Archives

L’Infinie Comédie de David Foster Wallace

Résultat de recherche d'images pour "infinite jest david foster wallace"" David Foster Wallace (Foster par sa mère) est un écrivain nord-américain (N. York 1962-Californie 2008), professeur universitaire d’Anglais et d’écriture littéraire; un écrivain dépressif de longue date qui s’est donné la mort par pendaison à l’âge de 46 ans à son domicile . Pendant son adolescence il fut champion junior de tennis.

L’auteur Foster Wallace s’est intéressé à la solitude de l’homme moderne nord-américain (qu’il nomme état-unien) chez qui prime la suprématie du Divertissement, le goût du spectacle bling-bling sur fond de surconsommation de drogues et d’addictions en tout genre. C’est l’évocation d’un monde malade, violent, sans but réel dans l’existence. Le propre écrivain résumait le thème du livre dans une entrevue par le mot Divertissement.

L’infinie Comédie (Infinite Jest) a nécessité 5 années d’écriture et fut publié aux USA en 1996. En France, la traduction n’a pu paraître qu’en 2015 tenant compte des énormes difficultés de traduction de ce pavé de 1328 pages plus 380 pages de renvoi de texte en fin de livre et voulues par l’écrivain afin d’alléger un pavé qui était déjà très lourd. Une pensée admirative pour le travail réalisé par Francis Kerline pour la traduction du livre et Charles Recoursé pour les notes explicatives

A propos de lourdeur, je dois confesser que j’ai eu du mal physiquement avec ce livre qui a réveillé une vieille tendinite aux 2 bras contractée après lecture d’un autre pavé…j’ai du continuer la lecture avec un livre en position horizontale et moi assise afin d’éviter la contracture. Car la bête pèse 1 kilo 300 grammes et la lecture est longue…

Ce livre est une dystopie de littérature postmoderne, un livre fleuve dans un futur proche avec une Amérique du Nord unifiée (USA, Mexique, Canada) mais il est très peu question du Mexique dans le roman.

Le titre Infinite Jest ferait allusion à une tirade dans Hamlet de Shakespeare quand le dit Hamlet tient en main le crâne de Yorick, a fellow of infinite jest, une des scènes les plus connues du divin William.

Ai-je aimé le livre? Mon Dieu, NON ! à aucun moment. Mais je reste admirative devant la performance: d’abord, la structure du livre, à aucune autre pareille, sans une histoire linéaire, mais au fil de pages, dégageant une vraie force  avec une richesse de vocabulaire défiant toute concurrence, une rupture permanente du langage selon la personne qui parle. Le langage est d’une grande précision, avec de temps en temps des raptus d’une grande drôlerie un peu lourde et qui va jusqu’à la cruauté, assez originale.

En gros, j’ai trouvé 4 pôles importants dans ce livre: 1) la famille nord-américaine Incandenza;  2) l’Académie de tennis élitiste de Boston;  3) le monde de la dépendance (drogues et alcool) au sein du Centre de Désintoxication et  4) les terroristes canadiens dissidents, ou le sujet politique du roman.

La famille Incandenza est un ramassis de tarés. Le père James Incandenza est un physicien et un cinéaste expérimental assez reconnu, c’est le fondateur de cette Académie de tennis, un personnage sans profondeur dans la narration, alcoolique au dernier degré et dément à la fin de sa vie. En lisant les titres de ses réalisations et en lisant la teneur de ses scénarios, on comprend qu’il est plus que perturbé;  il va se donner la mort de façon atroce et grotesque et le lecteur se demande quelles abominations il devait assumer pour en arriver là. Les choses sont suffisamment suggérées dans le roman pour que le lecteur se fasse une opinion, sinon précise, au moins proche. La mère appelée la Moms, mesure 2 mètres et à 50 ans est encore une femme séduisante, docteur ès lettres et sciences, d’origine québécoise, mais totalement toxique et cachottière, elle est directrice dans l’Académie. Le couple a 3 fils: l’aîné, Orin est un ancien de l’Académie de tennis, reconverti dans le football américain  car il avait compris qu’il n’atteindrait pas le plus haut niveau du tennis, appelé le Show, là où les rares élus atteignent une sorte de Nirvana absolu. Le deuxième fils est Mario, un être difforme, limité en parole mais non idiot, c’est le seul qui s’intéresse au métier du père. Et le dernier fils est Hal, interne au sein de l’Académie, un adolescent destiné à être parmi les meilleurs du tennis, qui vit pour plaire à sa mère et pour se droguer en cachette. Il n’y a aucun personnage normal dans cette famille.

