Archive | juin 2014

Marie Laurencin de Bertrand Meyer-Stabley

  Bertrand Meyer-Stabley est un journaliste mi français mi-irlandais. Il a travaillé pour le service de presse de la princesse Margaret en 1977 et il est l’auteur de nombreuses biographies ( plus de 30 !) sur des femmes du XXème siècle, véritables mythes de leur époque.

Ce livre je l’ai acheté au Musée Marmottan-Monet, à l’occasion de la merveilleuse exposition dédiée à Laurencin, peintre qui m’intéresse depuis longtemps et sur laquelle j’avais déjà la biographie de Flora Groult,  de 1987. C’est le premier musée français à organiser une exposition de l’artiste, plus de 50 années après sa mort (1956); l’exposition a eu lieu à Paris  entre février et juillet 2013, elle a du  été prolongée de 1 mois en raison du succès phénoménal d’affluence. C’était une très belle exposition qui a réuni plus de 92 oeuvres (72 peintures et 20 aquarelles), de sa meilleure période (1905-1935) et en provenance majoritaire du Musée Laurencin au Japon,  que deux mécènes japonais lui ont consacré à Nakano-ken, près de Tokyo. Aussi, cette exposition voulait célébrer le 130 ème anniversaire de sa naissance (1883). Les japonais éprouvent un réel engouement pour la peinture de Laurencin et je pense que ce sont les yeux des personnages féminins, en amande, légèrement fendus et étirés qui provoquent cette forte  attirance.

C’est un livre extrêmement documenté, intéressant, de style élégant, sans aucune complaisance ni médisance. Alors que la biographie de Flora Groult comporte un certain parti pris, une certaine retenue vis-à vis de celle qui fut une amie très intime de sa mère, Nicole Groult, et la marraine très présente de sa soeur Benoîte. Lire ce livre est faire une plongée fantastique dans cette période de forte créativité artistique avant la guerre de 14-18 et jusqu’aux années 50.

Marie Laurencin était une enfant naturelle, élevée par une mère d’origine normande, couturière et discrète; son père, Paul Stanislas Toulet, d’origine picarde,  ne l’a jamais reconnue. Marie Laurencin en a souffert toute sa vie, bien qu’elle put avoir  une bonne éducation au Lycée Lamartine de Paris. Après le lycée, elle est entrée à l’École de Sèvres pour apprendre la peinture sur porcelaine, puis à l’École de Dessins de la Ville de Paris où elle a travaillé avec une autre femme peintre que j’apprécie beaucoup, Madeleine Lemaire (1845-1928). Elle a intégré  quelque temps après,  l’Académie de peinture Humbert, boulevard de Clichy,  où elle fit les premières rencontres artistiques qui vont lui permettre d’ intégrer la joyeuse et talentueuse bande du Bateau Lavoir à Montmartre (Picasso, Fernande Olivier, Picabia, Apollinaire, le Douanier Rousseau). En pleine période des fauves, elle n’adoptera jamais les couleurs stridentes du mouvement et Rodin dira un jour… »au moins , en voilà une qui n’est pas qu’une fauvette; elle sait ce qu’est la grâce, elle est serpentine ». D’ailleurs sa palette de couleurs est tout un mystère, elle utilisa toute sa vie peu de variations: laque de garance, rose « Marie Laurencin »( dont elle n’a jamais livré le secret), bleu de cobalt, vert émeraude, noir d’ivoire, ocre jaune et du plus pur blanc; palette simple et minérale, couleurs claires. Bertrand Meyer-Stabley écrit page 96  « elle est moquée par le très snob J-E Blanche comme « la Perrette et le pot à lait du cubisme » et Jean Cocteau la plaindra en écrivant « pauvre biche, prise au piège entre les Fauves et les Cubistes ».

