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La femme à la fenêtre de A.J. Finn

Review: 'The Woman in the Window' by A.J. Finn - Chicago TribuneA.J. Finn est le nom de plume de Daniel Mallory, éditeur et écrivain nord-américain (Caroline du Nord 1979). Avec ce premier livre, un thriller psychologique qui rend hommage à Hitchcock, il a touché le jackpot en ayant été le N° 1 des meilleures ventes selon  le New York Times, cela faisait 12 ans que les meilleures ventes n’étaient pas revenues à un premier roman. Quant à son surnom littéraire, c’est un mélange du nom d’Alice Jane (une cousine) et du  bouledogue Finn de la famille, car il a voulu séparer son côté réactif (éditeur) du côté créatif (auteur) afin de ne pas influencer ses lecteurs. Actuellement il projette un deuxième thriller, cette fois à San Francisco qui se prêterait aussi bien que Big Apple pour écrire sur une nouvelle intrigue.

En même temps qu’il vendait des millions d’exemplaires de son livre, la Fox 2000 lui a racheté les droits sur le livre et un film sera bientôt prêt, dirigé par Scott Rudin (titre non encore annoncé) avec dans les rôles principaux, Amy Adams et Gary Oldman et pour l’adaptation écrite, le dramaturge Tracy Letts.

La femme à la fenêtre (2018) a nécessité un an d’écriture et a été écrit comme un scénario de film, avec des chapitres ultra courts et une forte imprégnation cinématographique essentiellement sur les films en noir et blanc  du répertoire hitchcockien (Sueurs froides, Fenêtre sur cour…) ou de Cukor (Hantise). En tant qu’éditeur new-yorkais reconnu , Mallory était bien placé  pour devenir l’auteur d’un super ventes à la suite des livres Gone Girl de Gillian Flynn en 2012 et La fille du train de Paula Hawkins en 2015. De sa carrière d’éditeur il a gardé le sens  (amplement réussi) de l’impératif commercial: son credo d’éditeur était « Must Have Plot » (l’intrigue  est primordiale).

Le livre est un gros pavé de plus de 500 pages divisé en 100 chapitres courts avec une bonne intrigue qui rend la lecture addictive par moments. Je dis par moments car j’ai éprouvé parfois un peu de lassitude à cause du côté un peu répétitif de l’histoire et aussi à cause du temps qu’a mis  l’auteur pour nous révéler l’origine du comportement pathologique de la protagoniste.

Loin de moi le désir de vous raconter les méandres de ce bon thriller psychologique, bien que ce soit plutôt un roman de stratégies qu’un roman psychologique. Je vous laisse le plaisir de découvrir les mille détails de l’intrigue car tout est si bien décrit que l’on sent les odeurs et que l’on entend les bruits…

En bref, Anna Fox est une pédopsychiatre de 38 ans qui sera en état de choc post traumatique, confinée dans sa grande maison de Harlem à New York, atteinte d’agoraphobie sévère, bourrée de psychotropes et qui picole du merlot à longueur de journée. Elle s’embête à mort et passe la journée à espionner les voisins, connaît tout sur leurs mouvements (11 mois qu’elle est confinée) et pousse le vice jusqu’à les prendre en photo. Les choses vont se compliquer, c’est évident. Pourtant Anna Fox n’est pas n’importe qui; elle est psychiatre, elle a de la jugeote. Mais peut-on avoir confiance dans ses propos après tout ce que je vous ai révélé à son sujet? C’est le point crucial. Et bien réussi. La fin m’a bien surpris, chapeau l’auteur.

Il y a un petit point qui m’a choqué. C’est quand cette femme de tête, Anna Fox,  prend la décision de reprendre sa voiture à la montagne, en pleine nuit et en pleine tempête de neige. Irresponsabilité totale ou acte manqué?

LA FEMME À LA FENÊTRE, Presses de la Cité 2018,  ISBN 978-2-258-14721-8

Chanson douce de Leïla Slimani

Image associée Leïla Slimani est une journaliste et écrivaine franco-marocaine (Rabat 1981).

Chanson douce (2016) est son deuxième livre et il lui valut le Goncourt 2016 ; il a été porté au grand écran en novembre 2019 par Lucie Borleteau avec dans le rôle de la nounou l’excellente actrice Karin Viard.

Cette histoire terrifiante serait inspirée d’un fait réel ayant défrayé la chronique à New York il y a quelques années.

