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La descente de Pégase de James Lee Burke

Résultat de recherche d'images pour "james lee burke"   James Lee Burke est un écrivain nord-américain (Houston 1936) connu par ses romans policiers, surtout pour la série avec le shérif David Robicheaux. L’écrivain est détenteur de nombreux prix et au moins deux adaptations pour le cinéma.

La descente de Pégase 2010 (Pegasus Descending 2006) est le premier roman que je lis de lui et je dois dire que j’ai été séduite par l’épaisseur humaine du shérif Robicheaux. C’est encore un policier très désabusé, ancien alcoolique, bagarreur et très solide. Il est marié en deuxième noces avec Molly, une ancienne religieuse, ceci pour la note originale, mais pas tant que cela dans une région comme La Louisiane, anciennement française où la plupart des gens ont encore des noms à consonance française et sont catholiques.

La descente de Pégase a une trame assez  complexe. Il y a trois meurtres à élucider et Robicheaux est persuadé qu’ils ont un point commun. Tout le livre va se passer à la recherche d’indices et il sera opposé à sa supérieure ou à un juge véreux qui ne pense qu’à sa prochaine candidature politique et qui met tous les bâtons dans les roues possibles à Robicheaux.

Les trois meurtres servent à mettre en valeur les anomalies locales en matière de collusion, prévarication et surtout blanchiment d’argent. Aussi, Robicheaux nous explique combien cet État s’est corrompu depuis l’irruption de la drogue et les casinos à profusion avec la mainmise de la pègre. Le tableau dressé est assez consternant: la violence règne et atteint des sommets, les gens sont armés et les armes circulent avec une aisance ahurissante, les conflits raciaux sont permanents.

D’autre part le shérif Robicheaux ne cesse de culpabiliser après l’assassinat d’un ancien camarade du Vietnam qui fut abattu devant son nez et qu’il n’a pas pu défendre parce qu’il était sous l’emprise de l’alcool…ce meurtre le hantera et il ne cessera de penser à se venger car des ramifications vont surgir avec les nouveaux cas à résoudre.

Le descriptif de la nature de La Louisiane est somptueux, on s’y croirait dans les bayous avec les citations de la flore et de la faune locales. Il y a aussi pas mal de réflexions sur la politique et les moeurs locales ou nationales qui sont intéressantes. En voici un exemple (page 196)…la légalisation des jeux d’argent sur la majeure partie du territoire des États-Unis était un rêve érotique devenu réalité. L’argent qu’ils ramassaient grâce au traffic juteux des jeux d’argent, et qu’ils avaient toujours du mal à blanchir, n’était rien comparé aux sommes que rapportaient les casinos, les champs de courses et les loteries qu’ils géraient avec la bénédiction des services d’attribution des licences de jeux, à l’échelon fédéral comme à celui de l’État. En fait, non seulement le gouvernement avait offert à la pègre un cadeau royal qui allait bien au-delà de ses rêves les plus fous, mais les mafieux étaient en outre parvenus à subordonner le financement des services éducatifs aux taxes perçues sur les jeux d’argent sur le territoire des États-Unis, faisant ainsi des professeurs de la nation tout entière leurs supporters les plus fidèles…

Un polar à découvrir !

Il me faudra lire d’autres livres de Lee Burke pour consolider cette bonne impression.

LA DESCENTE ,Rivages/Thriller 2010 (JLB 2006),  ISBN 978-2-7436-2104-9

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Lignes de feu de Jeffery Deaver

Burning Wire  Jeffery Deaver est un auteur américain (Chicago 1950) de polars  à succès, traduit dans plus de 25 langues et ayant récolté de nombreux prix. Il est à l’origine de la série avec le criminologue Lincoln Rhyme avec aujourd’hui 13 titres et déjà le titre du prochain : The Cutting Eye annoncé pour 2018; cela va faire les délices des suiveurs car j’avoue que l’ayant découvert avec ce tome, je ferai tout mon possible pour en lire d’autres et notamment son (paraît-il) magnifique premier tome Le Désosseur qui fait l’unanimité pour la qualité du polar.

