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Sarah Bernhardt d’Hélène Tierchant

Hélène Tierchant  Hélène Tierchant est une écrivaine française diplômée de l’IDHEC, avec une licence de philo, auteure de plusieurs essais sur le 7è art et de biographies de comédiennes.

Sarah Bernhardt, Madame Quand Même, est paru en 2009. C’est une biographie fort intéressante sur la grande comédienne, mais aussi un texte très fouillé sur tout ce qui a gravité autour d’elle : le Paris du XIX, la vie des demi-mondaines, l’activité littéraire et théâtrale de l’époque, la vie de personnages très « VIP’s » d’une époque riche en événements politiques, culturels et mondains.

La Diva est née en 1844 comme une bâtarde; sa mère, Judith Bernhardt était une demi-mondaine notoire ayant « monté à Paris » donnant naissance au fil du temps a 5 enfants de pères différents; Sarah était le deuxième enfant, après des jumelles mortes en bas âge, puis il y a eu encore deux filles.

Son père biologique ne l’a pas reconnue, mais il a donné de l’argent pour qu’elle reçoive une bonne éducation et lorsqu’il est mort, la grand mère paternelle a encore donné de l’argent pour ses besoins en éducation.

C’est un ami de sa mère qui lui a mis en tête l’idée de devenir « théâtreuse ». Grâce aux relations de sa mère elle a pu rejoindre la Comédie Française, d’où elle a du démissionner assez vite à la suite d’une algarade avec une comédienne sociétaire.

A partir de ce moment, la future Grande Sarah Bernhardt s’est formée toute seule, ayant une volonté et une détermination hors du commun. C’est à elle cette petite phrase-mantra « Quand même », car rien ne devait lui résister et tout était possible parce qu’elle le voulait ainsi.

Elle va jouer tous les grands rôles et c’est comme tragédienne qu’elle va exceller. Son meilleur rôle sera Phèdre, c’est le rôle qui la fera passer à la postérité.

Par ailleurs elle avait un sens inné du marketing et de la mise en scène perpétuelle, une championne en communication. Elle a compris avant l’heure l’importance de la « réclame », c’est à dire du battage médiatique, du matraquage.

Mais elle possède aussi un don artistique réel et reconnu pour la peinture et la sculpture. Ses oeuvres se vendront très bien.

Elle fut aussi une grande excentrique ayant goût pour le morbide et les fêtes décadentes; renchérissant dans le funèbre, elle avait un squelette humain qui trônait dans un coin de son salon; elle avait commandé un suaire et acquis un cercueil capitonné de satin blanc où elle s’allongeait ou parfois y dormait…

Sa vie amoureuse fut longue, intense et variée. Elle, comme sa mère n’a pas pu échapper au statut de demi-mondaine. Et le Préfet de Police de Paris la faisait suivre par ses agents qui établirent des fiches de surveillance avec les noms des galants et les montants engagés (en argent ou en bijoux).

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Elle a amassé des sommes folles qu’elle a dépensé sans regarder.

Elle a eu une carrière de comédienne hors normes et une manière de jouer tout à elle, cadrée par une voix qui fut sa gloire puisqu’on l’appelait « la Voix d’Or », son style déclamatoire était aussi unique. Mais elle était terrassée par le trac et le cachait bien.

On la croyait de complexion fragile, mais en réalité elle était d’une résistance colossale. C’était une vraie hyperactive qui récupérait extrêmement vite. Elle a tenu physiquement jusqu’en 1915, date à laquelle on a dû lui amputer une jambe au-dessus du genou, en raison d’une gangrène. Mais elle a continué de se produire parce que sa vie c’était les planches.

Elle avait un physique inhabituel pour l’époque : elle était mince et souple comme une liane alors que la mode était aux plantureuses potelées.

Elle s’est mariée une seule fois et avec l’homme qu’il ne fallait pas. Elle a eu un seul fils mais en tant que mère célibataire et elle l’a (mal) élevé seule.

Elle a possédé plusieurs résidences tapageuses dont la plus connue est celle de Belle-Île-en-Mer. Elle a dépensé des sommes folles pour aménager ses maisons.

Elle a adopté des animaux sauvages comme un boa (pour se chauffer les pieds pendant la lecture !), des lionceaux, une panthère, des caméléons…Elle a abattu d’une balle sans hésitation le boa le jour où celui-ci a avalé son chien d’une bouchée.

Elle a souffert l’indicible physiquement en se plaignant très peu et sans recourir ni à l’opium ni à la morphine, probablement parce qu’elle était horrifiée de la dépendance aux drogues des proches (sa sœur, son mari).

A l’âge de 66 ans elle va vivre une ultime passion amoureuse pendant quatre ans avec un bellâtre de 27 ans qui ne l’oubliera jamais…

Une vie très remplie, tellement remplie qu’elle aurait servi à remplir plusieurs vies.

Voici un enregistrement de 1903 où nous pouvons apercevoir « la Voix d’Or » de la Divine réciter un de rares textes de son fils bien aimé, Maurice. Une voix qui avait électrisé ses contemporains, à la tessiture assez claire, à l’effet assez chevrotant, mais qui devait tant plaire à l’époque.  Un style terriblement déclamatoire, mais doué d’un tempo qui n’était qu’à elle.

SARAH BERNHARDT, Éditions Télémaque 2009,  ISBN 978-2-7533-0092-7

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Le lièvre aux yeux d’ambre d’Edmund de Waal

Résultat de recherche d'images pour "edmund de waal"  Edmund de Waal est un artiste britannique (Nottingham 1964), potier d’art reconnu, travaillant la porcelaine et auteur de deux livres, descendant direct de la famille Ephrussi.

