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Les trois jours de Pompéi d’Alberto Angela

Résultat de recherche d'images pour "i tre giorni di pompei alberto angela" Alberto Angela est un paléontologue, écrivain, journaliste et présentateur d’émissions culturelles italien (Paris 1962).

Les trois jours de Pompéi (2017) s’est vendu a plus de 200 000 exemplaires en Italie, un énorme succès pour ce livre reconstituant la vie à Pompéi et alentours, quelques heures avant le cataclysme de l’année 79 de notre ère. Ce drame tellurique aurait eu lieu en octobre et non au mois d’août comme cela a été évoqué le plus souvent. Aussi, ce n’est pas le volcan Vesube qui serait à l’origine de l’éruption mais le volcan Somma qui était bien camouflé dans le relief. Autrement dit, les pompéiens ne savaient pas qu’ils étaient au pied d’un volcan mais ils le voyaient comme un simple mont, même si les signes avant coureurs d’une explosion étaient nombreux.

Déjà en l’an 62 de notre ère, un autre tremblement de terre avait touché cette région de la Campanie, à tel point que beaucoup d’habitants avaient déserté le lieu et vendu leur logement principalement aux nouveaux riches de l’époque, les affranchis.

Le livre reconstitue la vie de Pompéi et d’autres lieux proches avec une abondance de détails de tout genre, ce qui donne un aperçu très vivant de la vie avant le drame à travers divers personnages ayant existé et ayant appartenu a des différents couches sociales. Leur vie était déjà sophistiquée à cette époque avec, par exemple, l’interdiction de circuler la nuit pour les véhicules à roues, ils pouvaient circuler la nuit grâce à des rails le long de trottoirs pour ne pas gêner les piétons. La vie de tous les jours est remarquablement décrite, comme par exemple la production du pain sous forme de miches qui étaient épicées. Les blanchisseries utilisaient l’urine pour traiter le linge ce qui fait que les urines étaient ramassées gratuitement dans des amphores disponibles dans les rues avec l’inconvénient en ville de devoir supporter des odeurs fortes; c’est pour cette raison que l’empereur Vespasien a décidé de taxer l’urine utilisée par les fouleries (des esclaves foulent au pied des vêtements dans un mélange d’eau et de substances alcalines comme la soude et l’urine) et de cette époque émane la phrase célèbre de Vespasien à ceux qui rouspétaient pour la taxe « pecunia non olet » c’est à dire l’argent n’a pas d’odeur. A l’époque,  la principale source d’informations en tout genre se situait au Forum, ensuite les informations circulaient dans les bars qui existaient en très grand nombre.

C’est vraiment très intéressant et facile à lire, très documenté,  même si je dois avouer que le ton employé m’a quelque peu agacé car plus destiné à des élèves du secondaire qu’à des lecteurs aguerris.

Quelques informations sont précises comme par exemple la taille des gens à cette époque: les hommes mesuraient 1,66 et les femmes 1,50 avec une espérance de vie autour de 50 ans; il a fallu 2000 ans pour doubler cette espérance de vie…

La grande déflagration du 24 octobre 79 a été précédée de 43 séismes dont un fort tremblement de terre en 62, si fort que beaucoup d’habitants nantis avaient déjà abandonné les lieux, Pompéi et la campagne environnante où des somptueuses demeures existaient. Cela fait que la ville de Pompéi était partiellement en reconstruction.

Le volcan Somma a déversé en 20 heures suite à l’explosion 10 milliards de tonnes de magma sur 15 Km et sur une épaisseur de 3 mètres par endroits, avec un débit de magma de 70 000 tonnes par seconde! Cette catastrophe a fait plus de 20 000 morts, c’est inimaginable et c’était difficilement évitable. Il paraît que entre le moment de l’explosion et la fin, les gens n’avaient que très peu de temps pour échapper à la mort.

Les dégâts ont été très différents à Pompéi par rapport à Herculanum. Dans cette dernière petite ville les gens ont été tués de façon immédiate par l’onde de choc thermique qui a atteint quelques 500 degrés avec la vague silencieuse de magma qui s’est propagée en 6 couches à 100 Km/heure ! A cette température la boîte crânienne éclate et le corps est calciné de façon instantanée de telle façon que les gens ont gardé la posture qu’ils avaient à ce moment précis. Heureusement qu’ils n’ont pas eu le temps de souffrir.

