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La vie secrète des arbres de Peter Wohlleben

Résultat de recherche d'images pour "peter wohlleben la vie secrète des arbres" Peter Wohlleben est un forestier et écrivain allemand (Bonn 1964) auteur de ce livre qui est un best seller mondial; rien qu’en Allemagne il s’en est vendu plus de 700 000 exemplaires.  Il travaille et s’occupe d’une forêt d’hêtres depuis plus de 20 ans, forêt située sur la commune d’Hūmmel dans la région d’Eifel (vers la frontière belge) au sud de Bonn.

La vie secrète des arbres (2015) est un livre à nul autre pareil. Il est absolument vrai que, après l’avoir lu, on ne peut plus regarder les arbres avec indifférence mais avec un énorme respect pour la part immense qu’ils accomplissent dans le cycle de notre vie. D’aucuns ont reproché à Wohlleben de donner un caractère un peu trop anthropomorphique à cette histoire, mais je pense qu’il ne pouvait pas en être autrement afin de donner au récit une échelle de valeurs à la portée du plus grand nombre et de ne pas cantonner le livre à la catégorie réservée aux scientifiques. C’est une leçon de bonheur que ce livre et aussi une leçon d’humilité pour l’Homme en général qui se considère un être supérieur alors qu’il n’est qu’un maillon de la chaîne comme tant d’autres êtres vivants.

On apprend beaucoup de choses dans ce livre. Par exemple la complexité et la richesse des interconnections racinaires des arbres entr’eux, ce qui leur sert à s’alimenter et à échanger des informations. Par exemple l’interaction exercée pendant des  kilomètres par le mycellium des champignons visant à aider l’irrigation des arbres. La consommation d’eau par les arbres, facteur de leur croissance,  est importante : pour produire un kilo de bois, un hêtre a besoin de 180 litres d’eau  mais d’autres espèces jusqu’à 300 litres. Par exemple le système d’entr’aide des arbres d’une même espèce qui prennent en charge les bébés arbres comme les arbres malades ou affaiblis, et même, les racines ou les vestiges d’arbres coupés sans jamais les abandonner à la sécheresse. En fait, quand un arbre meurt c’est qu’il a perdu sa place dans l’écosystème qui l’héberge : il a été parasité et/ou infesté par une myriade d’êtres vivants qui peuplent le sous-bois et dont nous ignorons la présence.

L’écosystème d’une forêt est d’une grande complexité et la lutte pour la vie et la survie est aussi impitoyable qu’ailleurs et à tous les échelons. La lutte se fait avant tout pour la moindre parcelle de SOLEIL, énergie basique pour leur survie via la photosynthèse, car la fabrication du bois consomme des quantités phénoménales d’énergie : le tronc d’un hêtre, par exemple, a besoin d’un volume de sucres et de cellulose équivalent à un hectare de blé. Il est compréhensible qu’il lui faille 150 années pour grandir et se développer, mais ensuite aucun autre végétal ne lui fera de l’ombre et sa progéniture sera programmée pour survivre avec le peu de luminosité qu’il laisse filtrer (3% !) en ayant droit à des perfusions de nourriture par les racines.

Il semblerait que les arbres ont une mémoire et qu’en cas de souffrance (une sécheresse par exemple), l’arbre peut changer de stratégie l’année suivante. Depuis les années 70 on sait que les arbres peuvent communiquer entre eux en sécrétant des substances odorifères (un gaz avertisseur comme l’éthylène) qui vont attirer d’autres prédateurs pour en débarrasser les premiers; par exemple attirer des abeilles afin de se débarrasser de chenilles voraces. Mais ils posséderaient aussi le sens du goût car ils peuvent identifier la salive  d’un insecte et prendre quelques mesures défensives et avertir les congénères proches…Les informations sont transmises chimiquement, mais aussi électriquement à la vitesse de 1 cm/seconde ce qui est très lent pour l’échelle humaine. L’enfance et la jeunesse d’un arbre sont 10 fois plus longues que les nôtres et ils vivent 5 fois plus longtemps que nous en moyenne.

