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Miroir de nos peines (3) de Pierre Lemaitre

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Pierre Lemaître est un scénariste et romancier français (Paris 1951) avec une formation de psychologue; il connait un grand succès depuis le Prix Goncourt  2013 avec un roman noir picaresque Au revoir là haut (2013) qui fera partie d’une trilogie avec Couleurs de l’incendie (2018) et Miroir de nos peines (2020) . En dehors du prestigieux Goncourt, Au revoir là haut  a reçu une huitaine d’autres prix,  un beau et mérité succès. Les livres de Lemaitre sont en cours de traduction dans plus de trente langues.  Et ses polars ont été primés plusieurs fois . Il vit de sa plume depuis 2006.

Tous les livres de Pierre Lemaitre ont été commentés dans ce blog; aucun ne m’a déçu et j’aime son style assez particulier, entre ironie et drôlerie avec un sens inné de la trouvaille et des phrases qui font mouche.

Le premier tome de la trilogie Au revoir là haut (2013) fût une lecture éblouissante,  le livre a été commenté en septembre 2016 dans ce blog. Un très bon film est sorti en 2017 avec  Albert Dupontel comme réalisateur, film qui a reçu le César de la meilleure adaptation ainsi que d’autres nominations. Couleurs de l’incendie (2018), le deuxième tome est un vrai page-turner car la lecture vous happe dès la première page, il se situe dans les suites de la guerre de 14-18; je l’ai commenté en mars 2020.

Miroir de nos peines (2020) est le dernier volet de cette copieuse saga qui démontre la force romanesque de Pierre Lemaitre. Cette fois c’est une lecture rapprochée entre le deuxième et ce dernier volet, ce qui est en général inhabituel chez moi, parce que une lecture rapprochée change la donne, en mieux ou en moins bien.

Sans rien enlever à l’importance de cette publication, je dois confesser que je me suis un peu  lassée au début du roman, mais que par la suite, les personnages et l’action étant bien en place, je me suis régalée avec la lecture.

Les personnages sont très bien  esquissés et on pourra faire la soudure entre le tome 1 et le 3 quand on va découvrir que l’héroïne de ce tome 3 est la petite fille (Louise Balmont) de Jeanne Balmont, la logeuse à Paris d’Édouard Péricourt, un « gueule-cassé » de la Grande Guerre; Louise s’amusait avec Édouard et coloriait des masques pour lui. Dans ce troisième opus elle est devenue institutrice et travaille aussi dans un café restaurant tenu par M. Jules, un homme au grand coeur. Il y a parmi tant d’autres personnages celui de Désiré Migault, un mystificateur caméléon qui va jouer plusieurs rôles dans le roman, réussissant à disparaitre avant qu’on ne le prenne, personnage doté d’une grande intelligence émotionnelle se glissant dans son rôle avec maestria comme le Zelig de Woody Allen (film de 1983) où Léonard Zelig se muait dans des personnages différents par nécessité d’être aimé ou par peur d’être rejeté, mais Désiré Migault se transforme par pur opportunisme sans un but de lucre, mais d’acceptation sociale. Un personnage truculent inoubliable, très réussi.

Ce tome s’étale entre avril et juin 1940 et narre les péripéties de Louise Balmont avec un bon descriptif de la drôle de guerre; le début de l’intrigue démarre quand la jeune et jolie Louise se voit proposer par le Docteur Thirion de se dénuder devant lui, moyennant compensation financière (mais sans consommation), suite à quoi ce bon docteur prendra une décision bien radicale. Ceci m’a paru incongru par rapport à l’histoire et au personnage de Thirion, cela m’a semblé démesuré et incompréhensible dans le contexte.

Par la suite Louise connaitra quelques faits sur le passé de sa mère et elle se lancera sur la route de l’exode en juin 1940 dans des conditions rocambolesques et dramatiques (je regrette l’absence de référence au livre Suite Française d’ Irène Nemirovsky, livre écrit directement en français et de première main puisque c’est du vécu).

Un livre plein de péripéties sur fond d’Histoire dans un souffle romanesque hors pair.

MIROIR DE NOS PEINES, Albin Michel 2020,  ISBN 978-2226-39207-7

Mater la divine garce de Sergio Pitol

Muere el escritor mexicano Sergio Pitol – América 2.1

Sergio Pitol (Puebla 1933-Xalapa 2018) fût un diplomate, écrivain, essayiste, traducteur et professeur mexicain ayant fait des études de Droit; il a été grand voyageur et il suivit la carrière diplomatique à partir de 1960 en tant que conseiller culturel dans les Ambassades mexicaines de France, Hongrie, Pologne et Russie, pour finir Ambassadeur en République Tchèque.

