La passion secrète de Fjordur de Jørn Riel

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Jørn Riel est un écrivain danois (Odense 1931) qui vécut 16 années au Groenland sur l’île d’Ella avec une mission scientifique. De ce séjour, il publiera une dizaine de tomes humoristiques sur l’Arctique. (il est préférable de les lire dans l’ordre car les personnages sont introduits peu à peu et les aventures font allusion aux aventures précédentes). Il a été couronné en 2010 par le Prix de l’Académie Danoise.

Ce livre, Des racontars arctiques de la collection 10/18 est une compilation de 4 tomes comportant chacun plusieurs histoires assez courtes. Je lis les tomes avec une certaine distance pour ne pas mélanger les histoires ni me saturer, mais entre deux lectures j’oublie les personnages…comment faire?

J’ai publié un billet en avril 2017 sur La Vierge froide et autres racontars (1974), en mai 2017 sur Safari en Arctique (1976) et voici un billet sur le troisième tome, La passion secrète de Fjordur (1976).

Cette fois ce sont sept histoires, peut-être un peu moins drolatiques, moins désopilantes mais toujours aussi faciles et agréables à lire. Les personnages reviennent et notamment Fjordur, qui avait fait une apparition fracassante dans Un Safari en Arctique dans le conte que j’avais le moins aimé et qui impliquait l’avatar Emma qui avait tellement fait marcher ces chasseurs polaires (Emma était une image crée de toutes pièces par l’un d’eux et qui faisait tellement bien marcher l’imaginaire de ces hommes esseulés et privés de présence féminine, à tel point qu’ils s’achetaient le « label » Emma les uns aux autres, payant avec ce qu’ils avaient sous la main: nourriture, gnôle, peaux, instruments, objets …Fjordur fait donc son apparition dans l’histoire, lui le plus radin des radins, car il accepte d’acheter l’avatar Emma et après il se tape un scandale quand il comprend qu’il achète du vent…

Fjordur était un islandais, un homme grand et sobre, aussi lourd d’esprit que de poids. Après quelques verres il pouvait devenir assez bruyant, passablement nationaliste et parfois presque violent. Il avait son caractère et ne souhaitait pas de compagnie. Il était dur comme le rocher gris. Il était là où il était, et il fallait l’approcher de tout près pour découvrir, dans cette montagne, les fentes et les brèches par lesquelles on pouvait voir droit dans ce qui était le véritable Fjordur. Entre autres vertus, il était radin. C’était la raison principale de sa solitude. Extrêmement assidu, il chassait, à lui tout seul, l’équivalent de ce qu’une station de chasse équipée de deux hommes arrivait tout juste à rapporter. L’idée d’avoir à partager sa chasse avec un partenaire ne lui plaisait guère...Voici le Fjordur qui donne le titre à ce tome comportant sept histoires:

L’ÉPREUVE DE VIRILITÉ : c’est l’histoire de l’apprenti Lasselille qui tombe en dépression parce qu’il n’arrive pas à chasser son premier ours polaire, et de désespérance il veut tout plaquer. Alors les copains Museau et Bjørken vont lui concocter un scénario sur des roulettes pour le tirer du spleen.

LA MAISON DE CONCERT : nous narre comment le groupe de chasseurs, tous plus rustres les uns que les autres sont amenés à écouter de la musique classique et où leur âme va s’envoler là où personne l’aurait imaginé.

UN ÉTRANGE DUEL : ici, les deux personnages les plus sophistiqués et éduqués du lot vont se provoquer en duel à partir d’un différend sur les bonnes manières : de quel côté doit-on servir à table? Vous voyez bien dans quelles extrémités peut mener la solitude et la vie rude et peu raffinée en Arctique…

LA PASSION SECRÈTE DE FJORDUR : ici sera révélé le secret de l’armoire à glace appelée Fjordur, mais loin de moi de me transformer en spoiler et de priver les quelques lecteurs émoustillés par cette lecture de découvrir le secret…

L’HÉRITAGE DU COMTE : le Comte est un personnage raffiné que son frère aîné a envoyé au Groenland comme une façon de s’en débarrasser et prendre possession du domaine familial. Le Comte mènera une vie rude quoique raffinée cultivant son potager, élevant son picrate avec étiquette et ayant des manières d’aristocrate à un endroit totalement anachronique. C’est une histoire fort intéressante.

