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Maria est morte de Jean-Paul Dubois

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Jean-Paul Dubois est un écrivain français (Toulouse 1950) ayant fait des études de Sociologie; il a travaillé aussi comme journaliste et grand reporter. Sa bibliographie est assez vaste: quelques 23 romans !

Son oeuvre pose un regard désabusé et distancé sur le monde et les rapports humains; ses héros ont souvent une vie névrosée, souvent ses personnages sont originaires de Toulouse comme lui même (tout en étant attiré par l’Amérique du Nord). Il y a des choses récurrentes dans les romans de Dubois : le prénom Paul pour le héros,  ou d’Anna pour l’épouse; le rugby apparaît souvent, mais aussi  des accidents et des morts brutales. La voiture peut être aussi un sujet important dans certains de ses livres.

On dit que cet écrivain est vraiment lui même quand il est drôle dans la tragédie et lorsqu’il rend cocasses des situations tristes.

Depuis que je l’ai découvert avec son livre Une vie française, j’ai souhaité lire tous ses livres (sur 23 ouvrages, je n’en suis qu’à la moitié…): Une vie française (2004) un livre qui m’a plu énormément: la vie en parallèle de Paul Blick et de l’Histoire de la France entre 1950 et 2004; il y a une confrontation entre une vie chaotique-atypique et l’Histoire de la Vè République, ses grandeurs et ses bassesses. Le rythme du livre est soutenu, dévorant, avec une tension psychologique hors pair et une fin bouleversante; ce livre a été primé en 2004 par le Prix Femina et le Prix FNAC. La succession (2016), sélectionné pour le Prix Goncourt m’a plu aussi beaucoup, reconnaissant aisément ce style si particulier à l’auteur avec son humour décalé et aiguisé. Vous plaisantez, monsieur Tanner (2006) est un court roman avec des chapitres ultra courts, facile à lire et hilarant en même temps que dramatique. Le cas Sneijder (2011), un autre de ses livres qui m’a plu, couronné du Prix Alexandre Vialatte 2012, tout à fait dans la veine de cet auteur excellent par le regard qu’il porte aux gens et aux choses. Tous les matins je me lève (1988), avec l’histoire d’un écrivain désabusé en manque d’inspiration qui comporte une suite de gags désopilants. Kennedy et moi (1996) un livre assez court, drôle à la façon « duboisienne« , mais il m’a plu un peu moins car peu crédible par certains détails, quoique comportant aussi  des passages désopilants. Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon (2019) qui a obtenu le Prix Goncourt 2019, un très bon roman dont j’ai bien apprécié la partie canadienne. Les accommodements raisonnables (2008) est un très bon Dubois, corrosif à souhait. Cette lecture vient un peu trop vite après celle du Prix Goncourt, mais comme on dit familièrement « l’occasion fait le larron », j’ai eu l’occasion de le lire et j’ai sauté dessus. Si ce livre pouvait m’approcher de toi (1999) est un très ancien Dubois mais déjà nous reconnaissons « la patte » de l’auteur; ce livre a inspiré le réalisateur Philippe Loiret pour son film Le fils de Jean (2016),  mais Loiret  a choisi de se détourner quelque peu du texte et a pris une autre direction pour son film (film non vu). Vous aurez de mes nouvelles (1991) a reçu le Grand Prix de l’humour noir Xavier-Forneret de la même année, c’est un recueil de nouvelles que j’ai trouvé peu intéressant.

Maria est morte (1989) est un livre qui ne restera pas parmi mes préférés. Il m’a quelque peu désarçonnée par l’histoire et les personnages car j’ai trouvé que l’ensemble manquait de cohérence et l’histoire d’intérêt. En revanche, on retrouve bien cet humour latent de Dubois et quelques trouvailles de langage tout à fait originales et farfelues.

Quid de l’histoire? Un type mal défini, Samuel Bronchowski, part à la recherche de son épouse Gloria mal définie  aussi pour lui annoncer le décès de leur fille de 10 ans , qui aurait fait une chute fatale d’un escalier. La petite fille est morte depuis 2 ans et Gloria était partie avant, et la vie de Samuel est construite autour de cette annonce. On ne saura jamais quelles auront été les circonstances de cette mort, ni les circonstances du départ de Gloria. On ne sait pas où habite le protagoniste de l’histoire, Samuel,  mais l’on sait qu’il part dans un pays asiatique afin de la retrouver. On ne sait pas dans quel pays asiatique, sauf que c’est un pays en guerre avec toutes les atrocités inhérentes à la guerre. Toutes les personnes que Samuel croisera dans ce pays sont à la limite de la monstruosité, soit physique, soit morale. Après tant et tant de déboires, Samuel, ne retrouvera pas sa femme, ou si…Pas clair du tout car le récit baigne dans le flou, dans le visqueux, à la limite du malsain.

Quel intérêt cette histoire? Pour moi, aucun, avec un récit par moments cauchemardesque à la Kafka. Seule l’écriture sauve le lecteur de la perte de temps.

On retrouve les sujets de prédilection de Jean-Paul Dubois : les voyages, une ou des morts violentes, la voiture et le savoir pointu autour de la voiture, les piques pleines d’humour contre les dentistes…la chambre ressemblait soudain à une salle d’attente de dentiste. A cela près qu’ici les caries étaient dans les têtes. Elles rongeaient lentement les pensées et donnaient aux idées une haleine accablante…(page 132).

MARIA EST MORTE, Points roman (P14486) 2006, (JP-D 1989),  ISBN 2-75-78-001-6

Lejos de Kakania de Carlos Pardo

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Carlos Pardo es un poeta y novelista español (Madrid 1975); Lejos de Kakania es su tercera novela autobiográfica que necesitó varios años de escritura.

Lejos de Kakania (2019) un bonito e intrigante título citado del libro de Robert Musil El hombre sin atributos (1943) donde Kakania es el nombre sarcástico con el que Musil nombra al Imperio austro-húngaro en su libro. Es el apócope de Kaiserlich u. Königlich (imperial y real), el meollo mismo de Europa Central que los dos protagonistas del libro van a recorrer para sublimar su amistad, su acercamiento y su vocación.

