morale. Après tant et tant de déboires, Samuel, ne retrouvera pas sa femme, ou si…Pas clair du tout car le récit baigne dans le flou, dans le visqueux, à la limite du malsain.

Quel intérêt cette histoire? Pour moi, aucun, avec un récit par moments cauchemardesque à la Kafka. Seule l’écriture sauve le lecteur de la perte de temps.

On retrouve les sujets de prédilection de Jean-Paul Dubois : les voyages, une ou des morts violentes, la voiture et le savoir pointu autour de la voiture, les piques pleines d’humour contre les dentistes…la chambre ressemblait soudain à une salle d’attente de dentiste. A cela près qu’ici les caries étaient dans les têtes. Elles rongeaient lentement les pensées et donnaient aux idées une haleine accablante…(page 132).

MARIA EST MORTE, Points roman (P14486) 2006, (JP-D 1989),  ISBN 2-75-78-001-6

Portrait de Balzac de Théophile Gautier

Théophile Gautier (Tarbes 1811-Neuilly s/Seine 1872) fut un poète, romancier, peintre et critique d’art français. Il a participé activement au mouvement romantique.  En 1836 il sera sollicité par Balzac pour donner des nouvelles au journal La Chronique de Paris. Il deviendra un chef d’école en poésie favorisant le travail de la forme.

Ce fut un témoin exceptionnel de la vie littéraire et artistique de son temps.

Portrait de Balzac a été publié en 1858, après une vingtaine d’années de fréquentation entre les deux hommes. C’est un portrait chaleureux et vivant  de l’homme et du créateur exceptionnel qui fut Balzac, un véritable forçat de travail. C’est aussi un portrait plein de douceur et d’admiration, tellement loin du portrait qu’ en a fait Arthur de Gobineau, un autre contemporain de Balzac où l’on sent un mépris mâtiné de jalousie.

J’ai déjà dit dans ce blog que Balzac est pour moi un géant littéraire.

De l’enfance de Balzac on saura sa scolarité médiocre tout en découvrant son immense avidité pour la lecture et le savoir en général, a tel point qu’il a été touché par une sorte de « surchauffe cérébrale » qui nécessitera le repos dans le giron familial. A cette époque Balzac était considéré comme plutôt stupide car paraissant hébété. En fait, il était surdoué car capable de lire 7 ou 8 lignes d’un coup en appréciant le sens et en ayant une mémoire prodigieuse pour les lieux, les noms, les mots, les choses, les figures.

Ce don, qu’il va conserver et approfondir, explique la teneur de son oeuvre. Il saura donner la vie à une terre, à une maison, à un héritage, à un capital, à des héros et héroïnes dont les aventures se dévorent avec avidité. Mais il a introduit dans le roman des éléments nouveaux, et ceci ne plut pas à tout le monde : ses analyses psychologiques, la peinture détaillée des caractères, les descriptions d’une minutie maniaque, étaient regardées comme des longueurs fâcheuses, et le plus souvent on les sautait pour revenir à la fable. Bien plus tard on reconnut que le but de l’auteur n’était pas de tisser des intrigues plus ou moins bien ourdies, mais de peindre la société dans son ensemble du sommet à la base, avec son personnel et son mobilier, et l’on admira enfin l’immense variété de ses types (plus de 2000 personnages parfaitement campés dans la Comédie humaine !). Dès 1836 (année de la rencontre avec Gautier), Balzac avait déjà un plan pour sa Comédie et avait conscience de son génie.

Balzac était un bourreau de travail et menait une vie quasi monacale dans des logements pas toujours confortables mais qu’il décorait avec un goût certain pour le luxe ostentatoire. Il ne soignait pas du tout son aspect extérieur sauf pour parader dans les salons pendant sa période dandy. En général,  il aimait travailler affublé d’un froc de franciscain avec une cordelette à la ceinture. Il se couchait vers 18 heures pour se lever vers minuit et écrire toute la nuit éclairé par un flambeau à 7 bougies en abusant du café. L’activité cérébrale était telle, qu’il dégageait de la vapeur au dessus de la tête et de son corps émanait un brouillard visible. Il raturait sans cesse ses feuilles. Parfois il passait la nuit à travailler une seule phrase qui était prise, reprise, tordue, pétrie, martelée, allongée, raccourcie, écrite de cent façons différentes et la forme parfaite ne se présentait qu’après l’épuisement des formes approximatives (bon exemple d’hypomanie) Le matin le retrouvait brisé mais vainqueur.

Le matin il fallait courir à l’imprimerie porter les feuilles de la nuit,  et c’était un tel grimoire d’apparence cabalistique que les typographes se le passaient de main en main, ne voulant pas faire chacun plus d’une heure de Balzac !

Malgré cette façon laborieuse de travailler, Balzac produisait énormément grâce à une volonté surhumaine servie par un tempérament d’athlète et une réclusion de moine. Pendant 2 à 3 mois de suite, lorsqu’il avait une oeuvre en train, il travaillait 16 à 18 heures par jour ne s’accordant que 6 heures d’un sommeil qui était lourd, fiévreux, convulsif.

Mais il ressortait toujours de ses cendres, tel le sphynx, en arborant un chef-d’oeuvre au dessus de sa tête, riant de son rire tonitruant, s’applaudissant avec naïveté et s’accordant des éloges sans se soucier le moins du monde des articles et des réclames à l’endroit de ses livres. Jamais il ne courtisa les journalistes. Il livrait sa copie, touchait l’argent et s’enfuyait pour le distribuer aux créanciers.

Toute sa vie Balzac eut des idées fantasques et romanesques. Jamais réalistes. Son imagination enfiévrée lui faisait toucher la fortune avant même la réalisation du projet. Déçu d’une chimère, Balzac inventait illico une autre et repartait pour un voyage avec une naïveté d’enfant qui s’alliait à la sagacité la plus profonde et à l’esprit le plus retors.

Théophile Gautier  insiste pour dire que personne en son temps ne comprit la modernité absolue du génie de Balzac car jusqu’à lui, personne n’a été moins classique, mais il a vu ses contemporains et les a peints avec ses mots en saisissant l’aspect, en comprenant les courants et y démêlant les individualités, dessinant les physionomies de tant d’êtres divers, montrant les motifs de leurs actions. A Honoré de Balzac, plaisait plus le caractère que le style et il préférait la physionomie à la beauté : dans ses portraits de femme, il ne manque jamais de mettre un signe, un pli, une ride, une plaque rose, un coin attendri et fatigué, une veine trop apparente, quelque détail indiquant les meurtrissures de la vie, trait qu’un poète eût à coup sûr supprimé.

Magnifique récit de la vie d’un homme qui a tout donné à la construction d’une oeuvre monumentale, une véritable cathédrale comportant des personnages si vivants qu’ils font partie de l’imaginaire de nous tous.

