Archives

L’amour fou d’André Breton

Afficher l’image source André Breton fut un écrivain et poète français (Tinchebray(Orne) 1896-Paris 1966), le principal théoricien et fondateur du surréalisme.

Le surréalisme, ce mouvement artistique du XXè qui utilisa toutes les forces psychiques libérées du contrôle de la raison et qui luttent contre les valeurs reçues. André Breton fut le seul artiste avec Benjamin Péret à avoir appartenu toute sa vie au mouvement.

La littérature du surréalisme est particulière car c’est une écriture automatique qui cherche à échapper aux contraintes de la logique laissant s’exprimer la voix intérieure inconsciente. On écrit ce qui vient à l’esprit sans s’occuper du sens. L’objet est de déconnecter l’esprit, c’est une écriture sexualisée parce que l’acte sexuel libère nos pulsions. C’est en 1934 que se confirme l’audience internationale du surréalisme.

L’Amour fou  a été écrit entre 1934-36 et publié en 1937; tout de suite après sa rencontre avec Jacqueline Lamba le 29 mai 1934. Ce tome vient conclure une trilogie débutée avec Nadja (1928) puis Les vases communicants (1932). L’Amour fou relate des expériences vécues après sa rencontre avec Jacqueline Lamba, personnage principal et muse absolue du livre, sa deuxième épouse, qu’il épousa 3 mois après leur rencontre. Une femme très belle et talentueuse (peintre, décoratrice) surnommée « Quatorze-Juillet » par sa personnalité marquée.

L’Amour fou est un livre d’à peine 175 pages dans cette édition de poche, mais richement illustré avec des photos d’artistes de premier plan comme Man Ray, Brassaï, Dora Maar, etc. Ce fut une lecture ardue, difficile à suivre, mais à ressentir. Sauf le dernier chapitre du livre, celui dédié à la fille qu’il eut avec Jacqueline Lamba, née en 1935.

On ne peut pas résumer un tel ouvrage pour les raisons invoquées dans le troisième paragraphe. Cette lecture nécessite concentration, mais même ainsi il ne reste rien après lecture, rien que la logique cartésienne puisse analyser ni décortiquer.

Regardons de près le texte, chapitre III: C’est à la récréation de cet état particulier de l’esprit que le surréalisme a toujours aspiré, dédaignant en dernière analyse la proie et l’ombre pour ce qui n’est déjà plus l’ombre et n’est pas encore la proie: l’ombre et la proie fondues dans un éclair unique. Il s’agit de ne pas, derrière soi, laisser s’embroussailler les chemins du désir. Rien n’en garde moins, dans l’art, dans les sciences, que cette volonté d’applications, de butin, de récolte.

C’est sur le modèle de l’observation médicale que le surréalisme a toujours proposé que la relation en fût entreprise. Pas un incident ne peut être omis, pas même un nom ne peut être modifié sans que rentre aussitôt l’arbitraire. La mise en évidence de l’irrationalité immédiate, confondante, de certains événements nécessite la stricte authenticité du document humain qui les enregistre.

Seule l’adaptation plus ou moins résignée aux conditions sociales actuelles est de nature à faire admettre que la fantasmagorie de l’amour est uniquement fonction du manque de connaissance où l’on est de l’être aimé, je veux dire passe pour prendre fin de l’instant où cet être ne se dérobe plus. Cette croyance à la désertion rapide, en pareil cas, de l’esprit, en tout ce qui regarde l’exercice de ses facultés les plus exaltantes et les plus rares, ne peut naturellement être mise au compte que d’un reliquat le plus souvent atavique d’éducation religieuse, qui veille à ce que l’être humain soit toujours prêt à différer la possession de la vérité et du bonheur, à reporter toute velléité d’accomplissement intégral de ses désirs dans un « au-delà » fallacieux qui, à plus ample informé, s’avère, comme on l’a fort bien dit, n’être d’ailleurs qu’un « en-deçà ».

L’insolite est inséparable de l’amour, il préside à sa révélation aussi bien en ce qu’elle a d’individuel que de collectif. Le sexe de l’homme et celui de la femme ne sont aimantés l’un vers l’autre que moyennant l’introduction entre eux d’une trame d’incertitudes sans cesse renaissantes, vrai lâcher d’oiseaux-mouches qui seraient allés se faire lisser les plumes jusqu’en enfer.