Es una lectura que no me ha resultado interesante aunque el libro es bastante metaliterario y está bien escrito. Pero son los personajes que me han dejado anonadada de tedio al mismo tiempo que de espanto porque la droga de todo tipo corre por sus líneas así como el alcohol. Los poetas siempre han sido los « malditos » de cada generación, rara vez comprendidos, rara vez ensalzados. He de advertir que el largo poema central (129 páginas) me lo he saltado de pé a pá porque la poesía no me atrae y ya tenía más que suficiente con las vidas poco ejemplares de los poetas del libro.

El libro narra sin tapujos la vida de jóvenes españoles que se dicen poetas y viven en camarillas que solo sirven para la introspección permanente. Hay que tener agallas para contar una experiencia así, tan marginal por donde se la mire. Del grupo de jóvenes destacan particularmente Carlos Pardo (que se cita con pelos y señales) y su amigo Virgilio. La amistad de ellos tiene sus altos y bajos, sus acercamientos y desencuentros,  sus períodos de franca envidia mutua también. Los egos están en permanente ebullición. La precariedad del grupo resulta algo chocante, carecen de la estabilidad más básica, pero sin embargo siempre hay dinero para drogas y para libar. El autor tilda en el libro a su generación poética de inexistente, y al libro de cuidadoso y muy franco. El libro tiene bastante humor por momentos lo que lo hace más legible.

Un punto positivo para mi fue encontrar la referencia de un maestro literario que no había cruzado en mi camino de lectora y que tengo que leer porque me parece muy conspicuo. Se trata del austríaco Robert Walser.

Página 422 Carlos Pardo atribuye a su amigo Virgilio un párrafo que me gustó y que leí un par de veces…el corazón es quien comprende la profunda afinidad entre las sutilezas de la conciencia y los niveles de existencia. El corazón entendido como facultad de la imaginación y de la humanidad. No un pensamiento que separa, sino uno que proporciona las imágenes con las que comprenderemos el mundo. El corazón une el mundo y, sobre todo, proporciona las imágenes del alma del mundo.El mundo existe antes que el pensamiento y, por supuesto, también es anterior a la palabra. La lengua es sólo un instrumento con el que se habla. Y quien es mudo, lo es de corazón, no de palabra.

LEJOS DE KAKANIA, Editorial Periférica 2019,  ISBN 978-84-16291-93-9

Là où chantent les écrevisses de Delia Owens

Delia Owens - Babelio Delia Owens est une écrivaine nord-américaine (Georgia 1949) diplômée en zoologie et biologie ayant vécu 23 années en Afrique pour y mener des études sur les espèces animales en danger.

Là où chantent les écrevisses (Where the Crawdads Sing 2018) est son premier roman qui a nécessité une dizaine d’années de travail, un livre qui est resté 97 semaines sur la liste des best sellers du New York Times et qui fut aussi le livre le plus vendu sur Amazon (plus de 7 millions vendus de par le monde…). C’est un vrai roman d’apprentissage et aussi un roman écologiste.

Un film est en cours de préparation par la SONY et devrait être dirigé par Olivia Newman.

Drôle de titre pour un livre et à ce propos l’écrivaine explique que la phrase vient de sa mère qui la tenait du grand père, voulant dire « va le plus loin possible et tu entendras les écrevisses chanter », c’est à dire, écoute la nature,  va aussi loin que tu peux dans la nature là où les animaux sont encore sauvages, où ils se comportent comme de vrais animaux.

C’est une très belle et émouvante histoire, l’histoire de l’immense solitude d’une sauvageonne abandonnée par sa mère à 6 ans dans les marais de Caroline du Nord, puis par ses deux soeurs et deux frères (qui fuiront le père) et finalement par son père (un alcoolique violent). Elle a du survivre dès ses 7 ans dans un état de solitude miséreuse inimaginable, la plupart du temps devant se cacher dans le marais qu’elle connaît à la perfection, car les prédateurs humains posaient problème régulièrement.

Le roman est un hymne à la nature avec détails sur la flore et la faune, spécialement sur les oiseaux. Mais le côté scientifique ne s’alourdit jamais au détriment de cette bonne intrigue. La petite fille est Catherine Danielle Clark connue comme Kya, elle habite la cahute de ses parents, lointaine de 7 Km du village le plus proche, Barkley Cove; nous sommes en Amérique dans les années 50 et ces blancs pauvres vivent comme au Moyen Âge, pieds nus, couchant dans des matelas à même le sol et les enfants laissés  dans un total illettrisme. Et pourtant, les deux parents avaient des origines bourgeoises, mais ils tombent dans la déchéance.

Nous allons suivre Kya au fil des années et nous serons étonnés de constater la connaissance qu’elle a de son microcosme, l’intérêt et le respect qu’elle porte à la nature. Le tournant dans sa vie se fera quand son ami des marais, Tate, lui apprendra à lire. A partir de là, Kya n’arrêtera pas de s’instruire en lisant des ouvrages fournis par son ami Tate qui deviendra un grand biologiste. Mais Tate va la trahir quelques années après, ce qui va ébranler sérieusement l’esprit de Kya qui va comprendre que l’on ne peut faire confiance à personne. Jeune fille devenue belle et sauvage, elle fera la connaissance du mauvais garçon qui va l’entraîner dans la violence. Quant à elle, elle publiera des livres à succès qui la feront connaître comme une grande spécialiste de la faune et de la flore du marais côtier.

L’écriture est par moments très lyrique et elle s’envole pour nous décrire les créatures du marais…elle avait observé les hérons de près, toute sa vie. Cet oiseau à la couleur d’une brume grise qui se reflète dans l’eau bleue. Comme la brume, il peut s’évanouir dans le décor et disparaître complètement, à l’exception des cercles concentriques de ses yeux fixes et perçants. C’est un chasseur patient, qui attend seul le temps qu’il faut pour se jeter sur sa proie ou, en la guettant, il s’en approche lentement, un pas après l’autre comme une demoiselle d’honneur prédatrice. Et pourtant, en de rares occasions, il chasse en vol, fond subitement, le bec en avant, telle une épée.