On sait désormais que les arbres peuvent communiquer olfactivement, visuellement et électriquement par l’intermédiaire de sortes de cellules nerveuses situées aux extrémités des racines. De plus, les arbres auraient un comportement « social » en communauté.

Depuis une vingtaine d’années on sait que les arbres peuvent s’appuyer sur le réseau mycélien des champignons pour régler leur flux hydrique. La densité du réseau de filaments est inimaginable : une cuillerée à café de terre forestière contient plusieurs kilomètres de filaments appelés hyphes, ainsi, au fil de siècles un seul champignon peut s’étendre sur plusieurs kilomètres carrés et mettre en réseau des forêts entières. En transmettant les signaux d’un arbre à un autre par ses ramifications, l’arbre concourt à l’échange d’informations sur les insectes, la sécheresse du sol ou tout autre danger. Ils peuvent aussi conter les jours chauds au printemps afin de ne pas fleurir trop tôt et lancer la photosynthèse qui vise à reconstituer les réserves énergétiques de l’arbre.

Une forêt dense et primaire (donc mélangée) garantit un microclimat et un écosystème, mais il faut respecter la lenteur des arbres qui n’est pas à l’échelle humaine. Plus la croissance est lente, plus ils survivront. Ils nécessitent 500 ans pour restaurer une forêt primaire.

Lorsque les feuillus sont apparus sur Terre il y a quelques 100 millions d’années, les conifères étaient déjà là depuis 170 millions d’années. Les feuillus sont plus modernes au sens de l’évolution et ils ont un comportement automnal très « sensé » puisqu’il leur permet de résister aux tempêtes de la mauvaise saison. Les feuillus sont armés pour cela : ils peuvent se débarrasser de toutes leurs feuilles (chacune étant comme un petit auvent) pour gagner en aérodynamisme, ce qui représente 1200 mètres carrés de surface totale qui s’envolent et retombent à l’automne en tourbillonnant sur le sol de la forêt; l’architecture du tronc dépouillé des feuilles, avec sa flexibilité, amortit puis repartit la pression des rafales sur l’arbre dans son entier; la combinaison des deux, permet au feuillu de traverser l’hiver sans dommages.

Mais comment font les arbres des villes ? Sans un écosystème aussi ultra perfectionné, un sous-sol riche en humus équivalent au plancton des océans ? Voilà le charme de la biodiversité. Il existe des espèces d’arbres dites « pionnières », des individualistes qui n’ont goût ni pour le confort ni pour la communauté et qui fuient la promiscuité de la forêt. Leur but est de conquérir de nouveaux territoires pourvu qu’il n’y ait pas de grands arbres parce que ces espèces détestent l’ombre qui ralentirait leur croissance : leur pousse annuelle est accélérée par rapport aux grands arbres : un mètre alors qu’elle se mesure en millimètres pour un hêtre ou un sapin.

Les arbres ne marchent pas mais ils se déplacent en jouant sur le renouvellement des générations. Les graines migrent avec le vent, elles sont légères et petites afin de voyager loin; avec une rafale de vent elles peuvent parcourir 1 à 2 kilomètres. Les espèces possédant des graines plus lourdes (chênes, châtaigniers, hêtres) se servent des animaux du sous bois pour enfouir les graines à distance. Les arbres ont pu migrer vers des zones plus chaudes quand le froid s’est installé, puis remonter vers le nord au changement de climat suivant.

Dans l’écosystème le rôle primordial de l’arbre est de capter le CO2; au cours de leur vie ils emmagasinent jusqu’à 20 tonnes de CO2 dans leur tronc, leurs branches et leur système racinaire. Quand ils meurent, une quantité de gaz à effet de serre strictement équivalente est libérée par l’action de champignons et de bactéries qui digèrent le bois et le rejettent, transformé, dans l’atmosphère. L’effet paradoxal de l’augmentation actuelle de la concentration de CO2 dans l’air a un effet fertilisant : les arbres poussent plus vite avec un volume de biomasse supérieur d’environ un tiers par rapport à il y a une dizaine d’années. Mais cette croissance n’est pas saine. Une équipe de chercheurs internationale a étudié 700 000 arbres sur tous les continents pour conclure que les arbres les plus vieux poussaient le plus vite : un arbre avec un tronc d’un mètre de diamètre produit 3 fois plus de biomasse qu’un individu moitié moins gros.

