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El desorden que dejas de Carlos Montero

Résultat de recherche d'images pour "carlos montero el desorden que dejas" Carlos Montero es un guionista y escritor gallego (Orense 1972). Con El desorden que dejas, su segunda novela, ha ganado el premio Primavera de novela 2016. Es su segunda novela después de Los tatuajes no se borran con láser de 2012.

Es una novela que se lee muy bien, es un thriller psicológico ambientado en una realidad española que rezuma cierta decadencia societal y bastante vulgaridad : la droga a todo nivel, la corrupción casi a todo nivel, la delicuescencia de la familia, la falta de respeto generalizada, la falta de motivaciones, los paros por millares, el empobrecimiento monetario y moral de toda una sociedad, el mal uso de los medias actuales (redes sociales) utilizados como herramientas del mal, sin ningún control. Y lo peor de todo es admitir que entre los alumnos hay verdaderos profesionales del mal (página 203). (Un fiasco moral que aqueja gran parte de la sociedad occidental). No es una obra literaria, sino un documento sociológico actual en un territorio determinado.

La protagonista es Raquel que llega a Novariz (nombre ficticio), en Galicia como profesora sustituta de castellano en un instituto. Está casada con Germán que es originario de este pueblo cerca de La Coruña y está en paro desde hace tiempo, quiere ser escritor, pero le falta la inspiración. Raquel llega en reemplazo de la antigua profesora de lengua que al parecer se ha suicidado. Y los alumnos empiezan a acosar a Raquel,  ella piensa que la quieren intimidar y que la antigua profesora no se ha suicidado, sino que ha sido asesinada. Poco a poco irá indagando y  aprendiendo que en el pueblo suceden cosas raras, muy raras.

El clímax de la novela irá creciendo y el final es bastante degenerado. Raquel maldice esta época en que se vive  y se vuelca toda intimidad en la red. Y aunque se diga que el concepto de intimidad debido a internet y a la tecnología ha mudado o se ha volatilizado; hasta que no se experimenta en carne propia no se es consciente de todo lo que eso implica. Se es culpable de compartir cada minuto, cada instante en la red. Y se es culpable de no resguardar de una manera más segura nuestra intimidad en el ordenador.

Les aseguro que después de leer esta novela, Ustedes serán más cuidadosos con lo que dejan escrito en el ordenador y con lo que difunden a través de las redes sociales.

EL DESORDEN QUE DEJAS, Espasa 2016,  ISBN 978-84-670-4726-4

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Pulsions de Gilbert Schlogel

Afficher l'image d'origineGilbert Schlogel est un chirurgien et écrivain français (Paris 1932), auteur d’une vingtaine d’oeuvres. Il a été nommé chevalier des Arts et des Lettres en 2010. Il se consacrera définitivement à l’écriture à partir de 1992.

Pulsions (2001) est son neuvième roman; c’est un thriller construit autour de délits sexuels commis sur des enfants, délits dus aux pulsions incontrôlables d’individus malades. Dans le roman il y a pas mal d’information autour du sujet avec des notions médicales ou des cas cités in extenso ainsi qu’une bibliographie assez complète sur le sujet. Voici un sujet ardu s’il en faut, macabre et morbide, glauque et déplaisant, traité de façon scientifique par moments.

Le roman se lit bien, car la trame est bien travaillée, même si par moments il m’a semblé un peu trop bavard; en revanche, il y a peu de failles et tout s’imbrique de façon logique. C’est l’histoire abracadabrante d’un brave professeur sans problèmes qui se fait accuser d’attouchements sexuels par trois de ses élèves, et aussi on lui reproche un enlèvement de mineure. A partir de ce moment, la vie de ce brave professeur va devenir un véritable cauchemar et le docteur Schlogel aura beaucoup d’imagination pour nous faire suivre cette affaire qui deviendra incroyablement compliquée et difficile, avec des complications en cascade. Il y a un tel enchaînement de circonstances négatives sur ce pauvre professeur que par moments le lecteur se met en apnée.