Chanson douce est un très bon bouquin pour ceux qui aiment être happés par la lecture; la façon de raconter cette histoire capte l’intérêt dès les premiers paragraphes. J’ai mis bien longtemps avant de me décider à le lire car je déteste les livres qui s’attaquent aux enfants, c’est un sujet qui me met réellement mal à l’aise. Mais pour ce roman je recevais régulièrement des incitations à le lire. Merci à ceux qui ont insisté.

Il y a deux thèmes très forts dans cette histoire : l’histoire de cette nounou au sein de cette famille et la personnalité étrange de cette nounou.

Oui, le grand sujet et qui reste obscur, est l’étrangeté de la personnalité de cette Louise, la « nounou idéale » pour ces jeunes parents qui ne peuvent pas, ou ne veulent pas assumer la charge d’élever deux enfants en bas âge. Le jeune père travaille dans le milieu de la musique et il est beaucoup trop pris (et c’est lui qui rempli la casserole). Elle, après un diplôme en Droit, fait deux enfants coup sur coup et essaye de les élever, mais très vite se sent piégée et tourne en rond à son domicile, elle se sent dévalorisée. Très vite elle aura la possibilité de travailler avec un ancien camarade de Fac et deviendra épanouie dans son métier.

Il leur faut une garde d’enfants à domicile. Et le parcours du combattant pour ce couple est clairement exposé. Ils voudraient une française pour la langue et pour les moeurs. Et ils vont trouver Louise qui leur fait très bonne impression. Elle a des antécédents honorables. Ils l’engagent.

Louise arrive dans cette famille et peu à peu s’immisce de tout. Elle s’occupe en premier des enfants, mais trop bien et on sent très vite que quelque chose sonne faux…Et ce n’est pas tout, Louise s’occupe à fond de leur ménage, de leur appartement qu’elle réaménage en mieux. Elle leur cuisine de bons plats. Bref c’est la perle rare. Mais la perle rare, existe-t-elle?

Sur Louise on saura un minimum de choses, et le peu que l’on apprendra est franchement inquiétant. Peu de choses sont dites sur la fille de Louise, Stéphanie, et sur le mari défunt, Jacques. J’ai un doute sérieux sur leur sort…Je sent que Louise est pour quelque chose dans leur disparition…

La fin de l’histoire est annoncée dès le début du livre et la fin est laissée à la libre imagination de chacun. Quant à moi, je crois que la personnalité psychotique de Louise va au-delà de cette affaire comme nounou: elle est trop renfermée et prépare ses coups avec une rage froide et implacable.

Une lecture envoûtante.

CHANSON DOUCE, Gallimard 2016,  ISBN 978-2-07-019667-8

Plateau de Franck Bouysse

 

Résultat de recherche d'images pour "plateau franck bouysse"Franck Bouysse est un écrivain français de romans noirs (Brive-la Gaillarde 1965); il se dédie à l’écriture de façon exclusive depuis 2004.

Grossir le ciel (2014) est  son neuvième roman, livre qui m’a permis de découvrir cet auteur dont j’ai beaucoup apprécié la lecture.  J’en ai écrit un billet en juillet 2018 et c’est le livre qui m’a fait approcher le style poétique et si personnel de Bouysse, avec dans Grossir le ciel un terroir cévenol terriblement prenant, avec des personnages forts et un contenu plutôt âpre.

Plateau (2015) a reçu le Prix Chapel 2016 en Belgique et le Prix de la ville de Brive 2016, c’est un autre thriller psychologique très fort, un peu dans la veine de Grossir le ciel mais dans un autre décor rural : cette fois il s’agit du Plateau de Millevaches en Haute Corrèze dans le hameau de Toy avec 32 âmes à tout casser.

Dans Plateau nous avons  plus de personnages, encore une fois des taiseux, des ruraux endurcis à la tâche et attachés à leur sol, les derniers survivants d’une espèce bientôt disparue. Des gens entiers, détenteurs de secrets, des gens rudes et néanmoins très attachants. Des gens vrais décrits avec le souci du détail dans leur vie quotidienne.

Les personnages sont Virgile et Judith, des paysans âgés sans enfant qui vont affronter leur fin de vie avec courage et sans se dérober. Ils ont élevé Georges, le neveu de Virgile qui a perdu ses parents dans un accident de la route lorsqu’il avait 4 ans, Georges qui voulait sortir de l’état de paysan mais qui devra s’installer sur la ferme de ses parents sans occuper la maison, sur une caravane calée sur des parpaings. Corine, une nièce de Judith, malmenée par un mari qui la bat demandera asile à sa tante pendant quelque temps. Karl, un ancien boxeur assez mystique dont on ne sait rien et qui sera leur voisin le plus proche et le seul « ami » de Virgile. Et enfin, un mystérieux chasseur cagoulé qui rôde dans le hameau. C’est évident, l’arrivée de Corine va semer le trouble dans cet enclos, elle est à l’origine de changements irréversibles.

