La vie volée de Martin Sourire de Christian Chavassieux

Afficher l'image d'origineCristian Chavassieux est un écrivain français (Roanne 1960) un touche- à- tout : romans, pièces de théâtre, contes pour enfants, scénarios de BD et de films, poésie, articles de presse. L’auteur préfère l’écriture de romans parce qu’il aime leur longueur, leur amplitude et le temps qu’il exige de la part du lecteur et de l’auteur. C’est un grand lecteur de SF et il a un blog, Kronix où l’écrivain Chavassieux  démontre un vague intérêt pour tout.

Je découvre cet auteur avec La vie volée de Martin Sourire, un roman qui a du nécessiter beaucoup de recherches sur l’époque évoquée : la fin du XVIIIè et l’avènement de la Revolution Française. Je salue ici un immense travail.

Il a brodé une fiction autour d’un enfant adopté (fictif) par Marie Antoinette alors reine de France en mal d’enfants…

Il se trouve que cette reine a adopté plusieurs enfants, un fait passé un peu sous silence. Le terme d’adoption me paraît inadéquat car les enfants n’ont pas pris le nom de Capet. Je dirais plutôt que ce furent des « protégés » de la reine qui ont eu accès à son intimité et à une vie de Cour en tant que membres de la famille royale. Le premier enfant qui fut « adopté » par Marie Antoinette ce fut le petit François-Michel Gagné, un petit paysan renversé par son carrosse en 1776 qu’elle ramena à la Cour et qu’elle prénomma Armand, comme le fils de sa meilleure amie, Madame de Polignac. Puis il y a eu plusieurs autres enfants dont une petite orpheline qu’elle prénomma Ernestine et qui fut la compagne de jeux de sa fille aînée Madame Royale.

Le personnage fictif de Martin Sourire se calque beaucoup sur le personnage réel d’Armand  Gagné, ce dernier figure en tant que tel dans le récit : Armand et Martin sont deux garçons orphelins d’origine paysanne et tout les deux, bien qu’ayant bénéficié d’un maximum de soins, d’éducation et de largesses de la part de la reine, tout les deux se sont engagés férocement dans la Révolution, ont trahi leur protectrice et sont devenus des chacals sanguinaires. En ce qui concerne Armand, il reste des traces de son comportement enragé et sanguinaire, on disait de lui que c’était le terroriste le plus sanguinaire de Versailles; il est mort à la bataille de Jemmapes (ou Jemappes) entre la France et l’Autriche en 1792. Dans le livre, l’auteur invoque le fait qu’un sentiment de jalousie pourrait expliquer la trahison des protégés. Je suis plus pessimiste et je crois que l’Homme peut être foncièrement mauvais par essence et que leurs origines trop modestes des garçons les avaient façonnés inéluctablement vers une sorte de revanche.

Martin Sourire aurait été offert à la reine lorsque le carrosse royal l’aurait frôlé. Il était dans les bras de sa grand- mère car il était orphelin. La reine n’aurait pas demandé son nom à la vieille loqueteuse et l’a prénommé Martin Sourire car déjà à l’âge tendre de 5 ans il arborait ce sourire énigmatique, inamovible, presque un rictus. De plus, ce garçon était mutique, il ne parlait pas ou très peu, mais son entendement était normal (page 96…Martin est une personne qui réfléchit. Peu de gens lui font ce crédit, tout le monde le croit fruste. Martin a compris, avec les ans, que l’habitude l’attache, que son monde et le bien-aise qu’il en a sont un confort qui l’entretient dans une paresse, un fatalisme).

Quand les voeux de maternité de la reine furent exaucés, elle se désintéressa un peu de ses protégés sans jamais les abandonner. Martin a été affecté au Hameau de la Reine où il menait une vie calme et à l’abri, pendant une période de grands froids, de famine et de révolte. Lorsque la Révolution Française eut chassé les souverains de Versailles, Martin prend la route vers Paris et après avoir exercé de petits métiers il rentra au service d’un architecte renommé. Il se mariera et quelque temps après, Il s’engagera dans l’armée révolutionnaire, passera de garde national  à sans-culotte, ce qui est bien étrange et contradictoire. Il combattra pendant les carnages de la guerre vendéenne, participant activement aux tueries. L’écrivain voit l’illustration de la confusion sur le monde et sur soi même qui régnait chez Martin.

J’ai beaucoup aimé la première moitié du livre, écrite de façon charmante avec ce parler fleuri et à la fois cru du XVIIIè siècle; le vocabulaire employé à l’époque est largement cité sans que cela devienne lourd et redondant. En revanche le descriptif sous forme de monologue intérieur quand Martin raconte sa guerre de Vendée (rappelons nous que Martin était mutique) m’a rempli d’horreur et d’écoeurement; il y a un revirement dans la narration qui m’a déplu. On suit l’évolution de Martin et tout d’un coup cela se met à déraper.

