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Les mystères d’Avebury de Robert Goddard

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Robert Goddard est un romancier anglais né en 1954 dans le Hampshire, auteur de romans policiers et de romans à énigmes. Il a étudié l’Histoire à Cambridge puis travaillé dans le journalisme, dans l’enseignement et dans l’administration scolaire avant de se consacrer exclusivement à l’écriture. Il possède une vaste bibliographie de plus de 20 romans parus depuis 1986, mais pour le moment seulement 5 ou 6 ont été traduits en français et publiés par  Sonatine Éditions. Il a été redécouvert aux États Unis avec un grand succès. Actuellement l’écrivain vit en Cornouailles.

J’ai déjà commenté deux de ses romans dans le blog :  Par un matin d’automne ( In Pale Battalions, 1988) en juillet 2013, un roman  épais qui m’avait captivé par ses rebondissements incessants; un vrai page-turner. Puis Le temps d’un autre (Borrowed Time, 1995) en janvier 2014 qui m’avait un peu moins séduite par un côté invraisemblable: cette espèce d’attraction maladive du protagoniste pour l’énigmatique Lady Paxton.

 Les Mystères d’Avebury (Sight Seen, 2005) c’est du pur Goddard, encore un page-turner construit autour de secrets avec un vrai tempo de thriller : le lecteur connaitra un fait divers dès la première page mais il ne saura le fin mot de l’affaire que 400 pages plus tard…et avec moult rebondissements et des passages assez tendus, aptes à provoquer l’anxiété. De plus, et bien au delà du fait divers, Goddard, qui est Historien, nous révèle l’existence de Junius, un personnage réel de l’Histoire anglaise du XVIIIè, un pamphlétaire assez virulent dont l’identité prête encore à controverse.

Le personnage principal est David Umber, un thésard en Histoire qui, en 1981, avait rendez-vous dans le paisible bourg d’Avebury avec Monsieur Griffin, qui était possesseur de lettres de Junius de la plus haute importance pour sa thèse. Mais Griffin n’est jamais arrivé au rendez-vous; en revanche, David Umber fut le témoin visuel du rapt d’une petite fille de deux ans au nez et à la barbe de sa nounou, de sa soeur et de son frère. La soeur, âgée alors de dix ans va courir derrière le van des ravisseurs (deux hommes) et elle sera tuée par accident. Le cas ne sera jamais élucidé, et quelques années plus tard, un bourreau d’enfants s’accusera du crime. On classera l’affaire.

Et 23 années après, des lettres anonymes vont relancer le cas…

Entretemps David avait épousé la nounou des enfants, Sally avec qui il avait entamé une période d’errance de par le monde afin de faire oublier à Sally ce traumatisme. Mais le couple ne va pas bien et ils se séparent: Sally rentre en Angleterre et David reste à Prague où il vivote comme guide touristique. Par le plus grand des hasards, Sally tombera sur une photo dans un magazine people, où elle est presque sûre de reconnaitre la jeune femme qui accompagne un champion de tennis, elle pense qu’il pourrait s’agir de la petite fille kidnappée autrefois car sur la photo elle constate qu’elle a gardé sa manie de se mordre la lèvre inférieure avec sa manière si personnelle.

Ici le suspense repart sur d’autres pistes et les choses deviennent assez compliquées en même temps que assez violentes avec pas mal de victimes, ce qui ajoute un réel piment à la lecture qui n’est pas mièvre.

Un auteur talentueux pour narrer des histoires compliquées  qui se tiennent bien et où les secrets, trop bien gardés, entrainent parfois des complications terrifiques.

LES MYSTÈRES, Sonatine Éditions 2017 (R. Goddard 2005),  ISBN 978-2-35584-4

Desaparecida de Mario Escobar

Résultat de recherche d'images pour "mario escobar"Mario Escobar es un escritor e historiador español (Madrid 1971), especializado en Historia Moderna; tiene desde ya una importante bibliografía. Casi todas sus novelas han sido publicadas para Kindle, pero esta vez está inaugurando una editorial-papel con Amazon Publishing.

Desaparecida es un thriller y una novela coral con varios personajes que van aportando datos nuevos en la trama. El autor tiene un especial talento para manipular constantemente al lector y llevarlo por nuevos derroteros y perderlo (con delicias) en conjeturas.

