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Balzac (Le roman de sa vie) de Stefan Zweig

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Stefan Zweig ( Vienne 1881-Brésil 1942) est un immense écrivain, dramaturge, journaliste et biographe autrichien; il fait partie des grands littérateurs du XXème siècle, à la hauteur d’un Musil, un Márai, un Joseph Roth et d’autres. Il faisait partie de l’intelligentsia juive viennoise, mais il a dû fuir son pays en 1934, en raison des évènements politiques.  Avec son épouse Lotte, ils s’étaient exilés au Brésil où ils se donneront la mort en 1942 à l’aide d’une dose létale de barbituriques par désespoir et avec l’intuition profonde de la fin de leur monde culturel.

Son oeuvre est vaste, peu de romans mais beaucoup de nouvelles et quelques biographies qui sont devenues des références incontournables.

J’ai déjà commenté ici en février 2014 sa nouvelle Le voyage dans le passé qui date de 1929 et qui fait partie d’un lot de documents retrouvés à Londres. C’est une histoire d’amour assez tragique et romantique d’où Patrice Leconte tira le film Une promesse sorti en avril 2014, un beau film.

Stefan Zweig excelle dans la biographie, avec un travail très fouillé. Je garde un souvenir ébloui de la biographie de Marie Antoinette avec un portrait très humain de cette reine de France si mal aimée. La biographie sur Balzac, un de mes auteurs préférés, est un autre monument qui aurait coûté 10 années de travail à Zweig et qui ne fût publiée qu’en 1946, soit 4 années après le suicide de l’écrivain, un livre qui a été fini par l’éditeur londonien de Zweig, Richard Rosenthal, lequel s’explique dans la post-face du livre datant de 1945.

Dans Balzac, le roman de sa vie nous suivrons la vie de Balzac pas à pas. Son enfance malheureuse car privée de la présence et de l’affection de sa mère, ce qui va déterminer l’affect du romancier. Et le fait qu’à peine sorti de l’adolescence, il a dû gagner sa vie afin de ne rien coûter à ses parents qui n’approuvaient pas son inclinaison pour la littérature.

Cette pression économique sera telle que très vite, l’écrivain  a fait de « l’alimentaire » en littérature. Ce n’est qu’autour de sa trentième année que la production littéraire gagnera en qualité.

Honoré de Balzac a laissé une oeuvre immense, il a crée une cathédrale avec sa Comédie Humaine: en seulement 20 ans il nous a laissé 74 romans dont plusieurs chefs-d’oeuvre avec des centaines des paysages, de maisons, de rues et 3 000 personnages/études psychologiques dont une centaine sont inoubliables, représentant tous les types sociaux; c’est une oeuvre d’un grand réalisme, une « histoire complète de la société française au XIXè siècle » au dire de Balzac lui même. Le génie balzacien c’est celui d’une puissance créatrice hors normes.

Mais cette surproduction forcée a nécessité une force physique colossale avec un emploi du temps reglé et sévère et la consommation de litres de café fort qui ont fatigué et usé son système nerveux. On pense aujourd’hui que cette écriture forcée était l’oeuvre d’un monomaniaque et cette monomanie restera chez lui la condition de tout succès.

Son cadre de travail était sa petite table rectangulaire à quatre pieds qu’il a sauvé des ventes aux enchères et aux catastrophes, à gauche de sa table un tas de feuilles blanches bleutées et bien lisses pour ne pas trop fatiguer les yeux et ses plumes de corbeau affutées soigneusement par lui même. A droite de la table, un carnet où il note ses trouvailles et ses idées pour les chapitres à venir. Et le café, qu’il consommait sans modération et préparait lui même, était fait d’un mélange de trois espèces de grains. On a calculé qu’au bout de 20 ans, ce sont 55 000 tasses de café que Balzac a du ingurgiter pour se tenir éveillé et fournir cette production infernale afin de régler ses dettes.

Malgré une rapidité de production des publications, cet homme n’a jamais connu l’aisance économique, mais bien au contraire, il a tiré le diable par la queue sa vie durant. Son premier grand succès fut Le colonel Chabert et le second, Eugènie Grandet. Et c’est après la publication de son Médecin de campagne qu’il a eu l’idée de relier tous ses personnages pour en former une société complète.

La personnalité de Balzac était démesurée, tout en lui était surdimensionné. Il dépensait l’argent sans compter et avant même de l’avoir gagné. Il vivait en permanence dans des chimères qu’il montait lui même et toutes les entreprises qu’il mena, furent un échec cuisant : l’imprimerie, la fonderie de caractères, sa maison des Jardies à Ville d’Avray, etc.  C’est un homme de la perpétuelle démesure : quand il admire, il faut qu’il tombe en extase; quand il travaille, il peine comme un galérien; quand il s’épanche auprès de quelqu’un, il faut que ce soit une surabondance, une orgie de confessions. Balzac ne peut respirer que dans une atmosphère embrasée; la démesure reste l’unique mesure à sa taille. son tempérament sanguin est étrangement porté à oublier les désagréments, et les obligations, si elles ne sont pas pressantes, sont comme si elles n’étaient pas.

Sa vie sentimentale ne fut pas très heureuse. Son premier amour fut une voisine de ses parents, Mme de Berny, la Dilecta, âgée de 45 ans alors que lui avait un peu plus de 20 ans; de toute évidence il a cherché cet amour maternel si  bienveillant et protecteur, tel qu’il lui fit défaut et cet amour lui valut une phrase devenue immortelle « il n’y a que le dernier amour d’une femme qui satisfasse le premier d’un homme ». Son dernier amour, Eva de Hanska, qu’il a épousé à Metz,  n’en voulait qu’à sa gloire d’ écrivain et lui, qu’à ses titres et ses millions.

Physiquement Balzac était un molosse de petite taille, trapu, lippu et édenté, mal fagoté, mais avec un regard d’une rare acuité. Ses manières laissaient à désirer et son goût vestimentaire était totalement kitsch. Il se voulait un dandy parfait, mais les gens se moquaient de lui par derrière sans que cela le perturbe car il avait trop de vitalité, de tempérament, il voyait les choses de trop haut et aux sourires railleurs il répondait par un gros rire rabelaisien.