Tout ceci baigne dans un huis clos étouffant peuplé de non-dits et de secrets qui seront dévoilés au fil de la lecture.

La prose de Bouysse est toujours aussi riche, métaphorique, ornée de mots rares en accord avec l’habitat, c’est une orgie lexicale peut-être un peu trop surabondante et qui noie par moments le récit. Mais quel feu d’artifice ! Quelle psychologie aussi pour définir ses personnages et les lieux.

Un échantillon de la prose de l’auteur (il décrit le Plateau)…la roche affleure bien souvent, distançant ajoncs, callunes et toutes sortes d’herbes faméliques. Les arbres, quand il y en a, on ne sait dans quelle matière ni jusqu’où ils vont puiser le sens de leur vie, dans quelle terre ruissellent leurs racines, sur quel magma la graine a bien pu germer et enfanter, avec l’unique projet de subir le vent, le froid, la neige et parfois la brûlure. Là où la mort modèle la vie jusqu’à la déraison. Là où des rochers se dressent vers le ciel, desquels dévalent des ombres impénitentes et se retirent en terre sainte. Là où le vent se laisse aller à parfaire les sons pour rien d’humain. Là où des peureuses sirènes viennent et repartent, leurs voix atones disparaissant dans la canopée torturée par la brise. Où de pauvres graals emplis de sève et de sang sont attirés par un même coeur enfoui dans le tréfonds de la terre. Où l’alternance des saisons bride les espoirs de ce monde. Où la seule obsession de la fleur visitée par l’abeille est de faire face à l’hiver glacé. Là. Où la pluie ruisselle sur des tuiles d’écorce pour s’en aller rejoindre de profondes citernes…

Franck Bouysse est un auteur de textes envoûtants, ensorcelants quelque peu hypnotiques et qu’il faudrait déguster avec parcimonie et sûrement relire. Comme il faut doser son plaisir, j’attendrai un peu avant d’entamer Glaise qui attend sagement sur mes étageres (et qui se passe en Auvergne, terre chère à mon coeur).

PLATEAU, Le Livre de Poche 34455, 2017 (FB 2016),  ISBN 978-2-253-16417-3

En son absence d’Armel Job

Résultat de recherche d'images pour "en son absence armel job"Armel Job est un écrivain belge (Heyd 1948) de langue française avec une vaste bibliographie et beaucoup de suiveurs. C’est le premier livre que je lui lis, conseillé par mon amie Catherine S. et j’ai beaucoup apprécié : l’écriture est claire et la psychologie des personnages est assez fouillée: ce sont des gens simples qui vivent dans un réel plutôt terre à terre.

En son absence (2017) est un thriller psychologique avec des rapports tendus au sein d’une famille dans un village des Ardennes belges, à la frontière avec le Luxembourg et la vallée de la Sûre. Le village se nomme Montange et tout le monde se connait, et à l’occasion de la disparition d’une adolescente, Bénédicte, des tensions enfouies et latentes sortent avec violence et en plein jour. L’écrivain Job va démonter pour nous tous les mécanismes ravageurs de la rumeur.

Le regard d’Armel Job n’est pas tendre, il est très sombre. Il écrit…on ne se voit pas soi même. On se figure qu’on envoie des regards bienveillants, mais la nature a placé dans nos orbites des pupilles pleines de ténèbres, tapies sous des sourcils recourbés comme des ailes de busard qui transforment nos sentiments en menaces...

La disparition de Bénédicte va mettre en branle toutes les certitudes des aimables villageois. Les gens sont encore sous le choc de l’affaire Dutroux. C’est un roman d’un grand réalisme où l’humour pointe sous les faits assez tendus par moments et cela détend la lecture.

Cet ouvrage , j’ai trouvé, a des relents de l’affaire Grégory, tristement célèbre et encore ressortie récemment  en Justice et dans les médias plus de 30 ans après les faits…

EN SON ABSENCE, Pocket 17132, 2018 (AJ 2017),  ISBN 978-2-266-28129-4

Le couple d’à côté de Shari Lapena

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Shari Lapena est un écrivain canadien avec une formation d’avocate, ayant exercé aussi comme professeur d’anglais.