Le lièvre aux yeux d’ambre ou La mémoire retrouvée (chez Albin Michel en 2010) a reçu deux prix: Prix de l’Ondaatje de la Royal Society of Literature et le Costa Book Awards, tous les deux en 2011. La traduction de Marina Boraso est si bonne que le lecteur a l’impression de lire l’original en français.

C’est un des meilleurs livres que j’ai lu dernièrement et de loin. Il retrace l’histoire de cette richissime famille juive originaire d’Odessa et qui a essaimé dans tous les continents dont de Waal est un descendant par son père.

Il s’agit de la famille Ephrussi (ou Efrussi) qui s’est enrichie avec le commerce du blé au XIXè siècle à Odessa. Ensuite la famille a donné des banquiers qui ont essaimé  à Vienne puis à Paris vers 1870. Ils vivaient dans un luxe inimaginable aujourd’hui, construisant des palais sur le Ring à Vienne et sur la plaine Monceau à Paris qui, à cette époque, était en plein essor immobilier.

A Vienne, la famille possédait un palais sur le Ring construit par Theophilus Hansen l’architecte danois  qui avait bâti rien de moins que le Reichsrat, le palais de l’archiduc Guillaume, le Musikverein, l’Académie des Beaux-Arts et la Bourse de Vienne; le palais Ephrussi était richement meublé et recouvert d’oeuvres d’art de grande valeur. Les Ephrussi possédaient même de la vaisselle en or qu’ils sortaient pour les grandes occasions. Ils donnaient de grands dîners qui entrainaient des discussions sans fin sur le placement des convives. Chaque après-midi, le majordome, assisté d’un valet, dressait la table à l’aide d’un mètre ruban. On s’inquiétait de savoir si on recevrait à temps les canards commandés à Paris, transportés dans des caisses à bord de l’Orient-Express…

A Paris, c’était tout aussi fastueux, d’autant que l’ancêtre Charles Ephrussi était devenu historien d’art (propriétaire d’une prestigieuse Revue d’Art), mécène et avait initié des collections de premier ordre, entre autres de 264 netsukes, ces miniatures japonaises représentant des personnages, des animaux ou des objets, sculptées dans de l’ivoire ou dans le bois, mesurant entre 2 et 15 cm et qui à l’origine étaient portées à la ceinture, accrochées à l’obi comme une parure. Elles appartiennent au patrimoine artistique japonais et c’est justement la miniature du lièvre aux yeux d’ambre, d’une pâleur étonnante qui donne le titre à ce livre. L’oncle Charles, sans descendance, a donné les netsukes en cadeau de mariage à son neveu Viktor de Vienne et c’est un fils de Viktor qui a pu les récupérer grâce à la bienveillance d’Anna, la servante dévouée de sa mère. La bourgeoisie de la deuxième moitié du XIXè était entichée de japonaiseries qui arrivaient directement chez quelques marchands et que les riches collectionneurs s’arrachaient. Le japonisme faisait fureur à Paris. Déjà la reine Marie Antoinette avait commencé une collection de boîtes laquées, aujourd’hui visibles au Musée Guimet.

Mais Charles Ephrussi était aussi proche de plusieurs impressionnistes et collectionnait les tableaux de Manet, Renoir, Cassatt, Sisley, etc. Ses murs en étaient tapissés.

En dehors de la vie détaillée de cette vaste famille, le livre fourmille de détails sur la vie des riches bourgeois de l’époque, presque tous impliqués dans la finance ou la politique. L’importance de la vie sociale à cette époque est impressionnante et des personnages bien connus  surgissent au fil des pages comme par exemple Marcel Proust, plusieurs fois cité, un ami de la famille qui a dû s’inspirer, pour créer son personnage Swann, de l’oncle Charles (…Charles connaît suffisamment le jeune homme avide de mondanités pour lui conseiller de ne pas s’attarder à un diner après minuit, car ses hôtes sont morts de fatigue. Et en raison d’un affront très ancien, la famille l’a surnommé « le Proustaillon », sobriquet assez pertinent pour un homme qui papillonne de réception en réception).

Ce livre est précieux, certes par l’évocation de l’ascension puis le déclin de la famille Ephrussi, mais aussi par la précision des détails de l’atmosphère, du milieu politique et culturel, de la fin du XXè.

La famille Ephrussi de Vienne a été décimée et spoliée par les nazis. Les trois enfants de Viktor ont quitté Vienne avant l’Anschluss : Elisabeth est partie aux USA et elle a épousé un hollandais appelé de Waal; sa soeur Gisela s’est établie à Madrid et Ignace à Paris où il dessinait des robes. De l’énorme héritage, très peu de pièces ont pu être récupérées par Elisabeth, l’aînée de Viktor qui était avocate. Pratiquement le seul héritage arrivé  intact est la collection de netsukes, sauvés des nazis par la fidèle servante Anna à Vienne qui les avait cachés dans son matelas par affection pour les enfants qui jouaient avec. Ces netsukes ont été légués à Edmund de Waal par l’oncle Ignace qui les avait rapatriés au Japon juste après la deuxième guerre mondiale; ces figurines minuscules, d’une grande finesse, destinées à être tenues dans la paume de la main et à être tripotées; elles ne présentent aucune aspérité. Voici le fameux lièvre :

 

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En fait il semblerait que le but d’Edmund de Waal était de retracer le périple des 264 netsakes, périple autour duquel la vie intime de sa famille s’est déroulée. Et il y a dans l’ouvrage une excellente citation d’un vers de Virgile qui va comme un gant à cette émouvante et inoubliable histoire parce qu’elle résume le coeur du récit : Sunt lacrimae rerum (il y a des larmes dans les choses), les larmes de trois générations d’Ephrussi autour de l’Histoire de l’Europe.