Prose incandescente, assez absconse, née d’un intense prurit cérébral.

Résultat de recherche d'images pour "jacqueline lamba"

Jacqueline Lamba la muse de l’Amour fou

L’AMOUR FOU, Folio N° 723, 1997 (AB 1937),  ISBN 2-07-036723-1

Petit manuel du parfait aventurier de Pierre Mac Orlan

Résultat de recherche d'images pour "pierre mac orlan" Pierre Mac Orlan est le nom de plume de Pierre Dumarchey, un écrivain, journaliste et reporter français (Péronne 1882-St Cyr s/Morin 1970) à l’origine d’une très vaste production littéraire. Ce fût un écrivain en marge des courants littéraires et qui sut employer une langue peu conformiste, vivante, sensuelle.

Petit manuel du parfait aventurier (1920) est un essai, un petit bréviaire de 76 pages plein d’humour et de paradoxes destiné aux sédentaires qui brûlent de vivre la « grande aventure » sans risquer un pied au dehors; à mettre entre les mains de tout baroudeur en herbe.

Il semblerait que Mac Orlan se soit inspiré pour ce petit livre de l’irlandais Jonathan Swift et de son  Instructions  aux Domestiques (1745).

Le livre fait état de la différence entre un aventurier « actif » qui vit ses aventures et mésaventures et l’aventurier « passif » qui se gave des compte-rendus de l’actif, vivant l’aventure par procuration.

Je dois dire que je n’ai pas « mordu » à cette lecture, même au deuxième degré. J’ai trouvé qu’elle frôle l’absurde par moments, presque le surréalisme bien que Mac Orlan ne se soit pas du tout affilié au mouvement, mais c’était dans l’air du temps. Je suis passée à côté.

Bernard Baritaud a publié un livre référence sur Mac Orlan. Il s’agit de Pierre Mac Orlan. Sa vie, son temps (1992). Dans cet ouvrage on peut lire que Pierre Mac Orlan fût connu pour son goût du paradoxe et sa manière de l’exprimer. Et qu’il préférait la peinture à la poésie, parce que un tableau peut servir à « cacher un tour de poêle » alors qu’un sonnet ne se vend jamais. Il assurait que les perdreaux devraient être plus hauts sur pattes parce qu’il pleuvait depuis 6 mois; que tout cultivateur rêve de converser longuement et sérieusement avec un de ses navets, etc…

AUTRES CITATIONS:

Les livres d’aventures sont dangereux. Je fais exception pour les livres de Jules Verne, qui, totalement dépourvus d’art et de sensibilité, ne peuvent séduire que des apprentis botanistes.

L’aventure n’existe pas. Elle est dans l’esprit de celui qui la poursuit, et dès qu’il peut la toucher du doigt, elle s’évanouit pour renaître bien plus loin, sous une autre forme, aux limites de l’imagination.

Un homme quel qu’il soit, ayant toujours suivi l’impulsion de ses instincts, ne peut connaître les remords. Le cannibale ne peut concevoir un doute sur le régime alimentaire qu’il a suivi toute son existence.

PETIT MANUEL, Éditions Sillage 2009, (PMcO 1920),  ISBN 978-2-916-266-50-3

Sur Proust de Pierre Klossowski

Résultat de recherche d'images pour "pierre klossowski sur proust"Pierre Klossowski fût un romancier, essayiste, philosophe, traducteur, scénariste et peintre français (Paris 1905-2001).

Sur Proust est un court texte (40 pages) autour de notes de lecture par Monsieur Klossowski sur le divin Marcel, à l’occasion de la préparation du film « Proust et les sens » dont le scénario fût écrit par Michel Butor et Pierre Favart, un film diffusé en 1972.

La sérieuse formation religieuse de Klossowski l’a amené à penser que le processus d’écriture  proustien consiste en la préparation d’un état extatique né de la dissolution de tous les êtres, donnant ainsi une vision occidentale du bouddhisme.

Ici, l’interprétation très personnelle de l’oeuvre de Proust me dépasse quelque peu et me laisse sans opinion.