Elle fut la compagne pendant 5 ans du poète Guillaume Apollinaire, aussi un enfant naturel comme elle. Ils ont vécu une liaison orageuse, riche sur le plan artistique et intellectuel. Marie Laurencin fut la muse incontestée du poète qui lui dédia un de ses poèmes le plus connu Sur le pont Mirabeau ou cet autre poème Mon Destin : « Mon destin ô Marie est de vivre à vos pieds / en redisant sans cesse ô combien je vous aime ». Guillaume Apollinaire a contribué au lancement artistique parisien de Marie parce qu’il croyait ferme dans son talent de peintre: il chante sans cesse ses louanges, tresse ses couronnes de lauriers magnifiques, peaufine ses éloges dithyrambiques, s’émeut devant ses silhouettes fines et déliées, le trait noir  charmeur des yeux en amande de ses jeunes filles, les courbes élégantes et la gravité mélancolique de ses personnages. Il soutient sa grâce, s’émerveille de la beauté de ses tableaux et surtout ne cesse de prodiguer ses conseils avisés à la jeune femme. C’est un merveilleux impresario à sa manière.  Après la rupture avec le poète et après son divorce d’avec le baron allemand Otto von Wätjen, elle devint l’égérie parisienne des Années Folles, avec une production picturale qu’elle confiait en exclusivité au marchand et galeriste parisien, Paul Rosenberg, le grand -père d’Anne Sinclair.

C’était une femme d’une beauté peu classique, elle possédait des cheveux crépus, une bouche assez épaisse mais bien retroussée, de longues jambes, elle était très mince et dégageait une certaine distinction, toujours vêtue sans ostentation, mais avec une certaine  recherche et  pulchritude.

La personnalité de Marie Laurencin est très intéressante car polyfacétique mais en même temps indéfinissable, très personnelle : fantasque, terriblement parisienne, assez primesautière et  fortement égocentrique (comme tout artiste qui se respecte); elle a vécu sa vie de manière totalement libre sans se préoccuper des ragots qui circulaient autour d’elle. Elle était affublée d’une forte myopie ce qui rendait son attitude un peu distante, un peu hautaine . C’est en somme une artiste attachante et raffinée qui a su créer son style pictural inimitable. Certains lui reprochent justement de ne pas avoir su se renouveler et de rester cantonnée dans ses pastels et ses couleurs acidulées, d’où son déclin après la deuxième guerre mondiale, lorsqu’elle devint « moins à la mode ». En tout cas, elle a été le témoin aux premières loges de l’aventure moderniste de l’époque.

Elle a été littéralement lancée comme portraitiste du Tout-Paris, après avoir exécuté le portrait de la baronne Gourgaud, dont elle fit deux tableaux. Après ce succès mondain le Tout-Paris voulait son portrait par l’artiste; les femmes sont très majoritaires parmi les sujets peints. Tous ses sujets ont ce regard velouté et profond des biches, en même temps que un subtil charme félin, éthéré, voluptueux, faits de volutes et de distinction. Le poète André Salmon fut l’un des premiers à saluer son talent et à dit avec justesse que sous une apparence frivole et légère, son art dissimule une force étrange et une profonde séduction (page 71). On peut aimer ou détester cette peinture, mais c’est un style délicat, évanescent, toujours égal, avec des couleurs tendres et d’une inspiration très poétique. Elle fut littéralement « la coqueluche » du Tout-Paris vers 1930, selon l’expression consacrée.

Il y a dans le livre une anecdote savoureuse entre Marie, Guillaume Apollinaire et le Douanier Rousseau. Ce dernier appréciait et fréquentait beaucoup le couple qui a souhaité se faire tirer le portrait par le Douanier. Or celui-ci peignit Marie comme une grosse dindonne, lui laissant les cheveux ruisselant sur les épaules, ne rendant pas l’ovale de son visage ni l’élégance de sa silhouette. Et quand Marie vexée lui fait la remarque, le cher Douanier lui répond d’un ton péremptoire  » Ton Guillaume est un grand poète, il a besoin d’une grosse muse ».Ce tableau a été exposé au Salon des Indépendants de 1909 sous le titre La muse inspirant le poète, mais tout le monde le nomme La muse d’Apollinaire. Il existe deux versions de cette toile et le couple avait la première.  Guillaume Apollinaire entra en fureur au vu de la toile et il voulait que Marie la descende « de toute urgence » à la cave, mais finalement le Douanier la vendit pour 3 000 francs au marchand Rosenberg.