Le portrait de Théophile Gautier en début de billet le montre tel qu’il était lors de la rencontre avec Balzac et celui de Balzac dans sa chère tenue de moine date aussi de la même époque (à 3 ans près). Ainsi nous pouvons imaginer un peu mieux la rencontre des deux hommes avec leur physique d’alors. Théophile Gautier nous livre un portrait physique très vivant du Balzac qu’il rencontra en 1835; et ce qui le frappa avant tout, ce furent les yeux et le regard de Balzac. Voici la description de Théophile Gautier : son col d’athlète ou de taureau, rond comme un tronçon de colonne, sans muscles apparents et d’une blancheur satinée qui contrastait avec le ton plus coloré de la face. Il présentait les signes d’une santé violente peu en harmonie avec les pâleurs et les verdeurs romantiques à la mode. Son pur sang tourangeau fouettait ses joues pleines d’une pourpre vivace et colorait chaudement ses bonnes lèvres épaisses et sinueuses, faciles au rire; de légères moustaches et une mouche en accentuaient les contours sans les cacher; le nez carré du bout, partagé en deux lobes, coupé de narines bien ouvertes; le front était beau, vaste, noble,  sensiblement plus blanc que le masque, sans autre pli qu’un sillon perpendiculaire à la racine du nez; les protubérances de la mémoire des lieux formaient une saillie très prononcée au-dessus des arcades sourcilières; les cheveux abondants, longs, durs et noirs, se rebroussaient en arrière comme une crinière léonine. Quant aux yeux, il n’en exista jamais de pareils. Ils avaient une vie, une lumière, un magnétisme inconcevables. Malgré les veilles de chaque nuit, la sclérotique en était pure, limpide, bleuâtre, comme celle d’un enfant ou d’une vierge, et enchâssait deux diamants noirs qu’éclairaient par instants de riches reflets d’or: c’étaient des yeux à faire baisser la prunelle aux aigles, à lire à travers les murs et les poitrines, à foudroyer une bête fauve furieuse, des yeux de souverain, de voyant, de dompteur (d’illuminé par la grâce?…)

Honoré de Balzac

 

PORTRAIT DE BALZAC, Éditions de l’Anabase 1994 (Th G 1858), ISBN 2-909535-08

Tout sur mon frère de Karine Tuil

Tout sur mon frère - Karine Tuil - SensCritique

Karin Tuil est une écrivaine française (Paris 1972) ayant fait des études de Droit et de Sciences Politiques. Elle a déjà publié pas mal de livres (11?) et je ne l’avais pas lu jusqu’à récemment. Grave erreur ! Elle écrit très bien et les deux livres lus sont d’une grande pertinence, ils sont intelligents.

J’ai déjà lu Interdit (2001) que j’ai adoré, c’est le deuxième roman de l’auteur: nominé au Prix Goncourt des Lycéens et lauréat du Prix Wizo. Plein de dérision et d’humour juive, drôle et bienveillante. Les choses humaines (2019) m’avait été très recommandé et maintenant je comprends pourquoi, un livre bien écrit, terriblement pertinent et qui aborde des sujets d’actualité. Un livre dur comme le temps qui court. Il a été primé par l’Interallié et le Goncourt des Lycéens 2019, c’est peu dire.

Tout sur mon frère (2003) est le quatrième roman de Karine Tuil et encore une bonne surprise de lecture. Sous un aspect un peu facile, il y a dans ce roman une étude psychologique et sociologique d’une grande profondeur qui laisse pantoise, car cette histoire ébranle le lecteur.

C’est l’histoire de deux frères mal assortis depuis l’adolescence. Les parents appartenaient à la classe moyenne assez intellectuelle : la mère professeur de grec et le père traducteur d’espagnol. Leur monde étaient les livres, livres qu’ils incitaient à lire aux deux frères. L’aîné est Arno qui va étudier le Droit et le cadet c’est Vincent qui fera tout pour gagner de l’argent au plus vite afin de ne pas mener la vie étriquée infligée par les parents.

Avec le temps l’opposition des deux frères sera féroce, surtout que Vincent deviendra un trader menant une vie stressante mais gagnant beaucoup trop d’argent. Il sera mal marié avec une femme vénale avec qui il s’ennuie. Son credo c’est gagner de l’argent, le dépenser, le montrer, avoir des maitresses auxquelles il impose un contrat de discrétion et la coke à longueur de journée pour tenir le coup. Vincent est un être antipathique, égoïste, hypochondriaque et finalement assez mal dans sa peau …(voilà pourquoi je préférais le désordre, j’avais fait le choix d’une vie chaotique, instable: la rigueur et la discipline m’apparaissaient comme les antichambres de la mort).

Quant à Arno, c’est plus ou moins un raté qui a trouvé le moyen de gagner un peu d’argent en écrivant des romans sur la vie dissolue de son cadet.

Après le décès de leur mère, disons par chagrin (pour éviter le spoiler), leur père fera un AVC qui va le rendre plus ou moins végétatif et à cette occasion les deux frères pourront enfin dialoguer et tirer quelques conclusions sur leur père et leur passé.

Il est question souvent dans ce livre des films de Pedro Almodovar qui sont tellement kitsch et en même temps tellement forts en affects. Vincent reconnait son frère dans le personnage du jeune homme idéaliste qui souhaite devenir écrivain dans le film Tout sur ma mère et de ce fait, il pense que le premier livre d’Arno plagiant sa vie amoureuse aurait du s’appeler Tout sur mon frère. Nous avons ainsi la clé du titre de ce livre.

On ira de surprise en surprise et la descente aux enfers n’épargne aucun sentiment sordide. Les aspects légaux de cette violation de la vie privée d’une personne sont très bien étudiés et la fin du roman est surprenante et instructive.

Encore un bon roman noir de Karine Tuil.

TOUT SUR MON FRÈRE, Grasset 2003,  ISBN 2-246-65401-7

Vous aurez de mes nouvelles de Jean-Paul Dubois

https://www.francetvinfo.fr/image/75no0gasr-7641/1200/450/20385287.jpg

Jean-Paul Dubois est un écrivain français (Toulouse 1950) ayant fait des études de Sociologie; il a travaillé aussi comme journaliste et grand reporter. Sa bibliographie est assez vaste: quelques 23 romans !

Son oeuvre pose un regard désabusé et distancé sur le monde et les rapports humains; ses héros ont souvent une vie névrosée, souvent ses personnages sont originaires de Toulouse comme lui même (tout en étant attiré par l’Amérique du Nord). Il y a des choses récurrentes dans les romans de Dubois : le prénom Paul pour le héros,  ou d’Anna pour l’épouse; le rugby apparaît souvent, mais aussi  des accidents et des morts brutales. La voiture peut être aussi un sujet important dans certains de ses livres.

On dit que cet écrivain est vraiment lui même quand il est drôle dans la tragédie et lorsqu’il rend cocasses des situations tristes.