Dans la préface de Luc Lagarde du livre, je lis…chaque lecture, passée comme à venir, l’atteste à sa manière. Parce que Proust est un homme sans confession, que ses paradis sont multiples et qu’il trouve ainsi le vecteur de destinées profitant à chacun. C’est la roue du temps qui en donne les clefs.

Ayant lu Proust et avec difficulté (une difficulté « délicieuse » dirait Michel Butor) et jusqu’au bout, avec des allers-retours incessants au fil des pages, car je perdais par moments l’enchaînement du récit…Que recherchais-je dans cette lecture? Un challenge, c’est sûr, la possibilité d’aller jusqu’au bout d’un texte assez rébarbatif par son côté répétitif, hypnotique, et aussi la possibilité d’en garder quelque chose après. Qu’ai-je gardé ? Une sensation de beauté incantatoire de la langue française, des images fantomatiques traversant un temps non défini, intemporelles. Un texte lu comme un flux de conscience, dense, riche, insondable.

Et je voudrais en rester là.

La leçon de Marcel Proust par Michel Butor, avec simplicité et une diction fabuleuse:

SUR PROUST, Serge Safran Éditeur 2019,  ISBN 979-10-97594-19-0

Canon (Cenizas y diamantes de la narrativa chilena) de Camilo Marks

Résultat de recherche d'images pour "camilo marks" Camilo Marks es un abogado, académico, escritor y crítico literario chileno (Santiago 1948). La grafía original de su apellido emana del francés Marcques, pronunciado Marks en español.

Canon (2010) es un libro que me ha encantado porque habla de lo que me fascina : los libros. Son críticas literarias desde autores decimonónicos hasta autores modernos. Y Marks entra en la polémica dando su opinión personal autorizada, teniendo en cuenta todo lo que ha leído. Gracias a este libro he podido medir hasta donde conozco en materia de literatura chilena y todo  lo que me queda por leer, que no es poco. Desde ya hice una lista de lecturas que iluminarán los tiempos venideros.

El Señor Marks da una opinión subjetiva sobre sus planteamientos y sus lecturas, lo que es normal. Es un temido y respetado crítico literario, una autoridad en la materia.  No siempre he concordado con sus aseveraciones, pero si en gran mayoría; sus puntos de vista están casi siempre desarrollados y se pueden entender. Me llamó la atención que no citara entre los modernos a Alejandro Zambra a quien reconozco dones innovadores con su prosa telegráfica y precisa, con una temática bien personal y algo diferente en el paisaje chileno.

La larga y estrecha faja de tierra que se llama Chile ha entrado en la globalización en materia de publicaciones literarias;  leí en este libro que las hay en demasía. Bueno, aquí en Europa es la inflación permanente ya que se estiman (Francia) +/-  casi 800 publicaciones cada otoño, que es la fecha de los premios literarios que son muchos. Más los libros que se publican fuera de los corsos para los premios literarios, o sea, libros que no están destinados a la competición pero que son numerosos también.  A esto se le llama plétora. Aquí la gente lee aunque se dice que cada vez menos porque no hay tiempo; hay que tener en cuenta que comparativamente en Europa el costo de los libros está al alcance de muchos, sin contar que al cabo de 1- 2 años son publicados en ediciones de bolsillo; mucho más asequibles y que hay bibliotecas por todas partes (estoy inscrita en tres).

Me encantó que el autor destacara con un capítulo especial a dos autoras chilenas que tengo por sobresalientes : María Luisa Bombal y Marta Brunet, dos coetáneas.

La Bombal deslumbra por lo moderna, lo intemporal de su obra. No hay que olvidar que vivió los « años locos » en Paris, que convivió con los surrealistas y una frenesía cultural y social única. La desgraciadamente escasa obra de la Bombal está impregnada de surrealismo. Tal como lo escribe Marks, los cortos libros de María Luisa se prestan a varias lecturas por los variados niveles de análisis posibles.

La obra de Marta Brunet es también descollante. Una prosa perfecta, rica, precisa y personajes ahondados a la perfección. Solo le he leído un libro que me dejó impresionada (Humo hacia el Sur de 1946), pero espero poder leer más.