Le descriptif du Paris du temps de la Révolution est hallucinant : le premier choc, quand Martin entre dans Paris, c’est cette sensation de plonger dans une fosse grouillante, un creuset où se fond l’humanité entière, une bataille indescriptible; Paris, si proche de Versailles, est son opposé. Paris, agglomération surhumaine de tous les crève-la-faim accourus de France, Savoyards ramoneurs, décrotteurs et scieurs de bois, Limousins maçons, Lyonnais crocheteurs et porteurs de chaises, Normands tailleurs de pierre, paveurs et marchands de fil, Auvergnats chaudronniers, raccommodeurs de faïence, rémouleurs, porteurs d’eau, Languedociens cuisiniers, paysans de toutes les provinces auxquels il faut ajouter tous les peuples de la terre (déjà!), de l’Europe à l’Afrique, du Chinois au Gentou, le tout confondu, avalé dans la stupéfiante animation de la foule capitale, cohue qui engorge les rues, qu’un charretier doit fendre au fouet, multitude incohérente où avalanche et cascade un torrent de têtes, roulis aux cimiers de toile brun et rouge, et ivoire maculé de sueur, la populace coiffée de bonnets, de fichus en linon et de chapeaux à cocarde, la masse indénombrable, chargée de hottes et de faix, de rubans soyeux, des fontaines en fer-blanc, de vitres et de timbales sonnantes, de cages, de plumes, de fripes, de ballots, de meubles, d’attirails incompréhensibles, la foule braillarde, dense et volubile, bousculée, éventrée, taillée, hachée de voitures grondantes et de cavalcades, crevée par l’étrave des attelages, des tombereaux, des turgotines(=voitures publiques) des fiacres et des carrosses, des troupeaux d’ânesses et des colonnes de boeufs, marée aussitôt refermée, épaisse, compacte, tumultueuse, infatigable, chaleureuse ou hargneuse, serrée entre les façades de pierre ou de torchis, d’un bord à l’autre des voies sans trottoirs, depuis la misère accroupie contre les bornes et les margelles, gémissante et suppliante, écume sale agglutinée aux franges du flot humain, jusqu’aux dômes aperçus, énormes et ronds comme des astres, éclatants d’or au-dessus des toits. La misère, la misère populeuse, accroupie, filles, femmes, enfants, vieillards, mutilés, malades, la gueuserie énorme, essentielle, fondatrice, oppressante, houle anonyme soudée aux parois et agriffée aux pavés comme une glu, la misère coagulée dans les artères de la ville, qui tend des moignons envenimés, des membres raccourcis, des bouches édentées, des scrofules, des toux, des râles…

C’était le début des restaurants parisiens autour du Palais Royal et un des meilleurs était le Beauvilliers qui déployait des fastes. Voici ce que proposait la carte du restaurant. On commençait par les friandises (assiettes montées, confitures sèches, bonbons, biscuits légers, macarons, raisins, poires, oranges, pommes, compotes, marrons à l’italienne, meringues, pistaches et petites gaufres) et après quelques fromages, venait le premier service avec un choix de 4 potages (à la reine, au blond de veau, aux choux à la paysanne et une bisque d’écrevisses). Puis 4 relevés : un turbot sauce au beurre de Vembre, du pré-salé sur des haricots à la bretonne, un aloyau à la Godard et une casserole au riz garnie d’un kari de poulet. Viennent ensuite les 12 hors-d’oeuvre : sauté de filets de mauviette au fumet et aux truffes, sauté de saumon à la maître d’hôtel, petits pâtés d’une bouchée au hachis, filets de canetons à l’orange, hâtelets de ris de veau, oreilles de cochon, sauté de volaille aux truffes, filets de sole à la mayonnaise, boudin à la Richelieu, sauce à l’italienne blanche, côtelettes de mouton à la minute, croquettes aux truffes, filets de merlan à la Horly. Ensuite il fallait se décider entre 12 entrées : poularde à la maréchale, manchons à la Gérard, filet de boeuf, sauce au vin de Madère, perdreaux à la Périgueux, manchon de cabillaud à la crème, caisses de foie gras aux truffes, côtelettes de veau à la Chingara, cailles au gratin, laitance de carpes en matelote, ailerons de dindon en haricot vierge, aspic de filets de lapereaux. Ensuite on fait suivre encore 4 entremets pour soulager un peu l’estomac : un baba, du jambon de Bayonne glacé, une longe  de veau de Pontoise, des croque-en-bouche. Viennent ensuite les rôts : dindonneau, sarcelles, éperlans, carpeau du Rhin au bleu, levrauts, petits pigeons en ortolans, soles frites et hure de saumon…avant de passer à de nouveaux entremets : cardes à l’essence et à la moelle, salsifis au beurre, épinards en croustade, truffes sous la serviette et au vin de Champagne, céleri à l’espagnole, truffes à l’italienne, chou-fleurs au parmesan, gelée au vin de Malaga, darioles au massepain, beignets de riz, petites omelettes à la Célestine, croûtes aux champignons, blanc-manger en petits pots, tartelettes bandées aux confitures, beignets de pommes en quartier, oeufs pochés à l’essence. Puis on achève le gourmand avec des salades, d’herbes, d’olives, de citrons… Mais cette orgie d’aliments en pleine Révolution était accessible à très peu de gens, car comme dit Martin Sourire dans le livre...le peuple c’est le nombre. Et le nombre avait faim.