Es la historia de un drama en una familia norteamericana de la mejor casta. La pareja de Mary y Charles emana de las primeras familias que hicieron raíces en el nuevo continente y que se dedican a la política a alto nivel. Son ciudadanos de marca, ricos y conocidos. Mary y Charles han perdido a un hijo en un accidente de esquí en Gstaad en condiciones algo turbias. El matrimonio decide aislarse en Antalya, Turquía en un lujoso condominio playero para reconstruirse, están con una hijita pequeña, Michelle. Y Michelle desaparece una noche en que los padres han salido a cenar a un restaurante.

A partir de este momento empezamos a tener luces inesperadas sobre este matrimonio tan perfecto y exitoso en apariencia; todo se torna confuso y sospechoso. Y el lector a medida que avanza la trama y conoce nuevos datos va dudando, elucubrando y sabiendo a ciencia cierta que aún falta información y nuevas pistas. Y que todos son potencialmente culpables porque casi todos tienen algo que esconder, porque no todo lo que parece es verdad…

¿ Con quién confiar ? Con la familia? los allegados? los amigos? la policía?

Hay temas de actualidad en la novela : el rol de Turquía en el flujo de migrantes y los diversos tráficos que emanan de estos flujos humanos desordenados :tráfico de órganos, pedofilia, trata de blancas, corrupción de las autoridades; se evoca también  el machismo imperante en un país como Turquía y las relaciones difíciles y tensas entre los EEUU y el ex-imperio ottomano,  etc.

Yo partí con un serio handicap con la lectura de esta novela: no me gustan las historias que involucran a los niños, especialmente si hay sufrimiento, no las soporto. Pero aquí  he sido enganchada desde el principio , a pesar de que he encontrado algunos puntos flojos en la trama y algunas situaciones poco verosímiles. El resultado está ahí : un buen thriller.

DESAPARECIDA, Amazon Publishing 2016,  ISBN 978-1503940185

Pulsions de Gilbert Schlogel

Afficher l'image d'origineGilbert Schlogel est un chirurgien et écrivain français (Paris 1932), auteur d’une vingtaine d’oeuvres. Il a été nommé chevalier des Arts et des Lettres en 2010. Il se consacrera définitivement à l’écriture à partir de 1992.

Pulsions (2001) est son neuvième roman; c’est un thriller construit autour de délits sexuels commis sur des enfants, délits dus aux pulsions incontrôlables d’individus malades. Dans le roman il y a pas mal d’information autour du sujet avec des notions médicales ou des cas cités in extenso ainsi qu’une bibliographie assez complète sur le sujet. Voici un sujet ardu s’il en faut, macabre et morbide, glauque et déplaisant, traité de façon scientifique par moments.

Le roman se lit bien, car la trame est bien travaillée, même si par moments il m’a semblé un peu trop bavard; en revanche, il y a peu de failles et tout s’imbrique de façon logique. C’est l’histoire abracadabrante d’un brave professeur sans problèmes qui se fait accuser d’attouchements sexuels par trois de ses élèves, et aussi on lui reproche un enlèvement de mineure. A partir de ce moment, la vie de ce brave professeur va devenir un véritable cauchemar et le docteur Schlogel aura beaucoup d’imagination pour nous faire suivre cette affaire qui deviendra incroyablement compliquée et difficile, avec des complications en cascade. Il y a un tel enchaînement de circonstances négatives sur ce pauvre professeur que par moments le lecteur se met en apnée.

Si au bout de 500 pages nous aurons enfin un peu de répit, il est difficile d’imaginer qu’après de telles épreuves la vie puisse continuer comme avant pour les personnes impliquées…

Le titre est bien trouvé, et nous aurons beaucoup d’informations, parfois à un niveau scientifique autour de pulsions sexuelles déviantes.  Page 139 on peut lire…Si j’en crois ce que j’ai lu, les gens atteints de cette déviance criminelle sont en permanence taraudés par l’envie de recommencer et, tôt ou tard…ils recommencent. Ou du moins ils essayent. On dit qu’un pédophile en liberté fait une vingtaine de victimes par an ! Quand on leur montre ces statistiques, les juges lèvent les bras au ciel : ils n’y peuvent rien. Les psychiatres prétendent que nous sommes, nous-mêmes, trop obnubilés par nos propres pulsions sexuelles pour savoir comment nous comporter devant les déviants de cette espèce. Comme s’il existait, dans notre inconscient, une sorte de culpabilité collective.

