La vie aux aguets de William Boyd

William Boyd est un écrivain, scénariste et réalisateur britannique (Ghana 1952) qui, après avoir suivi des études à l’université de Glasgow,  a enseigné la littérature à Oxford. Actuellement il vit entre Londres et la France (Dordogne). C’est un écrivain que je suis depuis ses premiers livres et que j’apprécie toujours; ce sont ses premières publications qui m’ont surtout marquée (Un Anglais sous les tropiques, Comme neige au soleil…).

Dans ce blog, j’ai publié en anglais un billet sur son livre Orages ordinaires (Ordinary Thunderstorms, 2009) en décembre 2012; c’est un  un thriller captivant autour de la recherche « effrénée » de profits  de la part de l’industrie pharmaceutique même quand cela est au détriment des vies humaines, mais c’est aussi  un roman passionnant sur la dépossession d’identité, un thème récurrent chez Boyd : https://pasiondelalectura.wordpress.com/2012/12/22/ordinary-thunderstorms-by-william-boyd/

La vie aux aguets (Restless, 2006) est un roman d’espionnage construit autour du besoin qu’éprouvaient les Anglais à compromettre les Américains afin qu’ils rentrent dans le conflit armé Européen de 1939. Aujourd’hui les révélations sur cette « guerre de désinformation » et de propagande qu’ont mené les Services Secrets britanniques au sein même du sol américain, permettent d’accorder de la véracité à la fiction imaginée par William Boyd. Le roman m’a paru assez captivant, mais j’ai du attendre au moins 50 pages pour me sentir intéressée,  ensuite je n’ai pas pu lâcher le livre, bien que la fin m’ait paru un peu bâclée. À peine un paragraphe pour nous expliquer « l’énormité » commise par Lucas Romer, le boss d’Eva Delectorskaya: Lucas Romer avait dit à Eva un jour qu’il y avait trois raisons pour trahir son pays :l’argent, le chantage et la vengeance; mais en observant le comportement de Romer, Eva avait conclu que c’était plus naturel de haïr l’Angleterre que de l’aimer parce que Romer possédait tout (argent, position sociale, titre, pouvoir) et sa vengeance était d’en rire. C’est aussi un roman sur l’usurpation d’identité et le boulet que cela signifie de passer toute une vie d’usurpateur dans le mensonge.

C’est l’histoire d’Eva, une jeune femme mi-russe mi-anglaise qui est enrôlée par les services secrets britanniques afin d’infiltrer les Américains via la contre-propagande anti nazie. J’ai trouvé fascinante la formation que la jeune femme avait suivie à Manor Lyne en Écosse avec tous les petits détails qui ont conditionné à jamais les synapses de son cerveau, le dotant d’un esprit analytique, déductif, mnémotechnique et définitivement méfiant. C’est un enseignement que nous devrions avoir tous afin de déjouer beaucoup d’aléas malfaisants dans notre vie courante.

La trame du livre est assez bien balancée entre les souvenirs de l’espionne Eva Delectorskaya (1939-1942) et la vie actuelle de sa fille, Ruth Gilmartin à Oxford. Eva, alias Sally Gilmartin donne à sa fille un manuscrit lui révélant sa véritable identité parce que après toutes ces années de camouflage, elle sent à nouveau que sa vie est en danger. Et le lecteur, tout en apprenant la vérité sur le rôle qu’Eva a joué lors de la deuxième guerre mondiale, sera confronté au doute pour démêler le vrai du faux de la paranoia de persécution d’Eva, paranoia que ses maitres ont si bien su lui inculquer .

Une série pour la BBC en deux parties a été filmée et dirigée par Edward Hall avec parmi les acteurs Hayley Atwell, Rufus Sewell, Michael Gambon et Charlotte Rampling et  avec la participation de William Boyd dans le script. Ils ont changé beaucoup de choses dans le film: par exemple, rien n’est dit sur le gagne pain de la fille d’Eva alors que dans le livre, elle donne des cours d’anglais aux étrangers à Oxford. Aussi, je ne sais pas pourquoi, ils ont changé le nom du président de thèse de Ruth qui s’appelle Bobby von Arnim dans la série alors que c’est Bobbie York dans le livre  ; et encore c’est Sylvia, une collègue espionne de Ruth, qui fait passer Eva au Canada dans la série alors que dans le livre c’est un homme, et ensuite elle est tuée mais à un autre moment que dans le livre,  et en outre plein d’autres changements. Voici un lien pour voir la série de presque deux heures de durée et en langue anglaise, avec une première partie sous titrée en italien. Je préfère le livre, plus explicite.

