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Miroir de nos peines (3) de Pierre Lemaitre

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Pierre Lemaître est un scénariste et romancier français (Paris 1951) avec une formation de psychologue; il connait un grand succès depuis le Prix Goncourt  2013 avec un roman noir picaresque Au revoir là haut (2013) qui fera partie d’une trilogie avec Couleurs de l’incendie (2018) et Miroir de nos peines (2020) . En dehors du prestigieux Goncourt, Au revoir là haut  a reçu une huitaine d’autres prix,  un beau et mérité succès. Les livres de Lemaitre sont en cours de traduction dans plus de trente langues.  Et ses polars ont été primés plusieurs fois . Il vit de sa plume depuis 2006.

Tous les livres de Pierre Lemaitre ont été commentés dans ce blog; aucun ne m’a déçu et j’aime son style assez particulier, entre ironie et drôlerie avec un sens inné de la trouvaille et des phrases qui font mouche.

Le premier tome de la trilogie Au revoir là haut (2013) fût une lecture éblouissante,  le livre a été commenté en septembre 2016 dans ce blog. Un très bon film est sorti en 2017 avec  Albert Dupontel comme réalisateur, film qui a reçu le César de la meilleure adaptation ainsi que d’autres nominations. Couleurs de l’incendie (2018), le deuxième tome est un vrai page-turner car la lecture vous happe dès la première page, il se situe dans les suites de la guerre de 14-18; je l’ai commenté en mars 2020.

Miroir de nos peines (2020) est le dernier volet de cette copieuse saga qui démontre la force romanesque de Pierre Lemaitre. Cette fois c’est une lecture rapprochée entre le deuxième et ce dernier volet, ce qui est en général inhabituel chez moi, parce que une lecture rapprochée change la donne, en mieux ou en moins bien.

Sans rien enlever à l’importance de cette publication, je dois confesser que je me suis un peu  lassée au début du roman, mais que par la suite, les personnages et l’action étant bien en place, je me suis régalée avec la lecture.

Les personnages sont très bien  esquissés et on pourra faire la soudure entre le tome 1 et le 3 quand on va découvrir que l’héroïne de ce tome 3 est la petite fille (Louise Balmont) de Jeanne Balmont, la logeuse à Paris d’Édouard Péricourt, un « gueule-cassé » de la Grande Guerre; Louise s’amusait avec Édouard et coloriait des masques pour lui. Dans ce troisième opus elle est devenue institutrice et travaille aussi dans un café restaurant tenu par M. Jules, un homme au grand coeur. Il y a parmi tant d’autres personnages celui de Désiré Migault, un mystificateur caméléon qui va jouer plusieurs rôles dans le roman, réussissant à disparaitre avant qu’on ne le prenne, personnage doté d’une grande intelligence émotionnelle se glissant dans son rôle avec maestria comme le Zelig de Woody Allen (film de 1983) où Léonard Zelig se muait dans des personnages différents par nécessité d’être aimé ou par peur d’être rejeté, mais Désiré Migault se transforme par pur opportunisme sans un but de lucre, mais d’acceptation sociale. Un personnage truculent inoubliable, très réussi.

Ce tome s’étale entre avril et juin 1940 et narre les péripéties de Louise Balmont avec un bon descriptif de la drôle de guerre; le début de l’intrigue démarre quand la jeune et jolie Louise se voit proposer par le Docteur Thirion de se dénuder devant lui, moyennant compensation financière (mais sans consommation), suite à quoi ce bon docteur prendra une décision bien radicale. Ceci m’a paru incongru par rapport à l’histoire et au personnage de Thirion, cela m’a semblé démesuré et incompréhensible dans le contexte.

Par la suite Louise connaitra quelques faits sur le passé de sa mère et elle se lancera sur la route de l’exode en juin 1940 dans des conditions rocambolesques et dramatiques (je regrette l’absence de référence au livre Suite Française d’ Irène Nemirovsky, livre écrit directement en français et de première main puisque c’est du vécu).

Un livre plein de péripéties sur fond d’Histoire dans un souffle romanesque hors pair.

