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Avant toi de Jojo Moyes

Afficher l'image d'origineJojo Moyes est le surnom de Pauline Jo Moyes, une journaliste et romancière britannique (Londres 1969) deux fois primée avec Le Livre Romantique de l’année (Romantic Novelist’s Association Award ou RNA Awards). Elle est devenue romancière à plein temps à partir de 2002 après la publication de son premier succès: Sous la pluie.

Avant toi (Me Before You, 2012) a été adapté au cinéma par Thea Sharrock avec Emilia Clarke dans le rôle de Louisa Clark (prédestinée, hein?) et Sam Claflin dans le rôle de Will Traynor. Ce film passe encore dans les salles et je l’ai vu malgré mes réticences au sujet de la trame. Je reconnais que c’est un bon et beau film, plein d’émotions et assez proche du livre. Peu de choses ont été changées, mais j’ai noté que la différence sociale entre les deux familles est plus nuancée dans le film que dans le livre. L’actrice qui joue le rôle de Louisa est désarmante de naturel avec ses mimiques naïves semblant tellement sincères; l’acteur qui joue le tétraplégique est très beau et joue aussi à la perfection. J’ai ressenti beaucoup plus d’émotion avec le film qu’avec le livre. En dehors de l’aspect sentimental et romantique à outrance, ce film soulève un problème intéressant pour lequel nous sommes encore très mal armés car il déclenche chez les gens un flot d’affectivité irraisonnée; je parle de la mort assistée et voulue par un individu en totale souffrance et en pleine possession de ses fonctions supérieures.

Avant toi est un pur roman dans le genre chicklit, un genre que je n’affectionne pas. C’est  Jean-Claude, un ami,  qui m’a a parlé de ce livre dans des termes élogieux, ce qui a réveillé immédiatement mon insatiable curiosité de livrivore pas omnivore…

Ce n’est pas une lecture que j’ai aimé parce que j’ai trouvé que l’histoire et la plupart des situations sont mièvres, empreintes d’une fausse gaité, jouant à fond sur la fibre sentimentale du lectorat. Mais je reconnais à Jojo Moyes plusieurs points forts comme celui de developper un sujet intéressant: l’histoire d’un type en pleine forme (34 ans) atteint d’une tétraplégie traumatique après avoir été percuté par une moto.  Elle aborde aussi un sujet difficile celui de programmer son propre suicide assisté. Ayant lu à droite et à gauche que ce livre plagiait le sujet du très bon film français Intouchables, que j’avais adoré, et même si les sujets sont proches, Jojo Moyes a su imprimer d’autres points d’intérêt à la trame. Par exemple, la confrontation des deux milieux sociaux est excellente: le milieu froid et huppé de Will Traynor contrastant avec le milieu de prolétaires pur-jus de Louisa Clark, ô combien naturel et riche en affection pour leurs filles. Le descriptif du quotidien de la vie des parents de Louisa est saisissant de vérité: la mère dévouée pour sa famille y compris pour son vieux père gâteux, le mari au bord du chômage, la soeur soi disant  très intelligente mais qui compromet ses études par une grossesse, l’intelligence en friche de Louisa qui se coule dans une vie morne et inintéressante mais qui fait bouillir la marmite de la maison, la vie végétative du grand père, le fiancé de longue date de Louisa, Patrick, qui se noie littéralement dans les endorphine libérées à flots avec le sport qu’il pratique à outrance à tel point qu’il anesthésie totalement sa libido. La soeur de Louisa est Treena,  l’intelligente de la famille qui abuse égoïstement de ses prérogatives vis-à-vis de sa soeur. Bref tout un descriptif minutieux  bien vu et bien exprimé par des dialogues adaptés et savoureux; l’ensemble me rappelle le style des films hyperréalistes de Stephen Frears. Il y a entre les lignes une note sociale revancharde, comme par exemple page 362 quand Louisa assiste au mariage d’Alicia, l’ex de Will, et s’exclame…Le matin du mariage, il faisait beau et l’air embaumait exactement comme je l’avais secrètement pressenti. Les filles comme Alicia ont toujours un petit coup de pouce du destin quand il faut. Quelqu’un avait sans doute glissé un mot pour elle dans l’oreille des dieux du climat… 