Son oeuvre littéraire est vaste, il a reçu de très nombreux prix littéraires, parmi lesquels, le Cervantes 2005. Il faisait partie de l’Académie Mexicaine de la Langue  depuis 1997.

Il avait défini son style littéraire comme une auto-biographie biaisée où il confondait vie et littérature; sa narrative est viscéralement mexicaine avec des racines que lui venaient d’une grand-mère lectrice; il était avant tout un grand lecteur de fictions.

Il a laissé pas mal de citations, parmi lesquelles celle-ci : un livre lu a des époques différentes se transforme en plusieurs livres.

Il a écrit une trilogie sur la mémoire dont L’art de la fugue (1996) traduit en français en 2006, un livre que j’avais beaucoup aimé où Pitol, polyglotte et connaissant bien la littérature européenne, va argumenter ses choix et ses goûts. Le deuxième tome de la trilogie est Le voyage (2000) puis El mago de Viena (2005) non encore traduit (je n’ai pas encore lu ces deux derniers).

Il a écrit aussi une trilogie du carnaval dont le premier tome, Parade d’amour (1984) que j’ai lu il y a fort longtemps; à l’époque je n’avais pas eu le courage de finir le livre, alors que, relu  bien des années après en espagnol, je l’ai trouvé assez bon; ce livre a reçu le Prix Herralde 1984; j’ai écrit un billet sur ce livre en octobre 2013. Le deuxième tome est celui-ci, Mater la divine garce, et le troisième, La vie conjugale (1991) traduit en français en 2007,  et qui a fait l’objet d’un film éponyme tourné en 1993 au Mexique (film non vu et livre non lu).

Mater la divine Garce (2004 pour la traduction en français) est  un livre publié en 1988 sous le titre  Domar a la divina garza. Il y a un jeu de mots avec le titre en français car la garza n’est pas la garce en français. La garza c’est le héron, la garza n’a aucune connotation péjorative en espagnol. La garce n’est pas le héron en français, mais possède une connotation assez forte et très négative, crue, voire grossière. C’est un roman de registre burlesque  avec une mise en abyme et trois étapes dégradantes (cf plus bas) abordées du point de vue théorique de Mikhaïl Bakhtine selon sa notion du carnavalesque, Bakhtine qui est mentionné par Sergio Pitol dans le premier chapitre.

Ce roman a été très bien perçu au Mexique, considéré pour certains comme un des meilleurs romans du XXè, auréolé d’un savoir narratif hors pair.

L’introduction du livre est signée Antonio Tabucchi et l’on peut lire…si nous t’avons choisi, de même que tu nous as choisis, c’est pour faire ensemble un beau voyage d’errance qui nous conduise à cet anywhere de la volonté, siège de l’idée de Marsilio Ficino qui avait son centre partout et sa circonférence nulle part (?)…la lecture de Pitol suppose une constante méfiance envers notre capacité présumée à déchiffrer les énigmes de la vie. Par exemple, ce que nous appelons « méprise ». Car le lecteur pressé, qui sous-estime la nature fondamentale de la méprise dans les romans de Pitol, risque fort de se tromper. Ce que je veux dire, c’est que la méprise dont parle Pitol n’est pas, loin s’en faut, le simple malentendu qui ne laisse pas de traces dans l’existence et qui, surtout, peut être éclairci. La méprise chez Pitol est « quelque chose » qui se charge de significations imprévues au cours de son développement, ce « quelque chose » dont parlèrent les présocratiques, qui fut cultivé par les hommes du Baroque et touche à la nature des choses. elle ne peut être qu’interprétée, de même qu’on interprète le signe d’un oracle, ou dévoilée par la liturgie sans canons de l’écriture littéraire.

Le roman se divise en 7 chapitres dont chaque titre resume la teneur du chapitre. Dans le primer chapitre nous avons une mise en abyme car Pitol nous présente un écrivain à la veille de ses 65 ans quand il se sent amoindri pour entamer l’écriture d’un nouveau roman. Aussi, dans ce premier chapitre Pitol va nous décrire la structure selon laquelle le personnage va monter ce roman à écrire. Il pense aux théories de Bakhtine sur le mode du carnaval et la fête, puis il mentionne l’obsession d’un personnage pour Dante et ensuite son obsession pour Gogol. Dans le chapitre 2 l’écrivain de 65 ans commence son roman avec Dante C. de la Estrella qui visite la famille Millares et tombe sur les enfants en train de monter un puzzle d’Istanbul….