UN CAS D’AUTODÉFENSE : est une histoire que, pour peu qu’elle soit vraie, elle est terrible (et je crois que toutes les histoires de Riel viennent du réel); de plus, elle est férocement drôle et réaliste.

LABAN : est l’histoire incroyable du chien de chasse bâtard de Lodvig, un chien hors du commun, plus grand que la plupart des chiens, à la fourrure plus épaisse et plus brillante, plus intelligent, plus doué et plus fidèle qu’aucun chien dans le nord-est du Groenland. Comment ce chien va traverser presque une partie de l’Europe afin de rejoindre son maitre déplacé à Stockholm. C’est sidérant d’intelligence et de fidélité de la part du chien et c’est l’histoire de chien la plus jolie que j’ai lu.

Un pur régal ce Jørn Riel. Du rire et des larmes en même temps chez une poignée de mâles chasseurs au Groenland.

LA PASSION SECRÈTE, 10/18 2016,  ISBN 978-2-264-05851-5

Tierra de campos de David Trueba

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David Rodríguez Trueba es un escritor, periodista, actor, guionista y director de cine español (Madrid 1968); es hermano del también conocido director Fernando Trueba. Ha publicado unas 5 novelas en Anagrama que han sido traducidas a más de 15 idiomas. Ha dirigido unas 9 películas y la última Vivir es fácil con los ojos cerrados (2013) fue ganadora de 6 Premios Goya !

A David Trueba le leí Abierto toda la noche (1995) un panfleto muy divertido sobre la familia y la sociedad modernas: la familia Belitre donde todos son excéntricos, la abuela Alma que decide no salir más de su cama, el abuelo Abelardo que compone poesías y perora, los hijos del matrimonio Belitre, todos unos chiflados de primera.Y publiqué en enero 2017 un billete sobre su novela Saber perder (2008) que me gustó mucho por lo atinada en el descriptivo de las vivencias de una familia de los tiempos modernos.

Tierra de campos (2017) también me ha gustado porque detrás de cierto humor constante, hay una visión muy justa y atinada de las situaciones y de los personajes; es el quinto libro de David Trueba. El titulo emana de una comarca castellano-leonesa allá por los confines de las provincias de Palencia, Valladolid, Zamora y León. En el libro, el pueblo se llama Garrafal de Campos y campos es un nombre que se repite mucho.

El libro está presentado de manera original. Tiene dos partes : cara A y cara B como los dos lados de los antiguos LP o las antiguas cassettes. La cara A relata el viaje de Dani hacia Garrafal de Campos, el pueblo de su padre para darle sepelio un año después del fallecimiento; la cara B corresponde a la estancia de Dani Mosca en aquel pueblo. Hay dos historias en el libro : la historia del viaje que Dani emprende desde Madrid hasta Garrafal de Campos y la historia de la vida de Daniel Campos con mucha melancolía y nostalgia por el tiempo que se fue.

Daniel Campos es un cantautor eléctrico que se dedica a la música desde el colegio con dos amigos que lo seguirán casi toda la vida: Gus el extrovertido y Animal que es un oso, pero con sentimientos. El conjunto se llama Los Moscas y cuando el conjunto dejará de existir, se hará llamar Dani Mosca. El relato abarca unos 45 años de la vida de Daniel Campos alias Dani Mosca.

La vida de Dani Mosca transcurre entre sus padres, sus amores, sus amigos y la música que él compone. El padre es un vendedor ambulante que se ha hecho solo, que ha sabido imponerse en su ámbito, que es respetado y que no aprecia los dones de saltimbanque de su hijo. La madre perderá tempranamente la razón.

La música de Dani nace de sus amores, de sus sensaciones, de sus desamores. Es una fuente permanente de inspiración, necesita estar con los sentidos exacerbados para componer. La música para Dani es un lenguaje liberador.

Dani y su grupo conocerán cierto éxito y vivirán unas vidas desaforadas en harmonía con el medio que frecuentan. Daniel en gira por Japón se enamorará de una chelista japonesa, Kei,  que es música como él, tendrán dos chicos pero el matrimonio , como tantos otros, no resistirá al embate del tiempo.

Es un libro que rezuma humanidad, las historias suenan justas, son cabales, los personajes son entrañables. Los capítulos son más bien cortos y originales porque se intitulan con la primera frase del capítulo o con la última del capítulo precedente.

