Archive | mars 2015

Suite Française d’Irène Némirovsky

Suite française

Irène Némirovsky est une romancière russe (Kiev 1903-Auschwitz 1942) d’origine ukrainienne-israélite mais de langue française; c’est le seul écrivain a avoir reçu le Prix Renaudot à titre posthume pour Suite Française.

Irène Némirovsky est arrivée en France avec ses parents  à l’âge de 16 ans, fuyant la révolution bolchevique en 1919; la famille s’est installé à Paris dans le XVIème arrondissement et Irène passa son Bac en 1919. En 1924 elle obtint un certificat à la Sorbonne en littérature comparée.

Elle se maria en 1926 avec un ingénieur russe immigré en France, devenu banquier, Michel Epstein avec qui elle aura deux filles, Denise en 1929 et Elisabeth en 1937.

Irène devint célèbre en 1929 avec la publication de son deuxième roman David Golder chez Grasset, adapté au cinéma en 1931 par Julien Duvivier. En 1930 son roman Le bal est aussi un gros succès et adapté au cinéma par Wilhem  Thiele; c’est le film qui lancera Danielle Darrieux comme vedette. Irène Némirovsky deviendra une égérie littéraire parisienne, amie de Tristant Bernard et d’Henri de Régnier.

En 1935 on lui refuse la nationalité française ; en 1939 elle se fait baptiser catholique avec toute sa famille, mais en 1941 elle doit fuir Paris. La famille s’installera à Issy-l’Évêque où Irène sera arrêtée en juillet 1942 et menée à Auschwitz où elle mourra un mois plus tard, probablement du typhus.

Ses  filles seront cachées à Bordeaux sous de faux noms dans des familles françaises ;  dans leurs valises se cacheront quelques manuscrits dont Suite Française, un livre qui réunit  deux romans sur un total de cinq prévus, autour de l’Exode et de l’Occupation allemande. Ce manuscrit fut découvert par ses filles vers 1990 et publié en 2004 aux Éditions Denoël; il sera récompensé la même année par le Prix Renaudot accordé pour la première fois à titre posthume.

 Suite Française réunit deux livres : Tempête en juin et Dolce. Les autres livres qu’elle n’a pas eu le temps d’écrire, mais pour lesquels elle a laissé des notes manuscrites auraient du s’intituler : Captivité, Batailles et La paix.

Irène Némirovsky a soulevé quelques polémiques par son attitude à dépeindre les Juifs sous des aspects négatifs relatifs à l’argent.

Suite Française est un livre admirable, écrit directement en français, qui décrit l’Exode puis l’Occupation allemande. Les descriptions sont détaillées et d’une grande richesse. Un tel texte  n’a pu être écrit que par quelqu’un qui a vécu ces évènements. J’avais lu le livre il y a des années,  probablement trop vite, comme souvent lorsqu’il s’agit d’une première lecture; c’est la sortie du film homonyme demain à Paris qui m’a donné envie de relire ce livre, un de mes livres préférés.

L’Exode parisien est raconté avec un luxe inouï de détails. l’écrivain pensait que décrire les gens riches et aisés était plus porteur que de décrire les autres. Ces gens ont pour la plupart décidé de partir en exode à la dernière minute comme si ce voyage, ils ne pouvaient pas  l’envisager, comme si à la dernière minute la situation allait pouvoir se renverser. Aussi il faut dire qu’ils voulaient avant tout « sauver leurs richesses et leurs biens ». Pour des gens plus modestes comme le ménage Michaud, ce fut le départ « sauve qui peut » avec un bagage minimum, puis le retour sur un Paris occupé car il n’y avait aucune place pour eux dans les transports. Le chaos,  le manque d’information ou carrément la désinformation, régnaient partout. Alors qu’il faisait un temps splendide en juin 1940, une chaleur accablante sur les routes, et que les nuits étaient admirables malgré un pays en déroute. Mais surtout, c’était LA PEUR qui régnait à tous les niveaux, c’était la panique généralisée, le sauve qui peut…

Les personnages sont remarquablement campés;  les Péricand, ces grands bourgeois, peuvent être accueillis presque partout car ils possèdent des domaines et des connaissances dans toute la France; l’écrivain Gabriel Corte si féru de sa personne, si engoncé dans son importance, ne pense qu’à sauver ses manuscrits; Charles Langelet ne pense qu’à sauver ses chères porcelaines; les Michaud qui travaillent à la Banque,  sont sommés de se présenter à Tours tel jour à telle heure sous peine de se voir congédier alors qu’ils ont leur fils unique Jean Marie, sur le front.