Un livre très riche en détails historiques mais qui laisse sur la faim quant à la profondeur du personnage de Martin Sourire, de sa femme Marianne, de la reine Marie Antoinette et du Roi qui sont traités plutôt comme des faire-valoir, des personnes en carton pâte.

Merci aux Éditions Phébus et à Babelio pour cette lecture assez plaisante et instructive.

LA VIE VOLÉE…, Phébus 2017,  ISBN 978-2-7529-1071-4

Saber perder de David Trueba

Afficher l'image d'origineDavid Rodríguez Trueba es un escritor, periodista, actor, guionista y director de cine español (Madrid 1968); es hermano del también conocido director Fernando Trueba. Ha publicado unas 5 novelas en Anagrama que han sido traducidas a más de 15 idiomas. Ha dirigido unas 9 películas y la última Vivir es fácil con los ojos cerrados (2013) fue ganadora de 6 Premios Goya !

A David Trueba le leí Abierto toda la noche (1995) un panfleto muy divertido sobre la familia y la sociedad modernas: la familia Belitre donde todos son excéntricos, la abuela Alma que decide no salir más de su cama, el abuelo Abelardo que compone poesías y perora, los hijos del matrimonio Belitre, todos unos chiflados de primera.

Saber perder (2008) , su tercera novela, ganó el Premio Nacional de la Crítica 2008 en España, y fue finalista del Premio Medicis Étranger en Francia y del Premio Dulce Chacón de Narrativa 2009 en España. Es una novela copiosa (+500 páginas) con un título muy acertado, escrita en un lenguaje coloquial accesible a todos; es una novela urbana, hiperrealista, original, inteligente y bien escrita. Conlleva una crítica societal donde los perdedores no tienen espacio, son auténticos antihéroes pero con historias terriblemente humanas con seres mediocres pero creíbles, profundos y ricos en matices. Los temas universales de la novela son : la soledad, el amor y el desamor, el desempleo, el mundo millonario del fútbol, la inmigración con o sin papeles, la delincuencia, los estudios desastrosos, la delicuescencia de las familias, la senectud y sus enfermedades. Es también una novela cinematográfica de gran valor literario con una sólida armazón estructural;  la experiencia como guionista de Trueba se refleja en un detallismo minucioso. Trueba utiliza bastante el humor para sobrellevar los dramas de los protagonistas.

La novela transcurre durante un año,  se abre y se cierra con el mismo personaje : Sylvia que cumple 16 años. Los personajes principales son 4 :

  1.   Sylvia una adolescente de su tiempo, preocupada por la pérdida inminente de la virginidad, víctima de la separación de sus padres, optando por vivir con el padre y con una madre que parte a Zaragoza con una nueva pareja. El autor dotó a este personaje de una inteligencia emocional sobresaliente, que descuella del promedio de los otros personajes; es el único personaje que se proyecta hacia un futuro.
  2.    Lorenzo es el padre de Sylvia, un loser, pero además un asesino, no hizo grandes estudios, perdió el trabajo, perdió a su mujer, comunica mal con su hija, se liga con una sudaca porque se « cree enamorado »; el creía, bromeando, que no se podía perder y lo perdió todo
  3.    Ariel Burano es un chico de apenas 20 años, un futbolista argentino con contrato millonario en un club madrileño; el muchacho fuera de jugar al fútbol, vive muy solo, desfasado de la realidad, con dinero que rebosa por todas partes y que lo hace llevar una vida de bohemia bastante vulgar. El fútbol juega una parte importante en el relato pero no es un libro sobre el fútbol y el caso de Ariel nos permite una visión conspicua del ámbito de este deporte en general con unas reflexiones acertadas sobre este mundillo, con el miedo cerval de los jugadores que se espían y son espiados, que sufren presiones y que ganan millones demasiado fáciles que los aleja de cierta realidad, que los hace frecuentar ambientes corruptos, directores turbios, prensa amarilla, mujeres fáciles. Página 484 : el fútbol es un deporte muy raro al que juegan unos eternos adolescentes descerebrados y millonarios, pero que mueven unas maquinarias que hacen feliz a cientos de miles de descerebrados mucho menos favorecidos económicamente.
  4.     Leandro es el abuelo de Sylvia y el padre de Lorenzo, un personaje que fue toda su vida un hombre silencioso, un fracasado que solo llegó a ser profesor de piano y no un concertista famoso como su amigo de infancia Joaquín (Inspirado en Joaquín Achúcarro). Leandro caerá en un abismo de depravación (pasión senil morbosa) rayano en la demencia en condiciones que su mujer se muere de cancer. David Trueba habría introducido un personaje real en la novela, el exitoso concertista de piano clásico Joaquín Achúcarro (Bilbao 1937) con un procedimiento ya utilizado por ejemplo por Javier Cercas en su excelente novela Los soldados de Salamina, cuya adaptación cinematográfica realizó David Trueba.

