Nous trois de Jean Echenoz

Afficher l'image d'origine Jean Echenoz est un écrivain français (Orange 1947) qui a fait des études de sociologie et de génie civil. On vient de lui décerner le huitième Prix BnF (2016) pour l’ensemble de son oeuvre. Sa technique d’écriture est particulière car il alterne les figures de style, les jeux de mots, l’ambiguïté et use d’un symbolisme autour des noms propres de personnages. On dit aussi qu’il écrit des romans géographiques car on voyage beaucoup en le lisant. Il a su décaler son univers romanesque vers la sotie ou vers les récits excentriques à la façon d’un Sterne ou d’un Diderot, d’un Perec ou d’un Queneau. C’est un romancier inventif, un champion de la toponymie, un « nouveau romancier » mais pas du tout un romancier nouveau.

Il y a quelques jours j’ai publié un billet sur un autre de ses  romans L’équipée malaise (1986) et j’écrivais que cela me donnait envie de relire d’autres livres car je me suis beaucoup amusée avec cette lecture, appréciant son style. Lire plusieurs livres à la queue leu leu d’un même auteur, c’est quelque chose que j’évite en général car il me semble que ce n’est pas rendre service ni à l’auteur ni au lecteur du blog : il y a risque de répétition et par là, de saturation. Dans le cas présent, il me semblait que la relecture d’autres livres devait se faire dans la foulée et sans tarder afin de reconnaître encore dans un texte des détails qui avaient fait mon délice et puis les règles n’existent que pour les transgresser, pardi !. J’annonce maintenant que sous peu vous aurez un billet sur Je m’en vais et pour le même motif : immersion en pays d’Echenozie, battre le fer tant qu’il est chaud.

Nous trois ( 1992) ne m’a pas déçu. C’est encore un  ouvrage qui va nous faire plonger dans ce monde echenozien avec cette fois une histoire encore plus loufoque si cela se peut, qui ne sert que de prétexte pour nous montrer un véritable festival de trouvailles lexicales, rhétoriques, narratives, toponymiques, etc. Le souci de la langue reste pour Echenoz le moteur de son écriture, il apporte un soin extrême au rythme prosodique de la phrase. Il me semble que sa lecture doit se faire au deuxième, voire au troisième degré, car le lecteur qui cherche une bonne histoire avec un début et une fin cohérentes, sera forcément un peu décontenancé. Ce livre n’est pas un livre de science-fiction, ni une histoire d’amour (on pourrait envisager une thèse sur les histoires d’amour foireuses d’ Echenoz…).

Est-ce du nouveau roman ? Je pense que oui : on sait que l’auteur appartient à l’écurie des Éditions de Minuit, véritable antre du nouveau roman. Avec l’écrivain Echenoz il y a rejet de la notion de héros, de l’omniscience de l’écrivain, de la cohérence psychologique des personnages et surtout de la vraisemblance. Les « nouveaux romanciers » renoncent au déroulement linéaire du temps, remettent en question l’intrigue traditionnelle.  Presque tout colle avec Echenoz.

Ce qui est particulier avec cet écrivain, est son humour ironique parfois déjanté et son style. Ce style, par moments très décousu, jongle avec les mots, nous sert des phrases inachevées, fait une utilisation si subtile et sui generis du langage. Ce qui est aussi très echenozien est l’influence du jazz et du cinéma dans ses écrits. Ainsi, il paraît qu’il écoutait Phineas Newborn en trio (We Three) en écrivant son manuscrit;  d’où Nous trois ? Allez savoir.

Nous trois,  d’où vient le titre? Qui sont les trois ? Il n’y a pas de ménage à trois ici, mais un manège entre trois : 1) le narrateur qui disparaît sans crier gare pendant les 3/4 du roman, qui dit « JE » (comme Jean Echenoz) et qui ressort comme un diable de sa boîte à la fin du récit, 2) le personnage principal (qui change) et 3) le lecteur. Dans une interview, on posait la question à l’auteur :qu’est-ce que ce narrateur? Jean Echenoz répondait « vous me parlez de narrateur, je vous réponds caméra, c’est à dire que « je » est en constante recherche de cadrage de ses personnages et les situe volontiers dans des endroits confinés : un appartement (avec un décor hyper-défini), une voiture, un ascenseur, une navette spatiale…Quel est le but dans les changements de narrateurs? C’est simple : déboussoler le lecteur, brouiller les pistes, déconstruire le roman, réveiller l’intérêt du lecteur.

LA TRAME : Louis Meyer est un polytechnicien spécialisé dans les moteurs en céramique, travaillant dans un centre de recherches spatiales. cinquantenaire, divorcé et collectionneur d’aventures féminines, un anti-héros bien maladroit. Il part à Marseille, ramasse sur la route une femme mutique qui ne donne pas son nom. Ils arrivent à Marseille où ils vont vivre un séisme de magnitude 7.9 sur l’échelle de Richter (un séisme d’opérette car la réalité est toute autre) et s’en tirer à bon compte sans même éprouver de la peur.

De retour à Paris ils vont se séparer. Sous peu, Meyer sera contacté par son chef (Blondel) et presque « obligé » de dire oui afin de participer à tester un orbiteur  avec un équipage totalement bancal, et vivre des expériences incroyables (et néanmoins scientifiques) dans l’espace et voyager des milliers de kilomètres pour finalement conclure qu’il faut revenir sur terre  et retomber sur ses pattes. Fin de l’aventure.

Jean Echenoz nous a servi un Meyer astronaute pour élever l’esprit et pour nous sortir ainsi de notre bassesse de terriens; de la même façon il nous a parlé d’ascenseurs et de grues (ah ! les grutiers mateurs…).