Le docteur André Jeannot, psychiatre, a écrit une excellente monographie sous le titre Balzac, le forçat de la gloire (ce qui lui colle très bien) sur l’anomalie mentale bénigne de Balzac ou hypomanie, compatible avec le génie. Il explique la tachypsychie ou la « fuite des idées » de Balzac avec son débit cérébral accéléré qui entraine sa « pure pensée » dans une festivité verbale à laquelle participe la triomphale saturnale de tout son être, y compris « son sang et ses muscles ». Le docteur Jeannot cite amplement à Zweig dans son ouvrage.

Balzac avait l’habitude de ne pas tenir ses engagements. Dans ses opinions politiques comme dans ses opinions littéraires, dans ses amours, dans ses amitiés, il est toujours prêt à se renier, affiche un parfait manque de constance et de scrupule. L’écrivain qui sera toujours en imminence de planter l’oeuvre pour un emploi plus lucratif, qui a abandonné le roman populaire pour l’édition, l’édition pour l’imprimerie, l’imprimerie pour le roman, aurait abandonné le roman pour le théâtre, le journalisme, la politique, la prospection des mines, la concession des canaux, la plantation d’ananas à Ville d’Avray!, et dans les dernières années, n’ambitionne plus rien qu’une autre fonction, un autre métier: celui de prince consort d’une comtesse milliardaire !

Le docteur Jeannot remarque justement le caractère monomaniaque de la convoitise qui entraine les héros balzaciens : quelle passion les mène? Ils ne le savent pas eux-mêmes. Toujours plus de titres pour Rastignac, de faiblesses paternelles pour le père Goriot, de sensualité pour Hulot, d’or pour Grandet. Le désir du héros balzacien n’a pas de fin. La fin du roman dans lequel il s’incarne n’est, elle même, jamais que la fin d’un chapitre de La Comédie Humaine. Chez Balzac, toujours en projection au-delà de l’impossible présent, le mot « Fin » ne fait pas partie du vocabulaire.

L’homme qui, au long de sa vie, démontra son incapacité à ordonner le sens et le courant de son vécu,  a dirigé avec une sûreté rare l’existence de ses héros. L’homme a buriné des figures éternelles. L’homme qui n’obtint que la ruine dans ses activités commerciales, réussit magnifiquement son entreprise littéraire. L’homme qui ne fut fidèle à rien, fut d’une inflexible fidélité pour son oeuvre. La grandeur de Balzac est d’avoir vécu souverainement à l’intérieur de sa Comédie.

Page 249 le docteur Jeannot écrit que pour donner la mesure de la vie relationnelle de Balzac, il suffit de rappeler que nul de ses personnages n’est inventé, que tous, fût-ce le plus secondaire, furent examinés, écoutés, scrutés par lui. La démesure de son oeuvre n’est donc pas inversement mais directement proportionnelle à la démesure de son élan vers les gens et les choses. Toutes deux sont marquées du sceau de l’avidité intrinsèque.

Aussi, le psychiatre remarque la logorrhée extrême de l’écrivain et une fantaisie ludique des rapports qui lient le monde au moi balzacien. Le véritable niveau en est celui d’une rêverie parlée et mimée, par sa redondance, son clinquant, son enflure ambitieuse, expansive, exubérante, nourrie d’idées de richesses, de puissance, de confiance, de certitude immédiate de bonheur et de satisfaction, les chimères balzaciennes ressortissent d’un délire verbal. Chez Balzac tout ce qui est pensé est parlé et c’est par la parole qu’il assure le contact avec les autres.  Balzac, le plus logorrhéique de tous les écrivains, a les idées délirantes de sa logorrhée. Et quand chez cet écrivain les lèvres cessent de discourir, c’est à la plume de courir et l’oeuvre, dont l’ampleur, la profusion des thèmes, des images et des personnages, le style capricieux et empressé, la longueur des développements, évoquent  cette incontinence logorrhéique.

Le docteur Jeannot cite une excellente phrase d’André  Maurois sur l’oeuvre de Balzac…ces hommes et ces femmes sortis de son imagination vivent pour nous autant et plus que les vivants.

BALZAC, Livre de Poche 13925 (SZ 1946),  ISBN 978-2-253-13925-6

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Le français qui possédait l’Amérique de Pierre Ménard

Résultat d’images pour pierre menard le français qui possédait l amerique Pierre Ménard est un écrivain français (Paris 1991) avec un diplôme d’HEC. Il a déjà à son actif deux autres publications antérieures a celle-ci à moins de 25 ans.

Le français qui possédait l’Amérique (2017) est un livre passionnant et très intéressant qui a nécessité deux années de travail et des recherches dans les archives  de plusieurs pays. De plus, il est écrit dans un style amène, facile et agréable à lire. On voudrait retenir un maximum d’informations, tellement le livre foisonne en faits historiques de grand intérêt. Le détail qui m’amena à cette lecture est ce patronyme : CROZAT (à bon entendeur, salut!).

Ce grand inconnu et inspirateur de cette biographie incroyable est Antoine Crozat (dit Antoine II dans le livre), un manant dont le grand-père était bonnetier à Albi et le père, Antoine I, était aussi marchand ; Antoine II est né à Toulouse en 1655 et mourra à Paris  en 1737 à l’âge de 82 ans, un record de longévité pour l’époque. Cet Antoine Crozat va s’initier à Toulouse au maniement de l’argent auprès d’une relation de son père, Pierre-Louis Reich de Pennautier qui occupe la charge de trésorier général de la Bourse des États du Languedoc, une des provinces les plus riches de France, et il occupe aussi l’office de receveur général du clergé de France.

Antoine II va s’écarter de son mentor vers 1690 car il fera l’acquisition de l’une des charges les plus importantes du royaume : receveur général des finances de Bordeaux. Il devient à 34 ans l’un des principaux financiers du Roi-Soleil. Il va se marier à 35 ans à Marguerite Le Gendre de quinze ans sa cadette qui lui donnera 4 enfants, 3 garçons et une fille.

A la mort d’Antoine I, il deviendra encore plus riche car son père, pour conserver sa fortune, l’a legué essentiellement à Antoine pour en faire un chef de famille, un chef de clan; il sera surnommé d’ailleurs Crozat le Riche en opposition à son frère Pierre qui l’a succédé chez Pennautier et qui sera appelé Crozat le Pauvre (tout relatif). Antoine est un rapiat alors que très vite Pierre, dès l’âge de 18 ans commencera sa prodigieuse collection d’art (500 toiles, 350 sculptures, pierres gravées, bagues de pierres précieuses, vint mille dessins).