Le premier tome de la trilogie était aisément lisible avec une histoire qui se tenait et, cerise sur le gâteau, un vocabulaire recherché. Dans ce deuxième tome l’histoire est burlesque, baroque et grotesque avec des personnages bouffons. C’est un roman plein de symboles et significations occultes de difficile interprétation. L’origine du titre (en espagnol) est expliqué car « la divina garza » était le surnom du personnage grotesque de Marietta Karapetiz.

En gros, le personnage principal et narrateur est Dante Ciriaco de la Estrella, un jeune homme qui a fait son Droit au Mexique et qui obtient une bourse afin de se perfectionner à Rome. Il est d’origine modeste et fera la connaissance à Rome d’un frère et d’une soeur dénommés Vives, d’un milieu social nettement plus élevé et qui vont l’embarquer dans un voyage rocambolesque à Istanbul pour rencontrer une femme extraordinaire : Marietta Karapetiz, dont on lui a vanté l’érudition, experte en Gogol. Ce naïf jeune homme croit qu’il pourra profiter des largesses de ses nouveaux amis, le frère et la soeur Vives… mais pas du tout ! Il devra dépenser toutes ses économies pour les accompagner dans une aventure ridicule, burlesque, pretexte pour décrire des scènes scatologiques.

Dans la narrative de Pitol on distingue 3 processus avilissants :  1) le grotesque fait de fausseté, de duplicité de l’homme. Le personnage assez insupportable de Dante Ciriaco de la Estrella est théâtral, emphatique; il voudrait être le centre d’attention et dominer les autres personnages. Il y a un abîme entre l’être et le paraitre baignant dans une totale médiocrité d’où ressort la mégalomanie et la panique. Le personnage de Marietta Karapetiz symbolise le grotesque avec une image ambivalente entre ses origines obscures et son aura de vedette internationale et érudite. Son savoir se contredit avec son inclinaison vers l’obscène et le scatologique;  2) l’animalisation dans ce récit représente la dégradation physique et morale à partir de la déstructuration du personnage. La divine garce est aux yeux du narrateur le personnage le plus dégradé dans son animalisation tout au long de l’oeuvre en raison de ses défauts moraux et son aspect physique. La technique du grotesque consiste à dégrader le sublime signant le transit du spirituel et abstrait vers le plan matériel des choses;  3) l’hyperbolisation avec l’exagération burlesque des détails de la narration.

Mater la divine garce est un roman où l’auteur aurait voulu dégager ces trois thèmes : la fête, l’exorcisme d’un vieux fantôme (?) et sa passion pour Gogol. Il est vrai que Gogol ressort souvent dans le roman: pauvre Gogol, largement parodié. L’atavisme mexicain ressort aussi dans le contexte, où le verbe procrastiner (demain, toujours demain !) est superbement conjugué et aussi, apparemment, le manque de ponctualité des mexicains.

Les personnages féminins sont tous grotesques, en commençant par Marietta qui prétend être la personne qu’elle n’est pas, puis la frivole et stupide Ramona Vives et l’épouse du narrateur Maria Inmaculada de la Concepcion alias Concha, grosse, assez répugnante et radine.

Quel exorcisme s’est permis Sergio Pitol en créant le personnage de la divine garce, véritable déversoir de son dégoût.

MATER LA DIVINE GARCE, Gallimard 2004 (SP 1988),  ISBN 2-07-076823-6

Eloy de Carlos Droguett

Descubre a nuestros autores | Malpaso Ediciones Carlos Droguett fue un novelista y cuentista chileno (Santiago 1920-Suiza 1996); hace parte de la Generación Literaria de 1938, una generación que ponía en vitrina los conflictos sociales. El escritor fue un personaje alejado de los círculos literarios y su fama internacional llegó tras la publicación de Eloy en Argentina en 1960. Recibió el Premio Nacional de Literatura en 1970 por su renovadora técnica narrativa  (haría estallar la estructura del relato convencional, dijo un día Mauricio Electorat, otro escritor chileno).

La novela Eloy se inspira de un suceso real de 1941 donde Eloy Hernández Astudillo, alias el Ñato Eloy, un bandolero asesino y campesino, asoló la zona central de Chile con por lo menos 20 muertes.