L’originalité de ce livre réside pour moi dans une bipolarité de la teneur : la vie de Kya dans un cadre écologique tellement spécial et bien décrit, puis le drame humain d’une mort violente dont nous suivrons pas à pas les conséquences jusqu’à la fin de l’énigme, fin surprenante d’une violence presque tellurique.

Un livre envoûtant qui ébranle le lecteur. Delia Owens a dit que Kya avait beaucoup d’elle: l’amour de la nature et de la recherche scientifique. D’avoir longuement étudié les animaux, elle conclut que nous sommes faits pour faire partie d’un groupe fort mais si nous restons isolés, c’est l’instinct qui prend le dessus.

LÀ OÙ CHANTENT LES ÉCREVISSES, Éditions du Seuil 2020 (D.O. 2018),  ISBN 978-2-02-141286-4

Educar a los topos de Guillermo Fadanelli

Guillermo Fadanelli - Inicio | Facebook Guillermo Fadanelli es un escritor mexicano (Mexico DF 1960) con una obra en buena parte autobiográfica y en un estilo que han calificado de satírico-belicoso. Es autor de aforismos, cuentos, novelas y ensayos. En su obra, los temas recurrentes son el pesimismo, la ciudad, la ironía y el escepticismo.

Educar a los topos (2006) es una novela de aprendizaje donde el autor narra la traumatizante experiencia de haber sido inmatriculado a los 11 años en una escuela militarizada donde primaba la bestialidad más primitiva. Su padre tomó esta decisión de manera arbitraria con un niño que no presentaba ningún tipo de dificultad en su desarrollo. Y Guillermo Fadanelli saca la conclusión de que en vez de corregirse (de qué?), se hizo más cínico (el precio que se paga por la sobrevivencia ?). ¿Y la inocencia mancillada de esos niños? Hete aquí lo que piensa el escritor…los niños conocen tan bien o mejor que sus padres el negocio de humillar a los otros: la inocencia infantil es un cuento de hadas que los adultos se cuentan a sí mismos para tranquilizarse, un eufemismo.

No es una lectura que me gustó porque el contenido no logró despertar mi interés. El libro está muy bien escrito en un español lejos de todo coloquialismo mexicano. Estoy de acuerdo que tomar una decisión así con un crío es casi criminal, ya se han visto otras atrocidades y/o aberraciones cometidas con los niños en este valle de lágrimas.

A los 11 años Guillermo Fadanelli ingresa a una escuela militarizada donde sufrirá humillaciones y vejaciones diarias que hacen parte « de la normalidad » en un mundo de brutos ignorantes a lo que le llaman « educación a la dura »  y que, in fine, produce una distorsión del alma.

El libro está escrito con una originalidad temporal que consiste en narrar la triste aventura del joven Fadanelli y súbitamente pasar al entierro de su madre (el padre ya ha muerto). Él es el hijo mayor lo que conlleva cierta responsabilidad en el acto, pero el lector siente ese resquemor, ese velado resentimiento hacia la actitud de los padres, que por lo demás (y por suerte), no duró más de 2 años en razón de un grave incidente acaecido en la insigne academia…

¿Y los topos del título ? La palabra topos aparece varias veces en el relato cuando los padres salen definitivamente de la casa de la abuela paterna que los había hospedado durante años, para instalarse en una casa construida con mucho esfuerzo en un barrio nuevo, todavía rural (Cuemanco, al sur de la capital)  donde los campos colindantes estaban asolados por manadas de topos y donde los dichos topos asomaban la cara para mirar al niño mientras leía y otras veces, cuando los padres tenían violentas disputas, los hijos se hubiesen guarecido dentro de los agujeros que los topos cavaban en el jardín, hendiduras enormes que el padre no había logrado hacer desaparecer. La última frase del libro conlleva un pensamiento hacia su madre, qué algo luchó para defenderlo y sacarlo de la escuela militar y que le había pedido un favor que él no cumplió…siento angustiosos deseos de volver a poner las cosas en su lugar, pero es demasiado tarde porque sé que no lo haré, que las horas que han pasado después de cubrir el catafalco de tierra son ya intransitables, puentes caídos, túneles de topos sin salida.

EDUCAR A LOS TOPOS, Anagrama 2006,  ISBN 968-867-311-0

Las mutaciones de Jorge Comensal

 

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Jorge Comensal es un escritor mexicano (México DF 1987); cursó estudios de Letras Hispánicas, Linguistica y Filosofía de la ciencia. Con tales estudios se entiende que esté fascinado por la neurobiología; tiene a su haber investigaciones en neuro-linguistica. Su estilo (por lo menos en este libro) se inspira en el de su compatriota y tocayo Jorge Ibargüengoitia con esa visión tan sardónica del mundo y esa manera de abordar un tema con su consiguiente demistificación.

Las mutaciones (2016) es su primer libro y es un acierto. Hace tiempo que no leía algo tan simpático e inteligente por el contenido, pero sobre todo por la manera de tratarlo y de apoyarlo con conocimientos científicos que necesitaron un par de años de documentación. Es una novela realista llena de humor irónico y de precisiones científicas con un buen análisis societal. Es también una lograda tragicomedia sobre temas tabúes como el cancer, los dramas familiares, el costo de la salud, la profesión de abogado y la práctica de la Medicina, al mismo tiempo que nos transmite información sobre las mutaciones genéticas.

La novela se arma entorno de Ramón Martínez, un exitoso abogado mexicano casado con Carmela, también abogado, pero que no necesita ejercer. Tienen dos hijos, dos adolescentes insoportables de autismo existencial, egoistas y encerrados en sus propios demonios (la bulimia para la hija y el onanismo para el hijo). Una empleada, Elodia, que es parte integrante de la familia y  adora a su patrón desde que éste la ayudó económicamente con la enfermedad de su madre. Tenemos también el personaje del hermano menor de Ramón, un perfecto desgraciado que se comportará como el rufián que es, un magnífico canalla. Otro personaje entrañable es Teresa, la psicoanalista que se ocupará del disminuido Ramón y que emplea métodos poco ortodoxos con sus pacientes (hoy en día es una realidad en algunos países con fines terapéuticos…)

Los personajes y las situaciones están estupendamente descritos. Es un puro deleite progresar en la lectura. Y por tanto…el tema es siniestro…pero está tan inteligentemente abordado que se lee con fruición, sin patos y con una sonrisa. ¿Es posible? Yes.

