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Arcadie d’Emmanuelle Bayamack-Tam

Résultat de recherche d'images pour "arcadie emmanuelle bayamack-tam" Emmanuelle Bayamack-Tam est une écrivaine française (Marseille 1966), agrégée de Lettres Modernes; elle écrit aussi des romans noirs sous le pseudonyme de Rebecca Lighieri.

Arcadie (2018) a été couronné par le Prix Livre Inter 2019. C’est une lecture-aventure plaisante quoique dérangeante car le style de l’auteure est unique, fait d’un mélange d’érudition, d’humanité, d’humour et dérision avec une dose d’amoralité et une forte pincée de modernité. Par moments c’est cru mais jamais vulgaire. C’est un roman de moeurs assez décalé. C’est un livre sur la constitution d’une identité

C’est l’histoire de Farah entre ses 6 ans et ses 18 ans, une gamine étonnante, assez délurée mais néanmoins assez cérébrale, qui sera élevée dans un endroit édénique dans le Midi de la France (lieu non précisé) appelé Liberty House où réside un ramassis de personnages, tous plus éclopés les uns que les autres, tous originaux, à commencer par les parents de Farah (parents et grand mère), tous pratiquant l’amour libre et la vie naturelle et végétarienne, tous allergiques aux ondes électromagnétiques, aux phtalates, au glyphosate; aux pesticides, aux sels d’aluminium, aux perturbateurs endocriniens, aux réseaux sociaux, etc, etc. Et cette communauté est menée tambour battant par un gourou charismatique qui couche avec tout le monde, prénommé Arcady.

Farah depuis son enfance est éperdument amoureuse d’Arcady et attend avec patience (et sagesse) de se donner à lui.

Mais Farah, qui a une allure assez androgyne commencera a muer à l’adolescence pour émerger comme chrysalide atteinte du syndrome de Rokitansky, une maladie plutôt vilaine avec agénésie du vagin et de l’utérus. De plus, la gamine a une cyphose. Inutile de vous dire que ceci va conditionner beaucoup de choses chez cette jeune personne sans que cela la fasse péricliter en aucune façon.

Et Farah apprendra que son paradis qui prônait l’amour universel ne sera pas capable d’appliquer la règle pour tout le monde…Ce sera la fin de l’innocence pour Farah devenue adulte à la fin du livre.

Le langage employé par les jeunes dans ce livre est très bien rendu quoique difficile à digérer.

C’est un roman plein de fraicheur, original, assez docte par moments et qui situe bien les différents sujets abordés par cette histoire.

ARCADIE, P.O.L. 2018,  ISBN 978-2-8180-4600-5

La bible de néon de John Kennedy Toole

Résultat de recherche d'images pour "the neon bible john kennedy toole pdf" John Kennedy Toole fut un romancier américain (La Nouvelle Orleans 1937-1969); l’écrivain s’est donné la mort à 31 ans par asphyxie, après l’échec de publication de son livre La Conjuration des imbéciles qui lui valut le Prix Pulitzer à titre posthume.

La bible de néon, écrit vers 1953 à l’âge de 16 ans a été trouvé par sa mère dans les papiers de l’écrivain et publié en 1989, vingt ans après son suicide et après l’énorme succès de La Conjuration des imbéciles. C’est un roman de jeunesse, un roman de formation et un roman posthume, comportant des maladresses certaines mais un charme indéniable, beaucoup d’émotion et une maturité étonnante.

Un film a été adapté du livre en 1995 par le britannique Terence Davies avec Gena Rowlands dans le rôle de Tante Mae.

C’est l’histoire de David. Sa famille fait partie des ces blancs pauvres du Deep South américain, dans le Mississippi des années 50. Une terre âpre pour ces gens pauvres qui n’ont parfois pas de quoi manger. C’est la guerre en Europe et ils ont des tickets de rationnement (c’est la première fois que je tombe sur cette notion de ticket de rationnement dans l’opulente Amérique). Une soeur de la mère de David, tante Mae, vient vivre avec eux, c’est une femme autour de la soixantaine qui a bien roulé sa bosse, elle a été cabaretière. La morale du bourg est gérée par le pasteur et ses acolytes qui se mêlent de tout. La famille de David est si pauvre qu’ils ne peuvent pas payer les deniers de l’église et de ce fait le pasteur les harcèle. Tout mariage avec un étranger/étrangère est très mal vu et les couples mixtes sont chassés. Du fait de sa condition de pauvre David sera harcelé à l’école, ce qui l’empêchera de finir sa scolarité et devra se contenter de travailler à la supérette du coin.