En 1969 se rodó en Argentina una película basada en el libro bajo la dirección de Humberto Ríos y con Raul Parini en el rol estelar. Se puede ver en blanco y negro  integralmente en Youtube (90 min): es una buena opción para quien no quiera comprometerse con la lectura. Los flash backs de la memoria están muy bien logrados y se entiende mejor el texto al cual le faltaría la poesía que brota con la lectura, con la riqueza del léxico. Al final de la película Eloy sabe que el amanecer será su fin y dice…la violencia es mi única venganza frente a los poderosos y a la injusticia. Yo no escogí mi destino.

La película aquí abajo:

Eloy (1959) relata las últimas 12 horas del bandolero, acosado y cercado por la policía en un estilo narrativo polifónico, entre la consciencia del forajido quien con un diálogo interior incesante cuenta sus cuitas ayudándose de la memoria ; tenemos dos temas : el acoso y la memoria pasada del asesino. Es una obra transgresora, singular y desconcertante.

Esta ha sido, y de lejos, la lectura más difícil últimamente; debí recomenzar páginas enteras por haber perdido el hilo aunque no es el relato lo importante sino la semi modorra que resulta de esta prosa tan singular. Hay una gran riqueza lexical con sinónimos y metáforas, por lo que resulta, in fine, una lectura ardua pero interesante. No hay párrafos, no hay diálogos y pocas comas o puntos seguidos: hay solo 14 puntos aparte en 200 páginas. Hay una sola frase que quisiera abarcar todo lo que no permite distanciar a los narradores con sus modos temporales y espaciales, entonces las acciones se confunden.

En mayo del 2018 Marcelo Mercado y Bernardo Cienfuegos (cf La república de las Letras) explicaban que fue en su tiempo una obra mal recibida porque rompió el canon literario de la época, en un momento en que dominaba el realismo con novelas bien estructuradas. Y con Eloy, Droguett muestra una novela con un montaje literario que existía solo en el cine con saltos entre el narrador omnisciente y otro objetivo.

Eloy soy yo,  dijo un día Carlos Droguett, a la par que Flaubert con su Madame Bovary.

Tenemos en el texto las técnicas llamadas corriente o flujo de la consciencia, o sea, asistimos directamente a la actividad mental del personaje con un relato que resulta totalmente caótico a la lectura. Droguett reconoció tener una influencia de la prosa poética sobre la suya, esa prosa hispanoamericana que se nutrió de los logros de la vanguardia poética de literatos como de Rokha, Borges, Rulfo, Lezama, etc donde aprendió el modo oblicuo de integrar la realidad al cuerpo discursivo. El escritor utiliza el estilo indirecto libre por momentos.

Este modo narrativo o flujo de consciencia lo encontramos también en obras como La muerte de Artemio Cruz de Carlos Fuentes, La última niebla de María Luisa Bombal, A la recherche du temps perdu de Marcel Proust, Martereau de Nathalie Sarraute, Ulyses de James Joyce, Mrs Dolloway de Virginia Woolf, etc.

La temática básica de Eloy es la violencia y la soledad con un corolario, el silencio (la escritura es metafórica, metonímica).

La prosa, la riqueza lexical de Droguett son de una inmensa calidad, a la cual se añade la originalidad y la dificultad de lectura de este caos narrativo.

En un coloquio internacional en 1981 llevado por el Profesor Alain Sicard (experto en asuntos latinoamericanos) y con la valiosa presencia de Droguett, se dijo que la escritura droguettiana (su innovación le valió nada menos que un epíteto para la posteridad) es un serio compromiso humano y social, un universo violento donde la muerte está constantemente presente. La catedrática francesa Soledad Bianchi resaltó que las novelas de Droguett expresan el grito, la protesta, la palabra de personajes marginados de la sociedad porque molestan, porque hablan de las injusticias, de  la pobreza, del dolor, del sufrimiento, de la diferencia. Otra académica francesa, Maryse Renaud señaló que la obra de Carlos Droguett no puede dejar indiferente, irrita a veces, pero siempre depara sorpresas y seduce.

Si, una lectura muy difícil, pero un embrujo con la prosa. Me produjo el mismo ensimismamiento o modorra que la prosa densa y bella de Proust (pero la de Proust es más estética),  donde la mente erra por los limbos de un predicado envolvente, entre lírico y metafísico. El corolario de este tipo de lectura es la duración porque hay que releer a veces la página entera para reconectarse con el relato. En todo caso, la escritura de Droguett es muy, pero muy particular. No se la había leído a nadie de esta manera. Y curiosamente, leyendo una entrevista póstuma del escritor, encontré que su manera de hablar era muy similar a su prosa, con repeticiones, metáforas y otras aliteraciones (cf Leo Wetli en 1996 para Punto Final ).