Lignes de feu (The Burning Wire, 2010) est le neuvième opus avec le criminologue new-yorkais Lincoln Rhyme, devenu paraplégique suite à un accident de travail. Il est en couple avec sa co-équipière Amelia Sachs.

Je vais faire quelques remarques qui pourraient servir à d’autres lecteurs qui abordent l’oeuvre avec ce tome : 1) il est préférable de lire ce tome en ayant lu  Clair de Lune (N° 7) puisque le tueur à gages appelé L’Horloger va réapparaitre et le lecteur qui ne le connait pas, peut être désarçonné par la méconnaissance d’un sacré back-ground; 2)  il y a pléthore de personnages et par moments le lecteur se demande qui est qui. Si je l’avais su, j’aurais pris des notes en mettant un nom à côté de la fonction, mais quand j’y ai pensé,  j’ai eu la flemme de revenir en arrière; 3) j’ai beaucoup aimé ce polar mais j’ai été un peu déçue par la fin : trop emberlificotée, elle m’a semblé peu vraisemblable par moments même si le puzzle s’ajuste impeccablement.

C’est un polar trépidant caractérisé par Lincoln Rhyme , un criminologue consultant de la police de NY, qui vit en couple  avec Amelia Sachs, aussi de la police de NY, une jolie rousse souffrant d’arthrose mais faisant un très bon binôme avec Rhyme: elle, c’est les jambes sur le terrain munie d’une caméra frontale qui filme pour Rhyme les scènes du crime et lui, c’est le cerveau qui essaie de relier les indices. Le moins que l’on puisse dire c’est que nous avons là un couple très atypique.

Ce cas est difficile : un fou-assassin veut couler la compagnie d’électricité qui alimente la vorace ville de New York en exigeant que l’on coupe le courant dans toute la ville afin de montrer que l’on peut se passer du courant électrique (et sans réfléchir un instant aux conséquences collatérales sur des milliers d’individus…) tout en programmant des attentats meurtriers très proches dans le temps.

Ces attentats sont perpétrés avec le courant électrique en provoquant des arcs électriques ou des électrocutions. Tous les acteurs de la sécurité nord-américaine sont sur les dents et contre la montre. La tension du lecteur est au maximum. Les chapitres sont courts et efficaces, très à l’américaine, comme un script de film.

Thomas Alva Edison est à l’honneur dans ce livre, le pionnier de l’électricité. Voilà le parfait polar pour un ingénieur Supélec, tellement ici l’électricité est le nerf de la guerre (mais en fait c’est l’argent, hélas, comme souvent). C’est aussi très instructif sur la façon dont tout ceci fonctionne et c’est assez inquiétant.

Il y a en parallèle une autre intrigue puisque l’assassin dit L’Horloger réapparait, mais loin et au Mexique…cela tourmente Rhyme car c’est le seul assassin qui lui ait échappé jusqu’à maintenant. Et de fil en aiguille…mais pardi ! je ne vais pas faire la spoiler d’un roman  aussi captivant.

LIGNES DE FEU, Éditions des Deux Terres 2013 (JD 2010),  ISBN 978-2-84893-143-2

Mariachi Plaza de Michael Connelly

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Michael Connelly est un très grand auteur de polars nord-américain (Philadelphie 1956) ; c’est le « père »  du  detective de LAPD Hyeronimus Bosch, alias Harry Bosch, que j’affectionne particulièrement parce que sa personnalité taciturne me plait. Connelly est un écrivain très prolifique avec une publication par an et parfois jusqu’à deux.  Je crois qu’à la date d’aujourd’hui on arrive à plus de 28 publications depuis 1992.

Je les ai lus presque tous (surtout la série avec Harry Bosch) et j’en possède quelques uns. Mes préférences vont au Poète de 1996, La blonde en béton de 1994, Créance de sang de 1998, et bien d’autres.