En este libro tenemos otra vez la noción tan española de pueblo, en este caso se trata del pueblo llamado Garrafal de Campos por David Trueba, pero el verdadero nombre del pueblo de la familia Trueba es Villafrades, un pueblo cercano a Villalón de Campos.

Un libro bonito, a veces divertido, a veces triste sobre los lazos familiares, la amistad, los amores a lo largo de un camino  de 45 años…

TIERRA DE CAMPOS, Editorial Anagrama 2017,  ISBN 978-84-339-9832-3

Les mystères d’Avebury de Robert Goddard

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Robert Goddard est un romancier anglais né en 1954 dans le Hampshire, auteur de romans policiers et de romans à énigmes. Il a étudié l’Histoire à Cambridge puis travaillé dans le journalisme, dans l’enseignement et dans l’administration scolaire avant de se consacrer exclusivement à l’écriture. Il possède une vaste bibliographie de plus de 20 romans parus depuis 1986, mais pour le moment seulement 5 ou 6 ont été traduits en français et publiés par  Sonatine Éditions. Il a été redécouvert aux États Unis avec un grand succès. Actuellement l’écrivain vit en Cornouailles.

J’ai déjà commenté deux de ses romans dans le blog :  Par un matin d’automne ( In Pale Battalions, 1988) en juillet 2013, un roman  épais qui m’avait captivé par ses rebondissements incessants; un vrai page-turner. Puis Le temps d’un autre (Borrowed Time, 1995) en janvier 2014 qui m’avait un peu moins séduite par un côté invraisemblable: cette espèce d’attraction maladive du protagoniste pour l’énigmatique Lady Paxton.

 Les Mystères d’Avebury (Sight Seen, 2005) c’est du pur Goddard, encore un page-turner construit autour de secrets avec un vrai tempo de thriller : le lecteur connaitra un fait divers dès la première page mais il ne saura le fin mot de l’affaire que 400 pages plus tard…et avec moult rebondissements et des passages assez tendus, aptes à provoquer l’anxiété. De plus, et bien au delà du fait divers, Goddard, qui est Historien, nous révèle l’existence de Junius, un personnage réel de l’Histoire anglaise du XVIIIè, un pamphlétaire assez virulent dont l’identité prête encore à controverse.

Le personnage principal est David Umber, un thésard en Histoire qui, en 1981, avait rendez-vous dans le paisible bourg d’Avebury avec Monsieur Griffin, qui était possesseur de lettres de Junius de la plus haute importance pour sa thèse. Mais Griffin n’est jamais arrivé au rendez-vous; en revanche, David Umber fut le témoin visuel du rapt d’une petite fille de deux ans au nez et à la barbe de sa nounou, de sa soeur et de son frère. La soeur, âgée alors de dix ans va courir derrière le van des ravisseurs (deux hommes) et elle sera tuée par accident. Le cas ne sera jamais élucidé, et quelques années plus tard, un bourreau d’enfants s’accusera du crime. On classera l’affaire.

Et 23 années après, des lettres anonymes vont relancer le cas…

Entretemps David avait épousé la nounou des enfants, Sally avec qui il avait entamé une période d’errance de par le monde afin de faire oublier à Sally ce traumatisme. Mais le couple ne va pas bien et ils se séparent: Sally rentre en Angleterre et David reste à Prague où il vivote comme guide touristique. Par le plus grand des hasards, Sally tombera sur une photo dans un magazine people, où elle est presque sûre de reconnaitre la jeune femme qui accompagne un champion de tennis, elle pense qu’il pourrait s’agir de la petite fille kidnappée autrefois car sur la photo elle constate qu’elle a gardé sa manie de se mordre la lèvre inférieure avec sa manière si personnelle.

Ici le suspense repart sur d’autres pistes et les choses deviennent assez compliquées en même temps que assez violentes avec pas mal de victimes, ce qui ajoute un réel piment à la lecture qui n’est pas mièvre.

Un auteur talentueux pour narrer des histoires compliquées  qui se tiennent bien et où les secrets, trop bien gardés, entrainent parfois des complications terrifiques.

LES MYSTÈRES, Sonatine Éditions 2017 (R. Goddard 2005),  ISBN 978-2-35584-4

Mac y su contratiempo de Enrique Vila-Matas

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Escritor español (Barcelona 1948) con vasta bibliografía entre novelas y ensayos; estudió Derecho y Periodismo. Ha sido reconocido con numerosos premios literarios, entre ellos el Premio Rómulo Gallegos 2001 de Venezuela (concedido cada dos años) y el Médicis 2003 en Francia. Su obra ha sido traducida a más de 25 idiomas.