https://www.youtube.com/watch?v=f-pLr7JD8Sw

 

LA VIE AUX AGUETS, Seuil 2007,  ISBN 978-2-02-087232-4

Óscar y las mujeres de Santiago Roncagliolo

Santiago Roncagliolo es un escritor, guionista de telenovelas, dramaturgo, asesor político y periodista de investigación de nacionalidad peruana (Lima 1975), residente en Barcelona desde 2000. Estudió Lingüística y Literatura en Lima.

Es el cuarto billete sobre una de sus obras en mi blog;  fueron publicados :El amante uruguayo (el más interesante para mi) en octobre 2013, La pena máxima en julio 2014, Jet Lag en enero 2015 y ahora éste. ¿Mi  autor favorito ? pensarán algunos…Debo ser franca y la verdad es que son libros que han sido regalados y enviados directamente desde Lima. Yo no los hubiera comprado.

La comercialización de este libro se hizo primero por entregas en digital (Internet), antes de ser editado sobre papel. Los capítulos iban rotando por los países de habla hispana, lo que constituye una originalidad. Al parecer Roncagliolo escribió guiones de telenovelas en Miami, de manera que « sabe » de lo que escribe y probablemente se encuentren elementos autobiográficos. Es en Miami donde se facturan las telenovelas que se emiten por toda Latinoamérica.

Óscar y las mujeres es la sexta novela de Roncagliolo,  es un libro liviano y bastante vulgar porque refleja fielmente el mundo de la farándula y de los escritores de telenovelas,  (llamadas soap- operas en Europa),  unos dramones cebollentos que buscan conmover la fibra humana en sus más bajos instintos. Estamos a años luz de lo que se llama literatura. Pero en materia de business, es otra cosa, generan  un lucro que puede resultar faraminoso según el ranking de audiencia.

El libro de Roncagliolo lo leí a continuación del tercer tomo de las memorias de Sándor Márai y de una tétrica novela de la argentina Ana María Shua. Ambos libros son buena literatura, pero engorrosos. El librito de Roncagliolo me hizo el efecto de un bálsamo de frescura y logró hacerme sonreír varias veces,  lo que no es poco. Hay que leerlo al segundo grado y reírse de las cosas que nos cuenta el autor…

Este libro es una farsa del principio hasta el final  con una estructura bastante original : la alternancia del texto de la telenovela que Óscar Colifatto escribe delante  nuestro y que Óscar modifica cada día en función de lo que ocurre en « su horrenda » vida real,  que es un verdadero peladero afectivo. Porque los culebrones pueden resultar románticos, pero la real life de Óscar no tiene absolutamente nada de romántico.

Óscar es un don nadie, un pobre tipo enajenado, un escriba de culebrones que tuvieron éxito de audiencia, pero que ya no lo tienen y en este estrato, la búsqueda frenética del rating es despiadada. Para inspirarse y en un comienzo de su « carrera », Óscar revisaba el basurero de otros guionistas y recuperaba los borradores buscando inspiración.

El problema es que Óscar no sabe separar el trabajo de su caótica vida personal. Su personalidad está llena de anomalías: es maniático, obsesivo, misántropo, hipocondríaco, débil, cobarde, infantil, egoísta y totalmente inepto a mantener una relación humana estable.

Su productor, el asqueroso Pasamonte, es un ser repugnante que lo exprime como un limón y lo acorrala con sus exigencias sin soltar el dinero que Óscar le reclama en permanencia.

Todos los personajes alrededor de Óscar son caricaturales, algunos individuos son grotescos, otros son divertidos.

Alguien hizo un paralelo entre este Óscar Colifatto e Ignatius J. Reilly, el personaje del escritor norteamericano John Kennedy Toole en su novela La conjura de los necios, ambos personajes emprenden aventuras que se van superando en enredos y desenlaces catastróficos.