Laurencin est peu connue par ses dons de poète, qui donnait l’échange à Apollinaire et à ses amies avec ses vers bien tournés. Elle avait aussi un joli trait de plume, reconnu par ses contemporains, assez éthéré, passant du coq à l’âne sans transition en suivant son imagination fertile et primesautière. Bertrand Meyer-Stabley écrit des choses très justes à la fin du livre :...grâce au recul, on peut considérer à présent son travail comme un pur produit du courant artistique des années 20; son oeuvre, décorative et délicate, est en accord parfait avec les grands courants de l’époque dans la mode, la décoration: mais elle possède en plus certaines qualités qui lui donnent une permanence que n’ont pas les arts éphémères, comme la Haute Couture, ou l’architecture intérieure. Son oeuvre se rapproche suffisamment dans son esprit de celle de ses amis Kisling, Foujita, Pascin ou Van Dongen pour pouvoir être associés à leur « école » de peinture décorative. Le succès de Marie Laurencin est dû, d’abord et surtout, à son sens de la couleur qu »elle emploie de façon enchanteresse et à la beauté de ses tableaux. L’oeuvre se caractérise aussi par sa continuité, fait assez remarquable pour une production qui s’étend sur un demi-siècle (page 212).

Elle s’est servie des couleurs comme les poètes des mots.

 Ci après l’une des deux versions du tableau de Marie Laurencin « Guillaume Apollinaire et ses amis » avec à gauche du poète Gertrude Stein, Fernande Olivier et une muse, au  centre le poète et à droite Pablo Picasso, Marguerite Gillot, le poète Maurice Cremnitz et Marie Laurencin habillée en bleu et au piano, le tableau est caractéristique du maniérisme cubiste (1909).

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MARIE LAURENCIN, Pygmalion 2011,  ISBN 978-2-7564-0430-1

Sucesos argentinos de Vicente Battista

Vicente Battista (Buenos Aires 1940) es un periodista, escritor, editor de revistas, crítico literario, guionista de piezas de teatro, cinema y TV; también autor de 4 novelas, 6 libros de cuentos y una obra de teatro.

Este libro Sucesos argentinos fue galardonado con el Premio Planeta Argentina 1995 de novela. En Francia fue publicado por Gallimard, Série Noire, bajo el título Le tango de l’homme de paille. Hay que recordar que « Sucesos argentinos » fue el primer noticiero cinematográfico, creado en 1938, que se proyectaba antes   de las peliculas en el cine,  hasta 1972.

Sucesos argentinos es una novela negra estupenda. Estupenda porque bien escrita, de una manera elegante y con una trama sencilla, pero de una lógica impecable. La narración conlleva también bastante humor que me hizo sonreír no pocas veces. En resumen, una lectura adictiva que no se puede dejar hasta el desenlace final.

¿El tema? Un argentino, residente de largos años en Barcelona se ve proponer un rol de hombre de paja para ganar la licitación  para la construcción de autopistas en Buenos Aires, con capitales barceloneses, sin que el gobierno argentino desembolse un peso. Para eso, en un primer tiempo tiene que sacar capitales de Barcelona para llevarlos a Ginebra, al recaudo de seguros y discretos bancos suizos. Lo hace sin mayor problema y tenemos página 20 un excelente párrafo sobre la Suiza:…en mi primera visita a Ginebra había entendido por qué el pueblo suizo es ajeno a la tragedia: es imposible ser trágico en medio de tanta pulcritud, puntualidad y silencio. No en vano, los griegos y los romanos son ruidosos e impuntuales. Sin embargo, más allá de la higiene, el tiempo y los gritos, había una razon más profunda que justificaba ese divorcio. En aquella primera visita no la descubrí. A orillas del Leman contemplé el persistente chorro de agua que, con puntualidad helvética, salta del centro del lago, y caminé las calles de la ville, controlando cada paso, por temor a ensuciarlas. A poco de andar comprendí que detrás de la cortesía los suizos vigilaban mis movimientos dispuestos a no perdonarme la minima desprolijidad. En la pulcritud y en el orden eran idénticos a los bancos que habian fundado; como los bancos, carecían de emoción