Le couple d’à côté est son troisième livre et son premier thriller; ce fut un tabac, en France il figure parmi les 17 meilleurs livres de l’année 2017 ! Beau palmarès; son quatrième roman est déjà paru au Canada en juillet 2017: A Stranger in the House.

Aurait-on une obsession avec les maisons, un peu à la manière d’une Paula Hawkins et sa fille du train ou de Gillian Flynn et sa Gone Girl. Tiens on aurait pu appeler ce livre Gone Baby !

C’est un thriller psychologique qui m’a captivé très fortement dès le départ. Et pourtant…je n’aime pas du tout les histoires impliquant des enfants, elles me rendent excessivement anxieuse. Or ici, dès le premier chapitre le scénario est posé avec le rapt d’un bébé de 6 mois sous la barbe des parents. Ce qui est intéressant c’est que l’écrivain à l’aide de chapitres assez courts et bien enchaînés, nous livre au compte gouttes des éléments nouveaux et inattendus qui nous ébranlent fortement. On peut dire que c’est mené de main de maître, oui.

Mais, j’ai trouvé qu’à partir de la moitié du livre (à peu près) lorsque l’on connaît le coupable, les choses vont se gâter, se compliquer et que la fin est catastrophique et hors contexte, elle gâche, à mon avis, toute la maîtrise développée si savamment jusque là.

Quelques remarques personnelles: je trouve que le detective Rasbach est  insuffisamment caractérisé, les méfaits graves commis par les voisins Stillwell sont passés sous silence, et la fin d’un complice n’est même pas expliquée. La cerise sur le gâteau est la fin que je ne détaillerai pas ici parce que cela vaut la peine de le découvrir par soi même et de se faire  son opinion.

Une lecture très prometteuse mais une fin qui m’a surprise.

LE COUPLE D’À CÔTÉ, Presses de la Cité 2017,  ISBN 978-2-258-13765-3

El desorden que dejas de Carlos Montero

Résultat de recherche d'images pour "carlos montero el desorden que dejas" Carlos Montero es un guionista y escritor gallego (Orense 1972). Con El desorden que dejas, su segunda novela, ha ganado el premio Primavera de novela 2016. Es su segunda novela después de Los tatuajes no se borran con láser de 2012.

Es una novela que se lee muy bien, es un thriller psicológico ambientado en una realidad española que rezuma cierta decadencia societal y bastante vulgaridad : la droga a todo nivel, la corrupción casi a todo nivel, la delicuescencia de la familia, la falta de respeto generalizada, la falta de motivaciones, los paros por millares, el empobrecimiento monetario y moral de toda una sociedad, el mal uso de los medias actuales (redes sociales) utilizados como herramientas del mal, sin ningún control. Y lo peor de todo es admitir que entre los alumnos hay verdaderos profesionales del mal (página 203). (Un fiasco moral que aqueja gran parte de la sociedad occidental). No es una obra literaria, sino un documento sociológico actual en un territorio determinado.

La protagonista es Raquel que llega a Novariz (nombre ficticio), en Galicia como profesora sustituta de castellano en un instituto. Está casada con Germán que es originario de este pueblo cerca de La Coruña y está en paro desde hace tiempo, quiere ser escritor, pero le falta la inspiración. Raquel llega en reemplazo de la antigua profesora de lengua que al parecer se ha suicidado. Y los alumnos empiezan a acosar a Raquel,  ella piensa que la quieren intimidar y que la antigua profesora no se ha suicidado, sino que ha sido asesinada. Poco a poco irá indagando y  aprendiendo que en el pueblo suceden cosas raras, muy raras.

El clímax de la novela irá creciendo y el final es bastante degenerado. Raquel maldice esta época en que se vive  y se vuelca toda intimidad en la red. Y aunque se diga que el concepto de intimidad debido a internet y a la tecnología ha mudado o se ha volatilizado; hasta que no se experimenta en carne propia no se es consciente de todo lo que eso implica. Se es culpable de compartir cada minuto, cada instante en la red. Y se es culpable de no resguardar de una manera más segura nuestra intimidad en el ordenador.

Les aseguro que después de leer esta novela, Ustedes serán más cuidadosos con lo que dejan escrito en el ordenador y con lo que difunden a través de las redes sociales.

EL DESORDEN QUE DEJAS, Espasa 2016,  ISBN 978-84-670-4726-4

Pulsions de Gilbert Schlogel

Afficher l'image d'origineGilbert Schlogel est un chirurgien et écrivain français (Paris 1932), auteur d’une vingtaine d’oeuvres. Il a été nommé chevalier des Arts et des Lettres en 2010. Il se consacrera définitivement à l’écriture à partir de 1992.