L’air est plus pur sous les arbres car ce sont des filtres. Les feuilles et les aiguilles qui baignent dans les flux d’air captent nombre de particules qui y sont en suspension; elles interceptent 7000 tonnes par an de particules au kilomètre carré, expliqué par l’immense surface foliaire représentée par les houppiers (couronne de l’arbre). Cela est 100 fois plus important que le travail d’une prairie par exemple. Ils filtrent des substances polluantes, des poussières et des pollens, acides , hydrocarbures toxiques et composés azotés; on les retrouve sous les arbres comme les graisses de l’hôte aspirante d’une cuisine.

A la fin du livre Peter Wohlleben nous démontre l’interaction des écosystèmes par une belle histoire qui nous vient du Japon.  Un chercheur en chimie marine, Katsuhiko Matsunaga de l’Université de Hokkaido, a découvert que des acides provenant des feuilles tombées étaient transportés par les eaux des ruisseaux et des fleuves jusqu’à la mer où ils favorisaient le développement du plancton, le premier maillon de la chaine alimentaire. La plantation d’arbres à proximité des côtes, encouragée par Katsuhiko Matsunaga a été suivie d’une augmentation de rendements des pêcheries et des élevages d’huitres.

Ce qui est sûr, c’est que je ne pourrais plus regarder un arbre de la même manière après avoir lu ce livre. Il me vient un profond respect et une admiration pour l’enchevêtrement et l’interdépendance des écosystèmes qui contribuent à notre bien être sur cette planète si malmenée.

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LA VIE SECRÈTE DES ARBRES, Les Arènes 2017 (PW 2015),  ISBN 978-2-35204-563-9

La garçonnière de la République d’Emilie Lanez

Résultat de recherche d'images pour "emilie lanez"  Émilie Lanez est une journaliste politique française au journal Le Point; elle a déjà publié plusieurs livres.

La garçonnière de la République (2017)  nous raconte quelques faits autour d’une propriété de l’État très méconnue parce que gardée sécrète : La Lanterne, sise dans le parc de Versailles.

LES LIEUX : le pavillon de La Lanterne est une bâtisse du XVIIIè ayant appartenu au prince de Poix et de Noailles (gouverneur et capitaine de chasses, villes, châteaux et parcs de Versailles, Marly et dépendance) qui bénéficiait d’un appartement dans l’aile droite du Château sous Louis XV. Sa femme était la première dame d’honneur auprès de la reine. Mais le prince de Poix rêvait d’avoir un jardin à lui tout seul et le roi lui accorda un terrain en 1756 à l’extrémité du petit parc : 49 000 mètres carrés au bout de l’allée de la Tuilerie, à droite de l’ancienne mine de la Sablière et du Pavillon de la Girafe de la Ménagerie; une ménagerie destinée à amuser Louis XV enfant. Cette proximité fera que les odeurs régnantes à La Lanterne étaient pestilentielles. Le prince de Poix y résidera très peu et la bâtisse restera un lieu de passage. A la Révolution, le prince de Poix sauvera sa tête en fuyant vers la Suisse. Louis XVIII récupérera la maison afin d’étendre son domaine de chasse et au début du XXè, ce sont de riches américains qui louent la propriété. En 1945 La Lanterne rentre dans la liste des résidences républicaines avec le Général De Gaulle.

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LE NOM : il est vraisemblable qu’elle ait été ainsi baptisée parce qu’elle fut décorée, dès sa construction, du lanternon qui couronnait le pavillon de la Ménagerie.