L’ascension sociale des Crozat sera fulgurante. Antoine fera construire son palais rue des Victoires puis fera construire le Ritz, mais aussi un autre palais comme dot pour sa  fille, Marie-Anne, ce sera l’Elysée, faisant partie d’une dot fabuleuse afin qu’elle puisse épouser un vrai noble; après moult négociations ce sera Louis-Henri de La Tour d’Auvergne comte d’Evreux, quatrième fils du duc de Bouillon, une des plus prestigieuses familles du royaume et de 21 ans l’aîné de la fille Crozat. La lignée des La Tour d’Auvergne est horrifiée à l’idée de cette mésalliance et on ne cessera de l’humilier malgré une dot véritablement colossale, à tel point que le mari, une fois enrichi grâce aux négoces du beau-père et à sa spéculation sur la monnaie fiduciaire de Law, va demander le divorce et ira jusqu’à rembourser la dot afin de laver son sang de cette mésalliance.

A l’origine de l’immense fortune : les trafics en tout genre, le commerce d’esclaves, le négoce de marchandises exotiques (coton, épices, riz, thé, ivoire, encens, salpêtre, myrrhe, vitriol, camphre, ammoniac, bois de santal, cire, rotin et surtout de soieries), de l’argent et de l’or, la finance à outrance et l’achat de terres et de seigneuries en masse. L’usurier Crozat prête au Roi et sa condition de maltôtier, méprisée par l’aristocratie mais aussi le bas peuple, fera qu’il sera l’objet de libelles et de pamphlets en tout genre au XVIII siècle. Il sera le premier bailleur de fonds privé de la monarchie.

Il possédera la majeure partie de la Louisiane française, position stratégique et qui assure les positions françaises en Amérique. Le territoire concédé par Louis XIV est immense : il lui promet la propriété à perpétuité de tous les bâtiments qu’il y édifiera et de toutes les terres qu’il cultivera et l’autorise à faire venir une cargaison d’esclaves chaque année. Mais cette terre de Louisiane est une terre inculte, peuplée de sauvages et de vauriens, sans possibilité de commerce et administrée par des imbéciles (pg 238). Une ville sera fondée sous le nom de Nouvelle- Orléans en l’honneur du Régent.

A la mort de Louis XIV en 1715 c’est le dernier arrière petit fils du monarque âgé de 5 ans qui hérite du royaume sous le nom de Louis XV, règne qui sera précédé par la Régence en attendant la majorité de l’enfant. Au moment de la Régence Antoine Crozat est à l’apogée de sa fortune, appelé « Crésus-Crozat » par Voltaire, c’est la deuxième fortune du royaume après celle du Sieur Samuel Bernard et du prince de Condé. Pour se faire une idée « actualisée », des gens ont calculé qu’il serait encore plus riche que Bill Gates aujourd’hui !

Mais les finances du royaume vont très mal et la France est endettée jusqu’au trognon (tiens, déjà!). Le royaume va se retourner contre les financiers qui vont servir d’exutoire car ils sont le bouc émissaire idéal pour le bas peuple. Ils seront sommés de faire inventaire devant notaire de toutes leurs richesses et biens immobiliers. Crozat sera condamné à une taxe exorbitante de 6 660 000 livres, la plus lourde amende prononcée par la Chambre Royale. Mais il va négocier l’amende et il paiera moins…

Sa dernière spéculation sera sur le canal de Picardie reliant l’Oise à la Somme en passant par Saint-Quentin afin de donner un coup de fouet au commerce du nord de la France; a 82 ans il poursuit encore les travaux sur ce canal qui portera son nom, mais qui sera débaptisé pour prendre le nom de canal de Picardie.

L’homme Crozat aura connu 9 décennies, deux Rois, 8 guerres, 10 papes…Il aura accompli un incroyable destin, celui d’un homme a qui rien n’a résisté. Un financier de génie, un spéculateur talentueux, un bâtisseur qui, à force de volonté, d’intelligence et d’intrigues, aura réussi l’exploit de franchir toutes les barrières politiques et sociales (pg 388).

Aujourd’hui il ne reste de Crozat que son portrait par Belle (Alexis Simon Belle 1674-1734, portraitiste de la Cour), une petite rue à son nom à Saint-Quentin et quelques rues en Louisiane.

J’ai trouvé un excellent exergue en tête du chapitre 22, attribuée à Willy Brandt : Christophe Colomb était le premier socialiste :quand il est parti, il ne savait pas où il allait; quand il est arrivé, il ne savait pas où il était; et il a fait tout cela avec l’argent des autres.

LE FRANÇAIS QUI POSSÉDAIT, Le Cherche Midi 2017,  ISBN 978-2-7491-4829-8

Sarah Bernhardt d’Hélène Tierchant

Hélène Tierchant  Hélène Tierchant est une écrivaine française diplômée de l’IDHEC, avec une licence de philo, auteure de plusieurs essais sur le 7è art et de biographies de comédiennes.

Sarah Bernhardt, Madame Quand Même, est paru en 2009. C’est une biographie fort intéressante sur la grande comédienne, mais aussi un texte très fouillé sur tout ce qui a gravité autour d’elle : le Paris du XIX, la vie des demi-mondaines, l’activité littéraire et théâtrale de l’époque, la vie de personnages très « VIP’s » d’une époque riche en événements politiques, culturels et mondains.

La Diva est née en 1844 comme une bâtarde; sa mère, Judith Bernhardt était une demi-mondaine notoire ayant « monté à Paris » donnant naissance au fil du temps a 5 enfants de pères différents; Sarah était le deuxième enfant, après des jumelles mortes en bas âge, puis il y a eu encore deux filles.

Son père biologique ne l’a pas reconnue, mais il a donné de l’argent pour qu’elle reçoive une bonne éducation et lorsqu’il est mort, la grand mère paternelle a encore donné de l’argent pour ses besoins en éducation.