J’ai trouvé un travail intéressant écrit par Christine Jérusalem (Jean Echenoz : géographies du vide) qui est une agrégée de lettres, spécialiste d’Echenoz; elle signale une autre originalité dans ce livre : les derniers mots d’un chapitre entrent en correspondance avec les premières lignes du chapitre suivant et permettent de retisser l’unité textuelle. Par exemple, la fin du chapitre 2 met en scène les hypothèses de Meyer quand sonne le téléphone :est-ce un appel de son ex Victoria? Absolument pas crétin, dément le narrateur au début du chapitre 3. A la fin du chapitre 14 Meyer revêt un costume sombre : « le noir est salissant, c’est surtout ça le problème » commente le narrateur au début du chapitre 15. Idem pour les chapitres 25 à 26, 27 à 28 et 30 à 31.

Une curiosité qui doit avoir son explication : deux fois j’ai retrouvé le nom d’Annabel Buffet dans ce livre (page 16 et 71, la même phrase « l’édition de poche d’un roman d’Annabel Buffet« ; je l’avais remarqué aussi dans L’équipée malaise et cela m’avait paru assez incongru. Quelle  est la clef de ceci ? Encore quelque chose à creuser!

Voici un échantillon echenozien pour clore ce modeste billet : « Un peu de vin, fit Meyer. Merci, déclina la jeune femme en se servant un verre d’eau. Jamais bu d’aussi mauvaise eau municipale, observait-elle ensuite avec douceur, repoussant du bout de son soulier pointu, les questions dégonflées à ses pieds… »

Et un deuxième pour le plaisir : »Meyer, la Guyane, à première vue, ça n’emballe pas tellement, qui ne voit là qu’une langue de terre moite et pourrie de parasites, baignée de fièvres de militaires pleins de bière. Pour faire décoller nos fusées, que ne choisit-on un coin aéré, plus frais, tout aussi français. Saint Pierre et Miquelon, par exemple? Question de pognon, répondit Blondel (le chef de Meyer), vous savez bien. Pas la peine de chercher plus loin. Plus on se trouve proche de l’Équateur, plus vite on sort de l’attraction terrestre et moins ça coûte cher en carburant. De toute façon, les militaires pleins de bière s’adaptent tout aussi bien au froid (et ils boivent autre chose à la place, non?).

Et un dernier pour la route, encore sur les glaçons (cf L’équipée malaise) : « Trois heures plus tard en vue d’un verre, l’eau du bac ayant pris, Meyer démoulait les glaçons. Adoptez-moi, adoptez-moi, bondissaient joyeusement les glaçons dans leur gangue de caoutchouc, l’un d’eux sauta même s’installer dans le pli de son coude nu. Très affectueux, ce glaçon, visiblement il cherche un maître; Meyer l’adopta dans son verre, bien au chaud dans le gin-tonic« .

Rendez-vous avec Je m’en vais prochainement.

NOUS TROIS, Éditions de Minuit 1992,  ISBN 2-7073-1428-5

Lo que a nadie le importa de Sergio del Molino

Afficher l'image d'origineSergio del Molino Molina es un escritor y periodista español (Madrid 1979). Ha sido citado por el diario El Cultural en 2013 entre los 12 narradores españoles de menos de 40 años con más perspectivas. (Entre los doce, he leído también a Elvira Navarro, Andrés Neuman y Andrés Barba).

Lo que a nadie le importa (2014) es una novela escrita como « supuestas memorias familiares que son lo más fabuloso et ficticio que he escrito nunca« , según dice el propio autor que tratará de desglosar lo que se oculta tras la frase lapidaria pronunciada por su abuelo materno Juan en su lecho de muerte y dirigida a su abuela : « calla, de ti no quiero ni que me cierres los ojos ». Esta frase dejará al nieto sumido en terribles cavilaciones.

El abuelo, Juan Molina Bueno, participó en la Guerra Civil como carne de cañón, vio y vivió cosas atroces que lo dejarán marcado en carne propia, pero también con un tremendo « choque post traumático » como se dice hoy en día. La tentativa de Sergio del Molino es mostrar la herencia del miedo moral que tuvieron que asumir los del régimen franquista, que aunque vencedores, el miedo los hizo sobrevivientes con una existencia gris y con un perfil de derrotados. El silencio al que fueron sometidos cientos de miles de españoles sin que nadie les reconociera el sufrimiento experimentado durante una guerra fratricida. La herencia le llega al nieto bajo forma de silencio, el del silencio español de la vergüenza que se deja estar (un país lleno de silencios donde nadie dice nunca nada porque parece que todo está dicho).

El nieto se cuestiona cuando constata que el « abuelo francés » (padre del compañero francés de su madre) es un objeto de culto y respeto en Francia tras haber participado en la SGM, en condiciones que su verdadero abuelo español, que fue carne de cañón en la Guerra Civil, vivió en un mutismo total.  Sergio Molina escribe algo desgarrador « Yo venía del silencio español, de la vergüenza y del déjalo estar. Me gustaba más mi pasado francés que mi pasado español, pero hoy sé que sólo caminaba hacia mi pasado español dando un rodeo ».

Una parte del libro es una novela histórica que describe con minucia la batalla del Ebro (literatura testimonial) con las pocas evocaciones del abuelo y las enormes  indagaciones que efectuó el autor sobre la Guerra Civil (trabajo de cronista), pero la novela es también una memoria familiar, una crítica social (el Madrid de post guerra y Zaragoza de los años 30) y una obra de auto-ficción donde Molina se pone en el texto como nieto de un abuelo del cual quiere explicar el silencio. La imagen que Sergio del Molino da de su abuelo no es simpática, ni siquiera empática, pero tampoco lo juzga. Solo trata de evocarlo porque en realidad no lo conoció y conocerlo mejor, es conocerse a si mismo.