En resumen, un libro facilón, divertido por momentos, pero que no deja huellas y que narra de paso la experiencia de Santiago Roncagliolo como  « escribidor » de telenovelas « románticas ». El lenguaje de la novela es coloquial, lleno de locuciones zoológicas que deben gustar al escritor como « se sacudió como una orca con retortijones », o « pisoteaba sus pudores como un rinoceronte en un jardín japonés »…

Para terminar, citaremos una frase de Woody Allen que figura como epígrafe en la novela porque va bien con el tema de las telenovelas : »La vida imita a la televisión barata ».

ÓSCAR Y LAS MUJERES, Alfaguara 2013,  ISBN 978-8-42041-3594

Ce que j’ai voulu taire de Sándor Márai

Sándor Márai (1900-1989) était hongrois, né en Slovaquie en 1900, écrivain et journaliste, fils d’une famille aisée, marié à Ilona  (Lola ) Matzner qu’il rencontra à Berlin en 1923 au cours de ses études de Philosophie. Il va fuir son pays car il est antifasciste dans un pays qui est allié avec l’ Allemagne nazie (sa femme avait des origines juives). Ensuite il sera condamné par les communistes comme un auteur bourgeois et ses livres seront pilonnés en place publique en 1948 ; par la suite il sera ignoré par les instances littéraires pendant toute la durée du communisme. Il s’est exilé aux États Unis où il avait pris la nationalité américaine . Il s’est donné la mort à San Diego, Californie, après le décès de sa femme.

Pendant son exil et à partir de 1948, l’écrivain avait été oublié en Europe où il ne sera redécouvert qu’après sa mort, vers 1990, grâce aux Éditions Albin Michel.

Aujourd’hui l’œuvre de Márai est considérée comme faisant partie du patrimoine européen avec une réputation à l’égal de Stefan Zweig, Joseph Roth, Arthur Schnitzler, Musil, Rilke, Kafka, Kundera, etc. Ce sont des écrivains consacrés de la mittel-Europa. Márai est considéré comme un maitre du roman psychologique et il est inégalé dans les confrontations entre deux personnages. Depuis que je l’ai découvert avec Les braises , il fait partie de mes écrivains préférés. Et c’est le troisième billet sur un livre de Márai dans ce blog: j’ai publié La soeur en mai 2012 et Les étrangers en mars 2013.

Ce que j’ai voulu taire  a été publié par Albin Michel en 2014 et traduit par Catherine Fay, traductrice attitrée depuis quelques tomes. Ce livre fait partie du troisième volet de Confessions d’un bourgeois dont les deux premières parties furent publiées en Hongrie en 1934 . Sándor Márai mentionne plusieurs fois ce livre dans son journal de 1949 car ce livre, cette troisième partie de ses confessions, fut écrite entre 1949 et 1950; ce texte était considéré comme perdu jusqu’aux années 2000 où le manuscrit a été retrouvé, bien qu’incomplet,  dans les archives entreposées dans le musée de Littérature Petõfi de Budapest. Le livre narre les dix années entre l’Anschluss de mars 1938 et l’année de l’exil définitif de Márai en 1948. Le lecteur ayant lu Mémoires de Hongrie de Márai, pourra reconnaitre quelques pages tirées de ce livre et retravaillées.

Je dois dire que ce livre m’a beaucoup intéressée  mais mon manque de culture sur l’histoire de la Hongrie et sur les personnages cités dans le livre, m’a quelque peu rendu la lecture stérile. En revanche, j’ai bien saisi la façon dont cet écrivain très connu à l’époque, gagnait sa vie et travaillait. Il menait la vie aisée d’un intellectuel reconnu, il était invité dans les meilleurs cercles et salons, il côtoyait le meilleur monde, il avait des habitudes et manies de travail bien ancrées comme ses longues promenades avec son chien. A cette époque, il préparait son livre La conversation de Bolzano, livre inspiré d’un épisode de la vie de Casanova, tout juste échappé des Plombs de Venise.

