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Santiago Quiñones, tira de Boris Quercia

Résultat de recherche d'images pour "boris quercia"  Boris Quercia es un actor, director, guionista, productor y escritor chileno (Santiago 1967). Es el autor de una película de mucho éxito « Sexo con amor » del 2003, ganadora del Premio Altazor 2004.

Santiago Quiñones, tira es su primera novela, de un género policial, publicada en 2010 (Les rues de Santiago en francés) y que será el objeto de una serie para la TV dirigida por Quercia con el rol estelar del tira Quiñones para el actor Tiago Correa (otro Santiago !).

Su segunda novela, Perro Muerto (aún no leída) le valdrá nada menos que el Premio de la Mejor Novela Policial Extranjera 2016, un Premio muy seguido en Francia donde las novelas del género policial tienen  un lectorado inmenso.

La definición de la palabra tira del título merece explicación, es una palabra que  emana del coa chileno para designar a un detective de investigaciones perteneciente a la PDI (Policía De Investigaciones). También se les llama rati porque en el lenguaje del coa suelen invertir las sílabas.

Es una novela que me gustó mucho porque me pasea por Santiago, porque el lenguaje es directo y muy visual, porque hay unas escenas tan jocosas y tremendas que me recuerdan a las películas de Tarantino

El tira Quiñones trabaja en Santiago y es poco decir que lleva la vida dura. Es un policía bastante típico : solitario, reflexivo,  dado a la bebida, ocasionalmente a la droga, a menudo al sexo sin amor. Es una personalidad compleja.

La novela empieza con una balacera de maleantes, sigue con el asesinato de un ex colega del tira Quiñones con toda la investigación rodeada de personajes y situaciones de todo pelaje, con un ritmo entre trepidante y reflexivo. Un acierto.

La historia tiene un vuelco después de la balacera porque Quiñones cruza en el camino a Ema,  una hembra de glúteos magníficos bajo una falda gris y ajustada, una vendedora de seguros con muchas cuerdas en su arco. Aunque no será este detalle anatómico que lo deslumbrará. No, porque como buen hombre Quiñones es fetichista y lo que lo descoloca son…los dientes chuecos de Ema. (Un día mi padre me dijo que lo primero que miraba en una mujer eran las piernas…)

Desde que Quiñones cruza en su camino a la bamboleante Ema, la novela ahonda hacia un mundo oscuro hecho de drogas, estafas, corrupción. La vida de un tira ocurre al límite de lo legal.

Tenemos pocas descripciones físicas del personaje de Quiñones; pero extrapolando el éxito que tiene con las féminas, es probable que sea muy apuesto. Lo divertido es que el tira Quiñones se hace pipi en los pantalones cuando está en situación crítica, anomalía que lo pinta muy humano.

No es el caso contar la trama de una novela policial porque sería spoiling para una novela de solo  150 páginas que se lee de un tirón. Tengo que leer la segunda y premiada novela (Perro Muerto) que espera sobre mis recargados anaqueles y me encantaría ver la serie televisiva.

SANTIAGO QUIÑONES, Roja y Negra 2010,  ISBN 978-956-9659-27-0

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Millénium 4 (Ce qui ne me tue pas) de David Lagercrantz

Résultat de recherche d'images pour "david lagercrantz" David Lagercrantz est un journaliste et auteur de best sellers suédois (Solna 1962). Il a relevé le défi de continuer la trilogie de Stieg Larsson qui avait connu un succès planétaire avec 6 millions d’exemplaires vendus. Cette saga, imaginée au début des années 2000 par Larsson a été publiée après sa mort car Stieg Larsson est décédé en 2004 à l’âge de 50 ans de crise cardiaque et seulement 10 mois avant la parution du premier tome. Il paraît que Larsson voulait écrire une dizaine de tomes, donc quelque part, continuer la saga c’est respecter sa mémoire et son souhait.