En el prólogo de este libro, por el Profesor Alain Sicard (Investigaciones Latinoamericanas de Poitiers) se lee que la soledad es lo que produce a los personajes de Droguett y que produce, por ende, el texto. Y que con palabras la soledad droguettiana es un espacio textual y la noche de Eloy, una noche de palabras. Y que el verdadero protagonista de la novela es el lenguaje, y en ello estoy muy de acuerdo con la frase que se alarga, que se desborda como si quisiera con una sola e inmensa palabra colmar tanta soledad, tanto abismo (...soy el abismo, cualquier abismo decía Droguett).

El bandido Eloy se sabe acosado, sabe que morirá en la redada y se juzga a si mismo…soy un bandido, se sonreía a veces para si, tratando de comprender y abarcar su destino, un bandido sin alma y sin entrañas, un salteador infame que rompe puertas, ventanas, gente, alguna gente, he muerto a muchos que ya no me acuerdo y mataré a muchos más todavía que no sé por dónde andan ni lo que hacen, ni lo que me van a hacer, ni los que les voy a hacer, soy malo empedernido, repugnante y sanguinario, cada vez más cruel, cada día y hora más perdido y hundido en la sangre, dicen los diarios, la radio, el vecindario…

Es un bandido cruel con las mujeres, no les tiene respeto…no, no podré venir a verla  el sábado sin pegarle, hay que darles tupido, con motivo y sin motivo, a las mujeres y a las hembras, para amoldarlas a tu carácter y tu pensamiento, meterlas bien adentro en tu vida y que encajen en tus manos y en el movimiento de tus manos (página 147); …la mujer es el pan y el agua, la mujer es una enfermedad incurable, una enfermedad social muy propagada (página 162); …carne y vino son las mujeres, ellas son la vida, la única vida, la inmensa vida, el inmenso amor lleno de gente llorando o riendo, cuando las matas o las dejas, matas la vida, la calle, la ventana, se muere la vida con ellas, ellas la tejen y destejen, distribuyen, reparten, adornan, pintan, tergiversan, la tapan con lágrimas o con sangre, la hacen terrible y digna y la prolongan aunque la corten (página 163).

Página 43, un ejemplo de la prosa de Droguett…no hay flor más mujer que la violeta, enferma, delicada, frágil, transparente de lágrimas, trémula y trágica, presente y ausente, real e irreal, ni más hembra, directa, sensual de repente y sin aviso, ardiente y carnal, llameando y llamando, que la rosa real de la vida, sólo real, la mujer es lo que piensas. se había sentido sentenciado, inseguro y fatalizado y era nada más porque estuvo inmovilizado e inmóvil, solo en la pieza, solo sin nadie, perfectamente solo, vacío y vago, a merced de los recuerdos, para que te picoteen, te escarben, te tricen, con el remordimiento y el anzuelo del viejito lacrimoso y teatral y la mujer resplandeciendo y ardiendo para nada,  para ninguna aventura y desventura con esos ojos enormes de balde que le quería mostrar y ofertar, para que adivinara todas sus dolorosas e inconsolables caídas y recaídas en ellos...(Un ejemplo de prosa que usa un adjetivo y su contrario, la repetición iterativa para trepanarnos la síquis con el discurso).

Otro ejemplo página 81…porque las palabras existen con seguridad, te lo juro, mi amor querido, nada más  para eso, para irte por ellas y sacártelas usadas y manchadas para siempre  de los desmayos, sopores, suspiros, taras, olvidos, fallas y desilusiones, que todo el tiempo sin falta, todas las horas contadas del día y de la noche…

Realmente una lectura desconcertante, a ninguna otra comparable y que necesita madurez y concentración para asimilarla. Me dejó KO con el corazón encogido de estupor. La película también me conmovió.

Eloy

El afiche de la película de Humberto Ríos (1969).

ELOY, Editorial Universitaria 1994 ((CD 1959),  ISBN956-11-1010-5

 

Millésime 54 d’Antoine Laurain

Millésime 54, le roman événement d'Antoine Laurain - Actualité ...

Antoine Laurain est un écrivain français (Paris 1972); avec son livre Le Chapeau de Mitterrand (2012) il connut un grand succès et le roman a été adapté pour la TV en 2015 par Robin Davis. Il va falloir le lire…

Le Service des manuscrits (2020) est le premier roman que je lui lis,  c’est un roman qui avait tout pour me séduire et m’intéresser autour d’une histoire qui montre l’envers du décor du monde de l’édition, mais l’histoire policière autour de ce décor m’a laissé une impression  mitigée; j’ai commenté le livre le mois dernier. Par le plus grand des hasards récemment, je suis tombée sur Millésime 54 et j’en ai profité pour le lire, alors que par principe j’évite de commenter deux livres du même auteur de façon rapprochée (en raison des répétitions, redites et peut-être une lassitude qui méjuge de la teneur/style du livre).