El autor consagra un capítulo exclusivo al « niño terrible » de las letras chilenas, Roberto Bolaño. Es verdad que es un escritor terriblemente metaliterario que leyó a destajo y lo hizo saber en su literatura, lo que lo diferencia en años luz, de sus colegas chilenos. Y como dice Marks, el niño Bolaño no se consideraba muy chileno en su pedigree de escritor, por un lado porque vivió fuera de Chile mucho tiempo y por otro porque estimaba que los colegas llevaban un handicap en lecturas universales.

Un libro interesante, prolijo, para releer y meditar y comparar a medida que se vayan conociendo los autores y las publicaciones.

CANON, Debate 2010,  ISBN 978-956-8410-37-7

La otra casa de Jorge Edwards

Résultat de recherche d'images pour "jorge edwards"

Jorge Edwards Valdés es un gran escritor chileno (Santiago 1931) con estudios de leyes y de Filosofía en Princeton, siguiendo después la carrera diplomática que culminó con el puesto de Embajador de Chile en Paris. Ha recibido numerosos premios siendo el Cervantes 1999 el más prestigioso. Hace parte de la Generación del 50 chilena, aunque él se considera algo marginal a este movimiento. Actualmente reside en Madrid.

He comentado en este blog gran parte de su bibliografía (13 libros, catorce con éste) porque es un escritor que me gusta como escribe. No todos los libros me  han gustado de la misma manera, sino que he sentido una neta preferencia por algunos títulos.

La otra casa (Ensayos sobre escritores chilenos),  es un libro algo aparte puesto que reúne crónicas de Edwards sobre otros escritores, un sujeto deleitoso para  la rata de biblioteca que soy. El libro fue editado por la Universidad Diego Portales en 2006 y concierne muchos literatos, entre prosistas y poetas.

Los artículos de Edwards son muy interesantes porque al mismo tiempo que cita  notas biográficas, cita y analiza la obra y da opiniones sobre el autor y su contexto. Hace pasarelas entre el autor y otros temas, lo que enriquece. Vale decir que Jorge Edwards conoció a muchos y que frecuentó a no pocos lo que agrega una nota intimista al relato. El estilo es muy « edwardesco », muy correcto, con algunos pinchazos de lo más elegantes. Nadie sale mal parado, ni siquiera el « niño Bolaño » que ya ha ascendido a las esferas de santo-mártir de las letras, que no chilenas, sino internacionales…(Chile le quedó chico al niño Bolaño).

Las crónicas sabrosas de Edwards conciernen los escritores chilenos siguientes : Alberto Blest Gana (considerado como el padre de la novela chilena), Federico Gana, Gabriela Mistral, José Santos González Vera, Joaquín Edwards Bello (tío de este Edwards Valdés), Vicente Huidobro, Neftalí Reyes alias Pablo Neruda, Gonzalo Rojas, Nicanor Parra, Francisco Coloanne, Jorge Millas, Luis Oyarzún, José Donoso, Enrique Lihn, Alberto Rubio, Luis Alberto Heiremans, Claudio Giaconi, Roberto Torretti, Jorge Teillier, Óscar Hahn, Mauricio Wacquez. Hay muchos otros citados.

La verdad es que después de leer este ensayo enjundioso me han quedado muchas ganas de leer a varios de ellos que jamás soñé  poder hacerlo, sencillamente porque no sabía nada al respecto. Don Jorge Edwards Valdés ha vivido, ha leído, ha compartido, ha comparado y ha reflexionado sobre muchos escritores contemporáneos o no. Y ello se nota en estas crónicas sabrosas de las letras chilenas y del tiempo que pasa.

LA OTRA CASA, Ediciones Universidad Diego Portales 2006 (Colección Huellas),  ISBN 956-7397-94-5

La vie secrète des arbres de Peter Wohlleben

Résultat de recherche d'images pour "peter wohlleben la vie secrète des arbres" Peter Wohlleben est un forestier et écrivain allemand (Bonn 1964) auteur de ce livre qui est un best seller mondial; rien qu’en Allemagne il s’en est vendu plus de 700 000 exemplaires.  Il travaille et s’occupe d’une forêt d’hêtres depuis plus de 20 ans, forêt située sur la commune d’Hūmmel dans la région d’Eifel (vers la frontière belge) au sud de Bonn.