MIROIR DE NOS PEINES, Albin Michel 2020,  ISBN 978-2226-39207-7

Couleurs de l’incendie (2) de Pierre Lemaitre

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Pierre Lemaître est un scénariste et romancier français (Paris 1951) avec une formation de psychologue; il connait un grand succès depuis le Prix Goncourt  2013 avec un roman noir picaresque Au revoir là haut (2013) qui fera partie d’une trilogie avec Couleurs de l’incendie (2018) et Miroir de nos peines (2020) . En dehors du prestigieux Goncourt, ce livre a reçu une huitaine d’autres prix,  un beau et mérité succès. Les livres de Lemaitre sont en cours de traduction dans plus de trente langues.  Et ses polars ont été primés plusieurs fois . Il vit de sa plume depuis 2006.

Tous les livres de Pierre Lemaitre ont été commentés dans ce blog; aucun ne m’a déçu et j’aime son style assez particulier, entre ironie et drôlerie avec un sens inné de la trouvaille et des phrases qui font mouche.

Le premier tome de la trilogie Au revoir là haut (2013) fût d’une lecture éblouissante, et le livre commenté en septembre 2016 . Un très bon film est sorti en 2017 avec  Albert Dupontel comme réalisateur, film qui a reçu le César de la meilleure adaptation ainsi que d’autres nominations.

Couleurs de l’incendie est un vrai page-turner car la lecture vous happe dès la première page avec des personnages solidement bâtis. Cette fois nous suivrons les tribulations de Madeleine Péricourt la seule héritière du milliardaire Marcel Péricourt et dont le frère, Edouard, une « gueule-cassée » de la guerre 14-18 connaitra une fin dramatique à la fin du premier tome.

Dans le premier tome Madeleine avait épousé l’affreux Henri d’Aulnay-Pradelle, homme d’affaires véreux  avec lequel elle aura un fils, Paul. Au moment de la narration le corrompu Pradelle croupit en prison. Jusque là, Madeleine Péricourt avait été gâtée par la vie, ne s’intéressant à rien dans les affaires de son père ni s’occupant de son fils Paul non plus. Or, le petit Paul est laissé dans les mains d’un répétiteur qui l’instruit à domicile. À la mort du patriarche, son fondé de pouvoir, Gustave Joubert, centralien de formation aura des vues sur l’esseulée Madeleine, qui le voit toujours comme un subalterne.

Nous sommes dans la post guerre 14-18 et les magouilles vont bon train, que ce soit au niveau industriel ou au niveau politique (déjà). Les impôts accablent ceux qui en payent (déjà!). Puis le krach boursier de 1929 arrive et beaucoup de fortunes se défont. Mais il n’y a pas que Henri Pradelle comme ripou, car Charles Péricourt, frère de feu Marcel Péricourt, est un parlementaire retors et vénal, président d’une commission parlementaire chargée de la lutte contre l’évasion fiscale ! (Comment ne pas penser à des affaires plus récentes et vite enterrées).

Voilà Madeleine Péricourt dans la panade avec des déboires personnels (le fils) et « l’aspiration » de sa fortune par des délits d’initiés. Cette femme déclassée fera face d’une drôle de façon, pour le moins inattendue de la part d’une femme si veule jusque là et se fera aider par un ancien employé de son ex mari. La vengeance est un plat qui se mange froid… nous en avons ici un bel exemple.

Les personnages de Lemaitre sont parfaits et profondément esquissés, c’est un régal que de les suivre dans leurs péripéties. Mais vers la page 300 j’ai ressenti un certain relâchement, vite repris dans la partie finale du livre. J’ai trouvé aussi que la relation de Madeleine avec Léonce sonnait faux car comment faire confiance à une femme prête à tout pour avoir de l’argent sans aucun jugement moral sur ses actions ? Est-ce que la trame de l’histoire nécessitait des accointances solides entre ces deux femmes si distinctes ? Puis ce petit Paul, accablé de tous les maux devient presque normal, à la fin du livre…Malgré ces quelques points faibles, quel souffle romanesque, quel entrain. Une bonne et distrayante lecture, à quand le film ?