Estamos en la Argentina del golpe militar de 1976 y la novela se ubica allá por el año 1978, en un Buenos Aires donde reina un régimen de terror con raptos, desapariciones, torturas a granel. Al parecer las propias FFAA estaban involucradas en esta enorme obra de millones de dólares. Así, este argentino vuelve a su país tras años de ausencia y trata de reanudar con sus recuerdos y sensaciones. Conocerá a una atractiva mujer que lo seducirá en parte y le hará la permanencia más llevadera, pero que visiblemente lo manipula sin que él logre discernir claramente el engaño. Hay todo tipo de personajes corruptos que tratan de sacar el mejor provecho de la situación, sin que impere un código de honor .

Excelente novela que corresponde a la definición que dio un día el propio Battista sobre la novela policial que  » tiene que ser un texto sin ripios y debe tener la intensidad de un cuento y obligarte a seguir leyendo« . Para Battista la verosimilitud es esencial en literatura y tenemos aquí, un texto que desgraciadamente del punto de vista ético local, podría ser bastante símil.

SUCESOS ARGENTINOS, Biblioteca del Sur (Planeta) 1995,  ISBN 950-742-667-1

Le dernier Lapon d’Olivier Truc

 

Olivier Truc est un journaliste français d’origine  méridionale (Dax 1964), installé dans le grand Nord depuis 1994. C’est un spécialiste des pays baltes et nordiques où il est correspondant des journaux Le monde et Le Point. Il est aussi documentariste pour la TV française (avec deux documentaires  primés).

Ce polar,  Le dernier Lapon, est son premier roman:  il a reçu le Prix Mystère de la Critique et le Prix Quais du polar 2013. C’est un ethno-polar sur les Lapons et la Laponie,  ce vaste territoire qui va de la Norvège à la Finlande en passant par la Suède et la Russie.

Je trouve que c’est un livre très réussi, intéressant,  car il nous décrit ce grand Nord en maintenant notre attention jusqu’à la dernière ligne, non tant par le côté de l’intrigue policière que par la profondeur de ses personnages et l’étendue de ses connaissances sur la région.Il faut dire que l’habitat, cette toundra polaire,  est particulièrement rude, à peine compatible avec la vie humaine telle que nous la pratiquons. Les habitants originaires de cette partie du globe, ce sont les Lapons ou Samis qui parlent le same. C’est le même cadre que celui du bon polar d’ Åsa Larson Horreur boréale (publié en janvier 2012) et qui se passe à Kiruna, ville minière suédoise (=fer)  ville plusieurs fois citée dans Le dernier Lapon.

Les 500 pages du livre tournent autour de l’ assassinat,  de façon assez sauvage, d’un éleveur de rennes et de la disparition d’un tambour Sami porteur de messages. Dans cette toundra désolée, la profession d’éleveur de rennes est une des rares professions qui permettent de vivre. C’est une profession très difficile, très encadrée et qui possède sa propre police des rennes qui doit sillonner de façon permanente ces immensités enneigées et gelées la plupart de l’année, à l’aide de puissants scooters des neiges et d’équipements ad hoc. L’enquête est confié à Klemet Nango qui est d’origine Sami, un vrai Lapon et à Nina Nansen, sa nouvelle collègue depuis 3 mois, d’origine suédoise. Le mystère tourne autour des troupeaux de rennes et des minerais cachés sous la toundra, ces derniers attisent l’éternelle convoitise des hommes sans tenir compte de la biosphère et encore moins des humains.