Sylvia será a escondidas la novia de Ariel durante un año, se sentirá atraída y feliz con este chico a sabiendas que la relación no podía durar; Ariel se enamora de Sylvia pero no puede mostrarse con ella porque Sylvia es menor de edad y podría ser severamente juzgado, él es un sudaca inocente que solo sabe jugar al fútbol y tiene tanto dinero que su escala de valores es aberrante; Lorenzo es un antihéroe y un perdedor irredento; Leandro, el abuelo, el que debiera ser el ejemplo, es el personaje más detestable, su pasión por una prostituta nigeriana y malévola no tiene redención y provoca un rechazo sin condiciones.

En tres generaciones (del abuelo a la nieta) se repite la misma historia con variaciones. Cada personaje busca la felicidad y quiere huir de la soledad. Todos estos personajes tienen en común el fracaso de una parte de sus vidas. Y en cada etapa de la vida: adolescencia, juventud, madurez y vejez notamos el esfuerzo, a veces fallido, por salir adelante luchando.

SABER PERDER, Anagrama 2008,  ISBN 978-84-339-7347-4

Middle Age (a romance) by Joyce Carol Oates

Afficher l'image d'origineJoyce Carol Oates is an american writer (Lockport, NY 1938) who published her first novel in 1963;  since then she’s published over  40 novels (plus novellas, short fictions & stories, young children & young adults fiction, drama, essays and memoirs, poems & so on). She won the National Book Award in 1964 for her novel them and many of her books were finalists for the Pulitzer Price. She has taught creative writing for many years at Princeton University. Also, she’s published under the names of Rosamond Smith and Lauren Kelly. This represents an exceptionally vast work.

Frequent topics in her work are rural poverty, sexual abuse, class tensions, desire for power, female childhood & adolescence and, occasionally, the supernatural. Violence is also a constant in her writing. In fact, she writes with gripping accuracy about everything (she reminds me so much of Honoré de Balzac’s style through the accuracy of each detail). And I felt more at ease reading on such topics with her than in many other authors. The resulting effect is a vivid and precise photography of each scene. Her sentences seem to contain more sentiment per word than anyone else’s as though she was a tormented soul. Oates cuts through the fabric of America’s materialistic facade to expose the heart inside.

I have read many of her books; but I could’nt finish some of them : too rough, too sharp. Maybe I should try now, with maturity and some distance, to read all her novels because she really is an outstanding writer. Let’s say that lately I read Blonde (2000), the best book I’ve read about Marilyn Monroe and The Tattooed Girl (2003) a hard and raw novel about violence : an illeterate girl roughed up by life becomes a well- known Jewish writer’s assistant. She hates Joshua Seigl Jewish ascendance in a primitive way, but little by little she changes and broadens her views; when Joshua Seigl dies from a heart attack (heart attacks, iterative topic in her books), she becomes his sole heir but she’s murdered by Seigl’s  sister who cannot accept this kind of usurpation.

Middle Age : a romance (2001),  Hudson River (2004) in French, was a bestselling novel that year. It is a very good book, dark as usual and for the very first time, a little comic (by moments). It’s a tale about the comforts of the middle- age coming with their unmentionable tragedies : beautiful and idle wives who become bored and lonely, and their spouses who pursue younger women to feel alive ! The mothers sigh when their grown-up children leave the house; the fathers (so often absent from home) find that their children never loved them at all !

Anxieties about aging, mortality and declining sexual prowess, the violence of teenage rebellion  spring from these pages. Middle age is settled in a perfect little town, a wealthy suburb half -an- hour by train from Manhattan, called Salthill-on-Hudson where rich people, elderly-rich (which is the very best kind of rich) own multimillion- dollar houses  and drive Lexus or BMW’s  & belong to dogooding causes. Men commute to TypeA jobs in Manhattan while wives spend their time planning social events & benefits. Those residents suffer from hypocrisy, snobbery & secret desperation. They are stereotyped middle-aged persons suffering from emptiness, worrying about losing their beauty (all women are beautiful but they all look alike : meringue hair, glaring cosmetic faces, piranha smiles, jewels that wink like semaphore signal and smelling a myriad of parfums. All these women are accustomed to not-seeing imperfections in men, though anxiously aware of the smallest imperfections in themselves) or their sex appeal; middle-aged men can become irresponsible with a return of passion,  assuaging theirs fears of mortality by sleeping with young women. Is disillusion inevitable with middle-age? Or is it just a fact that, with the passage of time, things fracture, break, split into pieces? Or are middle-aged captives of the past? There was the dread of growing older ; always older. In America, that was the abyss.  Indeed the topic is sharply analyzed by Ms Oates.!