La vie secrète des arbres (2015) est un livre à nul autre pareil. Il est absolument vrai que, après l’avoir lu, on ne peut plus regarder les arbres avec indifférence mais avec un énorme respect pour la part immense qu’ils accomplissent dans le cycle de notre vie. D’aucuns ont reproché à Wohlleben de donner un caractère un peu trop anthropomorphique à cette histoire, mais je pense qu’il ne pouvait pas en être autrement afin de donner au récit une échelle de valeurs à la portée du plus grand nombre et de ne pas cantonner le livre à la catégorie réservée aux scientifiques. C’est une leçon de bonheur que ce livre et aussi une leçon d’humilité pour l’Homme en général qui se considère un être supérieur alors qu’il n’est qu’un maillon de la chaîne comme tant d’autres êtres vivants.

On apprend beaucoup de choses dans ce livre. Par exemple la complexité et la richesse des interconnections racinaires des arbres entr’eux, ce qui leur sert à s’alimenter et à échanger des informations. Par exemple l’interaction exercée pendant des  kilomètres par le mycellium des champignons visant à aider l’irrigation des arbres. La consommation d’eau par les arbres, facteur de leur croissance,  est importante : pour produire un kilo de bois, un hêtre a besoin de 180 litres d’eau  mais d’autres espèces jusqu’à 300 litres. Par exemple le système d’entr’aide des arbres d’une même espèce qui prennent en charge les bébés arbres comme les arbres malades ou affaiblis, et même, les racines ou les vestiges d’arbres coupés sans jamais les abandonner à la sécheresse. En fait, quand un arbre meurt c’est qu’il a perdu sa place dans l’écosystème qui l’héberge : il a été parasité et/ou infesté par une myriade d’êtres vivants qui peuplent le sous-bois et dont nous ignorons la présence.

L’écosystème d’une forêt est d’une grande complexité et la lutte pour la vie et la survie est aussi impitoyable qu’ailleurs et à tous les échelons. La lutte se fait avant tout pour la moindre parcelle de SOLEIL, énergie basique pour leur survie via la photosynthèse, car la fabrication du bois consomme des quantités phénoménales d’énergie : le tronc d’un hêtre, par exemple, a besoin d’un volume de sucres et de cellulose équivalent à un hectare de blé. Il est compréhensible qu’il lui faille 150 années pour grandir et se développer, mais ensuite aucun autre végétal ne lui fera de l’ombre et sa progéniture sera programmée pour survivre avec le peu de luminosité qu’il laisse filtrer (3% !) en ayant droit à des perfusions de nourriture par les racines.

Il semblerait que les arbres ont une mémoire et qu’en cas de souffrance (une sécheresse par exemple), l’arbre peut changer de stratégie l’année suivante. Depuis les années 70 on sait que les arbres peuvent communiquer entre eux en sécrétant des substances odorifères (un gaz avertisseur comme l’éthylène) qui vont attirer d’autres prédateurs pour en débarrasser les premiers; par exemple attirer des abeilles afin de se débarrasser de chenilles voraces. Mais ils posséderaient aussi le sens du goût car ils peuvent identifier la salive  d’un insecte et prendre quelques mesures défensives et avertir les congénères proches…Les informations sont transmises chimiquement, mais aussi électriquement à la vitesse de 1 cm/seconde ce qui est très lent pour l’échelle humaine. L’enfance et la jeunesse d’un arbre sont 10 fois plus longues que les nôtres et ils vivent 5 fois plus longtemps que nous en moyenne.

On sait désormais que les arbres peuvent communiquer olfactivement, visuellement et électriquement par l’intermédiaire de sortes de cellules nerveuses situées aux extrémités des racines. De plus, les arbres auraient un comportement « social » en communauté.

Depuis une vingtaine d’années on sait que les arbres peuvent s’appuyer sur le réseau mycélien des champignons pour régler leur flux hydrique. La densité du réseau de filaments est inimaginable : une cuillerée à café de terre forestière contient plusieurs kilomètres de filaments appelés hyphes, ainsi, au fil de siècles un seul champignon peut s’étendre sur plusieurs kilomètres carrés et mettre en réseau des forêts entières. En transmettant les signaux d’un arbre à un autre par ses ramifications, l’arbre concourt à l’échange d’informations sur les insectes, la sécheresse du sol ou tout autre danger. Ils peuvent aussi conter les jours chauds au printemps afin de ne pas fleurir trop tôt et lancer la photosynthèse qui vise à reconstituer les réserves énergétiques de l’arbre.