Dans ce blog j’ai commenté La lune était noire ( 2000) en juillet 2015, polar qui m’avait bien plu, palpitant et original car les protagonistes sont des truands et aussi parce que le personnage principal est une femme malfrat, Carrie Black. Et Le Cinquième Témoin (2011) avec un billet en février 2015, qui m’avait paru par moments un peu longuet avec les digressions autour de la machine judiciaire « made in the US » et qui met en vedette l’avocat Mickey Haller, demi-frère de Harry Bosch, un avocat bien sympathique, choqué par certaines pratiques et prêt à rendre sa robe d’avocat.

Mariachi Plaza ( The Burning Room, 2014) est un très bon Connelly à mon goût. J’ai retrouvé avec plaisir ce Harry Bosch pour lequel j’ai un faible depuis toujours: j’adore sa détermination sous un aspect taciturne et assez sauvage, indomptable. Les deux titres, si différents de l’anglais (The Burning Room) au français (Mariachi Plaza) font allusion à deux affaires judiciaires bien distinctes mais ayant une connexion dans le récit, et nous saurons les tenants et les aboutissants à la fin de l’épisode.

Harry Bosch est à moins d’un an de sa retraite comme inspecteur de LAPD, il est assigné aux cold cases, c’est à dire, aux cas non résolus. C’est curieux comme cela peut être différent d’un pays à l’autre car au Danemark par exemple, on met un policier « sur la touche » sur les cas non résolus, c’est une sorte de mise au placard, c’est une quasi « sanction » (cf  février 2017, avec l’auteur de polars danois Adler-Olsen et son commissaire Carl Mørck). Aux USA ce serait tout le contraire, c’est  une consécration pour un policier chevronné, une reconnaissance du bon labeur engrangé  au fil d’une carrière. Et on va affecter un jeune policier au flic senior afin de former un binôme pour perpétuer le savoir faire du senior.

Dans cet épisode il y a peu d’hémoglobine, mais beaucoup de tension psychologique. Et ce qui m’a rendu le livre intéressant, c’est de voir par le détail, le mode de fonctionnement de LAPD avec les rapports parfois houleux entre les policiers mais aussi avec la hiérarchie. C’est très politisé, très verrouillé et pas mal vérolé… L’affaire qui m’a choqué le plus est celle qui consiste à suspendre, pour n’importe quel motif, de vieux policiers juste avant leur retraite afin d’économiser de l’argent car lorsqu’il y a suspension, ils ne touchent pas toute leur retraite. Cela me semble un manque d’éthique colossal envers des citoyens qu’ont mis leur vie en danger pour la communauté et ce, pendant des années ! Mais il y a aussi d’autres anomalies de taille et rien que pour cela, ce roman est très intéressant. J’imagine que Connelly doit avoir de bons contacts au sein de LAPD pour en être aussi bien informé.

Pour en revenir au livre, le titre fait référence à l’ assassinat d’un mariachi qui se trouvait ce jour là au mauvais endroit à cette Mariachi Plaza où des mariachis jouent afin de se faire engager. Le meurtre a eu lieu plus de 20 ans auparavant !

Harry Bosch vient de récupérer une jeune co-équipière, Lucia Soto, d’origine mexicaine. C’est incroyable la succession de noms hispaniques au sein de LAPD, à tel point que lorsque l’on croise un nom américain (surtout irlandais) le lecteur éprouve soudainement une surprise… Mais Lucia Soto n’est pas là par hasard; elle a du se faire probablement pistonner pour être à côté de Harry Bosch car elle veut résoudre une autre affaire judiciaire qui la concerne personnellement. C’est la partie de l’histoire que j’ai trouvé un peu trop « arrangée » et peu vraisemblable.

La ville de LA est décrite avec une précision d’entomologiste et ceux qui la connaissent vont se régaler.