Salthill-on-Hudson is an extreme example of a community’s obsession with maintaining the status quo and those who do not behave as expected are considered eccentric or in some cases pityed, but in this plot, they will be the only happy people in the community…

Adam Berendt is the central character of the novel. He is a man in his late fifties ( everything is a matter of age in this novel…), a sculptor without a past, and a very rich person although nobody knows anything about his fortune (...all along, Adam had been investing in Internet and biotech stocks, and real state, in utter secrecy from his friends. His brokers were scattered over four states, his saving accounts were under a half-dozen names...). Nobody knows who this man really is and where he comes from. This rather ugly and heavy man with his provocative intellect and perverse ugliness (including a blind eye) has incredible charisma in the little cosmos of Salthill, a kind of playful sexual swagger : everyone loves him, wives, spouses, children and even dogs. But this man is seduced by none. He dies at the very beginning of the novel, his death is redemptive and it leaves such an abyss in everyone’s life that many must try to get involved in local causes as  a mean to maintain a sense of purpose. This man plays the role of a totem in this community.

About people surrounding Adam Berendt in the novel : Marina Troy, in her mid-thirties, is the red- haired owner of the bookshop and she loves Adam. She abandoned her dreams of becoming a sculptor; Abigail Des Pres, a still very beautiful divorcee, quite hysterical, so upset because her beloved son Jared left her, preferring to live with his father re-married with a younger woman; Lionel Hoffman, the « perfect » Lionel Hoffman so upset because his life hasn’t turned out to be what he hoped for and has an affair with his therapist; Roger Cavanagh, so upset as well, his wife left him; Augusta Cutter so upset because her husband and grown up children have no understanding of her « passionate inner life ».

The only person to whom these individuals have confided their disappointments in is Adam Berendt (the most implausible and bogus character Ms Oates created). But who was Adam Berendt? Was he a real hero or someone more flawed and human?

I was not totally convinced about the strange power of Berendt’s personnality over all these people. Really confused people in Salthill-on-Hudson.

This is a very good book, quite dark and profound and for the first time in my limited experience of Ms Oates’s books, hilarious. For instance Lionel Hoffman’s pathetic love affair, Abigail Des Pres’s experience with an aging poet…Devastatingly funny.

I was very surprised by the amount of though‘s I found in the text; sometimes  several times in the same page.

In this novel Ms Oates reminds us to never lose our individuality. And My Gosh, what a writer.

 

MIDDLE AGE, Fourth State 2001,  ISBN 1-84115-641-6

L’heure de l’étoile de Clarice Lispector

Afficher l'image d'origineClarice Lispector fut une femme de lettres brésilienne d’origine juive, née en Ukraine en 1920 mais arrivée au Brésil à l’âge de deux mois; elle est morte à Rio de Janeiro en 1977 des suites d’un cancer. Elle a épousé un diplomate et après avoir parcouru le monde, elle est revenue au Brésil en 1959, divorcée avec ses deux fils dont un était schizophrène. Bien que polyglotte, elle a écrit toute sa bibliographie en portugais. On la surnommait Le Sphinx car ce fut une femme très énigmatique. Presque tous ses livres sont traduits en français et publiés par Antoinette Fouque dans la Collection Des Femmes.

Son oeuvre est fondée sur l’introspection et la recherche du sens de la vie; elle possédait une singularité de perception de l’univers des personnages marginaux  et  son monde est assez inattendu avec la présence constante de la mort, quoique elle essayait d’aller au delà en désirant d’être accessible au commun des mortels. Pour La psychanaliste Julia Kristeva, Lispector possède une philosophie alors qu’elle n’était pas philosophe.

J’ai croisé son nom en lisant le dernier livre de la chilienne Carla Guelfenbein Être à distance (billet en juillet 2016) et apprenant que Clarice Lispector était une grande dame des lettres brésiliennes, j’ai eu l’envie très forte de la lire. Son oeuvre est plus accessible en français qu’en espagnol. L’éditrice Antoinete Fouque a réédité presque toute sa vaste bibliographie et c’est en français que j’ai trouvé un livre d’elle, mais peut-être que je n’ai pas choisi le meilleur de ses livres.

Son dernier roman est celui-ci L’heure de l’étoile paru l’année de sa mort, en 1977; il semble que ce roman diffère du reste de son oeuvre par le thème et par le style. Mal m’en a pris de choisir celui-ci car je n’ai pas du tout accroché l’ayant lu jusqu’au dernier paragraphe. Étant donné la réputation de l’écrivain, je me dois de ne pas rester sur une seule lecture, mais d’essayer un second livre pour me former une opinion; c’est tout le respect que je lui dois…

Voici une histoire sans intérêt, racontée par un narrateur masculin qui se perd en digressions tout en s’adressant en permanence au lecteur (en cela Lispector se rapproche du grand écrivain brésilien Machado de Assis qui fait tout le temps des apartés au lecteur) : c’est l’histoire de la vie et de la mort de Maccabée, une pauvre fille proche du néant, une paria sociale, une nordestine brésilienne (originaire de la même région qu’à accueilli la famille Lispector en 1920) qui va devenir un clown funeste, dénuée de sexualité mais non dénuée de sensualité et qui va trouver la mort après une non existence, juste au moment où on lui annonçait une heureuse destinée. Livre court d’une centaine de pages, abscons, avec la mort qui rôde dans tout le texte (prémonition?) et qui nous raconte rien. C’est rare que j éprouve un tel sentiment d’insatisfaction et de déception après une lecture plutôt très attendue. Beaucoup d’angoisse souterraine, de peur métaphysique subliminale chez cet écrivain; on sent la névrose à fleur de peau.

