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Nos souvenirs sont des fragments de rêves de Kjell Westö

Résultat de recherche d'images pour "kjell westö den svavelgula himlen" Kjell Westö est un écrivain et journaliste finlandais (Helsinski 1961) de langue suédoise.

Nos souvenirs sont des fragments de rêves (2018) est son troisième livre traduit au français.

C’est un bildungsroman ou roman de formation puisque nous suivrons la saga d’un finlandais depuis son adolescence jusqu’à la soixantaine environ.

Le narrateur est issu de la classe prolétaire et toute sa vie il sera confronté à la riche famille  Rabell qu’il va côtoyer tout le long de son existence, avec des comparaisons incessantes entre leurs membres et lui même ou sa famille. Les membres de la famille Rabell sont nombreux : le grand père Poa, altier et méprisant, le père Jakob dont on cache la folie, la mère Clara qui mène sa vie, le fils Alex (son ami) qui a honte de la folie de son père et camoufle sa maladie en inventant une absence, la fille Stella qui sera l’amour de la vie du narrateur avec laquelle il aura une relation ayant des hauts et des bas et qui finira par se transformer en amitié.

La saga de cette famille ainsi que le devenir du narrateur baignent dans les évènements historiques de la Finlande des années 70 jusqu’à nos jours. Il est intéressant de constater et de comparer les différences manifestes entre une mentalité scandinave et une mentalité latine: par exemple si l’on compare une saga comme celle-ci à une saga méridionale comme celle proposée par Elena Ferrante. Les deux livres comportent pareillement une ribambelle de personnages mais ce sont des personnages au comportement si opposé qui évoluent dans des ambiances si différentes; la comparaison est enrichissante.

Le livre est un gros pavé de plus de 500 pages qui m’a semblé long par moments; j’ai trouvé que le personnage principal était particulièrement atone, assez veule; j’avais l’impression que sa vie lui passait par dessus la tête comme un rouleau compresseur sans qu’il arrive à imprimer aux évènements la tournure qu’il souhaitait.

La vie n’est pas un long fleuve tranquille, c’est clair. Ainsi passa la vie du narrateur, un peu terne, un peu solitaire en somme. Rien de bien marquant.

Tout à la fin du livre Stella Rabell donnera un sens au titre du roman, car lors d’énièmes retrouvailles, cette fois en pure amitié, elle dira la phrase suivante…j’ai toujours pensé que la sensation de déjà vu n’est qu’une sorte d’angoisse face à l’irréalité de la vie. Nos souvenirs sont des fragments de rêves…

NOS SOUVENIRS, Éditions Autrement 2018 (KW 2017),  ISBN 978-2-7467-4634-3

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Millénium 4 (Ce qui ne me tue pas) de David Lagercrantz

Résultat de recherche d'images pour "david lagercrantz" David Lagercrantz est un journaliste et auteur de best sellers suédois (Solna 1962). Il a relevé le défi de continuer la trilogie de Stieg Larsson qui avait connu un succès planétaire avec 6 millions d’exemplaires vendus. Cette saga, imaginée au début des années 2000 par Larsson a été publiée après sa mort car Stieg Larsson est décédé en 2004 à l’âge de 50 ans de crise cardiaque et seulement 10 mois avant la parution du premier tome. Il paraît que Larsson voulait écrire une dizaine de tomes, donc quelque part, continuer la saga c’est respecter sa mémoire et son souhait.

Bien sûr, j’ai lu la trilogie et je l’ai appréciée énormément, devenant presque addict, car prenant sur mes heures de sommeil pour avancer dans l’histoire…J’ai été littéralement fascinée par le personnage de Lisbeth Salander, la punkette pourfendeuse de justice tellement brillante. Lorsque j’ai su que Larsson s’était inspiré du personnage de Fifi Brindacier d’Astrid Lindgren pour construire le personnage de Salander, j’ai acheté l’intégrale des romans sur Fifi et je dois dire que je me suis régalée avec cette lecture : c’est tellement drôle et en même temps tellement osé, limite méchant, ce que je trouve assez caractéristique du monde des enfants qui ne sont pas toujours des anges ni si innocents que cela…

Aussi, à l’occasion d’un voyage à Stockholm j’ai suivi un circuit « Millénium » avec un groupe de mordus de la trilogie, originaires du monde entier. On nous a promenés sur les lieux du roman jusqu’à aller boire un café puis une bière dans les lieux cités dans le livre et visiter la rue où se situe l’appartement ayant servi de modèle à Larsson. Un peu à la façon du circuit Da Vinci Code monté à Paris (pour les Américains) ou le circuit provençal d’après les livres de Peter Mayle pour les Anglais…

Millénium 4 est sorti simultanément dans 24 pays, c’est déjà un exploit incroyable. Des clauses de confidentialité et le secret le plus absolu ont été  exigés avant la parution du livre.

