Archive | mars 2018

La soif de Jo Nesbø

Jo Nesbø  Jo Nesbø est un écrivain et scénariste norvégien (Oslo 1960) auteur de polars et de livres pour la jeunesse. Son héros récurrent est l’inspecteur Harry Hole, un stéréotype d’inspecteur entre ours-alcoolo-tabagique, loup solitaire qui utilise des méthodes peu orthodoxes pour résoudre les cas, mais qui néanmoins est le meilleur dans sa branche. Les épisodes peuvent se dérouler en Norvège ou à l’étranger.

L’auteur Jo Nesbø a vendu plus de 30 millions d’exemplaires de par le monde. C’est impressionnant.

Un film est sorti en novembre 2017 sur son livre Le Bonhomme de neige (2007) avec Michael Fassbinder dans le rôle d’Harry Hole.

La soif  est le 11ème épisode avec l’inspecteur Harry Hole et le premier polar que je lis de Nesbø. Je dois dire que je suis séduite; voici une lecture qui m’a rendu addicte, je ne pouvais pas arrêter de lire l’ouvrage de presque 600 pages que j’ai lu en trois fois…Ceci ne m’arrivait pas depuis la trilogie de Millenium du regretté Larson ou dans un degré moindre, avec Je ne suis pas Pilgrim de Terry Hayes. Mais franchement, en comparaison, Millenium me semble un manuel pour maternelle à côté de cette bombe d’horreur et d’efficacité.

Pour Nesbø, Harry Hole est un tissu de contradictions et c’est probablement ceci qui le rend si spécial, si humain.

Dans cet opus, Harry Hole est un homme marié et heureux avec sa femme Rakel, il a réussi (presque) à se sevrer de l’alcool et il est devenu maître de conférences à l’École Supérieure de Police. Mais des crimes sont ciblés sur des jeunes femmes qui utilisent une application pour un site de rencontres; ces crimes comportent des aberrations connues sous le nom de vampirisme : des individus aberrants qui boivent le sang des victimes suivant un rituel et qui éprouvent un assouvissement sexuel dans l’acte. A partir du deuxième cas, Harry Hole est prié de reprendre du service car le chef de la police d’Oslo a des prétentions politiques et il voudrait se servir de la résolution rapide de cette affaire pour obtenir le poste.

Très rapidement l’énigmatique Harry Hole va trouver quelques ressemblances avec l’unique enquête non résolue de sa carrière et cela va le booster terriblement dans la traque.

On apprend dans ce livre qu’il y aurait deux sortes de vampirismes : une première sorte où ils sont relativement inoffensifs, attirés par le mythe du demi-dieu buveur de sang et immortel sur lequel se bâtissent les récits de vampires modernes, une  sorte qui a été commentée par Freud. Mais il y a une deuxième sorte, appelée vampirisme clinique ou syndrome de Renfield caractérisé par l’obsession de boire du sang et en rapport avec des crimes d’une rare violence.

C’est le deuxième cas qui est exposé dans cet excellent polar qui vous maintient en haleine jusqu’à la fin avec un serial killer hors normes. J’ai découvert aussi la manipulation subtile et réussie de l’écrivain pour semer de fausses pistes et égarer le lecteur…L’hémoglobine dans ce polar se mesure au litre.

Ce serait de mauvais goût que de narrer la teneur du roman car les éventuels lecteurs n’auraient plus des découvertes à faire. Ce qui est sûr, c’est que je lirai d’autres tomes sur Harry Hole car plusieurs personnes m’ont dit que tous  étaient très bons.

LA SOIF, Gallimard 2017,  ISBN 978-2-070-14504-1

Hoy temprano de Pedro Mairal

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Pedro Mairal es un escritor argentino (Buenos Aires 1970) con varios libros publicados. Es el autor de la novela Una noche con Sabrina Love (1998) que recibió el primer Premio Clarín de Novela (Argentina) y que fue llevado al cine  en 2000 bajo la dirección de Alejandro Agresti.

Pedro Mairal fue incluido en  2007 con dos otros escritores argentinos (Andrés Neuman y Gonzalo Garcés), entre los mejores escritores latinoamericanos de menos de 39 años por el jurado de Bogotá 39 (39 escritores de 17 países latinoamericanos), cuando Bogotá fue Capital Mundial del libro en 2007.

Leí Una noche con Sabrina Love, es un libro bueno y fuerte, jocoso y patético, hiperrealista,  que narra la obsesión de un muchachito pueblerino de 17 años por una actriz del porno; el muchachito ganará  un concurso para pasar una noche con la actriz, para lo cual tiene que viajar a la capital y vivir ciertas experiencias que le van a mostrar el lado oscuro de las cosas, una sórdida realidad. La película, que lleva exactamente el mismo título es muy buena  y se puede ver  en youtube.