L’Académie de tennis est un prétexte pour nous parler du milieu du tennis et de la compétition (ce mythe de la compétition et de l’excellence qu’on inculque aux joueurs, ce mythe, ils croient toujours que l’efficacité, c’est d’aller de l’avant, de foncer. Le principe selon lequel le plus court chemin d’un point à un autre, c’est la ligne droite). Il y a une description minutieuse de ce monde où chaque pas est programmé au prix d’un effort souvent surhumain et au prix de sacrifices importants sur la vie privée de chacun. C’est un univers impitoyable, d’une compétitivité folle où les élus sont peu nombreux. On a droit aussi à une description un peu moins fournie sur le football américain que pratique Orin, un autre monde différent et aussi dur, fermé et un peu plus bestial.

Le monde de la dépendance (alcool et drogues) est représenté par le Centre de Désintoxication connu comme Ennet House situé pas loin de l’Académie de tennis, où règne une ambiance surréaliste qui accueille des gens en perdition totale. J’ai trouvé intéressants les récits de ces gens pour qui la vie est un enfer et pour qui, dans la plupart des cas, en viennent à la dépendance après une enfance à problèmes. Il y a dans le lot, un rescapé de la drogue/alcool, Don Gately, reconverti en surveillant du centre qui a une histoire incroyable (comme tous les autres), mais qui se dévoue aux gens et va se voir impliqué dans une scène dantesque du livre, digne de Tarantino. C’est sur la vie de ce personnage que s’achève ce livre.

L’union de cette Amérique du Nord et dans son sein des canadiens dissidents et terroristes, est un thème assez mal approfondi. Ils sont tous estropiés, amputés des membres inférieurs car jeunes, ils jouaient à s’approcher d’un train le plus possible. Ils sont si nombreux qu’ils forment une petite armada contre les détestés états-uniens. Ils les détestent si fort qu’ils veulent s’approprier d’une cassette que James Incandenza aurait tourné, appelée Infinite Jest ou plaisir sans fin, qui rend les gens définitivement dépendants jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Page 118 l’écrivain Foster Wallace donne un aperçu sur l’Europe …le problème de Schtitt (coach de tennis d’origine autrichienne), comme maints européens de sa génération attachés depuis l’enfance à certaines valeurs permanentes qui peuvent être teintées d’un vague potentiel protofasciste mais sont néanmoins bien ancrées dans l’âme et le mode de vie, ces idées patriarcales du Vieux Monde, telles que l’honneur, la discipline et la fidélité à une entité plus grande. Ou page 535 … Que la CEE paie son propre système de défense à partir de maintenant. Qu’ils y aillent de leur propre budget et on verra s’ils peuvent encore subventionner leurs paysans. Qu’ils bouffent leur beurre avec leurs propres armes pour changer.

Il y a par ailleurs dans ce livre une information détaillée sur le tennis, les drogues dures et moins dures, les effets cliniques des dépendances, etc. J’avoue avoir sauté des pages de description technique qui ne m’intéressaient pas. Mais il y a aussi beaucoup d’autres choses à découvrir.

Ce fut une lecture épuisante (et c’est une des singularités du livre) avec un langage différent selon la personne qui parle; je n’ai pas supporté le langage de certains camés qui ramènent les échanges oraux au langage archaïque de l’âge de pierre. Une autre singularité est la surabondance d’abréviations, probablement une marotte de l’auteur.

Oui, une lecture épuisante qui d’après ce que j’ai lu, sépare les avis entre ceux qui crient au chef d’oeuvre et ceux qui proclament que c’est wholly unreadable. Je me situe entre les deux, considérant que c’est une lecture intéressante mais fatigante et profondément triste d’un monde assez ravagé, grotesque et névrosé, malsain aussi, obnubilé par la performance, gérant le mal être et le stress par une surconsommation de psychotropes.