Depuis que je l’ai découvert avec son livre Une vie française, j’ai souhaité lire tous ses livres (sur 23 ouvrages, je n’en suis qu’à la moitié…): Une vie française (2004) un livre qui m’a plu énormément: la vie en parallèle de Paul Blick et de l’Histoire de la France entre 1950 et 2004; il y a une confrontation entre une vie chaotique-atypique et l’Histoire de la Vè République, ses grandeurs et ses bassesses. Le rythme du livre est soutenu, dévorant, avec une tension psychologique hors pair et une fin bouleversante; ce livre a été primé en 2004 par le Prix Femina et le Prix FNAC. La succession (2016), sélectionné pour le Prix Goncourt m’a plu aussi beaucoup, reconnaissant aisément ce style si particulier à l’auteur avec son humour décalé et aiguisé. Vous plaisantez, monsieur Tanner (2006) est un court roman avec des chapitres ultra courts, facile à lire et hilarant en même temps que dramatique. Le cas Sneijder (2011), un autre de ses livres qui m’a plu, couronné du Prix Alexandre Vialatte 2012, tout à fait dans la veine de cet auteur excellent par le regard qu’il porte aux gens et aux choses. Tous les matins je me lève (1988), avec l’histoire d’un écrivain désabusé en manque d’inspiration qui comporte une suite de gags désopilants. Kennedy et moi (1996) un livre assez court, drôle à la façon « duboisienne« , mais il m’a plu un peu moins car peu crédible par certains détails, quoique comportant aussi  des passages désopilants. Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon (2019) qui a obtenu le Prix Goncourt 2019, un très bon roman dont j’ai bien apprécié la partie canadienne. Les accommodements raisonnables (2008) est un très bon Dubois, corrosif à souhait. Cette lecture vient un peu trop vite après celle du Prix Goncourt, mais comme on dit familièrement « l’occasion fait le larron », j’ai eu l’occasion de le lire et j’ai sauté dessus. Si ce livre pouvait m’approcher de toi (1999) est un très ancien Dubois mais déjà nous reconnaissons « la patte » de l’auteur, ce livre a inspiré le réalisateur Philippe Loiret pour son film Le fils de Jean (2016),  mais Loiret  a choisi de se détourner quelque peu du texte et a pris une autre direction pour son film (film non vu).

Vous aurez de mes nouvelles (1991) a reçu le Grand Prix de l’humour noir Xavier-Forneret de la même année, c’est aussi un ancien Dubois et pour la première fois je n’ai pas accroché avec le livre même si le style d’écriture reste très bon : c’est une compilation de 28 nouvelles, certaines d’à peine une page, sans fil conducteur ni d’intérêt particulier. Aussitôt lues, aussitôt oubliées. Aussi, j’ai reconnu à peine « la patte » de l’écrivain, son humour fin et si corrosif. Dans l’ensemble, ces nouvelles sont très sombres, voire un peu désespérées comme s’il en avait écrit certaines sous le poids de la déprime, elles n’apportent rien de positif. C’est la chose humaine dans sa noirceur la plus noire (pardonnez le truisme).

S’il en fallait citer une ou deux, je dirais que celle qui porte le titre de « Prends soin de toi » m’a exaspéré : quel besoin avait ce type en vadrouille et paumé de prendre en charge un taré tel que cet Adams; c’est invraisemblable, comme s’il avait perdu toute jugeote. Et pour les avis plutôt positifs, je citerais l’histoire avec le psychiatre (« La douceur des intestins« ), un psy plus fêlé, et de loin, que le patient lui même, voilà une histoire noire dans la veine un peu désopilante du génial Dubois. Une autre pas mal est celle de l’ouvrier qui veut négocier certains points avec l’employeur depuis une poutre suspendue dans le vide (« Dialogue au sommet« ), assez cruelle et bien envoyée. Certaines nouvelles sont assez crues, voire vulgaires.

On retrouve la marotte des noms de famille se terminant par « er », et il y a quelques Paul et un peu d’Anne dans ces histoires, ainsi que l’implication de l’Amérique du Nord. La femme n’est pas trop bien traitée en général, Dubois la fait apparaitre de façon peu reluisante comme s’il voulait régler le compte au genre féminin : ici la femme est l’icône d’un certain désespoir masculin et je vais vous citer quelques lignes sur l’amour, piochées dans la nouvelle intitulée « Mon histoire » : …comme l’alitement, il m’est toujours apparu que l’amour était un état de faiblesse, d’amoindrissement. Il gomme la lucidité et la clairvoyance. L’amour est un état de catalepsie où l’on perd le sens commun, où l’on abdique toute raison, toute dignité. Il faudrait un jour avoir le courage d’admettre que ce sentiment est un misérable dérivatif, un prurit glandulaire, un malentendu facteur d’erreur et de honte. Dans l’échelle des valeurs humaines, je place l’amour à un degré bien inférieur à la soif, la faim, le sommeil, la miction ou la défécation.  Je disais donc que l’amour est un état subalterne. Seule la rencontre en elle-même conserve à mes yeux un intérêt réel. Chaque partenaire d’un couple devrait établir, dans un cadre spatio-temporel, un tracé de sa vie entière jusqu’à l’instant où il entre en contact avec l’autre. On verrait alors apparaitre dans ce graphique la dérive hasardeuse de deux existences qui, au fil des ans, s’éloignent et se rapprochent avant de se joindre. L’image de ces parcours erratiques, de ces cheminements improbables, symboliserait de façon tangible le cours aléatoire et l’implacable fluidité des destins.

Sur ces mots pleins d’amertume je clos le débat.

VOUS AUREZ DE MES NOUVELLES, Robert Laffont 1991,  ISBN 2-221-07081-X

La vie mode d’emploi de Georges Perec

 

Georges Perec — Wikipédia

Georges Perec fut un écrivain, verbicruciste, lipogrammatiste, dramaturge, traducteur et librettiste français (Paris 1936-Ivry sur Seine 1982). Il devient membre de l’OuLiPo (Ouvroir de Littérature Potentielle) en 1970, un mouvement créé en 1960 par Raymond Queneau, un écrivain féru de mathématiques et de français qui définit son groupe comme un atelier qui rassemble des mathématiciens et des littéraires. Perec deviendra un élément emblématique du groupe car il a trouvé là un terrain fertile lui permettant d’explorer des processus formels d’écriture de plus en plus complexes. Il va multiplier les exercices comme les palindromes, l’anagramme, le lipogramme ou le monovocalisme. Il va approfondir ses recherches sur les contraintes et les modèles mathématiques dont l’accomplissement sera son roman La vie mode d’emploi. Il aura droit à un adjectif distinctif définissant son passage par le royaume des lettres : un style perecquien et un projet perecquien qui se voulait réaliste, avec une première exigence, la volonté de totalité en fondant ses structures romanesques d’exhaustivité. Ceci est démontré avec génie dans La vie mode d’emploi qui a comme sous titre Une histoire des années 60 avec une véritable analyse critique des signes et du langage de cette époque (cf  Bernard Magné dans l’introduction de  cette édition). Bernard Magné écrit que la structure du roman est parfaitement cohérente avec une écriture conçue comme « un jeu qui se joue à deux » entre l’écrivain et le lecteur et une tension jamais définitivement résolue entre « rester caché » et « être découvert », cette démarche ludique de l’impli-citation est aussi pour le romancier une manière de s’inscrire dans la lignée de ses grands prédécesseurs : Rabelais, Sterne, Stendhal, Jules Verne, etc.

