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Là où chantent les écrevisses de Delia Owens

Delia Owens - Babelio Delia Owens est une écrivaine nord-américaine (Georgia 1949) diplômée en zoologie et biologie ayant vécu 23 années en Afrique pour y mener des études sur les espèces animales en danger.

Là où chantent les écrevisses (Where the Crawdads Sing 2018) est son premier roman qui a nécessité une dizaine d’années de travail, un livre qui est resté 97 semaines sur la liste des best sellers du New York Times et qui fut aussi le livre le plus vendu sur Amazon (plus de 7 millions vendus de par le monde…). C’est un vrai roman d’apprentissage et aussi un roman écologiste.

Un film est en cours de préparation par la SONY et devrait être dirigé par Olivia Newman.

Drôle de titre pour un livre et à ce propos l’écrivaine explique que la phrase vient de sa mère qui la tenait du grand père, voulant dire « va le plus loin possible et tu entendras les écrevisses chanter », c’est à dire, écoute la nature,  va aussi loin que tu peux dans la nature là où les animaux sont encore sauvages, où ils se comportent comme de vrais animaux.

C’est une très belle et émouvante histoire, l’histoire de l’immense solitude d’une sauvageonne abandonnée par sa mère à 6 ans dans les marais de Caroline du Nord, puis par ses deux soeurs et deux frères (qui fuiront le père) et finalement par son père (un alcoolique violent). Elle a du survivre dès ses 7 ans dans un état de solitude miséreuse inimaginable, la plupart du temps devant se cacher dans le marais qu’elle connaît à la perfection, car les prédateurs humains posaient problème régulièrement.

Le roman est un hymne à la nature avec détails sur la flore et la faune, spécialement sur les oiseaux. Mais le côté scientifique ne s’alourdit jamais au détriment de cette bonne intrigue. La petite fille est Catherine Danielle Clark connue comme Kya, elle habite la cahute de ses parents, lointaine de 7 Km du village le plus proche, Barkley Cove; nous sommes en Amérique dans les années 50 et ces blancs pauvres vivent comme au Moyen Âge, pieds nus, couchant dans des matelas à même le sol et les enfants laissés  dans un total illettrisme. Et pourtant, les deux parents avaient des origines bourgeoises, mais ils tombent dans la déchéance.

Nous allons suivre Kya au fil des années et nous serons étonnés de constater la connaissance qu’elle a de son microcosme, l’intérêt et le respect qu’elle porte à la nature. Le tournant dans sa vie se fera quand son ami des marais, Tate, lui apprendra à lire. A partir de là, Kya n’arrêtera pas de s’instruire en lisant des ouvrages fournis par son ami Tate qui deviendra un grand biologiste. Mais Tate va la trahir quelques années après, ce qui va ébranler sérieusement l’esprit de Kya qui va comprendre que l’on ne peut faire confiance à personne. Jeune fille devenue belle et sauvage, elle fera la connaissance du mauvais garçon qui va l’entraîner dans la violence. Quant à elle, elle publiera des livres à succès qui la feront connaître comme une grande spécialiste de la faune et de la flore du marais côtier.

L’écriture est par moments très lyrique et elle s’envole pour nous décrire les créatures du marais…elle avait observé les hérons de près, toute sa vie. Cet oiseau à la couleur d’une brume grise qui se reflète dans l’eau bleue. Comme la brume, il peut s’évanouir dans le décor et disparaître complètement, à l’exception des cercles concentriques de ses yeux fixes et perçants. C’est un chasseur patient, qui attend seul le temps qu’il faut pour se jeter sur sa proie ou, en la guettant, il s’en approche lentement, un pas après l’autre comme une demoiselle d’honneur prédatrice. Et pourtant, en de rares occasions, il chasse en vol, fond subitement, le bec en avant, telle une épée.

L’originalité de ce livre réside pour moi dans une bipolarité de la teneur : la vie de Kya dans un cadre écologique tellement spécial et bien décrit, puis le drame humain d’une mort violente dont nous suivrons pas à pas les conséquences jusqu’à la fin de l’énigme, fin surprenante d’une violence presque tellurique.

Un livre envoûtant qui ébranle le lecteur. Delia Owens a dit que Kya avait beaucoup d’elle: l’amour de la nature et de la recherche scientifique. D’avoir longuement étudié les animaux, elle conclut que nous sommes faits pour faire partie d’un groupe fort mais si nous restons isolés, c’est l’instinct qui prend le dessus.

LÀ OÙ CHANTENT LES ÉCREVISSES, Éditions du Seuil 2020 (D.O. 2018),  ISBN 978-2-02-141286-4

L’île des chasseurs d’oiseaux (1) de Peter May

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Peter May est un romancier et scénariste pour la TV de nationalité écossaise (Glasgow 1951) résidant en France,  naturalisé français en 2016.

L’île des chasseurs d’oiseaux (The Blackhouse 2009) est le premier tome de la trilogie écossaise, un livre primé par le Prix Les Ancres 2010, le Cezam Prix 2011 et le Prix Barry 2013. Les deux tomes suivants sont L’Homme de Lewis (2012) et Le Braconnier du lac perdu (2013).

L’île aux chasseurs d’oiseaux est classé roman noir, policier, mais ce livre est infiniment plus que cela. Il y a une histoire policière avec un crime à élucider, un crime assez sauvage d’ailleurs, mais il y a aussi l’histoire personnelle très forte du policier envoyé de Glasgow pour résoudre ce crime et puis il y a surtout un descriptif magnifique de cette partie reculée du monde, les îles Hébrides extérieures au nord ouest de l’Ecosse.

Le policier en charge (partielle) de l’enquête est originaire de l’île de Lewis faisant partie de l’archipel et il s’est battu pour quitter  cette île. Cela fait 18 années que Finlay (Fionnlagh) Macleod alias Fin, est parti de Lewis et son retour lui fait revivre un passé difficile, semé de faits douloureux qu’il préférerait oublier, enterrer au plus profond de sa mémoire. Mais l’enquête policière fera qu’il devra raviver beaucoup de souvenirs anciens et côtoyer des gens resurgis d’un passé lointain.

De plus Macleod vient de vivre, un mois avant les faits, un deuil très proche et son mariage sombre pour de bon.