Cuando me enteré que este libro iba a tratar una vez más sobre la Guerra Civil, tuve un movimiento de rechazo, pero empezando la lectura y dándome un plazo para decidir si cerrar el libro o continuar, me di cuenta que la escritura era algo diferente de lo que he leído hasta ahora: un estilo bastante brillante, por momentos poético con una formulación imaginativa, con bastante humor ácido y una nota original en la narrativa que no había cruzado antes. Pero también encontré que no había suficiente contraste entre la tipografía de la impresión y la calidad del papel, lo que hizo que esta lectura resultara bastante fatigosa para mis ojos,  además que abundan las parrafadas largas de casi una página, demasiado densas, que dejan al lector exhausto.

Una citación del estilo del autor, página 77… Ambos bandos se concedieron un momento mientras acomodaban los fusiles en su lado de la cuneta, los recargaban y volvían a apuntar a aquellas fieras con forma humana cubiertas de barro y sangre. Los pies descalzos, llagados, la mirada gris y blanca, pendientes de matar mucho para no morir ni un poco…Página 106…El joven Alejandro era fascista a mucha honra, según sus propias palabras, y mi abuelo, ya entonces, era silente a mucha vergüenza. Su cuñado era bravucón y nostálgico, y mi abuelo, sin nada que decir y con todo por callar, acabaría harto de las sobremesas heroicas en la calle Miguel de Ara. Con su cigarro de picadura, su Ideales del labrador que nunca fue, soltando humo lánguido y arrepentido. Sin un regazo de madre sobre el que llorar y ante dos hombres encantados de trinchera y hoguera castrense, se marchó a una ciudad donde sus silencios no sonaran tan groseros. Una ciudad que era un enorme silencio de cascotes y cristales rotos. No se marchó a Madrid por hambre o por necesidad. No se marchó a Madrid por ninguno de los sobrentendidos que moscardean las cuatro palabras de « después de la guerra ». Ni siquiera se marchó para no oir las batallitas fanfarronas de los demás. Se marchó para no oírse a sí mismo, para silenciar su propio silencio en un silencio mucho más grande.

Otro punto interesante del libro es el arraigo que tiene cada español con la noción de pueblo, un atavismo tan fuerte y tan peculiar que no creo haberlo cruzado en otros lares. En este libro se nota la fuerza genética del retorno al pueblo de origen (aunque no se conozca a nadie en dicho pueblo) para morir, para morir varado en su pueblo, esa profunda idiosincracia de los españoles que se han quedado tan pueblerinos, como el abuelo del autor que al jubilarse de una vida gris de servidor en El corte Inglés, se retira al pueblo del que nunca se sintió parte como un retorno al útero materno.

Un libro interesante porque aporta la nota afectiva a toda una generación que se fue a la tumba en un silencio que nos resulta ensordecedor.

LO QUE A NADIE LE IMPORTA, Literatura Random House 2014,  ISBN 978-84-397-2919-8

Charmer, s’égarer et mourir de Christine Orban

Afficher l'image d'origineChristine Orban est une romancière et critique littéraire française (Casablanca 1957). J’ai commenté deux de ses livres dans ce blog, Virginia et Vita en février 2012 qui se réfère aux amours tumultueuses entre Virginia Woolf et Vita Sackville-West et Le pays de l’absence en janvier 2014 autour de la maladie d’Alzheimer de sa mère. Les deux livres m’ont beaucoup plu.

Charmer, s’égarer et mourir (2016) est un livre sur la reine Marie- Antoinette (encore un livre sur cette reine) dont le titre  est tiré d’une phrase de Lamartine sur la Reine dans « Cours familier de littérature » : Elle ne sut que charmer, égarer et mourir. C’est une phrase bien trouvée. Plus de deux cents ans après sa mort, le personnage de Marie-Antoinette interpelle encore, et plus le temps passe, plus elle ressort comme une icône de femme moderne. Dans ce livre, qui n’est pas un roman historique, nous avons une analyse empathique et un regard très féminin sur certains épisodes de la vie de cette reine, sur des faits de son quotidien intime.

Je déplore quelque peu la première de couverture avec toutes les étoiles autour de la tête de Marie-Antoinette de France, donnant au livre des allures de BD, alors que nous possédons tellement d’images d’elle par les meilleurs artistes de son temps!

C’est un livre qui ne laisse pas indifférent car il est écrit avec beaucoup d’émotion et de respect envers un personnage de l’Histoire de France qui vécut comme dans un conte de fées qui aurait mal tourné. C’est intéressant de constater l’envahissement par le sujet du livre dans la vie de Christine Orban; car on sent le fort transfert qui s’est opéré au fil du temps entre cette reine malheureuse et la romancière; on sent combien Orban fut par moments totalement habitée par la personnalité de Marie-Antoinette, qu’elle appellera M.A.; elle a choisi de nous évoquer certains moments forts de sa vie : son arrivée à la cour de France à l’âge de 14 ans, ses rapports avec son époux, sa liaison avec Axel von Fersen, son arrestation et son exécution.

Christine Orban explique à un moment de la narration que l’intérêt qu’elle porte pour cette Reine, lui vint, il y a vingt ans, en lisant la très bonne biographie que nous a laissé Stefan Zweig, un livre qui fait toujours référence , écrit par un autrichien, sur cette Reine mal aimée appelée avec mépris « l’Autrichienne »,  alors que peu de Reines de France ont eu autant de sang français dans leurs veines (son grand père paternel était Leopold Joseph, Duc de Lorraine et son père, François I Duc de Lorraine).

Marie-Antoinette est née sous une mauvaise étoile. Après une enfance choyée auprès de parents qui s’aimaient sincèrement, elle fut le quinzième enfant (sur seize!) de Marie Thérèse d’Autriche. Sa mère l’a réservée pour le Roi afin de rendre plus solide une alliance avec le royaume de France. Elle est arrivée à la Cour  à l’âge de 14 ans pour être offerte au Dauphin, le futur roi, devenant ainsi la Dauphine. Comme il est étrange que sa mère, fine politicienne, n’ait pas pensé à lui donner une solide éducation politique; quel manque de clairvoyance. Car les futurs souverains n’ont pas su anticiper ni sentir que le temps de la Monarchie Absolue arrivait sur la fin : ils auraient pu sauver leurs têtes et ainsi éviter tout ce bain de sang que fut la Révolution Française.