Si au bout de 500 pages nous aurons enfin un peu de répit, il est difficile d’imaginer qu’après de telles épreuves la vie puisse continuer comme avant pour les personnes impliquées…

Le titre est bien trouvé, et nous aurons beaucoup d’informations, parfois à un niveau scientifique autour de pulsions sexuelles déviantes.  Page 139 on peut lire…Si j’en crois ce que j’ai lu, les gens atteints de cette déviance criminelle sont en permanence taraudés par l’envie de recommencer et, tôt ou tard…ils recommencent. Ou du moins ils essayent. On dit qu’un pédophile en liberté fait une vingtaine de victimes par an ! Quand on leur montre ces statistiques, les juges lèvent les bras au ciel : ils n’y peuvent rien. Les psychiatres prétendent que nous sommes, nous-mêmes, trop obnubilés par nos propres pulsions sexuelles pour savoir comment nous comporter devant les déviants de cette espèce. Comme s’il existait, dans notre inconscient, une sorte de culpabilité collective.

PULSIONS, Fayard 2001,  ISBN 2-213-60912-8

La fille du train de Paula Hawkins

Afficher l'image d'originePaula Hawkins est un écrivain britannique née au Zimbabwe en 1972. Elle a fait ses études à l’Université d’Oxford puis elle a exercé comme journaliste financière pendant 15 ans. Après le crash financier de 2008, Paula Hawkins a commencé à écrire de la chick-lit sous le pseudonyme d’Amy Silver.

La chick-lit ou gossip-lit est devenue à la mode vers 1996 avec une pionnière :  Marian Keyes et sa saga  des sœurs Walsh. On pourrait traduire le terme de chick lit par « littérature pour nanas » écrite par et pour des femmes où l’on aborde avec humour des thèmes  comme l’addiction, les amours, la dépression, les violences domestiques,  ou le deuil avec toujours un happy end à la clé. Le ton est généralement désinvolte, désabusé, assez réaliste, bourré d’humour noir et d’auto-dérision avec des héroïnes femmes et un point de vue positif.

La fille du train (The girl on the train, 2015) a été écrit en six mois et il s’est déjà vendu à des millions d’exemplaires; le livre a été distribué dans plus de 42 pays. Un film a commencé a être tourné en novembre 2015 après l’acquisition des droits par DreamWorks de Steven Spielberg, ce film sera dirigé par Tate Taylor; les actrices principales seront  Emily Blunt dans le rôle de Rachel Watson, Rebecca Ferguson dans celui d’Anna et Haley Bennett dans celui de Megan. La fille du train a été comparé avec un autre livre, Les apparences de Gillian Flynn qui a donné le film Gone girl en 2014 dirigé par David Fincher; mais dans ce dernier livre, c’est l’atomisation d’un mariage qui est narré.

La fille du train pour moi est un  mélange réussi de chick lit et de thriller psychologique . Il est vrai qu’à partir d’un certain moment, le livre se lit avec addiction, mais il m’a fallu plus de cinquante pages pour m’accrocher au récit. Jusque là, je le trouvais bavard, correspondant  à l’idée que je me faisais  de la chick-lit; puis, peu à peu, l’intrigue est devenue forte et compliquée et le roman est devenu un vrai thriller psychologique.

La description des personnages féminins dénote un grand réalisme: la psychologie est assez fouillée ce qui donne in fine un tableau humain assez crédible.

Il y a dans ce livre trois héroïnes , trois femmes avec des vies différentes mais qui évoluent dans un environnement géographique proche. Rachel est le personnage autour duquel va se construire l’histoire, c’est une anti-héroïne, une loser, elle a tout de travers, elle a perdu le contrôle de sa vie; elle a été plaquée par son mari, elle a perdu son boulot à cause de l’alcoolisme, elle est devenue moche, elle n’a pas d’argent, elle vit chez une copine, elle a raté la maternité.  Mais envers et contre tous, Rachel va s’accrocher à son envie d’élucider le cas de la disparition de Megan .

Anna est la deuxième femme de Tom, l’ex mari de Rachel. Elle est belle, séduisante et elle a réussi à lui donner un enfant, elle semble très heureuse en ménage. De temps en temps elle prend Megan comme baby sitter.

Megan est une femme très séduisante mariée à Scott, un peu nymphomane, au chômage depuis peu, au passé mystérieux. Elle deviendra, par besoin, la baby sitter d’Anna et Tom car elle habite le quartier.

Ce qui est original dans ce roman est l’enchevêtrement des histoires, avec un lecteur qui s’empêtre au fil de la lecture dans la compréhension des personnages et qui commence à douter de chacun car ils ont tous un côté opaque.

J’ai trouvé une boulette page 217, Rachel parle au téléphone avec Scott lequel lui donne rendez-vous pour le lendemain, mais au paragraphe suivant l’écrivain situe l’action le soir même.