La vie sur l’île est assez confinée, ce qui est inéluctable. Les gens se  côtoient trop longtemps, ils vivent en circuit fermé et se connaissent trop bien pour pouvoir prendre de la distance par rapport aux évènements. Ce qui rend les rapports humains difficiles, abrupts, avec un climat infernal, des pluies violentes, des vents quasi permanents. Tout ceci favorise le fait que certains noient dans l’alcool leur spleen, leur désespoir, leur ennui. La consommation des pintes de bière ou whisky n’arrangent pas les échanges entr’eux (page 52:…rien à faire sur l’île, ou pas grand chose. Le poids de la religion, une économie en déroute, un chômage élevé. Un alcoolisme très répandu et un taux de suicide bien au-delà de la moyenne nationale).

Macleod aura du mal à progresser dans l’enquête mais il va y arriver, aidé par d’autres îliens et bien que desservi par son supérieur. En même temps il devra faire face à quelques vérités qu’il ignorait du fait de cet éloignement prolongé.

Les coutumes sont rudes par cette latitude, notamment la coutume ancestrale de la chasse aux oiseaux sur le rocher de An Sgeir dont le début remonte à la nuit des temps; c’est une véritable initiation pour tout mâle de l’île et un honneur d’y participer, même si le plus souvent c’est au péril de sa vie. Chaque année 12 heureux élus partent par voie de mer (presque une journée de voyage) sur le rocher afin de chasser environ 2000 bébés « guga », comme ils appellent en gaélique les bébés des fous de Bassan; cette expédition dure 15 jours et chaque étape est rituelle et bien codifiée. Le groupe revient avec les volatiles dépecés et conservés dans de la saumure pour le régal des villageois. Mais le danger  physique est bien réel puisque An Sgeir est un rocher calcaire, très glissant, battu par les vents, entouré de falaises, colonisé par des milliers d’oiseaux assez agressifs envers ces chasseurs.

Cette coutume ancestrale,  Macleod dût la subir autrefois et ce fut à l’origine d’un changement radical dans sa vie ainsi que dans celle de son ami d’enfance Artair.

Ce livre est envoûtant par la découverte du monde gaélique, avec des noms imprononçables qui nécessitent presque une traduction à l’anglais pour être compris. Il est envoûtant par la description extraordinaire de la nature environnante, farouche mais d’une beauté du début du monde, à couper le souffle, que ce soit le ciel, la mer ou la terre. Les habitants de cette contrée portent en eux une telle force, une telle présence, une telle aura de sincérité que le lecteur se sent petit et recroquevillé devant leur vécu.

Le titre original en anglais (Blackhouse) fait état de quelque chose d’important dans le récit, car c’est le nom qu’ils donnent aux maisons locales datant apparemment des années 20: des maisons aux murs en pierre chaulés de blanc ou en béton et des toits en ardoise, tôle ondulée ou de feutre bitumé; ces maisons sont venues remplacer les anciennes avec des murs en pierres sèches avec un toit de chaume où cohabitaient hommes et bêtes.

Difficile d’écrire un billet à la hauteur du livre sans tomber dans le spoiler car il se passe des choses assez terribles dans la narration. C’est un roman magnifique, fort, bien écrit (Bravo au traducteur Jean-René Dastugue qui a su lui donner tout ce climax sublime), aux rebondissements subtilement dosés jusqu’à une fin que j’ai adoré car c’est une porte ouverte vers autre chose. Il faut continuer avec L’homme de Lewis dès que possible.

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Le rocher d’An Sgeir, temps fort dans ce roman.

L’ÎLE DES CHASSEURS D’OISEAUX, Babel Noir 2011 (PM 2009),  ISBN 978-2-330-00133-9

Entre naranjos de Vicente Blasco Ibáñez

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Vicente Blasco Ibáñez fue un escritor, político y periodista español (Valencia 1867-Menton, Francia 1928). Su obra es inmensa y cultivó todos los géneros: novelas regionales valencianas, novelas históricas, novelas de carácter autobiográfico, novelas sociales, psicológicas o de aventuras, libros de viajes. Fue el escritor europeo más leído en su época, asimilado a los escritores naturalistas; debería pertenecer al grupo de la generación del 98, pero sus coetáneos no lo aceptaron. La obra que lo lanzó al estrellato fue Los cuatro jinetes del apocalipsis.

El libro Entre naranjos (1900) fue adaptado al cine mudo por la MGM en 1926 bajo el título El torrente con una Greta Garbo principiante y hermosísima; la película fue dirigida por Monta Bell y se puede ver completa  en Youtube (1h27) aunque cambiaron la historia en su comienzo entre los dos protagonistas, pero conservando el final.

También TVE adaptó el libro en 1996 con 3 episodios de una hora 30, dirigidos por Josefina Molina que se pueden ver en TVE. La serie es magnífica y muy fiel al libro; me sorprendió que no hayan  puesto atención en los ojos verdes de la heroina, la bella Leonora porque sus ojos verdes hechizaron a Rafael. Los actores y los decorados son buenísimos, pero el texto es más intensivo e interiorizado en el libro, como suele suceder. Résultat de recherche d'images pour "entre naranjos serie TV"

Entre naranjos es una obra magnífica, tan decimonónica, tan bien escrita, tan psicológica y que por muchos aspectos me recordó a ese otro monumento literario que constituye La Regenta : ambas novelas transcurren en una ciudad pequeña (Oviedo versus Alcira aquí), son ciudades pequeñas pero infiernos grandes, donde todo se sabe y se comenta con maledicencia, con un papel fuerte de la religión y unos amores malditos. Ambas son novelas muy psicológicas.

Los temas principales de esta novela son tres : el amor, la música y la política más un paisaje valenciano embrujador con los huertos de naranjos. La política resalta con sus luchas por el poder, un poder alcanzado a través de la corrupción y hasta el crimen; es el contrapunto que se estrella contra el amor, éste exaltado por la música y por el paisaje. Y la música con la bella voz de Leonora con vasto repertorio y una preferencia por la obra wagneriana.

Estamos en Alcira, una ciudad valenciana que vive, y muy bien,  del negocio de las naranjas. Casi todo pertenece a los Brull que se han enriquecido desde hace dos generaciones con prácticas abusivas y malhonestas. Los Brull tienen un heredero único, Rafael que ha cursado estudios y ascendido a la Diputación por la comarca. Su madre, Doña Bernarda ha velado por la fortuna familiar, al mismo tiempo que ha padecido de un marido que es un verdadero cacique que ejerce el derecho de pernada entre sus jornaleras púberes.