Millésime 54 (2018) est d’un registre bien différent, c’est un conte fantastique dans un contexte du feel good dont la propriété est de nous faire sentir mieux. C’est une lecture facile et bienveillante.

L’année 1954, paraît-il, fût riche en signalements d’OVNIs, ce qui a inspiré l’écrivain. Et 60 ans après nous n’avons toujours pas d’explication pour certains phénomènes (cela me rappelle une histoire d’OVNI incroyable vécue par des gens proches dans les années 1960 et dans des latitudes d’une totale solitude, las Torres del Payne, dans la Patagonie chilienne…).

L’écrivain, sur fond d’histoire d’OVNI , nous raconte une autre belle histoire autour de 4 personnages qui vont voyager dans le temps en partant de 2017 pour atterrir en 1954, et ce, après avoir bu une bouteille de bordeaux Château St Antoine, millésime 1954. Ces 4 personnages sont intéressants, parfois truculents et très différents.

Le voyage dans le temps sert pour nous raconter un Paris et la province des années 50 avec beaucoup de nostalgie et de drôlerie. Nous allons croiser des personnages très connus de l’époque où les gens communiquaient très bien.

C’est bien décrit, bien détaillé et cela nous permet de faire quelques comparaisons désolantes avec le temps présent sans tomber dans le passéisme.

Une lecture délicieuse qui délasse.

MILLÉSIME 54, J’ai lu N° 12251 (AL 2018),  ISBN 978-2-290-16929-2

La Beatriz Ovalle de Jorge Marchant Lazcano

Résultat de recherche d'images pour "jorge marchant lazcano" Jorge Marchant Lazcano es un escritor, dramaturgo y periodista chileno (Santiago 1950). La Beatriz Ovalle es su primera novela, publicada en Buenos Aires en 1977 con gran éxito y con la idea genial de transformar el título original de Beatriz Ovalle (anodino) en el actual, mucho más representativo del mensaje que conlleva la novela.

Me ha encantado esta lectura porque da cuenta perfecta de un personaje femenino arquetípico de la burguesía chilena. Y en tela de fondo un excelente análisis histórico de la sociedad chilena en la época abarcada en esta historia.

La Beatriz Ovalle, un título muy adecuado y que ilustra esa manera tan chilena/coloquial de hablar que tiene la gente (al parecer sucede también en otros países de Latinoamérica): cuando habla, la gente pone un artículo determinado a los nombres propios; esta muletilla abarca todas las clases sociales. No hablan de Beatriz Ovalle sino de la Beatriz Ovalle, no hablan de Beatriz, sino de la Beatriz sin que haya ninguna intención peyorativa hacia la persona, es una muletilla nacional y por cierto, poco elegante. Esto concuerda con otra manía de los chilenos que consiste en poner motes a la gente, por lo general refiriéndose a defectos físicos como « el gordo o la gorda », el « negro o la negra », « el chico » (por lo petiso), etc, etc.

Entonces, la Beatriz Ovalle es una niña mimada de la clase media-alta (aunque no del mejor pelaje, pero en todo caso con dinero) que nos inicia en su vida íntima : sus años de colegio selecto, sus frecuentaciones, sus primeros amoríos, su vida casera, sus padres y hermanas, su primer noviazgo y la ruptura cuando ella encuentra al « hombre de su vida », un anulado en matrimonio (en la época del relato no existía el divorcio en Chile,  había que recurrir a una anulación pasando por Roma, acto estrictamente reservado a la clase alta). A todas luces su primer novio la frecuentó sólo para salvar las apariencias y poder exhibir una heterosexualidad, en condiciones que el texto insinúa que el jovencito tiene otras tendencias.

La Beatriz Ovalle creerá encontrar al amor de su vida en brazos de este hombre « diferente », pero no podrá adaptarse a una vida sexual libre y sin complejos en el seno de su pareja. No lo podrá vivir porque no ha sido preparada ni por su familia ni por la sociedad a vivir las cosas del sexo de manera libre. Va a fracasar en su unión y tendrá que emigrar a otros cielos (Argentina) para poder vivir libremente una sexualidad, fuera del sacrosanto matrimonio, de la familia y del país.