 

David Foster Wallace désabusé de son monde

L’Infinie Comédie, Éditions de l’Olivier 2015 (CFW 1996),  ISBN 978-2-87929-982-2

Karma de Carlos Tromben

Résultat de recherche d'images pour "carlos tromben"  Carlos Tromben es un escritor y periodista chileno (Valparaiso 1966).

Karma (2006) es una novela bastante compleja que fue en su tiempo muy valorada por el crítico literario chileno Camilo Marks. En 2017, Carlos Tromben tuvo la originalidad de escribir un remake de Karma intitulado La Señora del dolor que él considera como una novela aparte aunque utiliza los mismos personajes en un universo paralelo, parecido, pero no igual (sic).

La palabra karma viene del sánscrito y define una energía trascendente que se genera a partir de los actos de las personas.

Entonces en el libro tenemos tres capítulos correspondientes a tres karmas de seres de distinto origen que se van a cruzar generando acciones.

Un capítulo está consagrado al origen japonés (tercera generación) del juez Borja Kusanagi con toda la histórica de su familia cuyo abuelo, un marino mercante, hizo raíces en Chile. Este capítulo no me pareció muy interesante, lo encontré algo extraño, como « desenchufado » del resto y la personalidad del juez, poco desarrollada, casi invisible, demasiado insípida, transparente.

Otro capítulo está consagrado al ejecutivo Martín Concha de 55 años que decide de un día para otro abandonar su puesto de dirigente bien pagado y cambiar de rumbo: se dedica a explotar un taxi en condiciones que el gremio está aparentemente regido como una mafia donde impera la violencia. Me pareció el capítulo más interesante y conmovedor. De imaginar cómo un hombre a quien todo le sonreía, decide de cambiar radicalmente de rumbo y adentrarse en una zona peligrosa a sabiendas del riesgo. Es como un suicidio preparado. Me extrañó la dureza y la inocuidad de la vida que llevaba. Fuera de que se drogaba como algo de lo más natural, llevaba una vida bastante perra, aburrida, poco interesante, plana. Solo en su rol de taxista va a lograr cierta realización como persona abriéndose a los otros, viviendo vidas paralelas, aunque arriesgando su pellejo sobre todo con las salidas nocturnas.

La tercera historia concierne Soffia Ström, hija de chilenos con el padre asesinado tras el golpe militar y la madre comunista y exiliada en Suecia donde se casará con un tipo simpático que le dará el nombre a Soffia. Es una chica especial, de físico importante y que se interesa en la guerra de Bosnia en donde será lisiada. Llegará a Chile en pos de su pasado y trabajará como enfermera cuidando de una anciana que fue casada con un general. Ahí su karma se cruza con Martín porque lo utiliza como taxi y también con el juez Kusanagi que anda rastreando desaparecidos del putsch militar…

Me pareció que los contactos entre los tres personajes no eran muy claros y las situaciones poco definidas. Los tres personajes fuertes de la novela no están suficientemente esbozados, en condiciones que acarrean unos karmas tremendos. Esto le quitó interés a mi lectura y no tengo ganas de leer el remake porque se perdió la oportunidad de explotar la trama tal como la teníamos.

KARMA, Seix Barral 2006,  ISBN 956-247-403-8

La louve blanche de Theresa Révay

Résultat de recherche d'images pour "theresa révay"

Theresa Révay est une écrivaine et traductrice française (Paris 1965) spécialisée dans les romans historiques.

La louve blanche (2008) est son cinquième roman avec une suite en 2009: Tous les rêves du monde. Le livre La louve blanche a nécessité un an de documentation et un an d’écriture.