Bien sûr, j’ai lu la trilogie et je l’ai appréciée énormément, devenant presque addict, car prenant sur mes heures de sommeil pour avancer dans l’histoire…J’ai été littéralement fascinée par le personnage de Lisbeth Salander, la punkette pourfendeuse de justice tellement brillante. Lorsque j’ai su que Larsson s’était inspiré du personnage de Fifi Brindacier d’Astrid Lindgren pour construire le personnage de Salander, j’ai acheté l’intégrale des romans sur Fifi et je dois dire que je me suis régalée avec cette lecture : c’est tellement drôle et en même temps tellement osé, limite méchant, ce que je trouve assez caractéristique du monde des enfants qui ne sont pas toujours des anges ni si innocents que cela…

Aussi, à l’occasion d’un voyage à Stockholm j’ai suivi un circuit « Millénium » avec un groupe de mordus de la trilogie, originaires du monde entier. On nous a promenés sur les lieux du roman jusqu’à aller boire un café puis une bière dans les lieux cités dans le livre et visiter la rue où se situe l’appartement ayant servi de modèle à Larsson. Un peu à la façon du circuit Da Vinci Code monté à Paris (pour les Américains) ou le circuit provençal d’après les livres de Peter Mayle pour les Anglais…

Millénium 4 est sorti simultanément dans 24 pays, c’est déjà un exploit incroyable. Des clauses de confidentialité et le secret le plus absolu ont été  exigés avant la parution du livre.

Franchement, j’étais réticente à lire Millénium 4, mais je ne le regrette pas car c’est un bon thriller qui ne copie en rien à Larsson mais reprend les personnages clés de la trilogie donnant une part d’or au journaliste Blomkvist et à l’ineffable punkette Salander. Il y a deux aspects du livre qui m’ont paru difficiles : les noms suédois des lieux cités et les personnages qui surgissaient au fil des chapitres et que j’avais du mal à situer…(manque de concentration de ma part?)

Dans ce tome le journaliste Blomkvist au début semble assez désabusé, son journal Millénium est en crise car les ventes sont en chute libre et la publicité à la baisse, il existe une forte pression de la part des actionnaires pour trouver des sujets « vendeurs » et le journal a dû se résigner à accepter l’entrée de capitaux émanant d’un milieu porteur de valeurs éloignées de celles de Blomkvist. Il y a dans ce tome une critique assez virulente envers la presse suédoise.

Blomkvist et Salander vont reprendre contact via Internet. Il se trouve que la brillante Salander va pirater rien de moins que la NSA (National Security Agency). Nous aurons la description fouillée de l’espionnage industriel à haut niveau qui emploie des hackers recrutés au niveau de la planète et qui gravitent dans un monde fermé, cryptique, impitoyable; ils se connaissent entr’eux par des pseudonymes et communiquent de façon ultra sécrète car derrière cet infra monde circule beaucoup trop d’argent sale.

Le livre s’ouvre sur un brillant professeur-chercheur d’université suédois qui fait de la recherche à haut niveau sur l’Intelligence Artificielle (IA). Cet homme veut reprendre avec lui son fils autiste, qu’il a négligé. L’introduction de cet enfant autiste dans le récit est un trait de génie de la part de Lagercrantz car il nous introduit dans le milieu peu connu et fascinant, celui des autistes génies qui sont programmés pour réaliser certaines prouesses bien précises dans les domaines mathématiques, de la musique, du dessin ou de la mémoire tout court. C’est très intéressant.

Le livre est très documenté en ce qui concerne l’IA et le monde très fermé des hackers et leurs techniques. Aussi, nous serons ébaubis par l’importance de l’espionnage industriel au niveau planétaire.

Le titre de cet opus émane d’une phrase que le père de Salander, le bandit russe Zalachenko avait noté sur une feuille de papier « ce qui ne me tue pas me rend plus fort« , une citation attribuée à Nietzsche et qui était le mot de passe de son ordinateur (une brute cultivée, alors?).

Un thriller haletant, avec de l’action musclée, de l’information intéressante et une Salander plus fascinante que jamais car on devine que la suite va s’articuler autour de son passé obscur et très violent. Vivement le tome 5.

MILLÉNIUM 4, Babel Noir N° 180, 2015,  ISBN 978-2-330-07678-8

Dans la brume électrique de James Lee Burke

Résultat de recherche d'images pour "james lee burke in the electric mist with confederate dead"   James Lee Burke est un écrivain nord-américain (Houston 1936) connu par ses romans policiers, surtout pour la série avec le shérif David Robicheaux à New Iberia en Louisianne. L’écrivain est détenteur de nombreux prix et d’au moins deux adaptations pour le cinéma.