Le spécialiste de Georges Perec,  Bernard Magné signale que le roman conserve dans sa trame les traces d’un vécu quotidien; il contient des multiples histoires, dissimulées par le déroulement des fictions, des bribes éclatées et minuscules d’une sorte de journal intime, dont l’écrivain ne méconnait pas le paradoxe, références inaccessibles au lecteur en constituant un code qui existe pour Perec seulement.

La vie mode d’emploi (1978) a été couronné par le Prix Médicis de la même année, c’est une oeuvre colossale, son chef d’oeuvre, qui porte le sous-titre de Romans bien mérité car ce livre est un roman dans plusieurs romans :  600 pages, 6 parties, 99 chapitres et un épilogue, 2000 personnages; cet ouvrage aurait nécessité presque 10 ans de travail et avait hanté l’écrivain dès 1967 avec un cahier des charges ébauché à partir de 1969. L’ambition dans ce livre est l’exhaustivité qui est aussi l’ambition de toute l’oeuvre de Perec. Pour l’écrire, il se serait inspiré d’un dessin de Saul Steinberg (un dessinateur au New Yorker) paru dans son livre The Art of Living (1949) où l’on voit un immeuble new yorkais dont on a enlevé la façade. La contrainte littéraire volontaire est utilisée ici comme moteur de créativité. Toutes les contraintes du livre ont été exposées dans un autre livre, Cahier des charges de La vie mode d’emploi (1999).

L’espace précis de ce roman est un immeuble sis au 11 de la rue Simon Crubellier dans le XVII arrondissement de Paris (lieu fictif), dans un immeuble construit en 1875 avec un récit qui se terminera exactement le 23 juin 1975 vers 20 heures. C’est un immeuble de 6 étages plus 2 étages de combles et des caves.

C’est une oeuvre totale, une fresque qui parle de la vie et de la mort et qui comprend plusieurs genres : policier, aventures, sociologique, sentimental, fantaisiste, picaresque, jubilatoire. Le livre est écrit principalement au présent de l’indicatif;  ce texte énigmatique et extrêmement riche, oblige le lecteur à trouver son chemin. L’unité temporale est donnée par la mort de l’un des deux personnages principaux, l’anglais Percival Bartlebooth le 23/08/1975. Dans ce roman on aborde de multiples savoirs imaginaires donnant des détails fragmentaires et jouant comme des moteurs dans le récit :cartographiques, historiques, archéologiques, ethnographiques, en pétrochimie, peinture, lexicographique et j’en passe. Mais ici le savoir n’a pour fin que le romanesque teinté d’humour parfois irrésistible.

Le livre a connu une adaptation théâtrale en 1988 par Michael Lonsdale.

La cahier de charges de ce roman est constitué de 42 listes de 10 éléments chacune. Chaque liste est associée à un modèle mathématique, le bi-carré latin orthogonal d’ordre 10, grille de 10*10 cases qui se superpose au plan de l’immeuble. Ce modèle a permis à Georges Perec de repartir dans chaque chapitre les 420 éléments listés sans rien laisser au hasard et en évitant toute répétition. Et pour passer d’un chapitre à un autre, il a recours à un problème de logique lié aux échecs, qui impose au cavalier de parcourir toutes les cases de l’échiquier sans jamais passer par la même: c’est l’algorithme ou polygraphie du cavalier. Un mécanisme efficace qui permet de créer des histoires et des pages riches en détails.

Ce livre est construit comme un puzzle et l’énorme machine narrative assez diabolique, unit parfaitement tous les habitants de l’immeuble. Ce serait  une oeuvre avec des éléments autobiographiques où percent les drames vécus par l’auteur. L’humour est omniprésent et cette multiplicité de personnages est essentielle pour le bon déroulement de la fiction.  Il est Impossible de résumer une telle oeuvre dont la lecture vous laisse pantoise, esbaudie, ébahie, knock out…Il y a du génie, de l’originalité, de l’érudition, de la maniaquerie aussi. Il faut rappeler l’énorme retentissement que connut la parution de ce livre sur le milieu littéraire de l’époque; avec un texte qui n’a pas vieilli d’un iota. Comme anecdote, l’écrivain Martin Winckler a choisi son nom de plume d’après un personnage important de ce livre.

Chacun des 99 chapitres commence par un descriptif minutieux de la pièce avec ses objets, puis il y a souvent une histoire à raconter autour de l’un des personnages. Il y a des histoires pour tous les goûts, certaines sont très savoureuses. C’est vrai que c’est un livre que l’on peut lire de différentes façons : soit par une lecture linéaire, soit  en ne lisant que les chapitres dédiés à l’un des personnages, soit en lisant les chapitres qui concernent les communs de l’immeuble, non dénoués aussi d’histoires savoureuses. Dans ce roman, il y a en apparence pléthore de savoirs, mais très souvent c’est une création fictionnelle de Georges Perec.

Le livre est construit vraiment comme un puzzle où les histoires s’imbriquent aisément autour de l’occupation de l’immeuble. Il y a trois personnages importants dans le livre qui incarnent la création:  1) le riche et excentrique anglais Percival Bartlebooth, un esthète élève de Valène qui va consacrer sa fortune à la construction de puzzles. Pour cela, il va prendre des leçons d’aquarelle pendant 10 ans auprès de Valène;  2) Valène est le doyen de l’immeuble, professeur de peinture et  3) Gaspard Winckler un artisan accompli qui sera commandité par l’anglais dans la préparation des puzzles. Bartlebooth est plus que nul en aquarelle, mais au bout de 10 ans, il partira 20 ans en voyage à travers le monde afin de peindre des ports à l’aquarelle, accompagné de son factotum. Tous les 15 jours il va envoyer à Winckler, un artisan hors pair qui habite aussi à la même adresse, une aquarelle que celui-ci va coller sur un support puis la découper finement en 750 morceaux pour les déposer dans des boîtes spécialement commandées. Au bout de presque 500 aquarelles devenues puzzles, Bartlebooth décide de les détruire car son cycle « créatif » est la destruction de l’oeuvre sur les lieux mêmes où elle a été créée; il voulait que le projet tout entier se referme sur lui-même sans laisser de traces, il voulait que rien, absolument rien n’en subsiste, qu’il n’en sorte rien que le vide, la blancheur immaculée du rien, la perfection gratuite de l’inutile.  L’aboutissement d’une vie réduit à zéro par son seul vouloir ! (vanitas vanitatum).  Un personnage complexe que ce Percival Bartlebooth, inspiré du Bartleby de Herman Melville, dont la devise était « I would prefer not to » (j’aimerais mieux pas), un autre personnage qui se laissera mourir…mais aussi inspiré du Barnabooth de Valéry Larbaud. La devise de l’immatériel Percival Bartlebooth était « Je cherche en même temps l’éternel et l’éphémère« .