Su narrativa es innovadora porque ha fundado un nuevo género en el que el relato se pierde en el ensayo. Su obra entremezcla realidad y ficción y nos brinda lo mejor de cada género; está considerado también como un adalid de la metaliteratura y su universo comporta humor, ironía, erudición e inteligencia. Me encantan las incesantes pasarelas del autor hacia otros libros, hacia otros autores, hacia la pintura, hacia la música.

Es un autor no tan fácil de leer, pero el esfuerzo vale la pena. El lado metaliterario de este libro es impresionante, lo que denota mucha lectura. Y cita a autores clásicos, pero también a valores nuevos e innovadores como el chileno Alejandro Zambra o la argentina Samanta Schweblin, y tantos otros.

Publiqué en este blog 2 reseñas de libros suyos : el muy original Kassel no invita a la lógica (2014) en octubre 2014  y el fantástico El viaje vertical (1999) en agosto 2015. Ambos libros me gustaron.

Mac y su contratiempo (2017) resume la quintaesencia de lo que Vila-Matas sabe hacer, es decir, un magma de metaliteratura, autoficción, o ficción en una mezcolanza de géneros literarios sabiamente dosificados y que tiran al lector  por la pera: ensayo, novela, catálogo de lecturas, diario…Pero va más allá esta vez porque hay en el libro como un desdoblamiento de los personajes que en el fondo podrían ser uno solo porque van aportando argumentaciones de puntos de vista diferentes para, in fine, darnos un paseo mastodóntico por el mundo literario con la participación de un ventrilocuo. Hay unas simetrías opuestas a veces con los personajes que podrían ser también  facetas diferentes de los mismos personajes. Interesante.

Es un libro sobre la repetición (tema introducido en el tercer capítulo) tan frecuente en literatura porque lo excepcional es hallar una voz propia (pero eso no quita para que lo excepcional no tenga que ser lo más deseable, pues nadie puede eludir la visión de esa brecha que separa al escritor con voz propia del aborregado coro literario de la gran fosa común de los escritores nulos, por mucho que, en el fondo, al final del gran camino, haya un único plato glacial para todos (página 33).

La trama es inenarrable y enrevesada, compleja e inteligente.

El protagonista se hace llamar Mac (Mac en referencia a una película de John Ford), Mac está en paro después de los sesenta, pero no en dificultades económicas. Quiere reescribir 30 años después un libro, Walter y su contratiempo de un conocido autor barcelonés, Ander Sánchez ( ¿alter ego?), quien además es un vecino de barrio puesto que vive en un edificio colindante y que Mac cruza a menudo.  ( Y Ander Sánchez se pregunta 30 años después cómo pudo escribir este libro lleno de incongruencias, errores, dislates, sobre todo habiendo estado tan borracho de gin-tonics…). Esta imperfecta novela de Sánchez comprende 10 relatos escritos « a la manera de » muchos otros escritores.

Pero Mac quiere reescribirlo como un diario iniciático, póstumo o inacabado (« un diario secreto de iniciación« ) donde no solo va a reescribir el libro, sino que va a introducirse al mundo de la literatura;  Mac anotará hechos del diario vivir aunque sean muy pedestres y los incorporará en el relato. Surgen personajes atípicos como el falso sobrino del afamado escritor llamado Julio que es un tipo que sólo sirve para rebajar al sólido y reconocido escritor Sánchez como para bajarle los humos, es el sobrino odiador de la novela, es la maldad personificada según Vila-Matas. O la bella y pechugona Ana Turner, una dependienta de la librería La Súbita, la única del barrio, barrio que se llama El Coyote como un homenaje a José Mallorquí un popular autor de más de 200 novelas de la serie El Coyote durante los años de la posguerra. O como Carmen , la esposa de Mac que no le entiende su preocupación por reescribir un libro, ella que fue disléxica, no ama los libros que los relaciona con una « dichosa patata de la literatura« .