Le titre du roman se retrouve dans deux passages. Page 299 au déclenchement d’un incendie…parce que les lueurs de l’incendie se virent depuis la route au moment où ils reprenaient le chemin vers Paris…Aussi page 383, en pleine révolte nationale contre l’impôt (1933)… le gouvernement observait avec inquiétude les couleurs de cet incendie qui gagnait sans cesse du terrain…

COULEURS DE L’INCENDIE, Livre de Poche N° 35288 (PL 2018),  ISBN 978-2-253-10041-6

A la sombra del dinero (10) de Ramón Díaz Eterovic

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Ramon Díaz Eterovic es un escritor chileno (Punta Arenas 1956) que se ha hecho santiaguino desde 1974, creador del detective privado Heredia, un personaje protagonista de más de 20 títulos de novelas negras ambientadas en un Santiago urbano y céntrico; traducido en más de 20 países.

Una parte de la obra del autor fue adaptada para la TV chilena en 2005 bajo el título de Heredia & Asociados; se pueden ver algunos capítulos en Youtube, pero es una adaptación libre de los libros. Se mira con interés por el ambiente tan chileno-capitalino aunque va demasiado rápido, prefiero los libros.

Díaz Eterovic ha sido galardonado con numerosos premios y hasta tres veces con el Premio Municipal de Santiago género novela (1996, 2002 y 2007) y con el Premio del Consejo Nacional del Libro y de la Lectura (1995, 2008 y 2011).

El escritor utiliza la novela policial para hablar de temas sensibles en la sociedad chilena, como los detenidos desaparecidos, el narcotráfico, el tráfico de armas, la carencia de una real democracia, las traiciones de todo tipo, la ecología, etc. Díaz Eterovic quiere escribir una comedia humana y chilena con temas e historias que reflejen diferentes aspectos actuales de la sociedad. Se dice que Díaz Eterovic es un habitué del bar La Piojera de la calle Aillavillú, cerca de la estación Mapocho donde se sitúa el antro del detective Heredia.

El autor ha sido objeto de estudios y publicaciones por el catedrático chileno Guillermo García-Corales, quien escribió « las novelas de Díaz Eterovic son novelas de consciencia y estética urbana y representan la mejor expresión del relato detectivesco en el Chile de la nueva narrativa de los años 90″. (cf « Poder y crimen en la narrativa chilena contemporánea: las novelas de Heredia » y « Ramón Díaz Eterovic, reflexiones sobre la narrativa chilena de los años 90″).

Estoy leyendo estas aventuras en orden de publicación porque me encanta el entorno de estos policiales, aunque el personaje de Heredia me da lástima por su inmensa soledad compensada por un sobre consumo de alcohol, al mismo tiempo que me causa admiración  su afición a la literatura. Vive quejándose y soliloquea con su gato Simenon que le sirve de válvula de escape; a veces no tiene ni dinero para comer, pero no siempre cobra por sus servicios…es un hombre paradójico.

Empecé a publicar los billetes en avril 2019 con  La ciudad está triste (1987), el primer tomo de la serie al cual le encontré « gusto a poco », pero como una promesa por venir. El segundo tomo, Solo en la oscuridad (1992) me gustó muchísimo más porque se perfila mejor la personalidad de Heredia y la del mundo en el que se mueve. Nadie sabe más que los muertos (1993) es el tercer opus de la serie y me gustó medianamente porque lo encontré enrevesado con plétora de personajes y algo tirado por los pelos. Ángeles y solitarios (1995) es el quinto de la saga y fue premiado; me gustó  porque hay buena acción (pero me equivoqué con la cronología, publicándolo en realidad bajo el N°4) y dándome cuenta tras la lectura de Nunca enamores a un forastero (1999) que éste es anterior porque Díaz Eterovic menciona al tira Solís, amigo de juventud de Heredia en condiciones que Solís desaparece en Ángeles y solitariosLos 7 hijos de Simenon (2000) es el sexto de la serie, lo encontré estupendo, ágil, entretenido y con una trama más renovada ya que habla del medio ambiente y de la corrupción que se genera entre políticos y solicitantes con la obtención de mercados. Lo han destacado con el Premio Las Dos Orillas 2000 (Gijón). El ojo del alma (2001) es el séptimo de la serie, ganador del Premio Municipal de Santiago 2002, un tomo que conlleva una buena descripción de bares santiaguinos y del Santiago céntrico,  lo encontré algo verborreico, cansador. El hombre que pregunta (2002) me gustó porque trata de literatura y de literatos. El color de la piel (2003) me gustó aunque lo encontré triste con un Heredia más solo qué nunca, avejentado, sin dinero y que vive trasnochando, libando y soliloquiando con el gato Simenon, que ya me resulta antipático con sus reflexiones pseudo-gatunas.