J’ai commenté le 9 décembre 2017 La descente de Pégase, un polar avec le shérif Robicheaux, un premier livre lu de Burke et qui m’avait interpellé par une écriture fouillée et assez riche, donnant une bonne idée de la Louisianne, le Deep South.

Voici Dans la brume électrique dont le nom exact est Dans la brume électrique avec les morts confédérés (In the Electric Mist with Confederate Dead, 1992), un deuxième roman de Lee Burke lu assez rapidement après le premier;  de plus il existe un consensus pour dire que ce serait son meilleur opus.

L’intrigue policière est assez complexe et perdue dans les méandres d’autres soucis. La description de la nature de la Louisianne est toujours aussi somptueuse et tellement juste que l’on croit sentir des odeurs et percevoir des bruits. Le shérif Robicheaux est toujours sujet à ses vieux démons, c’est à dire, aux accès de violence et à son passé d’alcoolo. En lisant ce roman, il découle l’idée que dans la petite ville de New Iberia, il y a une forte collusion entre les autorités locales, les notables et une mafia tentaculaire qui touche à la drogue (largement répandue), à la prostitution organisée en réseaux, aux jeux.

En gros, une équipe de filmation arrive à New Iberia pour tourner un film sur la Guerre de Sécession, cela signifie de l’argent à gagner pour le patelin et ses commerces, mais  l’un des commanditaires  est Julie Balboni un caïd de la drogue et de la prostitution et un ancien camarade d’école de Robicheaux. Les deux hommes ont un vieux contentieux à régler,  Balboni est très susceptible, mais il fait faire le sale boulot à des sbires. Des meurtres assez sauvages seront perpétrés sur des jeunes femmes  et Robicheaux est persuadé que ces affaires sont en rapport avec Balboni.

L’enquête traîne et toute sortes d’entraves apparaissent pour, soit cacher la vérité, soit dissuader le shérif de poursuivre son travail; l’affaire sera poussée jusqu’à recevoir des menaces sur sa vie privée. Le FBI est impliqué dans l’enquête puisqu’ils envoient l’agent Rose Gomez, spécialisée dans le langage corporel pour aider une enquête difficile.

C’est un polar assez dur où l’intrigue est secondaire par rapport aux « à côtés » : la justice, la corruption, la violence, la drogue, la prostitution omniprésente, les réseaux divers, et couronnant le tout, ce climat si particulier, chaud, humide, malsain, soumis à des intempéries violentes, particulier à La Louisianne.

Bien que bénéficiant du label « meilleur livre » de Lee Burke, j’ai eu plus de mal à le finir que La descente de Pégase, peut-être parce que j’ai ressenti des longueurs dans la narration et que pour moi un polar doit rester musclé surtout vers la fin.

Un film fut tourné par Bertrand Tavernier en 2009 avec Tommy Lee Jones dans le rôle de Robicheaux, film que je n’ai pas vu pour le moment. Je trouve que l’acteur Tommy Lee Jones correspond bien à l’image que je me faisais de Robicheaux.

 

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DANS LA BRUME ÉLECTRIQUE, Rivages/Noir N°314-1999(JLB 1992), ISBN 978-2-7436-1814-8

La descente de Pégase de James Lee Burke

Résultat de recherche d'images pour "james lee burke"   James Lee Burke est un écrivain nord-américain (Houston 1936) connu par ses romans policiers, surtout pour la série avec le shérif David Robicheaux. L’écrivain est détenteur de nombreux prix et au moins deux adaptations pour le cinéma.

La descente de Pégase 2010 (Pegasus Descending 2006) est le premier roman que je lis de lui et je dois dire que j’ai été séduite par l’épaisseur humaine du shérif Robicheaux. C’est encore un policier très désabusé, ancien alcoolique, bagarreur et très solide. Il est marié en deuxième noces avec Molly, une ancienne religieuse, ceci pour la note originale, mais pas tant que cela dans une région comme La Louisiane, anciennement française où la plupart des gens ont encore des noms à consonance française et sont catholiques.