Leí y reseñé en marzo 2014 otro libro muy bueno de Mairal : Salvatierra, una historia muy bonita y original, narrada con un estilo impecable: la historia de un mudo que decide contar su vida y la vida de un pueblo sobre un lienzo que le llevará toda la vida. Reseñé también en noviembre 2016 otro libro estupendo, La uruguaya, una historia tragicómica de un escritor que trata de echar unas canitas al aire durante un congreso de escritores en Montevideo, pero al pobre hombre le va mal; se está gestando hacer una película sobre esta corta y atrapante novela.

Hoy temprano (2001) es una compilación de 12 cuentos, todos muy buenos y diferentes, muy redondos con una trama prístina. Es raro que todos los cuentos me gusten por igual, pero fue el caso aquí.  Me reí mucho con  Amor en Colonia una pareja adúltera que va a pasar un « tierno » fin de semana en Colonia del Sacramento, Uruguay, pero todo les sale muy complicado…O el cuento Amazonia donde los pobres gallegos afrontan la jungla con sus armaduras pesadas, poco adaptadas a la situación, y donde los ánimos se van mermando de manera drástica, la historia es dramática pero el tono es jocoso y el español arcaïco. El cuento La virginidad de Karina Durán es muy actual porque trata de la violación de la vida privada por estas redes sociales que se prestan a unos abusos increíbles.

Le escuché decir a una amiga argentina, hace poco, que la literatura argentina no conlleva mucho realismo mágico, pero  en este libro encontré por lo menos dos o tres ejemplos sutiles de ese movimiento literario tan sudamericano.

HOY TEMPRANO, Clarín Aguilar 2010,  ISBN 950-782-146-5

La nuit des béguines d’Aline Kiner

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Aline Kiner est née en Moselle, c’est un écrivain français avec des études de Lettres, aujourd’hui rédactrice en chef du magazine Sciences et Avenir, passionnée par le Moyen Âge.

La nuit des béguines (2017) serait son quatrième ouvrage, un livre charmant qui se lit avec une certaine émotion car on apprend beaucoup sur ces femmes dans le Paris médiéval.

Les béguines étaient des femmes pieuses mais laïques qui vivaient sans tutelle masculine au sein des communautés autonomes appelées béguinages.

Ces communautés ont existé surtout en Europe du Nord et le mot béguinage émane du néerlandais begijnhof. Le béguinage est une ville dans la ville où 1 à 2 rangées de maisons s’alignent autour d’une cour avec jardin et d’une église. Ces maisons abritent des femmes qui n’ont pas prononcé de voeux et qui vivent en autarcie et autonomie.

En 1264 Saint Louis installe des béguines dans le Grand Béguinage Royal sis dans le Marais entre les actuelles rue Charlemagne au nord, rue du Fauconnier à l’ouest et rue de l’Ave-Maria au sud. Environ 400 béguines y habitaient, dirigées par une maîtresse nommée par l’aumonier du roi. L’entrée des maisons qui donnait sur la rue  était condamnée et chaque maison était habitée par 2 béguines au moins. Les plus pauvres logeaient dans un bâtiment commun au chevet de l’église. Le béguinage abritait aussi une infirmerie et une école pour les enfants filles des béguines.

En 1461 Louis XI va remplacer le béguinage par les religieuses du Tiers-Ordre franciscain et la communauté prit le nom de couvent de l’Ave-Maria; ce couvent fut supprimé en 1790 et devint une caserne puis un marché. A la fin du XIXè on y construisit une école; aujourd’hui l’emplacement est occupé par les annexes du Lycée Charlemagne. C’est ce cadre historique qui servira de décor au roman d’Aline Kiner.

Le roman débute en 1312 quand une jeune femme, Maheut, vient demander asile car elle a été violentée par son mari après avoir été vendue par son frère comme épouse. Elle est accueillie et cachée alors qu’elle est mariée et de plus, enceinte. Ceci permet de faire la connaissance de cette communauté qui vit en autarcie, où chaque femme a un rôle à jouer pour l’ensemble. Ce sont des temps troubles, car l’Inquisition règne, l’austère Philippe le Bel est roi, un homme qui prônait la sévérité pour lui même mais aussi pour ses sujets et des voix s’élevaient pour juger les béguinages comme des centres d’hérésie et de désobéissance.

Dans ce contexte, la béguine Marguerite Porete (portrait ci-après) avait écrit en langue d’oïl (et non en latin) son brûlot Le miroir des âmes simples anéanties et qui seulement en vouloir et désir d’amour (sic); un ouvrage subversif qui ne mâche pas ses mots contre l’Église. Le livre est condamné pour hérésie dès 1300 et son auteur sera dénoncée à l’Inquisition et brûlée vive en place de Grève le 1 juin 1310.