C’est un fait avéré que la reine Marie-Antoinette était une femme malheureuse, une femme traquée, une femme insatisfaite qui a cherché à s’étourdir en dépensant beaucoup d’argent (dix mille chandelles étaient utilisées par jour à Versailles!). Le Roi a mis sept années à honorer sa couche! (l’humiliante situation avait duré sept années. Elle a affaibli le roi. Mais la reine n’a pas perdu son goût pour les sorties pour autant. Trop longtemps elle a préféré passer pour une femme volage plutôt que pour une épouse délaissée) et quelles que soient les raisons de cette anomalie et quelle que fut la pression qu’elle avait pour donner un héritier à la couronne de France, ceci n’explique pas le fait qu’elle ait vécu comme enfermée dans une  « bulle », celle de la Cour. L’étiquette de la Cour l’étouffait, une étiquette rigide du temps de Louis XIV, inchangée depuis 100 ans, et qu’elle ne supportait plus: c’était une représentation permanente qui ne lui laissait aucune vie « privée » . Elle cherchait le bonheur, comme une enfant gâtée, sans tenir compte de la réalité du royaume, sans chercher à visiter ses domaines et à connaitre ses sujets.

Page 36 une scène de l’étiquette, celle du souper du Roy…une heure de l’après-midi, il s’agit bien du dîner, le « sortir du jeûne » de la nuit. Nous sommes dans l’antichambre du grand couvert située dans l’enfilade des grands appartements de la reine. Le maître d’hôtel remet le menu à M.A.. Tout le temps du dîner, il se tient derrière elle, il lui apporte dans une boîte d’orfèvrerie ses couverts, conservés dans la salle des gardes, ordonne de servir ou de desservir. Symphonie de Delalande, un concert de trompettes, ballet de révérences, les courtisans, toujours les mêmes, ceux qui ont leurs entrées dans la chambre, s’inclinent devant le roi et la reine. M.A. et Louis XVI sont sur scène. Leur rôle consiste à se nourrir. La pièce dure quinze minutes. Potages, entrées, tourtes de volaille, de poisson, puis les viandes bouillies et légumes du potager, encore les rôtis de chapons gras, pigeons, entremets de gibier et enfin apothéose de fruits sous la forme de pâtes, de compotes… 

Comment ne pas faire un parallèle récent avec Lady Di, la malheureuse et mal aimée Lady Diana Spencer, qui se morfondait d’ennui et de solitude et que malgré des signes extérieurs d’opulence, était profondément malheureuse.

Marie-Antoinette a ouvert les yeux trop tard, après l’exécution de son mari. Toute mère peut imaginer la détresse qu’elle a senti vis-à-vis de la captivité de ses enfants, le déchirement qu’elle a du éprouver quand ses enfants lui furent arrachés. Heureusement qu’elle n’a pas connu les sévices, l’état d’abandon total, on dirait aujourd’hui la « non assistance à personne en danger » de son pauvre petit garçon Louis XVII, mort à dix ans des conséquences des sévices subis. Ceci est très bien raconté dans le livre déchirant de Françoise Chandernagor La chambre.

Marie-Antoinette, le film de Sofia Coppola de 2006, est un bonbon acidulé, magnifique, tourné dans des décors somptueux; ce film rend bien compte des années frivoles de la Reine et il montre bien les rouages méphitiques de la Cour.Afficher l'image d'origine

Une fois le livre refermé, la tristesse m’a envahi, je sentais comme une chape de plomb parce que le destin de cette femme fut atroce et tout ce que l’on pouvait lui reprocher, ne justifie en rien, le sort qui lui fut réservé, à elle, à son époux, mais surtout à ses enfants.

CHARMER, S’ÉGARER ET MOURIR, Albin Michel 2016,  ISBN 978-2-226-32583-9

Dispara a la luna de Reyes Calderón

Afficher l'image d'origineReyes Calderón es una autora española (Valladolid 1961) con estudios de Derecho y Filosofía; actualmente es la decana de la Universidad de Navarra, departamento de Economía.

Se la conoce principalmente por sus novelas policiales con la juez pelirroja Lola MacHor la primera juez fémina de la sala del Tribunal Supremo en Madrid, un cargo vitalicio.

Dispara a la luna es la sexta entrega con Lola MacHor y le ha valido a Reyes Calderón el Premio Azorín 2016. El título quiere traducir en español la expresión en inglés « shoot for the moon » o « apunta a lo alto« . Es una novela coral con varios personajes muy bien definidos y es una novela con un rompecabezas dinámico, casi cinematográfico, con capítulos que pueden ser cortísimos y una narración original que parte de la resolución del caso para volver hacia atrás en el tiempo,  lo que se llama « in extremis« en narratología cuando el relato comienza por el desenlace.

Este libro me ha hecho conocer la juez MacHor que es la estrella del libro, una mujer muy respetada en su ámbito. Casada con un médico famoso y madre de varios hijos. Una mujer con ascendencia irlandesa lo que explica su espectacular cabellera. No me cuadró muy bien la dicotomía entre la estupenda y reconocida profesional y la mujer; encontré que la autora la pone en situación de anti-héroe por el lado femenino en permanencia. El lado femenino de la juez me pareció demasiado « rebajado », demasiado anodino, lo encontré poco creíble; y esa manía de la juez para que la llamen Lola, de buenas a primeras.