La vie de Percival Bartlebooth : 50 ans de vie pour RIEN, quel mode d’emploi !

Il y a un personnage qui pourrait être identifié avec l’auteur Perec, il s’agit de Cinoc, porteur d’un nom d’origine polonaise, qui voudrait rédiger le Grand Dictionnaire des mots oubliés, or ce roman perecquien rassemble tous les noms d’objets quotidiens et ordinaires de la moitié du XX siècle avec l’énumération, toujours du même nombre d’objets chaque fois que l’on change de pièce. Cinoc apparait dans la troisième partie, c’est un homme d’une cinquantaine d’années et qui se dit « tueur de mots » car il travaille à la mise à jour de dictionnaires Larousse, en faisant de la place en éliminant tous les mots et tous les sens tombés en désuétude. Une fois à la retraite il décida de rédiger un grand dictionnaire des mots oubliés pour sauver des mots simples qu’il aimait bien (Ex: épulie, veau-laq, tassiot, douvebouille, etc).

Dans la myriade d’histoires du livre, il y en trois qui m’ont beaucoup plu: celle des Réol un jeune couple qui  acheta une chambre à coucher;  celle des Danglars, un magistrat et son épouse, fins cambrioleurs et celle du docteur Dinteville, qui comporte une histoire de plagiat médical plus vraie que nature et aussi une recette de cuisine (salade de coquillettes au crabe appelée Salade de crabe à la Dinteville, qu’il faudrait tester…).

Quel roman, inénarrable, racontable par bribes, foisonnant d’idées, unique, époustouflant. Mais je crois qu’il faut aborder la lecture en étant préparé, il faut avoir lu de quoi il retourne dans ces pages; ce n’est pas du tout une lecture au premier degré, mais bien (au moins) au deuxième degré. L’exercice n’est pas facile, mais il en vaut la peine.

 Saul Steinberg, The Art Of Living (1949)

Dessin de Saul Steinberg

Ci-après un lien pour écouter Perec parler de son livre (document de l’INA):

https://player.ina.fr/player/embed/I09365760/1/1b0bd203fbcd702f9bc9b10ac3d0fc21/wide/1

 

LA VIE MODE D’EMPLOI, La Pochothèque 2002 (GP 1978),  ISBN 978-2-253-13262-2

Le chapeau de Mitterrand d’Antoine Laurain

https://media.ouest-france.fr/v1/pictures/MjAyMDAyNWI2NGE0NjRjZDIzNzYyN2UzOTRmYWFmZTc1NTE4NTg?width=480&height=270&focuspoint=56%2C31&cropresize=1&client_id=bpeditorial&sign=f85c82170c9051c81e0d5d12218747e91f8a6a2b810ac3144b81a9752a1bfa0f

Antoine Laurain est un écrivain français (Paris 1972) qui connut le succès avec Le chapeau de Mitterrand, son quatrième roman.

J’ai lu de lui Le Service des manuscrits (2020),  un roman qui avait tout pour me séduire et m’intéresser autour d’une histoire qui montre l’envers du décor du monde de l’édition et avec une histoire policière, mais il m’a laissé une impression mitigée. Par le plus grand des hasards, je suis tombée sur Millésime 54 (2018) et j’en ai profité pour le lire, alors que par principe j’évite de lire et commenter deux livres du même auteur de façon rapprochée (pour ne pas me répéter), mais Millésime 54  est d’un registre bien différent, c’est un conte fantastique dans un contexte du feel good dont la propriété est de nous faire sentir mieux. C’est une lecture facile et bienveillante.

Le chapeau de Mitterrand (2012)   a reçu le Prix Relay des voyageurs 2012 et le Prix Landernau-découverte de la même année; ce livre a été traduit dans plus de 11 langues et il s’est retrouvé parmi les meilleures ventes de traduction française au Royaume Uni. C’est une lecture délicieuse, fraîche et  montée comme un conte autour du chapeau de François Mitterrand alors Président de la République à la fin de son premier mandat. Antoine Laurain a su récréer très bien la France de cette époque avec plein de références encore présentes dans nos têtes comme dans la chanson de Cloclo Cette année là; il avait fait la même chose dans le roman Millésime 54 pour l’année 1954. Le livre démarre dans une brasserie parisienne où le Président arrive diner escorté de Roland Dumas et apparemment de Michel Charasse, des habitués. François Mitterrand oublie son chapeau et son voisin de table s’en empare sciemment.

A partir de là, rien n’est plus comme avant pour cet obscur cadre d’entreprise, Daniel Mercier, brimé par son chef. Il va commencer à prendre la parole et oser exprimer ses idées pour l’entreprise, idées entendues par le grand patron qui, immédiatement lui propose une promotion en province. C’est peu dire que la vie de cet homme va changer et en mieux !  Par la suite, il va oublier le chapeau dans un train entre Rouen et Paris et ce sera une femme, Fanny Marquant, qui va le récupérer, le porter, et trouver qu’elle a tout d’un coup la force de régler le compte à son destin de femme bafouée. Par la suite, elle décide de se séparer du chapeau et l’abandonne sur un banc du Parc Monceau tout en guettant la personne qui va oser le prendre…Cela ne tarde pas et c’est un homme d’aspect négligé qui va partir avec le chapeau en tête, c’est Pierre Aslan, un nez de la parfumerie en déprime chronique. Et encore une fois, la vie de cet homme va changer radicalement avec l’arrivée du chapeau…

Mais le premier usurpateur du chapeau ne se console pas de l’avoir perdu et fera tout pour le récupérer…

A la fin du livre et par le hasard des circonstances, chapeau, voleur et propriétaire vont se retrouver à Venise où François Mitterrand se rendait chaque année et où Daniel Mercier, a voulu se rendre 10 ans après sa lune de miel, cette fois avec femme et fils.

Les esprits vont se rencontrer et la fin est très jolie.

Ce que tout le monde ne savait pas, c’est que Mitterrand dès le début avait mis les SR sur l’affaire et qu’il suivait pas à pas les péripéties de son cher (au propre comme au figuré) chapeau sans rien brusquer (voilà où passent les deniers arrachés au contribuable).

Très agréable lecture, légère comme une bulle de champagne, surfilée avec perfection et avec des personnages attachants.

LE CHAPEAU DE MITTERRAND, Flammarion 2012,  ISBN 978-2-0812-7412-9

Si ce livre pouvait me rapprocher de toi de Jean-Paul Dubois

Jean-Paul Dubois, la vie plus importante que les livres - Le Point

Jean-Paul Dubois est un écrivain français (Toulouse 1950) ayant fait des études de Sociologie; il a travaillé aussi comme journaliste et grand reporter. Sa bibliographie est assez vaste: quelques 23 romans !