Dans ce premier livre, admirable, l’épisode qui m’a le plus retourné est celui où le fils Péricand qui était curé, conduit en province tous les enfants de l’orphelinat fondé par son grand père, afin de les mettre à l’abri. Et il se fait assassiner par quelques uns d’entr’eux parce qu’il les a surpris en train de voler dans le château qui les hébergeait pour la nuit…une scène d’une sauvagerie et d’une crudité insoutenable :  la race humaine peut s’avérer très vile.

Dans le deuxième livre, Dolce,  nous sommes à Bussy, une petite bourgade près de Dijon où l’occupation allemande restera trois mois. Nous avons la description des gens de Bussy, les nobles, les notables, les paysans. Chaque classe vit l’occupation de manière différente, mais toujours difficile, douloureuse. Les privations et confiscations sont à l’ordre du jour, les dénonciations aussi, de français à français et parfois pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la guerre: règlements de compte, jalousies, médisance, parfois du simple mensonge.

Dans les notes laissées par I. Némirovsky, on peut lire la chose suivante :le plus important ici et le plus intéressant est la chose suivante:les faits historiques doivent être effleurés, tandis que ce qui est approfondi, c’est la vie quotidienne, affective, et surtout la comédie que cela représente.

Dommage que l’écrivain n’ait pas pu aller jusqu’au bout de son oeuvre parce qu’elle nous aurait écrit encore des pages admirables sur cette partie de notre Histoire encore très sensible.

Suite Française est aussi un film franco-britannico-belge qui sort demain 1er avril 2015, basé sur la deuxième partie du livre (Dolce), dirigé par Saul Dibb; il a été filmé en grande partie en Belgique, mais une partie a été filmée dans la Meuse dans le village de Marville (région de Lorraine). Dès que j’aurais vu le film j’écrirai mon ressenti par rapport au livre dans ce billet.

J’ai vu le film et je l’ai aimé parce qu’il m’a maintenu en haleine jusqu’au bout, parce qu’il est très beau, parce que les acteurs sont superbes (avec Kristin Scott Thomas, une de mes actrices fétiches), parce que je reconnaissais au passage beaucoup d’éléments du livre, mais montrés de façon libre et dans le désordre. Mais ils ont fait, comme très souvent, ce qu’ils ont voulu avec le sujet du livre; n’écrit-on dans les génériques en général, d’après le livre de… ». Bon , c’est le cas.. Il y a foult changements , libertés d’avec le texte original. Le but de tout cela, je pense, est de rendre le film plus dramatique, plus accrocheur, plus hystérique, alors que ce qui étonne dans le texte de Némirovsky est son calme et son détachement, presque une distance voulue par rapport à des évènements qui avaient lieu sous son nez. De plus, à ce moment de l’écriture du livre, elle se savait perdue.  Ils n’ont pas respecté la description physique extraordinairement précise des personnages faite par l’écrivain. Ils ont rajouté du morbide aux situations pour mieux vendre le film, c’est clair. Ils ont centré le film sur l’histoire d’amour (de séduction plutôt?) entre l’Oberleutnant von Valk et la malheureuse épouse qui était Lucile Angellier, confite dans sa solitude et sa frustration d’un mariage sans amour.

De toutes les façons j’admets que me laisser satisfaite d’un film tiré d’un de mes livres préférés, était mission impossible.

Suite Française

SUITE FRANÇAISE, Éditions de la Seine 2006,  ISBN 2738221335

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Los días de la noche de Silvina Ocampo

Silvina-tomado-por-Bioy-Casares-en-Posadas-1959.jpgSilvina Ocampo fue una escritora argentina (Buenos Aires 1903-1993) que escribió esencialmente  cuentos y  poesía ( y algunas novelas que no habrían sido publicadas), pero también escribió  piezas teatrales e hizo traducciones. Es la menor de las seis hermanas Ocampo, entre ellas de Victoria, su hermana mayor, una conocida escritora y editora bonaerense. Silvina fue  esposa de Adolfo Bioy Casares, el gran amigo de Jorge Luis Borges. Se puede decir que entre su esposo, Borges y su hermana Victoria, Silvina se vió bastante apocada ; se decía de ella que era la más inteligente de las hermanas Ocampo. En su juventud estudió dibujo en Paris con Giorgio di Chirico y Fernand Léger y no dejó nunca de dibujar aunque no expuso sus obras.