Ce titre « la louve blanche » nous situe la protagoniste du livre : la belle et courageuse Xénia Ossoline, une russe blanche qui fuit la Russie après la Révolution bolchévique et qui devient le pilier et la force de ce qui reste de sa famille. En matière de subconscient (rêves) une louve blanche symbolise l’instinct maternel, un instinct si fort, qu’il dépasse la notion d’espèce et d’individu. Page 464 l’oncle Sacha de Xénia s’exprime ainsi…c’est une louve, avait-il pensé, impressionné par sa détermination et son courage. Une louve blanche, souveraine, qui donnerait sa vie pour défendre les siens…

C’est un livre très romanesque sur un amour fou sur fond historique de l’Europe entre 1917 et 1945. C’est un roman choral avec plusieurs personnages définis avec profondeur et un fond historique et culturel très riche en détails.

J’ai lu tellement de livres sur cette période, avec  des évènements qui se répètent, mais ici, dans ce récit, j’ai trouvé quelques éléments rarement exposés comme par exemple l’idée que le peuple allemand était parfaitement au courant des camps qui ont existé très tôt avant de devenir des camps d’extermination; aussi l’idée de la résistance au régime nazi y compris au sein même de l’armée et d’une fraction de la population civile; comme l’existence d’ateliers de couture au sein de certains camps (comme j’ai appris il y a peu de temps l’existence de bordels au niveau de ces camps).

Le descriptif de la chute de Berlin est hallucinant, dantesque, mais pas aussi cru que celui décrit dans le livre posthume Une femme à Berlin, d’auteure inconnue; en fait un journal de vie tenu par une femme jeune sur les derniers jours de Berlin avant l’entrée des russes. Un récit à vous dresser les cheveux sur la tête. Et une attitude des soldats russes pas aussi séraphique que dans le roman de Mme Révay.

Aussi, les pages qui décrivent l’Exode de Paris m’ont rappelé les pages d’Irène Nemirovsky sur le même sujet dans son livre remarquable Suite Française, encore plus crues car vécues par l’écrivaine.

Revenons au livre. C’est une histoire d’amour entre deux personnages fictifs crées par l’écrivaine.

ELLE : Xénia Ossoline, une russe blanche qui avait 15 ans le jour de la Révolution bolchevique; une jeune fille de la meilleure société puisque sa famille fréquente le tsar Alexandre III. Le père sera sauvagement assassiné devant ses yeux, sa famille dépossédée de tout. Elle fuira et s’établira en France avec une soeur, un frère et une vieille servante. Ils connaitront la misère la plus noire jusqu’à ce qu’elle soit remarquée par un grand couturier. C’est elle qui s’occupera de nourrir sa famille, de les défendre, de les porter en avant. Elle fera la connaissance dans une galerie à la mode de Max von Passau, un photographe allemand de renom.

LUI : Max von Passau appartient à une très bonne famille berlinoise, il a une soeur très délurée, fantasque qui épousera un pro-nazi. Il devient très apprécié par ses photographies et sans le vouloir, il sera proche du parti national-socialiste qui connait un essor croissant. Il sera très amoureux de Xénia mais n’arrivera pas à la convaincre de le suivre en Allemagne.

Les années passent, la guerre éclate avec son chapelet d’horreurs. En Allemagne d’abord avec le nazisme, une doctrine de plus en plus sanguinaire; en France ensuite, qui sera occupée, anéantie, humiliée et rendue exsangue. Avec le reste de l’Europe à feu et à sang.

Les éléments historiques dans ce roman sont nombreux et riches en détails et anecdotes, ce qui rend la lecture moins pesante : l’exil des russes blancs, la révolution bolchévique, les années folles à Paris et Berlin, la montée du nazisme, etc.

Il y a dans ce roman deux caractères féminins très forts et très bien campés : celui de l’héroïne Xénia Ossoline et celui de Sara Lindner: deux parangons de courage inouï et en même temps deux femmes avec des faiblesses bien humaines, ce qui les rend d’autant plus crédibles.

Un livre que j’ai lu avec émotion même si je suis réfractaire aux histoires trop romanesques.

LA LOUVE BLANCHE, Pocket 13891, 2009 (Belfond 2008),  ISBN 978-2-266-18956-9

 

Vernon Subutex 1 de Virginie Despentes

Résultat de recherche d'images pour "virginie despentes vernon subutex" Virginie Despentes est une écrivaine et réalisatrice française (Nancy 1969), membre de l’Académie Goncourt depuis 2016.