Depuis une fenêtre de sa maison David aperçoit sur le toit du temple, une énorme bible de néon que lui rappelle la position précaire de sa famille.

C’est un récit bien triste que celui de cette famille américaine qui ne s’en sort pas. Les choses vont empirer avec le temps et les aléas qui vont se présenter jusqu’au climax final, surprenant et dévastateur.

Le ton du récit est assez primaire, par moments simpliste, mais tellement juste. Je ne pouvais pas imaginer que à cette date, les années 50, et parmi les blancs américains des gens puissent vivre aussi dénués.

Cette histoire me rappelle certains livres de Truman Capote et aussi un petit peu le chef d’oeuvre de Harper Lee, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur.

Un petit bijou qui nous montre une Amérique qui rejette la différence sans chercher à comprendre.Résultat de recherche d'images pour "affiche the neon bible film"

LA BIBLE DE NÉON, Pavillons Poche 2016 (JKT 1989),  ISBN 978-2-221-19571-0

Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon de Jean-Paul Dubois

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Jean-Paul Dubois est un écrivain français (Toulouse 1950) ayant fait des études de Sociologie; il a travaillé aussi comme journaliste et grand reporter. Sa bibliographie est assez vaste: quelques 23 romans !

Son oeuvre pose un regard désabusé et distancé sur le monde et les rapports humains; ses héros ont souvent une vie névrosée, souvent ses personnages sont originaires de Toulouse comme lui même (tout en étant attiré par l’Amérique). Il y a des choses récurrentes dans les romans de Dubois : le prénom Paul pour le héros,  ou d’Anna pour l’épouse; le rugby apparaît souvent, mais aussi  des accidents et des morts brutales. La voiture peut être aussi un sujet important dans certains de ses livres.

On dit que cet écrivain est vraiment lui même quand il est drôle dans la tragédie et lorsqu’il rend cocasses des situations tristes.

J’ai lu avec plaisir quelques uns de ses romans: Une vie française (2004) un livre qui m’a plu énormément: la vie en parallèle de Paul Blick avec l’Histoire de la France entre 1950 et 2004; il y a une confrontation entre une vie chaotique-atypique et l’Histoire de la Vè République, ses grandeurs et ses bassesses. Le rythme du livre est soutenu, dévorant, avec une tension psychologique hors pair et une fin bouleversante; ce livre a été primé en 2004 par le Femina et le Prix FNAC. La succession (2016), sélectionné pour le Prix Goncourt m’a plu aussi beaucoup, reconnaissant aisément ce style si particulier à l’auteur avec son humour décalé et aiguisé. Vous plaisantez, monsieur Tanner (2006) est un court roman avec des chapitres ultra courts, facile à lire et hilarant en même temps que dramatique. Le cas Sneijder (2011), un autre de ses livres qui m’a plu, couronné du Prix Alexandre Vialatte 2012, tout à fait dans la veine de cet auteur excellent par le regard qu’il porte aux gens et aux choses. Tous les matins je me lève (1988), avec l’histoire d’un écrivain désabusé en manque d’inspiration avec une suite de gags désopilants. Kennedy et moi (1996) un livre assez court, drôle à la façon « duboisienne« , mais il m’a plu un peu moins car peu crédible par certains détails, quoique aussi avec des passages désopilants.

Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon (2019) est sa dernière publication saluée par le Prix Goncourt 2019 et qui a succombé à cette mode de titres trop longs que le lecteur a du mal à mémoriser (Arf ! je trouve cette mode détestable). Je suis mitigée quant à mon appréciation globale et je m’explique : j’ai eu du mal à m’intéresser à l’histoire avant la moitié du livre et le début de la partie canadienne. Je m’ennuyais un peu, je trouvais le récit un peu lourd. En revanche il m’a paru plus intéressant, plus profond, plus original, dans la deuxième partie. Le livre est bien écrit, avec quelques passages comportant de l’humour « à la dubois » fait de dérision et d’ironie finement ciselée.

Dans l’histoire on retrouve  des thèmes récurrents de l’auteur: les prénoms Paul (le protagoniste) et Anne (la mère du protagoniste), Toulouse qui apparait comme cadre de la naissance de Paul, puis le thème des voitures qui est remplacé ici par de l’avionnerie; il y a une mort violente, et moult détails du trade mark de l’auteur.

C’est un vrai bildungsroman ou roman d’initiation avec la narration de la vie du protagoniste Paul Hansen. Paul Hansen est né à Toulouse, fils de père danois, pasteur, et de mère française. Il va grandir à l’ombre de ses parents, aussi fantasques l’un que l’autre et surtout la mère, pour devenir un jeune homme formé sur le tas aux métiers du bâtiment. J’ai trouvé que le personnage de Paul Hansen manque de profondeur et reste assez secret, comme en retrait tout au long de sa vie.

Suite aux déboires familiaux, il va émigrer au Canada francophone pour démarrer une nouvelle vie auprès de son pasteur de père exilé là bas. Il aura de la chance et deviendra le factotum d’un immeuble de luxe où, grâce à ses dons, il va gravir l’échelon et vivre sa vie  jusqu’à croiser Winona, celle qui deviendra sa compagne.

La première scène sensuelle avec sa future compagne est décrite de façon originale…les bruits de la forêt, le vol des oiseaux, le sentiment d’être au bon endroit, au moment adéquat, le regard de Winona qui dit que c’est maintenant, ses mains qui glissent dans mes poches, le contact de ses doigts, les miens qui s’accrochent au miracle, la friction des vêtements, le froissement des corps, le claquement des peaux, le monde qui devient tout petit

Mais le destin lui réserve des coups durs: Paul va se retrouver en prison et devra partager son étroite cellule avec un  détenu haut en couleur, personnage fort du récit, inoubliable.

Son expérience en tant que super-concierge de cet immeuble huppé est très drôle, intéressante, riche en expériences humaines en tout genre. A mon goût ce sont les meilleurs moments du roman.

Il y a des informations fascinantes sur les colibris ou oiseaux mouches: animaux de 5-6 cm avec un coeur qui bat en vol jusqu’à 1260 battements par minute et descend à 50 au repos, des poumons qui respirent 500 fois dans le même laps de temps, des ailes qui pivotent dans tous les sens; un vol aussi rapide en avant qu’en arrière, en haut et qu’en bas et qui peut atteindre 100 Km / heure dans toutes les positions. Des ailes qui battent 200 fois par seconde. Grand spécialiste du vol statique et qui peut se déplacer sur 800 Km devant manger 8 fois par jour. Une minuscule machine de la nature, prodigieuse.

Un livre un peu différent de ceux déjà lus, plus grave, plus réfléchi. Et quand je pense à tous les Dubois qu’il me reste à lire, et bien, cela me rend heureuse.

TOUS LES HOMMES, Éditions de l’Olivier 2019,  ISBN 978-2-8236-1513-6

Ordesa de Manuel Vilas

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Manuel Vilas es un escritor y poeta español (Huesca 1962).

Ordesa (2018) vendría siendo su sexta novela y ha sido un fenómeno literario en España desde su publicación en enero 2018, va por la 14-ava edición y más de 100 000 ejemplares vendidos ! Ha sido catalogado como libro del año por varios periódicos.

Ordesa es el nombre de un hermoso valle pirenaico, frontera natural entre Francia y España, de belleza sobrecogedora y  que Manuel Vilas solía visitar con su padre en coche en los años 60-70 porque su padre amaba este lugar.