Franchement, j’étais réticente à lire Millénium 4, mais je ne le regrette pas car c’est un bon thriller qui ne copie en rien à Larsson mais reprend les personnages clés de la trilogie donnant une part d’or au journaliste Blomkvist et à l’ineffable punkette Salander. Il y a deux aspects du livre qui m’ont paru difficiles : les noms suédois des lieux cités et les personnages qui surgissaient au fil des chapitres et que j’avais du mal à situer…(manque de concentration de ma part?)

Dans ce tome le journaliste Blomkvist au début semble assez désabusé, son journal Millénium est en crise car les ventes sont en chute libre et la publicité à la baisse, il existe une forte pression de la part des actionnaires pour trouver des sujets « vendeurs » et le journal a dû se résigner à accepter l’entrée de capitaux émanant d’un milieu porteur de valeurs éloignées de celles de Blomkvist. Il y a dans ce tome une critique assez virulente envers la presse suédoise.

Blomkvist et Salander vont reprendre contact via Internet. Il se trouve que la brillante Salander va pirater rien de moins que la NSA (National Security Agency). Nous aurons la description fouillée de l’espionnage industriel à haut niveau qui emploie des hackers recrutés au niveau de la planète et qui gravitent dans un monde fermé, cryptique, impitoyable; ils se connaissent entr’eux par des pseudonymes et communiquent de façon ultra sécrète car derrière cet infra monde circule beaucoup trop d’argent sale.

Le livre s’ouvre sur un brillant professeur-chercheur d’université suédois qui fait de la recherche à haut niveau sur l’Intelligence Artificielle (IA). Cet homme veut reprendre avec lui son fils autiste, qu’il a négligé. L’introduction de cet enfant autiste dans le récit est un trait de génie de la part de Lagercrantz car il nous introduit dans le milieu peu connu et fascinant, celui des autistes génies qui sont programmés pour réaliser certaines prouesses bien précises dans les domaines mathématiques, de la musique, du dessin ou de la mémoire tout court. C’est très intéressant.

Le livre est très documenté en ce qui concerne l’IA et le monde très fermé des hackers et leurs techniques. Aussi, nous serons ébaubis par l’importance de l’espionnage industriel au niveau planétaire.

Le titre de cet opus émane d’une phrase que le père de Salander, le bandit russe Zalachenko avait noté sur une feuille de papier « ce qui ne me tue pas me rend plus fort« , une citation attribuée à Nietzsche et qui était le mot de passe de son ordinateur (une brute cultivée, alors?).

Un thriller haletant, avec de l’action musclée, de l’information intéressante et une Salander plus fascinante que jamais car on devine que la suite va s’articuler autour de son passé obscur et très violent. Vivement le tome 5.

MILLÉNIUM 4, Babel Noir N° 180, 2015,  ISBN 978-2-330-07678-8

Le fils de Philipp Meyer

Afficher l'image d'originePhilipp Meyer est un écrivain américain (Baltimore 1974) avec des études d’anglais à l’Université de Cornell.

« Le fils » paru en France en 2014 (« The son« , 2013) est son second roman,  finaliste du Prix Pulitzer 2014 aux USA (catégorie roman); en France il a reçu le Prix des lecteurs du livre de poche 2016 et le Prix le choix des libraires 2016.

Le livre est un pavé de 700 pages qui narre la saga de la famille texane McCullough à travers quatre générations. Cette famille est à la dimension du grand pays qui est l’Amérique puisque la narration va de la conquête de l’Ouest jusqu’à nos jours. C’est une lecture intéressante et très copieuse; le livre est lourd et difficile à maintenir en main longtemps. Il me semble qu’en ce moment la  mode est à l’écriture de chapitres intercalés faisant des sauts temporaux assez marqués; dans Le fils  chaque génération à son chapitre et apporte sa pierre à l’édifice narratif. Cela m’insupporte, cela me distrait, cela me déconcentre, mais ceci est un ressenti très personnel. J’aurais préféré une suite linéaire avec les chapitres narrant la vie du fondateur de la dynastie(de loin les meilleurs à mon goût), Eli McCullough dit le Colonel, suivi des biographies de ses enfants et arrière-petits enfants; inutile de dire que l’arbre généalogique en début du roman a été consulté souvent…Je trouve que le récit de la vie  des générations plus récentes est quelque peu bâclé, notamment la biographie qui apparaît en dernier, celle d’Ulises Garcia, le personnage qui va clore la saga.