A Ramón le van a descubrir un cancer raro, producto de una mutación genética cuyo tratamiento es bastante radical y extremo, ya que lo privará definitivamente del instrumento de su trabajo. Es interesante asistir al comportamiento de cada uno de los miembros de esta familia, hasta la idea genial de Elodia de traer a casa a un loro maltrecho, de una especie en vías de extinción, pero  es el loro más mal hablado y lenguaraz del reino animal. Ramón lo llamará Benito (por Benito Juárez).

Fuera del ámbito de esta familia de clase media alta, tenemos una crítica socarrona y justificada de la medicina donde los egos son más grandes que el Titanic y ciertos ególatras están dispuestos a todo con tal de publicar algo que los propulse al cenit, al estrellato inclusive si las noticias son falsas o no aún científicamente comprobadas. El joven escritor Comensal nos brinda  reflexiones interesantes, como por ejemplo sobre el impacto en nuestras vidas de los avances científicos. El mundo de la Oncología está muy bien ahondado y muy justamente el escritor dijo un día que los oncólogos son seres que deben esconder el alma.

Un par de citaciones del libro que me parecen acertadísimas:

Por más que hayan nacido tiernos, suaves y jocosos, los oncólogos siempre acaban dominados por la melancolía. Ningún otro especialista, ni siquiera el médico forense, sostiene relación tan familiar con la desgracia. El alma del oncólogo se ausenta para no pudrirse. Cuando un paciente incurable le suplica un mendrugo de esperanza, el médico no puede darle a comer mentira, no le toca ser piadoso sino profesional.”

Jorge Comensal ¿Qué clase de vocación, la Oncología, qué tipo de revancha o recompensa comporta esa especialidad? ¿Qué caminos llevan a carrera tan sombría, vocera de la desgracia, administradora de curas atroces y fármacos letales? Al mirar el rostro de un oncólogo es preciso recordar que adentro existe un móvil, una causa, un trauma del inconsciente, un heroísmo masoquista, una macabra curiosidad; acaso el deseo de emular al padre, de matarlo o complacerlo, o de obtener la residencia en un hospital para ricos. El consultorio del oncólogo es la escena de un crimen psicológico; detrás de los diplomas que adornan sus paredes hay motivos que huyen de la luz.

Una estupenda novela, muy realista. Habrá que seguir de cerca a este prometedor y joven escritor…

LAS MUTACIONES, Seix Barral 2019 (J.C. 2016),  ISBN 978-84-322-3544-3

Cicatriz de Sara Mesa

Cicatriz - Sara Mesa. Opinión de Francisco Vélez Nieto | Sur de ... Sara Mesa es escritora, poeta y periodista española (Madrid 1976) con estudios de filología hispánica. La escritora se dio a conocer en 2012 cuando su novela Cuatro por cuatro resultó finalista del Premio Herralde de Novela (libro no leído).

Cicatriz (2015) fue considerada el año de su publicación como una de las mejores novelas por varios periódicos españoles,  premiada con el Premio Ojo Crítico de Narrativa 2015 y el Premio Literario Arzobispo Juan de San Clemente 2017 (O temps, O mores, premiando una obra donde el robo y la mentira dominan así como las conductas sexuales desviadas…).

Cicatriz es sin duda una novela posmoderna con personajes de identidad mal definida y de poca monta; se ambienta en los años previos (años 90) a esta comunicación tan epidérmica e inmediata de las redes sociales pues estamos en los años del intercambio de verdaderos correos electrónicos bien redactados. Por ese lado es también, en parte, una novela epistolar.

Cicatriz narra la relación virtual que establece una chica, Sonia, aburrida en su triste vida con un personaje que conocerá  en un foro literario. Sonia es un personaje mejor definido en el libro, con un nombre y un pasado. Él se hace llamar Knut Hamsun y reside en Cárdenas, una ciudad que la escritora ya utilizó en su novela Cuatro por cuatro.  Todo es ambigüedad, pero es Knut quien lleva las riendas en esta estúpida y aberrante relación. Todo comienza con la exigencia de una foto de ella y luego es el afán de intercambiar opiniones sobre libros. Para eso,  Knut empezará a robarlos para ella, quien carece de medios económicos, y se los mandará a domicilio aunque exige la devolución del dinero del importe de correos (?). Knut es un ser bastante secreto, algo erudito (ha dejado los estudios, pero lee mucho), fetichista y sado-masoquista light, tiene opiniones interesantes/reflexivas por momentos, pero él es definitivamente un personaje « rarito », transgresor, exigente y dominante. Ella es una perfecta idiota que se embarca en una relación virtual de una gran dependencia con mucha manipulación, acoso, chantaje, provocación y corrupción por dinero.

Sonia no sabe transar en esta relación de ambiente asfixiante y que va a durar años cubriéndola de culpabilidad por tanta impostura. ¿Qué la motivó al principio? Pues sentirse halagada, obsequiada, deseada en una relación sin compromisos, sorprendente, sin intercambio de sexualidad porque Knut tiene una idea  especial de la sexualidad : el acto no se debe disfrutar desde el principio, sino que se debe fantasear. Y para fantasear a sus anchas, Knut pasa de los libros a los perfumes, a la lencería y a la ropa de marca exigiendo de vez en cuando alguna foto. Y Sonia accede y se empantana cada vez más en una relación aberrante que la llena de culpa. Es una relación como un juego peligroso  con ventajas y desventajas y el vértigo de lo desconocido. Sonia siente atracción, pero luego repulsión por Knut que le resulta tan exhaustivo y exigente además que físicamente poco atractivo.