Cette histoire est basée sur l’observation de Rachel , laquelle prend toujours le train de 8h04 pour aller d’Ashbury à la gare d’Euston; à force de passer toujours devant les mêmes maisons, Rachel commence à repérer les habitants et notamment la maison habitée par Megan et son mari Scott qu’elle surnomme Jason et Jess et à qui elle donne une vie de couple extraordinaire. Cette pauvre Rachel fait un transfert de tous ses échecs sur ce couple anonyme qu’elle ne connait pas. Rachel est peut être une ratée, mais l’écrivain lui  attribue une vue de lynx car page 267, Rachel est à bord de son train et en passant  elle note que Jess non seulement porte une robe à fleurs rouges et des petites boucles d’oreilles en argent…Fichtre !, non seulement elle voit les boucles d’oreilles, mais elle sait qu’elles sont en argent ! Chapeau bas Rachel.

Un bouquin qui se lit bien, qui peut émouvoir par moments mais qui me sidère par son impact médiatique.

LA FILLE DU TRAIN, Sonatine 2015,  ISBN 978-2-35584-313-6

Je suis Pilgrim de Terry Hayes

Terry Hayes est un journaliste, scénariste, producteur et maintenant un écrivain très réussi anglo-australien (Angleterre 1951).

Je suis Pilgrim (I am Pilgrim, 2013) est son premier livre et quel succès international ! Livre publié en France en avril 2014 . Les droits ont déjà été vendus à la  MGM et à l’heure actuelle, on ne sait pas si nous aurons un film ou une série télévisée. Un deuxième thriller est déjà annoncé pour mai 2016 sous le titre de The year of the locust.

Je suis Pilgrim ce sont environ 650 pages d’un vrai page turner, un livre très réussi parce qu’il déborde largement du cadre du polar, étant aussi un roman d’aventures, un thriller haletant, un roman d’espionnage au suspens par moments insoutenable et parce que ce livre constitue un scénario possible d’apocalypse moderne. Les chapitres sont courts et s’articulent bien pour nous distiller peu à peu des informations qui vont reconstituer un puzzle géant à travers une partie de la planète .

Ce livre touche à des thèmes douloureux qui sont ancrés dans notre quotidien et inconscient collectif et aussi notre passé historique: le terrorisme, la possibilité d’une guerre bactériologique, l’islamisme radical, les mafias de tout poil, la fuite des nazis vers l’Amérique du Sud,  l’invasion d’Afghanistan, le 11 septembre, etc.

Il y a tellement de matériel dans le livre que l’on verrait mieux une série pour la télévision qu’un film d’action: une série par exemple dans le style de Homeland, la série télévisée américaine diffusée par Canal +. Ce serait gâcher le riche descriptif des personnages du livre et la foultitude de détails que de se contenter d’un film, probablement plus tourné vers l’action musclée que vers l’analyse des personnages, sujet qui est très bien traité dans le livre.

Je suis Pilgrim a un narrateur omniscient qui est un espion de haut vol, un espion ultra secret (excusez le pléonasme) qui appartient à « la Division » une division ultra-secrète du FBI pour laquelle il a travaillé pendant presque dix années et dont seule une poignée de gens connaissaient l’existence ; c’est un personnage en clair obscur qui a renoncé à une identité normale, qui a vécu sous couvert de plusieurs identités; ce polar est construit autour de la traque d’un assassin solitaire appelé le Sarrasin et l’agent ultra secret prendra le nom de code de Pilgrim avec une mission planétaire  connue d’une dizaine de personnes aux USA. L’écrivain pousse le bouchon jusqu’à ne jamais bien le décrire physiquement: on arrive à comprendre qu’il a plus de trente ans, qu’il est physiquement assez bien de sa personne, qu’il fut l’enfant choyé et adoptif d’un couple de richissimes américains, qu’il reste un personnage profondément solitaire dans le privé, mais non dans le métier. Nous le connaitrons plutôt par ses actions que par ses pensées et jamais par ses sentiments qu’il se refuse presque d’ avoir. J’ai éprouvé de la surprise quand enfin il s’approche du couple de Ben Bradley (un collègue) et  de Marcie sa femme.