Un livre saisissant qui décrit bien ce que fût l’apocalypse pour tant de gens.

Je suis toujours épatée par la facilité avec laquelle voyageaient certaines personnes dans l’Antiquité. Ils allaient d’un site à un autre avec une grande facilité essentiellement par voie de mer.

LES TROIS JOURS DE POMPÉI, Payot 2017 (AA 2014),  ISBN 9798-2-228-91863-3

Pamela de Stéphanie des Horts

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Stéphanie des Horts est une romancière française, journaliste et critique littéraire (Tours 1965) auteure de quelques 8 livres et  elle serait spécialisée en littérature anglo-saxonne (Shakespeare, Jane Austen).

Pamela (2017) est une biographie romancée de Pamela Digby, fille du onzième baron Digby, une lignée de hobereaux désargentés du comté de Hampshire, au sud de l’Angleterre, une jeune fille de bonne famille devenue une courtisane de haut vol et qui a mené une vie trépidante et aventureuse à la « recherche du grand amour » si possible riche et glamoureux (pour employer un anglicisme). C’était une belle rousse intelligente avec un grain de peau magnifique et de bonnes manières, ayant le don des relations.

Pamela Digby se maria en premières noces avec le fils unique de Winston Churchill, Randolph Churchill, et ce fut un échec rapide et retentissant. De ce mariage très court naquit son seul enfant: Winston Jr. Randolph Churchill était alcoolique et joueur invétéré. En revanche, le beau père de Pamela, Winston Churchill, « dear papa« , l’appréciait beaucoup et recherchait sa compagnie. Cet homme politique a contribué à sa formation et ils sont restés en contact bien au delà du divorce.

Par la suite elle cumulera les amants aux noms prestigieux : Charles Fulke Greville, Ali Khan, Ed Murrow (son premier amant « pauvre »), Gianni Agnelli, Frank Sinatra, Maurice Druon, Stávros Niárchos, Porfirio Rubirosa, Élie de Rothschild, Leland Hayward qui l’a épousée, Averell Harriman (son dernier mari)…Elle a su garder le contact avec presque tous les hommes qu’elle a aimé car chaque fois elle croyait qu’elle tenait un vrai amour et se donnait entièrement avec chaque relation.

D’après le roman, l’homme qu’elle aurait le plus aimé ce serait Gianni Agnelli qui n’a pas voulu l’épouser.

A la fin de sa vie elle a réussi à se faire épouser par Averell Harriman et, devenue veuve à Washington, elle s’est montrée sans égal pour orchestrer des diners afin de récolter des fonds pour le parti démocrate. Elle a contribué ainsi à l’élection de Bill Clinton qui l’a nommée Ambassadeur des EEUU à Paris, en remerciement des services rendus.

Et c’est à Paris qu’elle est morte d’un AVC, dans la piscine du Ritz où elle se rendait chaque matin pour y faire ses longueurs…

Quel tempérament cette femme ! Quelle vie elle a mené ! Quelle ambition démesurée !

Le roman est dans un style assez télégraphique avec des phrases courtes et percutantes, c’est efficace pour raconter le personnage de Pamela Harriman, son dernier patronyme. Et l’on retrouve presque les mêmes personnages que dans le livre de Melanie Benjamin, Les cygnes de la Cinquième Avenue (2016).

PAMELA, Livre de Poche N° 35295, (SdH 2017),  ISBN 978-2-253-23799-0

Les trois saisons de la rage de Victor Cohen Hadria

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Victor Cohen Hadria est un écrivain français (Tunis 1949), réalisateur pour la TV d’émissions médicales et de fictions.

Les trois saisons de la rage (2010) a été 3 fois primé : Prix du Premier Roman 2010 et Prix des Libraires + Prix Littéraire de la ville de Caen 2011.

C’est un livre que j’ai lu avec plaisir et pas mal d’émotion. C’est une étude de moeurs dans la France de 1859, essentiellement en Normandie mais aussi à Paris à une époque charnière du développement industriel dont l’avènement du train et d’autres progrès.

Le livre est monté de façon originale.