Vernon Subutex est une trilogie, et ce billet concerne le premier tome seulement. La trilogie a reçu au moins 5 prix en 2015/2016: Prix Anaïs Nin, Prix Landerneau, Prix meilleur roman français Lire, Prix de la Coupole, etc. Une adaptation pour la TV est en cours pour Canal+ avec 9 épisodes de 30 minutes, réalisée par Cathy Verney et avec Romain Duris dans le rôle de Vernon.

C’est un livre qui m’a été chaleureusement prêté et recommandé par Christine, tout en me disant qu’elle avait les deux autres tomes à ma disposition si j’accrochais à cette lecture. Désolée Christine, je n’ai pas accroché et je ne lirai pas les deux autres tomes dont je saisis d’avance le style et la teneur.

Tout d’abord rendons grâce à l’écriture de Despentes, efficace, précise comme un scalpel, sans concessions, au vitriol. Un style travaillé pour accueillir l’oralité selon Alexis Brocas, ce qui est bien relevé. Mais c’est trop cru, très noir et par moments vulgaire.

Sobutex, Vernon de son prénom a été disquaire pendant 25 ans ! il en a 50, il incarne les illusions perdues, celles du monde anar et libertaire punk-rock des années 80-90. L’irruption du monde numérique le conduit à la faillite de son magasin « Revolver », apprécié par les pros du rock. Vernon se trouve littéralement à la rue car en tant que patron il n’a droit à aucune subvention. Seul son pote Alexandre Bleach va l’aider dans la mouise, lui payant quelques loyers d’avance, mais les huissiers seront là au jour J et Vernon sera SDF. Il fera appel via Internet et Facebook à cette myriade d’amis et relations pour qu’ils l’hébergent quelques jours tout en racontant des bobards pour que l’on ne s’apitoie pas trop sur lui. Ces séjours finiront toujours mal parce que le pauvre Vernon envahit le monde calfeutré de ses hôtes et tous le rejettent à un moment donné ou c’est lui qui part en courant. Pourtant Vernon sais se faire petit, aider dans le ménage, la cuisine, fournir de la compagnie et de l’empathie. Vernon ne cesse pas de dégringoler dans l’échelle sociale et cela devient chaque fois un peu plus glauque, un peu plus sordide, un peu plus trash. C’est un anti-héros parfait, un passif.

Ce livre fournit une galerie de personnages qui sortent comme des diables de leur boîte, des personnages assez médiocres qui carburent à la drogue, à l’alcool, au sexe avec violence, de la prostitution qui rôde, aux transsexuels très présents, aux journalistes et gens du milieu de la communication qui communiquent surtout via facebook, twiter, et autres gracieusetés inanes où il faut se sur-montrer, mais surtout ne pas montrer son âme.

C’est tout de même un monde particulier, assez décadent et frelaté, avec une perte des valeurs; c’est un milieu très parisien où les gens semblent errer dans le néant en dehors d’une certaine immédiateté fulgurante et terriblement vide, souvent transgressive.

Non, je n’ai pas aimé cette lecture même si certains traits des personnages sont très bien vus; c’est très cynique; c’est un roman sur une partie de la société française en déliquescence accélérée. Et tant pis si je vais à contre-courant. J’assume.

VERNON SUBUTEX, Le Livre de Poche N°34047, (VD 2015),  ISBN 978-2-253-08766-3

Las maldiciones de Claudia Piñeiro

Résultat de recherche d'images pour "claudia piñeiro las maldiciones" Claudia Piñeiro es una escritora, dramaturga y guionista argentina (Buenos Aires 1960 ) con formación de contadora. Tiene amplia bibliografía con varios premios y libros llevados al cine. Le he leído casi todo lo publicado porque me gustan sus libros, que encuentro ahondados en lo humano y bien aterrizados. Esta es la cuarta reseña en el blog de un libro de Claudia Piñeiro después de Betibú (avril 2012) con más de 7 000 consultas, Un comunista en calzoncillos (mayo 2014) y Una suerte pequeña (enero 2016).