A la sombra del dinero (2005) es otro opus tristón con un Heredia de 48 años, más solo que nunca, casi sin trabajo y sobreviviendo gracias al dinero que le pasa su amigo kiosquero, Anselmo; en esta aventura el consumo de alcohol de Heredia parece más moderado y el detective vivirá un comienzo de aventura amorosa con una policía. Surge nuevamente su amistad con el periodista Campbell quien le ayuda en sus pesquisas y se sirve de la prensa amarilla para avanzar en los casos. Hay un buen descriptivo de lo que sucede en los ministerios públicos y detrás del telón de la política : robos, colusiones, corrupción, falsificaciones, mentiras, tráficos de toda índole, amenazas. La amoralidad impera y el lema único es EL DINERO que lo mueve todo, que todo lo puede y a cualquier costo. Y para justificar el título se lee página 138 « funcionario muere a la sombra del dinero« .

El caso esta vez tiene que ver con corrupción en el seno de la administración, precisamente en el Departamento de Inversiones Públicas donde un funcionario ha detectado robo al erario público. Rápidamente este funcionario probo desaparecerá y Heredia se aferrará a buscar pruebas con el peligro de su vida, como siempre. El gato Simenon, su fiel  compañía, le sirve para filosofar y Heredia vive filosofando y teniendo respuesta a todo; por momentos se vuelve cargante.

La escritura de Díaz Eterovic es bella, poética, muy metaliteraria (la próxima vez anotaré las referencias literarias, por lo general son policiales, pero no exclusivamente).

Una cita página 238…estaba cansado hasta de mi sombra y la vida era una vieja mañosa que reiteraba sus triquiñuelas. Necesitaba alguna idea nueva; una pequeña llama para anidar en mis bolsillos antes que la noche llegara a cubrirme con su raída capa de murmullos. No era más que uno de los tantos seres anónimos que arrastraban sus días por las calles del vecindario, aletargados por el falso sueño de tropezar con un trozo de felicidad a la vuelta de la esquina. Encendí un cigarrillo, aparté mis oscuros pensamientos y entre el bullicio de los clientes descubrí el sentido de mis próximos movimientos...

A LA SOMBRA, LOM 2005,  ISBN 956-282-720-8

Mélodie de Vienne d’Ernst Lothar

Résultat de recherche d'images pour "ernst lothar" Ernst Lothar, de son vrai nom Lothar Ernst Müller fût un écrivain, directeur de théâtre et scénariste autrichien (Moldavie 1890-Vienne 1974). La famille Müller s’installe à Vienne en 1897 où Lothar suivra des études de Droit. Il va se consacrer à l’écriture à partir de 1925 et fréquentera Stefan Zweig, Robert Musil, Joseph Roth. Ce livre, Mélodie de Vienne fut publié en Anglais en 1944 sous le titre L’ange à la trompette. Histoire d’une maison et en Allemand en 1946, lors du retour à Vienne de l’auteur qui avait fui le nazisme en 1938, s’installant à New York.

Ce vaste roman n’avait pas été réédité depuis 1963 et l’oeuvre a été redécouverte en Italie en 2013. C’est un bijou littéraire.

Dans les années d’après-guerre ce livre fut un best seller et il a été porté à l’écran en 1948 par Karl Hartl avec un grand succès populaire, on peut le voir sur Youtube en Allemand sous le titre Der Engel mit der Posaune ( youtu.be/QR7WcFd8uqc).  Une deuxième version cinématographique en 1950 fut filmée par le britannique Anthony Bushell.

Ce vaste roman est la saga de la famille Alt, des facteurs de pianos de père en fils et le livre s’articule autour de leur vaste demeure sise au 10 Sielerstätte, au coeur de Vienne. L’ancêtre Christophe Alt avait fabriqué un piano sur lequel a joué Mozart et la famille garde cette pièce comme un trésor dans leur salon jaune, une salle réservée aux réceptions.