C’est un ami de sa mère qui lui a mis en tête l’idée de devenir « théâtreuse ». Grâce aux relations de sa mère elle a pu rejoindre la Comédie Française, d’où elle a du démissionner assez vite à la suite d’une algarade avec une comédienne sociétaire.

A partir de ce moment, la future Grande Sarah Bernhardt s’est formée toute seule, ayant une volonté et une détermination hors du commun. C’est à elle cette petite phrase-mantra « Quand même », car rien ne devait lui résister et tout était possible parce qu’elle le voulait ainsi.

Elle va jouer tous les grands rôles et c’est comme tragédienne qu’elle va exceller. Son meilleur rôle sera Phèdre, c’est le rôle qui la fera passer à la postérité.

Par ailleurs elle avait un sens inné du marketing et de la mise en scène perpétuelle, une championne en communication. Elle a compris avant l’heure l’importance de la « réclame », c’est à dire du battage médiatique, du matraquage.

Mais elle possède aussi un don artistique réel et reconnu pour la peinture et la sculpture. Ses oeuvres se vendront très bien.

Elle fut aussi une grande excentrique ayant goût pour le morbide et les fêtes décadentes; renchérissant dans le funèbre, elle avait un squelette humain qui trônait dans un coin de son salon; elle avait commandé un suaire et acquis un cercueil capitonné de satin blanc où elle s’allongeait ou parfois y dormait…

Sa vie amoureuse fut longue, intense et variée. Elle, comme sa mère n’a pas pu échapper au statut de demi-mondaine. Et le Préfet de Police de Paris la faisait suivre par ses agents qui établirent des fiches de surveillance avec les noms des galants et les montants engagés (en argent ou en bijoux).

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Elle a amassé des sommes folles qu’elle a dépensé sans regarder.

Elle a eu une carrière de comédienne hors normes et une manière de jouer tout à elle, cadrée par une voix qui fut sa gloire puisqu’on l’appelait « la Voix d’Or », son style déclamatoire était aussi unique. Mais elle était terrassée par le trac et le cachait bien.

On la croyait de complexion fragile, mais en réalité elle était d’une résistance colossale. C’était une vraie hyperactive qui récupérait extrêmement vite. Elle a tenu physiquement jusqu’en 1915, date à laquelle on a dû lui amputer une jambe au-dessus du genou, en raison d’une gangrène. Mais elle a continué de se produire parce que sa vie c’était les planches.

Elle avait un physique inhabituel pour l’époque : elle était mince et souple comme une liane alors que la mode était aux plantureuses potelées.

Elle s’est mariée une seule fois et avec l’homme qu’il ne fallait pas. Elle a eu un seul fils mais en tant que mère célibataire et elle l’a (mal) élevé seule.

Elle a possédé plusieurs résidences tapageuses dont la plus connue est celle de Belle-Île-en-Mer. Elle a dépensé des sommes folles pour aménager ses maisons.

Elle a adopté des animaux sauvages comme un boa (pour se chauffer les pieds pendant la lecture !), des lionceaux, une panthère, des caméléons…Elle a abattu d’une balle sans hésitation le boa le jour où celui-ci a avalé son chien d’une bouchée.

Elle a souffert l’indicible physiquement en se plaignant très peu et sans recourir ni à l’opium ni à la morphine, probablement parce qu’elle était horrifiée de la dépendance aux drogues des proches (sa sœur, son mari).

A l’âge de 66 ans elle va vivre une ultime passion amoureuse pendant quatre ans avec un bellâtre de 27 ans qui ne l’oubliera jamais…

Une vie très remplie, tellement remplie qu’elle aurait servi à remplir plusieurs vies.

Voici un enregistrement de 1903 où nous pouvons apercevoir « la Voix d’Or » de la Divine réciter un de rares textes de son fils bien aimé, Maurice. Une voix qui avait électrisé ses contemporains, à la tessiture assez claire, à l’effet assez chevrotant, mais qui devait tant plaire à l’époque.  Un style terriblement déclamatoire, mais doué d’un tempo qui n’était qu’à elle.

SARAH BERNHARDT, Éditions Télémaque 2009,  ISBN 978-2-7533-0092-7

Le lièvre aux yeux d’ambre d’Edmund de Waal

Résultat de recherche d'images pour "edmund de waal"  Edmund de Waal est un artiste britannique (Nottingham 1964), potier d’art reconnu, travaillant la porcelaine et auteur de deux livres, descendant direct de la famille Ephrussi.

Le lièvre aux yeux d’ambre ou La mémoire retrouvée (chez Albin Michel en 2010) a reçu deux prix: Prix de l’Ondaatje de la Royal Society of Literature et le Costa Book Awards, tous les deux en 2011. La traduction de Marina Boraso est si bonne que le lecteur a l’impression de lire l’original en français.

C’est un des meilleurs livres que j’ai lu dernièrement et de loin. Il retrace l’histoire de cette richissime famille juive originaire d’Odessa et qui a essaimé dans tous les continents dont de Waal est un descendant par son père.

Il s’agit de la famille Ephrussi (ou Efrussi) qui s’est enrichie avec le commerce du blé au XIXè siècle à Odessa. Ensuite la famille a donné des banquiers qui ont essaimé  à Vienne puis à Paris vers 1870. Ils vivaient dans un luxe inimaginable aujourd’hui, construisant des palais sur le Ring à Vienne et sur la plaine Monceau à Paris qui, à cette époque, était en plein essor immobilier.

A Vienne, la famille possédait un palais sur le Ring construit par Theophilus Hansen l’architecte danois  qui avait bâti rien de moins que le Reichsrat, le palais de l’archiduc Guillaume, le Musikverein, l’Académie des Beaux-Arts et la Bourse de Vienne; le palais Ephrussi était richement meublé et recouvert d’oeuvres d’art de grande valeur. Les Ephrussi possédaient même de la vaisselle en or qu’ils sortaient pour les grandes occasions. Ils donnaient de grands dîners qui entrainaient des discussions sans fin sur le placement des convives. Chaque après-midi, le majordome, assisté d’un valet, dressait la table à l’aide d’un mètre ruban. On s’inquiétait de savoir si on recevrait à temps les canards commandés à Paris, transportés dans des caisses à bord de l’Orient-Express…