A la fin du livre, et pour la première fois j’ai été émue jusqu’aux larmes, ce qui est plutôt rare. Je pense qu’il faut lire l’opus car il en vaut vraiment la peine pour toute l’information que Connelly nous livre autour de cette mythique LAPD et ses modus operandi.

MARIACHI PLAZA, Livre de Poche 2017 (N°34523)  (M.C. 2014),  ISBN 978-2-253-08637-6

Meurtre au 31è étage de Per Wahlöö

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Per Wahlöö fut un journaliste et écrivain de polars suédois (Församling Tölö 1926-Malmö 1975). A partir des années 60 il publiera une série de polars (10 volumes) en collaboration avec sa compagne, Maj Sjöwall, mettant en lumière l’inspecteur puis commissaire Martin Beck. Le couple est reconnu comme ayant inventé le roman noir scandinave, aujourd’hui très largement représenté sur le marché du polar. Si les enquêtes de Martin Beck sont largement connues, il est moins connu que Wahlöö a écrit et publié seulement 3 romans sous son seul nom, avec le commissaire Peter Jensen comme protagoniste. Ces romans se situent dans une Suède fictive mettant en lumière les dérives de la société suédoise.

Meurtre au 31è étage (1964) est un polar bien différent, avec un tempo un peu déphasé et où le protagoniste, le commissaire Jensen du seizième district de Stockholm, est un morne policier qui est (déjà) malmené par son métier de flic responsable de sa section qui doit résoudre dans les meilleurs délais des enquêtes un peu glauques (…c’était un officier de police d’âge moyen, de corpulence ordinaire, au visage lisse et inexpressif). De plus, ce pauvre Jensen est affublé de douleurs abdominales lancinantes de l’hypochondre droit et il passe son temps à boire du thé avec des biscottes, ainsi qu’à ingurgiter du bicarbonate de sodium en vrac (nous n’avons pas encore l’irruption massive du café dans les pages des polars…).

Dans ce polar, Jensen est appelé à résoudre le mystère autour de l’arrivée d’une lettre anonyme au sein de la Direction d’un puissant groupe éditorial à Stockholm, groupe qui se tient dans un immeuble de 30 étages, le plus haut de la ville. En fait, c’est un groupe qui détient la totalité de ce qui se publie, soit 144 périodiques avec un tirage supérieur à 21 millions d’exemplaires ! Autrement dit, le groupe contrôle presque toute l’information circulante et de plus, il la manipule parce que cette presse se veut « utile » pour les lecteurs car elle s’adresse à la famille toute entière et s’efforce d’être lisible par tous, de ne pas susciter d’agressivité, du mécontentement ou de l’inquiétude de la part du lectorat. Ainsi ce groupe éditorial satisfait le désir naturel de divertissement de chacun. Bref, le groupe concourt à la bonne entente nationale et crée des passerelles entre les partis politiques, entre la monarchie et la république. Et tout le mérite revient aux dirigeants du groupe éditorial…

Le problème est que dans tous les domaines, on essayait de rapprocher les opinions et les méthodes utilisées, lesquelles avaient presque uniquement pour principe de passer sous silence les contradictions et les difficultés. On masquait les problèmes, on les faisait passer après une constante amélioration du niveau de vie, on les enveloppait dans des mots creux crachés par la radio, la presse et la télévision. Tout cela portait le nom de « divertissement inoffensif« . Mais l’individu se sentait pris en charge en tant que personne physique et traité en irresponsable sur le plan de l’esprit; la politique et la société étaient devenues difficiles à comprendre, tout était acceptable mais inintéressant; et cela  créait chez l’individu un désarroi, suivi d’une indifférence générale. Et tout au fond, une terreur indéfinissable. Et l’un des principes fondamentaux de l’Entente est que tout doit être rentable. Tous les procès, y compris ceux concernant des bagatelles, ont fini par échapper plus ou moins au citoyen. Le motif était toujours le même : protéger l’individu contre des faits scandaleux, choquants ou effrayants, capables de troubler sa quiétude d’esprit.