Tous les personnages du livre sont bien campés. Mes préférences vont à Aslak, l’éleveur de rennes, droit, s’occupant à fond de son troupeau, insondable, s’occupant de sa femme qui visiblement est dérangée et pour laquelle nous apprendrons en temps et en heure le drame vécu; Berit la Lapone servante du paysan Olsen, tellement soumise et qui porte aussi une histoire terrible; Nina, la jeune policière, droite et aimant son dur labeur, mais qui a compris que pour prendre du grade au sein de la police elle doit passer par là; Klemet, le policier Lapon, tellement secret et partagé entre deux mondes, tellement maladroit avec les femmes parce que timide à l’excès;  et puis le parfait salaud du livre, un français géologue, Racagnal qui rime avec chacal, mais l’épithète est petit pour le personnage, car il incarne le mal, le vice, la cupidité démesurée…et tant d’autres personnages.

Les données transmises par Olivier Truc sont très intéressantes et ses personnages, terriblement attachants car profondément humains et crédibles dans leur cadre de survie. La temporalité du roman va du 10 au 28 janvier. Vers le 10 janvier c’est la nuit polaire, il n’y a pas d’ensoleillement du tout; le 11 janvier l’ensoleillement est d’une demi heure ! et ainsi de suite, jusqu’à la fin du roman, le 28 janvier lorsque l’ensoleillement atteint 5 heures. Les aurores boréales se succèdent et leur beauté céleste fait un peu oublier la rudesse de ces journées…Nina fascinée regardait le ciel s’animer. Une aurore boréale semblait prendre possession du firmament. Des apparitions verdâtres, verticales, discrètes, venant toujours de la même direction, se mouvaient lentement. L’aurore, les aurores ne semblaient plus vouloir s’arrêter. Elles se succédaient, serpentaient, incertaines et longilignes. La sarabande s’amplifiait. Le ciel clignotait secoué de pulsations. Une cavalcade sous un cône strié. Le ciel entier était  pris de convulsions lumineuses…(page 78)

Le meurtre n’est pas très intéressant ici, ce sont les us et coutumes de ce peuple de Lapons qui sont fascinantes. Comme par exemple celle des vieillards devenus un fardeau pour le clan et qui partent un soir de tempête se perdre à jamais dans la toundra.

LE DERNIER LAPON, Points Policier N° 3103,  ISBN 978-2-7578-3608

Bahía de los misterios de Roberto Ampuero

Afficher l'image d'origineRoberto Ampuero (Valparaiso- Chile, 1953) estudió Antropología Social y Literatura latinoamericana en Chile, obteniendo luego un PhD en USA con la tesis « La historia como conjetura histórica. La narrativa de Jorge Edwards ». Comenzó a publicar sus novelas policiales en 1993. Desempeñó cargo de Embajador de Chile en México hasta ser nombrado Ministro de la Cultura en junio del 2013 por el Presidente Piñera,cargo que ocupó hasta  marzo 2014.

Hoy en día es un exitoso escritor  que se hizo conocer con la serie detectivesco-truculenta de Cayetano Brulé, el detective cubano bigotudo y calentón,  radicado en Chile, con oficina en el edificio  Turri de Valparaiso (un monumento de la época de gloria del puerto),  secundado por su ayudante chileno-nipón Suzuki, otro ejemplar humano inefable.

Son dos los libros de Ampuero comentados hasta ahora en este blog: El último tango de Salvador Allende en noviembre 2012; Pasiones griegas en octobre 2013 y ahora éste, su último opus.

Bahía de los misterios   es un policial muy entretenido al que se le puede aplicar el epíteto de « page turner ». No solo es una novela policial con un tema bastante ambicioso, sino que también es una verdadera guía turística porque el escritor nos pasea por los cerros de Valparaíso y muchos otros lugares fuera de Chile,  dando direcciones ,  nombres de restaurantes y citando comidas. Cita también buenos mostos chilenos,  con la barra alta: tintos de la faja de Apalta en Colchagua y el Don Melchor de Concha y Toro,  tintos chilenos de buena estirpe. Debe tener buen paladar don Roberto Ampuero.