PULSIONS, Fayard 2001,  ISBN 2-213-60912-8

Travail soigné de Pierre Lemaitre

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Pierre Lemaître est un scénariste et romancier français (Paris 1951) ayant une formation de psychologue; il connaît un grand succès depuis qu’il a obtenu  le Prix Goncourt 2013 avec un roman picaresque Au revoir là haut. Les livres de Pierre Lemaitre sont en cours de traduction dans plus de trente langues, quel beau succès ! Ses polars ont reçu au moins huit prix.  Il vit de sa plume depuis 2006.

Travail soigné (2006) est le premier polar de la trilogie avec Camille Verhoeven, l’ineffable Commandant Verhoeven; ce livre obtint le Prix du Premier Roman au Festival de Cognac; il a été nommé aussi au CWA Daggers International 2014. Pour un premier roman c’est un coup de maître, époustouflant. Dans une interview Pierre Lemaitre disait à juste titre que les bons personnages font les bonnes histoires. C’est clair.

 Les autres deux tomes de la trilogie sont Alex (2011) et Sacrifices (2012), tous les deux commentés dans ce blog.

 Ce qui m’épate  chez Pierre Lemaitre, c’est la diversité des thèmes abordés et cette approche si psychologique dans le profil de ses personnages. Aussi j’apprécie particulièrement ses traits d’humour, un humour qui puise dans la dérision et qui sonne juste, par moments assez vachard et un tantinet cynique !

Travail soigné est un polar très sanglant, par moments carrément gore, insoutenable. Mais l’affaire est rondement menée et le lecteur, en état d’horripilation avancée, ne pourra pas lâcher le bouquin. Que demander de plus à un polar ? Mais des polars de cet acabit, il y en a peu.

De plus, ce polar a l’originalité de baigner dans la plus totale intertextualité puisque l’assassin calque ses crimes sur des thrillers classiques, les reproduisant avec une minutie du détail toute obsessionnelle.

Ses personnages sont très attachants et variés, en commençant par le Commandant Verhœven de petite taille (1,45 m), un lilliputien doté d’une cervelle exceptionnelle et d’un caractère bien trempé. Les autres membres de l’équipe sont aussi intéressants :  son ami, le gros divisionnaire Le Guen, ses collègues Louis le BCBG jusqu’aux ongles (on se demande ce qu’il fait dans la Police), Armand le rapiat maladif qui s’installe une station de métro plus loin afin de récupérer les journaux du jour dans la poubelle et sans bourse délier, Maleval le jeune flic flambeur et coureur de jupons endetté jusqu’au cou. Tous les personnages sont bien campés et ont va les retrouver au fil des livres. Je crois qu’il est préférable de lire la trilogie dans l’ordre, car des révélations importantes vont surgir au fil des histoires; je regrette sincèrement de ne pas avoir respecté l’ordre.

Quant à la trame de ce polar, il est hors de question de révéler la moindre parcelle, ce serait un crime de lèse majesté et je ne voudrais surtout pas vous en gâcher la lecture.

TRAVAIL SOIGNÉ, Livre de Poche 2014 (Éditions du Masque 2006),  ISBN 978-2-253-12738-3

Zulu de Caryl Férey

Afficher l'image d'origineCaryl Férey est un écrivain et scénariste français (Caen 1967), spécialisé dans le roman policier. Sa carrière littéraire a démarré en 1994 avec Un ange sur les yeux.Zulu

Zulu a obtenu le Grand prix de littérature policière 2008 ainsi  que au moins 7 autres prix. Le livre s’est vendu à plus de 200 000 exemplaires et il a été adapté au cinéma en 2013 par Jerôme Salle.

J’avais noté sur ma PAL q’il fallait lire Caryl Férey, ayant croisé son nom plusieurs fois, ce qui avait déclenché une certaine curiosité pour le lire, afin de me faire une opinion bien à moi. Le hasard des choses a fait que finalement j’ai lu deux livres de Férey presque à la queue leu-leu : celui-ci et Condor, tout récemment paru. Ce n’est pas l’idéal pour un blog car la répétition conditionne quelque part l’intensité de la critique, les défauts semblent plus apparents.

Zulu est un polar très noir (au propre comme au figuré), très inhumain, violent, gore par moments, désespéré et qui nous donne un reflet de la société sud-africaine actuelle, une société sans repères, telle qu’elle a été appréhendée  par Caryl Férey, dans le pays le plus dangereux au monde;  l’écrivain a dû se documenter à fond car il traite beaucoup de sujets : l’appartheid,  la politique, les problèmes socio-économiques, la criminalité effarante, les problèmes d’éducation, la surpopulation endémique, le taux catastrophique de SIDA, etc.