¿Cómo explicar un tal éxito?  Primero que nada es un relato autobiográfico, una muy moderna autobiografía donde el autor  escogió la total sinceridad, sin tapujos ni interpretaciones para hablar de su familia y de si mismo. Y resulta que poniendo sus verdades al alcance de todos, detiene la universalidad de un tema que nos incumbe por algún lado : el amor que se profesa la gente al interior de la célula familiar. Lejos de esto los cánones de conducta, cada familia tiene sus códigos y secretos.

Otro punto que ha impactado en España es el relato conmovedor de esta familia española de clase media-baja que podría simbolizar el naufragio de toda una clase media española en las dos últimas décadas.

Estos dos puntos hacen que sea una obra más que autobiográfica, una obra de memoria casi colectiva.

Manuel Vilas hizo de este libro una oda de amor hacia sus padres. Aunque es una obra que viene tarde porque ellos ya no están y se fueron sin saber que su hijo Manuel los quería tanto. Las cosas antes se decían menos, las cosas se especulaban.

Y a los 50 años, cuando el autor se encontrará solo y desamparado tras el fallecimiento de su madre en 2014, a la vez que divorciado, con un trabajo flaqueando, un problema de alcohol y con los hijos crecidos, cada vez más ausentes y poco efusivos, entonces todo se le viene abajo y decide escribir este libro sobre su niñez (feliz) con lo poco que sabe de su familia y allegados. Es una verdadera catarsis.

Esta familia era bastante original, se hablaban poco, cada uno en su esfera personal con sus fobias y polaridades. Un poco cada uno por su lado. Lo que si recuerda Vilas era lo feliz que se sentía de tener dos padres tan guapos y lo feliz y protegido que se sentía cuando estaba con ellos. Resulta curioso constatar cómo las situaciones se repiten en las familias, así por ejemplo, en esta familia la situación de Manuel Vilas con sus padres está reproduciéndose con sus hijos.

Me llamó la atención en el libro la excesiva presencia de la muerte, invocada demasiado a menudo, macabra. Pero el estado de ánimo del autor debía estar muy deteriorado y sumergido en la depresión para pensar tanto en este trámite que por lo demás es muy fugaz.

Es un libro bonito, hecho de sinceridad, de verdad, de emoción,  con un retrato de España en los años 60-70 y de la ciudad de Zaragoza.

« Somos lo que recordamos » dice en un momento Manuel Vilas (pero también lo que olvidamos, agrego yo).

Tiene el autor el gusto exquisito de citar la bella canción de Violeta Parra que pueden escuchar al final de esta reseña porque le va como un guante.

Violeta Parra – Gracias a la Vida (Thanks to life)En directPlaylist (0)Mix (50+)

ORDESA, Alfaguara 2018,  ISBN 978-84-204-3169-7

La louve blanche de Theresa Révay

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Theresa Révay est une écrivaine et traductrice française (Paris 1965) spécialisée dans les romans historiques.

La louve blanche (2008) est son cinquième roman avec une suite en 2009: Tous les rêves du monde. Le livre La louve blanche a nécessité un an de documentation et un an d’écriture.

Ce titre « la louve blanche » nous situe la protagoniste du livre : la belle et courageuse Xénia Ossoline, une russe blanche qui fuit la Russie après la Révolution bolchévique et qui devient le pilier et la force de ce qui reste de sa famille. En matière de subconscient (rêves) une louve blanche symbolise l’instinct maternel, un instinct si fort, qu’il dépasse la notion d’espèce et d’individu. Page 464 l’oncle Sacha de Xénia s’exprime ainsi…c’est une louve, avait-il pensé, impressionné par sa détermination et son courage. Une louve blanche, souveraine, qui donnerait sa vie pour défendre les siens…

C’est un livre très romanesque sur un amour fou sur fond historique de l’Europe entre 1917 et 1945. C’est un roman choral avec plusieurs personnages définis avec profondeur et un fond historique et culturel très riche en détails.

J’ai lu tellement de livres sur cette période, avec  des évènements qui se répètent, mais ici, dans ce récit, j’ai trouvé quelques éléments rarement exposés comme par exemple l’idée que le peuple allemand était parfaitement au courant des camps qui ont existé très tôt avant de devenir des camps d’extermination; aussi l’idée de la résistance au régime nazi y compris au sein même de l’armée et d’une fraction de la population civile; comme l’existence d’ateliers de couture au sein de certains camps (comme j’ai appris il y a peu de temps l’existence de bordels au niveau de ces camps).