L’ACCÈS : il faut serpenter jusqu’à la pièce d’eau des Suisses, puis, ayant dépassé la façade de l’Orangerie, en contre-bas du Château, il faut rouler sur la longue ligne droite bordant le parc. A travers ses grilles se dévoilent les allées du domaine, les courbes des parterres de buis et le reflet des fontaines. Puis à gauche de la route, le camp des Matelots et la fin du parc royal, avec un simple mur de pierres moussues. Sur la D10 qui relie Versailles à St Cyr-l’École, apparaissent deux maisons (La Poulinière et La Ménagerie), ce sont des communs du Château où logent 11 familles d’employés; depuis leur cour se voit nettement le toit de La Lanterne et ses trois cheminées. Juste après La Poulinière, à hauteur d’une halte d’autobus, une palissade de bois blanc barre la route de La Lanterne. Depuis le pavillon de la Chouette, une étroite maisonnette de briques roses, les sentinelles veillent. Ce pavillon dépassé, on roule à travers un bois, planté sous Nicolas Sarkozy afin de ne pas laisser une étendue d’herbe à découvert. Une grille pleine en fer forgé clôture l’entrée. Elle est bordée de deux piliers de marbre décorés de têtes de cerf. Des armes posées sous louis XVI, qui les fit venir de la grille des Cerfs dela Ménagerie, afin de rappeler que le propriétaire de La Lanterne, le prince de Poix et  duc de Noailles, occupe à son service la prestigieuse fonction de gouverneur des chasses. Ce qui se tient derrière ces grilles, les Français l’ignorent.

La demeure est construite en U autour d’une cour gravillonnée, bordée de haies de buis et de troènes, dans laquelle quatre carrés de pelouse forment une figure géométrique.

L’INTÉRIEUR : l’hôte principal réside dans le « pavillon central » avec une entrée pavée de marbre noir et blanc en damier avec un escalier tournant vers l’étage. A gauche, se trouve le grand salon dit « le salon vert », avec autour d’une table basse en Plexiglas, un canapé trois places et quatre fauteuils en tissu de la maison Braquenié, un élégant sécretaire Louis XV, un piano à queue; deux guéridons complètent la décoration. C’est la plus grande pièce de la maison. Au- delà du salon, le bureau et quelques fauteuils style Empire, recouverts de tissu vert, entourent ce bureau Louis XVI. Trois lignes de téléphone fixe :une pour l’extérieur, une reliée à l’Elysée et l’autre à Matignon. A droite de l’entrée, la salle à manger et son office, pour 8 à 10 convives autour d’une table ovale et des chaises Empire estampillées frères Jacob. Le parquet est « à la Versailles » et la lumière rentre à flots par sept portes-fenêtres se faisant face. Il n’y a aucun couloir à La Lanterne, avec des pièces qui se succèdent en enfilade. Dans l’aile droite, il y a la cuisine de 50 mètres carrés équipée de toutes les modernités. Puis on trouve la Laiterie, une pièce décorée de panneaux de marbre aux teintes rosées où l’on conserve au frais les bouquets de fleurs, les victuailles et les caisses de champagne. Après la Laiterie, l’écurie puis le garage. Au premier étage, chambres et salles de bains. Dans l’aile droite dorment les officiers de sécurité et le personnel; dans l’aile gauche, se trouvent les trois chambres mansardées des invités qui communiquent entre elles. Dans le corps principal, les deux chambres du président de la République. Une petite, une plus grande, chacune avec sa salle de bain. A côté de chaque chambre, une petite pièce exiguë qui sert de débarras.