Pulsions (2001) est son neuvième roman; c’est un thriller construit autour de délits sexuels commis sur des enfants, délits dus aux pulsions incontrôlables d’individus malades. Dans le roman il y a pas mal d’information autour du sujet avec des notions médicales ou des cas cités in extenso ainsi qu’une bibliographie assez complète sur le sujet. Voici un sujet ardu s’il en faut, macabre et morbide, glauque et déplaisant, traité de façon scientifique par moments.

Le roman se lit bien, car la trame est bien travaillée, même si par moments il m’a semblé un peu trop bavard; en revanche, il y a peu de failles et tout s’imbrique de façon logique. C’est l’histoire abracadabrante d’un brave professeur sans problèmes qui se fait accuser d’attouchements sexuels par trois de ses élèves, et aussi on lui reproche un enlèvement de mineure. A partir de ce moment, la vie de ce brave professeur va devenir un véritable cauchemar et le docteur Schlogel aura beaucoup d’imagination pour nous faire suivre cette affaire qui deviendra incroyablement compliquée et difficile, avec des complications en cascade. Il y a un tel enchaînement de circonstances négatives sur ce pauvre professeur que par moments le lecteur se met en apnée.

Si au bout de 500 pages nous aurons enfin un peu de répit, il est difficile d’imaginer qu’après de telles épreuves la vie puisse continuer comme avant pour les personnes impliquées…

Le titre est bien trouvé, et nous aurons beaucoup d’informations, parfois à un niveau scientifique autour de pulsions sexuelles déviantes.  Page 139 on peut lire…Si j’en crois ce que j’ai lu, les gens atteints de cette déviance criminelle sont en permanence taraudés par l’envie de recommencer et, tôt ou tard…ils recommencent. Ou du moins ils essayent. On dit qu’un pédophile en liberté fait une vingtaine de victimes par an ! Quand on leur montre ces statistiques, les juges lèvent les bras au ciel : ils n’y peuvent rien. Les psychiatres prétendent que nous sommes, nous-mêmes, trop obnubilés par nos propres pulsions sexuelles pour savoir comment nous comporter devant les déviants de cette espèce. Comme s’il existait, dans notre inconscient, une sorte de culpabilité collective.

PULSIONS, Fayard 2001,  ISBN 2-213-60912-8

Trois jours et une vie de Pierre Lemaitre

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Pierre Lemaître est un scénariste et romancier français (Paris 1951) ayant une formation de psychologue et qui connait un grand succès depuis le Prix Goncourt  2013 avec son roman noir picaresque Au revoir là haut. Ses livres sont en cours de traduction dans plus de trente langues ! Ses polars ont reçu au moins huit prix . Il vit de sa plume depuis 2006.

Je dois dire que depuis que je l’ai découvert, je n’ai eu de cesse que de lire tous ses livres. La lecture du Goncourt attend sagement sur une étagère car la version audio m’a tellement plu que j’ai acheté le livre. La trilogie, devenue quadrilogie, sur le Commandant Verhœven et publiée entre 2006 et 2013 a été lue avec délectation;  des billets ont été publiés sur tous les livres dans ce blog. Pareil pour Cadres noirs (2010), un roman très noir ancré dans la plus abjecte réalité contemporaine, et Robe de marié (2008). Tous les livres m’ont plu par le style de l’auteur, plein d’ironie et de dérision; aussi par quelques tours de plume assez originaux que lui seul sait trouver. Mais par dessus tout, j’apprécie cette touche psychologique très maitrisée dans ses romans, c’est du pro.

Le film basé sur Trois jours et une vie vient de sortir (septembre 2019), un film de Nicolas Boukhrief et co-scénarisé par Pierre Lemaitre. On peut dire que je me suis précipitée pour le voir : quel bon film, quel bon thriller psychologique, quels excellents acteurs (Pablo Pauly dans le rôle d’Antoine Courtin adulte est troublant de vérité introspective et accablante !). On sent si bien la vie factice bâtie par Antoine autour de son secret, mais il n’y a pas que son secret, le joli petit village des Ardennes regorge de secrets enfouis ou non. Il y a beaucoup de distanciation entre le drame des personnages et le positionnement du  spectateur et c’est cela qui est brillant dans le film. On aperçoit Pierre Lemaitre jouant le rôle du procureur qui vient annoncer les conclusions de l’enquête au village. Je peux dire  que le film a quelque peu racheté le livre car les deux heures de durée du film sont passées presque en apnée.