Recibió dos veces el premio Nacional de Literatura y fue decorada en Francia con la orden de las Artes y las Letras en 1985.

Para ella la novela era un género menor además que no le gustaba escribir « largo »; en cambio el cuento era para ella primogenio, genético. La verdad es que el cuento es un género difícil, exigente.  Y sus cuentos no son fáciles porque aparece una niñez atormentada, juguetona, pero ansiosa con ironía, nostalgia, romanticismo y lirismo. Su humor es muy intelectual.

Le gusta oponer situaciones como sueño y realidad, infancia y vejez, personas y objetos, etc.

Su obra, publicada desde 1937, fue muy innovadora en el género fantástico y maravilloso con atmósferas inquietantes. Bioy y Borges decían que su prosa era construida conscientemente y que no tenía como finalidad imitar la realidad. Su prosa tiene algo de pictórico, de hiperestésico e hiperestético, es muy especial y brillante, yo diría apabullante de calidad.

Su narrativa describe espacios cerrados, tensiones entre los juegos de poder y de venganza, máscaras y engaños con el juego de las  apariencias y bastante erotismo. También bucea mucho en la niñez y se problematiza el género sexual como en su cuento « Las vestiduras peligrosas« ; sabe implicar la participación activa del lector.

Los días de la noche  que ella quiso intitular en un comienzo « Hombres animales enredaderas » reúne 29 cuentos, algunos bastante cortos y difíciles de resumir porque demasiado complejos, intelectuales, variados;  y con temas recurrentes como el de la niñez o el de la vejez. El único cuento que no me gustó  es Anamnesis porque no le entendí el mensaje, es el único relato escrito en verso. La calidad de la prosa es óptima, elegante, de gran clase. Me gustó mucho el relato Las vestiduras peligrosas que es su relato más erótico y original: el de una mujer que sueña con ser violada para lo cual se hace confeccionar unas tenidas por su modista, cada vez mas sugestivas hasta el desenlace final…También el cuento Amada en el amado conlleva mucha sensualidad : …a veces dos enamorados parecen uno solo; los perfiles forman una múltiple cara de frente, los cuerpos juntos con brazos y piernas suplementarios, una divinidad semejante a Siva, así eran ellos…se amaban con ternura, pasión, fidelidad. Trataban de estar siempre juntos y cuando tenían que separarse por cualquier motivo, durante ese tiempo tanto pensaban el uno en el otro que la separación era otra suerte de convivencia, más sutil, más sagaz, más ávida…

Hete aquí un enlace para ver (12 min) un video de/ con claves de lectura de Silvina Ocampo, lo recomiendo:

https://www.youtube.com/watch?v=jHymRhtiDFU

LOS DIAS DE LA NOCHE, Lumen Narrativa 2012,  ISBN 978-84-264-2070-1

Gravé dans le sable de Michel Bussi

Michel Bussi est un écrivain et politologue français (Louviers 1965), spécialiste de géographie électorale.

En janvier 2014 il a été classé  8ème écrivain français en nombre de livres vendus et en janvier 2015, selon le même classement, il serait le 5ème écrivain le plus vendu (plus de 800 000 exemplaires).  C’est l’écrivain français de polars  le plus lu ; la majorité de ses romans se passent en Normandie. Cet auteur a été plusieurs fois recompensé par des prix dans sa catégorie, certains de ses livres ont même reçu plusieurs prix !

Comme le dit Michel Bussi, Gravé dans le sable  (2007), est un livre qui a connu plusieurs vies. Trois pour être plus précis, la première, il a dormi dans un tiroir sous le titre de L’Ardoise, avant qu’un éditeur accepte de le publier. Lors de la deuxième, il a été rebaptisé Omaha  Crimes. Maintenant sous le titre de Gravé dans le sable il entame sa troisième vie, avec qui sait, peut être une quatrième vie sur grand écran…

C’est un copieux polar de presque 500 pages qui se lit bien parce que l’intrigue est très bien menée et très bien articulée; il y règne une bonne logique dans le déroulement des faits et l’intérêt du lecteur est maintenu en haleine jusqu’au bout du roman. En revanche, le style d’écriture ne m’a pas séduit particulièrement : trop colloquial, trop facile.