Le descriptif de la chute de Berlin est hallucinant, dantesque, mais pas aussi cru que celui décrit dans le livre posthume Une femme à Berlin, d’auteure inconnue; en fait un journal de vie tenu par une femme jeune sur les derniers jours de Berlin avant l’entrée des russes. Un récit à vous dresser les cheveux sur la tête. Et une attitude des soldats russes pas aussi séraphique que dans le roman de Mme Révay.

Aussi, les pages qui décrivent l’Exode de Paris m’ont rappelé les pages d’Irène Nemirovsky sur le même sujet dans son livre remarquable Suite Française, encore plus crues car vécues par l’écrivaine.

Revenons au livre. C’est une histoire d’amour entre deux personnages fictifs crées par l’écrivaine.

ELLE : Xénia Ossoline, une russe blanche qui avait 15 ans le jour de la Révolution bolchevique; une jeune fille de la meilleure société puisque sa famille fréquente le tsar Alexandre III. Le père sera sauvagement assassiné devant ses yeux, sa famille dépossédée de tout. Elle fuira et s’établira en France avec une soeur, un frère et une vieille servante. Ils connaitront la misère la plus noire jusqu’à ce qu’elle soit remarquée par un grand couturier. C’est elle qui s’occupera de nourrir sa famille, de les défendre, de les porter en avant. Elle fera la connaissance dans une galerie à la mode de Max von Passau, un photographe allemand de renom.

LUI : Max von Passau appartient à une très bonne famille berlinoise, il a une soeur très délurée, fantasque qui épousera un pro-nazi. Il devient très apprécié par ses photographies et sans le vouloir, il sera proche du parti national-socialiste qui connait un essor croissant. Il sera très amoureux de Xénia mais n’arrivera pas à la convaincre de le suivre en Allemagne.

Les années passent, la guerre éclate avec son chapelet d’horreurs. En Allemagne d’abord avec le nazisme, une doctrine de plus en plus sanguinaire; en France ensuite, qui sera occupée, anéantie, humiliée et rendue exsangue. Avec le reste de l’Europe à feu et à sang.

Les éléments historiques dans ce roman sont nombreux et riches en détails et anecdotes, ce qui rend la lecture moins pesante : l’exil des russes blancs, la révolution bolchévique, les années folles à Paris et Berlin, la montée du nazisme, etc.

Il y a dans ce roman deux caractères féminins très forts et très bien campés : celui de l’héroïne Xénia Ossoline et celui de Sara Lindner: deux parangons de courage inouï et en même temps deux femmes avec des faiblesses bien humaines, ce qui les rend d’autant plus crédibles.

Un livre que j’ai lu avec émotion même si je suis réfractaire aux histoires trop romanesques.

LA LOUVE BLANCHE, Pocket 13891, 2009 (Belfond 2008),  ISBN 978-2-266-18956-9

 

Mi verdadera historia de Juan José Millás

Résultat de recherche d'images pour "juan josé millas" Juan José Millás es un escritor y periodista español (Valencia 1946), traducido a más de 23 idiomas y ganador de muchos premios literarios y periodísticos.

En su obra predomina la introspección psicológica donde cualquier detalle se puede transformar en un hecho fantástico. Ha creado un género literario muy personal : el articuento, en el que una historia cotidiana se transforma por obra de la fantasía en un punto de vista para mirar la realidad de forma crítica.

Le he leído varios libros : La soledad era esto (Nadal 1990), un relato bastante corto, angustioso y profundo sobre el mal vivir de una mujer que se descubre a ella misma al cabo del tiempo y los avatares de la vida; No mires debajo de la cama (1999) un texto sin igual para dar vida a objetos inanimados con designios funestos dando  la impresión de realizar un trip de drogadicto con un muy logrado desasosiego del lector; Dos mujeres en Praga ((Premio Primavera 2002) es un libro original, interesante y con un argumento complicado: los personajes viven al lado de una realidad que trastocan por fantasmas personales; El mundo (Planeta 2007) un libro autobiográfico muy « a lo Millás« , es decir, un poco volado con límite extraño entre una realidad y la despersonalización total y que retoma algo del estilo en No mires debajo de la cama.