L’HEURE DE L’ÉTOILE, Antoinette Fouque 1984 (1977),  ISBN 978-2-7210-0270-9

The Racketeer by John Grisham

Afficher l'image d'origineJohn Ray Grisham is an american bestselling writer (Arkansas 1955) and also an attorney and politician well known for his legal thrillers. His books have been translated into more than 42 languages, and sold over 275 millions copies worldwide! His first novel was published in 1989. Grisham is among the three authors to have sold  2 millions copies on a first printing : the other two are Tom Clancy and JK Rowling. His first bestseller was The firm in 1991 which sold more than 7 millions copies and was  adapted first in 1993 in a movie of the same name starring Tom Cruise, then in 2012 in a TV series.

I’ve read many of his books and I like his writing because he builds good plots told through short and dynamic chapters, written like a script.

The Racketeer (2012)  Le manipulateur (2013) in French is another legal thriller novel. This is John Grisham’s 30th book. This time I found there was too much legal jargon and explanations, which rather annoyed me. I do admit that is a way to explain the importance of Law in the US, a complex and often flawed legal system ; this time the main protagonist is an African American.

About the title. A rack-e-teer is a person who obtains money illegally, as by fraud, by extortion, etc.

This time the plot is quite complicated and centred around the implication of the federal government in corruption and abuses. The plot starts with the murder of  Federal Judge Raymond Fawcett. Something went wrong with Judge Fawcett in 2000, his opinions were shorter, not as well reasoned, nasty at times. That year, he was nominated by President Clinton on the Fourth Circuit Court of Appeals in Richmond, which means that he was among the 15 judges considering only appeal cases. The biggest case in his career was a case over uranium mining that began in 2003.

A Federal Judge in the US is somewhat of a God-like figure, a very important person since the Constitution allows him to serve until death. It’s a tremendous prestige earning little money (125 000 $ a year for a job filled with stress). The only rank higher than a Federal Judge is a US Supreme Court Judge. The federal prisons are a heavy business for the government (Federal Correction Institutions) since the cost per year for ONE inmate is 40 000$ in comparison with 8 000$ a year for an elementary school student. If the government swapped these costs, they could probably lower criminality considering how many illiterates there are in such a big territory.

The murder takes place and the FBI cannot find a single lead. Malcom Bannister is a 43- year -old disbarred black lawyer in prison since 5 years ago (out of 10) because of money laundering and accused of helping a client hide money from the FBI, the IRS and others under the control of his Law Firm. In truth, Bannister is not guilty and his only fault was to pick a dubious client. Bannister pretends to know about the murder and makes a deal with the FBI : if he gives out the name of the murderer, his sentence will be reduced according to Rule 35 of the Federal Rules of Criminal Procedure, which provides the only mechanism for the commutation of a prison sentence. If an inmate can solve a crime of interest to the Feds, then the sentence can be reduced. This takes the cooperation of the investigating authorities (FBI, DEA, CIA, ATF and so on) and of the court from which the inmate was sentenced. Bannister makes also a deal as to make him a member of the US Federal Witness Protection Program : this would provide him with a completely new identity, legal papers and money as to start a new life.

Lawyer Malcom Bannister gives the name of Quinn Rucker, 38, a black male convicted of distributing narcotics and sentenced to 7 years. This guy has a younger nephew that judge Fawcett indicted with a 18-year sentence despite offering a bribe to Fawcett of about half a million US$.  Everyone in the Rucker family is dealing with drugs ; they are rich and definitely revengeful.

From this point on the plot is a very good thriller; I was breathless and did not guess the end. The story is about revenge but also about the very devious and surprising destiny of a  smart man.

THE RACKETEER, Doubleday 2012,  ISBN 978-0-385-53514-4

Primavera con una esquina rota de Mario Benedetti

Afficher l'image d'origine Mario Benedetti Farrugia (Uruguay 1920-2009) fue un gran poeta, escritor y dramaturgo uruguayo perteneciente a la generación del 45 (con Juan Carlos Onetti, entre otros). Dejó una obra muy prolífica y la poesía fue el género que más desarrolló y que lo consagró como escritor; también es muy conocido por sus preciosos aforismos.

Mario Benedetti fundó en 1971 un movimiento de izquierdas junto a miembros de los Tupamaros (movimiento de ultra izquierda uruguayo que preconizó la guerrilla urbana en los años 60-70). Tras el Golpe de Estado en Uruguay en 1973 el escritor se exilió en Argentina, luego en Perú, Cuba y España. Fueron 10 años de exilio y de separación con su esposa.