LES OCCUPANTS : en 1958, le Général De Gaulle attribue La Lanterne à la villégiature des Premiers ministres. Le premier à l’occuper fut Michel Debré. La maison était dans un état déplorable, elle sera réhabilitée pendant trois ans puis meublée en Empire à  partir des collections du château de Versailles et de l’Elysée. L’occupant le plus long,  ce sera André Malraux : sept années en tant que ministre des Affaires culturelles.  Nicolas Sarkozy décidera en 2008, dès son élection, de récupérer pour la présidence cette demeure. Toutes les dames se succédant à La Lanterne auront des velléités de propriétaires sur les lieux…

LA GESTION : sous la Vè République, le coût de La Lanterne n’est abordé que 4 fois en séance à l’Assemblée nationale. Le domaine appartient à Versailles et le bâtiment fait l’objet d’une convention entre France Domaine et le ministère de la Culture. C’est à dire que les travaux sont payés par le ministère de la Culture mais reste à la charge de Matignon : Matignon paye, l’Elysée dispose puis l’Elysée rembourse…Elle a un statut extraterritorial.

Ce ne sont que des potins autour de La Lanterne, car le sujet est tabou. Chacun trouvera « chaussure à son pied » en lisant ce livre qui n’apporte pas beaucoup de lumières sur la question, sauf pour dire que nos élus vivent royalement en République au frais du contribuable français.

LA GARÇONNIÈRE, Grasset & Fasquelle 2017,  ISBN 978-2-246-86120-1

La plénitude du Vide de Trinh Xuân Thuân

Résultat de recherche d'images pour "trinh xuan thuan"  Trinh (nom) Xuân Thuân (prénoms) est un astrophysicien et écrivain viêtnamo-américain (Hanoi 1948), d’expression principalement française. Il s’est spécialisé dans l’astronomie extragalactique et a co-découvert en 2004 la plus jeune galaxie connue à ce jour. Il possède plusieurs publications de vulgarisation scientifique.

La plénitude du Vide m’a été offert. J’ai pu le lire sans avoir des connaissances approfondies en astrophysique car le livre, bien que n’étant absolument pas « de l’astrophysique pour les nuls », est écrit de façon intelligente et claire. Mon compte-rendu est très personnel, voulant mettre sur le billet, les éléments qui m’ont le plus interloqué ou intéressé.

Notre univers actuel date de 13,8 milliards d’années après le big bang. Dans une planète appelée Terre, la troisième à partir d’une étoile appelée Soleil, dans la banlieue d’une galaxie nommée Voie Lactée, la vie s’est éveillée il y a quelques 3,8 milliards d’années, et la conscience bien plus tard, il y a seulement quelques dizaines de milliers d’années. La conscience comme l’aptitude à symboliser le monde, et la capacité à se poser des questions telles que : D’où viens-je? Où vais-je? Quel est le sens de ma vie? Que deviendrai-je après ma mort?

Dans ce livre tous les chiffres sont vertigineux, au delà de l’échelle humaine.

Dès le premier chapitre je remarque un concept pertinent à propos du vide mathématique. Parce qu’il est impossible de supprimer sa conscience, le philosophe conclut que « l’idée du néant absolu, entendu au sens d’une abolition de tout », n’a pas de sens, qu’elle est « une idée destructive d’elle même, une pseudo-idée, un simple mot ». Pour Bergson, l’idée du néant ne peut être un concept valide car toute idée suppose une conscience. Or, dès qu’il y a conscience, parler de néant n’a plus de sens.

Dans le monde des mathématiques, le vide prend la forme du chiffre zéro. Le mot « zéro » a pour racine l’indien « sunya » qui signifie vide ou néant, il devient sifr en arabe et zephirum en latin, ce qui a donné naissance au mot zéro. Le vide joue un rôle important dans la religion hindoue : le dieu Shiva est à la fois le créateur et le destructeur du monde, tenant dans une de ses quatre mains un tambourin symbolisant la musique de la création, et dans une autre une langue de feu qui présage la mort à venir de l’univers. Mais Shiva représente aussi le vide suprême qui a engendré l’univers. Parce que la pensée indienne embrasse le vide, il était naturel que le zéro dans sa forme la plus glorieuse ait vu le jour en Inde. Les deux siècles suivant l’invention par les indiens de la numérotation de position munie d’un zéro virent le déclin et la chute de l’Empire romain, et simultanément la montée en puissance de l’Empire arabe. Le mathématicien arabe Muhammad ibn Musa al-Khuwarizmi (vers 780-850) écrivit son Livre de l’addition et de la soustraction d’après le calcul des Indiens. La graphie des chiffres a mis 8 siècles pour aller de l’Inde à l’Espagne et la graphie que nous utilisons aujourd’hui ne vient ni de l’Inde ni du Moyen-Orient arabe, mais de l’Espagne maure. On les reconnait sous le nom de « chiffres du ghobar« .