La famille Alt au complet reside dans cette maison qui est divisée en appartements. Tous les personnages de cette vaste famille sont intéressants et bien esquissés. Nous serons les témoins privilégiés des avatars d’une  famille autrichienne mais derrière la saga des Alt l’auteur nous livre l’histoire de l’Autriche entre 1890 et 1940 environ.

L’ascension sociale de cette famille dans le cadre rigide de la société impériale austro-hongroise du XIXè siècle, oblige les Alt à se conformer aux règles de la Haute Société Viennoise.

Franz Alt est issu de la troisième génération, il tombera amoureux de la belle Henriette Stein qui a des origines juives, ce qui déplaira au clan Alt. Le mariage se fera contre tous et ce sera un mariage mal assorti malgré la naissance de quatre enfants dont le dernier est adultérin. Henriette a des moeurs trop libres pour l’époque. Les deux fils ainés son totalement différents : l’aîné, Hans sera le préféré de sa mère et deviendra un patriote; le deuxième Hermann s’opposera à la famille et deviendra pro nazi.

La fabrique de pianos va subir les temps nouveaux avec la révolte des ouvriers puis la réquisition par les nazis dans le cadre de la réorganisation des milieux d’affaires en raison des deux ascendances juives (la mère de Hans et Selma son épouse).

Le choc culturel fut particulièrement violent en Autriche à la fin du XIXè siècle, ce qui va secouer toutes les classes sociales mettant en cause les fondements même du pouvoir et de la légitimité. Ceci explique l’exceptionnelle éclosion culturelle de Vienne à cette époque.

Derrière la saga de la famille Alt défilent des faits historiques de premier plan tels que la fin de l’Empire austro-hongrois avec François-Joseph qui, au cours de 70 ans de règne, ne vit pas venir les changements, puis le suicide du Prince héritier Rodolphe (amant d’ Henriette dans le roman), l’assassinat de l’Archiduc François-Ferdinand à Sarajevo, la Première Guerre Mondiale, l’essor du mouvement ouvrier, la montée du nazisme et l’Anschluss de l’Autriche…

Drôle de pays cette Autriche. Dans le roman page 288 Fritz Alt , frère de Hans, opine ainsi…D’accord, ailleurs qu’en Autriche on dirait que c’est de la folie ! Mais en Autriche, la folie procède de la méthode. L’Autriche est une communauté obligée, ça ne t’avait jamais frappé? Une cohabitation d’éléments disparates ! Les Tchèques détestent les Allemands. Les Polonais les Tchèques. Les Italiens les Allemands. Les Polonais les Tchèques. Les Italiens les Allemands. Les Slovaques les Tchèques. Les Slovènes les Slovaques. Les Ruthènes les Slovènes. Les Serbes les Italiens. Les Roumains les Ruthènes. Et les Hongrois tout ce qui n’est pas eux…Ceci donne une idée du rempart qui a constitué l’Autriche face à tant d’identités différentes, sans compter que l’Autriche est une frontière occidentale de l’Europe.

L’Autriche vue du dedans donne l’ampleur de la décadence dans laquelle elle s’est peu à peu enlisée. L’héritier de l’Empire, l’Archiduc Rodolphe, ne voulait pas régner car malgré une névrose, il percevait  ce qu’il y avait de faux et d’apprêté dans le système. Page 85 on peut lire des choses terribles de la part de Rodolphe envers l’Empereur, son père…La médiocrité, oui! Voilà ce qu’il adore! Surtout ne pas attirer l’attention! Sauver les apparences! Une amie pour causer, rien d’autre-bien entendu! Il aime tellement l’art! Et soigne sans aucun préjugé les relations avec les personnes de rang inférieur! Et n’a jamais, jamais eu de maitresse – un homme comme lui, irréprochable, si pieux! Laissez-moi rire! Quand je pense que le monde est encore dupe de cette comédie de décence et de popularité jouée par un homme que personne ne supporte: ni sa femme-qui le fuit-, ni ses enfants-pour qui il n’a pas l’ombre d’un sentiment-, ni ses ministres-qui le craignent, ni ses sujets-qu’il ne voit jamais! Un aveugle-sourd, fier d’être en retard sur son époque, et qui ferme la bouche à ceux qui voudraient lui ouvrir les yeux et les oreilles-pas avec passion, non, la passion lui est inconnue, mais avec cette morgue qui vous glace les sangs! Un homme qui se fie au  grand-oncle Albrecht complètement sclérosé, à cette nullité de Kálnoky et ne jure que par ce Taaffe encore plus incapable s’il est possible, et par Beck! Un homme sans imagination, sur qui tout glisse comme sur une pierre! Un homme atroce! Un homme auprès de qui il est impossible de vivre !