El lado positivo de esta relación aberrante es el hecho que Knut insista para que Sonia se dedique a la escritura porque le ha leído algo y lo encuentra bueno. Le propone un mecenazgo con tal de que ella escriba aunque sea una literatura comercial (ella que ni siquiera ha leído los libros que Knut le ha mandado…). La paradoja humana en todo su esplendor.

El libro está escrito con una cronología desordenada que me molestó por momentos porque no se sabe muy bien en qué temporalidad estamos…Un punto fuerte de la escritora es una escritura pulcra y muy elíptica que obliga al lector a completar los vacíos; suena muy moderno y me recordó la escritura de la argentina Samanta Schweblin y de la mexicana Guadalupe Nettel, por cierto, excelentes escritoras con ambientes asfixiantes a la Dostoyevski, miradas turbias perturbadoras y fronteras confusas.

¿Y la cicatriz del título? La única vez que Sonia y Knut se encontrarán será en la ciudad de Cárdenas donde él reside, y solo se besarán aunque Knut la obliga a desnudarse un poco descubriendo la cicatriz de Sonia, resultado de una cesárea. Porque los años han pasado y Sonia se ha casado y tenido un hijo : marido e hijo no cuentan en el relato. Y en el libro se lee el párrafo siguiente sobre la metáfora que puede ser una cicatriz…en la vida no se puede perder la cuenta de las operaciones realizadas porque están ahí como una cicatriz, la marca de lo que fue y sigue siendo. La prueba de lo ganado y lo perdido.

Una muy buena citación en el libro sobre la mentira : la mentira es esencial porque la verdad es incomunicable.

Un libro que no me ha gustado ni por su contenido (decadente) ni por su estilo aunque reconozco que conlleva mucha modernidad.

CICATRIZ, Anagrama 2015, ISBN 978-84-339-9792-0

Alegría de Manuel Vilas

Día del Libro 2020. Manuel Vila presenta su novela "Alegría" - YouTube

Manuel Vilas es un escritor y poeta español (Huesca 1962).

Ordesa (2018) vendría siendo su sexta novela y ha sido un fenómeno literario en España desde su publicación en enero 2018, va por la 14-ava edición y más de 100 000 ejemplares vendidos ! Ha sido catalogado como libro del año por varios periódicos; recibió en Francia el Premio Femina Étranger 2018 y una  nominación para el Premio Médicis Étranger. Publiqué una reseña sobre Ordesa en julio 2019, un libro que logró conmoverme por la universalidad del tema, aunque me pareció que conllevaba demasiado patos.

Alegría (2019) finalista del Premio Planeta 2019 es casi una secuela de Ordesa, es decir que el autor expone nuevamente una verdadera obsesión en torno a la muerte de sus padres y no logra salir del discurso tan desnudo de Ordesa que nos había conmovido con la cruda exposición de sus sentimientos en un vapuleado ego. Esta vez tenemos el mismo discurso, quizás menos desesperado y queriendo exponer a como venga un « sentimiento de alegría » que desgraciadamente suena con demasiado morbo. El autor-narrador está obseso con comunicar cada día con sus queridos padres fallecidos,  donde él esté. Su vida está regida por ese memento mori que lo persigue por doquier y resulta engorroso para el lector. Está bien que Ordesa le haya servido para terminar el difícil trabajo de duelo, pero debiera dejar en paz la memoria de esos queridos padres. Estamos cayendo en  cierto exhibicionismo.

Otro elemento que me pareció delirante es la total falta de autoestima del autor que dice no merecer nada en este valle de lágrimas. Cómo puede decir eso cuando se le  ha visto triunfar y llegar al corazón de tanta gente…Tampoco tiene en alta estima a sus connacionales, página 158 se lee…no son exactamente los estadounidenses quienes te miran con pena o desprecio cuando ven que no sabes hablar inglés, sino los españoles que saben hablarlo. Por eso España es un país cruel, porque produce ese tipo de gente incompasiva y fanática. Cuando un español que habla inglés ve a otro que no lo habla, enseguida lo desprecia, porque el desprecio es nuestra identidad histórica.

Una lectura que no me aportó mucho después de leer Ordesa.

ALEGRÍA,  Planeta (AE&I) 2019,  ISBN 978-84-08-21785-5

Tout sur mon frère de Karine Tuil

Tout sur mon frère - Karine Tuil - SensCritique

Karin Tuil est une écrivaine française (Paris 1972) ayant fait des études de Droit et de Sciences Politiques. Elle a déjà publié pas mal de livres (11?) et je ne l’avais pas lu jusqu’à récemment. Grave erreur ! Elle écrit très bien et les deux livres lus sont d’une grande pertinence, ils sont intelligents.

J’ai déjà lu Interdit (2001) que j’ai adoré, c’est le deuxième roman de l’auteur: nominé au Prix Goncourt des Lycéens et lauréat du Prix Wizo. Plein de dérision et d’humour juive, drôle et bienveillante. Les choses humaines (2019) m’avait été très recommandé et maintenant je comprends pourquoi, un livre bien écrit, terriblement pertinent et qui aborde des sujets d’actualité. Un livre dur comme le temps qui court. Il a été primé par l’Interallié et le Goncourt des Lycéens 2019, c’est peu dire.

Tout sur mon frère (2003) est le quatrième roman de Karine Tuil et encore une bonne surprise de lecture. Sous un aspect un peu facile, il y a dans ce roman une étude psychologique et sociologique d’une grande profondeur qui laisse pantoise, car cette histoire ébranle le lecteur.

C’est l’histoire de deux frères mal assortis depuis l’adolescence. Les parents appartenaient à la classe moyenne assez intellectuelle : la mère professeur de grec et le père traducteur d’espagnol. Leur monde étaient les livres, livres qu’ils incitaient à lire aux deux frères. L’aîné est Arno qui va étudier le Droit et le cadet c’est Vincent qui fera tout pour gagner de l’argent au plus vite afin de ne pas mener la vie étriquée infligée par les parents.