Las maldiciones (2017) es un libro que me gustó a medias, es decir, que la parte intrínsecamente política argentina no logró interesarme con tanta referencia que desconozco, pero la parte ficcional con un político dispuesto a todo (hasta comanditar un asesinato si necesario para llegar a sus propósitos), con la descripción vívida y sin concesiones de la « nueva política », me parecieron de un realismo aterrador y completamente universal. Francamente me parece que en las condiciones actuales, lo que llamamos aún eufemísticamente « democracia », ha llegado a cierta caducidad. Hay abusos y desusos por doquier.

Las maldiciones es un thriller político (de la llamada « nueva política » basada en el pragmatismo y en el marketing) y una novela coral con varios personajes protagónicos, pero también con el protagonismo de la ciudad de La Plata en Argentina.

Uno de los protagonistas es Román Sabaté, un muchacho que comenzará a trabajar para el político Fernando Rovira, líder del partido Pragma que él ha fundado. Rovira se presenta como candidato a gobernador de la provincia de Buenos Aires y defiende el proyecto de escindir esta provincia en dos, quedándose él con el mejor pedazo, y sobre todo sin La Plata, porque quiere presentarse a la candidatura suprema y existe una maldición con la gobernación de La Plata.

Es la maldición de Alsina o maldición de los gobernadores; está relacionada con la ciudad de La Plata donde una bruja llamada « la Tolosana », echó una maldición durante la inauguración de la ciudad (1882) para que ningún gobernador llegara a ser presidente de la República. (La escritora Piñeiro cuenta que esta ciudad de La Plata es una entidad muy literaria porque estaría fundada según un mapa de un libro de Julio Verne; se la conoce también como la ciudad de las Diagonales).

Román Sabaté trabaja para Rovira como personal trainer y de esta manera tiene acceso a la intimidad del líder político. Dentro de poco conocerá las razones por las cuales Rovira lo contrató y este es el meollo de la novela. Aquí el lector va a entender que la política no está hecha de propósitos para mejorar la vida del demos (del pueblo), sino que está hecha de bajos instintos hacia logros personales a lo que venga y como venga…

Hay un personaje probo en el libro, es el tío de Román: el tío Alfredo, adorador de Alfonsín(el primer presidente después de la dictadura, un radical), porque incarna al político de antaño con ideales y principios morales, al « caballero ».

Se toca en el libro un tema interesante: es la relación entre política y brujería y/o supersticiones. Como si la soledad a la que sume el poder y la incertidumbre que reina a menudo, favorecieran la eclosión de una necesidad por lo sobrenatural, por el esoterismo que atañe a menudo a los políticos y que resulta patética.

La escritora Claudia Piñeiro está casada en segundas nupcias con Ricardo Gil Lavedra, abogado y hombre político radical quien tiene que haberla aconsejado en algún momento con la maraña política.

LAS MALDICIONES, Alfaguara 2017,  ISBN 978-978-738-333-1

La víspera de casi todo de Víctor del Árbol

Résultat de recherche d'images pour "victor del arbol la vispera de casi todo"  Víctor del Árbol es un escritor español (Barcelona 1968) con estudios de Historia y un pasado de policía como mosso d’esquadra.

Comenté en este blog en enero 2013 su novela La tristeza del samurái (2011), libro que lo lanzó al estrellato, varias veces premiado y traducido a más de 10 idiomas. Una novela negra que me costó seguir…

La víspera de casi todo (2016) es su quinta novela, premiada con el Premio Nadal 2016, el premio comercial más antiguo de España creado en 1944 en honor del redactor en jefe de la Revista Destino, Eugenio Nadal Gaya.

Es una novela coral y otra novela negra, muy negra y con raíces históricas. Todos los personajes conllevan un pasado terrible y doloroso; hay dos personajes psiquiátricos, de los cuales un niño con el síndrome de Williams (=enfermedad genética rara que asocia malformaciones cardíacas con retraso mental y faciès particular) y el otro es el padre del inspector Germinal Ibarra internado por años en un asilo psiquiátrico.