Marguerite PoreteArrive au béguinage royal un moine érudit, Humbert, avec une double mission, ramener Maheut à son mari par la force, mais aussi confier la traduction en français de l’ouvrage de Marguerite Porete  et pour cela, la belle et taiseuse Ade a toutes les qualités requises pour mener à bien cette entreprise; elle se fera aider et seconder par Humbert qui ne sera pas insensible à sa féminité, sa grâce et ses connaissances étendues.

C’est un monde très renfermé et assez privilegié, mais c’est un monde féminin où les trahisons et les délations pour l’amour d’un homme peuvent se manifester.

Le béguinage, un monde libre pour la femme médiévale? Ô que nenni ! C’est une illusion de liberté qu’il fallait quelque peu cacher et dissimuler pour ne pas heurter les bienpensants.

Un livre intéressant à lire qui renseigne sur beaucoup de petits détails du Paris de Philippe le Bel dont le règne fut assez sanguinaire. Il a combattu et brûlé vifs beaucoup de Templiers, mais aussi il a sévi au sein même de sa proche famille lorsqu’il a fait écorcher vifs et sur la place publique les trois galants qui avaient pratiqué l’adultère avec ses brus…

J’ai le souvenir d’un voyage à Bruges sous le soleil et d’avoir visité au coeur même de la charmante ville un havre de paix, un béguinage, sur lequel on m’a expliqué brièvement son utilité (photo ci-après):

 

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LA NUIT DES BÉGUINES, Liana Levi 2017,  ISBN 978-2-86746-946-6

Papel carbón de Fernando Iwasaki

Résultat de recherche d'images pour "fernando iwasaki "Fernando Iwasaki Cautí (Lima 1961) es un hombre multifacético que tiene  raíces multiculturales : Perú, Japón, Ecuador e Italia; reformulando el frágil concepto de identidad Iwasaki dice con humor « mi poncho es un kimono flamenco » y hoy en día es un  sevillano de adopción. Es Profesor de Historia, narrador, ensayista, crítico e historiador. Tiene dos doctorados : en Historia de América de la Universidad de Sevilla y en Literatura Española e Hispanoamericana de la Universidad de Salamanca. Además es columnista de varios periódicos.

Comenté en junio 2013 su simpática obra El libro de mal amor (2006). Y ahora reincido con esta compilación de 25 cuentos Papel Carbón (2012) que reúne sus primeros textos de los años 1983-1993. Son dos partes, la primera con 12 cuentos bajo el título de TRES NOCHES DE CORBATA (con un cuento epónimo) y la otra bajo el título divertido de A TROYA, HELENA, 13 cuentos y también con un cuento epónimo (erótico).

Los 25 cuentos se leen muy bien porque están bien escritos aunque no me resultaron todos de interés y no los voy a enumerar. Tiene una paleta especial para el humor y aquellos cuentos que eran humorísticos lograron hacerme reír de muy buen talante. Describe bien a la sociedad peruana a pesar de llevar tanto tiempo exiliado, pero yo creo que las idiosincracias se ven mejor desde afuera y a distancia.

Me gustó mucho la introducción a su segunda parte porque la encontré llena de nostalgia y de delicadeza. La citaré in extenso…

A Marle, otra vez…Descubrir a estas alturas de la vida que uno tiene un sentido adormilado, es una experiencia estimulante y a la vez un ejercicio de memoria. Por alguna extraña razón he recobrado el olor a cuero de la maleta nueva de mi primer día de colegio, el aromoso vapor de la crema de albahaca con tallarines, la tierna y peculiar fragancia de cada uno de mis hermanos cuando nacieron y hasta el cálido hálito de un pan recién horneado en casa de mi abuela. Esas sensaciones primordiales vuelven a mi para enseñarme a distinguir la dama de noche del nardo y el amaranto del naranjo en flor, las endivias con queso del paté de hierbas y el cebiche mixto de la cola de toro.

Hay quienes piensan que este hallazgo fortuito tuvo lugar en Sevilla, donde la encrucijada de olores es seductora y profunda, y otros sospechan que la nostalgia limeña ha revivido en mi los primeros humos del pasto bendecido por la garúa, el perfume azul de los jacarandás o la penetrante herrumbre de millones de perros marrones sin nombre. Yo sonrío y les doy la razón, porque me huelo que quieren ser amables y a mi me gusta dejarme querer.

Pero yo sé que esta noche volveré a recorrer su mapa para explorar sus abismos y otra vez nombraré por su olor cada cima, cada arroyo y cada floresta, porque como todas las cosas inexplicables los aromas de Marle son infinitos y yo los tengo siempre conmigo en la memoria.