Avec le temps l’opposition des deux frères sera féroce, surtout que Vincent deviendra un trader menant une vie stressante mais gagnant beaucoup trop d’argent. Il sera mal marié avec une femme vénale avec qui il s’ennuie. Son credo c’est gagner de l’argent, le dépenser, le montrer, avoir des maitresses auxquelles il impose un contrat de discrétion et la coke à longueur de journée pour tenir le coup. Vincent est un être antipathique, égoïste, hypochondriaque et finalement assez mal dans sa peau …(voilà pourquoi je préférais le désordre, j’avais fait le choix d’une vie chaotique, instable: la rigueur et la discipline m’apparaissaient comme les antichambres de la mort).

Quant à Arno, c’est plus ou moins un raté qui a trouvé le moyen de gagner un peu d’argent en écrivant des romans sur la vie dissolue de son cadet.

Après le décès de leur mère, disons par chagrin (pour éviter le spoiler), leur père fera un AVC qui va le rendre plus ou moins végétatif et à cette occasion les deux frères pourront enfin dialoguer et tirer quelques conclusions sur leur père et leur passé.

Il est question souvent dans ce livre des films de Pedro Almodovar qui sont tellement kitsch et en même temps tellement forts en affects. Vincent reconnait son frère dans le personnage du jeune homme idéaliste qui souhaite devenir écrivain dans le film Tout sur ma mère et de ce fait, il pense que le premier livre d’Arno plagiant sa vie amoureuse aurait du s’appeler Tout sur mon frère. Nous avons ainsi la clé du titre de ce livre.

On ira de surprise en surprise et la descente aux enfers n’épargne aucun sentiment sordide. Les aspects légaux de cette violation de la vie privée d’une personne sont très bien étudiés et la fin du roman est surprenante et instructive.

Encore un bon roman noir de Karine Tuil.

TOUT SUR MON FRÈRE, Grasset 2003,  ISBN 2-246-65401-7

Almuerzo de vampiros de Carlos Franz

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Carlos Franz es un escritor chileno-español (Ginebra 1959) que posee la doble nacionalidad. Es miembro de la Academia Chilena de la Lengua desde 2013. Se le considera como un escritor de la llamada generación del 90 y se formó en los talleres literarios de José Donoso.

Le he leído algunos libros :  El lugar donde estuvo el paraíso (1996), finalista del Premio Planeta Argentina que se llevó al cine en 2002 por Gerardo Herrero. Libro y película son muy buenos, con una excelente correlación entre el libro y la adaptación cinematográfica. Santiago Cero (1989), el primer libro de Carlos Franz, un texto que debe conllevar mucho de autobiográfico y que resultó para mí una lectura algo enredada, pero es un libro-documento ambientado por la mitad de los años 70, en una época difícil, sobre todo para los estudiantes universitarios. La prisionera (2008) es un compendio de 10 cuentos que me ha encantado por varias razones : están muy bien escritos, son apasionantes por lo bien hilvanados, tienen algunos personajes inolvidables que marcan y, originalidad suprema, suceden todos en el mismo lugar llamado Pampa Hundida, un oasis en el desierto de Atacama hacia la frontera con la cordillera. Y no solo suceden en el mismo lugar sino que los mismos personajes van apareciendo en los diferentes cuentos, pero sin que las historias se mezclen, lo que otorga más realidad y profundidad a los relatos. Como el Macondo de García Márquez o Colonia Vela de Osvaldo Soriano, Carlos Franz tiene ahora su Pampa Hundida, un lugar creado por su imaginación.

Almuerzo de vampiros (2007) es una re-lectura porque simplemente la primera vez no pude terminarlo, encontrando el texto soez y sin interés. Varios años después me he forzado a retomar el libro por una razón pedestre, la de haber comprado el libro y tenerlo en perpetua espera sobre mis cargados anaqueles.

Aunque entiendo mejor esta vez el texto, lo leo con más calma y dedicación, tampoco me ha gustado por la vulgaridad lexical absoluta que « ensucia » el mensaje subliminal de esta novela compleja. Almuerzo de vampiros es una sátira muy negra= perdonen el oximoron (sátira o cortesía de la desesperación según Franz), es una novela poliédrica con muchas facetas para el propio Franz sobre los ideales de la juventud traicionados por la edad madura.

Dos amigos muy dispares se encuentran, treinta años después,  en un restaurante de Santiago en un almuerzo larguísimo y se disponen a charlar sobre un pasado común en el Internado del liceo santiaguino Barros Arana. Entre muchas cosas y anécdotas, recuerdan a un profesor de castellano que los marcó por su erudición y manierismo; especialmente al narrador del libro (¿alter ego del autor?). El narrador del libro fue un niño huérfano que un pariente de provincias « ubicó » en el internado para su educación. Es fácil imaginar la inmensa influencia que significó para este chico el haber sido destacado por un profesor de castellano tan conspicuo, a tal punto que creyó que lo amaba; pero después del golpe de estado, este profesor tuvo un rol ambiguo y desapareció de la circulación. Después de amar platónicamente (?) el liceano llegó a odiarlo porque el profesor lo dejó abandonado en condiciones que le había inculcado cómo hacer bellas preguntas, pero lo dejó con horrendas respuestas.

En los años de la dictadura y del toque de queda, el protagonista estudiaba de día y manejaba un taxi de noche para ganar unos pesos. De esta manera se va a involucrar con un grupo de personajes esperpénticos, decadentes y grotescos que desean realizar una película llamada « La talla de Chile »; estos personajes viven de noche a cuestas de Lucio el único del grupo que maneja dinero, son depravados que sobreviven en el Chile del toque de queda; la « talla » para los chilenos es un sinónimo de broma, a menudo pesadas y de doble sentido encontrando su origen en el florido hablar del « roto » chileno, el personaje popular por antonomasia. En esta noche seductora y apasionante de un Santiago bajo toque de queda, el narrador tendrá experiencias bastante fuertes donde reina un erotismo enfermo de bestialidad.

Y la novela sobreabunda en lo que llaman el « genital dialecto chileno ».