Le livre démarre sur les chapeaux de roue avec un crime particulièrement  odieux, perpétré dans un hôtel glauque de New York le jour de l’attentat du 11 septembre 2001; et alors que notre narrateur omniscient est « à la retraite », il se voit impliqué dans le cas où l’assassin a utilisé SA méthode pour commettre le crime parfait. L’agent secret avait écrit  sous le nom fictif de Jude Garrett, un livre-référence sur la criminologie et la médecine légale, un livre que l’agent secret avait écrit pour mettre un point final à son passé et aussi pour que d’autres enquêteurs tirent profit de  de ses techniques dont certaines étaient très novatrices ( mais comme l’espion le dit avec justesse, on peut démissionner du métier d’espion, mais on ne le quitte jamais)

A partir de ce crime, des infimes détails vont le relier à un plan beaucoup plus vaste et maléfique qui vont entraîner notre narrateur à reprendre du service sous le nom de code de Pilgrim. Pilgrim est un homme qui n’existe pas parce que les services secrets américains ont grillé toutes les pistes menant vers Scott Murdoch qui était le nom de l’enfant adoptif qu’il fut un jour. Il y a dans ce livre, plusieurs histoires imbriquées et celle qui m’a le plus terrifié est celle du personnage appelé Ingrid Kohl,  elle va s’évaporer dans la nature de façon floue, exactement comme Hannibal Lecter à la fin du Silence des agneaux,  de Thomas  Harris. Va-t-elle réapparaître aussi?

Pilgrim est le personnage principal et Sarrasin est le nom du personnage qu’il doit abattre, un islamiste fanatisé,  aussi un personnage de l’ombre tout comme Pilgrim car il a aussi brouillé toutes les pistes derrière lui. Le credo de Sarrasin? finir avec la dynastie corrompue saoudienne qui a décapité son père et frapper  « l’ami  » de l’Arabie Saoudite, c’est à dire les États Unis d’Amérique.

Tous les personnages du roman portent en eux une douleur, y compris l’assassin implacable qui est le Sarrasin, et ceci est dangereux parce que cela déclenche malgré nous un sentiment d’humanité et de compassion.

Pilgrim va nous entrainer des EEUU au Moyen Orient et en Europe à la traque d’un assassin impitoyable qui se meut aussi dans l’ombre comme lui même. La grande différence est que le Sarrasin est un assassin strictement isolé (d’autant plus dangereux) alors que Pilgrim a la CIA, le FBI et le Président des EEUU suspendus à ses basques.

Un énorme polar qui se lit avec délices malgré quelques faiblesses comme par exemple la vision un peu manichéenne des choses, comme le fait que Leyla Cumali ait pu devenir inspectrice de la police en Turquie, mais c’est pardonnable vu le plaisir et l’addiction que procure cette lecture. Un plaisir que je n’avais pas ressenti depuis la lecture fébrile de la trilogie Millenium.

JE SUIS PILGRIM, Le Livre de Poche N° 33697,  ISBN 978-2-253-00167-6

Spirales de Tatiana de Rosnay

Écrivain franglaise avec une vaste bibliographie et que j’aime beaucoup car elle sait très bien distiller  de  l’angoisse dans ses histoires, angoisse  qui va crescendo  jusqu’au dénouement final. Deux livres ont déjà été commentés ici  : Le cœur d’un autre en juin 2012 et Amsterdamnation en février 2013.

Spirales date de 2008 et c’est un excellent thriller psychologique. Tatiana de Rosnay, cette fois, ne s’attaque pas à l’étrangeté des lieux ni aux secrets des lieux,  mais à la profondeur et à la solitude incommensurable de l’âme humaine.

Le livre, très court, comme presque tous les livres de T. de Rosnay nous narre une faute.  La faute irréfléchie, incroyable de la part de cette belle femme de 50 ans, Hélène Harbelin, à qui tout semble avoir réussi dans la vie. Tout. C ‘en est presque gênant et le titre du roman est très bien choisi car elle va entamer une vraie spirale dans l’horreur à partir de son acte irraisonné et assez étrange. Ceci va déchaîner une prise de position chez le lecteur qui aura tendance à prendre parti,  pour ou contre cette femme. Mais Hélène Harbelin voudra sauver la face, non tant pour elle même que pour sa famille et son entourage. Hélène n’existe que par le reflet de son image si lisse et inattaquable, si parfaite, mais derrière ce miroir, il existe une énorme solitude; personne ne connaît Hélène: ni son mari, ni ses enfants ni ses innombrables amis et connaissances .

Il y a quelques faiblesses dans le roman, relatives notamment au côté policier et judiciaire, et il y a aussi quelques détails pratiques mal expliqués, mais  la spirale infernale qui se met en place est parfaitement efficace et par moments, elle nous plonge dans un état d’angoisse  insoutenable.