On ressort de cette lecture comme tatouée, marquée au fer rouge écrivait avec justesse Mac Oliver…car la réalité du terrain dépasse les bornes de l’acceptable : haine, vengeances, pouvoir, corruption à tous les niveaux, drogue, pauvreté, sida (20% de la population serait porteuse du virus), ghettos noirs mais aussi blancs, gangs d’une férocité sauvage, prostitution, injustice, bidonvilles qui sont des no-man lands, essais cliniques sans contrôle et sans limite pour des drogues ou des virus sélectionnés. L’enquête sordide menée par une police sud-africaine atone et inefficace est aussi riche en hémoglobine qu’un film de Tarentino. C’est une Afrique du Sud rongée de l’intérieur, pas cicatrisée du tout et bouffée par mille misères, avec un taux de criminalité qui donne le vertige. C’est une virée en enfer et une radiographie d’un pays en état de décomposition dans tous les strates.

Aucune envie d’aller faire du tourisme dans un tel contexte qui agit comme un répulsif pour les touristes éventuels, même si les lieux géographiques sont très beaux et intéressants. Les romans de Deon Meyer, lui sud-africain de pure souche, paraissent édulcorés à côté de celui-ci (trois romans de Deon Meyer commentés dans ce blog).

Sans vouloir déflorer le sujet de ce polar intense, je note que l’écrivain s’aide de quelques personnages centraux assez pittoresques;  il va nous entraîner dans la résolution de plusieurs cas criminels avec le même profil : l’assassinat sauvage de jeunes blanches sur fond de drogue. Le chef de la police criminelle, Ali Neuman, est un avocat d’origine zouloue qui a subi avec sa famille des exactions d’une sauvagerie inouïe. Les collègues de Neuman sont aussi des êtres éprouvés par le destin, avec de véritables histoires à l’intérieur de l’histoire principale. C’est palpitant et complexe, c’est dévastateur.

Un avant goût du niveau de la prose…(page 197) une porte menait au sous-sol ; Epkeen se pencha sur les marches et porta aussitôt la main à son visage. L’odeur venait de là : une odeur de merde. Une odeur de merde humaine, épouvantable…Il poussa l’interrupteur et retint son souffle. Un essaim de mouches bourdonnait dans la cave, des milliers de mouches. Il descendit les marches, le doigt crispé sur la détente. Le sous-sol couvrait l’étendue du bâtiment, une pièce aux ouvertures calfeutrées où régnait une atmosphère de fin du monde. Il frémit, les yeux glacés, compta trois cadavres sous la nuée : deux mâles et une femelle. Leur état affreux rappelait les cobayes de Tembo. Scalpés, les membres arrachés, ils baignaient dans une mare de sang coagulé, noyés de mouches. Des corps difformes, éventrés, sans dents, le visage lacéré, méconnaissable. Un champ de bataille en vase clos…

Ai-je aimé ce polar ? Non, trop gore, trop inquiétant, trop désespéré. Même si je reconnais à l’auteur un bon travail de documentation et une écriture « musclée » assez cinématographique. Aucune envie de voir le film.

ZULU, Série Noire Gallimard 2008,  ISBN 978-2-07-012092-5

Carnaval de Ray Celestin

Afficher l'image d'origineRay Celestin est un écrivain Anglais et très peu d’informations sont disponibles sur lui, à part qu’il est britannique et qu’il vit à Londres aujourd’hui. On lui donne une quarantaine d’années. Il a étudié l’art et les langues asiatiques avant de devenir scénariste pour la télévision. Carnaval (The Axeman’s Jazz, 2014) est sa première incursion dans le monde du polar. Un coup de maître, puisqu’il remporte le prix John Creasey, qui récompense un premier roman, remis par la Crime Watchers Association.

Carnaval est un roman basé sur des faits réels, l’histoire d’un serial killer qui sévit à La Nouvelle-Orléans entre 1918-1919 avec douze assassinats à son actif, un cas criminel qui ne fut pas élucidé. Et la principale inspiration pour Ray Celestin a été la ville de La Nouvelle-Orléans qui a donné naissance au jazz; aussi, il voulait écrire l’histoire d’un serial killer et il paraît que c’est sur Internet qu’il a trouvé ce cas.