Y Mac comenta y reescribe el libro de Sánchez y al mismo tiempo vive en carne propia la historia que el libro narra; aquí tenemos un ejemplo flagrante de desdoblamiento. También Mac se deja influenciar por el horóscopo del periódico escrito bajo el pseudónimo de Peggy Day, una mujer que conoció 40 años atrás; él cree que la pitonisa los escribe justo para él (vaya ego). Mac lo llama Puthoroscopo en alusión al Whoroscope de Samuel Beckett. Y se lo cree a pie juntillas, a tal punto que condiciona los acontecimientos para que le resulten como Peggy lo predijo. (Lo que me hace pensar que los políticos como los escritores suelen ser bastante supersticiosos…)

Entre cháchara y cháchara el personaje de Mac le va a arreglar cuentas a varias cosas, entre ellas a la noción de vecindad, de vecinos. Nada más singular que un vecino. El infierno son los vecinos. La noción de barrio, en este caso ficticio de El Coyote, está fuertemente anclada en la novela como si el barrio se pudiera superponer a la noción tan española de pueblo. El barrio es como el pueblo, todos se conocen, hay rituales cotidianos, costumbres establecidas y rutinas. El barrio es toda su familia (para Mac y para Ander Sánchez).

Una lectura endemoniada, un melting-pot de literatura deslumbrante de inteligencia que deja al lector KO, perdido en suposiciones, pero con la idea positiva de haber aprendido algo. Un libro sobre el desdoblamiento de los personajes, sobre la (ineludible)repetición en literatura. Es un libro que da para varios niveles de lectura que los apasionados del tema pueden saborear con delicias. Un libro original y muy divertido por momentos. Da la impresión  que Vila-Matas  se rie un poco del lector, le toma el pelo de manera elegante, lo descoloca.

MAC Y SU CONTARTIEMPO, Seix Barral 2017,  ISBN 978-84-322-2988-6

Mr Bridge d’Evan S. Connell

Résultat de recherche d'images pour "evan s connell"  Evan Shelby Connell fut un romancier, poète et scénariste américain (Kansas City 1924-Santa Fe 2013). Sa biographie par George Amstrong Custer, parue en 1984, fut un best seller qui a été adapté en mini-série pour la TV en 1991,  remportant des prix.

Mr Bridge (1969) est le deuxième volet du diptyque avec Mrs Bridge de 1959, ce tome comporte un peu plus de petits chapitres que Mrs Bridge : 141 au lieu de 117 .

Chaque chapitre narre des faits sur une journée de Mr Walter Bridge, un bon avocat de Kansas City; on sent tout de suite que les préoccupations du père de famille n’ont rien à voir avec celle de sa douce épouse India. Sa première préoccupation est celle de sa profession d’avocat avec la hantise de faire un maximum d’argent pour protéger sa famille; pour réussir ce pari, il travaille trop avec des horaires qu’il s’inflige lui même, avec une secrétaire juridique qui lui est complètement dévouée. Il arrive tard chez lui, très souvent éreinté et il doit résoudre, tel le roi Salomon, les conflits de la maison, alors qu’il a très peu de contact avec ses enfants. Ici, la devise nord américaine du time is money gagne toute sa sacro sainte signification.

Sinon Mr B. lit les journaux, s’intéresse à la politique, écoute de la musique. Il regarde peu sa femme, qui est quasi invisible et inexistante pour lui, c’est la mère de ses enfants, mais pas une compagne avec qui l’on peut discuter. En revanche, il est un peu trop sensible à la beauté de sa fille ainée, Ruth, lorsque celle-ci devient adolescente. Ceci est le côté très inattendu de ce roman, avec une allusion à peine voilée au désir incestueux, même subliminal et inimaginable dans le cadre de cette société saxonne ultra puritaine. La vie sociale ne l’intéresse pas non plus, il la subit parce que cela correspond à leur rang social, mais il n’a d’affinités avec personne. Il peut être d’un jugement assez sévère vis-à-vis des gens qu’il côtoie, notamment vis-à-vis des amies qui fréquentent sa femme. Il est passablement xénophobe aussi.

Bref, Mister Bridge et Madame Bridge sont deux êtres solitaires enfermés chacun dans leur monde cloisonné, ne communiquant pas entre eux ce qui les rend très insatisfaits ou plutôt pas tout à fait heureux ni épanouis, même s’ils ont l’apparence de la parfaite réussite sociale: un beau mariage, des enfants magnifiques, une très belle situation, une magnifique demeure avec une employée à plein temps, etc, etc.

Plus tard ils seront déçus par leurs trois enfants : Ruth, Carolyn et Douglas. Les trois enfants m’ont semblé odieux, mal élevés, inintéressants, déboussolés dès leur âge tendre, ne sachant pas profiter de la chance matérielle si durement gagnée par leur père; assez perturbés dans leur affect.