Habría que saber la significación de la palabra Marle para el autor…acaso una mujer amada…pero hay que respetar también su privacidad. Encontré que el párrafo era precioso y sensible.

 

PAPEL CARBÓN, Voces Literatura 2012,  ISBN 978-84-8393-098-4

Cartel de Don Winslow

Résultat de recherche d'images pour "don winslow cartel" Don Winslow est un écrivain de romans policiers et metteur en scène américain (New York 1953); plusieurs de ses romans ont été adaptés au cinema, les droits cinématographiques de Cartel ont été rachetés par Ridley Scott, et Leonardo Di Caprio pourrait tenir le rôle d’Art Keller de la DEA .

Cartel (2015) est la suite de La griffe du chien (2005). Le premier tome couvre la période du trafic de drogue entre 1975-2000 et Cartel la période 2004-2014  quand les cartels mexicains de la drogue deviennent très puissants. Le livre aurait nécessité 6 ans de recherche et il a reçu le Prix « Mystère » de la Critique en 2017. Ce livre est dédié aux 130 journalistes mexicains tués pour s’être intéressés de trop près au monde de la drogue…

Dans Cartel, Adan Barrera est le personnage de fiction qui incarne le narco trafiquant Joaquin Guzman, alias El Chapo, chef du cartel de Sinaloa. C’est un volumineux roman de plus de 800 pages, un peu fouillis avec des personnages très nombreux au milieu desquels je me suis perdue par moments, mais qui fourmille d’informations sur ce triste trafic qui implique beaucoup de monde et qui remonte jusqu’au plus haut de l’Etat mexicain. Dans ce roman Don Winslow multiplie les points de vue, c’est un roman polyphonique avec plusieurs personnages et deux vedettes : le narco mexicain Adan Barrera et le fonctionnaire téméraire de la DEA  Art Keller. Ce roman traite du trafic de drogue entre les USA et le Mexique.

Certes, on écrit beaucoup sur la production, le transport et la diffusion de la drogue, mais on dit peu de choses sur la consommation ahurissante de drogue aux Etats Unis : pour qu’un tel trafic existe, c’est qu’il existe un marché florissant. Lequel est le plus corrompu ? Le vendeur ou l’acheteur? Et quel degré de corruption doit atteindre une société pour que sa population éprouve le besoin de se défoncer afin d’échapper à la réalité?

Keller sait ce qui c’est passé en 1985. Il y était. Il a intercepté les transports de cocaïne par avion, il a vu les camps d’entrainement, il sait que les USA ont utilisé les cartels mexicains pour financer les Contras au Nicaragua, mais il va réussir à mettre en prison le narco; mais Barrera va s’évader de la prison de Puente Grande en jouant des complicités et en crachant du fric à tous les niveaux. Ensuite ce sera une lutte à mort entre l’américain qui sert d’appât et le trafiquant dans un contexte de lutte sans merci entre les différents cartels mexicains et  les milices para-militaires. Les morts se chiffreraient autour de 100 000 en 10 ans avec beaucoup de victimes innocentes, ce qui aurait provoqué la révolte d’une partie du peuple.

Et pourtant Keller a sauvé la vie de Barrera avant que celui-ci se lance dans le trafic de drogue: il s’était retrouvé pris au coeur d’une opération militaire menée dans les champs de pavot du Sinaloa. Ils l’avaient tabassé, ils lui avaient versé de l’essence dans les narines, au point qu’il avait cru se noyer, puis ils avaient menacé de le balancer d’un hélicoptère en vol. Keller les en avait empêchés…Ce n’était que le début de la longue guerre de Keller contre les Barrera, un conflit de 30 ans qui allait lui coûter tout ce qu’il possédait, sa famille, son travail, ses croyances, son honneur, son âme…

Les différences de caractère entre Américains et Mexicains ressortent assez bien: si les Américains puissent leur force dans la victoire, celle des Mexicains réside dans leur capacité à supporter le malheur…les Américains sont habités par une croyance que tout problème a une solution, alors qu’un Mexicain sait que ce n’est pas forcément vrai…

Le transport de cette drogue se fait par camions, des dizaines de milliers traversent la frontière chaque jour, c’est la plus grande frontière commerciale du monde soit 85 milliards de US $ de marchandises par an. Si l’on fouillait chaque camion, cela paralyserait le commerce entre les deux pays.

Il faut avoir les nerfs solides pour lire ce livre car les scènes peuvent être gore : assassinats, décapitations, dépècements, victimes brûlées à l’essence, torturées, tout est décrit en détail. Les méthodes de traque aussi. La vie de ces narcos riches d’argent mais menant des vies misérables d’une planque à une autre, entourés de sbires, armés en permanence.