A Paris, c’était tout aussi fastueux, d’autant que l’ancêtre Charles Ephrussi était devenu historien d’art (propriétaire d’une prestigieuse Revue d’Art), mécène et avait initié des collections de premier ordre, entre autres de 264 netsukes, ces miniatures japonaises représentant des personnages, des animaux ou des objets, sculptées dans de l’ivoire ou dans le bois, mesurant entre 2 et 15 cm et qui à l’origine étaient portées à la ceinture, accrochées à l’obi comme une parure. Elles appartiennent au patrimoine artistique japonais et c’est justement la miniature du lièvre aux yeux d’ambre, d’une pâleur étonnante qui donne le titre à ce livre. L’oncle Charles, sans descendance, a donné les netsukes en cadeau de mariage à son neveu Viktor de Vienne et c’est un fils de Viktor qui a pu les récupérer grâce à la bienveillance d’Anna, la servante dévouée de sa mère. La bourgeoisie de la deuxième moitié du XIXè était entichée de japonaiseries qui arrivaient directement chez quelques marchands et que les riches collectionneurs s’arrachaient. Le japonisme faisait fureur à Paris. Déjà la reine Marie Antoinette avait commencé une collection de boîtes laquées, aujourd’hui visibles au Musée Guimet.

Mais Charles Ephrussi était aussi proche de plusieurs impressionnistes et collectionnait les tableaux de Manet, Renoir, Cassatt, Sisley, etc. Ses murs en étaient tapissés.

En dehors de la vie détaillée de cette vaste famille, le livre fourmille de détails sur la vie des riches bourgeois de l’époque, presque tous impliqués dans la finance ou la politique. L’importance de la vie sociale à cette époque est impressionnante et des personnages bien connus  surgissent au fil des pages comme par exemple Marcel Proust, plusieurs fois cité, un ami de la famille qui a dû s’inspirer, pour créer son personnage Swann, de l’oncle Charles (…Charles connaît suffisamment le jeune homme avide de mondanités pour lui conseiller de ne pas s’attarder à un diner après minuit, car ses hôtes sont morts de fatigue. Et en raison d’un affront très ancien, la famille l’a surnommé « le Proustaillon », sobriquet assez pertinent pour un homme qui papillonne de réception en réception).

Ce livre est précieux, certes par l’évocation de l’ascension puis le déclin de la famille Ephrussi, mais aussi par la précision des détails de l’atmosphère, du milieu politique et culturel, de la fin du XXè.

La famille Ephrussi de Vienne a été décimée et spoliée par les nazis. Les trois enfants de Viktor ont quitté Vienne avant l’Anschluss : Elisabeth est partie aux USA et elle a épousé un hollandais appelé de Waal; sa soeur Gisela s’est établie à Madrid et Ignace à Paris où il dessinait des robes. De l’énorme héritage, très peu de pièces ont pu être récupérées par Elisabeth, l’aînée de Viktor qui était avocate. Pratiquement le seul héritage arrivé  intact est la collection de netsukes, sauvés des nazis par la fidèle servante Anna à Vienne qui les avait cachés dans son matelas par affection pour les enfants qui jouaient avec. Ces netsukes ont été légués à Edmund de Waal par l’oncle Ignace qui les avait rapatriés au Japon juste après la deuxième guerre mondiale; ces figurines minuscules, d’une grande finesse, destinées à être tenues dans la paume de la main et à être tripotées; elles ne présentent aucune aspérité. Voici le fameux lièvre :

 

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En fait il semblerait que le but d’Edmund de Waal était de retracer le périple des 264 netsakes, périple autour duquel la vie intime de sa famille s’est déroulée. Et il y a dans l’ouvrage une excellente citation d’un vers de Virgile qui va comme un gant à cette émouvante et inoubliable histoire parce qu’elle résume le coeur du récit : Sunt lacrimae rerum (il y a des larmes dans les choses), les larmes de trois générations d’Ephrussi autour de l’Histoire de l’Europe.

LE LIÈVRE AUX YEUX D’AMBRE, Libres Champs 2015 (E.deW. 2010),  ISBN 978-2-0813-4724-3

L’année des volcans de François-Guillaume Lorrain

 Résultat de recherche d'images pour "françois guillaume lorrain"François-Guillaume Lorrain est un journaliste, écrivain et traducteur français né en 1970. Il est normalien de formation et il s’est spécialisé en histoire et critique du cinéma. En 2011, à l’occasion de la sortie en salle de deux versions de La Guerre des boutons, François-Guillaume Lorrain voulut évoquer un autre duel de films jumeaux Stromboli et Vulcano, tournés en 1949 en même temps sur les îles éoliennes et contre le temps.

L’année des volcans (2014)  narre la liaison tumultueuse du cinéaste italien Roberto Rossellini avec l’actrice suédoise Ingrid Bergman dans des conditions d’une totale transgression.

L’actrice Ingrid Bergman dans les années de post-guerre  était une vedette américaine que l’on s’arrachait depuis le film Casablanca de 1942; elle avait détrôné La Divine,  Greta Garbo ! Après avoir visionné à New York un film de Rossellini, Ingrid Bergman en a été bouleversée et lui a écrit une lettre lui proposant de tourner dans un de ses films : « Dear Mr. Rossellini, I saw your films « Open City » and « Paisan, » and I enjoyed them very much. If you need a Swedish actress who speaks English very well, who has not forgotten her German, who is not very understandable in French, and who in Italian knows only ‘ti amo,’ I am ready to come and make a film with you. —Ingrid Bergman).  Le cinéaste ignorait tout de cette actrice mais fut touché par son audace.

L’actrice avait quitté mari et fille pour se rendre en Italie, rencontrer Rossellini et entamer par la suite une liaison qui fit scandale à l’époque. On imagine mal Ingrid Bergman dans le rôle de la sulfureuse qui fait des ravages, mais ce fut le cas. Roberto Rossellini était le compagnon d’Anna Magnani, une actrice italienne avec un tempérament de feu; elle prit très mal cette liaison et n’eut de cesse que de se venger, d’autant plus que Bergman lui avait ravi son film et son homme. Les trois monstres sacrés trainaient des casseroles à l’époque : Rossellini n’était pas remis de la mort de son fils ni du suicide de son père, il sautait d’un projet à l’autre, d’une femme à l’autre; Anna Magnani avait commencé son déclin, elle avait un fils handicapé par la polio et qui vivait en Suisse; quant à Ingrid Bergman, elle s’ennuyait à Hollywood mais aussi dans son mariage avec le neuro-chirurgien suédois Petter Lindstrōm.