Aujourd’hui, on qualifierait Monsieur Bridge de sociopathe,  incapable d’exprimer normalement ses émotions, il regarde les gens autour de lui comme des objets y compris sa femme et ses trois enfants.

Le film de 1990 de l’Américain James Ivory  Mr & Mrs Bridge, est un mix des deux livres et une libre adaptation du diptyque, avec Paul Newman et Joanne Woodward (couple dans la vie réelle) dans les rôles titres. Mrs Woodward a été nominée comme meilleure actrice pour l’Academy Award. Un accueil mitigé a été fait au film à l’époque car certains faisaient le reproche d’une excessive répression émotionnelle chez les deux personnages principaux.

J’ai visionné deux fois ce film (durée 2:04 heures) et je l’ai beaucoup aimé. Dans le film il m’a semblé que Mrs Bridge est « plus vivante » que dans le livre, on arrive à la comprendre par moments alors que dans le livre on a envie de la secouer et de la rudoyer pour qu’elle se réveille. En revanche le mari m’a semblé nettement plus rigide et j’oserais dire « plus frigide » que dans le livre, il illustre pour moi le parfait sociopathe et son fils Douglas en prend le même chemin… Les deux acteurs sont tout à fait remarquables.

 

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MR BRIDGE, Belfond 2016 (Evan S. Connell 1969),  ISBN 978-2-7144-5958-9

El balcón en invierno de Luis Landero

Résultat de recherche d'images pour "luis landero el balcon en invierno" Luis Landero es un novelista español (Albuquerque 1948) lanzado a la fama con su primera novela Juegos de la edad tardía (1989) que le valió el Premio de la Crítica y el Premio Nacional de Literatura en 1990.

No le pude leer esa novela, la abandoné porque no le encontré ningún interés.

El balcón en invierno (2014) me  gustó y mucho. El libro ha sido reconocido con el Premio Dulce Chacón de Narrativa española 2015 y como libro del año por el Gremio de Libreros de Madrid. Es un libro de 18 relatos autobiográficos que hablan sobre todo de la infancia y de la adolescencia del autor en un pueblo extremeño de recios campesinos allá por los años 50-60, un pueblo tan olvidado de Dios que ni la guerra conocieron de cerca.

Encontré muy agradable que los relatos no vengan en orden cronológico, sino en función de los recuerdos del autor tal como funciona nuestra memoria, de manera desordenada.

Poco a poco sabremos cosas sobre Luis Landero, sus padres y sus hermanas, sus familiares en aquel pueblo rural extremeño con ese nombre tan feo de Valdeborrachos . En esa casa había solo un libro y era Los mártires del amor de León Montenegro (1918) en tres tomos, pero sólo tenían uno y sabremos como le nació de la nada misma la vocación hacia la literatura. Era una gente civilizada aunque analfabeta y sabía hablar muy bien el castellano.

En este libro de relatos se capta extraordinariamente bien esta idea tan española de pertenecer a un pueblo, a un terruño bien determinado del cual el ente se tuvo que arrancar para emigrar a algún sitio, aunque sea al pueblo de al lado.

Los padres decidieron emigrar a Madrid donde compraron un piso y donde vivían llenos de gente de pasada porque eran hospitalarios y su casa era la casa de todos los que salían del pueblo. Pero no fue un exilio desgarrador, sino todo lo contrario fue alegre y liberador porque escapaban a la vida austera del campo. El padre fue un loser, un soñador fallecido tempranamente y que lo marcó con fuego para que se hiciera un « hombre de provecho », si posible un abogado; la madre trabajaba en casa con costuras y labores haciéndose ayudar por las hermanas; el escritor Landero trabajó en oficios variopintos hasta que tuvo un excelente profesor de castellano que supo guiarlo con sus lecturas.

La búsqueda de la inspiración está también muy bien descripta con todos esos rituales más o menos maniáticos que son necesarios para encontrar el grado de concentración apto a la escritura. Es bastante pesimista el escritor Landero con respecto a los libros y a los lectores; él piensa que « no es que la novela va a desaparecer, como tampoco desaparecerán el sueño o el recuerdo, que son las formas más divulgadas de narración, pero cada vez habrá menos lectores, y luego menos, y así poquito a poco hasta que se vean convertidos en una especie de secta, como los cristianos de las catacumbas ».