LE LIÈVRE AUX YEUX D’AMBRE, Libres Champs 2015 (E.deW. 2010),  ISBN 978-2-0813-4724-3

L’année des volcans de François-Guillaume Lorrain

Afficher l'image d'origine François-Guillaume Lorrain est un journaliste, écrivain et traducteur français né en 1970. Il est normalien de formation et il s’est spécialisé en histoire et critique du cinéma. En 2011, à l’occasion de la sortie en salle de deux versions de La Guerre des boutons, François-Guillaume Lorrain voulut évoquer un autre duel de films jumeaux Stromboli et Vulcano, tournés en 1949 en même temps sur les îles éoliennes et contre le temps.

L’année des volcans (2014)  narre la liaison tumultueuse du cinéaste italien Roberto Rossellini avec l’actrice suédoise Ingrid Bergman dans des conditions d’une totale transgression.

L’actrice Ingrid Bergman dans les années de post-guerre  était une vedette américaine que l’on s’arrachait depuis le film Casablanca de 1942; elle avait détrôné La Divine,  Greta Garbo ! Après avoir visionné à New York un film de Rossellini, Ingrid Bergman en a été bouleversée et lui a écrit une lettre lui proposant de tourner dans un de ses films : « Dear Mr. Rossellini, I saw your films « Open City » and « Paisan, » and I enjoyed them very much. If you need a Swedish actress who speaks English very well, who has not forgotten her German, who is not very understandable in French, and who in Italian knows only ‘ti amo,’ I am ready to come and make a film with you. —Ingrid Bergman).  Le cinéaste ignorait tout de cette actrice mais fut touché par son audace.

L’actrice avait quitté mari et fille pour se rendre en Italie, rencontrer Rossellini et entamer par la suite une liaison qui fit scandale à l’époque. On imagine mal Ingrid Bergman dans le rôle de la sulfureuse qui fait des ravages, mais ce fut le cas. Roberto Rossellini était le compagnon d’Anna Magnani, une actrice italienne avec un tempérament de feu; elle prit très mal cette liaison et n’eut de cesse que de se venger, d’autant plus que Bergman lui avait ravi son film et son homme. Les trois monstres sacrés trainaient des casseroles à l’époque : Rossellini n’était pas remis de la mort de son fils ni du suicide de son père, il sautait d’un projet à l’autre, d’une femme à l’autre; Anna Magnani avait commencé son déclin, elle avait un fils handicapé par la polio et qui vivait en Suisse; quant à Ingrid Bergman, elle s’ennuyait à Hollywood mais aussi dans son mariage avec le neuro-chirurgien suédois Petter Lindstrōm.

La vengeance de la part de  la Magnani a consisté à tourner en même temps que Rossellini-Bergman, un film autour d’un autre volcan :Vulcano par l’allemand William Dieterle et avec elle dans le rôle principal. Il va sans dire que les conditions de tournage furent éprouvantes et que les équipes rivales tenaient à finir le film en premier. En réalité, malgré tout ce qu’on peut imaginer, les deux films furent des flops.

Le livre de F-G Lorrain raconte tout cela avec luxe de détails : le milieu du cinéma et ses magouilles, les pontes des studios qui font comme ils veulent et quand ils veulent, la société de l’époque : la prude et riche Amérique de la post guerre et l’Italie ruinée et appauvrie, le vedettariat, les guéguerres entre les actrices, etc.

Cette histoire sera cher payée par l’actrice Bergman : elle y perdra sa réputation, sa carrière, la garde de sa fille, son argent.

Mais j’ai trouvé que les trois monstres sacrés du livre (Rossellini, Bergman, Magnani) ne sont pas assez approfondis, ils restent comme des personnages en carton pâte. Le mariage entre Rossellini et Bergman est peu traité, la naissance des jumelles est à peine évoquée. C’est surtout le tournage des deux films qui est évoqué dans ce livre et c’est vrai que c’est un fait incroyablement pittoresque. On a du mal à comprendre cette énorme transgression de la part de cette actrice si discrète. Et si ce fut une amour dévastatrice, cela n’est pas expliqué non plus. C’est somme toute une lecture agréable et documentée sur des faits mais non sur des personnes.

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L’ANNÉE DES VOLCANS, J’ai lu 10971(2016), Flammarion 2014,  ISBN 978-2-290-10051-6

La última hermana de Jorge Edwards

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Jorge Edwards Valdés es un gran escritor chileno (Santiago 1931) con estudios de leyes y de Filosofía en Princeton, siguiendo después la carrera diplomática que culminó con el puesto de Embajador de Chile en Paris. Ha recibido numerosos premios siendo el Cervantes 1999 el más prestigioso. Hace parte de la Generación del 50 chilena, aunque él se considera algo marginal a este movimiento. Actualmente reside en Madrid mayoritariamente.

Son once libros que he reseñado de él en este blog (pronto le habré leído la bibliografía completita…); no haré la enumeración porque puede resultar majadero. Es un autor que me gusta muchísimo y que descubrí tarde : un estilo elegante, un humor irónico, un fuerte atavismo chilensis. Su obra está marcada por el orden de las familias como represión frente al desorden y a la disidencia. El ultimo libro reseñado fue Fantasmas de carne y hueso en marzo 2016.