Une forêt dense et primaire (donc mélangée) garantit un microclimat et un écosystème, mais il faut respecter la lenteur des arbres qui n’est pas à l’échelle humaine. Plus la croissance est lente, plus ils survivront. Ils nécessitent 500 ans pour restaurer une forêt primaire.

Lorsque les feuillus sont apparus sur Terre il y a quelques 100 millions d’années, les conifères étaient déjà là depuis 170 millions d’années. Les feuillus sont plus modernes au sens de l’évolution et ils ont un comportement automnal très « sensé » puisqu’il leur permet de résister aux tempêtes de la mauvaise saison. Les feuillus sont armés pour cela : ils peuvent se débarrasser de toutes leurs feuilles (chacune étant comme un petit auvent) pour gagner en aérodynamisme, ce qui représente 1200 mètres carrés de surface totale qui s’envolent et retombent à l’automne en tourbillonnant sur le sol de la forêt; l’architecture du tronc dépouillé des feuilles, avec sa flexibilité, amortit puis repartit la pression des rafales sur l’arbre dans son entier; la combinaison des deux, permet au feuillu de traverser l’hiver sans dommages.

Mais comment font les arbres des villes ? Sans un écosystème aussi ultra perfectionné, un sous-sol riche en humus équivalent au plancton des océans ? Voilà le charme de la biodiversité. Il existe des espèces d’arbres dites « pionnières », des individualistes qui n’ont goût ni pour le confort ni pour la communauté et qui fuient la promiscuité de la forêt. Leur but est de conquérir de nouveaux territoires pourvu qu’il n’y ait pas de grands arbres parce que ces espèces détestent l’ombre qui ralentirait leur croissance : leur pousse annuelle est accélérée par rapport aux grands arbres : un mètre alors qu’elle se mesure en millimètres pour un hêtre ou un sapin.

Les arbres ne marchent pas mais ils se déplacent en jouant sur le renouvellement des générations. Les graines migrent avec le vent, elles sont légères et petites afin de voyager loin; avec une rafale de vent elles peuvent parcourir 1 à 2 kilomètres. Les espèces possédant des graines plus lourdes (chênes, châtaigniers, hêtres) se servent des animaux du sous bois pour enfouir les graines à distance. Les arbres ont pu migrer vers des zones plus chaudes quand le froid s’est installé, puis remonter vers le nord au changement de climat suivant.

Dans l’écosystème le rôle primordial de l’arbre est de capter le CO2; au cours de leur vie ils emmagasinent jusqu’à 20 tonnes de CO2 dans leur tronc, leurs branches et leur système racinaire. Quand ils meurent, une quantité de gaz à effet de serre strictement équivalente est libérée par l’action de champignons et de bactéries qui digèrent le bois et le rejettent, transformé, dans l’atmosphère. L’effet paradoxal de l’augmentation actuelle de la concentration de CO2 dans l’air a un effet fertilisant : les arbres poussent plus vite avec un volume de biomasse supérieur d’environ un tiers par rapport à il y a une dizaine d’années. Mais cette croissance n’est pas saine. Une équipe de chercheurs internationale a étudié 700 000 arbres sur tous les continents pour conclure que les arbres les plus vieux poussaient le plus vite : un arbre avec un tronc d’un mètre de diamètre produit 3 fois plus de biomasse qu’un individu moitié moins gros.

L’air est plus pur sous les arbres car ce sont des filtres. Les feuilles et les aiguilles qui baignent dans les flux d’air captent nombre de particules qui y sont en suspension; elles interceptent 7000 tonnes par an de particules au kilomètre carré, expliqué par l’immense surface foliaire représentée par les houppiers (couronne de l’arbre). Cela est 100 fois plus important que le travail d’une prairie par exemple. Ils filtrent des substances polluantes, des poussières et des pollens, acides , hydrocarbures toxiques et composés azotés; on les retrouve sous les arbres comme les graisses de l’hôte aspirante d’une cuisine.