La fin du roman est  intelligente car l’auteur nous offre un final ouvert, afin que chaque lecteur porte un jugement avec ses a priori sur cette histoire assez scabreuse. Si elle nous avait proposé un final très cartésien et bien bouclé, nous aurions devant nous un quelconque fait divers, alors qu’ ici, nous devons réfléchir et même émettre quelques hypothèses :

– Et si cette femme bourgeoise, parfaite et tellement lisse, a imaginé, inventé de toutes pièces l’arrivée du jeune serbe dans sa cuisine parce qu’ elle commence un délire de persécution sur un fond de dépression

– Et si cette femme était en train de glisser doucement vers la folie, qui serait la résultante de cette vie si remplie , mais si creuse qu’elle subit depuis toujours et qui l’a éloignée de son propre moi et de toute réalité.

Parce que le fond du problème d’Hélène Harbelin est l’immense solitude dans laquelle elle se trouve, et ce, malgré tout ce monde autour d’elle, son aisance matérielle, son mariage équilibré, etc, etc. Quelque part, c’est une femme très frustrée pour qui les aiguilles du temps tournent sans vraiment la marquer.

Ainsi, la vie d’Hélène vue par son amie Armelle page 104:...il ne t’est jamais arrivé quelque chose de grave. Ton mari t’aime encore, ce qui est un miracle de nos jours, tes enfants ont réussi, il y a des petits-enfants, pas de problèmes d’argent, de santé, vous vivez bien. Tu n’as jamais travaillé, tu n’en a jamais eu besoin, tu ne sais pas ce que c’est la vie d’entreprise. Vous habitez un petit hôtel particulier, cité des Fleurs, vous avez une villa à Honfleur, enfin tu vois ce que je veux dire, tu ne peux pas te plaindre, Hélène, tu n’as pas le droit de te plaindre. Tout va bien dans ta vie. N’est-ce pas? « Mais qu’est-ce que tu en sais? dit Hélène doucement, sans ciller. Qu’est ce que tu en sais de ma vie ?

Page 129, encore  sur la solitude immense d’Hélène:.elle se rendit compte avec une certaine surprise, pour la première fois que ses amies ne se confiaient pas à elle. Personne ne le faisait. Elle ne savait rien de ses amies. Elle ne connaissait que les détails futiles, les habitudes, le cercle des fréquentations, le nom des petits-enfants. Et en retour, elle ne se livrait pas non plus. Elle avait passé des décennies entières à tendre l’oreille, à sourire, à prendre la main, à tapoter les poignets, sans écouter vraiment. Sans se donner. Sans s’investir. Et page 176, Hélène ressasse encore:…jamais elle ne s’était sentie si seule. Elle était écrasée par cette solitude. Elle se demanda si cette solitude avait toujours fait partie de sa vie, ou si c’était nouveau. Ou si c’était elle elle qui l’avait créée. Si c’était elle qui avait construit un rempart autour d’elle, à force de vouloir se protéger, à force de ne rien vouloir dévoiler.

Lisez page 70 et 79:  […] cette brave Hélène. « Sainte Hélène ». Si serviable. Si distinguée. Cinquante ans et une vie passée à se dévouer aux autres. Sa mère avait fait pareil. Sa grand-mère aussi. Exactement pareil. La mari, les enfants, la maison, les repas. Pourquoi Hélène trouvait-elle tout cela si rébarbatif aujourd’hui? Pourquoi avait-elle tant envie d’autre chose? De légèreté, de rire, de spontanéité. Tout ce qu’elle avait peu connu. Tout ce qui l’avait effleurée de loin, sans jamais la toucher, sans jamais la marquer. Et ses amies? Armelle, Solange, Françoise? L’une d’elles pourrait l’aider, lui donner des conseils. Mais elle n’avait pas envie de raconter des choses aussi intimes, finalement. De se livrer. D’exposer ses faiblesses, ses angoisses. De révéler que derrière son image lisse, contrôlée, c’était la panique. Il fallait bien qu’elle se débrouille toute seule.

Á la toute dernière ligne du livre nous lisons…un coup d’oeil dans le miroir. Quelque chose a changé. Quoi? Elle ne saurait dire. Les yeux, peut-être. Le regard. [ Qui disait que par les yeux on peut pénétrer dans l’âme humaine]

Livre très réussi par une orfèvre en la matière. Bravo.

SPIRALES, Livre de Poche 32873,  ISBN 978-2-253-12806-9