Carnaval est un thriller assez réussi, d’autant plus réussi que c’est un premier roman. De plus, ce livre a une puissance narrative très réaliste avec un « beat » endiablé dans le tempo de l’écriture, c’est déjà un bon script pour le cinéma. Le livre suinte le jazz dans toutes les pages, ça swingue en permanence. Aussi , ce polar est original parce que l’enquête n’est pas menée par un seul , mais trois enquêteurs qui vont travailler séparément…

Ray Celestin a trouvé que la ville de La Nouvelle-Orléans était fascinante à cette époque avec la naissance du jazz, les débuts de la mafia sicilienne, la mise en place de la période connue comme  « la prohibition »,  la fin de la Première Guerre Mondiale et ces douze cas  d’assassinats non résolus. Il a eu l’idée d’inclure Louis Armstrong qui, a 18 ans, résidait dans la ville et était forcément au courant de l’affaire des meurtres. Une ville qui croule sous les surnoms…The Big Easy ou la ville où tout est facile …le Paris du Mississippi…la ville moins américaine d’Amérique…la ville en forme de croissant. Pour quoi tant de surnoms ? Parce que construite sur des marecages, deux mètres en dessous du niveau de la mer, coincée entre un fleuve et un lac. La Nouvelle-Orléans est à la fois un miracle et la preuve de la ténacité de l’homme. C’est comme cela qu’elle a gagné des surnoms. La Nouvelle-Orléans était considérée par le reste de l’Amérique comme un lieu exotique, une enclave étrangère, cachée au coeur du Sud profond. C’est une ville qui ressemblait plus aux ports moites et ténébreux des Caraïbes qu’aux cités puritaines du Nord. Ils ont été toujours différents depuis le jour où des trappeurs français venus s’installer là bas ont décidé, en dépit des conseils de leurs guides indiens, de construire une ville dans les marais.

Des assassinats atroces vont se produire car commis à la hache et très préparés, ils suivent un rituel. Malgré tout le soin des enquêteurs, l’assassin échappe à chaque fois.

Qui sont ces enquêteurs? D’abord la Police dans la personne du détective Michael Talbot, un homme qui cache un énorme secret dans sa vie privée, un homme qui côtoie des ripoux dans son métier et qui traîne quelques casseroles; Ida une jeune et jolie octavone qui voudrait tellement travailler comme détective mais qui pour le moment travaille comme secrétaire au sein de la succursale Pinkerton de La Nouvelle-Orléans, avec un chef, Lefebvre, imbibé d’alcool en permanence; elle  va  entraîner dans ses recherches son ami Louis Amstrong et ils vont prendre des risques insensés; et Luca un ancien policier ripou, sicilien, qui fut dénoncé autrefois par Talbot et qui, après avoir purgé des années de détention, revient à La Nouvelle-Orléans et se fait engager par la mafia sicilienne pour élucider le cas parce que des italiens font partie des macchabées.

Ce qui est très intéressant dans ce roman, ce sont les ramifications incroyables entre la Police, la Mafia, la prostitution et la drogue. A la différence d’autres mafias Américaines, comme celle de Chicago ou de New York, à La Nouvelle-Orléans les mafieux ne s’entre-tuent pas parce que toutes les familles émanent du même village en Sicile. Ce qui est très bien dépeint aussi, c’est la vie à La Nouvelle-Orléans en 1919 avec toute cette faune qui traîne, ces gens dans la misère, la ségrégation raciale sévère et pour couronner le tout, une nature terrifiante autour de La Nouvelle-Orléans avec les cyclones, les orages monstrueux et les crues de la rivière Mississippi; et tout ceci baignant dans la musique car rien ne pouvait avoir lieu sans musique à La Nouvelle-Orléans. D’ailleurs, le titre en anglais du roman The Mysterious Axeman’s Jazz c’est du Ragtime composé en 1919 par John Davilla que vous pouvez écouter ci-après (2min44 de pur swing) sans oublier une pensée affectueuse pour Rachel D. qui m’a offert ce livre et à qui je dédie ce billet:

 

CARNAVAL, Cherche Midi 2015,  ISBN 978-2-7491-4195-4

Prendre Gloria de Marie Neuser

Afficher l'image d'origineMarie Neuser est un écrivain français (Marseille 1970), agrégée d’Italien; elle enseigne à Marseille, mais possède d’autres langues. Sa bibliographie comprend aujourd’hui cinq livres.