Me parece que hay un  anacronismo página 13 cuando el escritor  habla de camanchaca en Valparaíso: la camanchaca es del norte de Chile, del desierto de Chile. Es una neblina a ras del suelo que surge con la evaporación del poco de humedad que hay en la mañana sobre la costra del desierto de Chile;  el  calor tórrido que surge rápidamente  evapora  esta humedad (no en balde es uno de los desiertos más áridos del planeta !). Hay que hablar de vaguada costera,  o sea,  esas  nubes bajas que se ven en esta parte central de Chile.(cf párrafo  página 13...le alegró que la camanchaca se hubiera disipado y que Valparaíso, libre al fin del manto lechoso, luciera despejado y nítido bajo un cielo azul...).

La encuesta policial es llevada por  Cayetano Brulé tras el asesinato por decapitación de un académico norteamericano que viaja en un crucero con escala en Valparaíso. Este académico tiene información acerca de la posibilidad que América no haya sido descubierta por Cristóbal Colón en 1492, sino por habitantes del continente americano ANTES de la llegada de Colón, contacto que pudo producirse en Irlanda, exactamente en Galway y de cuyo desembarco existirían pruebas en un códice que una poderosa secta europea quiere ocultar al mundo entero. Porque reconocer que los habitantes del Nuevo Mundo llegaron al Viejo Mundo antes que los españoles , sería provocar un verdadero sismo histórico y el final de la hegemonía de España en la historia del occidente, además que ello implicaría una responsabilidad en el genocidio de los pueblos autóctonos bajo el estandarte de las huestes de Jesucristo que escondían en realidad designios  avariciosos por el oro del continente nuevo.

Es la viuda del catedrático norteamericano que contactará a Cayetano Brulé porque ella, con un cancer terminal, se da cuenta que la justicia « normal » no logrará avanzar en el esclarecimiento del asesinato y ella ya no tiene tiempo. Buena promoción la de Brulé, estará obligado de viajar a USA, México, Corea del Norte, Europa…Aquí Ampuero dará rienda suelta a  sus conocimientos  de « ciudadano del mundo ».

La prosa de Ampuero es muy chilena, llena de modismos y me pregunto si esta idiosincracia ayuda a « exportar » sus novelas. Personalmente es el lado que me gusta e interesa.

En este tomo Cayetano Brulé está muy « calentón », va de hembra en hembra , con una predilección  hacia la tórrida profesora de la Scuola Italiana de Valparaiso, Andrea Portofino.

Página 202 Roberto Ampuero, con humor,  se pone en escena en un restaurante chileno en México DF :…¿Ve a esos personajes? Preguntó Lenin en voz baja (=el propietario del restaurante). Ambos son de Valparaíso y eran revolucionarios en la época de Allende. Ahora uno es coleccionista de arte y posa de cineasta; el otro es embajador con aspiraciones literarias, cualquier día se apituta como ministro (=su alter ego?). Se olvidaron de su pasado rebelde, visten con la elegancia que les ve, se hospedan en hoteles cinco estrellas y disfrutan de contactos privilegiados en México.

El título del libro tiene su explicación página 160:...en el siglo XIX las colonias más poderosas de Valparaíso eran la alemana y la inglesa, integradas por comerciantes, agentes navieros y profesionales. Eran ricos y vivían en el cerro Alegre y en el Concepción (Valparaiso tiene unos 42 cerros !). Los chilenos no habitaban en estos cerros. Aquí se hablaba solo alemán e inglés. Era un reducto anticatólico, si se quiere. Recuerde que en el Chile de comienzos del XIX, solo los católicos podían ser enterrados en los cementerios. El resto simplemente era arrojado en saco al mar. Nuestra bahía está llena de misterios.

Lectura entretenida que los chilenos que residen en el extranjero, leen con nostalgia e interés.

BAHIA DE LOS MISTERIOS, Sudamericana 2014,  ISBN 978-950-07-4693-9

Nature morte de Louise Penny

Louise Penny fut longtemps journaliste avant de devenir un auteur canadien anglophone très connue (Toronto 1958), c’est l’écrivain de romans policiers le plus récompensé au Canada,  des romans policiers mettant en vedette l’inspecteur Armand Gamache de la Sûreté du Québec. Madame Penny a été 4 fois de suite lauréate du Prix Agatha qui couronne des romans policiers se conformant au style de ceux d’Agatha Christie. Elle vit à Estrie, un petit village du sud du Québec;  aujourd’hui elle en est au septième tome (aux USA). Presque tous ses romans se déroulent à Three Pines, un village de carte postale et fictif,  dans les Cantons de l’Est.