En apparence dans cette société tout s’était amélioré, mais il y avait trois ombres : l’alcoolisme, le taux de suicides et la baisse de la natalité.

L’immeuble de l’Éditorial comporte 31 étages et le dernier étage est appelé « la section spéciale » ou « section 31 »; à cet étage le travail est mystérieux; les employés qui élaborent des projets appelés dummy, sont deux douzaines d’individus à la volonté affirmée sans dénominateur commun préalable, qui seront relégués à produire un journal « à l’ancienne »;  ce journal ne sera jamais édité car il aurait pu éveiller la conscience de certains. Il s’agit de propager l’indifférence sans  rencontrer d’obstacles.

Dans cette Suède fictive, la société a un grave problème d’alcoolisme et celui-ci est traqué et condamné sans merci (…bien que combattu très activement, l’alcoolisme sur la voie publique ne cessait d’augmenter et, depuis que le gouvernement avait fait adopter une nouvelle loi interdisant la consommation excessive d’alcool même en privé, la tâche de la police était devenue pratiquement surhumaine. De 2 à 3 mille personnes plus ou moins ivres mortes étaient arrêtées chaque soir; la moitié environ étaient des femmes. Et ce, malgré un impôt de 500% sur l’alcool. Mais les conditions de vie sont telles que  les gens sont pratiquement  amenés à se saouler à mort pour échapper à la morosité orchestrée et pour couronner le tout, on rafle 300 mille couronnes par jour en amendes pour alcoolisme, rien qu’à Stockholm…).

Constat amer d’une société muselée par les organes d’information, où l’on pratique à l’échelle nationale un « lavage de cerveau » de l’habitant. C’est devenu monnaie courante sous nos latitudes, n’est-ce pas?

MEURTRE AU 31è ÈTAGE, Rivages / Noir 801 2010 (PW 1964),  ISBN 978-2-7436-2161-2

Brunetti entre les lignes de Donna Leon

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Donna Leon est une écrivaine nord-américaine (New Jersey 1942) ayant exercé plusieurs métiers avant de conquérir une notoriété internationale avec les enquêtes du Commissaire Guido Brunetti.  Elle vit à Venise depuis 1969, dans le quartier du Cannaregio, c’est une raison pour laquelle elle a refusé jusqu’à maintenant que ses romans soient traduits à l’italien afin de garder son total anonymat à Venise…Ses plus fervents lecteurs se trouvent en Allemagne et en Autriche.

Elle fuit Venise lors du Carnaval en raison de l’agitation excessive autour de cet événement. Madame Leon est une férue de musique baroque, notamment de Hændel, participant  activement à des événements ayant un rapport avec la musique baroque.

Elle avoue lire peu de romans policiers tout en gardant une grande estime pour l’auteure de polars britannique Ruth Rendell.

Le premier opus avec le Commissaire Brunetti remonte à 1997, c’était Mort à La Fenice, mon préféré.  Madame Leon raconte que l’inspiration pour créer le personnage de Brunetti lui vint par défi et par jeu lors d’un entracte au théâtre La Fenice.

Actuellement elle  est à son 25è livre; l’écrivaine avoue nécessiter un an pour écrire un épisode, toujours comportant environ 360 pages et elle s’applique une discipline rigoureuse :  1 page par jour y compris dimanche en se nourrissant de l’atmosphère si particulière de Venise et en lisant soigneusement les faits divers dans les journaux locaux : Il Gazettino et La Nuova Venezia.

Une série de 24 épisodes de 90 minutes a été tournée par la TV allemande  et diffusée par France 3 en 2010 sous le titre de Commissaire Brunetti avec Joaquim Król dans le rôle du commissaire. Toutes les scènes extérieures ont été tournées à Venise; l’appartement des Brunetti a été situé sur le Grand Canal à l’embouchure du Rio di San Polo. J’aime beaucoup cette série allemande, d’abord parce que les physiques des acteurs m’ont semblé si adéquats par rapport à l’idée que je m’en faisais d’eux. Puis, de revoir Venise dans ses petits recoins me comble de bonheur, même si les intrigues policières ne sont pas particulièrement palpitantes.