He leído otros libros de Benedetti : La tregua (1960) una novela excelente, muy negra sobre la infelicidad de un oficinista que mide su vida en las horas y días que lo separan de la jubilación. Todo en su vida es triste y desesperanzado : su trabajo, su viudez, la relación con sus tres hijos, con los amigos y allegados y con el país en general. Cabe destacar que en Uruguay « el oficinista » o el funcionario en general es una clase social sobrerepresentada en la sociedad, por lo que esta novela tiene una acepción muy grande para los uruguayos. El libro fue llevado al cine en 1974 por Sergio Renán y la excelente película fue nominada a los Oscar en la categoría de mejor película extranjera. También leí Cuentos completos (1994) : son más de 600 páginas de cuentos más bien cortos, algunos muy buenos, psicológicos, jocosos, otros un poco latosos especialmente aquellos con una connotación política. Y El amor, las mujeres y la vida :  una selección de poemas en torno al amor pero que encontré poco sensuales y eróticos, más bien cerebrales, pedestres y desangelados.

Primavera con una esquina rota (1982) recibió el Premio Llama de Oro de Amnistía Internacional y ha sido el objeto de varias adaptaciones teatrales desde 1984. Es una novela compleja y preciosa sobre el exilio; es una novela coral y realista, en parte autobiográfica y muy profunda que se sitúa hacia el final de los años de exilio de Benedetti (10 años !) en el contexto histórico del Golpe de Estado y hasta el referendo de 1980 que obtuvo un 57% de NO para la perpetuación del régimen.  La novela fue escrita en Palma de Mallorca entre octubre del 80 y octubre del 81.

El libro es precioso porque como dijera un día Mario Benedetti :…desde el comienzo la novela quiere parecerse a la vida, quiere ser la vida por sus cuatro costados…

El título de la novela es importante. La madre del protagonista amaba la primavera, un eterno comienzo. Para los protagonistas del exilio la primavera es emblemática de un recomienzo, pero con una esquina rota, es decir, con una visión fragmentada por el exilio lo que exige del lector una labor de reconstrucción en la lectura, similar a la que llevan a cabo los personajes para el intento de reconstruir su propia identidad.  : « la primavera es como un espejo pero el mío tiene una esquina rota/ era inevitable no iba a conservarse enterito después de este quinquenio más bien nutrido/ pero aun con una esquina rota el espejo sirve, la primavera sirve ».

El libro tiene 45 capítulos de los cuales los 9 denominados « Exilios » son autobiográficos (recuerdos de Benedetti y de otros exiliados) y los otros son ficcionales. La estructura es repetitiva con capítulos en que el autor da voz a diferentes personajes de una familia separada por el exilio y el encarcelamiento en Montevideo de Santiago, el protagonista, hijo de Don Rafael, marido de Graciela, padre de Beatriz y amigo político de Rolando Asuero.

Santiago es un preso político en la cárcel de mayor seguridad de Uruguay y su familia (padre, esposa e hija de 9 años) están exiliados en Buenos Aires. Los capítulos escritos por Santiago son de género epistolar, él escribe a su padre y a su mujer haciéndoles presente su sufrimiento y nostalgia. pero los años pasan y su padre y su mujer viven el exilio con el desarraigo y en un esfuerzo de adaptación a una nueva vida. Su mujer se enamora de Rolando un ex camarada político, pero es una mujer bella y joven que tiene que vivir…El padre, Don Rafael, representa la necesidad de adaptarse del exiliado, él expresa muy bien el conflicto que se establece entre el deseo de olvidar y la necesidad de recordar. Esta novela comienza con la frase siguiente de parte de Don Rafael…lo esencial es adaptarse…El libro termina con la liberación de Santiago y su irrupción en un panorama que ha cambiado, que tiene una esquina rota.

Las técnicas narrativas de la novela son variadas. Una forma epistolar para Santiago con capítulos titulados « Intramuros » cuando está en prisión y « Extramuros »cuando está fuera de ella con una digresión a modo de monólogo interior que marca su excitación; Don Rafael narra a la primera persona; Graciela relata a la tercera persona; la pequeña Beatriz recurre al monólogo interior y aporta a la novela mucha ternura y jocosidad porque la pequeña descubre el mundo de los adultos con su léxico depurado por la inocencia.

Esta novela apoya la necesidad simultánea de recordar el pasado y olvidarlo al mismo tiempo para poder seguir viviendo e invertir en el futuro. Un excelente trabajo académico en torno a esta obra fue redactado por  Natalia Navarro Albaladejo.

Afficher l'image d'originePRIMAVERA…, Punto de lectura 2010 (1982),  ISBN 978-84-663-2104-4

Le chemin des âmes de Joseph Boyden

Afficher l'image d'origineJoseph Boyden est un écrivain canadien (Toronto 1966), de langue anglaise et qui vit à La Nouvelle Orleans; il possède des origines crees, un des peuples autochtones de l’Amérique du Nord; ses ouvrages sont consacrés au destin des Premières Nations du Nord de l’Ontario.

J’ai publié en septembre 2016 un billet sur son roman bouleversant Dans le grand cercle du monde (2013) où il raconte la vie des indiens crees de l’Amérique du Nord dont cet auteur porte, avec fierté, un peu de leur sang ; cette lecture m’avait tellement remuée que tout en me disant que je devrais lire tous ses livres, je sentais la nécessité de mettre du temps entre les lectures car les livres sont trop forts.