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Trois jours et une vie (2016), est un roman noir que j’ai abordé avec expectation. Mais cette fois la magie n’a pas opéré : je me suis un peu ennuyée dans le descriptif du roman surtout dans la première moitié, un descriptif parfois répétitif. Je n’ai pas retrouvé la plume légère et efficace, virevoltante,  avec des trouvailles originales et des commentaires savoureux. Il est vrai que la gravité du sujet ne se prêtait pas, mais tout de même, j’avais par moments l’impression de lire un autre auteur. L’écriture est encore une fois assez cinématographique ce qui donne au texte une impression visuelle, quasi palpable.

Le roman est articulé autour d’un drame survenu à l’adolescence du personnage principal, le jeune Antoine Courtin, vers ses douze ans. Le milieu est un huis clos, Beauval une bourgade de l’est de la France où tous se connaissent, s’épient, ont des histoires et des comptes non soldés entre les uns et les autres. Beaucoup de secrets de famille aussi, jalousement gardés, enterrés dans les consciences. Comment peut-on vivre et se construire après un drame aussi horrible? Comment vivre sa culpabilité?  Comment vivre dans un perpétuel mensonge? Au départ Antoine est un garçonnet un peu seul, il deviendra un adulte sociopathe, poursuivi par son histoire, lâche, mais son histoire va le rattraper de la façon la plus inattendue qui soit.

Il y a une balance réussie entre la lenteur de la vie à Beauval et l’arrivée des deux tempêtes dévastatrices qui ont secoué la France pendant l’hiver 1999 : les mal nommées Lothar et Martin qui dévasteront Beauval . Le descriptif de ce déchainement naturel est très réussi.

Les  points forts du livre à mon avis sont deux :  1)  le suspens est inversé, belle trouvaille dans la forme puisque nous connaitrons l’assassin dès le départ, mais nous ignorons comment cela va tourner et 2) le contexte psychologique savamment mené par un pro du suspense: une lente et glauque montée de l’angoisse  devant le final ignoré par le lecteur. Et le final de l’histoire aura au moins le mérite de nous surprendre et même de nous étonner. La sagesse populaire dit « tout se paye dans la vie », tôt ou tard. Nous en avons ici un exemple magnifique et aussi la démonstration de la méchanceté ou de la générosité dont les gens sont capables.

TROIS JOURS ET UNE VIE, Albin Michel 2016,  ISBN 978-2-226-32573-0

La fille du train de Paula Hawkins

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Paula Hawkins est un écrivain britannique née au Zimbabwe en 1972. Elle a fait ses études à l’Université d’Oxford puis elle a exercé comme journaliste financière pendant 15 ans. Après le crash financier de 2008, Paula Hawkins a commencé à écrire de la chick-lit sous le pseudonyme d’Amy Silver.

La chick-lit ou gossip-lit est devenue à la mode vers 1996 avec une pionnière :  Marian Keyes et sa saga  des sœurs Walsh. On pourrait traduire le terme de chick lit par « littérature pour nanas » écrite par et pour des femmes où l’on aborde avec humour des thèmes  comme l’addiction, les amours, la dépression, les violences domestiques,  ou le deuil avec toujours un happy end à la clé. Le ton est généralement désinvolte, désabusé, assez réaliste, bourré d’humour noir et d’auto-dérision avec des héroïnes femmes et un point de vue positif.

La fille du train (The girl on the train, 2015) a été écrit en six mois et il s’est déjà vendu à des millions d’exemplaires; le livre a été distribué dans plus de 42 pays. Un film a commencé a être tourné en novembre 2015 après l’acquisition des droits par DreamWorks de Steven Spielberg, ce film sera dirigé par Tate Taylor; les actrices principales seront  Emily Blunt dans le rôle de Rachel Watson, Rebecca Ferguson dans celui d’Anna et Haley Bennett dans celui de Megan. La fille du train a été comparé avec un autre livre, Les apparences de Gillian Flynn qui a donné le film Gone girl en 2014 dirigé par David Fincher; mais dans ce dernier livre, c’est l’atomisation d’un mariage qui est narré.

La fille du train pour moi est un  mélange réussi de chick lit et de thriller psychologique . Il est vrai qu’à partir d’un certain moment, le livre se lit avec addiction, mais il m’a fallu plus de cinquante pages pour m’accrocher au récit. Jusque là, je le trouvais bavard, correspondant  à l’idée que je me faisais  de la chick-lit; puis, peu à peu, l’intrigue est devenue forte et compliquée et le roman est devenu un vrai thriller psychologique.