Le personnage de l’aïeul Eli McCullough est très fort; nous allons le connaitre plus par ses exploits que par ses pensées intimes, mais quels exploits, dignes du wild far West. La vie du Colonel racontée par le romancier donne un aperçu de ce qui fut la Conquête de l’Ouest avec ces strates successifs de populations qui se sont fait la guerre en permanence,  ce qui  donne toute sa valeur au vocable que l’on entend souvent chez les nord-américains:  « struggle for live ». Eli McCullough naquit en 1836, date de la déclaration d’indépendance de la République Texane  par rapport à la tyrannie mexicaine… Les siècles de présence espagnole au Texas n’avaient mené nulle part : depuis 1492 ils soumettaient tous les indigènes sur leur route, mais les Apaches Lipans ont arrêté net les conquistadors; après sont arrivés les Comanches qui ont jeté les Apaches à la mer, détruit l’armée espagnole et soumis le Mexique. Alors, le gouvernement mexicain voulut coloniser le Texas : tout homme prêt à s’établir à l’ouest de la Sabine River allait recevoir deux mille hectares de terres. La philosophie comanche envers ces envahisseurs était d’une exhaustivité biblique : torturer et tuer les hommes, violer et torturer les femmes, emporter les enfants et en faire des esclaves ou les adopter. Du temps de l’enfance d’Eli McCullough le vaste territoire américain était en guerre et Eli a été capturé par les Comanches après le massacre de sa famille (à l’exception du père). Il sera adopté par la tribu après moult rites d’initiation Comanche assez sauvages et il deviendra  « presque » assimilé sous le nom de Tiehteti.  Il y restera 3-4 ans.

Alors qu’aux oreilles des Blancs, les noms des Indiens manquaient de dignité et de logique parce que les Comanches considéraient comme tabou d’utiliser le nom d’un mort. Contrairement aux Blancs, chez qui des millions de personnes se partagent une poignée d’appellations toutes interchangeables au final, un nom Comanche vivait et mourait avec la personne qui le portait. Ce  n’étaient pas les parents qui choisissaient le nom de leur enfant, mais un membre de la famille ou une personnalité de la tribu, parfois en mémoire d’une action accomplie par cette personne, ou d’après tel objet qui l’inspirait. Certains membres de la tribu se voyaient « renommés » deux ou trois fois au cours de leur vie adulte, selon que leurs amis et leur famille trouvaient une appellation plus intéressante.

Pour les Comanches, les Blancs étaient fous parce qu’ils voulaient tous devenir riches sans s’avouer qu’on ne peut  s’enrichir qu’en prenant ce qui appartient à d’autres et parce qu’ils ne voient pas ceux qu’on vole, ou qu’ils ne les connaissent pas ou qu’ils ne leur ressemblent pas, alors ce n’est pas vraiment du vol. Mais les seuls non Indiens que les Comanches détestaient étaient les Texans parce qu’ils les considéraient comme cupides et violents.

Page 211 Meyer écrit : ...l’Empire Comanche s’étirait du Mexique aux Dakotas, à savoir la zone la plus dense en bisons de tout le continent. Ils chassaient le bison  à la lance ou à l’arc, ils étaient inégalés dans cette chasse; tout leur était utile dans cet animal : ils buvaient son sang directement sur ses veines en cas de soif, avant qu’il ne coagule; ils raffolaient du foie frais de bison arrosé de sa bile puis ils dépeçaient la bête avec une précision de chirurgien. Les tribus du Nord les chassaient de manière saisonnière, mais les Kotsotekas, dont le territoire était au centre, chassaient toute l’année : l’été, les mâles, plus gras, et l’hiver, les femelles. Les Comanches étaient la tribu la plus crainte par les Anglos et les autres indiens, car ils étaient des guerriers à cheval d’une adresse à nulle autre pareille, ils collectionnaient les scalps qu’ils arboraient comme des trophées de guerre. Ils ont été décimés par la variole et par les guerres contre les Blancs et les autres tribus. Leurs rites étaient extrêmement sauvages et très codés.

Dans le ranch d’Eli McCullough on avait trouvé des pointes de flèche préhistoriques, aussi bien des pointes de Clovis que de Folsom, et pendant que le Christ allait au  Calvaire, les Indiens Mogollons se tapaient dessus avec des haches de pierre. À l’arrivée des Espagnols il y avait les Sumas, les Jumanos, les Mansos, les Indiens de la Junta, les Conchos, les Chisos et les Tobosos, les Ocanas et les Cacaxtles, les Coahuiltecans, les Comecrudos…mais savoir s’ils avaient éliminé les Mogollons ou s’ils en descendaient, mystère. Tous furent éliminés par les Apaches, éliminés à leur tour – au Texas du moins – par les Comanches. Eux-mêmes éliminés par les Américains.

Eli McCullough va commencer l’immense fortune familiale en achetant quelques arpents de terre après sa séparation d’avec les Comanches et s’être désengagé de l’armée Confédérée (d’où lui venait le surnom de Colonel); une terre bien irriguée que va lui permettre d’élever du bétail et de s’enrichir assez rapidement puis acquérir de nouvelles parcelles de terre (voire illégalement). A la fin de sa vie il se tournera vers le pétrole que l’on va forer dans ses vastes territoires.