Todo el libro se basa en la búsqueda de Juan Iturri Goicoechea, un policía de Interpol, basado en Lyon, Francia, que ella conoce y estima mucho. El pobre hombre será secuestrado de manera atroz, pero alcanzará a enviar un mensaje a la juez porque intuye que la única que no le fallará es ella. Muy enrevesado resultará  saber qué lazos tan fuertes los unen como para que la juez deje Tribunal Supremo y marido para salir en pos de Iturri. Toda la novela transcurre en seis días de búsqueda a contrarreloj e involucra la Guardia Civil española y la Gendarmería francesa y hasta el MI6 británico puesto que la trama evoca las relaciones entre las unidades antiterroristas de Francia, España y Reino Unido; hay un buen trabajo de documentación.

Por momentos encontré que el relato se alargaba demasiado. También encontré que la escena del rapto del inspector Iturri era surrealista porque el hombre era terriblemente precavido y discreto como para dejarse atrapar por unos maleantes bastante torpes, además que intuyó su rapto en el mismo momento y me pareció que casi se dejaba atrapar. La novela torna alrededor del tema de la venganza y en contrapunto tenemos el tema de la amistad indefectible que une a la juez con Iturri. En la novela, la relación de la juez con Iturri es catalogada como « anclaje emocional » y los seguidores del caso le aplican el principio de la navaja de Ockham, es decir, que probablemente las razones que los unen son desconocidas de todos pero son las más simples y parsimoniosas. También hay en la novela mucho material para describir a la clase política, de manera acertada y bastante ácida ( y tan justa !) : la juez es convocada al Palacio de la Moncloa y la recibe un joven que debe ser uno de los tantos « asistentes » y enchufados del poder…un jovenzuelo con aspiraciones intentando ofrecer una conversación marcadamente inteligente, lo que es peor que un día de campo en una zona de mosquitos, peor que una depilación de axilas, peor que un pleito entre parientes...(página 385)

Un error garrafal página 582 con el francés (¿no hay correctores?); en la frase Excusez-moi, madame, n’êtes-vous pas oublié quelque chose? (n’avez-vous pas oublié?! auxiliar avoir y no être)

Lectura entretenida con un personaje diferente dentro de lo que se conoce en literatura policial.

DISPARA A LA LUNA, Planeta 2016,  ISBN 978-84-08-1542-1

L’équipée malaise de Jean Echenoz

Afficher l'image d'origine  Jean Echenoz est un écrivain français (Orange 1947) qui a fait des études de sociologie et de génie civil. On vient de lui décerner le huitième Prix BnF (2016) pour l’ensemble de son oeuvre. Sa technique d’écriture est particulière car il alterne les figures de style, les jeux de mots, l’ambiguïté et use d’un symbolisme autour des noms propres de personnages. On dit aussi qu’il écrit des romans géographiques car on voyage beaucoup en le lisant. Il a su décaler son univers romanesque vers la sotie ou vers les récits excentriques à la façon d’un Sterne ou d’un Diderot, d’un Perec ou d’un Queneau. C’est un romancier inventif, un champion de la toponymie.

Jean Echenoz disait quelque part ceci…de la même façon que sur le plan de la mise en scène des récits, je me sers de la rhétorique cinématographique. Je fais appel instinctivement à des repères de l’ordre des outils poétiques, de la césure, de la syncope. Je pars d’un manuel de rhétorique ou de métrique pour importer telle ou telle figure. A une époque, le mécanisme de ces choses me séduisait beaucoup. Il y a quelque temps, j’ai comparé dans une conférence le système des temps grammaticaux à une boîte de vitesse. L’image du roman comme un moteur de fiction, qui quelquefois se met à faire bizarrement de l’autoallumage est une idée qui me séduit en ce moment. Mais, comme toute chose systématique, il faut en même temps aller contre. Et puis, ce sont des moteurs guettés par des risques de dysfonctionnements

Dans une interview à New York il précisait quelque chose de très vrai...tant mieux si mes romans font sourire. Mais l’objectif est avant tout de construire une sorte de mathématique tordue de la phrase, créant ainsi une tension et un rythme particuliers. Il y a un énorme travail de recherche en amont de ses livres car il considère que le travail romanesque doit passer par la contrainte, un peu comme faire des gammes de piano pour accéder à l’excellence du métier…

Le critique Grégory Mion écrivait à juste titre sur L’équipée malaise: « rares sont les romans qui mènent nulle part en réussissant malgré tout à s’orienter, et ce sont peut-être ces livres- là, assez exceptionnels, qui permettent, comme dans l’art abstrait, de constamment ressusciter la sensibilité » (cf critiques libres du 20/06/13).

J’ai lu quelques livres de lui; j’en ai retrouvé deux sur mes étagères dont je n’avais pas un souvenir bien précis car je les ai lus il y a quelques années; il me restait seulement l’idée diffuse d’un style assez unique. Après avoir lu L’équipée malaise,  j’ai très envie de les relire à la lumière de cette expérience car je suis épatée par l’usage que l’écrivain fait de la langue française. Ce n’est pas l’histoire qui est intéressante (elle est plutôt loufoque), mais ce sont les recours lexicaux, rhétoriques, l’emmanchement des phrases qui paraissent diablement originaux et amusants, la façon échenozienne de raconter l’histoire. C’est une lecture qui nécessite d’y aller len-te-ment sous peine de passer à côté de certaines tournures. Le style de cet univers échenozien (le comble du succès, il a donné des mots nouveaux à la langue française!) m’a rappelé par moments, celui de Pierre Lemaitre, tellement fort pour les phrases qui font mouche; en pays d’Échenozie c’est plus intello, plus compliqué, moins direct. Il paraît que son dernier roman Envoyée Spéciale (2016), toujours dans la prestigieuse maison Éditions de Minuit, est un livre écrit contre 3 de ses précédents ouvrages : Cherokee, L’équipée malaise et Lac. Ces trois livres feraient partie d’une trilogie, chacun ayant un genre différent : roman policier, roman d’aventures et roman d’espionnage respectivement.