C’est une pépite, un livre intéressant et facile à lire dont le sujet recoupe un peu celui de l’oeuvre maitresse de son contemporain Robert Musil, de seulement 10 ans son aîné L’homme sans qualités, un autre roman sur le même thème mais difficile à lire car avant-gardiste et comportant plus de 2000 pages; ce livre n’a été disponible en français que depuis 2011  (deux tomes en Allemand parus en 1930 et 1933).

Une saga d’une ampleur comparable à Les Buddenbrook de Thomas Mann (1901) et à La famille Karnovski d’Israel Joshua Singer (1943).

MÉLODIE DE VIENNE, Liana Levi-piccolo 2016 (EL 1944),  ISBN 978-2-86746-972-5

Eva de Arturo Pérez-Reverte

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Arturo Pérez-Reverte (Murcia 1951), es un valor  de las letras hispánicas, es el autor español de más tirada. Es un escritor, periodista y reporter de guerra. Hace parte de la RAE desde 2003.

Su estupenda novela El maestro de esgrima (1988), la comenté en este blog en diciembre 2012 y El francotirador paciente (2013) en enero 2014, una novela que no me sedujo porque la encontré underground, decadente. Por supuesto que le he leído otros libros, pero como en aquella época no hacía fichas de lectura, no me siento autorizada para argumentarlos. Sobre mis cargados anaqueles espera lectura La Reina del Sur (2002).

Falcó (2016) es el primer tomo de una serie por venir y me gustó mucho : el intento ficticio por parte del espía Falcó de liberar de la prisión a Primo de Rivera. Este ágil tomo permite de descubrir a Lorenzo Falcó que trabaja para los servicios secretos de los nacionales (SNIO), un personaje de buena factura, cínico, elegante y mujeriego, pero « un cuchillero » sin estados de ánimo como diría su creador. Es un libro que se ha vendido bien : más de 300 000 ejemplares…

Eva es la segunda entrega (2017) y me ha gustado algo menos. Es más grueso y me aburrí un poco hacia la mitad del tomo, encontrando demasiada explicación. Vamos conociendo mejor a Lorenzo Falcó el ex traficante de armas, hoy espía y por ende me va gustando menos : un macho sans toit ni loi, mujeriego y depredador, carente de sentimientos, cínico, adicto a las cafiaspirinas, al alcohol y el tabaco, a los hoteles de lujo y a la ropa de marca. Su imagen de seductor empedernido no cuadra con la imagen de seductor sentimental que da en este opus.

La trama sucede esencialmente en mayo 1937, en Tánger, ciudad sobre la cual leí hace muy poco el libro Niebla en Tánger y también vi la excelente película La vida perra de Juanita Narboni, todo esto contribuyendo a dar una buena idea de esa ciudad internacional de los años 37 cuando Falcó parte a ésa para recuperar un cargamento de oro de España que los republicanos quieren mandar a Rusia para ponerlo a salvo; en esa época la ciudad de Tánger era un nido de espías y de esbirros de todo pelaje, de negociaciones turbias…

Todo el libro tiende a mantener una tensión psicológica con el encuentro entre Falcó y la rusa Eva Neretva, alias Eva Rangel en el primer tomo y Luisa Gómez en este, una rusa endoctrinada fanática y cruel, una espía sanguinaria, tan sanguinaria y despiadada como el propio Falcó.

El oro de España son 30 toneladas en la sentina de un barco republicano, el Mount Castle anclado en Tánger al cual se le opone el Martín Álvarez a cargo de los franquistas que deben recuperar el oro y llevarlo a España. La confrontación de los dos capitanes, de bandos opuestos, es muy bonita porque es la única parte del relato sana y honorable, con unos marinos que conocen el código del honor, la responsabilidad con la tripulación y con la carga, cierta dignidad, el sentido de la palabra dada.