J’ai lu presque tous les opus et en possède 11 avec celui-ci, et j’ai publié un billet en mars 2016 sur L’inconnu du Grand Canal.  C’est toujours un plaisir de parcourir Venise avec le Commissaire Brunetti, de le suivre dans sa vie familiale et d’apprendre plein de petits détails sur la vie des « vrais Vénitiens ». Je voudrais depuis longtemps relire les romans de Donna Leon pour repérer justement tous ces détails et les noter sur un papier, je n’ai jamais le temps…

Brunetti entre les lignes (By its cover, 2014) est un bon opus, c’est le 24è épisode : un seul mort, beaucoup de bavardages et Venise dans toute sa splendeur. Le sujet m’a insupporté : on vole et on dégrade en arrachant des pages à des incunables dans la Bibliothèque Merula (nom fictif, mais un humaniste italien Giorgio Merula vécut au XVè…). Je frémis d’horreur en pensant à de tels actes criminels perpétrés sur des livres anciens. Et il parait que cela existe bel et bien et qu’il y a tout un commerce autour.

Pour revenir à ce tome, il est toujours plaisant de retrouver Brunetti, toujours marié avec la belle et culte Paola, professeur d’anglais. Leurs deux enfants sont adolescents maintenant : Raffi et Chiara. Et en dehors de nous promener dans Venise comme si nous y étions, nous assistons à leur vie privée avec menus et vins affichés. Le commissaire rentre tous les jours déjeuner chez lui ainsi que son épouse (ah! la belle vie). Paola Brunetti est très cultivée, mais aussi excellente cuisinière; elle   est la fille du comte Falier et les rencontres du ménage Brunetti avec les beaux parents dans leur palace, mettent très bien et avec finesse les différences entre la vieille noblesse et un roturier même très bien dégrossi, tel que notre Brunetti. Le comte Falier a des manières surannées, une vraie élégance morale.

Il faut lire entre les lignes pour sentir le choc que ressentent les vénitiens, par exemple, lorsque ces monstres de la mer, ces paquebots de plus de 2 000 passagers accostent directement sur le Grand Canal. Page 20 Brunetti remarque que le sol est humide et constellé de vastes flaques d’eau, qui s’étendent le long des murs des immeubles. Il regarde sur le bord du quai  le niveau de l’eau et constate qui se trouve à plus de 50 cm en dessous et que toute cette eau ne peut s’expliquer que par le passage du navire. Et il était censé croire, lui et ses concitoyens que l’administration prend pour des idiots, que ces bateaux ne font subir aucun dommage aux matériaux composant la ville…

Force est de constater que les pauvres Vénitiens sont envahis massivement tout le long de l’année. Page 98 Brunetti prend la large Via Garibaldi, un des rares quartiers de la ville avec encore essentiellement des Vénitiens. Il suffisait de voir les gilets en laine beige et tous ces cheveux coupés court et soigneusement permanentés pour être sûrs que les vieilles dames étaient bien du cru. Ici, les gens achetaient des choses dont ils avaient besoin dans leurs cuisines; ils achetaient aussi du papier hygiénique, ou encore les tee-shirts en coton blanc uni qu’ils portaient à la place de maillots de corps.

Le commissaire Guido Brunetti va mener l’enquête aidé par Vianello et la signorina Elettra, un as de l’informatique sachant soutirer du web des renseignements mieux qu’un hacker chevronné.

La fin de l’histoire est originale puisque Donna Leon livre les renseignements et le lecteur se raconte la fin…Pas mal du tout et merci à toi Catherine S. pour ce cadeau.