La descente de Pégase a une trame assez  complexe. Il y a trois meurtres à élucider et Robicheaux est persuadé qu’ils ont un point commun. Tout le livre va se passer à la recherche d’indices et il sera opposé à sa supérieure ou à un juge véreux qui ne pense qu’à sa prochaine candidature politique et qui met tous les bâtons dans les roues possibles à Robicheaux.

Les trois meurtres servent à mettre en valeur les anomalies locales en matière de collusion, prévarication et surtout blanchiment d’argent. Aussi, Robicheaux nous explique combien cet État s’est corrompu depuis l’irruption de la drogue et les casinos à profusion avec la mainmise de la pègre. Le tableau dressé est assez consternant: la violence règne et atteint des sommets, les gens sont armés et les armes circulent avec une aisance ahurissante, les conflits raciaux sont permanents.

D’autre part le shérif Robicheaux ne cesse de culpabiliser après l’assassinat d’un ancien camarade du Vietnam qui fut abattu devant son nez et qu’il n’a pas pu défendre parce qu’il était sous l’emprise de l’alcool…ce meurtre le hantera et il ne cessera de penser à se venger car des ramifications vont surgir avec les nouveaux cas à résoudre.

Le descriptif de la nature de La Louisiane est somptueux, on s’y croirait dans les bayous avec les citations de la flore et de la faune locales. Il y a aussi pas mal de réflexions sur la politique et les moeurs locales ou nationales qui sont intéressantes. En voici un exemple (page 196)…la légalisation des jeux d’argent sur la majeure partie du territoire des États-Unis était un rêve érotique devenu réalité. L’argent qu’ils ramassaient grâce au traffic juteux des jeux d’argent, et qu’ils avaient toujours du mal à blanchir, n’était rien comparé aux sommes que rapportaient les casinos, les champs de courses et les loteries qu’ils géraient avec la bénédiction des services d’attribution des licences de jeux, à l’échelon fédéral comme à celui de l’État. En fait, non seulement le gouvernement avait offert à la pègre un cadeau royal qui allait bien au-delà de ses rêves les plus fous, mais les mafieux étaient en outre parvenus à subordonner le financement des services éducatifs aux taxes perçues sur les jeux d’argent sur le territoire des États-Unis, faisant ainsi des professeurs de la nation tout entière leurs supporters les plus fidèles…

Un polar à découvrir !

Il me faudra lire d’autres livres de Lee Burke pour consolider cette bonne impression.

LA DESCENTE ,Rivages/Thriller 2010 (JLB 2006),  ISBN 978-2-7436-2104-9

Lignes de feu de Jeffery Deaver

Burning Wire  Jeffery Deaver est un auteur américain (Chicago 1950) de polars  à succès, traduit dans plus de 25 langues et ayant récolté de nombreux prix. Il est à l’origine de la série avec le criminologue Lincoln Rhyme avec aujourd’hui 13 titres et déjà le titre du prochain : The Cutting Eye annoncé pour 2018; cela va faire les délices des suiveurs car j’avoue que l’ayant découvert avec ce tome, je ferai tout mon possible pour en lire d’autres et notamment son (paraît-il) magnifique premier tome Le Désosseur qui fait l’unanimité pour la qualité du polar.

Lignes de feu (The Burning Wire, 2010) est le neuvième opus avec le criminologue new-yorkais Lincoln Rhyme, devenu paraplégique suite à un accident de travail. Il est en couple avec sa co-équipière Amelia Sachs.

Je vais faire quelques remarques qui pourraient servir à d’autres lecteurs qui abordent l’oeuvre avec ce tome : 1) il est préférable de lire ce tome en ayant lu  Clair de Lune (N° 7) puisque le tueur à gages appelé L’Horloger va réapparaitre et le lecteur qui ne le connait pas, peut être désarçonné par la méconnaissance d’un sacré back-ground; 2)  il y a pléthore de personnages et par moments le lecteur se demande qui est qui. Si je l’avais su, j’aurais pris des notes en mettant un nom à côté de la fonction, mais quand j’y ai pensé,  j’ai eu la flemme de revenir en arrière; 3) j’ai beaucoup aimé ce polar mais j’ai été un peu déçue par la fin : trop emberlificotée, elle m’a semblé peu vraisemblable par moments même si le puzzle s’ajuste impeccablement.