La última hermana necesita una explicación sobre el título porque yo estuve algo desconcertada con ello. La fotografía de la portada lleva una enfermera con un bebé en los brazos; tuve la idea fugaz al mirar la foto que podría significar la traducción de « enfermera » en alemán, lo que se dice « schwester », o sea, hermana, dando « la última hermana/enfermera »(die letzte schwester) . Pero no, leyendo el libro, y sobre todo leyendo algunas entrevistas que le hicieron al escritor sobre el libro, queda claramente planteado que « la última hermana » es la protagonista del libro : María Edwards MacClure, la menor de los numerosos hermanos Edwards MacClure ( 10 o más según las fuentes!), la hermana menor que tiene más libertad y que ve las cosas de otra manera. La hermana a la que se le permiten más cosas.

No es el primer libro sobre un pariente que publica Don Jorge. Ya lo hizo sobre el tío escritor Joaquín Edwards Bello, hermano de su padre (cf El inútil de la familia, 2004), y sobre el tío pintor, primo de su madre Jorge Rengifo Mira (cf El descubrimiento de la pintura, 2013). Y es vox populi que esta vez la familia no quería que escribiera sobre María Edwards, no querían que tocara el tema por compasión hacia María. Es quizá por ello que el escritor Edwards nunca la nombra con apellido completo ni tampoco cita a sus maridos con pelos y señales; acaso « la familia » lo tiene amenazado  si se hace más explícito…(la frase de Gide le viene al dedillo…«Familles, je vous hais! Foyers clos; portes refermées; possessions jalouses du bonheur

La última hermana es su novela N° 12 y el escritor cambió de casa de Edición, es una sorpresa adicional;  Jorge Edwards supo de María Edwards cuando llegó a Paris como diplomático en los años 60 y años después, cuando era Embajador de Chile en Paris, fue contactado y ayudado en las búsquedas por una bisnieta de María Edwards, María Angélica Puga Phillips que también acaba de publicar un libro sobre María Edwards,  Buscando a María Edwards (Ed. Furtiva, Santiago 2015). Gracias a los datos de María Angélica, encontraron y entrevistaron a un par de « niños » salvados por María Edwards, hoy en día señores de más de 70 años. El escritor Edwards trabajó con una documentación hecha de cartas, fotos y un diario íntimo.

¿Quién fue María Edwards? Esto lo encontré haciendo búsquedas en Internet  porque el libro no da las claves con claridad :nació en Santiago de Chile en 1893 como María Edwards MacClure, hija de Agustín Edwards Ross y de María Luisa MacClure, de clase alta muy privilegiada. Tuvo una vida bastante dramática: se casó con un diplomático, Guillermo Errázuriz llegando a Londres poco después de la Primera Guerra Mundial donde su hermano Agustín había sido Embajador y donde hizo muchas amistades literarias (de ahí su genuina afición a la literatura) y mundanas. Su marido se enamoró de la actriz norteamericana Peggy Hopkins y cuando ésta lo rechazó, Errázuriz se pegó un tiro en 1922 dejándola viuda con una hija, María Angélica.

María Edwards viuda de Errázuriz llegó a Paris a los 28 años, frívola y mundana con muchas relaciones y medios económicos lo que le permitió instalar departamento en uno de los mejores barrios parisinos, con muebles y objetos de arte de un valor inestimable. Su salón se convirtió rápidamente en una referencia social, diplomática y cultural. Se casó nuevamente con Jacques Feydeau, pero el matrimonio duró muy poco. Durante la Segunda Guerra Mundial salvó decenas de niños judíos de las garras de la Gestapo cuando trabajaba como visitadora social en el Hospital parisino Rothschild y por ello fue condecorada por Francia con la Legión de Honor y por Israel a título póstumo en 2006 en el Memorial Yad Vashem como Justa.

Volvió a Chile en 1960, empobrecida y acompañada por su última pareja, René Núñez Schwartz con quien mantuvo una relación especial; Núñez Schwartz se suicidó en Chile en 1970 con una cápsula de estricnina. María Edwards murió sola y pobre en junio del 72 a los 78 años de edad en Santiago de Chile.

Físicamente en la época de esta novela , era una mujer delgada, de ojos grandes, inquieta, creativa, gran lectora que se introdujo muy bien en los medios artísticos y burgueses parisinos.

La última hermana de Jorge Edwards narra la increíble epopeya de esta chilena que nada destinaba a una misión de esta envergadura. Por intermedio de sus relaciones empezó a trabajar como visitadora social en el gran hospital parisino Rothschild. Ella se propuso ayudar a esta pobre gente que arrestaban en el lecho mismo del hospital para encaminarlos a un destino sin retorno con los críos. A ella se le ocurrió sacarlos del hospital « sedados » en un ancho bolsillo de su capa de visitadora social. Así habría contribuido a salvar decenas de niños judíos que ella confiaba a una red que a su vez los colocaba con familias seguras. No solo arriesgó su vida, sino que gastó lo que le quedaba de fortuna para pagar los gastos de alimentación, de vestimenta y otros gastos. Al final de la Segunda Guerra estaba tan empobrecida, que tuvo que empezar a vender sus cuadros y muebles y hasta el departamento. Además fue estafada por un maleante que se proclamaba financista, entre chileno y panameño y que estafó a toda la colonia chilena adinerada.