Mi verdadera historia (2017) con ilustraciones de Lucas Climent Baró es otra novela corta (107 páginas) y muy bien escrita que bajo una historia muy sencilla, encierra tesoros de introspección, de ética, de psicología, de problemas sociales, familiares y de amores mal correspondidos y con mucho humor soterrado ! El tema ahonda muy bien esta época tan difícil e insegura de la adolescencia con esa tendencia patológica hacia el morbo. Según el autor, algo tiene de autobiográfico el libro aunque no corresponde en nada con la aventura del chico protagonista.

Juan José Millás la define como una novela insecto, es decir, una novela simple y compleja a la vez porque a él « le gustan las novelas complejamente sencillas o sencillamente complejas ».

Es una novela de aprendizaje donde un chico de 12 años inicia su adolescencia con un secreto terrible agregando sufrimiento en un momento de la vida en que se sufre tanto. El tema es universal con una narración a la primera persona que habla de sufrimiento, de culpa, de secreto guardado, de relaciones familiares difíciles, de rivalidad entre padres e hijos, de amor. El narrador interpela al lector en permanencia, de ahí que una vez cerrado el libro, el lector quedará meditabundo un buen momento. Porque desde la portada del libro Millás interpela a su lector con esta pregunta pertinente  Y tú…¿qué escondes?

El protagonista de 12 años (sin nombre) es infeliz porque no tiene diálogo con sus padres : la madre tiene sus propios pesares y lo encuentra « rarito » y el padre vive sumido en sus lecturas (es crítico literario) y no le presta ninguna atención. El chico decide suicidarse tirándose de un puente para ser aplastado como un insecto y así, quizás, lograr algo de atención por parte del padre.

Pero antes de pasar al acto, arrojará del puente una canica que ocasionará un accidente automovilístico mortal matando a los padres y a un niño, dejando como única sobreviviente a una chica de su edad, Irene, afeada por una cicatriz y lisiada para siempre.

El chico huye despavorido, oculta su secreto y vive una pesadilla durante años, absorto en su culpabilidad. El lector intuye lo atroz de la situación, sobre todo que la relación con los padres irá empeorando. Con el tiempo el chico está obsesionado con Irene y la busca, se cree enamorado como una expiación/reparación de la monstruosidad de su acto. Hasta que la madre los encuentra en situación evidente y comprometedora, pero la madre e Irene ya intuían el porqué del comportamiento del chico.

El joven adolescente (lo acompañaremos hasta los 18 años) acabará siendo escritor y ganará un premio lo que lo acercará por fin al padre porque de esta manera se ha transformado en un personaje que el padre aceptará de leer.

Todos los protagonistas de esta novela son anti-héroes, seres comunes y corrientes atrapados en sus secretos y tormentos.

¿De qué va en definitiva este libro? Pues en palabras del propio Millás: “Por de pronto toda mi última novela está basada en la ambivalencia, en un complejo sentimiento de culpa: un adolescente provoca de la manera más tonta un accidente de tráfico de gravísimas consecuencias, y eso desencadena una culpa que remodela toda su vida”.

Y muy justamente escribía una bloguera « Juan José Millás nuevamente ha logrado escribir una historia tan redonda como una canica ». Vaya comentario tan a propósito.

MI VERDADERA HISTORIA, Seix Barral 2017,  ISBN 978-84-322-3242-8

Frappe-toi le coeur d’Amélie Nothomb

Image associéeAmélie Nothomb est le nom de plume de Fabienne Claire Nothomb, écrivain belge (Etterbeek 1966) d’expression française. Ella aurait écrit plus de 80 romans, mais publié qu’un seul par an depuis 1992 ( Hygiène de l’assassin). C’est un écrivain prolifique aux habitudes bien connues : elle écrit entre 4 et 8 heures du matin, sur un cahier d’écolier et avec un Bic bleu.