L’équipée malaise (1986) est le troisième roman de l’écrivain, encore un roman géographique, un livre d’aventures, un livre ludique destiné à démolir la narration, un livre de 240 pages qui est une parodie, une dérision du roman d’aventures, où à partir de données conventionnelles s’organise une action en porte-à-faux. Tout est décalé dans ce roman, en commençant par le titre : L’équipée malaise car il y a malaise en Malaisie. Ainsi dans le cargo qui fait la liaison entre la France et la Malaisie, appelé Boustrophédon,  (qui veut dire « écriture primitive qui se lit sans interruption de gauche à droite et de droite à gauche »)  et dont le capitaine s’appelle Illinois (un nom de ville) , il y a des passagers non désirés, des hommes d’équipage qui sont presque en état de mutinerie, et des passagers souffrent du mal de mer … Au fil du roman, se défont sans cesse des situations  que l’écrivain Jean Echenoz  avait bien nouées pour nous, parce que son écriture est faite pour déboussoler le lecteur qui se raccroche à ce qu’il peut pendant que l’auteur s’amuse à faire de jolies phrases. Ses personnages sont en roue libre, soumis à la seule volonté de la plume de l’écrivain, qui les prend, les jette, les récupère dans une danse gentiment capricieuse. Il y a aussi beaucoup de références cinématographiques dans ce roman.

LA TRAME (pas tellement importante, mais elle met en valeur une écriture originale et des idées tous azimuts) : deux potes aiment la même femme, Nicole Fischer (dont nous n’aurons jamais une description très détaillée); elle va  préférer un autre homme, un pilote de chasse qui mourra très vite,  avant même de l’épouser, mais qui la laissera enceinte de Justine.

Ces deux potes sont Jean-François Pons alias « le Duc », gérant d’une plantation d’hévéas en Malaisie et Charles Pontiac qui deviendra un clochard à Paris avec des allures de « prince des clochards ».

Trente années plus tard, Justine Fischer à son tour sera aimée, comme sa mère, par deux hommes, Bob et Paul.

Beaucoup de choses dans ce roman fonctionnent par dualité : Pons et Pontiac les prétendants éconduits, Nicole et Justine, la France et la Malaisie, le couple Jouvin (propriétaire de la plantation), les malfrats  Toon et Van Os, etc (est-ce une marotte de l’auteur?).

Il existe un excellent travail de Florence Bouchy, « Démystification et invention du quotidien : les objets des romans de Jean Echenoz« . Elle analyse l’écriture échenozienne  à travers plusieurs livres et conclut que c’est un savoir partiel attesté par l’expérience, qui prend souvent les apparences d’un mode d’emploi de la vie quotidienne urbaine comme dans les extraits suivants : page 127…une brève halte à la hauteur du 53, d’où le génie de la Bastille n’a plus l’air juché sur sa colonne que les immeubles dissimulent entièrement : il semble marcher sur leurs toits, danser sur leurs tuiles, sur leur zinc, exhibant dans sa fuite ses fesses rondes sous ses ailes déployées. Tout le monde sait cela, les gens s’arrêtent souvent devant le 53…puis page 16...les glaçons bondissent de leur étui de caoutchouc avant de grelotter ensuite dans le gin…page 38-39 nous avons des effets de répétition comme dans le procédé d’anadiplose provoquant un ralentissement de l’action ou de la description : c’était encore un très mauvais mardi pour Paul…assis sur l’extrême bord du plus mauvais fauteuil. Le plus mauvais fauteuil vomissait par en dessous des spires d’oxyde et de la paille verte, des lambeaux de jute corrompu…Il y a comme ceci des dizaines de phrases à la tournure originale, c’est une écriture très imagée et fourmillante de petits détails, le tout donnant par moments des sensations synesthésiques.

Lecture amusante, avec plusieurs niveaux de lecture, où rien n’est laissé au hasard, où une relecture s’impose presque afin de découvrir des tournures qui seraient passées inaperçues. Un exemple savoureux ici, pioché page 66…Nicole Fischer serrait contre elle un pékinois boudeur nommé Bébé d’Amour, lequel bavait lentement tout en projetant sur l’assistance des regards caporaux. Ou cet autre page 81…la machine à laver dévidait son programme par déclics, par vibrations diversement rythmées, du sensuel prélavage à l’essorage furieux pendant quoi l’appareil forcené gronde en tremblant, trépigne sur place en effrayant : la rotation de ses entrailles devient intenable au point qu’il désire à toute force s’échapper, fuser vers le ciel en trouant les plafonds, les planchers successifs, tournoyer à travers la cuisine en broyant tout sur son passage comme quand un bœuf viviséqué emballé de douleur, brise ses liens en beuglant des malédictions. Ou cet autre page 113…c’était au milieu du Kremlin-Bicêtre, dans une artère commerçante assez fiévreuse en fin d’après-midi, nettement tachycardique le dimanche où se pressaient dehors, sous leurs abris toilés, d’itinérants marchands de neuf et d’ancien.

C’est ainsi, sans fin, des trouvailles à toutes les pages. Voici un écrivain original qui manie la langue française comme peu le font.

L’ÉQUIPÉE MALAISE, Éditions de Minuit 1986,  ISBN 2-7073-1687-3

 

Tríptico de la infamia de Pablo Montoya

Afficher l'image d'originePablo Montoya es un escritor colombiano (Barrancabermeja 1963)  graduado de Filosofía y Letras y con estudios de música. Es un autor que ha sido varias veces premiado. Su obra abarca géneros diferentes como la novela, el cuento, el poema en prosa, el ensayo y la crítica literaria. Su estilo es conocido por la utilización de una frase corta, concisa, con una tensión constante y una visión fragmentada de los personajes. El viaje es una temática recurrente en su obra.

Tríptico de la infamia (2014) le ha valido nada menos que el Premio Internacional Rómulo Gallegos 2015 (concedido cada dos años); es el quinto colombiano que descuelga este prestigioso premio.