Y el bello y serio Rafael Brull caerá perdidamente enamorado de una cantante lírica, originaria también de Alcira que vuelve al terruño para olvidar sus cuitas de amor. Todo se ligará para separar a los amantes, sobre todo que doña Bernarda tiene  destinada a Rafael la hija única del negociante en naranjas más rico de la comarca.

Rafael, impelido por los suyos hará el buen matrimonio y conocerá una vida de aburrimiento, sin amor/pasión, pero rodeado de riqueza y de una linda familia.

Al final del libro, los antiguos amantes se reencuentran y Leonora realiza su venganza.

La descripción de Alcira con la crecida del río Júcar, las primaveras inundadas por olor del azahar de los naranjos, crean un universo rico en sinestesias. La prosa de Blasco Ibáñez es esplendorosa, por momentos de un gran lirismo. Pura belleza.

He aquí lo que escriben en la introducción del libro  J. Mas y M.T. Mateu … la segunda parte y la más importante de la novela, gira en torno a una fuerza poética poderosa que incendia la sangre y los sentidos : el perfume del azahar que se filtra por todos los resquicios e impulsa a la locura. El poderío aromático es tal que Rafael se asfixia en su cuarto, Leonora se marea en el suyo y la ciudad experimenta el poderío invasor de la primavera.

La prosa de Blasco Ibáñez (página 256)…el campo parecía estremecerse bajo los primeros besos de la primavera. Cubríanse de hojas tiernas los esbeltos chopos que bordeaban el camino; en los huertos, los naranjos, calentados por la nueva savia, abrían sus brotes, preparándose a lanzar, como una explosión de perfume, la blanca flor del azahar; entre los ribazos crecían entre las enmarañadas cabelleras de hierba las primeras flores. Comenzaban a florecer los naranjos. La primavera hacía densa la atmósfera. El azahar, como olorosa nieve, cubría los huertos y esparcía su perfume por los callejones de la ciudad. Al respirar se mascaban flores.

Un libro precioso, potente, embrujador.

José Mas y María Teresa Mateu escriben en la introducción que es en el conjunto de la obra « blasquiana » donde se alcanzan los mejores frutos de amor, de música, de política y de belleza que contribuyen a darle a estos naranjos de Alcira una luz y un perfume de universalidad.

ENTRE NARANJOS, CÁTEDRA Letras Hispánicas 1997 (V.B.I. 1900),  ISBN 84-376-1585-2

L’amant de Patagonie d’Isabelle Autissier

L'amant de PatagonieIsabelle Autissier est une navigatrice et écrivain française (Paris 1956), première femme a avoir accompli, en navigation, le tour du monde en compétition.

L’amant de Patagonie (2012) reçut le Prix Maurice Genevoix 2013. C’est un très joli livre, émouvant et très bien écrit et qui m’a fait revivre les fortes émotions ressenties courant mars dernier au cours d’une navigation dans ces contrées lointaines où la force de la houle, la solitude de la mer, la nature encore vierge balayée par des vents hurlants m’ont fait réaliser le peu de choses que nous sommes devant une Nature pareille (les quarantièmes rugissants, les cinquantièmes hurlants et les soixantièmes déconnants selon l’ami Jean Claude, du voyage).

Justement la Nature farouche de la Patagonie, du canal de Beagle et d’Ushuaia est décrite avec un grand réalisme et rend bien l’immense beauté des paysages et le chant des glaciers (en pleine capilotade).

L’histoire est belle, elle se situe vers 1880. Emily est une jeune écossaise d’à peine 16 ans avec déjà une âme de pionnière; elle est orpheline et sera envoyée au bout du monde pour assister la femme du pasteur d’Ushuaia qui s’en sort mal avec ses dures tâches ménagères et ses quatre enfants.

Ushuaia à cette époque, fin XIX, ce sont quatre ou cinq maisons et les huttes de quelques indiens yamanas. Autrement dit, rien.

Peu à peu, Emily va s’intéresser aux yamanas, leur mode de vie, leur langage. Elle fera la connaissance d’Aneki, un jeune yamana qui sert d’interprète au pasteur car il a appris des rudiments d’anglais. Au fil des années, naîtra un sentiment fort entre Emily et Aneki, devenu veuf, et la jeune écossaise envisagera même l’union officielle avec Aneki, union qui sera refusée vertement par les colons blancs d’Ushuaia.

Mais Emily est une maitresse-femme;  aidée par un fils du pasteur, elle fuira avec Aneki et vivra les plus beaux moments de sa vie en pleine nature, même si les conditions sont insurmontables pour quelqu’un comme elle. On dit que les blancs ont apporté microbes et virus aux autochtones; mais d’un autre côté, les blancs n’avaient pas un iota de la résistance physique qu’il fallait pour résister aux conditions climatiques australes (on m’a dit qu’un non indigène plongeant dans cette mer froide n’a que 3 minutes de résistance jusqu’au fatal engourdissement).

En tout cas, cette Emily va résister quelque temps, mais devra être rapatriée dans des conditions difficiles sur la base d’Ushuaia où elle sera sommée par le pasteur de suivre son plan ou c’est l’exil définitif et l’opprobre en Europe.

Quel amour forcené d’Emily pour cette Patagonie où elle restera et fera racine, tiraillée entre sa culture européenne et la culture indigène qu’elle respecte même si elle n’approuve pas tout.

Le livre nous renseigne sur les us et coutumes de ces peuplades finalement si adaptées aux conditions climatiques et qui vivent leur vie assez difficile dans leurs parages, sans rien demander à personne.

Le descriptif de la géographie locale, des conditions atmosphériques (les cieux les plus rapidement changeants jamais observés), les vents, les bruits, la flore et la  faune sont tellement proches de ce que je viens de vivre, que ce livre m’a fait ressentir les sensations d’un voyage ensorcelant, il y a moins d’un mois.