La série sur Netflix El Chapo (2017) a été tournée en 21 épisodes et 2 saisons sur la vie de Joaquin Guzman, alias Adan Barrera dans ce livre. La série est remarquable avec une approche plus intimiste du narco et une  image surréaliste de cette guerre impitoyable des gangs.

Une autre série très intéressante est Narcos (2015) avec 4 saisons et 40 épisodes pour nous narrer les cartels de la drogue colombiens et en particulier celui de Medellin avec Pablo Escobar, une autre machine à tuer…

CARTEL, Points Policier P4701(Seuil 2016, DW 2015),  ISBN 978-2-7578-6947-5

Pedro Páramo de Juan Rulfo

Résultat de recherche d'images pour "juan rulfo"Juan Rulfo es el nombre de pluma de Juan Nepomuceno Carlos Pérez-Rulfo Vizcaíno, un gran escritor, guionista y fotógrafo mexicano (Pulco, localidad de Jalisco 1917-México DF 1986). Rulfo estudió Filosofía y Letras. El autor nos dejó sólo dos obras Pedro Páramo y El llano en llamas, un notable compendio de cuentos publicado en 1953.

Pedro Páramo (1955) es su única y primera novela, escrita en 5 meses, pero que estaba en gestación desde 1947 cuando Rulfo la menciona a su esposa en dos cartas y con el título de Una estrella junto a la luna, una bella frase que encontraremos en la novela Pedro Páramo; más tarde la llamará Los murmullos para finalizar con Pedro Páramo.

Tenemos una obra importante, densa, compleja, un arquetipo de narración in media res, un primer texto  del realismo mágico, una obra faro en el desarrollo de este género, un libro ensalzado por literatos de primer orden como Carlos Fuentes, Gabriel García Márquez, Jorge Luis Borges. La obra está incluída en la lista de las 100 mejores novelas en español del siglo XX por el diario El Mundo de España.

LA OBRA :

Elementos paratextuales : Pedro Páramo nos envía desde el título un mensaje sub liminal. Pedro viene de piedra, de dureza, de aridez, de mineral y la palabra piedra aparece 10 veces en la novela. El vocablo páramo nos lleva a un paisaje yermo, estéril, inhabitado y generalmente elevado.

El pueblo de Comala conlleva un simbolismo porque situado sobre las laderas del volcán Fuego de Colima y colima en nahuatl quiere decir « el lugar sobre las brasas » lo que nos sitúa desde un comienzo con el elemento fuego y por ende, con las llamas del infierno; en cuanto a Comala, provendría también del nahuatl (comali, comal = un disco de barro cóncavo sobre el que se cuecen las tortillas). Según el autor, Comala tiene algunas semejanzas con Jalisco, pueblo donde vivió Rulfo.

El libro no tiene ningún orden cronológico sino que consta de unos 70 fragmentos sin ilación, separados por blancos activos o pausas. Con la lectura de estos fragmentos el lector (a duras penas) irá reconstituyendo la historia de Comala y de Pedro Páramo.

En el libro hay dos espacios narrativos o dos cuentos centrales o dos tramas paralelas : el de Pedro Páramo (que llamaremos PP para más comodidad) y el de Juan Preciado. Dentro de estas dos temáticas centrales hay varios cuentos menores intercalados en los cuentos centrales como por ejemplo la relación de Juan Preciado con su madre, la relación de PP con Susana San Juan, la relación de PP con sus hombres de armas, etc. Este procedimiento descoloca al lector que se detiene y empieza a releer lo leído para entender el texto.

Con los fragmentos cambian las voces narrativas y la historia : hay una primera persona narrativa que corresponde a Juan Preciado y una tercera persona que narra la vida de Pedro Páramo y de un Comala edénico. Tenemos también un monólogo interior (Susana San Juan) y fragmentos intercalados (Doloritas Preciado).

LA TRAMA:

El libro parte con el viaje de Juan Preciado hacia Comala en búsqueda de su padre Pedro Páramo que desposó a Doloritas Preciado sin amor, solo por codicia, por apoderarse de sus tierras y porque a ella le debía las mayores sumas de dinero. Al morir Doloritas, le pide a su hijo Juan que vuelva a Comala para exigir a su padre que le devuelva lo suyo. PP fue pobre y poco a poco se fue adueñando de todas las tierras aledañas hasta convertirse en un cacique poderoso y cruel que además exigía el derecho de pernada a las mujeres del pueblo.

Juan Preciado llega al pueblo que parece inhabitado y en sus cercanías cruza a un arriero que lo guiará  y le dará consejos para encontrar cobijo en casa de Eduviges. El arriero se llama Abundio y le dice a Juan que él también es un hijo de PP, como todos los del pueblo.