Le noeud de la fiction est une substitution d’identité entre rangers nord américains au moment du débarquement sur Omaha Beach en juin 1944.  Ces rangers sont parfois des gamins , débarqués de leur Amérique profonde, ils découvrent la France pour ceux qui resteront en vie. Quelques uns resteront en France mais ils seront jusqu’au bout des américains pur sang, nous observant d’un oeil critique et nous voyant comme des êtres hauts en couleur très proches de la caricature qu’ils se font de nous. Cette histoire de substitution d’identité m’a rappelé le roman du britannique Robert Goddard Par un matin d’automne où il y a aussi une substitution d’identité, mais cette fois, dans le cadre de la Grande Guerre.

Cette substitution d’identité va nous entraîner dans une succession d’aventures entre les USA et la Normandie avec des personnages hauts en couleur qui vont loin dans leurs agissements,  n’hésitant devant rien .

Grâce à Sylvie L. et son prêt, je connais maintenant Michel Bussi, un auteur que je vais croiser plus d’une fois avec mes échanges autour d’auteurs de polars, un genre qui me plaît assez lorsque c’est bien écrit et que l’intrigue est palpitante; c’est un genre que j’apprécie pour me détendre. Je comprends l’engouement massif des lecteurs pour cet auteur.

GRAVÉ DANS LE SABLE, Presses de la Cité 2014,  ISBN 978-2-258-11308-4

El alienista de Joaquim Machado de Assis

Joaquim María Machado de Assis fue un escritor brasileño : poeta, dramaturgo, novelista y gran cuentista (Rio de Janeiro 1839-1908), fundador de la Academia brasileña de Letras.

Sus primeros escritos eran de inspiración romántica, luego comenzó un período realista con trazas de fantasía y de fantástico y también de naturalismo. El humor es omnipresente como una forma de ironía discreta o de un cómico absurdo como en « El alienista ». El escritor es un observador crítico, incluso cínico de la naturaleza humana, presentando la vida social como un juego feroz donde los ambiciosos aplastan a los débiles. Machado posee la facultad de jugar con el lector haciéndole guiños e involucrándolo en la ficción.

Supe de este escritor, más citado que leído, poco conocido y poco divulgado por el escritor chileno Jorge Edwards que lo cita a menudo; se entiende  porque he descubierto con esta lectura que el estilo de Jorge Edwards tiene algo del estilo de Machado de Assis : ese humor burlón y finamente irónico que lo hace distanciarse de la narración;  un rasgo literario que me gusta mucho.

El cuento « El alienista » fue escrito en 1881 y es una de sus obras mas conocidas junto a la que se considera su obra maestra, la novela Dom Casmurro de 1899. El cuento « El alienista » me ha gustado muchísimo por la modernidad del estilo y del contenido, por el humor con un dejo de amargura y por su gusto del silogismo (como en la prosa de Gabriel García Márquez o José Luis Borges). Machado de Assis escribe este cuento en un momento decisivo de la historia de la locura y en un momento en que la historia de la medicina hace un giro con la aparición de un nuevo tipo de médico, el alienista,  con unas nuevas medidas de aislamiento de los enfermos mentales en estructuras inéditas hasta entonces : los asilos. El escritor aborda ideas contemporáneas sirviéndose de la ironía y de la parodia ( como en la novela Mi tío Atahualpa del ecuatoriano Paulo Carvalho Neto).

El cuento está articulado en 13 capítulos y se sitúa en la pequeña ciudad de Itaguaí de un Brasil colonial durante el largo reino del último emperador brasileño Dom Pedro II (1848-1889) y los comienzos de la república. La ficción narra la llegada al pueblo del eminente doctor Simón Bacamarte (Bacamarte en portugués quiere decir individuo inútil) quien vuelve a Brasil después de brillantes estudios europeos (Coimbra y Padua), lejos de una cierta realidad local. El doctor  introduce en Itaguaí la idea de crear una casa de orates. Una idea francamente revolucionaria porque en el siglo XIX las enfermedades mentales se curaban en casa con los enfermos agresivos y los enfermos « mansos » deambulaban libremente (…la idea de meter a todos los locos en una misma casa, viviendo en común, les pareció, en si misma, un síntoma de demencia, y no faltó quien se lo insinuara a la propia esposa del médico…). La idea del doctor Bacamarte no es tanto de sanar los locos como de estudiar la locura y clasificar los diferentes casos para llegar a la causa del fenómeno y al remedio universal (estamos en el siglo XIX, período de los grandes sistemas de clasificación, Bacamarte es un contemporáneo de Charcot, obseso con la idea de « entender » la enfermedad mental y las enfermedades en general).  Durante este período  el rol del médico  entra en competición con el rol del sacerdote en la sociedad : el discurso médico se introduce en el vacío dejado por el discurso religioso…