La pobre Beatriz Ovalle estaba condenada al fracaso de todas maneras : con su primer novio que reunía todas las condiciones deseadas por la familia : apellido, clase social, amistades, educación, belleza, pero cuya naturaleza íntima estaba escondida. Y con su segundo novio que la encandiló por su desparpajo frente a las cosas del sexo, pero que ella no pudo asimilar porque estaba definitivamente con un « formato » impreso en su personalidad y dictado por su educación.

Tenemos un análisis de la condición femenina, familiar y societal estupendo que explica muy bien la alta tasa de matrimonios insatisfechos y de fracasos matrimoniales de la época.

Hoy en día en que las cosas parecieran haber cambiado en la sociedad chilena, por lo menos por lo que se logra leer en publicaciones y sucesos sociales, la tasa de éxito en la pareja , sigue mediocre y trastabillante. Acaso, a pesar de tantos cambios a todos los niveles, en el fondo, las mentalidades no han cambiado mucho.

Un libro que se lee muy bien, interesante, bien escrito. El descubrimiento de un autor, lo que me incita a leerle más obras.

LA BEATRIZ OVALLE, Tajamar Editores 2017 (JML 1997),  ISBN 978-956-9043-45-1

Entre mes mains le bonheur se faufile d’Agnès Martin-Lugand

Agnès Martin-Lugand - BabelioAgnès Martin-Lugand est une écrivaine française (Saint-Malo 1979) ayant une formation de psychologue clinicienne; elle a délaissé sa profession après six années d’exercice à Rouen dans le cadre de la protection de l’enfance, pour se consacrer à l’écriture. Son premier roman Les gens heureux lisent et boivent du café (2013) a connu un énorme succès (deux millions d’exemplaires vendus). Il est devenu un roman graphique en 2019. C’est une écrivaine très prolifique avec une publication par an; cela represente un travail considérable.

J’ai commenté dans ce blog Les gens heureux lisent et boivent du café en juin 2013, roman qui m’a laissé une impression de charme, une énorme admiration/épatement pour les circonstances de l’édition du bouquin et rien de plus. Le livre en 2013 inaugurait cette mode des photos en noir et blanc sur la couverture et aussi cette mode des titres looooongs dont on a du mal à mémoriser le tout (et la mode n’a pas complètement disparu je crois).

Entre mes mains le bonheur se faufile (2014) est son second roman. Je suis tombée par hasard sur le livre et j’en ai profité pour le lire car il faut toujours approfondir  l’impression sur un auteur afin de mériter d’en parler. C’est encore une lecture facile, dans la gamme littéraire du feel good, mais aussi un roman de formation où nous suivrons l’épanouissement  de l’héroïne, Iris, à travers le monde de la Haute Couture (trajectoire professionnelle et privée).

Ici l’écrivaine nous sert une histoire un peu comme un conte de fées, avec une écriture trop colloquiale et par moments carrément mièvre avec des personnages trop « stéreotypés » et une surabondance de clichés. Nous avons aussi un descriptif du monde de la Haute Couture et des salons parisiens avec la typologie des habitués (presque toujours les mêmes personnes qui se croisent).

Quelle est l’histoire ? C’est celle d’Iris, une petite Madame Bovary de province qui s’ennuie à mourir dans son rôle d’épouse d’un docteur très affairé professionnellement et sexuellement. La profession de docteur, cela est connu, connait un taux élevé de divorces (ou d’échecs) et l’on imagine parfaitement les raisons. De plus, Iris a été brimée dans sa vocation de styliste et de couturière (c’est la pire chose qui puisse arriver à une personne, je trouve) par ses parents d’abord puis par son mari. Bravant tout, Iris va partir seule à Paris pour se former et bien sûr, elle va connaitre le succès, car elle le mérite amplement. Iris est une ingénue et le prix à payer c’est qu’elle sera manipulée et trahie. Dans la souffrance elle va connaitre la rédemption et peut-être le bonheur.

Une lecture légère comme une bulle de champagne. C’est déjà pas mal, non?

ENTRE MES MAINS, Pocket 2014 (AML 2014),  ISBN 978-2-266-30280

Heather Mallander a disparu (1) de Robert Goddard

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Robert Goddard est un romancier anglais né en 1954 dans le Hampshire, auteur de romans policiers et de romans à énigmes. Il a étudié l’Histoire à Cambridge puis travaillé dans le journalisme, dans l’enseignement et dans l’administration scolaire avant de se consacrer exclusivement à l’écriture. Il possède une vaste bibliographie de plus de 28 romans parus depuis 1986, mais pour le moment seulement 10 ont été traduits en français et publiés par  Sonatine Éditions. Il a été redécouvert aux États Unis avec un grand succès. Actuellement l’écrivain vit en Cornouailles.