En Comala Juan toca la puerta de doña Eduviges Dyada y aquí comienzan las cosas fantasmagóricas porque poco a poco iremos entendiendo que Juan Preciado llegó al reino de los muertos, pero no sabemos si él mismo está muerto,  es otro espectro más o está aún vivo. Juan Preciado llama a una imaginaria puerta de aire y recibe el permiso de entrar al inframundo. Desde que Juan Preciado entra en Comala siente sueño y a partir de ese momento ni él ni el lector saben lo que le sucede, lo que siente, si es real u onírico, si es una sombra o se trata de un muerto. Eduviges juega el rol de medium que permite de comunicar con las ánimas y con los que aún están en su cuerpo físico. ¿Es que Juan Preciado ya estaba muerto y es su teyolia (=su espíritu) que llega a Comala o es que se va a morir de espanto cuando comprenda que está rodeado de muertos? En la novela Pedro Páramo se convive con los muertos : convive el protagonista, convive el lector y conviven los muertos entre ellos.

Al mismo tiempo, y a salto de mata, iremos conociendo la vida de PP y de muchos otros personajes de Comala que van a dar vida a la memoria colectiva del pueblo. Los personajes secundarios están envueltos en una culpa que los devuelve al barro primigenio y a la soledad eterna. Sólo conocen la felicidad en los sueños y en ese pasado remoto cuando Comala fue un paraíso o casi. Por los fragmentos intercalados de Doloritas Preciado sabremos que otrora el pueblo de Comala fue un lugar edénico, lleno de vida, de colores y de olores. Esto resaltará con una prosa lírica preciosa hecha de pocas palabras y con vocablos que se repiten.

¿Qué entendemos con el viaje de Juan? Que Juan Preciado realiza un viaje iniciático, una experiencia y una verdadera bajada a los infiernos con la llegada a Comala. Que Comala está lleno de fantasmas que cobran vida para luego desvanecerse, pero que murmuran, que parecen, que aparentan y que no hay posibilidad de salvación para nadie (fatalismo). Que Juan Preciado parte en pos de un padre que no conoció, o sea, que parte en pos de su propia identidad. Comala es un infierno, pero otrora fue un paraíso, hoy perdido.

LIRISMO EN LA OBRA :

En la reverberación del sol, la llanura parecía una laguna transparente, deshecha en vapores por donde se traslucía un horizonte gris. Y más allá, una línea de montañas. Y todavía más allá, la más remota lejanía…Al recorrerse las nubes, el sol sacaba luz a las piedras, irisaba todo de colores, se bebía el agua de la tierra, jugaba con el aire dándole brillo a las hojas con que jugaba el aire… Llanuras verdes. Ver subir y bajar el horizonte con el viento que mueve las espigas, el rizar de la tarde con una lluvia de triples rizos. El color de la tierra, el olor de la alfalfa y del pan. Un pueblo que huele a miel derramada…Por el techo abierto al cielo vi pasar parvadas de tordos, esos pájaros que vuelan al atardecer antes de que la oscuridad les cierre los caminos. Luego, unas cuantas nubes ya desmenuzadas por el viento que viene a llevarse el día…



Es un libro de lectura difícil porque están rotas las constantes del espacio y del tiempo que no es lineal. Don Juan Rulfo dijo  que se necesita leer el libro tres veces para entenderlo mejor…y que habrán tantas versiones como lectores del libro. Dijo también en una entrevista de 45 min. concedida a RTVE en 1977 (« A fondo » con Joaquín Soler Serrano) que sus personajes eran irracionales y en constantes contradicciones. Por eso el lector se siente tan perdido por momentos como Juan Preciado en Comala. Es un libro que conlleva humor a pesar del tema, por ejemplo cuando el padre Rentería se pone a contar santos para dormir, como otro contaría ovejas o cuando los revolucionarios están levantados y no saben por qué o los comentarios entre los espectros para decir cuan grata es la muerte sin el peso de la consciencia que es una pesadez porque en la tumba hay recuerdos, pero no hay remordimientos…

Cabe destacar también que en Pedro Páramo hay una crítica abierta hacia la religión católica que se pliega al dinero y no a los pobres necesitados. La Iglesia y sus representantes han condenado a todo un pueblo a vagar penando eternamente. Es una religiosidad injusta que manda al infierno a todo aquel que no puede comprar su salvación.

En Pedro Páramo hay muchos centros de interés: Rulfo hace una síntesis del atavismo mexicano con la descripción de la sociedad rural, arcaica y feudal. Es una novela social sobre un México profundo con sus costumbres, sus creencias, sus supersticiones. Pero también una novela histórica con alusiones a la Revolución Mexicana de los años 1910-1920 y a la Insurrección de los Cristeros (1926-28). Y es un texto muy poético con algunos párrafos de una belleza casi hiperestésica. El texto tiene algo del género fantástico porque el relato es un flujo permanente entre la consciencia y lo onírico y  la narrativa de Rulfo se ha comparado con la de Faulkner y la de Joyce. Pero también se puede ver como un relato psicoanalítico porque es un viaje hacia el interior de si mismo en búsqueda de sus propios orígenes hasta llegar al barro primigenio.