Ella arriesgó seriamente su vida y fue apresada y torturada salvajemente por la Gestapo. La salvó la « amistad » o la admiración que sentía por ella el personaje masculino principal de la novela, el almirante alemán Wilhem Canaris que estuvo preso en Chile cuando participó en la Guerra de las Malvinas en la Primera Guerra Mundial a bordo de un barco que se refugió en aguas chilenas donde fue descubierto por los ingleses y donde fue detenido en la isla Quiriquina (cerca de Concepción) en el sur de Chile, de donde huyó con pasaporte falso. Canaris ocupó un alto cargo en el Tercer Reich, pero no quería a Hitler y conspiró en el atentado conocido como « Operación Valquiria ». Murió al final de la guerra torturado cruelmente siguiendo indicaciones personales del Führer.  Este almirante Canaris, un personaje de lo más ambiguo, la salvó de la muerte más horrenda y cruel.

El personaje de María descripto por el escritor Edwards me pareció muy simpático, pero algo desangelado, algo etéreo, una mujer un poco « volada ». En primer lugar, el escritor nunca la nombra con el nombre completo, es solo María. En el relato aparece un Jacques y no se sabe quién es. Luego René del cual se sabrá al final del libro que se trata de René Núñez Schwartz, su compañero. Quizá esto obedezca a un mandato familiar de no nombrarla en ningún caso. Otro punto que me extrañó en el libro, fue la desaprensión con su hija María Angélica que dejó en Chile a una edad en que las chicas necesitan terriblemente de sus madres, ¿con quién la abandonó en Chile? y durante tantos años…No la volvió a ver hasta su regreso voluntario en 1960, ya casada y con un hijo único adolescente…Qué desapego tan grande.

Su compañero René la describe así : su gesto era así, de hija de ricos, porque era contradictoria,  María, burlona, con algo de muchacha (de inocencia?), de adolescente, que nunca se le había quitado : niña caprichosa, de réplicas desconcertantes, de chispazos incisivos, provocativa. A la vez, tenía un corazón encendido al rojo vivo, una brasa ardiente, que no se sometía. Que nunca se sometería (página 9).

Lo que hizo esta mujer fue temerario. Fuera de serie. De un humanismo trascendental. De una discreción redentora, lo que resulta de la fuerza transformadora de la compasión. Pero una se pregunta hasta qué punto ella era consciente de las repercusiones, ramificaciones y consecuencias posibles de sus actos. Lo mismo cuando sus condiciones económicas comenzaron a flaquear gravemente. Siempre teniendo en mente que la familia la iba a sacar del apuro económico de todas maneras, pasara lo que pasara.

Porque se puede criticar mucho a la familia chilena desde afuera, ese país de farsantes con sus estrecheces y sus limitaciones ( página 344), ese país con sus rechazos sociales típicos de la vida chilena, ese mundillo  donde todo se convierte en pecado, ese país donde todo era imposiciones, sentidos del ridículo, prohibiciones sociales, cadenas invisibles. Pienso que por todo ese peso inmenso que significaba para ella volver a Chile, en condiciones que en Paris vivía como respiraba, sin darle cuentas a nadie, hizo que ella escogiera vivir en Paris aunque ella ya no fuera ni chilena ni francesa, ni de aquí ni de allá, pero contenta con ella misma.

Jorge Edwards describe muy bien el Paris de los años de la Ocupación alemana, hay una buena reconstitución histórica, con lujo de detalles pintorescos, interesantes, conmovedores y personajes reales descriptos con ironía, rasgo muy edwardesco, así como de vez en cuando un guiño directo al lector a la manera de Machado de Assis que J.E. tiene en veneración (lo que se comprende). Y tal como lo escribió la escritora rusa Irène Nemirovsky en Suite Francesa, como si fuese necesario ser extranjero para describir mejor estos trances de la Historia, los nacionales estando aún demasiado ofuscados para ser objetivos. En esta novela no trasluce casi ningún modismo chileno en la escritura como si el autor quisiera darle un máximo de toque afrancesado al ambiente.

Un libro excelente donde Jorge Edwards al parecer se inspiró muy libremente de Doña María Edwards. Y la anécdota, varias veces encontrada por mi, donde el escritor cita a Neruda quien decía que no hay que decir « cherchez la femme », sino « cherchez le chilien » porque siempre surge un chileno o una chilena por ahí. He aquí una chilena resucitada del olvido y que tuvo una acción espectacular en el plano humano. Y esta historia demuestra que las raíces no están simplemente donde se encuentran los orígenes familiares sino también ahí donde se deja una huella que se proyecta en el tiempo.

LA ÚLTIMA HERMANA, Acantilado 2016,  ISBN 978-84-16011-94-0

Henri Matisse de Marcelin Pleynet

Afficher l'image d'origine Marcelin Pleynet est un romancier, critique, essayiste et diariste français (Lyon 1933). Il a écrit de nombreux livres sur les peintres et notamment celui-ci. Marcelin Pleynet a été secrétaire de la revue Tel Quel, dirigée par son ami Philippe Sollers. La chaire d’esthétique de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts lui a été confiée lors de l’ouverture en 1987. Il est l’auteur du livre Système de la peinture publié en 1977.

Sur Marcelin Pleynet, en relation avec ce livre, on a écrit…de Cézanne à Picasso et à Matisse, voilà sa trajectoire; il y a dans la peinture de Cézanne des choses qui n’ont jamais été vues, que ce soit par Matisse ou Picasso. Matisse étant plus intéressé par la couleur et Picasso par la forme. La liberté, l’audace, la vérité des inventions formelles et chromatiques feront écrire à Guillaume Apollinaire que Matisse est « le fauve des Fauves », sa peinture avait  tellement scandalisé que la foule a brûlé en effigie Nu bleu, souvenir de Biskra (1906), lors de l’exposition itinérante de l’Armory Show à Chicago en 1913...(ci-après):

Le livre de Pleynet sur Henri Matisse fut publié dans les années 90 par Gallimard et en collection de poche vers 1993. C’est pour moi l’envie de savoir un peu plus sur l’approche de la peinture par Matisse qui a motivé ma curiosité. Cet homme, Henri Matisse, est venu assez tard à la peinture après des études de droit qu’il a abandonnées et une maladie grave du caecum qui l’immobilisa en 1890.