Son oeuvre pose un regard désabusé et distancé sur le monde et les rapports humains; ses héros ont souvent une vie névrosée, souvent ses personnages sont originaires de Toulouse comme lui même (tout en étant attiré par l’Amérique). Il y a des choses récurrentes dans les romans de Dubois : le prénom Paul pour le héros,  ou d’Anna pour l’épouse; le rugby apparaît souvent, mais aussi  des accidents et des morts brutales. La voiture peut être aussi un sujet important dans certains de ses livres.

On dit que cet écrivain est vraiment lui même quand il est drôle dans la tragédie et lorsqu’il rend cocasses des situations tristes.

J’ai lu avec plaisir quelques uns de ses romans: Une vie française (2004) un livre qui m’a plu énormément: la vie en parallèle de Paul Blick avec l’Histoire de la France entre 1950 et 2004; il y a une confrontation entre une vie chaotique-atypique et l’Histoire de la Vè République, ses grandeurs et ses bassesses. Le rythme du livre est soutenu, dévorant, avec une tension psychologique hors pair et une fin bouleversante; ce livre a été primé en 2004 par le Femina et le Prix FNAC. La succession (2016), sélectionné pour le Prix Goncourt m’a plu aussi beaucoup, reconnaissant aisément ce style si particulier à l’auteur avec son humour décalé et aiguisé. Vous plaisantez, monsieur Tanner (2006) est un court roman avec des chapitres ultra courts, facile à lire et hilarant en même temps que dramatique. Le cas Sneijder (2011), un autre de ses livres qui m’a plu, couronné du Prix Alexandre Vialatte 2012, tout à fait dans la veine de cet auteur excellent par le regard qu’il porte aux gens et aux choses. Tous les matins je me lève (1988), avec l’histoire d’un écrivain désabusé en manque d’inspiration avec une suite de gags désopilants. Kennedy et moi (1996) un livre assez court, drôle à la façon « duboisienne« , mais il m’a plu un peu moins car peu crédible par certains détails, quoique comportant aussi  des passages désopilants. Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon (2019) qui a obtenu le Prix Goncourt 2019, un très bon roman dont j’ai bien apprécié la partie canadienne. Les accommodements raisonnables (2008) est un très bon Dubois, corrosif à souhait. Cette lecture vient un peu trop vite après celle du Prix Goncourt, mais comme on dit familièrement « l’occasion fait le larron », j’ai eu l’occasion de le lire et j’ai sauté dessus.

Si ce livre pouvait m’approcher de toi (1999) est un très ancien Dubois mais déjà nous reconnaissons la patte de l’auteur: le personnage principal se prénomme Paul, sa femme Anna, il démarre à Toulouse, nous avons des morts violentes et nous finissons en Amérique. Il transparait aussi l’amour de Dubois pour les voitures ou les machines en général, objets sur lesquels il aime bien donner des détails techniques. Ce livre a inspiré le réalisateur Philippe Loiret pour son film Le fils de Jean (2016),  mais Loiret  a choisi de se détourner quelque peu du texte et a choisi une autre direction pour son film (film non vu).

Le titre, Si ce livre pouvait m’approcher de toi, fait allusion à la quête d’un fils pour son père qui est presque un inconnu. Paul Peremülter épousa Anna Davenport, une avocate nord-américaine dont  il divorça au bout de treize années en raison d’une incompatibilité de caractère, sans enfants à charge. La mère de Paul était morte dans un accident d’avion en compagnie d’un luxembourgeois sur lequel personne ne savait rien. Le père de Paul avait disparu dans un lac canadien où chaque année il se rendait pêcher deux fois par an. Après son divorce, Paul, quelque peu décontenancé, part en Amérique afin de se changer les idées;  il va là exercer quelques métiers. Puis il décide de partir au Canada sur les traces de son père et de contacter un ancien ami d’enfance de celui-ci qui avait émigré au Canada et qui le connaissait très bien. Ce sera pour Paul  Peremülter la découverte de la double vie de son père et le choc émotionnel qui s’en suit, le fait s’engager dans un pari fou…il va se jeter dans la traversée des Bois sales (bois à l’état sauvage) qui entourent le lac Flamand, une excursion quasi suicidaire pendant laquelle il essaiera d’assumer l’image d’un père fourbe.

Paul écrit des livres, il en est à son treizième et il a l’impression d’avoir quelque peu perdu son temps; il fait du bruxisme la nuit ce qui révèle bien son stress. Il mesure son oeuvre par le poids et par le volume : 24 cm de haut pour 3 kilos 490 grammes de papier. Voici l’aune de son oeuvre par la taille et le poids, une pile, soit 13 ans de vie pour produire moins de 4 kilos d’une matière qui n’a rien de bien précieux; voilà pour quoi il avait vécu, pour quoi il avait été payé, pour quoi tous les matins il s’était levé. De plus le chiffre 13 semble le poursuivre : 13 ans de mariage raté, 13 livres, et la mort de son chien bien aimé a bout de 13 années.

C’est un grand névrosé que ce Paul Peremülter avec un profil d’hypochondriaque d’anthologie quand il dit…je n’ignore pas que les cabinets de psychanalystes sont remplis de clients dans mon genre. Des hommes légèrement gauchis, habités par le doute, hantés par des questions recurrentes, le souvenir d’un père noyé, d’une mère tombée du ciel, taraudés par leur sexe, déçus par la sécheresse de leurs couilles (il a une anomalie des OGE responsable d’un manque de sperme), et démunis face à l’épreuve solitaire de la mort.

Dans ce livre Jean-Paul Dubois règle une nouvelle fois son compte avec les médecins (parfois c’est le tour des dentistes). Puisqu’il doit consulter et qu’il n’est même pas ausculté alors qu’on lui réclame 75 dollars pour la consultation, il écrit…la première chose que je remarquai en pénétrant dans son bureau, ce fut un autre livre, posé à la même place comme une évidence que cet homme-là exerçait son ministère à contrecoeur, qu’il détestait les malades, leurs kystes, leurs ganglions, et toutes leurs humeurs. Palper le dégoûtait, tâter l’écoeurait, et la vue d’une simple gorge irritée lui inspirait la plus profonde répugnance. Il ne croyait pas aux vertus de la médecine, une vulgaire mécanique d’ajustement. Sa seule foi, il la tirait des livres. Ce médecin était un grammairien rentré. Il était fait pour fouiller le ventre des oeuvres et non la panse de ses semblables. Ecarté des arts et lettres, il s’était à regret rabattu sur la science des abats.

Quelle serait la part de réalité et quelle serait la part de fiction dans ce récit? Peu importe mais il y a beaucoup de faits troublants. Voici la fin du livre…J’ai terminé ce livre. Comme les précédents, il m’aura pour un temps rapproché des vivants et des morts. C’est dans l’ordre des choses simples. Les journées passées à l’écrire, et parfois le veiller, m’auront aussi fait comprendre qu’en me lançant dans cet étrange voyage, avec l’impulsivité et la naïveté d’une mouche, j’avais confusément réalisé le rêve de tout homme: traverser la forêt de ses peurs pour accéder à ses émotions secrètes, ces infimes parcelles de bonheur qui sont en nous, tapies dans un endroit que nous ignorons, et que, souvent, nous recherchons pendant toute une vie.