Existe un interesante trabajo de Cristina Bartolomé Martínez (cf El largo camino de Juan Preciado hacia el Mictlán) que enriqueció notablemente este billete y que interpreta la obra de Rulfo bajo el significado de los mitos. Los mitos europeizantes grecorromanos de la búsqueda del padre, o la tradición judeo-cristiana de la búsqueda del paraíso perdido, o el mito de la bajada al Mictlán, la tierra de los muertos en la mitología azteca : Quetzacoatl baja al Mictlán para robar los huesos de los hombres que servirán a dar vida de nuevo a la raza humana. Es el origen del hombre. En la mitología azteca existe el habla entre los muertos,  las ánimas en pena, los ruidos y ecos del inframundo o Mictlán, con sus 9 niveles del infierno, un viaje largo que exige una verdadera experiencia al alma para reencontrarse consigo misma.

El mito azteca de la bajada al Mictlán esconde el temor a la muerte y al viaje al otro mundo cuando el alma abandona al cuerpo material (la separación  espíritu-materia); el cuerpo físico es lo que parte primero. En la mitología nahuatl el teyolia es una entidad anímica que viaja al reino de los muertos y que se identificó desde la época de la Colonia con la palabra « ánima ». Al fallecer el cuerpo, la separación del alma no era inmediata y el centro de consciencia se quedaba unos días cerca del cadáver, razón por la cual cremaban los cuerpos después de varios días.

Las líneas interpretativas de PP pueden ser entonces varias : la grecorromana, la judeo-cristiana o la precolombiana. Hay muchos estudios sobre PP que se han situado en líneas de interpretación muy diferentes utilizando un punto de vista formalista, o sociológico, o polifónico o el mítico (cf la complejidad de la obra).

Lo podemos interpretar como un viaje telemáquico= un Telémaco buscando a Ulises; y el arriero Abundio , hijo natural de PP es un Caronte encargado de guiar las sombras errantes de los difuntos hacia el inframundo. El viaje de Juan Preciado podría ser el arquetipo universal del alma que regresa a la profundidad del ser en un viaje introspectivo que encuentra mitos en todas las culturas que poseen una cosmovisión.

Los murmullos, sombras, ecos, ruidos y sonidos espectrales de Comala son « los aires de noche » de la mitología nahuatl.

Juan Rulfo trabajó más de 20 años en el Instituto indigenista, de manera que tuvo que leer crónicas antiguas con cuadros costumbristas, sobre la mentalidad de la gente y hasta el modo de hablar de los mexicanos del pasado.

Escribe Cristina Bartolomé Martínez … el escritor no puede representar todo a la vez como un pintor y que por eso Rulfo recurre a la técnica de yuxtaposición y contrastes que rompen la progresión temporal.

Juan Rulfo instaura con el lector una literatura de duda y de ambigüedad lo que favorece la pluralidad de lecturas y utiliza un lenguaje lleno de simbolismos que ya vislumbramos en el título, pero que es patente en la elección de los nombres de los personajes del libro que tienen gran riqueza semántica : 43 personajes, es un libro polifónico.


Es una obra que ha sido varias veces adaptada al cine; una primera versión en 1967 dirigida por Carlos Velo (España) que se puede ver integralmente en Youtube y que es muy interesante aunque (como a menudo) es una libre adaptación del libro. En la película las secuencias fragmentadas tratan de contarnos la historia de Pedro Páramo y del pueblo de Comala y el relato parece más lineal; pero la parte importante que se le da al lector en el libro no aparece en el filme y también el realismo mágico de la obra escrita es menos patente; también se le da una connotación mucho más concreta a la extraña relación de Susana San Juan con su padre. Aquí va un enlace para ver una excelente versión de esta obra cumbre:

Hay otra version fílmica dirigida por el mexicano Mateo Gil en 2009 que no he visto y que me gustaría comparar con la versión de Velo.

Una lectura compleja que deja algo anonadada por su densidad y que seguramente deja mil caminos por explorar. Gracias a la amiga Graciela por haber encontrado algunas fuentes de inspiración de primera importancia.