A la fin du livre Peter Wohlleben nous démontre l’interaction des écosystèmes par une belle histoire qui nous vient du Japon.  Un chercheur en chimie marine, Katsuhiko Matsunaga de l’Université de Hokkaido, a découvert que des acides provenant des feuilles tombées étaient transportés par les eaux des ruisseaux et des fleuves jusqu’à la mer où ils favorisaient le développement du plancton, le premier maillon de la chaine alimentaire. La plantation d’arbres à proximité des côtes, encouragée par Katsuhiko Matsunaga a été suivie d’une augmentation de rendements des pêcheries et des élevages d’huitres.

Ce qui est sûr, c’est que je ne pourrais plus regarder un arbre de la même manière après avoir lu ce livre. Il me vient un profond respect et une admiration pour l’enchevêtrement et l’interdépendance des écosystèmes qui contribuent à notre bien être sur cette planète si malmenée.

J’ai vu le film qui a été tiré du livre. C’est un film intéressant mais moins que le livre,  avec des orientations différentes et notamment la participation de personnalités diverses, tous très calés et apportant des points de vue variés. Le film a été suivi d’un débat qui ne fut absolument pas intéressant, le propos ayant dérapé très vite sur des sujets annexes et hors propos comme si les gens, dès qu’ils ont la parole, peuvent se permettre des digressions qui n’intéressent qu’eux mêmes…

Résultat de recherche d'images pour "affiche film la vie secrete des arbres"

 

LA VIE SECRÈTE DES ARBRES, Les Arènes 2017 (PW 2015),  ISBN 978-2-35204-563-9

La garçonnière de la République d’Emilie Lanez

Résultat de recherche d'images pour "emilie lanez"  Émilie Lanez est une journaliste politique française au journal Le Point; elle a déjà publié plusieurs livres.

La garçonnière de la République (2017)  nous raconte quelques faits autour d’une propriété de l’État très méconnue parce que gardée sécrète : La Lanterne, sise dans le parc de Versailles.

LES LIEUX : le pavillon de La Lanterne est une bâtisse du XVIIIè ayant appartenu au prince de Poix et de Noailles (gouverneur et capitaine de chasses, villes, châteaux et parcs de Versailles, Marly et dépendance) qui bénéficiait d’un appartement dans l’aile droite du Château sous Louis XV. Sa femme était la première dame d’honneur auprès de la reine. Mais le prince de Poix rêvait d’avoir un jardin à lui tout seul et le roi lui accorda un terrain en 1756 à l’extrémité du petit parc : 49 000 mètres carrés au bout de l’allée de la Tuilerie, à droite de l’ancienne mine de la Sablière et du Pavillon de la Girafe de la Ménagerie; une ménagerie destinée à amuser Louis XV enfant. Cette proximité fera que les odeurs régnantes à La Lanterne étaient pestilentielles. Le prince de Poix y résidera très peu et la bâtisse restera un lieu de passage. A la Révolution, le prince de Poix sauvera sa tête en fuyant vers la Suisse. Louis XVIII récupérera la maison afin d’étendre son domaine de chasse et au début du XXè, ce sont de riches américains qui louent la propriété. En 1945 La Lanterne rentre dans la liste des résidences républicaines avec le Général De Gaulle.

Résultat de recherche d'images pour "la lanterne versailles"

LE NOM : il est vraisemblable qu’elle ait été ainsi baptisée parce qu’elle fut décorée, dès sa construction, du lanternon qui couronnait le pavillon de la Ménagerie.

L’ACCÈS : il faut serpenter jusqu’à la pièce d’eau des Suisses, puis, ayant dépassé la façade de l’Orangerie, en contre-bas du Château, il faut rouler sur la longue ligne droite bordant le parc. A travers ses grilles se dévoilent les allées du domaine, les courbes des parterres de buis et le reflet des fontaines. Puis à gauche de la route, le camp des Matelots et la fin du parc royal, avec un simple mur de pierres moussues. Sur la D10 qui relie Versailles à St Cyr-l’École, apparaissent deux maisons (La Poulinière et La Ménagerie), ce sont des communs du Château où logent 11 familles d’employés; depuis leur cour se voit nettement le toit de La Lanterne et ses trois cheminées. Juste après La Poulinière, à hauteur d’une halte d’autobus, une palissade de bois blanc barre la route de La Lanterne. Depuis le pavillon de la Chouette, une étroite maisonnette de briques roses, les sentinelles veillent. Ce pavillon dépassé, on roule à travers un bois, planté sous Nicolas Sarkozy afin de ne pas laisser une étendue d’herbe à découvert. Une grille pleine en fer forgé clôture l’entrée. Elle est bordée de deux piliers de marbre décorés de têtes de cerf. Des armes posées sous louis XVI, qui les fit venir de la grille des Cerfs dela Ménagerie, afin de rappeler que le propriétaire de La Lanterne, le prince de Poix et  duc de Noailles, occupe à son service la prestigieuse fonction de gouverneur des chasses. Ce qui se tient derrière ces grilles, les Français l’ignorent.