Je récidive avec bonheur avec Le chemin des âmes (2006), en VO Three Day Road publié en 2004, en me rendant compte que je l’avais déjà lu…probablement peu après sa parution. Je ne regrette pas cette relecture, moins hâtive, plus raisonnée et permettant la comparaison. C’est un livre intéressant qui tourne toujours autour de la tribu nord américaine Cree.

C’est l’épopée de deux jeunes et profonds amis crees, élevés par la tante de l’un des deux : une femme chamane, dépositaire  du savoir de cette tribu en voie d’extinction, avalée par « la culture » occidentale dont le seul but apparent est le profit. Elle se bat pour garder les traditions et rendre tribut à leurs dieux, tous en rapport intime avec la nature qui les fait vivre. Car ces gens vivent immergés dans une nature hostile tout en la respectant profondément.

Les deux amis sont Xavier Bird (ou X ou Neveu) et Elijah Whiskeyjack. Xavier est le neveu de Niska, la femme chamane atteinte d’épilepsie qui va élever son neveu et aussi l’ami de celui-ci qui est orphelin, qui va les éduquer à vivre dans leur milieu naturel, à chasser pour survivre, etc.

Les deux garçons, arrivés à l’âge adulte, décident de s’engager dans les troupes canadiennes qui iront combattre en France lors de la Première Guerre Mondiale, cette guerre des tranchées si sale, si inhumaine (pardonnez le pléonasme, comme si la guerre pouvait être propre et humaine!). Et là, nous aurons un descriptif, déjà lu à l’infini, mais ici d’une intensité comme  on l’a rarement lu : l’horreur absolu. Par moments le descriptif me rappelait celui de Pierre Lemaitre dans son excellent opus Au revoir là haut. Ici, les deux garçons seront rapidement repérés comme d’excellents tireurs et meilleurs pisteurs-éclaireurs (produit direct de leur vie en forêt) et seront envoyés en première ligne. Ils vont très vite se déshumaniser, en voulant se distinguer comme celui qui abattait le plus d’ennemis, tombant dans la dépression mais surtout dans la dépendance de la drogue dure, c’est à dire de la morphine qu’on donnait facilement  aux poilus. Rarement il a été fait mention des ravages causés par la morphine dans cette guerre, ce qui rajoute une note dans la souffrance endurée par ces soldats…Sans oublier le rôle important des quantités d’alcool qu’on procurait aux braves soldats (du rhum pour les canadiens). De plus, Elijah va tomber dans la folie, dans la perte de l’estime de soi, dans la perte de toute valeur tout en ayant reçu les plus hautes distinctions militaires accessibles à son rang. Quant à Xavier, il va laisser une jambe dans les tranchées à la toute fin des combats et une surdité à force d’avoir été en première ligne, cruelle fin pour un brave entre les braves qui tombera à son tour dans la dépendance de la drogue.

Les bataillons canadiens ont fait partie de la première victoire des alliés dans les plaines de Douai sur la ligne Hindenburg, cette ligne de défense allemande construite au nord-est de la France durant l’hiver 1916-17.

C’est dans cette condition que la vieille et valeureuse Niska va récupérer son neveu pour le ramener dans la forêt, mais ce n’est plus le même homme, ce n’est pas « une gueule cassée », mais un homme brisé. La guerre l’a fait se perdre dans un chemin et ce chemin est joliment appelé dans le livre, le chemin des âmes, ce qui m’a fait penser au Chemin des Dames de notre mémoire collective, siège de plusieurs batailles meurtrières de la PGM. Lorsque Niska le ramène dans la forêt en barque et que Xavier délire sous l’emprise de la morphine, nous lisons page 260 ce beau paragraphe...tu m’as enseigné, Niska, que tôt ou tard, chacun de nous devra descendre, trois jours durant, le chemin des âmes; et j’en viens à me demander s’il existe des liens entre leur monde et le mien. Il faut que je découvre si nous avons quelque chose en commun, une certaine magie, peut-être. Cela pourrait m’aider à m’en sortir…Pour Xavier, quelque part, le chemin des âmes est une zone de flottaison entre rêve et réalité et ce chemin des âmes Elijah et lui vont l’éprouver en permanence sous l’emprise de la morphine qui les aide à supporter leur état présent.

Il y a dans cet ouvrage des points très forts qui m’ont marqué : par exemple le descriptif du tireur allemand solitaire et difficile à repérer, embusqué sous le cadavre d’un cheval en voie de décomposition…les scènes d’amour entre la jeune Niska et le Français chasseur de peaux…la solitude omniprésente, le climat toujours inclément …

Encore une fresque immense dans une prose riche et percutante. Une très bonne traduction par Hugues Leroy. Il me reste à lire encore un roman et un volume de nouvelles de Joseph Boyden et c’est du pur bonheur en perspective, mais pas pour tout de suite, maintenant vous savez pourquoi.

.LE CHEMIN DES ÂMES, Albin Michel 2006 (2004),  ISBN 2-226-17320-X