Tríptico de la infamia es una ucronía o novela histórica alternativa que narra parte de la vida de tres artistas europeos (dos pintores y un grabador) y hugonotes que en medio de un proceso de formación, se ven envueltos en masacres de una violencia inaudita :  las guerras de religión en Francia y Florida o el genocidio indígena en América durante la Conquista.

Pareciera que hay una tendencia al revisionismo histórico de la Conquista española. Quizás ya no se dirá lo que se inculcó a generaciones de escolares latinoamericanos, sobre la llegada de la « civilización » a las tierras del Nuevo Mundo, omitiendo el baño de sangre y el exterminio de los pueblos autóctonos que ello significó : 80 millones de indígenas a la llegada de los españoles, reducidos a 10 millones algunos años después porque los españoles no solo iban en óptica de dominio y saqueo, sino también dominados por una premura increíble. Las enfermedades epidémicas importadas de Europa fueron también un factor en el exterminio. Es obvio que las cifras del exterminio no pueden citarse con precisión, pero algunos historiadores han calculado que en algunas geografías la población indígena desapareció en un 95%…La revisión histórica comprueba cierta impunidad de la mezquindad religiosa.

Tríptico de la infamia me recuerda otro Premio Rómulo Gallegos reciente (2009), el del brillante y deslumbrante libro El país de la canela del también colombiano William Ospina; es el libro más consultado en este blog con casi 9 000 lecturas, lo que me halaga mucho, esperando sinceramente rendirle un modesto homenaje. William Ospina escribió una trilogía sobre la Conquista con Ursúa (2005), el conquistador español que fundó la ciudad colombiana de Pamplona; El país de la canela (2008),  el segundo tomo, que narra el descubrimiento del río Amazonas por Francisco de Orellana y la increíble historia de Gonzalo Pizarro, el segundo de los hermanos Pizarro; La serpiente sin ojos (2012) que narra el viaje de Pedro de Ursúa en pos del país de las amazonas. No he leído la trilogía entera, sino un solo tomo que me deslumbró por la utilización musical y muy barroca de la rica lengua castellana.

Para volver al tema de este billete, Tríptico de la infamia, es una novela histórica con tres partes; cada parte involucra a un personaje diferente, pero que tienen en común de haber sido más o menos contemporáneos, haber sido todos protestantes y ser buenos artistas de su tiempo (dos pintores y un grabador).

El primero de ellos es Jacques Le Moyne de Morgues que participó en el fallido intento de asentamiento hugonote en Florida en la expedición con Laudonnière en 1562 y que sobrevivió al arrasamiento por parte de tropas españolas, refugiándose con Laudonnière en Londres. A Le Moyne se deben magníficas ilustraciones de la vida y de la flora  del Nuevo Continente. La escena donde Le Moyne y el indio Kututuka comparten sus saberes respectivos de dibujantes, pintándose mutuamente sus cuerpos, es el pasaje más conmovedor y subersivo del libro.

El segundo personaje es François Dubois que vivía en Paris en 1572 cuando en la noche del 23 de agosto ocurrió el triste episodio conocido como La matanza de San Bartolomeo donde miles de hugonotes ( 10 000 ?) fueron asesinados salvajemente; a Dubois se le atribuye un cuadro de 1572 escalofriante y minucioso en el detalle macabro, a la manera de un Pieter Brueghel El Viejo.

El tercer personaje es Théodore de Bry, un grabador originario de Lieja que ilustró las atrocidades denunciadas por Bartolomé de Las Casas en su Brevísima relación de la destrucción de las Indias.

Hay un cuarto personaje en el libro, es el narrador de la tercera parte, el propio Pablo Montoya que se pone (con el método de las cajas chinas) en el relato cuando hace sus averiguaciones en Fráncfort en torno a Théodore de Bry,  presentándose como un novelista latinoamericano que viaja a Europa gracias a una beca para terminar su novela sobre tres pintores que denunciaron el catolicismo a través de sus obras, este personaje cierra la brecha entre la distancia histórica y la indolencia pasada. Es un detalle muy original y bien logrado.

El estilo y el género literarios de cada capítulo es diferente. Así, el capítulo dedicado a Le Moyne tiene un típico tratamiento de Crónica de Indias con un narrador omnisciente. En este capítulo encontré un máximo de palabras que necesitaron recurso al diccionario. El capítulo sobre Dubois es una larga melopea humanista desde Ginebra, años después de su huída a ésa desde Paris después de la matanza de San Bartolomeo. Y la parte dedicada a de Bry es una narración polifónica donde el propio autor se inserta.

Esta novela se interroga acerca de la relevancia y competencia del arte, como un mecanismo estético para denunciar los horrores generados por la religión.

Aunque reconozco que el tema de este libro es interesante, que el punto de vista del escritor Montoya es apasionante, que la novela está muy bien escrita con un rico vocabulario, que la parte histórica está ampliamente documentada, que el lector se cuestiona sobre el tema, yo me aburrí por momentos y no tengo muy claro el porqué. No le encontré el lado poético ni embrujador del libro de William Ospina, y lo digo con pesadumbre porque no me gusta comparar libros que han costado tanto esfuerzo y dedicación. Obviamente esta opinión es meramente personal.

Aquí va el cuadro de François Dubois de 1572 ilustrando la matanza de hugonotes. Se necesita detallarlo con lupa para apreciar la minucia en el detalle macabro:

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TRÍPTICO DE LA INFAMIA, Literatura Random House 2015,  ISBN 978-84-397-3098-9

Les jours de mon abandon d’Elena Ferrante

Afficher l'image d'origineElena Ferrante est le pseudonyme d’un écrivain italien qui cultive l’énigme depuis 25 ans (pas de photo disponible; c’est la deuxième fois que cela m’arrive dans ce blog). On sait seulement qu’Elena Ferrante est originaire de Naples et qu’elle (ou il) serait née vers 1940. Le nom d’Elena Ferrante serait inspiré d’Elsa Morante, l’écrivain préférée d’Elena Ferrante (le jeu des boîtes chinoises en plus…). Il faut signaler que cet auteur mystérieux est plebiscité dans le monde entier avec 2,5 millions d’exemplaires vendus et traductions dans 42 pays…L’auteur reconnaît dans des interviews données par écrit, la part importante de l’autobiographique dans son oeuvre. Derrière ses livres on sent une grande sincérité, un ton viscéral, un regard sur la condition des femmes et une approche très psychologique.