Hay personajes en el libro muy interesantes, como el de la abuela Francisca que era analfabeta, pero era una narradora fascinante, o como la del primo Paco que se casó con una de sus hermanas, un hombre lleno de vitalidad y de ideas osadas, como la del tío Ignacio, otro contador excelente que nunca terminaba sus historias porque al rato de ponerse a hablar se paraba, entre impaciente y descorazonado, y decía : Bah, para qué voy a contar nada si vosotros no lo vais a entender, y ahí concluía la historia…Dice Landero que todo ese mundo de fantasía y de palabras malabares fue a poblar su infancia. Aquellos dichos y relatos fueron los libros que no tuvo.

El campo extremeño está descripto de manera maravillosa, quizá algo idealizado y algo que ya no existe, algo que se fue con la desertificación de las zonas rurales. Por ejemplo este párrafo cuando está lloviendo sobre el campo : « era una lluvia mansa y otoñal y yo veía las gotas engordar y desprenderse una a una de las hojas empapadas de la acacia, y cada vez que la hoja se liberaba del peso de una gota, daba hacia arriba un pequeño respingo y otra vez a empezar, y en eso me pasé casi toda la tarde, en oír llover y en ver las gotas que se formaban y caían. Por un momento se me vinieron a la memoria los días de lluvia de mi infancia, cuando toda la familia se quedaba callada, sobrecogida por aquel misterioso acontecer que era la lluvia cayendo y sonando sobre el campo. Y como también los animales se quedaban callados, extáticos, ante ese acto primordial de la naturaleza, en todo el campo se hacía un gran silencio y una gran soledad, y cualquier ruido, por pequeño que fuese, una tos, un suspiro, el crujir de una silla, sonaba atronador e irreverente »...[como estas frases nos traen a la memoria esa noción de la inmovilidad del tiempo de antaño, cuando teníamos toda la vida por delante y ese tiempo que se colaba taaaaan lento].

Un libro lleno de ternura y de nostalgia escrito en una prosa perfecta.

EL BALCÓN EN INVIERNO, TusQuets 2014,  ISBN 978-84-8383-929-4

Washington Square d’Henry James

Résultat de recherche d'images pour "henry james" Henry James est un écrivain américain (New York 1843-Angleterre 1916); il s’est naturalisé britannique en 1915. C’est une figure du réalisme littéraire du XIXè  et un maître du roman  et des nouvelles.  Il avait reçu une éducation cosmopolite et soignée entre l’Europe et les États Unis, avec notamment des études francophones en France et à Genève. Cette découverte précoce de l’Europe l’a nourri en littérature. Il a commencé des études de Droit à Harvard qu’il a abandonnées pour se consacrer entièrement à l’écriture. Ses premières publications se font autour de 1871 avec un roman publié sous forme de feuilleton, comme c’était fréquent à l’époque (cf Balzac). C’est un voyageur impénitent, un « citoyen du monde » : Angleterre, France , Suisse, Italie surtout. En 1876, après un échec d’installation à Paris, il s’installera à Londres jusqu’à sa mort en 1916.

C’est pendant ces 40 années londoniennes qu’Henry James va écrire l’essentiel de son oeuvre (20 romans et 112 nouvelles !): une œuvre très riche et qui s’inspire en partie d’une bourgeoisie raffinée et de la découverte de l’Europe par des riches américains oisifs en formation culturelle. L’expert ès- Henry James, Franck Aigon (professeur de philosophie) a écrit si justement que la confrontation de la naïveté américaine et de l’expérience européenne n’est qu’un aspect d’une écriture qui s’emploie à sonder les cœurs en donnant toute leur place aux impressions et à la variation des points de vue (un peu à la façon d’un Sandor Márai je trouve).

Washington Square est un livre excellent que je préfère à Confiance commenté ici en mars 2017 parce que plus subtile et nettement plus percutant, terriblement réaliste, et avec cette vue des nord-américains tellement directe.

Deux films américains ont été tournés à partir du livre : L’Héritière (The Heiress, 1949) de William Wilder avec Olivia de Havilland et Montgomery Clift et Washington Square (1997) d’Agnieska Holland avec Jennifer Jason Leigh et Albert Finney. On peut les voir en VO sur youtube. Le film de Wilder est plus mélodramatique, plus stéréotypé aussi avec à la fin une belle vengeance de la part de la crédule Catherine. Le film de 1997 est splendide par ses décors et le rôle de Catherine m’a paru plus mièvre à la limite de la crédibilité et le rôle de Morris m’a paru plus atténué dans la prévarication du personnage.