C’est un polar trépidant caractérisé par Lincoln Rhyme , un criminologue consultant de la police de NY, qui vit en couple  avec Amelia Sachs, aussi de la police de NY, une jolie rousse souffrant d’arthrose mais faisant un très bon binôme avec Rhyme: elle, c’est les jambes sur le terrain munie d’une caméra frontale qui filme pour Rhyme les scènes du crime et lui, c’est le cerveau qui essaie de relier les indices. Le moins que l’on puisse dire c’est que nous avons là un couple très atypique.

Ce cas est difficile : un fou-assassin veut couler la compagnie d’électricité qui alimente la vorace ville de New York en exigeant que l’on coupe le courant dans toute la ville afin de montrer que l’on peut se passer du courant électrique (et sans réfléchir un instant aux conséquences collatérales sur des milliers d’individus…) tout en programmant des attentats meurtriers très proches dans le temps.

Ces attentats sont perpétrés avec le courant électrique en provoquant des arcs électriques ou des électrocutions. Tous les acteurs de la sécurité nord-américaine sont sur les dents et contre la montre. La tension du lecteur est au maximum. Les chapitres sont courts et efficaces, très à l’américaine, comme un script de film.

Thomas Alva Edison est à l’honneur dans ce livre, le pionnier de l’électricité. Voilà le parfait polar pour un ingénieur Supélec, tellement ici l’électricité est le nerf de la guerre (mais en fait c’est l’argent, hélas, comme souvent). C’est aussi très instructif sur la façon dont tout ceci fonctionne et c’est assez inquiétant.

Il y a en parallèle une autre intrigue puisque l’assassin dit L’Horloger réapparait, mais loin et au Mexique…cela tourmente Rhyme car c’est le seul assassin qui lui ait échappé jusqu’à maintenant. Et de fil en aiguille…mais pardi ! je ne vais pas faire la spoiler d’un roman  aussi captivant.

LIGNES DE FEU, Éditions des Deux Terres 2013 (JD 2010),  ISBN 978-2-84893-143-2

Mariachi Plaza de Michael Connelly

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Michael Connelly est un très grand auteur de polars nord-américain (Philadelphie 1956) ; c’est le « père »  du  detective de LAPD Hyeronimus Bosch, alias Harry Bosch, que j’affectionne particulièrement parce que sa personnalité taciturne me plait. Connelly est un écrivain très prolifique avec une publication par an et parfois jusqu’à deux.  Je crois qu’à la date d’aujourd’hui on arrive à plus de 28 publications depuis 1992.

Je les ai lus presque tous (surtout la série avec Harry Bosch) et j’en possède quelques uns. Mes préférences vont au Poète de 1996, La blonde en béton de 1994, Créance de sang de 1998, et bien d’autres.

Dans ce blog j’ai commenté La lune était noire ( 2000) en juillet 2015, polar qui m’avait bien plu, palpitant et original car les protagonistes sont des truands et aussi parce que le personnage principal est une femme malfrat, Carrie Black. Et Le Cinquième Témoin (2011) avec un billet en février 2015, qui m’avait paru par moments un peu longuet avec les digressions autour de la machine judiciaire « made in the US » et qui met en vedette l’avocat Mickey Haller, demi-frère de Harry Bosch, un avocat bien sympathique, choqué par certaines pratiques et prêt à rendre sa robe d’avocat.

Mariachi Plaza ( The Burning Room, 2014) est un très bon Connelly à mon goût. J’ai retrouvé avec plaisir ce Harry Bosch pour lequel j’ai un faible depuis toujours: j’adore sa détermination sous un aspect taciturne et assez sauvage, indomptable. Les deux titres, si différents de l’anglais (The Burning Room) au français (Mariachi Plaza) font allusion à deux affaires judiciaires bien distinctes mais ayant une connexion dans le récit, et nous saurons les tenants et les aboutissants à la fin de l’épisode.