Germinal Ibarra es un inspector cincuentón depresivo con un pasado oscuro que lo aplasta. El inspector resolvió un caso difícil en Málaga (el caso de Amanda, una niña violada y asesinada) y huyendo de la fama adquirida con el caso, se instaló en A Coruña, en un pueblo aislado llamado Punta Caliente (ficticio) que Víctor del Árbol sitúa en la Costa da Morte, una tierra desolada de Galicia. Punta Caliente lo sitúa entre la zona del faro de la Virxe da Barca y un acantilado de Camariñas.

En el libro varios personajes huyen de su pasado y se refugiarán en este lugar desolado que se presta al escenario ultra dramático : el inspector Ibarra huye de su fama y de su consciencia por haber matado al asesino pedófilo de Amanda; la madre de Amanda llega huyendo de su pasado y se hace llamar  Paola; Dolores es una portuguesa que huye de su marido y se refugia con su hija Martina que desaparecerá; Mauricio es un argentino que llega a hacerse cargo de su nieto Daniel tras la muerte en un  incendio de sus padres y de su hermano Julio. Todos los personajes conllevan un gran dolor interno o llevan heridas no cicatrizadas.

El relato, con un narrador omnisciente transcurre entre junio y agosto 2010 con un flash back hacia Málaga en 2007 para explicarnos el drama anterior vivido por el inspector.

Es una historia que me resultó demasiado recargada en melodramas y por ende, me resultó a veces algo pesada. Afortunadamente el relato está salpicado de referencias a la música, al cine y a la literatura : Mauricio vive escuchando tangos y Eva/Paola llega cantando una música de Johnny Cash (Hurt).

 

A Coruña, Costa da morte.

LA VÍSPERA DE CASI TODO, Destino Booket 2017 (VdA 2016),  ISBN 978-84-233-5187-9

Valet de pique de Joyce Carol Oates

Résultat de recherche d'images pour "joyce carol oates" Joyce Carol Oates est une grande dame des lettres nord-américaines (Lockport, NY 1938) elle possède une très vaste bibliographie et plusieurs cordes à son arc : poétesse, romancière, nouvelliste, dramaturge, essayiste. Son nom circule depuis quelque temps pour un prochain Prix Nobel. Ella a publié aussi des romans policiers sous des pseudonymes : Rosamond Smith et Laura Kelly.

Les sujets récurrents de Mme Oates tournent autour de la pauvreté rurale, des abus sexuels, des traumatismes de l’enfance, de la satire sociale et de la violence en général. Son style est richement descriptif et me rappelle par moments celui d’Honoré de Balzac. Mais ici les sujets peuvent être assez sombres, profonds, douloureusement psychologiques.

Je lui ai lu quelques livres, et je les ai trouvés tous bons, assez forts, limite dérangeants. Par exemple sa biographie de Marilyn Monroe Blonde (2000) est un des meilleurs livres lus sur cette actrice; et La Fille tatouée (2003) est un autre roman sur la violence des sentiments. J’ai publié en janvier 2017, en VO, un billet sur Hudson River (2001), encore un excellent bouquin sur la classe huppée et âgée nord-américaine avec une note plutôt rare de la part de Mrs Oates :  de l’humour acide.

Valet de pique (Jack of Spades, 2015) traduit en français en  2017, ce serait inspiré d’un récit de deux pages d’Edgar Allan Poe datant de 1850, Le Démon de  la perversité (« The Imp of the Perverse » ) dont voici une citation…Nous sommes sur le bord du précipice. Nous regardons dans l’abîme, nous éprouvons du malaise et du vertige. Notre premier mouvement est de reculer devant le danger. Inexplicablement nous restons…Cette oeuvre élabore une théorie selon laquelle tout le monde a des tendances autodestructrices, incluant le narrateur; cette théorie peut être une esquisse de la notion du subconscient et du refoulement qui devra attendre Freud pour être théorisée. Aussi on peut citer William Wilson, une autre nouvelle du même Poe datant de 1839 où il évoque le thème du double qui hante le narrateur et le conduit à la folie.

Valet de pique est un livre assez génial, un thriller psychologique complexe, un roman choral et gothique avec une nette référence à E.A. Poe avec l’apparition d’un chat noir, incarnation de la chose démoniaque.