La première partie ou La rage de vivre est épistolaire. Deux médecins vont correspondre afin de  permettre à  Brutus Délicieux de garder le contact avec sa famille. Brutus est un conscrit de 20 ans parti faire la guerre en Italie du temps de Napoleon III. Ce Brutus Délicieux avait  tiré un bon numéro de la conscription, mais il l’a vendu à un autre paysan plus riche afin d’apporter un pécule à sa famille en difficulté. Il laisse au pays une fiancée, une pauvre fille malmenée et exploitée par un père cabaretier. Les deux médecins sont le Dr Charles Rochambaud, médecin militaire et le Dr Jean Baptiste Le Coeur (le bien nommé !), médecin de campagne à Rapilly dans la vallée de l’Orne. Brutus, sa fiancée et les familles respectives sont illettrés, d’où la nécessité de passer par un  scribe. Il se trouve que Brutus est l’ordonnance de Rochambaud et qu’au début de son service, il va s’avérer un subordonné attentif et exemplaire mais au gré de la campagne militaire, il va se révéler un être abjecte.

Rochambaud et Le Coeur se connaissent car le père de Charles Rochambaud avait fréquenté Jean Baptiste Le Coeur qui avait eu une aventure avec sa femme avant son mariage. Et si le Dr Rochambaud était en fait son fils? C’est tout dans l’air du temps jadis.

La deuxième partie du livre ou La rage d’aimer est le journal que tient le Dr Le Coeur, entre janvier et juin 1859. Ici nous avons le détail minutieux de l’exercice de son art, avec des patients appartenant à toutes les classes sociales, les histoires incroyables des villageois, et l’importance du facteur humain dans ce milieu rural lors d’un exercice qui va bien plus loin que la pratique de la seule médecine; les rapports de force  avec les autres acteurs sont très forts comme avec le guérisseur, le curé, la sage-femme.  Cet exercice d’une médecine balbutiante est très intéressant, une médecine qui n’a rien de scientifique mais qui commence à se poser des questions sur l’hygiène; c’est un un monde en pleine mutation où l’on se sert du « stéthoscope de Mr Laënnec » (1816) et des « préservatifs de Mr Hutchinson »(1853). Dans ces notes le Dr Le Coeur fait état de sa pratique quotidienne (éreintante) mais aussi de sa sexualité. Après un mariage heureux, il perd sa femme de maladie et quatre années après, il est taraudé par le démon de midi. Le lecteur  connaitra toutes ses turpitudes malgré une condamnation sans appel de la sexualité par la religion. En outre le bon Dr Le Coeur écrit avec ses moyens de bord un traité sur la rage ce qui donne le titre du roman.

La fin du livre est surprenante et quelque peu abrupte. Elle m’a laissé perplexe.

L’écriture est élégante, pertinente, avec quelques longueurs dans la deuxième partie, le langage est quelque peu anachronique ce qui ajoute du charme au livre.

LES TROIS SAISONS, Albin Michel 2010,  ISBN 978-2-226-21515-4

Des Éclairs de Jean Echenoz

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Jean Echenoz est un écrivain français (Orange 1947) qui a fait des études de Sociologie et de Génie civil. On vient de lui décerner le huitième Prix BnF (2016) pour l’ensemble de son oeuvre. Sa technique d’écriture est particulière car il alterne les figures de style, les jeux de mots, l’ambiguïté et use d’un symbolisme autour des noms propres de personnages. On dit aussi qu’il écrit des romans géographiques car on voyage beaucoup en le lisant. Il a su décaler son univers romanesque vers la sotie ou vers les récits excentriques à la façon d’un Sterne ou d’un Diderot, d’un Perec ou d’un Queneau. C’est un romancier inventif, un champion de la toponymie, un « nouveau romancier » mais pas  un romancier nouveau.

C’est le sixième livre d’Echenoz dans ce blog, la lecture a été toujours un plaisir renouvelé, car ses sujets varient beaucoup.

Je commence à lui trouver une petite ressemblance avec Jean-Paul Dubois, tous les deux très éclectiques et pince-sans-rire, avec une petite nuance il me semble : Dubois approfondit un peu plus la psychologie de ses personnages. Je les apprécie énormément tous les deux.

Des Éclairs (2010) est le dernier volet du cycle romanesque de 3 vies : une biographie basée sur la vie de l’ingénieur serbo-croate Nikola Tesla et le troisième après Ravel (2006) et Courir (2008) (sur le coureur tchèque Emil Zátopek). Je n’ai pas lu ni le premier ni le deuxième mais le troisième m’a intéressé à cause du nom Tesla porté par la voiture Tesla Model 3 que j’ai eu la chance d’essayer aux USA. Étonnante voiture. Et ce nom, qui a été invoqué par le propriétaire de la voiture a piqué ma curiosité, je ne savais rien sur lui.