L’histoire en bref est la suivante : Will Traynor est percuté par une moto et sa vie bascule (un exemple du danger réel que represente de parler sur le téléphone portable en traversant la rue…). Deux années après il vit (mal) sur un fauteuil roulant et dépend entièrement d’autrui; il est très fragile aux infections. Il a à sa disposition un infirmier tous les jours, puis une aide soignante qui sera Louisa qui n’a aucune formation dans la vie en dehors de sa fraicheur naturelle, une intelligence qui n’a pas été , disons, développée. Louisa et Will vont se rencontrer, dans des conditions bien particulières et ils ne sont pas faits pour s’entendre. Tout les sépare. Chacun reste sur ses campements et peu à peu ils vont découvrir des horizons insoupçonnés. Will n’accepte pas sa condition de totale dépendance et Lou s’acharnera à le faire changer d’avis par tous les moyens. Ici la romancière développe beaucoup, on sent qu’elle s’est bien documentée, même si elle s’éloigne de la réalité par moments (page 115 ..il a fallu presque 40 minutes pour ramener la température de Will à un niveau acceptable. Pendant que nous attendions que l’antibiotique fasse effet…Je commente: on ne peut pas attendre qu’un antibiotique fasse effet, cela prend au moins 48 heures, c’est le médicament contre la fièvre qui peut agir aussi vite… La fin est logique avec le personnage de Will, cela peut paraitre dur, mais c’est la solution acceptable de son point de vue à lui car c’est le seul qui peut compter.

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AVANT TOI, Bragelonne-Milady 2013,  ISBN 978-2-8112-1193-6

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Les rêves sont faits pour ça de Cynthia Swanson

Afficher l'image d'origineCynthia Swanson est une écrivaine nord-américaine (née à Milwakee, Wisconsin) connue pour des courtes publications dans des revues et qui est designer spécialisée dans le style des années 60. Les rêves sont faits pour ça (The bookseller, 2015) est son premier roman qui a connu un certain succès outre Atlantique du fait notamment qu’elle décrit bien la ville de Denver où a lieu la trame. Le titre donné en français me paraît fade, bien à l’image du roman. C’est de la chick lit.

C’est un livre que j’ai apprécié moyennement. La spécialisation de Mme Swanson dans le style des années 60 a fait que elle a inondé son roman de clichés vestimentaires, décoratifs, littéraires, les voitures et musicaux correspondants à ces années là. Toutes les trentenaires voulaient ressembler à la mythique Jacqueline Bouvier-Kennedy ! Il se trouve que dans ces années là les femmes se retrouvaient devant un choix sociétal difficile et fondamental. Il fallait choisir entre deux situations : l’indépendance avec carrière réussie ou la maternité entourée d’un certain romantisme. D’aucunes se posaient, avec bravoure, la question de savoir si elles pouvaient réussir les deux situations à la fois. Pourquoi pas?

Il y a deux strates dans ce roman, un fictif et l’autre « rêvé » et une héroïne dans chaque décor : Kitty et Katharyn. Kitty représente la femme indépendante mais seule et Katharyn la femme ayant fait un beau mariage, vivant dans l’aisance mais assujettie à des devoirs pesants puisqu’elle est mère de triplets (elle est allée fort l’écrivaine!) dont un des garçons est autiste; elle fait difficilement face à la situation. Or la théorie ambiante dans ces années là sur l’autisme et aux USA consistait à culpabiliser la mère en disant que l’autisme de l’enfant venait d’une attitude froide et distante de la mère. Il y avait de quoi sombrer dans la dépression pour ces pauvres femmes enfermées avec un enfant autiste à la maison ! hein ?

Dans le roman nous basculons entre le monde réel de Kitty (?) et le monde fictif de Katharyn. Lequel est le « vrai », l’écrivaine en arrive à décontenancer la lectrice, mais ces allers-retours sont tout de même agaçants. Il est clair que les deux ambiances ont de bons et de mauvais côtés. Tout n’est pas rose ni noir. La thèse de l’écrivaine est peut-être de nous dire que quel que soit le choix que nous ferons, rien n’est gagné d’avance, rien n’est facile, tout choix comporte des risques.

Certaines ont fait le rapprochement de ce livre avec le film de Peter Howitt de 1998 Pile et Face (Sliding Doors) avec Gwyneth Paltrow où deux vies auraient pu être vécues. Ce n’est pas le cas ici.

Lecture dans le cadre de Masse Critique. Un grand merci à Babelio et aux Éditions Mosaïc pour l’expérience.

LES RÊVES, Mosaïc 2016,  ISBN 978-22803-4286-5