Un paragraphe sur le paysage (page 21): au coeur de l’été austral, le panorama est éblouissant. Au nord, s’élancent de grandes forêts qui s’interrompent brutalement à une certaine altitude, comme si on avait donné un coup de ciseaux dans la couverture sombre, pour laisser place  à des faces rocheuses parsemées de plaques de neige. Au sud, des collines plus avenantes alternent bois et prairies. A l’ouest, le canal se perd dans un mystère de pics et de sommets couverts de glaces. Le soleil, presque chaud, irradie l’ensemble, soulignant chaque détail avec une absolue netteté. Le paysage paraît briller de l’intérieur, habité de quelque âme sécrète. Il m’est presque venu l’envie de pleurer devant tant de beauté.

L’amant de Patagonie est un titre un peu mièvre pour ce livre, car pour Emily, Aneki était son mari pendant le temps qu’ils vécurent ensemble. Ce bref mais intense et tragique amour va la laisser marquée pour toujours.

L’AMANT DE PATAGONIE, Livre de Poche N°33032 2013 (IA 2012),  ISBN 978-2-253-17352-6

Glaise de Franck Bouysse

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Franck Bouysse est un écrivain français de romans noirs (Brive-la Gaillarde 1965); il se dédie à l’écriture de façon exclusive depuis 2014.

C’est un auteur qui m’a fait grande impression car il m’a métaphoriquement « décoiffée » avec Grossir le ciel (2014), son neuvième roman qui  se déroule dans les Cévennes, un livre commenté  en juillet 2018; après cette expérience j’ai eu très envie de relire d’autres ouvrages et ce fut Plateau (2015) qui se déroule en Haute Corrèze, commenté en septembre 2018  que j’ai trouvé, certes très beau et fort, mais dont la prose m’a paru un peu touffu.

Glaise (2017) se déroule dans le Cantal et je dirais que sa puissance narrative se trouve au milieu du ton sec de Guérir le ciel et le ton un peu trop disert de Plateau…mais « la patte » de l’écrivain est maintenant reconnaissable entre toutes.

Ici nous avons encore une histoire assez rèche entre taiseux, entre ruraux durs à la tâche, des gens détenteurs de secrets enfouis et ayant entre eux des relations pour le moins complexes. L’action se situe en août 1914 dans le Cantal, quelque part entre St Paul-de Salers et le Puy Violent. La glaise est omniprésente dans le roman : celle du terroir auvergnat, celle des tranchées de la Grande Guerre, véritable cimetière à ciel ouvert des poilus et la glaise qui sculpte Joseph, 15 ans, l’un des personnages du livre.

Il y a 3 fermes impliquées dans ce récit.

La ferme de Chantegril des Lary avec Marie la vieille mère à la santé fragile, Victor son fils qui doit partir pour la guerre, marié avec Mathilde qui devra assumer les travaux de la ferme secondée de leur fils Joseph  âgé de 15 ans. Tout près habite Léonard, un vieux paysan qui aide tout le monde et qui est le mentor du jeune Joseph car n’ayant pas de descendance, Léonard l’a pris sous son aile. La femme de Léonard est Lucie, aujourd’hui impotente et aigrie, une ancienne raboteuse, plus ou moins sorcière, que l’on consulte encore dans le coin.

Puis il y a la ferme des Grands- Bois qui appartient à Valette, un type violent, sournois et envieux, vicieux et estropié d’un membre supérieur ce qui l’a empêché d’être enrôlé, marié avec Irène qu’il maltraite et père  d’Eugène, d’à peine 20 ans, parti aussi se battre. Dans cette ferme arrivera Hélène avec sa fille Anna qui sont venues se réfugier pendant la guerre, envoyées par le frère de Valette qui est aussi enrôlé dans l’armée.

Peu à peu entre toutes ces personnes va se créer une ambiance étouffante faite d’harcèlement physique, d’agressions verbales, de sous entendus, de secrets enfouis, de folie latente. Le huis clos relatif s’y prête bien et l’écrivain Bouysse est passé maître pour faire monter l’angoisse. Les pics de violence ne manquent pas au tableau lui donnant une touche d’hyperréalisme à la limite du supportable. En parallèle nous assisterons à l’éclosion d’un amour pur entre Anna et Joseph malgré l’adversité ambiante.

Cette fois la prose est aussi « envolée » par moments, moins chargée, mais toujours avec ces touches de poésie rude bien adaptées aux lieux. Un petit exemple ci-après page 48….une fois dehors, il sentit un peu de fraîcheur balayer son visage et la tension le quitter à pas comptés, pendant qu’alentour bafouillaient des animaux nocturnes. Il voyait le ciel illuminé, tordu par les montagnes. Joseph savait que les étoiles dansaient mieux au mois d’août. Il attendit que l’une d’elle, décrochée de quelque incroyable socle, traversât l’univers d’un infini à l’autre, prêt à jeter dans son sillage le seul vœu qu’il eût en tête. Elles ne manquaient pas d’habitude, ces étoiles-là, lors des claires nuits d’été, comme si une bouche céleste s’était amusée à les cracher à l’envi...

Un livre aussi envoûtant et hypnotique que les autres par la qualité de la prose, par la beauté dépouillée des lieux et par l’intensité animale des personnages dépeints.

GLAISE, La Manufacture de Livres 2017,  ISBN 978-2-35887-239-3

Plateau de Franck Bouysse

 

Résultat de recherche d'images pour "plateau franck bouysse"Franck Bouysse est un écrivain français de romans noirs (Brive-la Gaillarde 1965); il se dédie à l’écriture de façon exclusive depuis 2004.

Grossir le ciel (2014) est  son neuvième roman, livre qui m’a permis de découvrir cet auteur dont j’ai beaucoup apprécié la lecture.  J’en ai écrit un billet en juillet 2018 et c’est le livre qui m’a fait approcher le style poétique et si personnel de Bouysse, avec dans Grossir le ciel un terroir cévenol terriblement prenant, avec des personnages forts et un contenu plutôt âpre.

Plateau (2015) a reçu le Prix Chapel 2016 en Belgique et le Prix de la ville de Brive 2016, c’est un autre thriller psychologique très fort, un peu dans la veine de Grossir le ciel mais dans un autre décor rural : cette fois il s’agit du Plateau de Millevaches en Haute Corrèze dans le hameau de Toy avec 32 âmes à tout casser.