Mais attention, le lecteur est prévenu par le romancier, il s’agit d’une « fiction sans scrupules biographiques » ! Et pour commencer, Jean Echenoz l’a prénommé Gregor tout court à la place de Nikola.

Nikola Tesla est né au sein de l’empire austro-hongrois, en terre croate bien que de famille serbe en 1856  et il est mort en 1943 à New York. Il a été très tôt brillant et a initié des études d’ingénieur, jamais achevées pour des raisons d’argent. Il n’empêche qu’il a été très tôt repéré et a pu partir aux USA directement dans le laboratoire de Thomas A Edison, patron de la General Electric qui l’a mal utilisé. Ensuite, il a atterri chez Georges Westinghouse, patron de la Western Union, éternel rival d’Edison et richissime homme d’affaires qui va le prendre sous son aile pour aussi l’exploiter et, notamment devenir encore plus riche grâce aux retombées de l’application du courant alternatif développé par Tesla. Les épisodes où Edison essaie de se venger de Tesla sont d’un comique supérieur notamment la supposée invention de la chaise électrique par un coup de marketing publicitaire absolument génial.

Mais ce Tesla était un homme hors du commun, au physique comme au mental. Au plan physique, il mesurait 2 mètres et il était très bel homme. Au mental, c’était une intelligence supérieure, polyglotte, ayant le don de l’éloquence voire du baratin, inventeur-né mais un peu fou en plus d’antipathique, maniaque, mauvais caractère, asexué et dépensier. Aujourd’hui on le qualifierait de sociopathe (mais c’est le sort inéluctable de tout vrai génie, non?).

Il fût un inventeur incroyable, un concepteur du courant alternatif, un précurseur du tout électrique mais un piètre homme d’affaires. Il a déposé quelques 300 brevets, mais mal défendus et il se les a fait voler. On l’a traité de génie mais aussi d’imposteur car il excellait à parader et montait des numéros pour l’épate, dignes d’un cirque et loin de la science pure.

Il était bourré de manies et de phobies comme l’aversion aux microbes. Mais il était fasciné par les oiseaux et notamment par les pigeons qu’il nourrissait, chérissait, soignait.

Le livre fourmille d’anecdotes, de nature scientifique ou tout à fait pédestres. Celle qui m’a fait le plus fait rire mais en même temps presque pleurer de compassion, c’était lorsqu’il tombe amoureux d’une pigeonne, assez racée mais pigeonne quand même. Cela jouxte le pathétique.

C’est un petit livre (175 p.) qui se lit très bien mais qui ne va pas en profondeur du personnage singulier que fut cet homme. En revanche c’est d’une grande drôlerie voire d’une cruauté certaine par moments. Un petit bijou.

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Le beau et ténébreux Nikola Tesla. Quel regard.

DES ÉCLAIRS, L’Éditions de Minuit 2010,  ISBN 978-2-7073-2126-8

L’amant de Patagonie d’Isabelle Autissier

L'amant de PatagonieIsabelle Autissier est une navigatrice et écrivain française (Paris 1956), première femme a avoir accompli, en navigation, le tour du monde en compétition.

L’amant de Patagonie (2012) reçut le Prix Maurice Genevoix 2013. C’est un très joli livre, émouvant et très bien écrit et qui m’a fait revivre les fortes émotions ressenties courant mars dernier au cours d’une navigation dans ces contrées lointaines où la force de la houle, la solitude de la mer, la nature encore vierge balayée par des vents hurlants m’ont fait réaliser le peu de choses que nous sommes devant une Nature pareille (les quarantièmes rugissants, les cinquantièmes hurlants et les soixantièmes déconnants selon l’ami Jean Claude, du voyage).

Justement la Nature farouche de la Patagonie, du canal de Beagle et d’Ushuaia est décrite avec un grand réalisme et rend bien l’immense beauté des paysages et le chant des glaciers (en pleine capilotade).

L’histoire est belle, elle se situe vers 1880. Emily est une jeune écossaise d’à peine 16 ans avec déjà une âme de pionnière; elle est orpheline et sera envoyée au bout du monde pour assister la femme du pasteur d’Ushuaia qui s’en sort mal avec ses dures tâches ménagères et ses quatre enfants.