Les données bibliographiques sur Matisse son connues de tous: il est né en 1869 au Cateau-Cambrésis, commune du Nord-Pas-de-Calais-Picardie, une région riche grâce à la filature et au tissage; cette région le marquera, et on pourra dire de lui qu‘il avait le textile dans le sang et  il saura se montrer extrêmement attentif au choix des étoffes dont il se vêtait ; nul peintre moderne n’a consacré autant de soins à la garde-robe où il choisissait les vêtements de ces modèles.(P. Schneider) . Il est mort en 1954 à Nice à l’âge de 85 ans. Il a mis longtemps a percer en tant que peintre; il commença à être connu vers 1905-1906.

Il a été reçu au concours d’admission de l’École des beaux-arts en 1895 et il a fréquenté l’atelier de Gustave Moreau entre 1893 et 1898. Il a étudié ensuite ses maîtres au Louvre puis s’est intéressé à la palette claire des impressionnistes et néo-impressionnistes, de Cézanne aux Orientaux.

Il expose par la première fois en 1896 plusieurs tableaux au salon de la Société nationale des beaux-arts et au vu du succès rencontré, il est élu membre associé du salon. L’État achète une de ses toiles La Liseuse pour le Château de Rambouillet, alors résidence sporadique du Président Félix Faure, où il fut accroché; cet artiste, Matisse, a apporté un renouveau assez violent à la peinture telle qu’on la connaissait dans les années 1905-1906. Une anecdote est restée dans les annales, c’est le jour où Henri Matisse a montré ses oeuvres au grand Rodin, lequel lui aurait dit … « Pignochez, pignochez. Quand vous aurez encore pignoché cela quinze jours, vous viendrez me le montrer« . Matisse  commença à être reconnu vers 1898, mais il ne fut entièrement lui- même qu’à partir de 1905 : il avait alors 35 ans…

Mais que se passe-t-il donc alors dans l’art de Matisse et qu’en est-il de cette levée de boucliers à propos de  » la salle aux fauves », au Salon d’automne quand on déclare devant la sculpture du très académique Marque, exposée au milieu de la salle consacrée à Matisse et à ses amis :  » un Donatello parmi les fauves« . Le mot restera et fera école car il servira à désigner sous un même vocable des artistes fort dissemblables les uns des autres tels que Matisse, Manguin, Derain, Vlaminck, Rouault…Le scandale éclate, les uns crient à la fumisterie (« on a jeté un pot de peinture à la face du public« ), les autres au génie.

Je dois dire que je me suis profondément ennuyée à la lecture de ce livre; lecture que j’ai été plusieurs fois tentée d’arrêter, oui, d’arrêter car j’avais l’impression de ne pas progresser dans la compréhension que je recherchais et si j’ai été jusqu’au bout, ce fut par déférence pour ce peintre qui a tellement apporté à la peinture moderne. Je ne sais pas à qui la lecture de ce livre peut profiter, peut-être aux spécialistes, mais pas à la lectrice dilettante que je suis.

Un exemple de l’aridité du texte, page 132…en suivant cet ordre, somme toute chronologique, on constate que le détail (la ronde du Bonheur de vivre), passant par le volume cylindrique du relief sur bois de 1907, produit une oeuvre frontale, mais tridimensionnelle (le relief Nu de dos de 1909) et, en 1909 et 1910, les deux grandes versions peintes de La Danse (New York et Leningrad). Or, compte tenu du tempérament de Matisse, et des transformations que subit son art d’une année sur l’autre, on peut constater,  entre la première version de La Danse dite La Danse I de 1909 (aujourd’hui à New York) et la seconde version dite La Danse II (aujourd’hui à Leningrad), un même mode de rapport et de mise en place que celui que nous avons pu trouver entre les versions I et II du Jeune Marin de 1906 et les versions I et II du Luxe (1907).  Ah la la la, quel galimatias avec des pages et des pages comme ceci. Quel ennui.

Ci-après un document rare, Henri Matisse s’exprimant sur son art :

Et ici un video (en anglais de 5min55) où l’on peut apprécier la chapelle de Vence avec l’éclat des couleurs grâce à la luminosité du Midi. Il y a aussi une brève video où l’on peut apercevoir celle qui fut son infirmière Monique Bourgeois, déjà portant les habits comme la soeur dominicaine Jacques-Marie :

HENRI MATISSE, Folio Essais 215 (2002),  ISBN 2-07-032747-7

Los secretos de Elvira de Hugo Coya

Afficher l'image d'origineHugo Coya es un escritor y periodista peruano (Lima 1960), dedicado a la docencia y a la investigación. Estudió Ciencias de la Comunicación.

Los secretos de Elvira necesitó 2 años de investigación con viajes a Francia y a Londres. El libro relata la vida de una ilustre desconocida peruana, una verdadera heroína que arriesgó su vida para salvar muchas otras vidas. Una espía doble durante la SGM.