BRUNETTI ENTRE LES LIGNES, Points Roman P4486(2017) Donna Leon 2014, ISBN 978-2-7021-5717-6

Dossier 64 de Jussi Adler-Olsen

Afficher l'image d'origine Jussi Adler-Olsen est un écrivain danois (Copenhague 1950) qui fait partie du vaste groupe d’écrivains nordiques de polars. Il rencontre un grand succès puisqu’il a  été traduit dans plus de 40 langues !

Dossier 64 fait partie de la série d’enquêtes du Département V (et qu’en danois s’appelle Q, mais cela a été changé en français pour éviter toute grivoiserie éventuelle); c’est déjà un quatrième volume, paru au Danemark en 2010 où il fût la meilleure vente de l’année décrochant le meilleur Prix littéraire danois : le Prix du Club des Libraires. L’écrivain a prévu de publier une dizaine de volumes impliquant ce Département.

Les suspenses de Adler-Olsen sont à base « d’affaires classées et non résolues » sur fond de fascisme et d’humour danois que je découvre. Et Dossier 64 touche un sujet délicat et réel : les années d’eugénisme au Danemark. L’eugénisme danois est l’un des plus intéressants et énigmatiques au sein des pays nordiques: voici un pays européen, de l’Europe du Nord, qui vota  en 1929 la première loi de stérilisation  (deuxième pays après le canton de Vaud en Suisse), une pratique reconduite jusque dans les années 60. Puis l’eugénisme devient un enjeu politique avec l’arrivée au pouvoir des sociaux-démocrates en 1924.

Dossier 64 est un volume assez politique qui va impliquer cette période de l’Histoire puisqu’il se passe dans les années 50 pendant la jeunesse des femmes protagonistes de ce polar, puis dans les années 80 où s’opèrent plusieurs disparitions inexpliquées qui vont atterrir sur le bureau du commissaire chargé des cas irrésolus en 2010. L’usage du flash-back est incessant dans le roman, mais c’est bien articulé et ne gêne pas à la compréhension générale de l’affaire.

(L’îlot de Sprogø du roman existe bel et bien et il accueillit entre 1922 et 1967 une clinique eugéniste où des médecins stérilisèrent des femmes attardées, des filles-mères ou des prostituées. Une époque où le régime s’attaquait aux minorités et aux citoyens les plus fragiles: handicapés mentaux, minorités ethniques et cas sociaux).

Ce commissaire chargé du Département V est tout un personnage : c’est un flic un peu ours quoique tendre à l’intérieur, il s’appelle Carl Mørck et il a été nommé dans ce « placard »(sous- sol glauque et étroit) à la suite d’une affaire policière qui a mal tourné : lors d’un déplacement de routine un de ses collègues s’est fait tuer et l’autre est resté paraplégique. Mørck s’en est sorti parce qu’il est resté tétanisé, coincé et protégé sous le corps de son collègue et ami mort dans l’échauffourée. Le commissaire est taraudé en permanence par ce vécu.

Il travaille dans ce sous-sol avec deux acolytes complètement atypiques : le syrien Hafez-el-Assad et Rose, la spécialiste des réseaux. L’assistant syrien est un personnage étrange, c’est quelqu’un qui visiblement a des pouvoirs occultes (d’où vient-il?, qui est-il? que fait-il dans la police alors qu’il n’a subi aucune formation?). Quant à Rose, elle est polyfacétique, voire carrément schizophrène par moments. Mais cette équipe au global, est très performante. Il paraît qu’au fil des romans, on connaitra la vérité sur Assad.

Je ne dévoile en rien la trame du polar car sinon, j’enlève de l’intérêt pour une lecture éventuelle. J’ai eu du mal au début puis j’ai accroché, trouvant que l’intrigue était un peu trop théâtrale avec une mise en scène presque grotesque. En revanche, j’ai été intéressée par la découverte des danois et leur constante ironie, leur manque de hiérarchie dans les rapports au commissariat; la cocasserie incroyable de certaines situations comme par exemple quand l’auteur décrit l’épidémie de grippe et/ou de gastro qui sévit au sein de l’équipe. On ne dirait pas que ces nordiques pouvaient être aussi délurés.