Ushuaia à cette époque, fin XIX, ce sont quatre ou cinq maisons et les huttes de quelques indiens yamanas. Autrement dit, rien.

Peu à peu, Emily va s’intéresser aux yamanas, leur mode de vie, leur langage. Elle fera la connaissance d’Aneki, un jeune yamana qui sert d’interprète au pasteur car il a appris des rudiments d’anglais. Au fil des années, naîtra un sentiment fort entre Emily et Aneki, devenu veuf, et la jeune écossaise envisagera même l’union officielle avec Aneki, union qui sera refusée vertement par les colons blancs d’Ushuaia.

Mais Emily est une maitresse-femme;  aidée par un fils du pasteur, elle fuira avec Aneki et vivra les plus beaux moments de sa vie en pleine nature, même si les conditions sont insurmontables pour quelqu’un comme elle. On dit que les blancs ont apporté microbes et virus aux autochtones; mais d’un autre côté, les blancs n’avaient pas un iota de la résistance physique qu’il fallait pour résister aux conditions climatiques australes (on m’a dit qu’un non indigène plongeant dans cette mer froide n’a que 3 minutes de résistance jusqu’au fatal engourdissement).

En tout cas, cette Emily va résister quelque temps, mais devra être rapatriée dans des conditions difficiles sur la base d’Ushuaia où elle sera sommée par le pasteur de suivre son plan ou c’est l’exil définitif et l’opprobre en Europe.

Quel amour forcené d’Emily pour cette Patagonie où elle restera et fera racine, tiraillée entre sa culture européenne et la culture indigène qu’elle respecte même si elle n’approuve pas tout.

Le livre nous renseigne sur les us et coutumes de ces peuplades finalement si adaptées aux conditions climatiques et qui vivent leur vie assez difficile dans leurs parages, sans rien demander à personne.

Le descriptif de la géographie locale, des conditions atmosphériques (les cieux les plus rapidement changeants jamais observés), les vents, les bruits, la flore et la  faune sont tellement proches de ce que je viens de vivre, que ce livre m’a fait ressentir les sensations d’un voyage ensorcelant, il y a moins d’un mois.

Un paragraphe sur le paysage (page 21): au coeur de l’été austral, le panorama est éblouissant. Au nord, s’élancent de grandes forêts qui s’interrompent brutalement à une certaine altitude, comme si on avait donné un coup de ciseaux dans la couverture sombre, pour laisser place  à des faces rocheuses parsemées de plaques de neige. Au sud, des collines plus avenantes alternent bois et prairies. A l’ouest, le canal se perd dans un mystère de pics et de sommets couverts de glaces. Le soleil, presque chaud, irradie l’ensemble, soulignant chaque détail avec une absolue netteté. Le paysage paraît briller de l’intérieur, habité de quelque âme sécrète. Il m’est presque venu l’envie de pleurer devant tant de beauté.

L’amant de Patagonie est un titre un peu mièvre pour ce livre, car pour Emily, Aneki était son mari pendant le temps qu’ils vécurent ensemble. Ce bref mais intense et tragique amour va la laisser marquée pour toujours.

L’AMANT DE PATAGONIE, Livre de Poche N°33032 2013 (IA 2012),  ISBN 978-2-253-17352-6

L’ombre au tableau d’Hélène Bonafous-Murat

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Hélène Bonafous-Murat est normalienne, agrégée d’anglais et écrivain français (Lesneven 1968), experte en estampes anciennes et modernes. Ses livres précédents ont été plusieurs fois primés, il faudra les lire car l’écriture est excellente et les sujets intéressants et documentés.

Son livre avancez masqués (2018) me l’a fait connaître et j’ai apprécié une écriture émaillée de connaissances sur le milieu de l’Art; le livre a été commenté ici en décembre 2018.

L’ombre au tableau (2009) a reçu le Prix François Mauriac 2010 (médaille de bronze) de l’Académie Française à un jeune auteur.