« El alienista » no es un relato sobre la locura, sino el relato de la angustia de un hombre confrontado a un mundo sin líneas bien marcadas entre los individuos, con  un miedo abisal ante la imposibilidad de definirse correctamente como ser humano.

El cuento empieza como una fábula… »cuentan las crónicas de la villa de Itaguaí…donde el  doctor Bacamarte abre su clínica de enfermedades mentales, la Casa Verde,  y empieza a llenar la clínica con los 4/5 de la población ! Es un éxito total. Hasta su esposa es internada porque padece de « manía suntuosa », con su afición a las joyas.  Los « locos » del doctor presentan signos de manías que ponen en evidencia la falta de imaginación del  doctor ; las manías atañen a lo divino, a la astronomía, al amor, etc, todos son dominios codificados y extraños para Simón Bacamarte quien es hermético a la poesía y a lo grandioso. Este doctor vive ensimismado en sus libros, de preferencia de la Antigüedad (Averroès), que consulta en permanencia (…como gran arabista que era, recordó que Mahoma, en el Corán, considera venerables a los locos, ya que Alá les había privado de la razón para evitar que pecaran. La idea le pareció hermosa y profunda, y la hizo grabar en el frontispicio de la Casa Verde, pero como desconfiaba del vicario, y por extensión del obispo, atribuyó la sentencia a Benedicto VIII, mereciéndose por este engaño, piadoso por otra parte, que el padre Lopes le contara, durante el almuerzo, la vida de aquel eminente pontífice) . Y en poco tiempo se va a erigir en demiurgo y organizar la Casa Verde como su propio universo a escala reducida  dicéndole al padre Lopes (el sacerdote de Itaguaí) que « la Casa Verde es un mundo donde hay un gobierno temporal y un gobierno espiritual« . En realidad el doctor Bacamarte reina sobre Itaguaí mas allá de las fronteras de la Casa Verde porque conoce las pasiones y los caprichos de todos. Pero  el despotismo científico del doctor se dobla de un afán de lucro porque la gente no es tratada gratuitamente ( en aquella época en Brasil existían los esclavos por lo que el personal no era un problema).

La gran farsa del cuento es cuando el barbero Porfirio Soares fomenta la revolución de los canjicas (pastelería brasileña) para acceder al poder dándole al Ayuntamiento el nombre de Palacio de Gobierno y para él, el título de Majestad. Entonces el doctor  decide internar a todas las personas sensatas de la ciudad ! porque Simón Bacamarte encontró en si mismo las características del perfecto desequilibrio mental y moral; le pareció que poseía la sagacidad, la paciencia, la perseverancia, la tolerancia, la veracidad, el vigor moral, la lealtad, todas las cualidades, en suma, que pueden conformar un perfecto mentecato.  El alienista es la viva demostración de la poca resistencia que encuentran estas cualidades morales frente a la atracción del poder y de la gloria. Esta revolución muestra dos cosas : el inmenso poder moral de la ilusión y la inconstancia (o la mezquindad) de la gente.

El alienista va a revisar su teoría y va a concluir que el desequilibrio de las facultades mentales es « normal » y ejemplar y que todos los casos de equilibrio constante serán considerados como probables patologías. Va a liberar a los internados y restituir a la comuna las sumas de dinero percibidas por el tratamiento. Su conclusión es que la locura se encuentra en una minoría de gente equilibrada, es decir, virtuosa. En cambio, la razón se encuentra en la mayoría de gente desequilibrada, llena de defectos. Y que en Itaguaí no existe ningún loco y que solo él tiene todos los atributos de la locura, él es el « completo mentecato » y que  su fracaso a encontrar la verdad científica equivale al fracaso de la ciencia.