La réflexion scientifique sur le néant et le vide prit son essor avec les grecs : vers le VIè siècle av.J.-C., le long des côtes de l’Asie Mineure, en Ionie, survint « le miracle grec » qui dura 8 siècles. Une poignée d’hommes parvinrent à semer les germes d’un nouvel univers qui sonna le glas de l’univers mythique : l’univers scientifique qui est encore le nôtre aujourd’hui. Les Grecs eurent l’idée révolutionnaire que la nature était régie par des lois et que ces lois pouvaient être appréhendées par la raison humaine. Ils se penchèrent sur la question de l’origine de l’univers et ils se trouvèrent confrontés à la notion du vide. Le philosophe Aristote érigea sa conclusion que le vide ne pouvait exister, le principe selon lequel « la nature a horreur du vide » et cette idée aristotélicienne de l’horreur vacui allait régner et dominer toute discussion scientifique pendant les deux millénaires à venir.

Le coup de grâce à cette idée aristotélicienne fut donné par le français Blaise Pascal en 1648 avec ses expériences sur le vide en mesurant la pression atmosphérique qui dépend de l’altitude mais aussi des conditions météorologiques à l’origine des variations de densité de l’atmosphère. Grâce à Pascal (mais aussi à Torricelli et von Guericke), l’homme sait que la Terre n’est pas en contact direct avec le vide de l’espace interstellaire mais dotée d’une remarquable couche d’air qui l’enveloppe et la protège comme un cocon. La couche atmosphérique est juste assez épaisse pour protéger les êtres vivants des rayons ultraviolets nocifs du Soleil et  des dangereux rayons cosmiques de l’espace.

L’univers est constitué de 38% de matière connue : 0.5% de matière lumineuse, 4,5% de matière noire ordinaire et 27% de matière noire exotique. Les 68% restants c’est de l’énergie noire engendrant une forte antigravité qui est responsable de l’accélération de l’expansion de l’univers. Cela veut dire que malgré toutes les connaissances, 95% de l’univers nous demeure inconnu.

La mécanique quantique – la physique qui décrit l’infiniment petit – nous présente une vision de l’espace radicalement différente de celle que nous offre la relativité générale – la physique qui régit l’infiniment grand. La théorie d’Einstein nous révèle un espace-temps calme, lisse et bien défini. En revanche, la mécanique quantique nous affirme qu’à ces échelles, l’espace-temps n’est plus tranquille mais sujet à des fluctuations violentes inhérentes au principe d’incertitude de Heisenberg.

Aujourd’hui, on pense que, il y a quelque 14 milliards d’années, une explosion fulgurante ou big bang, a donné naissance à l’univers à partir d’un état extrêmement petit, chaud et dense. Depuis, il n’a cessé de s’agrandir, de se diluer et de se refroidir, permettant à la matière d’émerger et à des corps de plus en plus structurés de s’élaborer.

A la fin de l’ouvrage Monsieur Trinh aborde des sujets philosophiques. Il semblerait que l’astrophysique, l’astronomie et toutes ces sciences ayant un lien avec notre univers, convergent vers des pensées philosophiques. Pour ceux qui ont regardé le joli film du chilien Patricio Guzmán Nostalgie de la lumière, tous ces astrophysiciens ont l’oeil accroché au télescope et la pensée qui navigue dans l’éther philosophique. C’est plaisant et rassurant. Je cite Monsieur Trinh à la fin de son livre…mais parce que la science et la spiritualité représentent l’une comme l’autre une quête de la vérité, dont les critères sont l’authenticité et la rigueur, leurs manières respectives d’envisager le réel ne devraient pas déboucher sur une opposition irréductible, mais plutôt sur une harmonieuse complémentarité.