Se puede hacer una metáfora con el ingenuo taxista nocturno en el rol de Fausto vendiendo su alma a un Mefistófeles encarnado por « el maestrito » o el bufón de Lucio que imita muy de cerca a su antiguo profesor de literatura (Lucio, como el narrador, es también  un ex alumno del Internado Barros Arana y tuvo al mismo profesor).

El meollo de la novela sería el planteamiento que se hace Carlos Franz sobre los sobrevivientes que escaparon a las represalias del golpe de estado y supieron adaptarse a las nuevas condiciones, llegando a ser expertos en el arte decadente de sobrevivir porque « un sobreviviente no está vivo ni muerto », como los vampiros, lo que explica el título de la novela. El vampiro que aspira a ser eternamente joven (y no solo a chupar la sangre) y a no morir.

Serían tres libros de Carlos Fuentes que están comunicados : El desierto (2005), Almuerzo de vampiros (2007) y La prisionera (2008) donde el escritor aborda el tema del retorno a la patria herida por un pasado reciente.

Puede que la novela tenga un gran alcance, pero la sordidez del tema y el lenguaje hampón me han desagradado.

Aquí una presentación del libro que da otras luces que las mías que son más bien negativas:

https://canal.uned.es/video/5a6f5bc1b1111f8f798b45e9

 

ALMUERZO DE VAMPIROS, Alfaguara 2007,  ISBN 978-84-204-7348-2

La vie mode d’emploi de Georges Perec

 

Georges Perec — Wikipédia

Georges Perec fut un écrivain, verbicruciste, lipogrammatiste, dramaturge, traducteur et librettiste français (Paris 1936-Ivry sur Seine 1982). Il devient membre de l’OuLiPo (Ouvroir de Littérature Potentielle) en 1970, un mouvement créé en 1960 par Raymond Queneau, un écrivain féru de mathématiques et de français qui définit son groupe comme un atelier qui rassemble des mathématiciens et des littéraires. Perec deviendra un élément emblématique du groupe car il a trouvé là un terrain fertile lui permettant d’explorer des processus formels d’écriture de plus en plus complexes. Il va multiplier les exercices comme les palindromes, l’anagramme, le lipogramme ou le monovocalisme. Il va approfondir ses recherches sur les contraintes et les modèles mathématiques dont l’accomplissement sera son roman La vie mode d’emploi. Il aura droit à un adjectif distinctif définissant son passage par le royaume des lettres : un style perecquien et un projet perecquien qui se voulait réaliste, avec une première exigence, la volonté de totalité en fondant ses structures romanesques d’exhaustivité. Ceci est démontré avec génie dans La vie mode d’emploi qui a comme sous titre Une histoire des années 60 avec une véritable analyse critique des signes et du langage de cette époque (cf  Bernard Magné dans l’introduction de  cette édition). Bernard Magné écrit que la structure du roman est parfaitement cohérente avec une écriture conçue comme « un jeu qui se joue à deux » entre l’écrivain et le lecteur et une tension jamais définitivement résolue entre « rester caché » et « être découvert », cette démarche ludique de l’impli-citation est aussi pour le romancier une manière de s’inscrire dans la lignée de ses grands prédécesseurs : Rabelais, Sterne, Stendhal, Jules Verne, etc.

Le spécialiste de Georges Perec,  Bernard Magné signale que le roman conserve dans sa trame les traces d’un vécu quotidien; il contient des multiples histoires, dissimulées par le déroulement des fictions, des bribes éclatées et minuscules d’une sorte de journal intime, dont l’écrivain ne méconnait pas le paradoxe, références inaccessibles au lecteur en constituant un code qui existe pour Perec seulement.

La vie mode d’emploi (1978) a été couronné par le Prix Médicis de la même année, c’est une oeuvre colossale, son chef d’oeuvre, qui porte le sous-titre de Romans bien mérité car ce livre est un roman dans plusieurs romans :  600 pages, 6 parties, 99 chapitres et un épilogue, 2000 personnages; cet ouvrage aurait nécessité presque 10 ans de travail et avait hanté l’écrivain dès 1967 avec un cahier des charges ébauché à partir de 1969. L’ambition dans ce livre est l’exhaustivité qui est aussi l’ambition de toute l’oeuvre de Perec. Pour l’écrire, il se serait inspiré d’un dessin de Saul Steinberg (un dessinateur au New Yorker) paru dans son livre The Art of Living (1949) où l’on voit un immeuble new yorkais dont on a enlevé la façade. La contrainte littéraire volontaire est utilisée ici comme moteur de créativité. Toutes les contraintes du livre ont été exposées dans un autre livre, Cahier des charges de La vie mode d’emploi (1999).

L’espace précis de ce roman est un immeuble sis au 11 de la rue Simon Crubellier dans le XVII arrondissement de Paris (lieu fictif), dans un immeuble construit en 1875 avec un récit qui se terminera exactement le 23 juin 1975 vers 20 heures. C’est un immeuble de 6 étages plus 2 étages de combles et des caves.

C’est une oeuvre totale, une fresque qui parle de la vie et de la mort et qui comprend plusieurs genres : policier, aventures, sociologique, sentimental, fantaisiste, picaresque, jubilatoire. Le livre est écrit principalement au présent de l’indicatif;  ce texte énigmatique et extrêmement riche, oblige le lecteur à trouver son chemin. L’unité temporale est donnée par la mort de l’un des deux personnages principaux, l’anglais Percival Bartlebooth le 23/08/1975. Dans ce roman on aborde de multiples savoirs imaginaires donnant des détails fragmentaires et jouant comme des moteurs dans le récit :cartographiques, historiques, archéologiques, ethnographiques, en pétrochimie, peinture, lexicographique et j’en passe. Mais ici le savoir n’a pour fin que le romanesque teinté d’humour parfois irrésistible.

Le livre a connu une adaptation théâtrale en 1988 par Michael Lonsdale.