¿Quién fue esta mujer? Elvira de la Fuente Martínez, fue hija de peruanos muy acaudalados, de padre diplomático, encargado de negocios y con residencia parisina por décadas, con residencia (propia) en la Avenida Foch, de lo mejor en Paris. No se sabe si Elvira nació en Lima o en Paris, en 1911 o en 1912. En realidad Elvira nunca vivió en Perú, pero se sentía con raíces peruanas y tenía pasaporte peruano. Le tocó vivir en el Paris de los años locos cuando la ciudad luz era el centro del mundo y Paris era una fiesta. Tuvo muy buena educación y siguió estudios de Ciencias Políticas. Se casó algo tarde con un belga riquísimo que conoció en el fastuoso matrimonio de Paul-Louis Weiller con Miss  Europa 1930, la griega Aliki Diplarakou, la « Boda del Siglo » donde se evoca la presencia entre la jet set de la época, de Paul Morand cuyo libro Venises acabo de reseñar… pero este matrimonio solo duró 4 años y no tuvo descendencia.

Elvira llevó una vida muy desenfadada, muy mundana; era bisexual, ludópata irredenta y gran bebedora sin llegar a ser alcohólica.

Cuando Paris fue ocupado por los nazis, Elvira huyó a Londres con una amiga/amante y llevó una vida aún más mundana si ello es posible porque frecuentaba la realeza.

A pesar de llevar una vida bastante escandalosa, su clase y su elegancia refinada hacían que se la recibía en todas partes.

Eran tantas sus relaciones y su vida social tan importante que los Servicios Secretos británicos la contactaron, interesados por su pasaporte peruano, para enrolarla como agente doble en un rol de desinformación del enemigo. Hizo parte de lo que se llamó el Sistema de la Doble Cruz o Comité XX, una sección del MI5 ; después de un entrenamiento intensivo obtuvo el nombre de código de Cyril y luego de Bronx. Con su pasaporte peruano podía circular por Europa en guerra y fue asi como la mandaron a Francia con el pretexto de juntarse con sus padres radicados en Vichy en esa época, pero en realidad fue para lograr establecer contacto con los alemanes y transformarse en un agente doble operacional.

El contacto se hizo en la Costa Azul con un alemán que ella conoció en un bar y con el cual ella simpatizó de inmediato. Este alemán era Helmut Biel, en Francia desde 1940, y será él quien la pondrá en contacto con la red de espías del tercer Reich donde Elvira tendrá el nombre de código de Dorette.

Elvira tuvo dos logros inmensos como espía con la manipulación informativa. El primer logro fue de disuadir a los alemanes de lanzar gases tóxicos sobre Inglaterra difundiendo la falsa noticia de que los ingleses también poseían el arma química para ripostar de inmediato. El otro gran logro fue  de difundir una falsa información sobre el lugar de desembarco de las Fuerzas Aliadas, lo que permitió, in fine, el éxito (aunque con pérdidas enormes) del desembarco de los Aliados en las playas de Normandía en el « D Day ».

Se supo sobre el rol de espía de esta peruana en el año 1995 cuando el gobierno británico divulgó una parte de su expediente. El periodista británico Nigel West publicó el 6 de noviembre de 1995 una entrevista de Elvira de la Fuente titulada « High Society Spy » que tuvo gran repercusión. Elvira de la Fuente falleció a los 85 años de edad en el sur de Francia donde vivía, en Beaulieu-sur-Mer.

¿Qué la movió a aceptar ésto? Según el escritor fue el lado libertario heredado de su padre, pero yo pienso que prosaicamente, la mujer tenía tantas deudas debidas al juego y a su tren de vida, que se le presentó ésto y se prestó al juego de la guerra, como una irredenta ludópata compulsiva que era.

Un libro en un estilo muy periodístico que nos cuenta una vida fuera de serie, rocambolesca y azarosa. Esta historia podría inspirar un excelente film de espionaje, lleno de glamour en una época atroz.

En el capítulo intitulado « Simuladora profesional » encontré una citación de Baltasar Gracián (ensayista jesuita del siglo de oro español) que me gustó mucho : Triste cosa es no tener amigos, pero más triste debe ser no tener enemigos, porque quien enemigos no tenga, señal de que no tiene ni talento que haga sombra, ni valor que le teman, ni honra que le murmuren, ni bienes que le codicien, ni cosa buena que le envidien.

LOS SECRETOS DE ELVIRA, Aguilar 2014,  ISBN 978-612-4247-04-0n

Manderley for ever de Tatiana de Rosnay

 

Afficher l'image d'origineTatiana de Rosnay est un écrivain, journaliste et scénariste franco-britannique (France 1961 ),  qui peut écrire directement en français ou en anglais; au moins trois de ses livres ont été publiés d’abord en anglais. Elle connaît un  franc succès à partir de 2007 avec le roman  » Sarah’s key » traduit en français par  « Elle s’appelait Sarah » dont on a tiré le beau film homonyme de Gilles Paquet-Brenner en 2010.

Tatiana de Rosnay  a un beau palmarès, jugez plutôt : huitième écrivain français le plus lu en Europe en 2010 et cinquième auteur français le plus lu en 2011.

Je l’ apprécie particulièrement car son style est  direct, sans fioritures et elle sait aller au fond des choses. Manderley for ever est le sixième livre d’elle commenté dans ce blog, après Le coeur d’une autre, Amsterdamnation, Spirales, Café Lowendal et Son carnet rouge.