Après cette lecture, je ne sais toujours pas qui je suis, mais je sais un peu plus où je vais. Merci Monsieur Trinh.

LA PLÉNITUDE DU VIDE, Albin Michel 2016,  ISBN 978-2-226-32642-3

Rouvrir le roman de Sophie Divry

Résultat de recherche d'images pour "sophie divry"  Sophie Divry est une journaliste et écrivain française (Montpellier 1979).

Rouvrir le roman est un essai sur le roman, et donc sur la lecture, un sujet qui me passionne et qui absorbe une partie de mon temps. La lecture de ce livre m’intéressait.

Mais c’est un livre pour initiés, certes très intéressant et bien écrit mais qui dépasse mon niveau de lecture qui est loin d’être « professionnel » : aucune obligation d’aucun type, aucune orientation en dehors de mon bon plaisir et de mes errances toutes personnelles.

C’est un essai qui comporte environ 200 pages avec deux parties, chacune avec 5 chapitres. Il y a moult références littéraires de tout bord, ce qui m’a ravi et intéressé et ce qui démontre le niveau de lecture varié de l’auteure.

J’adhère totalement à la pensée de Mme Divry quand, au début de l’essai elle dit…le roman, loin d’être un genre mort, bourgeois ou dépassé, réservé aux amateurs d’histoires simples, demeure un genre des plus inclusifs et des plus féconds pour engager la littérature dans des voies créatives nouvelles. Le roman, n’est pas contraignant, compromis, pauvre, forcément narratif, vulgaire ou corrompu. Plus que jamais, il est, comme disait Virginia Woolf, « le plus hospitalier des hôtes », réfractaire à toute limite, monstre hybride et stimulant, ouvert à toutes les fantaisies, « la plus indépendante, la plus élastique, la plus prodigieuse des formes littéraires ».

J’adhère aussi quand elle écrit qu’un livre est fait pour toucher, esthétiquement ou moralement, non pour convaincre.

Quant à changer le roman, expérimenter de nouvelles formes, c’est prendre le risque de confronter le roman à la vie contemporaine. Cette recherche de nouvelles formes remplit deux fonctions très importantes. Premièrement, elle apporte des plaisirs nouveaux aux lecteurs et, partant, rend nécessaire le roman comme forme d’art. Deuxièmement, elle permet au roman de dire quelque chose de notre époque qui ne peut être dit que par le roman et par cette époque. Nous sommes d’abord modernistes pour le plaisir. Par volonté d’accroitre et de renouveler le plaisir de lire un roman. Nous sommes expérimentateurs parce que l’une des caractéristiques essentielles du roman est de refléter quelque chose de notre société contemporaine. Et comme la société évolue, ce que le roman fait, ce que le roman dit, évolue également (page 136).

J’aurai appris des mots nouveaux grâce à ce livre. Comme par exemple à propos de « l’oeuvre anthume de Georges Perec, c’est à dire en opposition à une oeuvre posthume, l’oeuvre anthume est publiée du vivant de son auteur. Ou sur l‘écrivain oulipien qui nécessite de se renseigner sur l’Oulipo :  un groupe international de littéraires et de mathématiciens se définissant comme des « rats qui construisent eux-mêmes le labyrinthe dont ils se proposent de sortir« . Des noms célèbres sont associés à ce groupe comme le déjà cité Georges Perec ou Raymond Queneau, etc. Ou quand elle parle des auteurs écrivant sous différents hétéronymes, hétéronymes pour pseudonymes utilisés par un écrivain pour incarner des auteurs fictifs, chacun possédant une vie propre imaginaire et un style littéraire particulier. Mais quand elle écrit « dans cette parousie démocratique« , je ne vois pas ce qu’elle veut dire. Et par la maïeutique d’une bonne conversation voudrait dire qu’en conversant on arrive à faire dire aux gens les vérités qu’ils portent (ou cachent?) en eux (très élégant pour une conversation de salon). Et j’ai été heureuse de retrouver le mot boustrophédon (« la seule page en boustrophédon de l’histoire« ), c’est à dire cette écriture archaïque qui se lit une fois de gauche à droite et la fois suivante de droite à gauche. On va essayer de la placer dans une conversation…Et pour finir j’ai retrouvé le mot de satyre menippée que j’avais croisé et oublié, satyre menippée étant une œuvre satirique collective mêlant prose et vers français. Elle a pour sujet la tenue des États généraux convoqués à Paris le 26 janvier 1593 par le duc de Mayenne, chef de la Ligue hostile à Henri IV, dans le but d’élire un roi catholique.