Un joli roman, acidulé à souhait mais qui soulève des soucis existentiels.

.Le Fils de Jean - film 2016 - AlloCiné

 

SI CE LIVRE POUVAIT, Éditions de l’Olivier 1999,  ISBN 2-87929-218-2

Études Critiques (1844-1848) d’Arthur de Gobineau

Arthur de Gobineau | Raciology Wiki | Fandom Arthur de Gobineau dit le comte de Gobineau fut un diplomate, écrivain et homme politique français (Ville d’Avray 1816-Turin 1882). Il est surtout connu pour son essai Inégalité des races humaines (1853). Son oeuvre littéraire est de caractère romantique avec aussi des essais polémiques et quelques travaux historiques. Il s’est voulu l’émule de Balzac mais il ne l’a égalé que par son descriptif du monde bourgeois. Son talent est celui d’un écrivain voyageur.

Études critiques (1844-1848) m’a attiré par le nom de Balzac que j’apprécie énormément; je me bornerai donc à écrire seulement sur Balzac. Les autres auteurs cités dans ce livre sont Alfred de Musset, Théophile Gautier, Henri Heine, Jules Janin et Sainte-Beuve.

HONORÉ DE BALZAC

La lecture de ces pages sur mon cher Balzac a été une grande déception, à peine 26 pages sans aucun élément nouveau à découvrir ni  aucun paragraphe intéressant. Il faut dire que cette étude critique sur l’oeuvre d’Honoré de Balzac est entreprise par un contemporain (et concurrent?) au début de la période si prolifique d’un pauvre Balzac poursuivi par ses créanciers en tout poil. C’était l’apogée de la période feuilletonesque où l’écrivain noircissait du papier tous les soirs afin de pouvoir subsister.

Monsieur de Gobineau le juge sévèrement et sa critique manque singulièrement de pertinence et de considération pour l’oeuvre immense laissée par Balzac dont on dit qu’il a construit une cathédrale avec sa Comédie Humaine.

Voici ce que dit de Gobineau sur le roman feuilleton...le roman-feuilleton joue donc, en quelque sorte, le rôle d’un abécédaire perfectionné et orné d’images en taille douce. Il viendra un jour peut-être où l’éducation s’achèvera; alors ces livres élémentaires seront rejetés avec mépris; on ne déplorera plus leurs défauts, parce qu’on n’aura plus besoin de leurs qualités, et ils auront rempli leur office qui était d’initier doucement au monde des idées une foule jusque-là profane.

Et sur la Comédie Humaine…cette Comédie Humaine comme il la nomme, ce drame à cent actes divers, souvent au-dessous du médiocre, n’en a pas moins des richesses inouïes, des peintures du plus grand prix, des études de caractère comme on n’en trouve point ailleurs.

Il ne ménage personne Monsieur de Gobineau...s’il est tel écrivain, comme M. Dumas par exemple, dont les compositions se ressentent uniquement de l’action d’un public assez peu lettré, il en est tel autre, comme M. de Balzac, qui, pour satisfaire à une production démesurée, gâte tout à plaisir des facultés déjà bien classées dans l’estime générale et qui, trouvant moins de lecteurs sans doute que M. Sue, est cependant en position de s’interdire de trop fâcheuses complaisances.

On conviendra qu’un pareil amphigouri est difficile à supporter de toute autre personne que de Mlle Madelon Gorgibus, et M. de Balzac a dépassé de beaucoup trop loin la manière, déjà suffisamment précieuse, dans laquelle il écrit jadis le Lys dans la Vallée. (Et tout est à l’avenant chez l’auteur, personne n’est épargné).

Qui sait aujourd’hui qui fut Monsieur Arthur de Gobineau ? Qui se targue de connaitre son oeuvre ? Vous avez trouvé la réponse tout seul, sans besoin d’aller se renseigner nulle part car Honoré de Balzac est une gloire pour la postérité qui n’a pas besoin d’être claironnée.

ÉTUDES CRITIQUES, Simón Kra 1927, pas d’ISBN

Sérotonine de Michel Houellebecq

Michel Houellebecq / Sérotonine - THRILLERMANIAC Michel Houellebecq est le nom de plume de Michel Thomas qui a pris le nom de sa grand mère paternelle pour signer ses ouvrages; c’est un écrivain, poète et essayiste français (La Réunion 1956) considéré comme un précurseur dans la description du mâle occidental décadent des années 1990-2000 (misère affective et sexuelle).  Il a une grande admiration pour Honoré de Balzac et cela me le rend proche car c’est l’un de mes écrivains préférés par la richesse de son descriptif. Son émergence tonitruante dans les lettres françaises a donné l’adjectif houellebecquien car il faut bien reconnaitre qu’il existe un « phénomène » Houellebecq. En dehors de son métier d’écrivain il possède le diplôme d’ingénieur agronome. Son vedettariat commence en 1994 avec son premier roman Extension du domaine de la lutte (1994) où il disserte encore sur la misère affective de l’homme contemporain.

J’ai lu de lui uniquement son premier roman Extension du domaine de la lutte que je n’avais pas apprécié à l’époque, le trouvant trop apathique, cynique, baignant dans la désespérance du milieu des gens de 25-40 ans, que ce soit du milieu laboral (le pire) ou personnel (un désert); un véritable condensé d’amertume généralisée qui, à l’époque, m’avait paru in-su-ppor-table. Aucune envie de le relire, encore moins dans le contexte actuel de déliquescence généralisée.

J’ai succombé aux sollicitations d’un ami afin que je lise Sérotonine (2019), tu verras, disait-il, tu vas aimer, c’est bien écrit, ce n’est pas mal, etc. Aussi, j’ai vu cet hiver le film Thalasso avec le couple Houellebecq/Depardieu, film qui m’avait beaucoup amusé. Les deux compères désopilants, plein d’idées et se comportant comme deux gamins, m’avait paru distrayant et pas idiot du tout. Laurel et Hardy « pensants ». C’est un film de 2019 avec Guillaume Nicloux comme directeur.

Bon… veni, vidi, vici, mais sans le succès foudroyant. Je n’ai pas aimé, je n’ai pas trouvé que c’était bien écrit (absence de style, beaucoup trop de langue parlée). En revanche, c’est clair que l’auteur a des choses à dire, qu’il a le sens du propos juste et la vision stéréoscopique des choses. Il m’a fait sourire par moments, franchement, je ne le cache pas. C’est une prose un peu style « flux de conscience » où il couche sur le papier tout ce qui lui vient à la tête et probablement qu’il dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas et c’est aussi pour cela qu’il plaît. Il envoie des vannes à gauche et à droite avec un bon sens de l’à propos. Mais à côté de cela, beaucoup de vulgarité pour les choses du sexe et de la misogynie latente et patente.