Dans Plateau nous avons  plus de personnages, encore une fois des taiseux, des ruraux endurcis à la tâche et attachés à leur sol, les derniers survivants d’une espèce bientôt disparue. Des gens entiers, détenteurs de secrets, des gens rudes et néanmoins très attachants. Des gens vrais décrits avec le souci du détail dans leur vie quotidienne.

Les personnages sont Virgile et Judith, des paysans âgés sans enfant qui vont affronter leur fin de vie avec courage et sans se dérober. Ils ont élevé Georges, le neveu de Virgile qui a perdu ses parents dans un accident de la route lorsqu’il avait 4 ans, Georges qui voulait sortir de l’état de paysan mais qui devra s’installer sur la ferme de ses parents sans occuper la maison, sur une caravane calée sur des parpaings. Corine, une nièce de Judith, malmenée par un mari qui la bat demandera asile à sa tante pendant quelque temps. Karl, un ancien boxeur assez mystique dont on ne sait rien et qui sera leur voisin le plus proche et le seul « ami » de Virgile. Et enfin, un mystérieux chasseur cagoulé qui rôde dans le hameau. C’est évident, l’arrivée de Corine va semer le trouble dans cet enclos, elle est à l’origine de changements irréversibles.

Tout ceci baigne dans un huis clos étouffant peuplé de non-dits et de secrets qui seront dévoilés au fil de la lecture.

La prose de Bouysse est toujours aussi riche, métaphorique, ornée de mots rares en accord avec l’habitat, c’est une orgie lexicale peut-être un peu trop surabondante et qui noie par moments le récit. Mais quel feu d’artifice ! Quelle psychologie aussi pour définir ses personnages et les lieux.

Un échantillon de la prose de l’auteur (il décrit le Plateau)…la roche affleure bien souvent, distançant ajoncs, callunes et toutes sortes d’herbes faméliques. Les arbres, quand il y en a, on ne sait dans quelle matière ni jusqu’où ils vont puiser le sens de leur vie, dans quelle terre ruissellent leurs racines, sur quel magma la graine a bien pu germer et enfanter, avec l’unique projet de subir le vent, le froid, la neige et parfois la brûlure. Là où la mort modèle la vie jusqu’à la déraison. Là où des rochers se dressent vers le ciel, desquels dévalent des ombres impénitentes et se retirent en terre sainte. Là où le vent se laisse aller à parfaire les sons pour rien d’humain. Là où des peureuses sirènes viennent et repartent, leurs voix atones disparaissant dans la canopée torturée par la brise. Où de pauvres graals emplis de sève et de sang sont attirés par un même coeur enfoui dans le tréfonds de la terre. Où l’alternance des saisons bride les espoirs de ce monde. Où la seule obsession de la fleur visitée par l’abeille est de faire face à l’hiver glacé. Là. Où la pluie ruisselle sur des tuiles d’écorce pour s’en aller rejoindre de profondes citernes…

Franck Bouysse est un auteur de textes envoûtants, ensorcelants quelque peu hypnotiques et qu’il faudrait déguster avec parcimonie et sûrement relire. Comme il faut doser son plaisir, j’attendrai un peu avant d’entamer Glaise qui attend sagement sur mes étageres (et qui se passe en Auvergne, terre chère à mon coeur).

PLATEAU, Le Livre de Poche 34455, 2017 (FB 2016),  ISBN 978-2-253-16417-3

Grossir le ciel de Franck Bouysse

Résultat de recherche d'images pour "grossir le ciel"Franck Bouysse est un écrivain français (Brive-la Gaillarde 1965) de romans noirs; il se dédie à l’écriture de façon exclusive depuis 2004.

Grossir le ciel (2014) est déjà son neuvième roman et c’est un livre qui a reçu au moins 5 prix ! Je suis arrivée à cette lecture par le bouche à oreille et je reconnais que c’est une pépite. Tout d’abord ce style cru et précis de Bouysse, avec en même temps beaucoup de  poésie dans la prose et beaucoup d’humanité qui suinte à fleur de page. Puis, il y a cette histoire située dans les Cévennes, pays huguenot, avec une histoire mêlée de terroir, bouleversante. C’est un livre qui laisse des traces avec une histoire qui nous hante longtemps après avoir refermé le livre.

La clé du titre grossir le ciel, nous la connaîtrons à la fin du livre (une fin que j’ai trouvée un peu elliptique, peu tranchée): …alors, Gus se leva sans effort, marcha en direction de l’abbé et le trio se mit en route pour s’en aller grossir le ciel…

La temporalité du récit est clairement annoncée dans ce roman, c’est la mort de l’abbé Pierre, en janvier 2007. L’action se situe dans un hameau cévenol blanchi par la neige et gelé par le froid. Ce décès va perturber énormément Gustave Targot alias Gus car il ressent un véritable attachement envers le saint homme et il va suivre la cérémonie à la TV sans en perdre une miette.

Nous avons deux personnages :Gus et Abel, deux taiseux qui se connaissent depuis toujours puisque leurs fermes respectives sont à quelques 100 mètres de distance seulement dans le hameau des Doges, entre Mende et Alès . Abel est l’aîné de 20 ans. Leurs familles ont un contentieux qui date de l’époque des parents de Gus et dans ces contrées les secrets de famille restent enfouis chez ces taiseux.

Abel et Gus vont se côtoyer très peu, juste pour échanger du matériel agricole à l’occasion ou se prêter main forte si besoin, ou encore boire un coup de rouge chez l’un ou chez l’autre. Rien de plus. Mais ils se respectent. La région est dépeinte magistralement, un pays de solitude, une terre de légendes, une nature rude, un travail agricole digne du XIX siècle.

Gus vit tout seul depuis la mort de ses parents; il ne s’est jamais marié, sa seule compagnie est son chien Mars qu’il adore, ils vivent dans une parfaite symbiose. Abel en revanche, a été marié et a perdu sa femme en couches; quant à l’enfant, celui-ci a été placé tout de suite en institution car il est anormal. Ces deux là vont s’approcher sans se laisser envahir l’un par l’autre ni s’apprivoiser.

Un jour de l’hiver 2007,  Gus va commencer à soupçonner Abel parce qu’il va entendre des cris, une détonation et il découvrira quelques gouttes de sang frais sur la neige…Gus va alors commencer à espionner son voisin en cherchant des preuves visant à le compromettre; à partir de là nous rentrons dans un roman noir, très noir et le lecteur ira de surprise en surprise jusqu’au dénouement final.