La situación de fracaso al final del cuento está en oposición con la situación de éxito rotundo de la Casa Verde al principio del relato. Aquí toma todo el valor el nombre del doctor, Bacamarte o individuo inútil en portugués, estamos ante la total inutilidad de su experiencia científica.

¿Quién es loco? ¿Quién no es loco? ¿ Cual es el punto de ruptura entre los dos ?   Una respuesta lacaniana sería  « todos son locos ». La « locura cuerda » del doctor Bacamarte nos revela la fragilidad de las apariencias y de los lazos sociales.

Un cuento brillante, moderno, filosófico, escrito en una prosa llena de ironía y con un gran desapego entre el narrador y el lector, con guiños constantes entre los dos. Se le reconoce una analogía con el estilo del británico Lawrence Sterne del siglo XVIII (Tristram Shandy) .Con razón el escritor chileno tiene a este autor en gran estima, se reconoce cierta inspiración en él y es probable que de allí le venga ese estilo tan finamente burlón. Dice el argentino Cesar Aira que Machado de Assis podría ser el novelista más importante de su siglo, cuya compañía ideal habría sido la de Flaubert y de Henry James.

He quedado con muchas ganas de leer la que se considera como su obra maestra,  Dom Casmurro así como el libro que escribió Jorge Edwards sobre este fantástico escritor (Machado de Assis,  2002).

EL ALIENISTA, Eneida Colección « Confabulaciones » 2009,  ISBN 978-84-92491-12-4

Une éducation catholique de Catherine Cusset

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 Catherine Cusset est un écrivain français (Paris 1963) ; elle est normalienne agrégée de lettres classiques avec une thèse sur le marquis de Sade. Elle a enseigné plus de 10 années à Yale la littérature française du XVII-ème siècle pour finalement abandonner sa carrière universitaire et se consacrer à l’écriture à plein temps. Elle vit aux EEUU.

Son plus grand succès de librairie,  a été Un brillant avenir de 2008 qui reçut le prix  Goncourt des lycéens. J’ai publié un billet en août 2014 sur son livre de 1999 Le problème avec Jane, qui fut le premier livre de Catherine Cusset à être reconnu comme un succès de librairie; un livre qui m’avait été chaudement recommandé: je l’ai aimé partiellement et il m’a  partiellement déplu par son côté voyeur et nombriliste.

Une éducation catholique de 2014 est aussi un livre très nombriliste, quelque peu impudique,  où le titre est trompeur parce que l’éducation catholique est ici abordée très tangentiellement, n’ayant aucun rapport avec les révélations apportées par le texte.

Catherine Cusset nous décrit par le menu l’enfance de Marie, un petite fille pleurnicharde et tranquille en apparence qui évolue  entre un père catho pratiquant, une mère athée et névrosée et une sœur aînée à l’opposé d’elle même. Marie est assez douée à l’école, surtout en français, mais elle est aussi très douée pour les transgressions et les affaires compliquées voire malsaines. Bien sûr, elle connaîtra quelques déviances de la pré- adolescence avec une période de rapines frôlant la cleptomanie car n’ayant aucun besoin matériel, elle éprouve le besoin de se faire remarquer et de transgresser.

Puis, Marie devenue plus âgée va connaître ses premiers émois physiques qui seront saphiques ensuite elle aura une vie sexuelle assez mouvementée et compliquée ; elle  passera d’un amant à un autre éprouvant le besoin de beaucoup parler, et aussi de faire souffrir ses amants en se faisant souffrir elle même; elle ne dissocie pas l’amour de la souffrance, comme si , sans le savoir, elle avait sublimé amour avec souffrance en bonne chrétienne.

Je n’ai pas trouvé ce livre intéressant; je l’ai trouvé nombriliste et plutôt antipathique. Quel intérêt à lire les turpitudes de cette ex-petite nounouche devenue tordue et accro aux situations compliquées? C’est peut être un univers féminin à découvrir pour les hommes…

On peut imaginer  que ce livre ait servi d’analyse psychologique à l’écrivain;  je soupçonne que dans ce texte il y a une psychanalyse de l’auteur sur elle-même, par texte interposé.

UNE ÉDUCATION CATHOLIQUE, Gallimard 2014,  ISBN 978-2-07-014642-0

Las huellas del equilibrista de Antonio Fernández Molina

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Antonio Fernández Molina fue un poeta, narrador, ensayista, aforista, traductor, dramaturgo, crítico de arte y artista plástico español (Alcázar de San Juan 1929-Zaragoza 2005). Su novela más conocida es El león recién salido de la peluquería (1971).