Dans la trame, nous avons deux histoires entrelacées. Une moderne et très pédestre, celle des frères Rataud fâchés et que tout oppose : Gérard, l’obèse morbide, malade et dépressif, terré dans son appartement et Gilbert, l’expert en Histoire de l’Art, beau et collectionneur de conquêtes féminines, reconnu dans son milieu. Les deux frères ne se sont pas vus depuis douze ans, depuis que Gilbert attribue la mort de leur mère à la nonchalance de Gérard…

L’autre histoire s’insère au XVII ème siècle, les années qui ont vu à Paris la réussite picturale des trois frères Le Nain qui en réalité étaient cinq. Le quatrième se serait voué à l’administration des biens de la famille, mais le cinquième, Isaac, a disparu de l’entourage familial sans laisser de traces. Et l’expert en Histoire de l’Art qui est Gilbert, découvrira un jour que ce frère, Isaac Le Nain, figure sur les tableaux d’Antoine, Louis et Mathieu Le Nain, mais comme une figure fantomatique…Alors il fait des recherches pour en retrouver la trace et expliquer pourquoi il avait disparu. En fait, après 13 années d’absence il reviendra au sein de la famille.

Douze années sans se côtoyer pour les frères Rataud et treize années pour les frères Le Nain. Deux histoires familiales tristes. C’est le pivot du livre de Madame Bonafous-Murat.

Le côté intéressant du livre, c’est l’évocation de la peinture des frères Le Nain car il persiste un mystère non élucidé jusqu’à nos jours : ils ne signaient pas leurs oeuvres individuellement, alors que les talents des trois frères étaient bien discriminés : ils signaient simplement Le Nain et sont connus comme les peintres de la paysannerie. Jacques Thuillier, grand expert de leur peinture dit que la clef de cette triple création pourrait nous échapper à jamais. C’est Champfleury, écrivain du XIX ème siècle qui va les tirer de l’oubli et louer leur attachement à leur sol natal : Laon.

Je me suis quelque peu ennuyée avec la lecture de ce livre et quelque peu perdue en lisant les notes prises pendant sa recherche par Gilbert Rataud car parfois c’est lui qui parle, parfois c’est Isaac Le Nain. Les flash backs incessants rendent cette lecture confuse par moments.

Et ceci m’a donné envie de revoir sur Internet leur peinture. La production fût colossale : on calcule environ 2000 peintures laissées par le trio dont seulement 75 toiles seraient reconnues actuellement. C’est une peinture extrêmement minutieuse, qui joue du clair obscur et qui restitue de vrais visages de ces gens du XVII. Ci-après un tableau représentatif pour se les rappeler:

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L’OMBRE AU TABLEAU, Le Passage 2009,  ISBN 978-2-84742-139-2

L’étrange univers du schizophrène de Sophie Chrizen

Résultat de recherche d'images pour "l'étrange univers du schizophrène" Sophie Chrizen est un nom d’emprunt, c’est un anagramme brillant avec le mot schizophrénie, un livre auto-biographique d’une auteure française (née à Cannes en 1977) dont la maladie mentale s’est révélée à 17 ans.

C’est un livre -témoignage fort intéressant- où l’auteure nous fait part de sa difficulté pour sortir du cadre stéréotypé de ce désordre psychique.

La schizophrénie, selon le psychiatre suisse Eugène Bleuler, évoque une séparation psychique entre pensées et émotions et la notion d’esprit divisé. C’est une maladie chronique multifactorielle et la plus répandue des psychoses de l’adulte; elle toucherait env. 1% de la population mondiale. Elle comporte des délires et des hallucinations (fausses croyances et perceptions), un repli affectif et social avec un comportement d’isolement.

Ce livre démontre à la perfection cette cassure de la personnalité aux limites insondables et peu clairs, ce qui rend l’appréciation difficile entre dérapage et normalité pour le non initié. Et il paraît évident que, pour le moment, les traitements chimiques proposés provoquent plus de perturbations que des moments de maitrise.

Puisque Sophie Chrizen a pu mener une vie normale jusqu’à l’âge de 17 ans, cela veut dire que le retour à la normalité du cerveau doit être possible. Il faut juste que la médecine avance  plus dans la connaissance de ce dérèglement. Pendant 20 années elle va lutter contre sa maladie, alternant les traitements et les internements.

Le récit du vécu vrai de Sophie alterne avec le vécu hallucinatoire, et par moments son compte-rendu est plein d’humour.

Un livre très intéressant et poignant à lire, instructif sur la maladie et doté de qualités humaines certaines.

L’ÉTRANGE UNIVERS, Les Chemins du Hasard 2018,  ISBN 979-10-97547-17-2