La description des personnages féminins dénote un grand réalisme: la psychologie est assez fouillée ce qui donne in fine un tableau humain assez crédible.

Il y a dans ce livre trois héroïnes , trois femmes avec des vies différentes mais qui évoluent dans un environnement géographique proche. Rachel est le personnage autour duquel va se construire l’histoire, c’est une anti-héroïne, une loser, elle a tout de travers, elle a perdu le contrôle de sa vie; elle a été plaquée par son mari, elle a perdu son boulot à cause de l’alcoolisme, elle est devenue moche, elle n’a pas d’argent, elle vit chez une copine, elle a raté la maternité.  Mais envers et contre tous, Rachel va s’accrocher à son envie d’élucider le cas de la disparition de Megan .

Anna est la deuxième femme de Tom, l’ex mari de Rachel. Elle est belle, séduisante et elle a réussi à lui donner un enfant, elle semble très heureuse en ménage. De temps en temps elle prend Megan comme baby sitter.

Megan est une femme très séduisante mariée à Scott, un peu nymphomane, au chômage depuis peu, au passé mystérieux. Elle deviendra, par besoin, la baby sitter d’Anna et Tom car elle habite le quartier.

Ce qui est original dans ce roman est l’enchevêtrement des histoires, avec un lecteur qui s’empêtre au fil de la lecture dans la compréhension des personnages et qui commence à douter de chacun car ils ont tous un côté opaque.

J’ai trouvé une boulette page 217, Rachel parle au téléphone avec Scott lequel lui donne rendez-vous pour le lendemain, mais au paragraphe suivant l’écrivain situe l’action le soir même.

Cette histoire est basée sur l’observation de Rachel , laquelle prend toujours le train de 8h04 pour aller d’Ashbury à la gare d’Euston; à force de passer toujours devant les mêmes maisons, Rachel commence à repérer les habitants et notamment la maison habitée par Megan et son mari Scott qu’elle surnomme Jason et Jess et à qui elle donne une vie de couple extraordinaire. Cette pauvre Rachel fait un transfert de tous ses échecs sur ce couple anonyme qu’elle ne connait pas. Rachel est peut être une ratée, mais l’écrivain lui  attribue une vue de lynx car page 267, Rachel est à bord de son train et en passant  elle note que Jess non seulement porte une robe à fleurs rouges et des petites boucles d’oreilles en argent…Fichtre !, non seulement elle voit les boucles d’oreilles, mais elle sait qu’elles sont en argent ! Chapeau bas Rachel.

Un bouquin qui se lit bien, qui peut émouvoir par moments mais qui me sidère par son impact médiatique.

LA FILLE DU TRAIN, Sonatine 2015,  ISBN 978-2-35584-313-6

Je suis Pilgrim de Terry Hayes

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Terry Hayes est un journaliste, scénariste, producteur et maintenant un écrivain très réussi anglo-australien (Angleterre 1951).

Je suis Pilgrim (I am Pilgrim, 2013) est son premier livre et quel succès international ! Livre publié en France en avril 2014 . Les droits ont déjà été vendus à la  MGM et à l’heure actuelle, on ne sait pas si nous aurons un film ou une série télévisée. Un deuxième thriller est déjà annoncé pour mai 2016 sous le titre de The year of the locust.

Je suis Pilgrim ce sont environ 650 pages d’un vrai page turner, un livre très réussi parce qu’il déborde largement du cadre du polar, étant aussi un roman d’aventures, un thriller haletant, un roman d’espionnage au suspens par moments insoutenable et parce que ce livre constitue un scénario possible d’apocalypse moderne. Les chapitres sont courts et s’articulent bien pour nous distiller peu à peu des informations qui vont reconstituer un puzzle géant à travers une partie de la planète .

Ce livre touche à des thèmes douloureux qui sont ancrés dans notre quotidien et inconscient collectif et aussi notre passé historique: le terrorisme, la possibilité d’une guerre bactériologique, l’islamisme radical, les mafias de tout poil, la fuite des nazis vers l’Amérique du Sud,  l’invasion d’Afghanistan, le 11 septembre, etc.