Para nuestro héroe y para la rusa, la crueldad es solo un instrumento de trabajo y en ese sentido Lorenzo Falcó reconoce en la antipática rusa, su alter ego, una guerrera como él aunque ella es más implacable porque tiene fe en el futuro de la Humanidad, en su propio sacrificio, es heroica. Falcó no lo es, es por momentos un personaje despreciable.

Los personajes de la novela están bien trabajados, entre ellos el personaje del jefe de Falcó, el Almirante que lo maltrata y le confía misiones imposibles y arriesgadas. Al parecer la próxima aventura ya está esbozada : sucederá en Biarritz.

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Tánger 1937

EVA, Alfaguara 2017,  ISBN 978-84-204-1957-2

Nos souvenirs sont des fragments de rêves de Kjell Westö

Résultat de recherche d'images pour "kjell westö den svavelgula himlen" Kjell Westö est un écrivain et journaliste finlandais (Helsinski 1961) de langue suédoise.

Nos souvenirs sont des fragments de rêves (2018) est son troisième livre traduit au français.

C’est un bildungsroman ou roman de formation puisque nous suivrons la saga d’un finlandais depuis son adolescence jusqu’à la soixantaine environ.

Le narrateur est issu de la classe prolétaire et toute sa vie il sera confronté à la riche famille  Rabell qu’il va côtoyer tout le long de son existence, avec des comparaisons incessantes entre leurs membres et lui même ou sa famille. Les membres de la famille Rabell sont nombreux : le grand père Poa, altier et méprisant, le père Jakob dont on cache la folie, la mère Clara qui mène sa vie, le fils Alex (son ami) qui a honte de la folie de son père et camoufle sa maladie en inventant une absence, la fille Stella qui sera l’amour de la vie du narrateur avec laquelle il aura une relation ayant des hauts et des bas et qui finira par se transformer en amitié.

La saga de cette famille ainsi que le devenir du narrateur baignent dans les évènements historiques de la Finlande des années 70 jusqu’à nos jours. Il est intéressant de constater et de comparer les différences manifestes entre une mentalité scandinave et une mentalité latine: par exemple si l’on compare une saga comme celle-ci à une saga méridionale comme celle proposée par Elena Ferrante. Les deux livres comportent pareillement une ribambelle de personnages mais ce sont des personnages au comportement si opposé qui évoluent dans des ambiances si différentes; la comparaison est enrichissante.

Le livre est un gros pavé de plus de 500 pages qui m’a semblé long par moments; j’ai trouvé que le personnage principal était particulièrement atone, assez veule; j’avais l’impression que sa vie lui passait par dessus la tête comme un rouleau compresseur sans qu’il arrive à imprimer aux évènements la tournure qu’il souhaitait.

La vie n’est pas un long fleuve tranquille, c’est clair. Ainsi passa la vie du narrateur, un peu terne, un peu solitaire en somme. Rien de bien marquant.

Tout à la fin du livre Stella Rabell donnera un sens au titre du roman, car lors d’énièmes retrouvailles, cette fois en pure amitié, elle dira la phrase suivante…j’ai toujours pensé que la sensation de déjà vu n’est qu’une sorte d’angoisse face à l’irréalité de la vie. Nos souvenirs sont des fragments de rêves…

NOS SOUVENIRS, Éditions Autrement 2018 (KW 2017),  ISBN 978-2-7467-4634-3

Millénium 4 (Ce qui ne me tue pas) de David Lagercrantz

Résultat de recherche d'images pour "david lagercrantz" David Lagercrantz est un journaliste et auteur de best sellers suédois (Solna 1962). Il a relevé le défi de continuer la trilogie de Stieg Larsson qui avait connu un succès planétaire avec 6 millions d’exemplaires vendus. Cette saga, imaginée au début des années 2000 par Larsson a été publiée après sa mort car Stieg Larsson est décédé en 2004 à l’âge de 50 ans de crise cardiaque et seulement 10 mois avant la parution du premier tome. Il paraît que Larsson voulait écrire une dizaine de tomes, donc quelque part, continuer la saga c’est respecter sa mémoire et son souhait.