Le roman est court mais puissant, il y a un huis-clos étouffant qui monte en puissance peu à peu et scotche le lecteur à sa lecture. Il y a le descriptif au détail près du rythme de la vie des deux hommes et aussi leurs joutes verbales, supposées s’échanger entre deux rustres, mais en fait d’une acuité psychologique étonnante. Dans leurs échanges il y a autant de sous entendus et des non-dits  que des choses concrètes. C’est très réussi. C’est un livre escarpé comme un à-pic et le lecteur va déraper et se faire mal. Dans ces terres de solitude et arides, les rancoeurs sont tenaces, les suspicions fréquentes.

D’aucuns définissent Franck Bouysse comme un poète de l’âme et je suis d’accord. Maintenant je sais que j’ai envie de lire tous ses livres.

Un exemple de la beauté de la prose de Bouysse…page 23 : Dehors, la nature était toujours en sourdine et le jour s’était levé. La neige tombait de nouveau, des flocons gros comme du duvet d’oie, qui semblaient ne jamais toucher le sol tellement ils étaient légers et repartaient dans l’air pour un tour avant de se poser au ralenti...

Bonne lecture pour ceux qui ne l’auraient pas encore lu.

GROSSIR LE CIEL, La manufacture de livres 2018,  ISBN 978-2-35887-257-7

Un curé d’enfer de Jørn Riel

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Jørn Riel est un écrivain Danois (Odense 1931) qui vécut 16 années au Groenland sur l’île d’Ella avec une mission scientifique. De ce séjour, il publiera une dizaine de tomes humoristiques sur l’Arctique. (il est préférable de les lire dans l’ordre car les personnages sont introduits peu à peu et les aventures font allusion aux aventures précédentes). Il a été couronné en 2010 par le Prix de l’Académie Danoise.

Ce livre, Des racontars arctiques de la collection 10/18 est une compilation de 4 tomes comportant chacun plusieurs histoires assez courtes. J’ai publié un billet en avril 2017 sur La Vierge froide et autres racontars (1974), en mai 2017 sur Safari en Arctique (1976), en juin 2017 sur La passion secrète de Fjordur (1976) et voici le dernier de cette compilation.

Un curé d’enfer (1977) ce sont encore des histoires désopilantes avec ces chasseurs du nord du Groenland, des hommes aguerris qui bravent des conditions extrêmes pendant des mois. Malgré leur isolement énorme, ce sont des gens qui baignent dans une grande humanité et tolérance parce que cet isolement les rend solidaires, même si les différences entre les uns et les autres sont bien perçues.

Ce sont sept histoires dont quelques unes assez fortes tout de même. Dans ces histoires, le capitaine Olsen aura un rôle très secondaire et effacé.

UN CADAVRE BIEN CONSERVÉ est désopilante et dramatique à la fois car le camarade décédé pose un problème de conservation malgré la fraîcheur climatique. Le dénuement bon enfant est tellement drôle quoique dramatique.

LE CHIEN QUI PERDIT LA VOIX est une belle histoire terriblement émouvante qui montre bien la symbiose qui existe entre les chiens de cordée et le trappeur, surtout avec le chien de tête de cordée. Ici c’est l’histoire du couple inséparable de Fjordur et sa chienne Miss Dietrich.

EL DEDO DEL DIABLO est très drôle avec ce mec qui débarque d’un pays chaud et qui se prend pour Indiana Jones sauf qu’on est dans l’Arctique. La fin est inénarrable, tellement elle est inattendue.

LE PETIT PEDERSEN est une histoire pleine d’humanité et de psychologie. Comment le chevronné Lodvig arrivera à faire mûrir le petit Pedersen, tellement complexé.

UNE ÉPOPÉE LITTÉRAIRE se pourrait qu’elle mette en lumière le cas de Riel qui commence à écrire ses histoires vraies sur l’Arctique et les chasseurs, dans l’histoire il se fait appeler Anton. La fin est très drôle.

LA PUCE est une histoire désopilante car narrée par la puce elle même. Toute une saga pour arriver jusqu’aux chasseurs et la puce peut mener une vie de patachon. Ce que l’histoire ne nous raconte pas, c’est comment cette puce s’est fait engrosser…

UN CURÉ D’ENFER est la dernière histoire et elle finit de façon tout à fait inattendue. Franchement, il faut qu’elle soit vraie parce qu’une histoire comme celle là, c’est difficile à inventer. On dirait un dessin animé.

Un pur régal que ces histoires arctiques. Elles font oublier la morosité ambiante et bien des malheurs.

UN CURÉ D’ENFER, 10/18 2012 (JR 1977),  ISBN 978-2-264-05851-5

Doña Barbara de Rómulo Gallegos

Résultat de recherche d'images pour "romulo gallegos"  Rómulo Gallegos fue un novelista, cuentista, dramaturgo y político venezolano (Caracas 1884-1969), considerado como el novelista venezolano más relevante del siglo XX. Su obra denota gran realismo con tres temáticas : la crítica de costumbres, el ambiente criollo y un descriptivo de pasiones, desequilibrios y anormalidad. Se le concedió el Premio Nacional de Literatura en 1958 y fue varios años nominado para el Premio Nobel de Literatura.

Un Premio Internacional de novela Rómulo Gallegos fue creado en 1964, extendido a todo el ámbito hispano-americano, concedido cada 5 años hasta 1987, luego cada 2 años por el Gobierno de Venezuela. Don Rómulo Gallegos alcanzó entonces a conocer el primer Premio otorgado en 1967 al peruano Mario Vargas Llosa con La casa verde y tuvo que estar de acuerdo con esta distinción. En un comienzo este premio fue para Latinoamérica, pero desde 1990 se hizo extensivo a todo autor hispano-americano; el primer no-latinoamericano a ser recompensado fue Javier Marías en 1995 con Mañana en la batalla piensa en mi. Los tres primeros autores galardonados hacían parte del llamado « boom latino-americano ».