Le deuxième personnage est le fils du Colonel, Peter McCullough qui ne sera pas du même avis que le père pour l’exploitation du ranch; il misera seulement sur le développement des pâturages et l’élevage alors que le Colonel a déjà des vues sur le pétrole, il a aussi de l’empathie pour les mexicains. Il épousera une riche texane mais sera malheureux en amour jusqu’à sa rencontre avec Maria Garcia qui le fera fuir le clan et faire souche à part.

Le troisième personnage est  Jeanne Anne McCullough, arrière petite fille du Colonel et qui l’a bien connu puisqu’il est mort centenaire. Jeanne Anne n’a pas fait d’études remarquables, mais après son mariage d’amour avec Hank, un géologue foreur qui travaillera sur les champs de pétrole de la famille, elle apprendra beaucoup et deviendra encore plus riche grâce à son flair infaillible et à son réseau de contacts. C’est une femme d’affaires impitoyable à la Dallas.

La quatrième génération sera représentée par Ulises Garcia, personnage qui va boucler le roman de façon un peu abrupte à mon goût. Il surgit comme un diable de sa boîte pour disparaître aussitôt.

Une fresque impressionnante qui comprend toute l’Histoire de l’Amérique du Nord axée sur le Texas. Cette saga romancée met bien en évidence la violence latente qui existe dans ce vaste continent et qui resurgit périodiquement parce que presque la totalité de la population mâle est armée et prête à dégainer en cas de conflit.

LE FILS, Albin Michel 2014,  ISBN 978-2-226-25976-9

Un bonheur si fragile :L’engagement de Michel David

MiMichel Davidchel David est un auteur québécois (Montréal 1944 -Drummond 2010), linguiste de formation et connu autrefois  pour ses manuels scolaires; il est devenu ensuite un romancier très prolifique, connu  pour ses sagas historiques qui dépeignent  l’histoire du Canada . Il est l’auteur de 5 sagas québécoises de 4 tomes chacune.  Michel David est l’auteur le plus lu de sa génération; ses livres se sont vendus à plus d’un million d’exemplaires et ce sont des livres qui se lisent bien car  il a un réel talent de conteur. En juin 2000 le gouvernement français lui a accordé la médaille du Rayonnement Culturel et de la Renaissance Française.

« Un bonheur si fragile » est une saga publiée en 2009 comportant 4 volumes ; une BD a été aussi tirée de la saga et illustrée par Régis Loisel et Jean-Louis Tripp; la BD a servi pour orner la première de couverture de ce gros pavé de plus de 500 pages, je n’ai pas trop aimé la couverture, la trouvant un peu kitsch, trop colorée.

Ce billet concerne le premier tome de la saga intitulé « L’engagement ». L’histoire est construite autour de Corinne Joyal, une jeune fille d’à peine 18 ans au caractère bien trempé. Elle habite avec sa famille (très unie) un village où les parents exploitent une petite ferme; la famille est composé du père, de la mère (une maîtresse femme !) et de trois frères (deux soeurs sont mariées et ont quitté la ferme). Tout ce monde participe au travail et le lecteur peut se rendre compte combien cela est rude dans les conditions climatiques canadiennes où l’hiver est interminable.

Dans ce premier tome Corinne Joyal va se marier avec Laurent Boisvert, le fils d’une famille d’un autre bourg, famille représentée par un père odieux et radin et d’autres membres de la famille, tous plus désagréables les uns que les autres; le lecteur se rendra compte très vite que Corinne a fait une bêtise énorme en épousant ce garçon peu sérieux et qui boit déjà trop.

Le jeune couple va s’installer dans une petite propriété que Laurent achètera à son père, mais c’est Corinne qui tient le ménage. Dans ces contrées la belle saison sert à prévoir le long hiver en emmagasinant des denrées pour cette période; mais  le jeune couple démarre l’installation à la ferme et ils ne peuvent survivre que grâce à l’aide de la famille de Corinne ou à la bienveillance de certains voisins.

« Un bonheur si fragile » c’est de la littérature de terroir. C’est très bien écrit, de façon claire et didactique avec un langage qui met en valeur l’action qui est permanente. Le sujet ferait un très bon feuilleton télévisé. C’est riche en parler québécois, mais pas excessif.

C’est tellement bien écrit qu’en refermant le livre, on a envie de connaitre la suite parce que l’on s’attend à plein de rebondissements.

Cette lecture m’a été proposée dans le cadre de Masse Critique de Babelio que je remercie ici, ainsi que l’éditeur belge Kennes. Ce fut une lecture sympathique et une  découverte intéressante.

UN BONHEUR, Kennes Éditions 2015,  ISBN 287-580-0884