J’ai lu seulement deux ouvrages parmi son impressionnante bibliographie (mais je vais me rattraper): Stupeurs et Tremblements (1999), Prix de l’Académie Française et Prix des libraires du Québec, un roman excellent sur le choc des cultures (occidentale et japonaise), terriblement pertinent; le film d’Alain Corneau (2003) était aussi excellent. Puis Ni d’Ève ni d’Adam (2007) lauréat du Prix de Flore, une histoire d’amour entre une belge et un japonais qui va durer deux ans, histoire pleine d’avatars jusqu’à la fuite de la jeune fille; c’est drôle, intéressant et bien écrit.

Frappe-toi le coeur (2017) pour commencer, c’est un titre magnifique. Il émane, parait-il, d’une citation tronquée d’Alfred de Musset « Ah ! Frappe-toi le coeur, c’est là qu’est le génie« . C’est le 26ème livre publié par Amélie Nothomb. Et quel livre ! Sur seulement 156 pages il va aborder un sujet +/- tabou, celui de la jalousie de certaines mères envers leurs filles. Le sujet n’est pas du tout abordé du point de vue du psychisme ou psychologique, mais du côté pratique dans la vie d’une famille. Il n’y aura pas d’analyse ni interprétations, mais des faits concrets dans un style sec et direct qui va bien pour ne pas tomber dans de le pathos.

C’est un roman d’apprentissage qui nous narre la formation morale et intellectuelle de l’héroïne: Diane.

Nous sommes en France, en province et dans les années 70. Marie est une très jolie fille qui rend jalouses toutes les femmes; cet atout physique qui la distingue des autres est très exploité par elle, et de la jalousie qu’elle déclenche par son physique, elle trouve sa jouissance. À 20 ans elle épousera un très beau parti et sera mère presque tout de suite avec le sentiment d’être dépossédée de sa beauté et volée de sa jeunesse. Le bébé est une très belle petite fille, elle s’appellera Diane et très vite sa mère s’éloignera d’elle, la faisant sentir son désamour voire sa franche animosité.

Est-ce possible de la part d’une mère? Il paraît que oui. Crime contre nature?

Diane comprendra très vite qu’elle doit s’éloigner de sa mère. Elle a la chance d’avoir l’amour inconditionnel des grands parents maternels qui vont l’élever. Elle fera d’excellentes études, sera d’une beauté suprême, mais développera une personnalité assez minérale. Ce qui frappe dans cette histoire, c’est la distanciation qu’elle prend dès son plus tendre âge par rapport à sa mère, avec cette certitude que de trop l’approcher cela lui fera du mal. D’où le développement d’une personnalité qui ne s’épanche pas.

Elle entamera des études de Médecine loin de sa famille (et des conflits) avec un succès total, choisissant la Cardiologie (comme par hasard, elle qui était malade du coeur-affect) où elle fera la connaissance d’une brillante cardiologue dédiée à l’enseignement. Malgré leur différence d’âge les deux femmes vont se rapprocher beaucoup car elles ont des points en commun et s’admirent mutuellement. Au fil du temps Diane va découvrir la vraie personnalité de son « amie » cardiologue, un trait de sa personnalité qui lui rappelle douloureusement sa mère: sa collègue n’aime pas sa fille qui de ce fait, se développe mal. Diane la prendra sous son aile…et nous allons vers le dénuement final qui va nous surprendre.

Très bon roman, avec des phrases sculptées au burin. On va au fond du problème : la jalousie des mères et le ravage sur le psychisme des enfants. Un beau travail romanesque sur des personnalités narcissiques et manipulatrices avec à la fin un magnifique procédé littéraire de justice immanente.

Amélie Nothomb disait dans une entrevue que la jalousie est un dévoiement de l’amour qui peut aller jusqu’à la haine. C’est un brouillage du code de l’amour. Et de se rappeler une phrase de sa mère « l’amour obligatoire, ça n’existe pas« .

FRAPPE-TOI LE COEUR, Le Livre de Poche N°35214 (AN 2017), ISBN 978-2-253-25968-8