Se le vincula al postismo, un movimiento marginal que nació en Madrid en 1945 y cuyo nombre proviene de la contracción de postsurrealismo y que quiso significar « el ismo que viene de todos los ismos » o la síntesis de todas las vanguardias literarias precedentes. Es el único movimiento español que asumió las vanguardias europeas tras la Guerra Civil y donde figuraron nombres conocidos del ámbito artístico-literario. El movimiento estuvo vigente hasta 1950 con un declive debido a la incomprensión literaria y la cerrazón ideológica. Las influencias más notables del postismo vienen del dadaísmo francés, del cual surgió el surrealismo, pero los postistas consideran su movimiento como « una locura controlada » frente a la « escritura automática » surrealista.

Tomé este libro de la Biblioteca Cervantes porque eran textos cortos y los microrrelatos me seducen por la necesaria síntesis del pensamiento del autor con un mensaje claro e hipersintético donde reina el lítotes.Y me gusta sacar provecho de mis lecturas : en conocimientos,  en emociones diversas. Pero con la lectura de este libro no saqué nada, no aprendí nada, no me distraje, no me quedó nada después de la lectura y lo terminé por respeto. La larga introducción, de parte del Señor Calvo Carilla (¿un amigo?) fue releída una segunda vez tras terminar el libro,  lo que arroja cierta comprensión al texto surrealista, (¿postista ?), a veces poético, pero totalmente tirado por los pelos para mi.

Escribe José Luis Calvo Carilla en su introito que ese niño sabio que fue Fernández Molina, supo crear una obra original propinando de paso una pedorreta y un travieso pasagonzalo a la tradición canónica e institucional de la literatura y del arte.  El hombre de letras habría sacrificado su vida en aras de la sublimidad y de la exquisitez del ideal poético… Con todo, la vocación de escritor de microrrelatos fue la mas temprana y la que cultivó con asiduidad, llevado por sus convicciones de considerarlo el género más próximo a la aventura lírica en la que se hallaba embarcado. Fernández Molina debe mucho a Kafka, Borges, Cortázar y Gómez de la Serna. Los cimientos del mundo fernandezmoliniano se sustentan en toda la historia de la pintura y el cine contemporáneos, los cuales contribuyen a configurar unos espacios narrativos y unas metamorfosis en quien se considera como « un pintor que escribe ». Pero ante todo, Fernández Molina es un poeta que escribe relatos porque un lirismo inunda el universo narrado y crea un halo de magia que hace posible una mirada insólita sobre la realidad. Es redundante señalar que la narrativa del  escritor ciudadrealeño se aparta voluntariamente de cualquier convención realista. Vamos con un ejemplo.

CÓMO AMAESTRAR, DISTRAER, CONVENCER A UNA SARDINA

La idea de que las sardinas son irresponsables es falsa. Las sardinas son susceptibles de recibir una educación.

Cójase una sardina y colóquesela desnuda en una palangana, cuidando antes de poner sal en el agua. Después se la puede amaestrar con mucha paciencia.Váyanse anotando los progresos cada siete horas, no se cambie de educador ni se la deje abandonada durante más de setenta y cinco minutos. Cuando la sardina retrocede en sus progresos es muy difícil hacerla avanzar.

Al mismo tiempo hay que evitar que la sardina se aburra, darle el clima apropiado y cuidar de que asista a espectáculos que la reconforten.

Convencer a una sardina se la convence con facilidad. Basta encontrar a la persona adecuada. Nace una cada ciento siete años. Usted pone un anuncio y espera la contestación.

(Vaya chifladura ! Léase al segundo grado so pena de sentirse objeto de una tomadura de pelo ! Prefiero los microrrelatos del argentino Andrés Neuman).

LAS HUELLAS DEL EQUILIBRISTA, Menoscuarto 2005,  ISBN 84-933823-9-6

Le Tour du doigt de Jean Anglade

Capture d’écran 2015-03-09 à 11.29.54Jean Anglade est un écrivain français (Puy de Dôme 1915) très prolifique (une centaine de publications !), avec plusieurs casquettes: romancier, biographe, historien, essayiste, humoriste, traducteur de l’italien, poète et scénariste. Il a intégré l’École Normale d’instituteurs de Clermont Ferrand et poursuivi en autodidacte des études pour devenir professeur de lettres en 1944. Il deviendra ensuite agrégé d’italien en 1947.
On le connait comme « le Pagnol auvergnat » et aussi comme « le patriarche des lettres auvergnates »; c’est une référence littéraire en Auvergne, comme notamment Alexandre Vialatte, Henri Pourrat, Lucien Gachon, Aimé Coulaudon, Marie-Aimée Méraville, Jean-Émile Bénech et Pierre Moussaire.