L’entrée de Hitler dans Vienne revient comme un leitmotiv dans le livre, et je mesure ainsi l’état de stupeur dans lequel est resté Márai, lui qui avait compris qu’une page était tournée définitivement dans l’Histoire de l’Europe. Nous lisons page 72…Quand Hitler entra dans Vienne, les couches bourgeoises et petites-bourgeoises de la réaction hongroise, en accord parfait avec la caste des officiers et des fonctionnaires d’après-guerre, ont flairé et senti dans tous les nerfs de leur corps que le temps des grandes rapines et des grandes redistributions était arrivé. Leurs espoirs ne furent pas déçus. Même si ce fut pour une courte durée, des possibilités de pillage et de trafics que l’on n’avait pas connues depuis les invasions tatares et turques s’ouvrirent à ces gens-là. Et quelque chose d’autre est né : le temps du ressentiment contre la qualité et le temps de la vengeance pour l’homme moyen intellectuellement défaillant; ce ressentiment et cette soif de vengeance ont traversé le jeu tragique et absurde de la guerre, du siège, de la défaite et de la prétendue « libération » et ils perdurent aujourd’hui, à l’ombre du drapeau rouge, avec des singulières transpositions. 

Le communisme lui faisait autant horreur que la doctrine nazie. Il abhorrait la position dogmatique et dictatoriale du communisme. Page 168 il s’explique…L’expérience socialiste anglaise et scandinave est-elle suffisamment convaincante pour que nous puissions nourrir l’espoir de voir ce rôle assuré par le bourgeois humaniste ?…N’est-ce pas vain et ridicule d’émettre l’hypothèse que ce bourgeois, qui a conduit le monde du féodalisme au parlementarisme constitutionnel, au libéralisme et au système de production capitaliste, soit prêt, à travers ses descendants et grâce à l’influence des intellectuels humanistes bourgeois du passé, à sortir les masses actuelles de leurs formes de vie capitalistes pour les amener à un socialisme occidental à taille humaine et bâti sur les principes véritables du christianisme?…Je suis arrivé à la conclusion que le système de production capitaliste ne pourra assumer un mode de vie individuel et collectif satisfaisant dans ce monde surpeuplé que s’il noue une alliance humaine avec le socialisme. Le système  de production capitaliste, en remplaçant le système féodal, fut une grande entreprise humaine. Au début il fut imparfait, mais ensuite le nouveau système de production a entrainé une immense vague de développement social , intellectuel et économique, et ce flot productif a contribué à créer les conditions d’une grande poussée démographique au même titre que la prophylaxie, les canalisations ou les conquêtes de l’assurance santé et vieillesse...J’ai appris au cours de dix dernières années que, dans ce monde, le seul chemin héroïque est toujours celui honni par les fanatiques des dictatures : la Troisième Voie.

A propos de littérature, il narre page 174 sa rencontre à Londres avec le diplomate hongrois László Bárdossy, un grand homme d’État très cultivé et grand lecteur :…Nous parlions littérature et je fus surpris de voir à quel point cet homme savait précisément de quoi il parlait. Il savait que Somerset Maugham était « presque » un bon écrivain mais qu’en fin de compte il affûtait  ses histoires à l’excès et qu’il calculait  ses effets, donc il n’était pas vraiment bon, alors que Virginia Woolf, qui n’était pas facile à lire, était vraiment un bon écrivain parce que le lecteur trouvait dans ses écrits cette totalité qu’est la littérature.

Ce livre me rappelle singulièrement Le monde d’hier (Souvenirs d’un Européen) de Stefan Zweig, publié en 1944, mais écrit en  1934, considéré comme le « testament littéraire » de Zweig (et écrit presque en même temps que le livre de Márai), posté à l’éditeur la veille de son suicide. Voici deux écrivains de la mittel-Europa qui n’ont pas pu survivre à la fin d’un monde dans lequel ils avaient mis tous leurs espoirs humanistes. Tous les deux ont eu le courage de se suicider pour leurs idées, c’est à dire d’aller jusqu’au bout de leurs actes et pensées.

CE QUE J’AI VOULU TAIRE, Albin Michel 2014,  ISBN 978-2-226-31238-9

La muerte como efecto secundario de Ana María Shua

Escritora argentina (Buenos Aires 1951) cuyo verdadero apellido es Schoua; A.M. Shua obtuvo una maestría en Artes y Literatura en la Universidad de Buenos Aires. Escribe microrrelatos , literatura infantil y guiones de cine, adaptando varias de sus novelas al cine: « Los amores de Laurita » y « Soy paciente« . Se la conoce como « la reina de la minificción« . Comenté de ella en este blog Temporada de fantasmas en agosto 2014.