Un mot sur l’excellence de la traduction de Caroline Berg qui a su rendre les dialogues aussi savoureux.

DOSSIER 64, Le Livre de Poche 34001, 2015 (J Adler Olsen 2010),  ISBN 978-2-253-09515-6

The Racketeer by John Grisham

Afficher l'image d'origineJohn Ray Grisham is an american bestselling writer (Arkansas 1955) and also an attorney and politician well known for his legal thrillers. His books have been translated into more than 42 languages, and sold over 275 millions copies worldwide! His first novel was published in 1989. Grisham is among the three authors to have sold  2 millions copies on a first printing : the other two are Tom Clancy and JK Rowling. His first bestseller was The firm in 1991 which sold more than 7 millions copies and was  adapted first in 1993 in a movie of the same name starring Tom Cruise, then in 2012 in a TV series.

I’ve read many of his books and I like his writing because he builds good plots told through short and dynamic chapters, written like a script.

The Racketeer (2012)  Le manipulateur (2013) in French is another legal thriller novel. This is John Grisham’s 30th book. This time I found there was too much legal jargon and explanations, which rather annoyed me. I do admit that is a way to explain the importance of Law in the US, a complex and often flawed legal system ; this time the main protagonist is an African American.

About the title. A rack-e-teer is a person who obtains money illegally, as by fraud, by extortion, etc.

This time the plot is quite complicated and centred around the implication of the federal government in corruption and abuses. The plot starts with the murder of  Federal Judge Raymond Fawcett. Something went wrong with Judge Fawcett in 2000, his opinions were shorter, not as well reasoned, nasty at times. That year, he was nominated by President Clinton on the Fourth Circuit Court of Appeals in Richmond, which means that he was among the 15 judges considering only appeal cases. The biggest case in his career was a case over uranium mining that began in 2003.

A Federal Judge in the US is somewhat of a God-like figure, a very important person since the Constitution allows him to serve until death. It’s a tremendous prestige earning little money (125 000 $ a year for a job filled with stress). The only rank higher than a Federal Judge is a US Supreme Court Judge. The federal prisons are a heavy business for the government (Federal Correction Institutions) since the cost per year for ONE inmate is 40 000$ in comparison with 8 000$ a year for an elementary school student. If the government swapped these costs, they could probably lower criminality considering how many illiterates there are in such a big territory.

The murder takes place and the FBI cannot find a single lead. Malcom Bannister is a 43- year -old disbarred black lawyer in prison since 5 years ago (out of 10) because of money laundering and accused of helping a client hide money from the FBI, the IRS and others under the control of his Law Firm. In truth, Bannister is not guilty and his only fault was to pick a dubious client. Bannister pretends to know about the murder and makes a deal with the FBI : if he gives out the name of the murderer, his sentence will be reduced according to Rule 35 of the Federal Rules of Criminal Procedure, which provides the only mechanism for the commutation of a prison sentence. If an inmate can solve a crime of interest to the Feds, then the sentence can be reduced. This takes the cooperation of the investigating authorities (FBI, DEA, CIA, ATF and so on) and of the court from which the inmate was sentenced. Bannister makes also a deal as to make him a member of the US Federal Witness Protection Program : this would provide him with a completely new identity, legal papers and money as to start a new life.

Lawyer Malcom Bannister gives the name of Quinn Rucker, 38, a black male convicted of distributing narcotics and sentenced to 7 years. This guy has a younger nephew that judge Fawcett indicted with a 18-year sentence despite offering a bribe to Fawcett of about half a million US$.  Everyone in the Rucker family is dealing with drugs ; they are rich and definitely revengeful.

From this point on the plot is a very good thriller; I was breathless and did not guess the end. The story is about revenge but also about the very devious and surprising destiny of a  smart man.

THE RACKETEER, Doubleday 2012,  ISBN 978-0-385-53514-4