Sa littérature est une littérature de terroir, avec des romans savoureux et hauts en couleur, faits d’ un mélange d’humour et de bon sens paysan, de malice et de franchise crue; en fait, ses livres sont de véritables documentaires sur l’Auvergne bien que le romancier dise « ma véritable région, ce n’est pas l’Auvergne, c’est l’Homme ». Et il a bien raison car cette lecture  m’a permis de découvrir un écrivain qui dégage une profonde connaissance de l’âme humaine.

Le Tour du doigt date de 1977 et sa lecture m’a été proposée dans le cadre de « masse critique » de Babelio, le réseau de lecteurs. C’est la première fois que je suis sollicitée dans ce cadre; je remercie ici Presses de la Cité et Babelio de  la confiance accordée.

J’ai beaucoup aimé ce livre. Il est écrit de façon claire et agréable bien qu’il raconte des faits archi ressassés par la littérature; il retient  notre attention par le sujet,  par la qualité de l’écriture avec des passages très cocasses.

Le cadre est l’Auvergne profonde (près de Thiers) en 1913 où le protagoniste, Jules Vendange, fils de paysans intègre l’École normale d’instituteurs à Clermont Ferrand, ce qui constitue déjà un bel exploit . La Grande Guerre arrivant, Jules Vendange est propulsé en 1915 à l’âge de 17 ans, comme maître remplaçant pour assurer une classe comportant 48 élèves,  certains  aussi jeunes que lui !

Ces élèves normaliens n’avaient pas droit au titre « d’étudiants », réservé aux universitaires en licence ou doctorat. Les élèves instituteurs sont considérés comme des créatures hybrides, ni chair ni poisson, à peine nommables :élèves-maîtres, chiens, ex, chapeaux, canaques, normaliens, normalos, normaliches…

Jean Vendange avait une grande particularité : il n’aimait pas le fromage ! Voici ce que J. Anglade écrit :on peut chez nous ne pas aimer la politique, la lecture, le poisson, ne pas aimer les curés, les médecins, les gendarmes, les rats-de-cave, rien de tout cela ne tire à conséquence, mais ne pas aimer le fromage, c’est faire insulte à un héritage millénaire de la province, à une de ses gloires et de ses raisons de vivre.

Le rappel aux armes arrive en septembre 1916 et il part se battre sur le Chemin des Dames où il perdra une jambe en juillet 1917, ainsi que beaucoup d’amis et de connaissances dans cette guerre  des tranchées si atroce. Dans le roman la description de la guerre est excellente, très imagée, donnant l’impression de visionner un film, sans pathos ni digressions inutiles. Puis en 1919, quand la guerre contre la Bochie s’est terminée, que le conflit s’est éteint, les auvergnats rescapés comme Jules Vendange peuvent se promener bras dessus bras dessous avec l’ennemi car ils n’ont rien contre le Boche à condition qu’il soit estropié. Kaiser kaputt !

Puis c’est le retour au pays, la reprise des études, le ratage du béhesse (Brevet Supérieur), le début dans la vie active dans des conditions pour le moins très difficiles, l’arrivée de l’amour et le temps qui passe, si véloce, la découverte du don de rebouteux.( Quand je me retourne pour revoir le chemin parcouru, toutes ces années me semblent aussi lointaines que les Croisades. Et cependant, chacune m’apportait sa charretée de peines et sa brassée de plaisirs, les uns et les autres se sont fanés, quand j’ouvre le vieil herbier de ma mémoire il n’en tombe qu’un peu de poudre).

A la fin du livre nous avons l’explication pour « le Tour du doigt »: des hommes nous n’avons plus rien à espérer. Du ciel, nous attendons seulement un départ en douceur quand nous en aurons terminé avec notre tour du doigt.

LE TOUR DU DOIGT, Presses de le Cité 2015 (Julliard 1977),  ISBN 978-2-258-11598-9