LE SUJET : Andrew Rush est un auteur de polars à succès, l’auteur le plus connu du comté d’Hecate dans le New Jersey. C’est un homme très lisse : marié depuis 30 ans à Irina, il est père de trois enfants qui ont déjà quitté la maison familiale, il est riche, assez charmant, un grand philanthrope pour la petite ville où il réside, auteur à succès de polars très corrects, très policés. Il se veut l’homme parfait. Ceci est la face que tout le monde connait.

Mais il a un autre côté, nettement plus obscur et caché à sa famille et à son éditeur : il écrit des polars sous un pseudonyme, Valet de Pique, nettement moins corrects, voire gore et pervers. Il y fait figurer des faits réels vécus par sa famille. Il cache ces livres dans le sous sol de sa vaste demeure, là où personne n’a le droit d’y aller et les écrit nuitamment sous l’emprise de l’alcool. Parfois il ne garde aucun souvenir de cette activité.

Un jour par mégarde il laissera traîner l’un de ses polars signé Valet de Pique qui tombera dans les mains de sa fille Julie, laquelle le lira et sera estomaquée quand elle constatera que des faits relatifs à leur vie familiale et privée, figurent dans le roman. Presque en même temps, Rush recevra une citation à comparaitre au tribunal correspondant à une accusation de plagiat et de vol de matériel de la part de C.W. Heider, une vieille fille de la ville de Harbourton où habite Rush, déjà connue pour les mêmes exactions avec d’autres écrivains et ayant été déboutée.

La maison d’édition de l’écrivain Rush est à New York et elle est très puissante. Elle commissionnera un excellent avocat qui le défendra sans souci et sans frais…

A partir de ce deux évènements l’écrivain Rush va perdre le contrôle de sa vie et son alter ego, Valet de Pique, prendra les commandes de son subconscient et lui dictera des conduites transgressives, inimaginables chez l’impeccable Andrew Rush. C’est la descente dans la folie.

Mais QUI est le véritable Andrew Rush ? C’est sûr, c’est un homme compliqué, c’est une personnalité trouble. Dès l’âge de 12 ans il traine des boulets puisque nous savons qu’il a été à l’origine de « l’accident » qui a coûté la vie à son frère plus jeune. Non, ce n’était pas un accident, il l’a poussé parce qu’il en était jaloux. Comment peut-on vivre avec une culpabilité pareille sans sombrer dans la folie? Par exemple, en inventant un personnage très retors et très pervers que lui permettra d’évacuer toutes ses pulsions ; une personnalité qui lui sert d’exutoire pour supporter cette charge émotionnelle. C’est l’autre face de son alter ego: Valet de pique. Peut-être nous trompons nous? Je ne crois pas car, sous une apparence débonnaire, il a complètement annihilé la personnalité de sa femme qui était au départ presque une meilleure écrivaine que lui même, et le lecteur remarque que dans son for intérieur il n’aime pas ses enfants, ils les méprise. En fait, c’est un personnage assez vil sous des apparences plus que trompeuses. Il commettra des actes graves mû par les pulsions du Valet de pique jusqu’au dénouement final. C’est assez terrifiant.

Il y a d’autres choses intéressantes dans le roman. Comme par exemple la mise en abyme de l’écrivain réel Stephen King, abondamment cité dans l’histoire. (Se connaissent-ils bien?). King et Oates ont publié des livres sous des pseudonymes  (sous le pseudonyme de Richard Bachman pour King). Le King du livre sera accusé de plagiat comme Andrew Rush. Oates aborde aussi le sujet de la création littéraire et de ses rituels, de la jalousie qui peut générer cette création intellectuelle. Et aussi le rôle de l’alcool comme moteur dans l’acte d’écriture.

Un livre bigrement complexe, intelligent, inquiétant et qui laisse quelques points non éclaircis (quid de la répétition en littérature?). Ceci me rappelle l’un des sujets phares du dernier livre d’Enrique Vila-Matas lu il y a peu : Mac et son contretemps, justement traitant de ce sujet.

VALET DE PIQUE, Éditions Philippe Rey 2017 (JCO 2015),  ISBN 978-2-84876-585-3