Nature morte de 2005 (Still life) est le premier opus de la série et lui valut plusieurs prix ; il a fait l’objet d’une série pour la TV. C’est un roman policier d’ambiance, prêté par ma copine « docteur ès polars » laquelle ne voulait pas que j’écrive un billet sur ce livre. Trop tard, c’est chose faite, même si  je dis que je n’ai pas été emballée par cette lecture, car je l’ai trouvé trop bavard, assez lent, ayant pléthore de personnages au sein desquels parfois j’étais perdue. En revanche, j’avoue avoir été charmée par le décor faussement paisible du village et de l’ambiance (faussement) bonne enfant qu’y régnait, un peu hors du temps. J’ai aussi apprécié l’humour de l’écrivaine et remarqué l’affrontement permanent des deux communautés: la francophone et l’anglophone, assez antinomiques. Le décor est assez reposant et bucolique et dans ce tome c’est un décor automnal avec une nature omniprésente, des promenades en forêt, des feux de cheminée dans les maisons, la chasse, les parcs et les fleurs et une originalité: la description par le menu de la chasse à l’arc, spécialité du village…

L’intrigue est assez convenue: dans un village où tous se connaissent depuis des décennies, on retrouve morte Jane Neal à l’orée d’un bois , une si charmante vieille dame, ancienne enseignante, peintre à ses heures, qui a vu grandir tous les enfants du village, et que tout le monde adore. Meurtre? Accident de chasse? L’inspecteur Armand Gamache débarque avec son équipe depuis Montréal pour faire la lumière sur ce cas. Plusieurs personnes sont soupçonnées ! Il n’est pas facile de démêler l’écheveau. Ainsi nous allons entrer dans les chaumières et suivre ce petit monde de près, faire connaissance avec les villageois, mais aussi avec la brigade de l’inspecteur Gamache. Cet inspecteur est un homme mûr, d’une grande classe, fin observateur,  homme de  métier, homme de conviction et homme réfléchi, agissant avec délicatesse. C’est un cas original pour un roman policier car l’inspecteur a une vraie vie de famille et adore sa femme Reine- Marie, qu’il consulte même avant ses collègues, il est amateur de poésie et  n’hésite pas à contourner les règles pour aboutir dans son enquête. Il a une relation curieuse avec une jeune inspectrice qui débute dans le métier, Yvette Nichols, tellement maladroite et pieds dans le plat, en même temps que très intuitive.

Il faudra décortiquer tous ces personnages et leur habitat, avant de trouver le coupable.

Un polar gentillet, un peu bavard, un peu long et lent, assez original, différent. Je suis heureuse de l’avoir lu, mais  je ne me précipiterai pas pour en lire d’autres.

NATURE MORTE, Babel Noir  ACTES SUD 2011 (L. Penny 2005),  ISBN 978-2-330-010751-1

El jardín de bronce de Gustavo Malajovich

Afficher l'image d'origineEscritor argentino (1963) que abandonó su carrera de arquitecto para dedicarse a la escritura de escenarios para el cine y la televisión; en televisión se dio a conocer con la exitosa serie argentina « Los simuladores ».

El jardín de bronce es su primer libro, protagonizado por Fabián Danubio, quien  volverá a aparecer en  tomos ulteriores. Malajovich ha tenido un éxito rotundo con este libro, que  rápidamente fue traducido al francés. Es un libro que me fue recomendado por una « babelienne », es decir, una participante a la red de lectores francesa llamada Babelio.

Es una novela policial bastante buena, intensa y fascinante en un Buenos Aires desconocido, barroco y venenoso,  que escenifica unos personajes marginales inolvidables como la media loca del metro, el detective estrambótico que tiene una gallina viva en su oficina, una descendencia de artistas completamente insanos, unos barrios bonaerenses malfamados y llenos de junkies. Es todo   un decorado surrealista. Es un buen thriller que se aventura por las orillas escarpadas de lo fantástico.