C’est un romancier qui se laisse lire, qui amuse et intéresse par ses intrigues pleines de rebondissements et souvent une conspiration longtemps gardée secrète dont la révélation va bouleverser une vie. C’est très délassant , il suffit de ne pas le lire les uns après les autres pour mieux les apprécier car son style se répète.

J’ai déjà commenté trois de ses romans dans le blog :  Par un matin d’automne ( In Pale Battalions, 1988) en juillet 2013, un roman  épais qui m’avait captivé par ses rebondissements incessants, un vrai page-turner, mon premier Goddard. Puis Le temps d’un autre (Borrowed Time, 1995) en janvier 2016 qui m’avait un peu moins séduite par un côté invraisemblable: cette espèce d’attraction maladive du protagoniste pour l’énigmatique Lady Paxton.  Les Mystères d’Avebury (Sight Seen, 2005) en juin 2017, un  « pur » Goddard et encore un page-turner construit autour de secrets avec un vrai tempo de thriller.

Heather Mallander a disparu (Into the Blue 1990) est le quatrième opus que je lis à R. Goddard. Il a reçu le Prix Smith Good Read Award et le Prix des Lecteurs 2013; ce livre forme partie d’une série chronologique de trois livres avec comme personnage principal Harry Barnett, suivi de Out of the Sun (1996) et de Never Go Back (2006), ces deux derniers non encore traduits en français. Heather Mallander a disparu a été porté à la TV anglaise en 1997  sous le  titre en anglais  par Jack Gold comme directeur.

Heather Mallander a disparu est une lecture de 700 pages très agréable, avec plein de personnages bien campés, des péripéties, des mystères et une trame si compliquée et riche en événements que la résumer c’est vous l’éventer.

Raconter l’intrigue ce serait spoiler le livre et c’est bien dommage parce que c’est tout l’attrait de cette lecture. Disons en gros que Heather Mallander est une belle anglaise de 27 ans venue soigner ses peines à Rhodes où Alan Dysart (député et sous secrétaire d’État) possède une belle maison gardée à l’année par Harold (Harry) Barnett. Ce Harry Barnett est un peu un anti-héros, falot à souhait, mais c’est lui qui mènera la danse. La belle Heather va disparaitre alors qu’elle se promenait avec Harry. Alors, tout accuse Harry qui mènera sa propre enquête à partir de photos laissées par Heather. Nous avons droit au déroulement de la dite enquête à la manière d’Agatha Christie où tous les personnages ont quelque chose à se reprocher; ici les personnages  sont assez bien campés et suffisamment différents pour que l’on s’intéresse à eux. Ils comportent tous une part de mystère avec parfois de la menace latente ce qui ajoute des petits frissons à la lecture.

Nous avons une histoire pleine de rebondissements qui se tient bien. Comme à son habitude Goddard apporte mystères et résolutions au fil des pages avec parfois un descriptif très long mais qui éclaire bien les lieux et les habitudes des habitants, même si par moments cette minutie descriptive lasse un peu.

J’ai été frappée par la médiocrité du personnage central, Harry Barnett, un profil si bas confronté à des situations hautes en couleurs et pleines de significations. Il y a une belle brochette de salauds en haut de l’échelle sociale, prêts à tout pour garder la mainmise sur les affaires. Et Heather Mallander dans ce récit? C’est une des figures féminines très énigmatiques jusqu’au dénouement final.

Une lecture épatante pour se distraire avec un argument complexe où l’auteur se fait plaisir pour nous égarer en conjectures. Mais toutes les astuces seront expliquées à la fin. Un autre aspect positif de ce roman, à mon goût, est le descriptif détaillé de l’entourage, que ce soit de l’Angleterre, de l’île de Rhodes ou de la Grèce. C’est très fouillé  et cela me rappelait le divin Balzac et ses descriptifs.

C’est un autre « pur » Goddard avec tous ses ingrédients favoris: mystères, secrets, sentiments variés, études de moeurs, bon ancrage géographique. Dans celui-ci il y une énigme assez prenante et insidieuse. J’ai trouvé la fin assez gore. Et par association d’idées, je n’ai pas cessé de penser à l’excellent film A couteaux tirés (2019) de Rian Johnson, un régal. Et dont on annonce une suite pour 2021.

Into the Blue Poster

 

 

HEATHER MALLANDER, Livre de Poche N°32874, 2013(RG 1990),  ISBN 978-2-253-16953-6