Pour l’écriture de Manderley for ever, Tatiana de Rosnay a changé de style , passant d’une écriture  épurée et  directe, a un style beaucoup plus ampoulé, plus touffu, plus fouillé, ce qui convient bien a la biographie. Cette biographie de Daphné du Maurier est foisonnante de détails sur sa vie intime et sur les lieux  et les atmosphères qu’elle a fréquentés. C’est un livre que j’ai beaucoup apprécié, même si je l’ai trouvé  un peu long vers la fin. Il me semble avoir débusqué un point très fort en commun  entre Daphné du Maurier et Tatiana de Rosnay : la fascination qu’éprouvent toutes les deux pour les lieux, les endroits clos: les maisons pour du Maurier et les appartements pour de Rosnay.

Grâce au livre de Tatiana de Rosnay, j’ai découvert un écrivain dont le livre phare, Rebecca, m’avait fait grande impression  il y a quelques années. Le film tiré du livre en 1940 par Hitchcock est aussi bien quoique un peu éloigné du texte. Je  garde en mémoire une impression d’étrangeté, de malaise.

Daphné du Maurier a eu une vie très riche, menée tambour battant et à sa façon; on peut dire aussi qu’elle a mené une vie très libre pour l’époque et surtout pour son milieu social.

Ce qui frappe tout d’abord est l’importance primordiale que du Maurier attache aux maisons qu’elle a habitées, avec un lot de sensations qu’elle perçoit à l’intérieur des murs et aussi dehors chez cette femme très sportive qui aimait naviguer, ou effectuer de longues marches à l’allure athlétique. Elle avait un besoin viscéral de sensations pour entourer ses histoires. Autre détail frappant chez Daphné du Maurier est le besoin de passion, un maelstrom de sensations nécessaire  pour créer, pour démarrer une fiction. (Ce qui me rappelle aussi que le poète Pablo Neruda avait besoin de cette même exaltation pour écrire ses vers).

Daphné du Maurier était une personne excessivement timide, mais qui pouvait aller  jusqu’au bout de ses pulsions parce qu’en fait elle avait une forte personnalité. Mais cette personnalité était double: d’une part une belle et svelte jeune femme, un peu froide et distante et dans son for intérieur  un être  qu’elle avait baptisé Éric Avon et qui correspondait à son alter ego masculin. Daphné était la fille préférée de son père, lequel n’avait jamais caché qu’il aurait préféré avoir un fils.

C’était une famille très bohème et fantasque du côté des Maurier, à commencer par le grand père Kiki du Maurier, écrivain assez connu qui s’était inventé des ancêtres nobles alors que le vrai nom de la famille était simplement Busson (du lieu dit Le Maurier). Puis il y eut Gérald du Maurier, le père de Daphné, un acteur de théâtre très célèbre et adulé par les femmes; Gérald épousa une actrice Muriel Beaumont qui se consacra par la suite à son rôle de mère et de maitresse de maison chez les du Maurier qui menaient grand train à Londres. Le ménage eut trois filles : Angela l’aînée, écrivain sans succès, Daphné et Jeanne, peintre. Seule Daphné se mariera en grande pompe avec Frederick Browning, beau militaire de très bonne famille. Ils auront trois enfants: Tessa, Flavia et Kits, ce dernier étant les yeux de sa mère.

Les maisons vont jouer un rôle important tout le long de sa vie. D’abord les maisons des parents : Cumberland Terrace où elle est née ( au 24) puis Cannon Hall à Hampstead où la timide Daphné se cachait pour lire et avait du mal à éviter les incessantes mondanités des parents. Vint ensuite la maison de campagne que les parents achetèrent en 1926 à Fowey et qu’ils baptisèrent Ferryside. Cette maison va jouer un rôle important dans l’atmosphère créative de Daphné. Au cours de promenades elle fera la découverte d’une maison isolée et très romanesque qui va devenir une véritable obsession :Menabilly dans le Cornouailles. Daphné n’aura  de cesse que d’obtenir cette maison en location car le propriétaire ne vend pas. Ainsi elle réussira à obtenir, sous certaines conditions, un bail de longue durée; elle aménagera cette maison à son goût et ne voudra plus la quitter, c’est là qu’elle aime écrire. Lorsque le bail  viendra à expiration, plus de vingt ans plus tard; le propriétaire lui louera une autre maison, dénommée Kilmarth, dans le même secteur, maison qu’elle aménagera aussi à son goût et où elle finira ses jours : .

La vie affective de Daphné sera riche mais compliquée. On peut dire que après avoir souhaité ardemment épouser Tommy Browning et avoir eu de lui trois magnifiques enfants, elle s’est détachée de lui et le couple sera brisé. Tommy Browning occupait des postes de plus en plus importants au sein de Buckingham Palace, mais il a du faire face seul. Daphné est restée dans sa maison où elle menait une vie créative, mais aussi faisait des voyages et des rencontres loin de son mari. Elle s’est entiché plusieurs fois de femmes très féminines et séduisantes, mais le sentiment n’a pas été toujours réciproque; elle a connu parfois une dépression grave après des amours non abouties.

Un personnage hors du commun que cette Daphné du Maurier. Il n’y a qu’à regarder la photo qui orne la couverture du livre : Daphné dans l’éclat de sa jeunesse, une cigarette au bec avec un air de défi souverain.

J’ai beaucoup apprécié les courts chapitres introductifs de Tatiana de Rosnay qui est partie en pèlerinage visiter tous ces  lieux hantés par Daphné du Maurier  où elle nous raconte ses impressions sur le vif. J’ai apprécié retrouver page 170 un mot dans le livre que je trouve exquis et peu usité, le mot procrastination, tellement adéquat dans ce contexte !

Un grand merci à mon amie Christiane N. pour ce superbe cadeau !

MANDERLEY, Albin Michel-Héloïse d’Ormesson 2015, ISBN 978-2-226-31476-5