La vengeance de la part de  la Magnani a consisté à tourner en même temps que Rossellini-Bergman, un film autour d’un autre volcan :Vulcano par l’allemand William Dieterle et avec elle dans le rôle principal. Il va sans dire que les conditions de tournage furent éprouvantes et que les équipes rivales tenaient à finir le film en premier. En réalité, malgré tout ce qu’on peut imaginer, les deux films furent des flops.

Le livre de F-G Lorrain raconte tout cela avec luxe de détails : le milieu du cinéma et ses magouilles, les pontes des studios qui font comme ils veulent et quand ils veulent, la société de l’époque : la prude et riche Amérique de la post guerre et l’Italie ruinée et appauvrie, le vedettariat, les guéguerres entre les actrices, etc.

Cette histoire sera cher payée par l’actrice Bergman : elle y perdra sa réputation, sa carrière, la garde de sa fille, son argent.

Mais j’ai trouvé que les trois monstres sacrés du livre (Rossellini, Bergman, Magnani) ne sont pas assez approfondis, ils restent comme des personnages en carton pâte. Le mariage entre Rossellini et Bergman est peu traité, la naissance des jumelles est à peine évoquée. C’est surtout le tournage des deux films qui est évoqué dans ce livre et c’est vrai que c’est un fait incroyablement pittoresque. On a du mal à comprendre cette énorme transgression de la part de cette actrice si discrète. Et si ce fut une amour dévastatrice, cela n’est pas expliqué non plus. C’est somme toute une lecture agréable et documentée sur des faits mais non sur des personnes.

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L’ANNÉE DES VOLCANS, J’ai lu 10971(2016), Flammarion 2014,  ISBN 978-2-290-10051-6

La última hermana de Jorge Edwards

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Jorge Edwards Valdés es un gran escritor chileno (Santiago 1931) con estudios de leyes y de Filosofía en Princeton, siguiendo después la carrera diplomática que culminó con el puesto de Embajador de Chile en Paris. Ha recibido numerosos premios siendo el Cervantes 1999 el más prestigioso. Hace parte de la Generación del 50 chilena, aunque él se considera algo marginal a este movimiento. Actualmente reside en Madrid mayoritariamente.

Son once libros que he reseñado de él en este blog (pronto le habré leído la bibliografía completita…); no haré la enumeración porque puede resultar majadero. Es un autor que me gusta muchísimo y que descubrí tarde : un estilo elegante, un humor irónico, un fuerte atavismo chilensis. Su obra está marcada por el orden de las familias como represión frente al desorden y a la disidencia. El ultimo libro reseñado fue Fantasmas de carne y hueso en marzo 2016.

La última hermana necesita una explicación sobre el título porque yo estuve algo desconcertada con ello. La fotografía de la portada lleva una enfermera con un bebé en los brazos; tuve la idea fugaz al mirar la foto que podría significar la traducción de « enfermera » en alemán, lo que se dice « schwester », o sea, hermana, dando « la última hermana/enfermera »(die letzte schwester) . Pero no, leyendo el libro, y sobre todo leyendo algunas entrevistas que le hicieron al escritor sobre el libro, queda claramente planteado que « la última hermana » es la protagonista del libro : María Edwards MacClure, la menor de los numerosos hermanos Edwards MacClure ( 10 o más según las fuentes!), la hermana menor que tiene más libertad y que ve las cosas de otra manera. La hermana a la que se le permiten más cosas.

No es el primer libro sobre un pariente que publica Don Jorge. Ya lo hizo sobre el tío escritor Joaquín Edwards Bello, hermano de su padre (cf El inútil de la familia, 2004), y sobre el tío pintor, primo de su madre Jorge Rengifo Mira (cf El descubrimiento de la pintura, 2013). Y es vox populi que esta vez la familia no quería que escribiera sobre María Edwards, no querían que tocara el tema por compasión hacia María. Es quizá por ello que el escritor Edwards nunca la nombra con apellido completo ni tampoco cita a sus maridos con pelos y señales; acaso « la familia » lo tiene amenazado  si se hace más explícito…(la frase de Gide le viene al dedillo…«Familles, je vous hais! Foyers clos; portes refermées; possessions jalouses du bonheur

La última hermana es su novela N° 12 y el escritor cambió de casa de Edición, es una sorpresa adicional;  Jorge Edwards supo de María Edwards cuando llegó a Paris como diplomático en los años 60 y años después, cuando era Embajador de Chile en Paris, fue contactado y ayudado en las búsquedas por una bisnieta de María Edwards, María Angélica Puga Phillips que también acaba de publicar un libro sobre María Edwards,  Buscando a María Edwards (Ed. Furtiva, Santiago 2015). Gracias a los datos de María Angélica, encontraron y entrevistaron a un par de « niños » salvados por María Edwards, hoy en día señores de más de 70 años. El escritor Edwards trabajó con una documentación hecha de cartas, fotos y un diario íntimo.

¿Quién fue María Edwards? Esto lo encontré haciendo búsquedas en Internet  porque el libro no da las claves con claridad :nació en Santiago de Chile en 1893 como María Edwards MacClure, hija de Agustín Edwards Ross y de María Luisa MacClure, de clase alta muy privilegiada. Tuvo una vida bastante dramática: se casó con un diplomático, Guillermo Errázuriz llegando a Londres poco después de la Primera Guerra Mundial donde su hermano Agustín había sido Embajador y donde hizo muchas amistades literarias (de ahí su genuina afición a la literatura) y mundanas. Su marido se enamoró de la actriz norteamericana Peggy Hopkins y cuando ésta lo rechazó, Errázuriz se pegó un tiro en 1922 dejándola viuda con una hija, María Angélica.

María Edwards viuda de Errázuriz llegó a Paris a los 28 años, frívola y mundana con muchas relaciones y medios económicos lo que le permitió instalar departamento en uno de los mejores barrios parisinos, con muebles y objetos de arte de un valor inestimable. Su salón se convirtió rápidamente en una referencia social, diplomática y cultural. Se casó nuevamente con Jacques Feydeau, pero el matrimonio duró muy poco. Durante la Segunda Guerra Mundial salvó decenas de niños judíos de las garras de la Gestapo cuando trabajaba como visitadora social en el Hospital parisino Rothschild y por ello fue condecorada por Francia con la Legión de Honor y por Israel a título póstumo en 2006 en el Memorial Yad Vashem como Justa.