Bien sûr, j’ai lu la trilogie et je l’ai appréciée énormément, devenant presque addict, car prenant sur mes heures de sommeil pour avancer dans l’histoire…J’ai été littéralement fascinée par le personnage de Lisbeth Salander, la punkette pourfendeuse de justice tellement brillante. Lorsque j’ai su que Larsson s’était inspiré du personnage de Fifi Brindacier d’Astrid Lindgren pour construire le personnage de Salander, j’ai acheté l’intégrale des romans sur Fifi et je dois dire que je me suis régalée avec cette lecture : c’est tellement drôle et en même temps tellement osé, limite méchant, ce que je trouve assez caractéristique du monde des enfants qui ne sont pas toujours des anges ni si innocents que cela…

Aussi, à l’occasion d’un voyage à Stockholm j’ai suivi un circuit « Millénium » avec un groupe de mordus de la trilogie, originaires du monde entier. On nous a promenés sur les lieux du roman jusqu’à aller boire un café puis une bière dans les lieux cités dans le livre et visiter la rue où se situe l’appartement ayant servi de modèle à Larsson. Un peu à la façon du circuit Da Vinci Code monté à Paris (pour les Américains) ou le circuit provençal d’après les livres de Peter Mayle pour les Anglais…

Millénium 4 est sorti simultanément dans 24 pays, c’est déjà un exploit incroyable. Des clauses de confidentialité et le secret le plus absolu ont été  exigés avant la parution du livre.

Franchement, j’étais réticente à lire Millénium 4, mais je ne le regrette pas car c’est un bon thriller qui ne copie en rien à Larsson mais reprend les personnages clés de la trilogie donnant une part d’or au journaliste Blomkvist et à l’ineffable punkette Salander. Il y a deux aspects du livre qui m’ont paru difficiles : les noms suédois des lieux cités et les personnages qui surgissaient au fil des chapitres et que j’avais du mal à situer…(manque de concentration de ma part?)

Dans ce tome le journaliste Blomkvist au début semble assez désabusé, son journal Millénium est en crise car les ventes sont en chute libre et la publicité à la baisse, il existe une forte pression de la part des actionnaires pour trouver des sujets « vendeurs » et le journal a dû se résigner à accepter l’entrée de capitaux émanant d’un milieu porteur de valeurs éloignées de celles de Blomkvist. Il y a dans ce tome une critique assez virulente envers la presse suédoise.

Blomkvist et Salander vont reprendre contact via Internet. Il se trouve que la brillante Salander va pirater rien de moins que la NSA (National Security Agency). Nous aurons la description fouillée de l’espionnage industriel à haut niveau qui emploie des hackers recrutés au niveau de la planète et qui gravitent dans un monde fermé, cryptique, impitoyable; ils se connaissent entr’eux par des pseudonymes et communiquent de façon ultra sécrète car derrière cet infra monde circule beaucoup trop d’argent sale.

Le livre s’ouvre sur un brillant professeur-chercheur d’université suédois qui fait de la recherche à haut niveau sur l’Intelligence Artificielle (IA). Cet homme veut reprendre avec lui son fils autiste, qu’il a négligé. L’introduction de cet enfant autiste dans le récit est un trait de génie de la part de Lagercrantz car il nous introduit dans le milieu peu connu et fascinant, celui des autistes génies qui sont programmés pour réaliser certaines prouesses bien précises dans les domaines mathématiques, de la musique, du dessin ou de la mémoire tout court. C’est très intéressant.

Le livre est très documenté en ce qui concerne l’IA et le monde très fermé des hackers et leurs techniques. Aussi, nous serons ébaubis par l’importance de l’espionnage industriel au niveau planétaire.

Le titre de cet opus émane d’une phrase que le père de Salander, le bandit russe Zalachenko avait noté sur une feuille de papier « ce qui ne me tue pas me rend plus fort« , une citation attribuée à Nietzsche et qui était le mot de passe de son ordinateur (une brute cultivée, alors?).

Un thriller haletant, avec de l’action musclée, de l’information intéressante et une Salander plus fascinante que jamais car on devine que la suite va s’articuler autour de son passé obscur et très violent. Vivement le tome 5.

MILLÉNIUM 4, Babel Noir N° 180, 2015,  ISBN 978-2-330-07678-8