PEDRO PÁRAMO, Booket 1999,  ISBN 84-08-02671-2

Le Tour d’Écrou de Henry James

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Henry James est un écrivain américain (New York 1843-Angleterre 1916), naturalisé britannique en 1915. C’est une figure du réalisme littéraire du XIXè  et un maître du roman et des nouvelles.  Il avait reçu une éducation cosmopolite et soignée entre l’Europe et les États Unis, avec notamment des études francophones en France et à Genève. Cette découverte précoce de l’Europe l’a nourri en littérature. Il a commencé des études de Droit à Harvard qu’il a abandonnées pour se consacrer entièrement à l’écriture.  Il fût un voyageur impénitent, un « citoyen du monde » : Angleterre, France, Suisse, Italie surtout. En 1876, après un échec d’installation à Paris, il s’installera à Londres jusqu’à sa mort en 1916.

C’est pendant ces 40 années londoniennes qu’Henry James va écrire l’essentiel de son oeuvre (20 romans et 112 nouvelles !): un auteur prolixe et une œuvre très riche qui s’inspire en partie d’une bourgeoisie raffinée et de la découverte de l’Europe par des riches américains oisifs en formation culturelle dans ce qu’ils appelaient le Grand Tour. De son vivant il a eu un succès d’estime auprès de la riche et cultivée société de Boston, mais limité au cercle familial et aux amis; son théâtre n’a pas connu de succès mais à Londres il fut un écrivain reconnu pour ses qualités littéraires et l’exigence morale de son oeuvre.

L’expert d’Henry James, Franck Aigon (professeur de philosophie) a écrit très justement que la confrontation de la naïveté américaine et de l’expérience européenne n’est qu’un aspect d’une écriture qui s’emploie à sonder les cœurs en donnant toute leur place aux impressions et à la variation des points de vue (un peu à la façon d’un Sandor Márai, je trouve).

J’ai déjà commenté les romans suivants: Confiance en mars 2017, Washington Square en mai 2017,  Les papiers d’Aspern en juillet 2017 et Ce que savait Maisie en novembre 2017.

Le Tour d’Écrou (The Turn of the Screw, 1898) a été publié sous forme de feuilleton dans un magazine populaire américain et aurait été qualifié par l’auteur d’amusette, d’oeuvre alimentaire, mais en 1898 lorsque paraît le livre, la presse se déchaîne et qualifie cette histoire de dépravée voire pire. Il faut dire que Monsieur James a eu le toupet de sortir un brûlot d’allure psychanalytique avant même la sortie du brûlot freudien de 1905 (Trois essais sur la théorie sexuelle).

Le livre fut adapté en opéra en 1954 par Benjamin Britten et plusieurs fois au cinéma et pour la TV. Je garde un très bon souvenir du film Les Autres, adapté de ce livre en 2001 par Alejandro Amenábar avec Nicole Kidman dans le rôle de la préceptrice.

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Le Tour d’Écrou est une oeuvre à part, une histoire de fantômes, un récit fantastique narré à la première personne par la préceptrice de deux enfants qui est la seule à percevoir des choses étranges au manoir et le lecteur vient à douter assez vite sur l’état mental de cette jeune personne quelque peu « exaltée » : fabulation? hystérie?, folie?, poids des responsabilités?, burn-out syndrome?(pour faire moderne), perturbation de l’histoire précédente sur un psychisme fragile? Ce n’est pas une histoire banale de fantômes mais plutôt une histoire de fantasmes très personnels, une histoire menée avec maitrise par James car elle abonde en non-dits et c’est au lecteur de se creuser les méninges pour interpréter ce texte qui aurait plusieurs niveaux de lecture.

LA TRAME :Un riche propriétaire paye les services d’une jeune institutrice pour s’occuper de l’éducation d’un neveu (10 ans) et d’une nièce (5 ans) dont les parents sont décédés en Inde deux ans auparavant. Il installe ce petit monde dans un magnifique manoir, isolé à souhait où ils seront servis et choyés mais où rapidement la préceptrice aura des visions étranges. Il faut dire que la précédente éducatrice ainsi qu’un serviteur du manoir ont eu une affaire qualifiée de « perverse » et que les enfants en ont subi probablement quelques retombées. Le lecteur ne saura jamais le fond de l’affaire et le doute surgit même sur l’innocence des enfants.

C’est un livre sournoisement ambigu, d’une noirceur  certaine sous des aspects de digressions sans fin de la part de la narratrice. Aussi j’ai trouvé que le langage tenu par Miles, le garçon de 10 ans, dépasse largement le cadre de l’enfance, notamment vers la fin de l’histoire, lorsqu’il donne du « ma chère » à sa préceptrice. Quant à sa soeur, Flora, elle est si parfaitement angélique que le lecteur doute de son innocence.

Ce livre est considéré pour certains comme le chef d’oeuvre d’Henry James.

LE TOUR D’ÉCROU, Omnibus 2013, (HJ 1898),  ISBN 978-2-258-09877-0