Esta novela de 1997 es la cuarta novela de la escritora: La muerte como efecto secundario fue seleccionada en 2007 entre las 100 mejores novelas de los últimos 25 años por 81 expertos y la lista fue publicada por la revista colombiana Semana.

Estoy de acuerdo con la selección porque esta novela epistolar es impresionante: muy bien escrita, concisa y bien organizada,  pero es la novela más negra y al mismo tiempo más verosímil que uno pueda imaginar.

Estamos en un Buenos Aires futurista donde reina la violencia y el caos,  donde la gente vive en barrios « cerrados » para protegerse, especialmente los ricos. Los otros barrios son « tomados » y la gente marginal que los habita los tiene impracticables por la violencia ambiental. La gente ya no puede pasear por las calles porque los asaltos están a la orden del día y los automóviles tienen que ser blindados para resistir a los tiroteos que surgen de improviso. La gente circula armada. El Estado no tiene ningún poder. En Buenos Aires reina el desempleo, el desamparo y la injusticia por lo que el dinero constituye un  amparo y un bienestar.

Las Casas de Recuperación son un gran negocio, son unos asilos para ancianos  que los conservan en vida a cambio de disponer del dinero de ellos mientras estén vivos, un dinero que se complementa con un subsidio estatal, que aumenta mientras se prolonga la internación, es decir, la vida del anciano. Pero no todos los viejos quieren estar internados, los hay que han fugado y formado una comunidad de Viejos Cimarrones, viejos de los cuales no se tienen más noticias, ni siquiera de su muerte.

El protagonista es Ernesto Kollody, un cincuentón divorciado, con perfil de perdedor que escribe una carta amorosa a una ex-amante al mismo tiempo que se explaya sobre su relación amor-odio con el padre, este padre que lo ha ridiculizado toda su vida porque  Ernesto es un hombre débil físicamente (piernas escuálidas, calvicie, artrosis), pero también psicológicamente porque es la imágen del « hijo eterno » apocado por un padre dominador.

El poder del padre es tan aplastante que para poder vivir, Ernesto decide matarlo : la muerte como resultado, como efecto de la opresión. La historia transcurre en una sociedad en la que vivir y morir son efectos. Efectos de un  sistema neoliberal. En un mundo donde todo es simulación y apariencia, el dolor y la muerte se presentan como el único espectáculo real. La muerte se organiza como un espectáculo circense que se vende. Las muertes y las agonías son filmadas como reality shows, son una mercancía porque son valorizadas por la gente.

No existen detalles positivos en esta novela, todo es negro y negativo, solo que a veces hay un poco de humor . Me parece que hay  una voluntad subliminal  de la escritora por saldar cuentas con los complejos y soterrados sentimientos  de amor/odio hacia los padres.

Voy a citar algunos párrafos para dar una idea de la negrura y del cinismo del texto.

Página 29…Nadie puede humillarte como tus padres. Nadie más en el mundo tiene ese gigantesco poder: el mismo que tenemos sobre nuestros hijos. Nadie como tus padres puede exhibir en público tus miedos más secretos cuando sos chico. Nadie como ellos puede recordarte después, en tu vida de adulto, las promesas de tu infancia, los ideales que empuñaste en la adolescencia. Nadie como tus padres para conocer tus puntos flacos.

Página 33…Mamá tenía la mirada opaca, indiferente. Ella siempre vivió un poco así, como envuelta por una nube que le velaba los sentidos, los sentimientos – sobre todo el placer y la alegría – , pero también los colores y parte de la realidad. Me asombraba, sin embargo, no verla retorcerse las manos con desesperación, no entregarse al dolor, la única sensación que la mantenía lúcida.

Página 48…Mi hermana (Cora) en cambio nunca pudo desprenderse de ese gancho que la tenía sujeta desde su nacimiento. Cora había venido a llenar  el espacio que se ahondaba entre mis padres y su destino fue enredarse con papá en una madeja de amor y odio que terminó por absorber toda su energía vital. Nunca pudo irse de la casa, nunca pudo inventarse una historia distinta de la que habían planeado para ella, esa vida estéril que al mismo tiempo le reprochaban, refregándole su fracaso. Papá usó todos sus recursos para ejercer control y poder sobre nosotros: nos atormentaba con la culpa, nos penalizaba con el castigo, usaba el poder de su fuerza física cuando éramos chicos y el de su dinero cuando fuimos grandes. Era capaz de aunar el dominio del torturador y el de la víctima. Nos controlaba usando la mentira , la verdad, la inteligencia y el sabio conocimiento de nuestras debilidades y deseos. También nos quería: apasionadamente. Sólo para él.