Harry Bosch est à moins d’un an de sa retraite comme inspecteur de LAPD, il est assigné aux cold cases, c’est à dire, aux cas non résolus. C’est curieux comme cela peut être différent d’un pays à l’autre car au Danemark par exemple, on met un policier « sur la touche » sur les cas non résolus, c’est une sorte de mise au placard, c’est une quasi « sanction » (cf  février 2017, avec l’auteur de polars danois Adler-Olsen et son commissaire Carl Mørck). Aux USA ce serait tout le contraire, c’est  une consécration pour un policier chevronné, une reconnaissance du bon labeur engrangé  au fil d’une carrière. Et on va affecter un jeune policier au flic senior afin de former un binôme pour perpétuer le savoir faire du senior.

Dans cet épisode il y a peu d’hémoglobine, mais beaucoup de tension psychologique. Et ce qui m’a rendu le livre intéressant, c’est de voir par le détail, le mode de fonctionnement de LAPD avec les rapports parfois houleux entre les policiers mais aussi avec la hiérarchie. C’est très politisé, très verrouillé et pas mal vérolé… L’affaire qui m’a choqué le plus est celle qui consiste à suspendre, pour n’importe quel motif, de vieux policiers juste avant leur retraite afin d’économiser de l’argent car lorsqu’il y a suspension, ils ne touchent pas toute leur retraite. Cela me semble un manque d’éthique colossal envers des citoyens qu’ont mis leur vie en danger pour la communauté et ce, pendant des années ! Mais il y a aussi d’autres anomalies de taille et rien que pour cela, ce roman est très intéressant. J’imagine que Connelly doit avoir de bons contacts au sein de LAPD pour en être aussi bien informé.

Pour en revenir au livre, le titre fait référence à l’ assassinat d’un mariachi qui se trouvait ce jour là au mauvais endroit à cette Mariachi Plaza où des mariachis jouent afin de se faire engager. Le meurtre a eu lieu plus de 20 ans auparavant !

Harry Bosch vient de récupérer une jeune co-équipière, Lucia Soto, d’origine mexicaine. C’est incroyable la succession de noms hispaniques au sein de LAPD, à tel point que lorsque l’on croise un nom américain (surtout irlandais) le lecteur éprouve soudainement une surprise… Mais Lucia Soto n’est pas là par hasard; elle a du se faire probablement pistonner pour être à côté de Harry Bosch car elle veut résoudre une autre affaire judiciaire qui la concerne personnellement. C’est la partie de l’histoire que j’ai trouvé un peu trop « arrangée » et peu vraisemblable.

La ville de LA est décrite avec une précision d’entomologiste et ceux qui la connaissent vont se régaler.

A la fin du livre, et pour la première fois j’ai été émue jusqu’aux larmes, ce qui est plutôt rare. Je pense qu’il faut lire l’opus car il en vaut vraiment la peine pour toute l’information que Connelly nous livre autour de cette mythique LAPD et ses modus operandi.

MARIACHI PLAZA, Livre de Poche 2017 (N°34523)  (M.C. 2014),  ISBN 978-2-253-08637-6

Meurtre au 31è étage de Per Wahlöö

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Per Wahlöö fut un journaliste et écrivain de polars suédois (Församling Tölö 1926-Malmö 1975). A partir des années 60 il publiera une série de polars (10 volumes) en collaboration avec sa compagne, Maj Sjöwall, mettant en lumière l’inspecteur puis commissaire Martin Beck. Le couple est reconnu comme ayant inventé le roman noir scandinave, aujourd’hui très largement représenté sur le marché du polar. Si les enquêtes de Martin Beck sont largement connues, il est moins connu que Wahlöö a écrit et publié seulement 3 romans sous son seul nom, avec le commissaire Peter Jensen comme protagoniste. Ces romans se situent dans une Suède fictive mettant en lumière les dérives de la société suédoise.

Meurtre au 31è étage (1964) est un polar bien différent, avec un tempo un peu déphasé et où le protagoniste, le commissaire Jensen du seizième district de Stockholm, est un morne policier qui est (déjà) malmené par son métier de flic responsable de sa section qui doit résoudre dans les meilleurs délais des enquêtes un peu glauques (…c’était un officier de police d’âge moyen, de corpulence ordinaire, au visage lisse et inexpressif). De plus, ce pauvre Jensen est affublé de douleurs abdominales lancinantes de l’hypochondre droit et il passe son temps à boire du thé avec des biscottes, ainsi qu’à ingurgiter du bicarbonate de sodium en vrac (nous n’avons pas encore l’irruption massive du café dans les pages des polars…).