Le roman qui se veut réaliste narre l’histoire d’un quinqua dépressif, ingénieur agronome (tiens!) qui disparaît pour échapper à une relation toxique avec une japonaise et à un emploi au Ministère de l’Agriculture. Il se fond dans le paysage et se considère aux portes de la mort en programmant son départ de cette vallée de larmes. Aucune pensée positive, auto-compassion puante, bonheur mesuré à l’aune de son appendice masculin et j’en passe. Une personnalité incapable de s’engager dans une relation enrichissante, amusante, incapable de regarder plus loin que son triste nombril.

Sérotonine dans ce livre est en rapport avec le syndrome dépressif du personnage central qui était sous traitement anti-dépresseur, un médicament sous le nom fictif de Captorix (pas mal comme trouvaille), il libère de la sérotonine au niveau de la muqueuse intestinale et ceci joue un rôle bénéfique dans la dépression..

Il y a dans ce texte probablement pas mal d’auto-fiction, mais le jeu de devinettes ne m’intéresse pas. Je m’intéresse aux histoires qui m’apportent un enrichissement, pas aux histoires accablantes, sans espoir, sans cette lutte pour la vie qu’est l’apanage du quotidien pour tout un chacun.

Un livre très noir assez trash, porteur d’idées au plan sociologique et sociétal, mais qui me laisse écoeurée.

SÉROTONINE, Flammarion 2019,  ISBN 978-2-0814-7175-7

Complot (2) de Nicolas Beuglet

Complot – Nicolas Beuglet – Alohomora

Nicolas Beuglet est un écrivain, scénariste et journaliste français né en 1974, connu par sa trilogie de polars autour de l’inspectrice norvégienne Sarah Geringën.  Nicolas Beuglet avait déjà publié un premier livre sous le pseudonyme de Nicolas Sker : Le premier crâne (2011).

C’est le premier tome de la trilogie qui m’a été offert et chaudement recommandé; je confirme ici que c’est un excellent polar qui va au delà du simple polar parce qu’il véhicule pas mal d’informations (plus de 3 ans de recherche) et un suspense constant, par moments intenable. Un vrai page turner.

Cette trilogie est composée par Le cri (2016), Complot (2018) et L’île du diable (2019). C’est un vrai succès, avec plus de 540 000 exemplaires vendus des deux premiers tomes. Et Le cri a reçu au moins 4 prix littéraires, dans la catégorie polar.

Voici le deuxième, Complot, un livre qui a nécessité 4 ans de recherches sur les mythes gréco-romains et les textes fondateurs des religions monothéistes (entre autres sujets), je l’ai lu pour une fois à peine un mois après Le cri et cela change un peu la donne car les détails sont encore dans la mémoire concernant les deux protagonistes : l’incroyable Sarah Geringën et son compagnon le journaliste français Christopher Clarence (mari?). Ils viennent de s’installer dans une superbe maison face à la mer sur l’îlot de Grimsøya à seulement 10 minutes en bateau d’Oslo, et bien sûr avec le neveu de Christopher,  le petit Simon orphelin que Christopher a adopté comme son fils,  Sarah à l’air de l’aimer beaucoup aussi. Un an s’est écoulé depuis la fin de la première histoire.

Cette fois Sarah est rappelée par le commandement des Forces Spéciales de l’armée norvégienne pour prendre l’enquête sur le meurtre sauvage de la Première ministre. Il faut rappeler ici que Sarah a fait partie autrefois des Forces Spéciales avant d’intégrer la police où très vite on va la remarquer par sa préparation, sa témérité, son intelligence.

Très rapidement Sarah comprend que le meurtre de la ministre n’est pas un meurtre banal, mais un meurtre rituel, et elle sollicitera l’aide de Christopher qui commence à travailler pour un bon journal norvégien. Au fil des recherches et des situations extrêmement tendues, Sarah va comprendre qu’elle se trouve au milieu de l’oeil d’un cyclone car des personnes très haut placées sont impliquées dans cette affaire qui va très loin. Ainsi, Sarah va entraîner son compagnon au Liban (et l’on apprend que la ville de Byblos serait la plus vieille ville de l’Humanité, fondée  7000 ans aJC ! où il existe encore des vestiges fabuleux qui ont pu bénéficier de l’archéométrie, méthode biologique et physique appliquée à l’archéologie), puis en Allemagne puis au Vatican. Les dangers sont énormes, les enjeux aussi et le couple va frôler la mort plusieurs fois. C’est une course contre la montre effrénée, haletante.

Lorsque cette affaire sera comprise et suivie en phase finale, le lecteur se verra embarqué avec ravissement dans un complot qui remonterait au début de notre civilisation et c’est passionnant, incroyable, car possible historiquement parlant et bien étayé par plusieurs arguments historiques. On dit souvent que ce livre est un polar « féministe ». C’est vrai quoique je trouve le terme un peu réducteur parce qu’on nous donne la possibilité de voir les choses sous un autre angle différent en apportant des faits historiques où chacun peut broder à sa manière sans que l’écrivain ait besoin de nous abreuver  avec des dogmes.

C’est encore un page turner, avec une tension omniprésente, des surprises, de l’aventure et beaucoup de violence (une violence de l’espèce humaine qui remonterait a 700 ans de notre ère comme le prouverait le squelette de Thanet); je l’ai apprécié encore plus que le premier. Je l’ai trouvé intéressant. Je dois avouer que j’ai failli m’évanouir lors de la scène avec les vipères où j’ai carrément lâché le livre, saisie d’épouvante (dans ce récit, le serpent retrouve sa valeur symbolique de fertilité et d’immortalité). La fin nous laisse pantelants devant le mystère que constitue cette femme, Sarah Geringën. Mais quel drame intérieur la mine à tel point que sa vie privée passe après tout le reste? Il y a là une énigme qui sera probablement abordée dans le troisième tome.

Le livre aborde brillamment le sujet de la manipulation des masses; tel que je l’ai lu aussi, il n’ya pas longtemps, dans Transparence de Marc Dugain qui m’avait laissé frigorifiée. Et Complot rappelle le nom d’Ada Lovelace, mathématicienne créatrice du premier programme informatique, fille de Lord Byron, le grand poète. Un autre sujet époustouflant  dans ce livre, concerne l’origine de l’intelligence humaine qui se trouverait pour 70% dans le chromosome X et non dans l’Y, ce qui induirait que les filles aient deux fois plus de chances que les hommes de récupérer l’intelligence des parents puisqu’elles ont les deux chromosomes XX qui transportent les capacités cognitives…(l’intelligence ne serait héréditaire qu’à 40-50% et le reste proviendrait  de l’éducation et de la stimulation de l’enfant).

Sur ces très bonnes nouvelles concernant l’intelligence féminine, nous allons lire le troisième tome dès que possible, c’est sûr.

 

COMPLOT, Pocket N° 17498 (NB 2018),  ISBN 978-2-266-29122-4