Sa quadrilogie napolitaine connaît un succès mondial; seuls les deux premiers tomes sont disponibles en français (L’amie prodigieuse de 2014 et Le nouveau nom de 2016); il s’agit d’une saga d’environ 1700 pages autour d’une forte amitié entre deux filles d’origine modeste dans le Naples de 1950.

C’est curieux, mais récemment je ne cessais de croiser sur les devantures, ou sur les revues, le nom d’Elsa Ferrante et je devenais franchement intriguée. J’ai essayé de sortir de la bibliothèque près de chez moi L’amie prodigieuse, mais le livre n’était pas disponible. Alors je l’ai aperçu sur un étalage dans la Collection Folio, et en un tournemain il était acheté. Bien m’en a pris.

Les jours de mon abandon (I giorni dell’abbandono, 2002) est le deuxième roman de cet auteur incognito, paru 10 années après le premier livre. Un film inspiré de ce livre fut tourné en 2005 par Roberto Faenza avec Margherita Buy dans le rôle d’Olga.

C’est un roman qui dérange, c’est une lecture qui démolit. Le sujet est archi galvaudé : l’abandon d’un mari sans crier gare au bout de 15 années de mariage et deux enfants. Ce qui change ici, c’est le ton et le style narratifs. La description de la descente aux enfers de cette brave ménagère, bonne et dévouée épouse, mère exemplaire est un summum concentré de la douleur humaine, décrit avec une minutie incroyable sur les petits gestes du quotidien, nécessaires pour se maintenir à flot. Jamais une lecture ne m’avait entraînée à sentir une telle profondeur dans la détresse féminine, jamais je n’aurais osé imaginer que cette véritable folie qui s’abat sur Olga pouvait inclure ses deux enfants, jamais je n’avais osé imaginer que l’on pouvait aller aussi loin. Probablement parce qu’en général, même dans la douleur et la détresse les gens préfèrent taire certains aspects de leur souffrance physique et morale. J’ai lu à plusieurs reprises que des lecteurs/lectrices ont dû abandonner cette lecture par KO. Je le conçois aisément et je me suis posée la question en lisant, sur l’horrible ressenti des femmes qui ont du, un jour, vivre ceci.

La trame du livre est très simple et tellement banale. Une femme, Olga, est abandonnée par son mari du jour au lendemain, sans qu’elle ait vu venir la chose. Ainsi, le plus simplement du monde et sans tambour ni trompette ce livre commence par cette phrase diaphane…un après-midi d’avril, aussitôt après le déjeuner, mon mari m’annonça qu’il voulait me quitter. Il me le dit tandis que nous débarrassions la table, que les enfants se chamaillaient comme à l’ordinaire dans une autre pièce, et que le chien rêvait en grognant devant le radiateur…

A partir de ce moment Olga perd pied, son monde est atomisé, elle ne se reconnaît plus, elle est perdue, son esprit se trouble, elle s’égare, elle se révolte, elle n’a plus d’ancrage, elle devient une autre, une furie ordurière, crue, violente.

Ce qui est intéressant, mais je reconnais que c’est très-très dur, c’est de lire le cheminement erratique de cette femme « rompue » (il est fait allusion plusieurs fois au livre de Beauvoir La femme rompue, lecture d’une Olga adolescente) qui fera un plongeon dans la folie furieuse. Car ce maelstrom de sentiments sera décrit en détail avec des mots simples qui vont frapper directement les neurones du lecteur.

Il est à noter que dans ce banal échec de couple (banal à force du nombre, alors que chaque fois c’est un drame ravageur, n’est-ce pas?) il y a normalement deux versions : celle de la femme et celle de l’homme, pas forcément superposables. Ici l’homme ne se prononce pas, il ne dira jamais ce qu’il pense ni dira ce qui l’a conduit à laisser femme et enfants. Mais le lecteur pourra le déduire par mille détails.

Olga avait tout laissé pour un mari, son travail d’écriture; son univers était sa maison et ses enfants; elle n’existait plus en tant que personne ayant une vie propre. Elle était devenue une machine du quotidien (page 161…j’étais une épouse obsolète, un corps abandonné, ma maladie est seulement une vie féminine hors d’usage). 

Déjà j’avais jugé très courageux le livre de Françoise Chandernagor La Première Épouse (1999), livre qui racontait l’abandon de son mari après 30 années de mariage, mais Les jours de mon abandon va au-delà, il est par moments tellement impudique, tellement cru, tellement proche d’une réalité par définition tellement sinistre que les mots sont petits pour décrire tout ceci.

Mais Olga, tel le Sphynx, va renaître de ses cendres, ce n’était qu’une parenthèse de quatre mois dans sa vie de femme. A la fin du livre Olga s’exprime ainsi…Exister c’est cela? pensai-je, un sursaut de joie, une pointe de douleur, un plaisir intense, des veines qui battent sous la peau…(on n’a plus de souci à se faire pour Olga).

Voici une lecture qui vous laisse sans souffle, ébaubie de consternation, mais qui est très loin de n’être que pathos. Par moments, le récit devient drôle et c’est là que réside le talent de cette énigmatique Elena Ferrante. Il faudra  lire d’autres livres d’elle, Sacrebleu !

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LES JOURS DE MON ABANDON, Folio 6165 2016 (Gallimard 2004),  ISBN 978-2-07-079319-8