Doña Barbara fue publicado en 1929 y es su obra más exitosa y la más traducida, es un clásico de la literatura hispano-americana.  En un comienzo la novela fue publicada bajo el título de La Coronela, una novela que describe un país duro, corrupto, bañando en la injusticia y en el despotismo de la dictadura de Juan Vicente Gómez (1908-1935). En 1931 Rómulo Gallegos debió exiliarse en Nueva York, volviendo a Venezuela tras el fallecimiento del dictador.

El libro fue llevado al cine en 1943 por el mexicano Fernando de Fuentes con María Félix en el rol de Doña Bárbara; se decía que después de la filmación le quedó el apodo de « la Doña ». Es una película en blanco y negro de 1h33 de duración con excelentes actores, muy fiel al libro y a los paisajes, pero donde por momentos resalta demasiado el acento mexicano lo que descoloca al espectador. La dramaturgia de la novela está estupendamente mostrada. Existe también una versión argentina de 1998 de Betty Kaplan y otra salvadoreña de Daniel Polanco en 2012. Y hay por los menos 4 versiones para la televisión ( 2 venezolanas, 1 colombiana-americana y 1 mexicana). Una ópera se estrenó también en Caracas en 1966. (aquí va el enlace para ver la peli mexicana de 1943   https://youtu.be/cLwAnKv2pP8 )

Es una obra realista y criollista que consta de 3 partes y se desarrolla en los llanos de Apure en Venezuela, en los valles del río Arauca.

UN POCO DE GEOGRAFÍA : la región de los llanos de Apure se ubica en el centro de Venezuela, una región importante en agricultura y ganadería, muy rural y poco poblada pero con solo 11% de la producción nacional. El río Apure de la novela cruza de oeste a este los llanos occidentales. Al sur y al este se encuentra el río Arauca tan mentado también. Y la ciudad más poblada es San Fernando de Apure.

EL TEMA : el autor relata el conflicto violento entre barbarie y atraso (simbolizados por Doña Bárbara) y civilización y progreso (simbolizados por Santos Luzardo). El punto original consiste en que el personaje principal es una mujer, una cacique y Rómulo Gallegos se habría inspirado en un personaje real que le dieron a conocer en 1927 durante un viaje a San Fernando de Apure : Pancha Vásquez.

Doña Bárbara Guaimarán es una mujer madura, bella y marimacho, mestiza de blanco e india que se ha enriquecido robando a destajo y esquivando las leyes porque compra, seduce o manda asesinar si necesario a todos sus contrincantes. Tiene fama de « devoradora de hombres » y de bruja; fue abusada en su juventud por lo que ha jurado vengarse de los hombres a los que no respeta. Es la imagen del caciquismo (=intervención abusiva de una persona en un asunto, sirviéndose de su poder e influencia).

Poco a poco ha ido robando tierras y hato a la hacienda colindante de los Luzardo, Altamira, una hacienda que es la sombra de lo que fue cuando Santos Luzardo vuelve a los llanos después de sus estudios de Derecho en Caracas. Santos es un hombre recio y buen mozo que se crió en los llanos y sabe de las usanzas y hasta de la violencia que se necesita en ciertos casos para resolver ciertas situaciones. Altamira está en ruinas, le han robado el 50% de la hacienda y los peones, transformados en cuatreros,  se han pasado a El Miedo, la hacienda de Doña Bárbara.

Doña Bárbara tuvo una hija con Lorenzo Barquero Luzardo, pariente de Santos que llamaron Marisela, pero de la cual nunca se preocupó, abandonándola a la crianza de unas indias. Lorenzo se ha transformado en una piltrafa humana, embrutecido por el alcohol y que vive en condiciones infra humanas con Marisela, una verdadera fierecilla adolescente, sucia y analfabeta.

Santos Luzardo es pariente de Lorenzo, y apiadado por sus pésimas condiciones de vida, se los lleva a Altamira, movido por la compasión. Quiere salvar a Lorenzo de la dependencia del alcohol y quiere dar un amago de dignidad y educación a Marisela. La chica se revelará inteligente y ávida de aprender.

Poco a poco Santos Luzardo emprende acciones legales o por la fuerza armada para recuperar sus posesiones y hacer de Altamira algo de lo que fue.

Doña Bárbara nunca había encontrado una resistencia masculina como la de Santos, quien desde un comienzo intuyó la maldad intrínseca de la Doña. Todos sus tejes y manejes y enredos no han dado ningún resultado, al contrario. Poco a poco sus peones lo han ido poniendo al tanto de muchas acciones de la cacique.

La lucha entre Doña Bárbara y Santos será sin tregua y de una violencia inaudita. Pero el final es muy redentor, violento y bonito, a la imagen de toda la novela.

La región de los llanos está muy bien descripta por el autor, la geografía difícil, el clima, la fauna peligrosa entre caimanes, víboras y fieras, su gente recia y violenta, pero sobre todo, el personaje arquetípico de manta religiosa de Doña Bárbara, detrás de la cual existe una historia de abandono y de abuso en su tierna edad. Doña Bárbara representa la anti-tesis del machismo primario venezolano con una bigamia socialmente aceptada, las violencias conyugales, el desprecio hacia la mujer…

El escritor venezolano Felipe Massiani (1906-1995) señaló que son tres los factores que concurren a la formulación novelesca de la obra : el hallazgo psicológico con Doña Bárbara; un sentido nuevo del paisaje que lo convierte en protagonista de la narración y una riqueza documental folklórica que le da contenido social, veracidad, vibración humana y popular (cf El hombre y la naturaleza venezolana en Rómulo Gallegos, 1943).

Es una obra potente, violenta, escrita en un español coloquial por momentos muy grandilocuente, de un gran naturalismo y nada de poético. Los hechos son de un gran realismo y bañan en una violencia primitiva inaudita.