La demeure est construite en U autour d’une cour gravillonnée, bordée de haies de buis et de troènes, dans laquelle quatre carrés de pelouse forment une figure géométrique.

L’INTÉRIEUR : l’hôte principal réside dans le « pavillon central » avec une entrée pavée de marbre noir et blanc en damier avec un escalier tournant vers l’étage. A gauche, se trouve le grand salon dit « le salon vert », avec autour d’une table basse en Plexiglas, un canapé trois places et quatre fauteuils en tissu de la maison Braquenié, un élégant sécretaire Louis XV, un piano à queue; deux guéridons complètent la décoration. C’est la plus grande pièce de la maison. Au- delà du salon, le bureau et quelques fauteuils style Empire, recouverts de tissu vert, entourent ce bureau Louis XVI. Trois lignes de téléphone fixe :une pour l’extérieur, une reliée à l’Elysée et l’autre à Matignon. A droite de l’entrée, la salle à manger et son office, pour 8 à 10 convives autour d’une table ovale et des chaises Empire estampillées frères Jacob. Le parquet est « à la Versailles » et la lumière rentre à flots par sept portes-fenêtres se faisant face. Il n’y a aucun couloir à La Lanterne, avec des pièces qui se succèdent en enfilade. Dans l’aile droite, il y a la cuisine de 50 mètres carrés équipée de toutes les modernités. Puis on trouve la Laiterie, une pièce décorée de panneaux de marbre aux teintes rosées où l’on conserve au frais les bouquets de fleurs, les victuailles et les caisses de champagne. Après la Laiterie, l’écurie puis le garage. Au premier étage, chambres et salles de bains. Dans l’aile droite dorment les officiers de sécurité et le personnel; dans l’aile gauche, se trouvent les trois chambres mansardées des invités qui communiquent entre elles. Dans le corps principal, les deux chambres du président de la République. Une petite, une plus grande, chacune avec sa salle de bain. A côté de chaque chambre, une petite pièce exiguë qui sert de débarras.

LES OCCUPANTS : en 1958, le Général De Gaulle attribue La Lanterne à la villégiature des Premiers ministres. Le premier à l’occuper fut Michel Debré. La maison était dans un état déplorable, elle sera réhabilitée pendant trois ans puis meublée en Empire à  partir des collections du château de Versailles et de l’Elysée. L’occupant le plus long,  ce sera André Malraux : sept années en tant que ministre des Affaires culturelles.  Nicolas Sarkozy décidera en 2008, dès son élection, de récupérer pour la présidence cette demeure. Toutes les dames se succédant à La Lanterne auront des velléités de propriétaires sur les lieux…

LA GESTION : sous la Vè République, le coût de La Lanterne n’est abordé que 4 fois en séance à l’Assemblée nationale. Le domaine appartient à Versailles et le bâtiment fait l’objet d’une convention entre France Domaine et le ministère de la Culture. C’est à dire que les travaux sont payés par le ministère de la Culture mais reste à la charge de Matignon : Matignon paye, l’Elysée dispose puis l’Elysée rembourse…Elle a un statut extraterritorial.

Ce ne sont que des potins autour de La Lanterne, car le sujet est tabou. Chacun trouvera « chaussure à son pied » en lisant ce livre qui n’apporte pas beaucoup de lumières sur la question, sauf pour dire que nos élus vivent royalement en République au frais du contribuable français.

LA GARÇONNIÈRE, Grasset & Fasquelle 2017,  ISBN 978-2-246-86120-1