Volvió a Chile en 1960, empobrecida y acompañada por su última pareja, René Núñez Schwartz con quien mantuvo una relación especial; Núñez Schwartz se suicidó en Chile en 1970 con una cápsula de estricnina. María Edwards murió sola y pobre en junio del 72 a los 78 años de edad en Santiago de Chile.

Físicamente en la época de esta novela , era una mujer delgada, de ojos grandes, inquieta, creativa, gran lectora que se introdujo muy bien en los medios artísticos y burgueses parisinos.

La última hermana de Jorge Edwards narra la increíble epopeya de esta chilena que nada destinaba a una misión de esta envergadura. Por intermedio de sus relaciones empezó a trabajar como visitadora social en el gran hospital parisino Rothschild. Ella se propuso ayudar a esta pobre gente que arrestaban en el lecho mismo del hospital para encaminarlos a un destino sin retorno con los críos. A ella se le ocurrió sacarlos del hospital « sedados » en un ancho bolsillo de su capa de visitadora social. Así habría contribuido a salvar decenas de niños judíos que ella confiaba a una red que a su vez los colocaba con familias seguras. No solo arriesgó su vida, sino que gastó lo que le quedaba de fortuna para pagar los gastos de alimentación, de vestimenta y otros gastos. Al final de la Segunda Guerra estaba tan empobrecida, que tuvo que empezar a vender sus cuadros y muebles y hasta el departamento. Además fue estafada por un maleante que se proclamaba financista, entre chileno y panameño y que estafó a toda la colonia chilena adinerada.

Ella arriesgó seriamente su vida y fue apresada y torturada salvajemente por la Gestapo. La salvó la « amistad » o la admiración que sentía por ella el personaje masculino principal de la novela, el almirante alemán Wilhem Canaris que estuvo preso en Chile cuando participó en la Guerra de las Malvinas en la Primera Guerra Mundial a bordo de un barco que se refugió en aguas chilenas donde fue descubierto por los ingleses y donde fue detenido en la isla Quiriquina (cerca de Concepción) en el sur de Chile, de donde huyó con pasaporte falso. Canaris ocupó un alto cargo en el Tercer Reich, pero no quería a Hitler y conspiró en el atentado conocido como « Operación Valquiria ». Murió al final de la guerra torturado cruelmente siguiendo indicaciones personales del Führer.  Este almirante Canaris, un personaje de lo más ambiguo, la salvó de la muerte más horrenda y cruel.

El personaje de María descripto por el escritor Edwards me pareció muy simpático, pero algo desangelado, algo etéreo, una mujer un poco « volada ». En primer lugar, el escritor nunca la nombra con el nombre completo, es solo María. En el relato aparece un Jacques y no se sabe quién es. Luego René del cual se sabrá al final del libro que se trata de René Núñez Schwartz, su compañero. Quizá esto obedezca a un mandato familiar de no nombrarla en ningún caso. Otro punto que me extrañó en el libro, fue la desaprensión con su hija María Angélica que dejó en Chile a una edad en que las chicas necesitan terriblemente de sus madres, ¿con quién la abandonó en Chile? y durante tantos años…No la volvió a ver hasta su regreso voluntario en 1960, ya casada y con un hijo único adolescente…Qué desapego tan grande.

Su compañero René la describe así : su gesto era así, de hija de ricos, porque era contradictoria,  María, burlona, con algo de muchacha (de inocencia?), de adolescente, que nunca se le había quitado : niña caprichosa, de réplicas desconcertantes, de chispazos incisivos, provocativa. A la vez, tenía un corazón encendido al rojo vivo, una brasa ardiente, que no se sometía. Que nunca se sometería (página 9).

Lo que hizo esta mujer fue temerario. Fuera de serie. De un humanismo trascendental. De una discreción redentora, lo que resulta de la fuerza transformadora de la compasión. Pero una se pregunta hasta qué punto ella era consciente de las repercusiones, ramificaciones y consecuencias posibles de sus actos. Lo mismo cuando sus condiciones económicas comenzaron a flaquear gravemente. Siempre teniendo en mente que la familia la iba a sacar del apuro económico de todas maneras, pasara lo que pasara.

Porque se puede criticar mucho a la familia chilena desde afuera, ese país de farsantes con sus estrecheces y sus limitaciones ( página 344), ese país con sus rechazos sociales típicos de la vida chilena, ese mundillo  donde todo se convierte en pecado, ese país donde todo era imposiciones, sentidos del ridículo, prohibiciones sociales, cadenas invisibles. Pienso que por todo ese peso inmenso que significaba para ella volver a Chile, en condiciones que en Paris vivía como respiraba, sin darle cuentas a nadie, hizo que ella escogiera vivir en Paris aunque ella ya no fuera ni chilena ni francesa, ni de aquí ni de allá, pero contenta con ella misma.

Jorge Edwards describe muy bien el Paris de los años de la Ocupación alemana, hay una buena reconstitución histórica, con lujo de detalles pintorescos, interesantes, conmovedores y personajes reales descriptos con ironía, rasgo muy edwardesco, así como de vez en cuando un guiño directo al lector a la manera de Machado de Assis que J.E. tiene en veneración (lo que se comprende). Y tal como lo escribió la escritora rusa Irène Nemirovsky en Suite Francesa, como si fuese necesario ser extranjero para describir mejor estos trances de la Historia, los nacionales estando aún demasiado ofuscados para ser objetivos. En esta novela no trasluce casi ningún modismo chileno en la escritura como si el autor quisiera darle un máximo de toque afrancesado al ambiente.

Un libro excelente donde Jorge Edwards al parecer se inspiró muy libremente de Doña María Edwards. Y la anécdota, varias veces encontrada por mi, donde el escritor cita a Neruda quien decía que no hay que decir « cherchez la femme », sino « cherchez le chilien » porque siempre surge un chileno o una chilena por ahí. He aquí una chilena resucitada del olvido y que tuvo una acción espectacular en el plano humano. Y esta historia demuestra que las raíces no están simplemente donde se encuentran los orígenes familiares sino también ahí donde se deja una huella que se proyecta en el tiempo.