Il y a tellement de matériel dans le livre que l’on verrait mieux une série pour la télévision qu’un film d’action: une série par exemple dans le style de Homeland, la série télévisée américaine diffusée par Canal +. Ce serait gâcher le riche descriptif des personnages du livre et la foultitude de détails que de se contenter d’un film, probablement plus tourné vers l’action musclée que vers l’analyse des personnages, sujet qui est très bien traité dans le livre.

Je suis Pilgrim a un narrateur omniscient qui est un espion de haut vol, un espion ultra secret (excusez le pléonasme) qui appartient à « la Division » une division ultra-secrète du FBI pour laquelle il a travaillé pendant presque dix années et dont seule une poignée de gens connaissaient l’existence ; c’est un personnage en clair obscur qui a renoncé à une identité normale, qui a vécu sous couvert de plusieurs identités; ce polar est construit autour de la traque d’un assassin solitaire appelé le Sarrasin et l’agent ultra secret prendra le nom de code de Pilgrim avec une mission planétaire  connue d’une dizaine de personnes aux USA. L’écrivain pousse le bouchon jusqu’à ne jamais bien le décrire physiquement: on arrive à comprendre qu’il a plus de trente ans, qu’il est physiquement assez bien de sa personne, qu’il fut l’enfant choyé et adoptif d’un couple de richissimes américains, qu’il reste un personnage profondément solitaire dans le privé, mais non dans le métier. Nous le connaitrons plutôt par ses actions que par ses pensées et jamais par ses sentiments qu’il se refuse presque d’ avoir. J’ai éprouvé de la surprise quand enfin il s’approche du couple de Ben Bradley (un collègue) et  de Marcie sa femme.

Le livre démarre sur les chapeaux de roue avec un crime particulièrement  odieux, perpétré dans un hôtel glauque de New York le jour de l’attentat du 11 septembre 2001; et alors que notre narrateur omniscient est « à la retraite », il se voit impliqué dans le cas où l’assassin a utilisé SA méthode pour commettre le crime parfait. L’agent secret avait écrit  sous le nom fictif de Jude Garrett, un livre-référence sur la criminologie et la médecine légale, un livre que l’agent secret avait écrit pour mettre un point final à son passé et aussi pour que d’autres enquêteurs tirent profit de  de ses techniques dont certaines étaient très novatrices ( mais comme l’espion le dit avec justesse, on peut démissionner du métier d’espion, mais on ne le quitte jamais)

A partir de ce crime, des infimes détails vont le relier à un plan beaucoup plus vaste et maléfique qui vont entraîner notre narrateur à reprendre du service sous le nom de code de Pilgrim. Pilgrim est un homme qui n’existe pas parce que les services secrets américains ont grillé toutes les pistes menant vers Scott Murdoch qui était le nom de l’enfant adoptif qu’il fut un jour. Il y a dans ce livre, plusieurs histoires imbriquées et celle qui m’a le plus terrifié est celle du personnage appelé Ingrid Kohl,  elle va s’évaporer dans la nature de façon floue, exactement comme Hannibal Lecter à la fin du Silence des agneaux,  de Thomas  Harris. Va-t-elle réapparaître aussi?

Pilgrim est le personnage principal et Sarrasin est le nom du personnage qu’il doit abattre, un islamiste fanatisé,  aussi un personnage de l’ombre tout comme Pilgrim car il a aussi brouillé toutes les pistes derrière lui. Le credo de Sarrasin? finir avec la dynastie corrompue saoudienne qui a décapité son père et frapper  « l’ami  » de l’Arabie Saoudite, c’est à dire les États Unis d’Amérique.

Tous les personnages du roman portent en eux une douleur, y compris l’assassin implacable qui est le Sarrasin, et ceci est dangereux parce que cela déclenche malgré nous un sentiment d’humanité et de compassion.

Pilgrim va nous entrainer des EEUU au Moyen Orient et en Europe à la traque d’un assassin impitoyable qui se meut aussi dans l’ombre comme lui même. La grande différence est que le Sarrasin est un assassin strictement isolé (d’autant plus dangereux) alors que Pilgrim a la CIA, le FBI et le Président des EEUU suspendus à ses basques.

Un énorme polar qui se lit avec délices malgré quelques faiblesses comme par exemple la vision un peu manichéenne des choses, comme le fait que Leyla Cumali ait pu devenir inspectrice de la police en Turquie, mais c’est pardonnable vu le plaisir et l’addiction que procure cette lecture. Un plaisir que je n’avais pas ressenti depuis la lecture fébrile de la trilogie Millenium.

JE SUIS PILGRIM, Le Livre de Poche N° 33697,  ISBN 978-2-253-00167-6