¿La historia? Con la firme intención de no convertirme en un « spoiler », les digo que el protagonista de la historia es un arquitecto (como Malajovich…), Fabián Danubio, casado con la extraña Lila y padre de una criatura de 4 años, Moira,  que se volatilizará cuando se dirige a una celebración de  cumpleaños, acompañada por su niñera. Desaparecerá lisa y llanamente de la vida de sus padres como tragada por un agujero negro. Sus padres estarán deshechos, al borde del colapso y de la locura. La policía no logra nada  y Fabián , desesperado,  recurre a un detective de poca monta, pero que poco a poco ganará sus galones porque no es un detective tradicional. La pesquisa durará NUEVE años lo que ya es una originalidad en la novela. Con el pasar del tiempo van surgiendo conocimientos que permiten atar cabos y comprender la complejidad del asunto. Estamos ante un « page turner » y no sabremos la verdad hasta la última página.

Hace parte de la trama una familia de artistas escultores en bronce, de origen europeo,  que instalarán inquietantes obras de arte en un jardín, y este jardín tan especial da el nombre a la novela.

Esta desaparición tan irreal y abrupta de la niña me recordó la película española visionada hace poco en un avión, Séptimo de Patxi Amezcua, con Ricardo Darín y Belén Rueda, donde el padre, bajando del séptimo piso en ascensor, pierde a sus dos hijos que bajaban por las escaleras y que se han literalmente volatilizado…La desesperanza de los padres me recordó mucho las reacciones de Fabián y de Lila. Aunque la peli no es muy buena porque hay ligerezas en el libreto, hay un real suspenso.

EL JARDÍN DE BRONCE, Debolsillo-RANDOM 2012,  ISBN 978-84-9032-937-5

Homicide par précaution d’Olivier Kourilsky

 

hé hé ...Olivier Kourilsky est  médecin néphrologue français (1945), ancien chef de service d’ un hôpital du sud-francilien (Évry), professeur honoraire au Collège de Médecine des Hôpitaux de Paris.

C’est un personnage  polyfacétique avec des dons et des centres d’intérêt très divers: musique classique et cinéma qui le passionnent, le piano qu’il pratique avec talent, le judo, le théâtre !

Il est connu dans le milieu littéraire comme  « docteur K » et il sera bientôt a sa septième publication. Il écrit des polars depuis 2005, ce qui fait bon an mal an, un bouquin par an: quel travail cela représente ! Son troisième roman Meurtre pour de bonnes raisons lui valut le prix Littré 2010 qui récompense des ouvrages restituant l’éthique médicale.

Homicide par précaution est son quatrième roman, doté d’une couverture accrocheuse avec une blonde sculpturale à côté d’un rail;  ici le Dr K   change de style pour écrire à la première personne. Ses romans évoluent volontiers dans le milieu médical et ce quatrième roman évolue dans le milieu très particulier de l’hémodialyse qui requiert un matériel ultra sophistiqué. Les personnages sont bien campés avec une humaine profondeur et une vraie complexité.

Il y a dans ce livre une double intrigue: d’abord celle autour de l’assassinat de la maîtresse de Francis Liotais, un commercial représentant en matériel pour l’hémodialyse. C’est un homme séduisant, atteint de donjuanisme compulsif et qui,  a force de cumuler les conquêtes, va tomber dans des tracas épouvantables. Et attention car n’est pas coupable qui paraît coupable !

L’autre intrigue tourne autour d’un trafic de matériel médical et informatique volé dans les hôpitaux parisiens par des mafieux appartenant à un gang spécialisé. Ici nous sommes dans une triste réalité puisque cela s’est vu dans les Hôpitaux de l’Assistance Publique à Paris il y a quelque temps.

C’est un livre facile à lire,  bien construit, qui est divertissant, sans plus.

 

HOMICIDE PAR PRÉCAUTION, Éditions Glyphe 2010,  ISBN 978-2-35285-071-7