¿Mamá? Solo en la adolescencia empezamos a darnos cuenta de que papá imponía los castigos y mamá los administraba. Papá aparecía siempre salvándonos de una situación que él mismo había ideado. Verse obligada a castigarnos era el castigo  que recibía mamá. La influencia de mi padre sobre ella era enorme. Mamá creía que si no obedecía sus órdenes en cuanto a nuestra educación, ella sería responsable de los hechos terribles que destruirían nuestras vidas. Iríamos a la cárcel, sufriríamos accidentes o mutilaciones, quedaríamos para siempre inválidos, moriríamos si ella no aprendía a controlarnos, a limitarnos, a dominarnos con un sistema de penalidades que él inventaba para nosotros. Papá usaba su conocimiento de nuestros miedos para inventar castigos. Se trataba de fortalecer nuestro carácter.(página 166)

Cuando fui mayor, tuve la sensación de que la única forma que mamá había encontrado, en su enorme debilidad, de enfrentar a mi padre, era convertirse en una especie de peso muerto, un lastre que él debía arrastrar en la vida.(pg 167)

Una brillante novela negra con un final original y sorprendente que no divulgo para proteger el placer de lectura . Una novela que conlleva una profunda reflexión social y política porque da cuenta de una desintegración social. Una novela de anticipación de un tipo particular de ciencia ficción, una utopía negativa como la de Orwell donde el horror brota de un estado de cuasi anarquía.

« Es pues un enamorado que habla y dice » citaremos en epígrafe esta frase de Roland Barthes porque son las palabras con las que Barthes abre su obra « Fragmentos de un discurso amoroso« , exactamente como Ernest Kollody-narrador y protagonista comienza esta novela, escribiéndole a su amada.

LA MUERTE COMO…, Emecé 1997,  ISBN 978-950-04-3069-2

Le complexe d’Eden Bellwether de Benjamin Wood

Benjamin Wood est un écrivain britannique né en 1981, qui s’est lancé d’abord dans une carrière d’auteur-compositeur autodidacte dès l’âge de 17 ans. Cinq années plus tard, il a repris des études d’écriture scénaristique et des études de photographie, puis il est parti au Canada préparer un master en creative writing.

Ce livre, Le complexe d’Eden Bellwether, est un premier roman très bien accueilli par la critique: un pavé de presque 500 pages, paru en Angleterre en 2012 (The Bellwether Revivals) et en France chez Zulma en 2014, l’éditeur Zulma qui publie des livres aux  couvertures colorées ravissantes ; ce livre obtint  le Prix FNAC 2014.

Un deuxième livre vient de paraître au Royaume Uni sous le titre The Ecliptic, l’histoire d’une artiste peintre à la fin des années 50.

Benjamin Wood s’est servi de sa première passion, la musique, pour écrire ce livre;  il a dû aussi se servir de l’expérience de sa mère qui a travaillé comme infirmière dans une maison de retraite. Pendant l’écriture du livre B. Wood a occupé une toute petite chambre à Cambridge afin de décrire au mieux le cadre du roman tel que nous le rêvons, avec ses collèges prestigieux, ses bâtiments impeccables, un ciel instable avec des ondées incessantes, le rituel du thé-scones , et des alumni voulant briller à tout prix….

C’est un bon et copieux roman, qui démarre comme un thriller avec une construction machiavélique. J’ai ressenti quelques longueurs et essoufflements dans certains descriptifs intellectuels, musicaux ou psychologiques, mais globalement le  roman est assez captivant et il constitue un coup de maître pour une première publication.

Nous sommes à Cambridge où un groupe de copains universitaires est mené par Eden Bellwether; ces jeunes gens discutent inlassablement autour de  la musique, de la psychologie, des mathématiques, de la littérature, etc.