Prendre Gloria (2016) fait partie d’un diptyque avec Prendre Lily (2015), deux livres qui concernent la trajectoire d’un psychopathe, mais ce sont deux livres que l’on peut lire séparément. Prendre Lily aborde la fin de cette histoire en Angleterre et Prendre Gloria, le début de l’affaire en Italie.

Ces deux livres sont basés sur une histoire vraie qui défraya la chronique en Italie entre 1993 et 2011 : dix-huit années pour venir au bout de cette énigme judiciaire ! Le vrai cas concerne la disparition d’Elisa Claps (Gloria Prats dans le roman), à l’âge de seize ans dans la ville de Potenza (région du Basilicate). Le cas est resté irrésolu pendant 17 ans faute d’avoir trouvé le cadavre; l’affaire a pu se développer à nouveau à partir des données en provenance d’Angleterre où résidait le suspect. Apparemment le « secret d’état » en Italie aurait couvert ce cas criminel (page 202 : vous savez, en Italie, on a peut-être les plus grands artistes, mais certainement pas les plus grands flics).Mais ce cas ne serait pas la seule affaire criminelle concernant la disparition de jeunes filles en rapport avec cette grande société secrète et taiseuse qu’est l’Église; dans les dernières décennies il y a eu aussi la disparition de Martina, une jeune citoyenne vaticane, au sortir d’une église où elle était allée prendre son cours de hautbois, et Sandra, une autre jeune fille que personne n’avait retrouvé après qu’elle s’était rendue dans un monastère pour une retraite spirituelle.

Ce thriller est très différent dans sa présentation de ce que nous avons l’habitude de lire. Car dès les premières pages le lecteur connait l’assassin (un imbécile borderline depuis l’enfance, compulsif et impulsif, obsessionnel et obsédé, un insecte doté d’un QI d’ingénieur et d’un univers mental d’enfant de 6 ans…). Marie Neuser  nous dissèque l’affaire pas à pas en se posant constamment la question : pourquoi? et comment? Au début de ma lecture j’ai été quelque peu excédée par la lenteur et je dois avouer que les sauts temporels dans le récit m’ont aussi gêné car chaque fois je devais faire l’effort de resituer le personnage dans le temps et dans l’action. Après tout, nous allons suivre les mêmes personnes pendant dix-huit années, cela fait long. Ce fut un parti pris de la part de l’écrivain de nous imposer ces sauts temporels afin de redonner de la dynamique au récit.

La trame concerne le cas d’un jeune psychopathe dans une paisible petite ville italienne, un psychopathe fétichiste : il était attiré par les chevelures féminines, surtout blondes qu’il découpait de façon impulsive; son cas avait été dépisté assez tôt par son comportement aberrant, mais sa famille était puissante et les faits avaient été enterrés. Le garçon n’a jamais bénéficié d’un traitement adéquat et avec le temps ses agissements ont largement dérapé constituant un cas criminel .

Ce serait déplorable de dévoiler la trame de ce thriller, mais ce qui est remarquable est de constater le poids considérable qu’à la religion dans la société italienne et aussi le poids très fort de la famille, beaucoup plus fort qu’en France avec la pratique courante d’une sorte d’omertà intra-familiale inviolable (dans un pays où l’art du silence est administré dès le sein de la mère). Pas à pas Marie Neuser nous montre comment des pistes flagrantes furent laissées de côté dès le départ par la police et la justice et comment la famille du suspect s’est protégée et comment des témoins importants ont été escamotés du procès, voire assassinés. Au sommet de la pyramide, Marie Neuser suggère l’existence d’un complot au plus haut de l’état qu’elle appelle Le Système, une sorte de logia maçonnique et mafieuse destinée à protéger ses membres et à éliminer ceux qui gênent.

Au total, un thriller différent où tout l’appareil de justice italien sort avili et corrompu par des forces occultes qui tirent les ficelles.Voici ce que Marie Neuser fait dire à une juge italienne qui a fait partie du procès au début de celui-ci : elle connaissait parfaitement, de par sa magistrature, le jeu des lois et des tarifs des gens d’honneur, et elle n’avait jamais perdu de vue que dans ce pays, réputé pour être celui de l’inorganisation la plus totale, une seule chose était parfaitement réglementée et ne se permettait jamais aucun écart, Le Système.

PRENDRE GLORIA, FleuveNoir 2016,  ISBN 978-2-265-11452-4