LA ÚLTIMA HERMANA, Acantilado 2016,  ISBN 978-84-16011-94-0

Henri Matisse de Marcelin Pleynet

Afficher l'image d'origine Marcelin Pleynet est un romancier, critique, essayiste et diariste français (Lyon 1933). Il a écrit de nombreux livres sur les peintres et notamment celui-ci. Marcelin Pleynet a été secrétaire de la revue Tel Quel, dirigée par son ami Philippe Sollers. La chaire d’esthétique de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts lui a été confiée lors de l’ouverture en 1987. Il est l’auteur du livre Système de la peinture publié en 1977.

Sur Marcelin Pleynet, en relation avec ce livre, on a écrit…de Cézanne à Picasso et à Matisse, voilà sa trajectoire; il y a dans la peinture de Cézanne des choses qui n’ont jamais été vues, que ce soit par Matisse ou Picasso. Matisse étant plus intéressé par la couleur et Picasso par la forme. La liberté, l’audace, la vérité des inventions formelles et chromatiques feront écrire à Guillaume Apollinaire que Matisse est « le fauve des Fauves », sa peinture avait  tellement scandalisé que la foule a brûlé en effigie Nu bleu, souvenir de Biskra (1906), lors de l’exposition itinérante de l’Armory Show à Chicago en 1913...(ci-après):

Le livre de Pleynet sur Henri Matisse fut publié dans les années 90 par Gallimard et en collection de poche vers 1993. C’est pour moi l’envie de savoir un peu plus sur l’approche de la peinture par Matisse qui a motivé ma curiosité. Cet homme, Henri Matisse, est venu assez tard à la peinture après des études de droit qu’il a abandonnées et une maladie grave du caecum qui l’immobilisa en 1890.

Les données bibliographiques sur Matisse son connues de tous: il est né en 1869 au Cateau-Cambrésis, commune du Nord-Pas-de-Calais-Picardie, une région riche grâce à la filature et au tissage; cette région le marquera, et on pourra dire de lui qu‘il avait le textile dans le sang et  il saura se montrer extrêmement attentif au choix des étoffes dont il se vêtait ; nul peintre moderne n’a consacré autant de soins à la garde-robe où il choisissait les vêtements de ces modèles.(P. Schneider) . Il est mort en 1954 à Nice à l’âge de 85 ans. Il a mis longtemps a percer en tant que peintre; il commença à être connu vers 1905-1906.

Il a été reçu au concours d’admission de l’École des beaux-arts en 1895 et il a fréquenté l’atelier de Gustave Moreau entre 1893 et 1898. Il a étudié ensuite ses maîtres au Louvre puis s’est intéressé à la palette claire des impressionnistes et néo-impressionnistes, de Cézanne aux Orientaux.

Il expose par la première fois en 1896 plusieurs tableaux au salon de la Société nationale des beaux-arts et au vu du succès rencontré, il est élu membre associé du salon. L’État achète une de ses toiles La Liseuse pour le Château de Rambouillet, alors résidence sporadique du Président Félix Faure, où il fut accroché; cet artiste, Matisse, a apporté un renouveau assez violent à la peinture telle qu’on la connaissait dans les années 1905-1906. Une anecdote est restée dans les annales, c’est le jour où Henri Matisse a montré ses oeuvres au grand Rodin, lequel lui aurait dit … « Pignochez, pignochez. Quand vous aurez encore pignoché cela quinze jours, vous viendrez me le montrer« . Matisse  commença à être reconnu vers 1898, mais il ne fut entièrement lui- même qu’à partir de 1905 : il avait alors 35 ans…

Mais que se passe-t-il donc alors dans l’art de Matisse et qu’en est-il de cette levée de boucliers à propos de  » la salle aux fauves », au Salon d’automne quand on déclare devant la sculpture du très académique Marque, exposée au milieu de la salle consacrée à Matisse et à ses amis :  » un Donatello parmi les fauves« . Le mot restera et fera école car il servira à désigner sous un même vocable des artistes fort dissemblables les uns des autres tels que Matisse, Manguin, Derain, Vlaminck, Rouault…Le scandale éclate, les uns crient à la fumisterie (« on a jeté un pot de peinture à la face du public« ), les autres au génie.

Je dois dire que je me suis profondément ennuyée à la lecture de ce livre; lecture que j’ai été plusieurs fois tentée d’arrêter, oui, d’arrêter car j’avais l’impression de ne pas progresser dans la compréhension que je recherchais et si j’ai été jusqu’au bout, ce fut par déférence pour ce peintre qui a tellement apporté à la peinture moderne. Je ne sais pas à qui la lecture de ce livre peut profiter, peut-être aux spécialistes, mais pas à la lectrice dilettante que je suis.

Un exemple de l’aridité du texte, page 132…en suivant cet ordre, somme toute chronologique, on constate que le détail (la ronde du Bonheur de vivre), passant par le volume cylindrique du relief sur bois de 1907, produit une oeuvre frontale, mais tridimensionnelle (le relief Nu de dos de 1909) et, en 1909 et 1910, les deux grandes versions peintes de La Danse (New York et Leningrad). Or, compte tenu du tempérament de Matisse, et des transformations que subit son art d’une année sur l’autre, on peut constater,  entre la première version de La Danse dite La Danse I de 1909 (aujourd’hui à New York) et la seconde version dite La Danse II (aujourd’hui à Leningrad), un même mode de rapport et de mise en place que celui que nous avons pu trouver entre les versions I et II du Jeune Marin de 1906 et les versions I et II du Luxe (1907).  Ah la la la, quel galimatias avec des pages et des pages comme ceci. Quel ennui.

Ci-après un document rare, Henri Matisse s’exprimant sur son art :

Et ici un video (en anglais de 5min55) où l’on peut apprécier la chapelle de Vence avec l’éclat des couleurs grâce à la luminosité du Midi. Il y a aussi une brève video où l’on peut apercevoir celle qui fut son infirmière Monique Bourgeois, déjà portant les habits comme la soeur dominicaine Jacques-Marie :

HENRI MATISSE, Folio Essais 215 (2002),  ISBN 2-07-032747-7