Il est très  difficile de s’introduire dans un tel milieu universitaire, mais  Oscar Lowe, un humble aide-soignant en quête de culture et de reconnaissance, sera séduit un jour par la musique jouée par Eden Bellwether à la chapelle du King’s College; Oscar s’arrêtera pour l’écouter et à cette occasion il sera ébloui par la présence d’Iris Bellwether, la soeur d’Eden, elle même violoncelliste et étudiante en médecine à Cambridge. Oscar est issu d’un milieu modeste, il est intelligent, il aime la culture et la lecture, mais il doit travailler comme aide-soignant pour gagner sa vie, car il a décidé de se désolidariser de son milieu familial trop rustre.  Eden Bellwether, en revanche, est né avec une cuillère d’argent dans la bouche, il fait l’admiration de ses parents et de ses amis, qui ne discernent pas en lui des signes évidents de désordre mental. Mais Eden ne fait pas l’admiration de sa soeur, car elle est en quelque sorte son « souffre douleur ».

Eden Bellwether est un personnage assez perturbé,  brillant mais très manipulateur; il envoûte son entourage et s’acharne sur sa sœur Iris . Eden pense détenir le pouvoir de soigner les gens via l’hypnose qu’il pratique en se servant de sa musique . Mais ce garçon incarne son propre paradoxe car malgré un cerveau brillant, il ne saisit pas que, à l’évidence, ses « pouvoirs curatifs » ne s’appliquent pas à lui même ni à son désordre psychique.

Oscar est conscient du piège dans lequel il est tombé et voudra rapprocher Eden Bellwether d’Herbert Crest un spécialiste des troubles de la personnalité, bien connu du Professeur Paulsen qu’il côtoie à la maison de retraite.

Il y a dans ce roman un effet miroir avec le film d’Alain Resnais « L’année dernière à Marienbad« , film qui est mentionné deux fois dans le livre : effet miroir par la construction labyrinthique, par l’omniprésence de la musique et par la présence des acteurs fantomatiques et en même temps que sensuels…

Mais Eden Bellwether ira beaucoup trop loin dans ses agissements, notamment avec sa sœur et sa mère et personne du groupe ne pourra éviter le drame.

Ce livre rappelle un autre gros pavé, lui aussi une première publication, celui  du suisse Joël Dicker: La vérité sur l’affaire Harry Quebert: mais ici le roman est encore plus trépidant et tourne autour de l’édition. D’un autre côté Le complexe d’Eden Bellwether est aussi un campus novel, à rapprocher du Roman du mariage de Jeffrey Eugenides , du Roman d’Oxford de Javier Marías, ou de Stoner de John Williams, parmi tellement d’autres…

Marina Landriot de Télérama a écrit à juste titre que ce roman aurait pu aussi bien s’appeler Le Complexe d’Oscar Lowe car Oscar aussi exerce sans relâche le pouvoir de guérir ceux qu’il croise dans son humble monde d’aide-soignant en silence et sans attendre de récompense ni de reconnaissance. Deux hommes pour une même cause : cacher ses fragilités.

Ce livre est une immersion dans le monde de la folie et du génie. Il y a une approche intéressante sur la personnalité narcissique appelée « complexe de Dieu », faite d’un mélange d’arrogance, de perversion et de domination. Il y a aussi un questionnement sur le pouvoir de la musique et de l’hypnose sur la guérison et la douleur : le rationnel contre l’irrationnel. Le livre touche aussi le thème de l’espoir…

LE COMPLEXE D’E.B., Éditions Zulma 2014,  ISBN 978-2-84304-707-7

El puñal de Jorge Fernández Díaz

Jorge Fernández Díaz es un periodista y escritor argentino, nacido  en Buenos Aires en 1960 (barrio de Palermo) . Fundador de la revista cultural « adnCultura » junto con otro periodista y amigo, hoy día fallecido,  Tomás Eloy Martínez; esta revista fue  reconocida en 2009 con el Premio Atlántida.

El escritor Jorge Fernández Díaz Tiene un estilo muy personal, irónico y  sentimental, lo que me gusta. Su formación de periodista hace que sus escritos sean muy informativos.

« El puñal » es la tercera reseña de un libro de JFD en este blog, un libro que necesitó 3 años de trabajo. Fueron comentados « Las mujeres más solas del mundo » en enero de 2013 y « Alguien quiere ver muerto a Eduardo Malbrán » en junio 2013.