Dans ce polar, Jensen est appelé à résoudre le mystère autour de l’arrivée d’une lettre anonyme au sein de la Direction d’un puissant groupe éditorial à Stockholm, groupe qui se tient dans un immeuble de 30 étages, le plus haut de la ville. En fait, c’est un groupe qui détient la totalité de ce qui se publie, soit 144 périodiques avec un tirage supérieur à 21 millions d’exemplaires ! Autrement dit, le groupe contrôle presque toute l’information circulante et de plus, il la manipule parce que cette presse se veut « utile » pour les lecteurs car elle s’adresse à la famille toute entière et s’efforce d’être lisible par tous, de ne pas susciter d’agressivité, du mécontentement ou de l’inquiétude de la part du lectorat. Ainsi ce groupe éditorial satisfait le désir naturel de divertissement de chacun. Bref, le groupe concourt à la bonne entente nationale et crée des passerelles entre les partis politiques, entre la monarchie et la république. Et tout le mérite revient aux dirigeants du groupe éditorial…

Le problème est que dans tous les domaines, on essayait de rapprocher les opinions et les méthodes utilisées, lesquelles avaient presque uniquement pour principe de passer sous silence les contradictions et les difficultés. On masquait les problèmes, on les faisait passer après une constante amélioration du niveau de vie, on les enveloppait dans des mots creux crachés par la radio, la presse et la télévision. Tout cela portait le nom de « divertissement inoffensif« . Mais l’individu se sentait pris en charge en tant que personne physique et traité en irresponsable sur le plan de l’esprit; la politique et la société étaient devenues difficiles à comprendre, tout était acceptable mais inintéressant; et cela  créait chez l’individu un désarroi, suivi d’une indifférence générale. Et tout au fond, une terreur indéfinissable. Et l’un des principes fondamentaux de l’Entente est que tout doit être rentable. Tous les procès, y compris ceux concernant des bagatelles, ont fini par échapper plus ou moins au citoyen. Le motif était toujours le même : protéger l’individu contre des faits scandaleux, choquants ou effrayants, capables de troubler sa quiétude d’esprit.

En apparence dans cette société tout s’était amélioré, mais il y avait trois ombres : l’alcoolisme, le taux de suicides et la baisse de la natalité.

L’immeuble de l’Éditorial comporte 31 étages et le dernier étage est appelé « la section spéciale » ou « section 31 »; à cet étage le travail est mystérieux; les employés qui élaborent des projets appelés dummy, sont deux douzaines d’individus à la volonté affirmée sans dénominateur commun préalable, qui seront relégués à produire un journal « à l’ancienne »;  ce journal ne sera jamais édité car il aurait pu éveiller la conscience de certains. Il s’agit de propager l’indifférence sans  rencontrer d’obstacles.

Dans cette Suède fictive, la société a un grave problème d’alcoolisme et celui-ci est traqué et condamné sans merci (…bien que combattu très activement, l’alcoolisme sur la voie publique ne cessait d’augmenter et, depuis que le gouvernement avait fait adopter une nouvelle loi interdisant la consommation excessive d’alcool même en privé, la tâche de la police était devenue pratiquement surhumaine. De 2 à 3 mille personnes plus ou moins ivres mortes étaient arrêtées chaque soir; la moitié environ étaient des femmes. Et ce, malgré un impôt de 500% sur l’alcool. Mais les conditions de vie sont telles que  les gens sont pratiquement  amenés à se saouler à mort pour échapper à la morosité orchestrée et pour couronner le tout, on rafle 300 mille couronnes par jour en amendes pour alcoolisme, rien qu’à Stockholm…).

Constat amer d’une société muselée par les organes d’information, où l’on pratique à l’échelle nationale un « lavage de cerveau » de l’habitant. C’est devenu monnaie courante sous nos latitudes, n’est-ce pas?

MEURTRE AU 31è ÈTAGE, Rivages / Noir 801 2010 (PW 1964),  ISBN 978-2-7436-2161-2