La cahier de charges de ce roman est constitué de 42 listes de 10 éléments chacune. Chaque liste est associée à un modèle mathématique, le bi-carré latin orthogonal d’ordre 10, grille de 10*10 cases qui se superpose au plan de l’immeuble. Ce modèle a permis à Georges Perec de repartir dans chaque chapitre les 420 éléments listés sans rien laisser au hasard et en évitant toute répétition. Et pour passer d’un chapitre à un autre, il a recours à un problème de logique lié aux échecs, qui impose au cavalier de parcourir toutes les cases de l’échiquier sans jamais passer par la même: c’est l’algorithme ou polygraphie du cavalier. Un mécanisme efficace qui permet de créer des histoires et des pages riches en détails.

Ce livre est construit comme un puzzle et l’énorme machine narrative assez diabolique, unit parfaitement tous les habitants de l’immeuble. Ce serait  une oeuvre avec des éléments autobiographiques où percent les drames vécus par l’auteur. L’humour est omniprésent et cette multiplicité de personnages est essentielle pour le bon déroulement de la fiction.  Il est Impossible de résumer une telle oeuvre dont la lecture vous laisse pantoise, esbaudie, ébahie, knock out…Il y a du génie, de l’originalité, de l’érudition, de la maniaquerie aussi. Il faut rappeler l’énorme retentissement que connut la parution de ce livre sur le milieu littéraire de l’époque; avec un texte qui n’a pas vieilli d’un iota. Comme anecdote, l’écrivain Martin Winckler a choisi son nom de plume d’après un personnage important de ce livre.

Chacun des 99 chapitres commence par un descriptif minutieux de la pièce avec ses objets, puis il y a souvent une histoire à raconter autour de l’un des personnages. Il y a des histoires pour tous les goûts, certaines sont très savoureuses. C’est vrai que c’est un livre que l’on peut lire de différentes façons : soit par une lecture linéaire, soit  en ne lisant que les chapitres dédiés à l’un des personnages, soit en lisant les chapitres qui concernent les communs de l’immeuble, non dénoués aussi d’histoires savoureuses. Dans ce roman, il y a en apparence pléthore de savoirs, mais très souvent c’est une création fictionnelle de Georges Perec.

Le livre est construit vraiment comme un puzzle où les histoires s’imbriquent aisément autour de l’occupation de l’immeuble. Il y a trois personnages importants dans le livre qui incarnent la création:  1) le riche et excentrique anglais Percival Bartlebooth, un esthète élève de Valène qui va consacrer sa fortune à la construction de puzzles. Pour cela, il va prendre des leçons d’aquarelle pendant 10 ans auprès de Valène;  2) Valène est le doyen de l’immeuble, professeur de peinture et  3) Gaspard Winckler un artisan accompli qui sera commandité par l’anglais dans la préparation des puzzles. Bartlebooth est plus que nul en aquarelle, mais au bout de 10 ans, il partira 20 ans en voyage à travers le monde afin de peindre des ports à l’aquarelle, accompagné de son factotum. Tous les 15 jours il va envoyer à Winckler, un artisan hors pair qui habite aussi à la même adresse, une aquarelle que celui-ci va coller sur un support puis la découper finement en 750 morceaux pour les déposer dans des boîtes spécialement commandées. Au bout de presque 500 aquarelles devenues puzzles, Bartlebooth décide de les détruire car son cycle « créatif » est la destruction de l’oeuvre sur les lieux mêmes où elle a été créée; il voulait que le projet tout entier se referme sur lui-même sans laisser de traces, il voulait que rien, absolument rien n’en subsiste, qu’il n’en sorte rien que le vide, la blancheur immaculée du rien, la perfection gratuite de l’inutile.  L’aboutissement d’une vie réduit à zéro par son seul vouloir ! (vanitas vanitatum).  Un personnage complexe que ce Percival Bartlebooth, inspiré du Bartleby de Herman Melville, dont la devise était « I would prefer not to » (j’aimerais mieux pas), un autre personnage qui se laissera mourir…mais aussi inspiré du Barnabooth de Valéry Larbaud. La devise de l’immatériel Percival Bartlebooth était « Je cherche en même temps l’éternel et l’éphémère« .

La vie de Percival Bartlebooth : 50 ans de vie pour RIEN, quel mode d’emploi !

Il y a un personnage qui pourrait être identifié avec l’auteur Perec, il s’agit de Cinoc, porteur d’un nom d’origine polonaise, qui voudrait rédiger le Grand Dictionnaire des mots oubliés, or ce roman perecquien rassemble tous les noms d’objets quotidiens et ordinaires de la moitié du XX siècle avec l’énumération, toujours du même nombre d’objets chaque fois que l’on change de pièce. Cinoc apparait dans la troisième partie, c’est un homme d’une cinquantaine d’années et qui se dit « tueur de mots » car il travaille à la mise à jour de dictionnaires Larousse, en faisant de la place en éliminant tous les mots et tous les sens tombés en désuétude. Une fois à la retraite il décida de rédiger un grand dictionnaire des mots oubliés pour sauver des mots simples qu’il aimait bien (Ex: épulie, veau-laq, tassiot, douvebouille, etc).

Dans la myriade d’histoires du livre, il y en trois qui m’ont beaucoup plu: celle des Réol un jeune couple qui  acheta une chambre à coucher;  celle des Danglars, un magistrat et son épouse, fins cambrioleurs et celle du docteur Dinteville, qui comporte une histoire de plagiat médical plus vraie que nature et aussi une recette de cuisine (salade de coquillettes au crabe appelée Salade de crabe à la Dinteville, qu’il faudrait tester…).

Quel roman, inénarrable, racontable par bribes, foisonnant d’idées, unique, époustouflant. Mais je crois qu’il faut aborder la lecture en étant préparé, il faut avoir lu de quoi il retourne dans ces pages; ce n’est pas du tout une lecture au premier degré, mais bien (au moins) au deuxième degré. L’exercice n’est pas facile, mais il en vaut la peine.

 Saul Steinberg, The Art Of Living (1949)

Dessin de Saul Steinberg

Ci-après un lien pour écouter Perec parler de son livre (document de l’INA):

https://player.ina.fr/player/embed/I09365760/1/1b0bd203fbcd702f9bc9b10ac3d0fc21/wide/1

 

LA VIE MODE D’EMPLOI, La Pochothèque 2002 (GP 1978),  ISBN 978-2-253-13262-2