Con El puñal, el autor cambia totalmente de estilo, deja de lado lo sentimental para brindarnos una novela muy negra, estupenda, cruda, muy lograda y que  será llevada al cine por Marcelo Piñeyro. La ficción-realidad de esta novela es trepidante y violenta alrededor de dos temazos : la política y el amor.

Es una novela de « malos contra malos » dijo alguien por ahí, lo que es exacto:  Fernández Díaz bucea en el fango de la corrupción entre política argentina y narcotráfico. ¿ Quienes son los dos malos? Son Remil, el « héroe infame » que se formó en la guerra de Malvinas (el « hijo de remil putas » como le decía su sargento durante los entrenamientos), el « negro de mierda » como se auto-define, asignado a la protección de Nuria, una abogada gallega « inversionista » en Argentina, en realidad una ejecutiva que busca en Argentina los contactos necesarios al embarque de droga dura en proveniencia de Colombia. Nuria es una extraña mujer de carácter fuerte, comprometida con el lado « glamour » del narcotráfico, es decir, esa parte empresarial que se ocupa de negociaciones en barrios exclusivos y en Puerto Madero, en un ambiente jet-set. Ella no consume drogas, sus drogas son el shopping compulsivo y el sexo sin sentimiento.

Remil  sirve de guardaespaldas a Nuria y le explica el peronismo a su manera: la primera generación fue nacionalista, la segunda revolucionaria y la tercera rica. Nuria es una mujer protegida y al mismo tiempo inaccesible porque solo conoce el negocio de manera parcial, aunque su rol es importante. Por encima de ella están los capos del cartel.

Los dos malos vivirán una historia de amor violenta y desigual, un acoplamiento denodado de sentimentalismo: el sexo utilitario y usado para manipular. Pero Remil saldrá malparado con  esta relación.  « El puñal » es Remil, es la mano vengadora del sicario a sueldo, cruel e infame, pero  de los dos malos, es el más sentimental.

El narcotráfico en Argentina consiste a enviar hacia Europa y Africa la droga camuflada, por ejemplo en esta novela, en miles de botellas de Malbec que serán nuevamente procesadas en Europa para extraer la droga del vino y luego integrar los circuitos de distribución. Las implicaciones de  políticos, de funcionarios, de la policía, están a todo nivel. Jorge Fernández Díaz se escuda detrás de la ficción para darnos una versión de los hechos. Pienso que probablemente la ficción  quede  chica  ante una realidad aun más horrenda y corrupta.

Excelente novela con un final trepidante y en cierto modo un tanto abierto, lo que deja intuir que pudiera haber una nueva entrega.

EL PUÑAL, Planeta 2014,  ISBN 978-950-49-4242-9

Tableau de chasse d’Arnaud Guillon

Arnaud Guillon est un écrivain français (Caen 1964) qui publie depuis 1998; il a reçu  le prix Roger Nimier  pour son livre Écume Palace en 2000.

C’est une amie chère qui m’a offert ce livre, Tableau de chasse, paru en 2015. C’est un roman d’à peine 200 pages qui se lit vite, mais s’oublie aussitôt refermé. Il aurait pu s’intituler « Manon, Vincent, Jean, Claire et les autres » ce qui n’aurait pas détonné, tellement il y a des références à Claude Sautet, le cinéaste phare des années 70. C’est un roman moderne entre  comédie dramatique et  drame sentimental, selon le point de vue de chacun.

C’est l’histoire de Manon et de Vincent qui vivent en couple depuis quatre ans et de Claire et Jean qui sont les parents de Vincent. Deux couples, deux vécus différents, ce qui est tout à fait normal compte tenu de la différence de générations. Ces deux couples seront impliqués dans un imbroglio comportant des liaisons secrètes, trahisons, mensonges et d’autres petites bassesses.

Ce que je reproche à ce roman est sa platitude, son manque de style littéraire. Seule la fin, truculente, peut surprendre un peu. De plus, par moments le lecteur a du mal à se situer par rapport aux couples: de quel couple nous parle-t-on?

Le traitement de l’argument est relativement bien ficelé, mais l’ensemble sonne plat: des personnages à peine esquissés, des décors sentant le cliché, le tout très superficiel.

De la littérature facile à lire, dans la veine d’un Musso ou d’un Marc Lévy.

TABLEAU DE CHASSE, Éditions Héloïse d’Ormesson 2015,  ISBN 978-2-35087-296-4