DOÑA BARBARA, Biblioteca Ayacucho 1976 (sin ISBN para esta edición)

Humo hacia el sur de Marta Brunet

Afficher l'image d'origine  Marta Brunet fue una escritora, diplomática y periodista chilena (Chillán 1897-Montevideo 1967); fue la segunda mujer escritora en obtener el Premio Nacional de Literatura en 1961, después de Gabriela Mistral en 1951 (y el Nobel en 1945 !). Sintió su vocación de escritora muy temprano, en el seno de una familia burguesa,   y escribió para un auditorio de perros y de gatos, exactamente como la niñita (Solita) de esta novela. La escritora fue una pionera de la literatura femenina chilena y una excelente exponente del criollismo por el lenguaje campesino, la atmósfera de olores, sonidos y colores. Es interesante destacar que en 1931 Marta Brunet ingresó a una Compañía Teatral de Aficionados integrada entre otros, por María Luisa Bombal, otra autora chilena sobresaliente. El estilo de la escritora Brunet es costumbrista y al mismo tiempo realista, con temáticas campesinas, pero un manejo del lenguaje sobresaliente, extremadamente rico y con un énfasis notable en la psicología de sus personajes. El acento de la escritora siempre está en lo humano, un conocimiento de las almas con una capacidad para medir lo más recóndito del alma humana. La obra de Brunet  abarca cuentos y 7 novelas.

El criollismo y el neocriollismo surgieron en Chile entre 1935 y 1945 cuando se quiso representar al  mundo popular en su dimensión humana y social con un marcado acento regionalista. El panorama político chileno de esa época era turbulento por lo que el movimiento estuvo comprometido con las ideas de izquierda.

Humo hacia el sur (1946) recibió, el año de su publicación, el Premio al mejor libro del mes otorgado por el Pen Club de Chile y el Club del Libro de Buenos Aires. El libro presenta con maestría a través de diferentes personajes la vida de provincia, rutinaria y opaca y también una reflexión acertada sobre la violencia doméstica. Esta novela rompió con el estilo narrativo de Brunet volviendo al sur de Chile. Hoy en día, la novela constituye un clásico de la novela social chilena.

EL TEMA : Estamos en el sur de Chile en el seno de una familia rica e influyente con tres personajes : Don Ernesto Pérez, casado con María Soledad, y la hija de ambos, la traviesa Solita (derivado de Soledad, la manía chilena de perpetuar los nombres de pila). El matrimonio lleva una vida bien monótona en apariencia con las obligaciones sociales correspondientes a su rango dentro del círculo de gentes que ellos  frecuentan. La pequeña Solita tiene una institutriz francesa (en realidad es suiza franco-parlante) que la educa en casa porque los padres no quieren que acuda a la escuela pública.  María Soledad Pérez organiza su vida entre amigas, lecturas y tejidos; es un modelo de elegancia y refinamiento en el pueblo, todas la copian.   Solita se entretiene con sus animalitos (el fox terrier Togo, el gato don Genaro  y el caballo Mampato, que son los tres seres que ella quiere más en el mundo y no las tres personas que son, en el orden la mamá, la Mademoiselle y el papá); es una niña bastante precoz que lee a escondidas libros que saca a hurtadillas de la biblioteca del padre (un alter ego?); adora a su institutriz y vive en un mundo lleno de aventuras al mismo tiempo que se da cuenta de muchas cosas « raras » en el mundo de los grandes. El padre, lleva  una doble vida lejos del pueblo.

Este pueblo sureño( ficticio) fue fundado en las tierras de otra familia aún más rica, la familia de Don Juan Manuel de la Riestra con su horrenda esposa, Doña Batilde, una mujer avara que compensa ciertas carencias afectivas con la manía de enriquecerse cada vez más. Todo el pueblo le pertenece y Doña Batilde se opone tajantemente a que se construya un puente que traería un enorme apogeo al pueblo y por ende el inicio de una cierta decadencia económica y de su  potestad en estas tierras. Don Juan Manuel cumplió otrora altos cargos políticos (ministro, diputado, varias veces senador) por lo que conoce y manipula a todos, pero él se deja manipular por la temible Doña Batilde, una verdadera Crisanta (en Chile, mujer gruñona y mandona que tiraniza a su marido).

Ahora que tenemos individualizados a los personajes principales de la novela, cabe decir que existen muchos otros personajes perfectamente definidos y pintorescos, descriptos con una psicología maravillosa. Alrededor de estos entrañables personajes ocurren acontecimientos hasta el clímax final de la novela que es pavoroso.

La palabra humo vuelve varias veces en la novela como un leitmotiv, siempre evocadora del ambiente sureño : …ser es tener y todo lo demás humo, humo que se lleva el viento…el ser el tener, también pueden convertirse en humo…lo demás era tiempo de humo, tiempo de neblina, tiempo de porfiada lluvia…era el agobiador tiempo del humo. María Soledad lo abominaba. En cambio, no temía a esa ensoñada hermana del humo que es la niebla, le placía ver al pueblo, convertido en recuerdo, desmaterializado en su fino gris. Le era grato perderse ella misma en su incertidumbre…el viento había cambiado. Llevaba el humo hacia el sur, y una de sus guedejas parecía prolongar el puente eternidad adentro.

La descripción del sur chileno con sus lluvias interminables es muy acertada : …tanto como el humo odiaba a la lluvia, al caer del agua lineal en su interminable rayadura que insistía en tachar el paisaje, el sordo gorgoteo de las canaletas ahítas, los chicotazos del viento, su lenguaje fantasmal colándose por el oído de las ventanas, ululando por las chimeneas, el goterón cayéndose para evaporarse instantáneo sobre los carbones. Cuando no había roces, transigía con el viento, el del sur, arriero de nubes, manadas dispersas e inofensivas; el de la cordillera, que soplaba desde el fondo de los siglos con insistencia indígena, puelche afilado sobre los glaciares; el que venía desde la otra cordillera, a saltos de pastor de cabras, por las cimas, los collados, los calveros, los tajos y la enmarañada arboleda, obstinado en su búsqueda del olor salobre del mar, del rítmico asalto de las olas pegando en los roquedales o desvaneciéndose en la insuficiente desnudez de las playas…

Una autora que acabo de descubrir y que encuentro deslumbrante por la calidad de su prosa, por su rico vocabulario y por la profundidad del análisis psicológico de sus personajes. Una novela que se inscribe a la altura (todas proporciones guardadas) de una inmensa novela como La Regenta de Leopoldo Alas con el descriptivo en esta ultima de la agobiante ciudad de Oviedo y en la novela de Brunet en un pueblo en el sur de Chile que no tiene nombre. La religión en la novela de Brunet está presente pero no tiene el impacto que tiene en la obra maestra del español.

HUMO HACIA EL SUR, Colección Clásicos de la novela social chilena 1998 (1946),  ISBN 956-282-069-6