Voici le sujet: le riche et célèbre docteur Sloper a une fille unique appelée Catherine, peu favorisée par la nature, terne, mais très têtue pour ne pas dire bornée. A cette époque et dans ce milieu, la vie sociale était riche et intense. Le docteur qui était veuf, vivait avec l’une de ses deux soeurs, veuve aussi, une femme très romanesque et assez sotte, Mrs Penniman, une vraie péronnelle. Lors d’une fête chez des cousines, Catherine croisera un beau jeune homme, Morris Townsend trop à l’aise, parlant bien et habillé avec soin. La pauvre fille s’éprendra au premier coup d’oeil du fat personnage, lequel saura très vite que Catherine est une riche héritière. L’occasion est trop belle pour Morris qui est un chasseur de dot car il n’a aucune formation, n’a jamais travaillé et a dilapidé en quelques années sa fortune personnelle, mais la chose la plus abominable est qu’il vit aux crochets de sa soeur, une femme veuve et qui élève seule cinq enfants encore jeunes.

Le docteur Sloper de par sa profession est assez fort pour évaluer la psychologie des gens et il va s’arranger pour faire la connaissance du séducteur Morris  comprenant clairement qu’il s’agit d’un vil personnage. Un éventuel mariage avec Catherine le mettrait définitivement à l’abri du besoin mais sa fille serait très malheureuse.

A partir du moment où le docteur comprend la nature du personnage, il n’aura de cesse que de persuader Catherine de rompre les fiançailles. Il l’emmène en Europe pendant un an, mais Catherine est butée et a décidé qu’elle épouserait Morris Townsend coûte que coûte. Alors, à bout d’arguments le docteur décide de déshériter sa fille (elle a tout de même un pécule de 10 millions de dollars qui lui vient de sa mère, mais c’est très loin du montant de la fortune cumulée par le docteur avec son travail et son succès).

Et c’est là que Morris décide de rompre les fiançailles et de disparaître de la vie de Catherine, tout en lui faisant savoir que une fois son père mort…Voilà un prédateur cynique et amoral.

C’est intéressant le rôle d’entremetteuse que va jouer la tante Penniman, bien au delà de la bienséance de l’époque (qui était plus que guindée…). Aussi le rôle du père est d’une virulence et d’une cruauté incroyables vis-à-vis de sa fille unique, voici comme il la décrit…c’était une enfant bien portante et robuste, sans la moindre trace de la beauté de sa mère. On ne peut pas dire qu’elle était laide : elle était simplement quelconque, terne et douce. L’éloge le plus poussé qu’on ait jamais fait d’elle était qu’elle avait une « gentille » figure; et, toute héritière qu’elle fût, personne ne s’était jamais avisé de la mettre sur la liste des jeunes filles à courtiser. Catherine n’était pas intelligente; elle ne comprenait pas vite ce qu’elle lisait, ni aucune autre chose, d’ailleurs. Elle n’était cependant pas totalement stupide et avait tout de même fait assez d’études pour tenir convenablement sa place dans une conversation avec des jeunes gens et des jeunes filles de son âge, au milieu desquels il est juste de dire qu’elle n’occupait qu’un rang effacé…(C’est dur).

Cette histoire va mal finir. Catherine va se renfermer sur elle même et rater sa vie de femme. Ce fut son choix.

Cet auteur me rappelle beaucoup Edith Wharton et ses descriptions d’un New York bucolique et huppé. Dans le roman de James, le docteur Sloper habite un tout nouveau quartier chic, Washington Square sis sur l’actuel Times Square, mais à cette époque, 1880, c’était la campagne…en 1835 Washington Square se trouvait être l’endroit rêvé pour les gens de goût épris de tranquillité. Toutes les maisons donnaient sur le Square, sorte de jardin planté de toutes sortes d’arbres et d’arbustes sans prétention et entouré d’une barrière de bois qui augmentait encore son aspect champêtre et bon enfant ; à deux pas de là, c’était l’imposante Cinquième Avenue qui commençait précisément à la hauteur de Washington Square et qui, déjà large et sûre d’elle même, semblait prévoir la haute destinée qui allait être la sienne…

Un livre excellent qui a gardé tout son mordant descriptif à la manière directe des nord-américains.

WASHINGTON SQUARE, Omnibus 2013 (H.James 1880),  ISBN 978-2-258-09877-0