Merci à Babelio et aux Éditions Notabilia pour cette lecture instructive et assez docte, présentée de façon moderne et charmante avec un signet assorti.

ROUVRIR LE ROMAN, Les Éditions Noir sur Blanc (Notabilia) 2017,  ISBN 978-2-88250-453-1

Machado de Assis de Jorge Edwards

jorge edwards machado Jorge Edwards Valdés es un gran escritor chileno (Santiago 1931) con estudios de leyes y de Filosofía en Princeton, siguiendo después la carrera diplomática que culminó con el puesto de Embajador de Chile en Paris. Ha recibido numerosos premios siendo el Cervantes 1999 el más prestigioso. Hace parte de la Generación del 50 chilena, aunque él se considera algo marginal a este movimiento. Actualmente reside en Madrid.

He comentado en este blog gran parte de su bibliografía (12 libros, trece con éste) porque es un escritor que me gusta cómo escribe y lo que escribe. No todos los libros me  han gustado de la misma manera, sino que he sentido una neta preferencia por algunos títulos.

Leer su libro Machado de Assis representaba para mi un máximo de placer potencial porque debo decir que gracias a él descubrí a este autor brasileño portentoso que es Joaquim Machado de Assis. Entonces reunir dos escritores que me gustan, me parecía el colmo de lo que se puede esperar de una lectura, pero me he llevado una decepción. No es un libro sobre la biografía de Machado de Assis aunque aspectos de su vida son evocados. Encontré que a esta publicación le falta « ángel », la encontré algo aburrida.

Según el literato mexicano Christopher Domíngez M. Machado de Assis y Edwards tienen puntos en común : ambos son narradores incisivos, bromistas, cultos. Y Jorge Edwards se ha inspirado en esta particularidad de las novelas de Machado ; el guiño constante hacia el lector, la ironía fina.

Es un libro que comprende tres partes bien distintas : 1) las impresiones de lectura de Don Jorge Edwards sobre extractos de algunos libros de Machado de Assis en la primera parte; 2)  en la segunda parte tenemos los extractos de la obra de Machado con una traducción del propio Jorge Edwards del portugués y 3) el texto original de Machado.

Según el escritor Edwards, existe un paralelismo (que yo no había vislumbrado) entre Kafka y Machado : la comparación con Kafka era desconcertante, pero no dejaba de tener un lado sugerente. Quizá la extrañeza más bien tranquila de los textos machadianos, acompañada de cierta crueldad, de un carácter implacable y frío de la visión, frialdad acompañada de un temblor profundo, de un aire inquietante, podían justificar el paralelo. Machado de Assis, después de salir del sentimentalismo dulzón, más bien lacrimoso, del Romanticismo en versión iberoamericana, había asumido la mirada distante e irónica y a la vez comprometida, de la novela moderna. Era un precursor de la modernidad en literatura, como Laurence Sterne , como Cervantes en el Quijote y en algunas de las novelas ejemplares.

Dice Edwards que en la literatura iberoamericana, el caso más interesante de invención de un narrador literario es el de Machado de Assis en los alrededores de 1880 y de sus 40 años de edad, en los momentos de crear su Brás Cubas. Inventar un narrador lúcido, libre, dotado de sentido del humor y de ideas personales, no impostadas ni copiadas, que cuenta desde una distancia, que sabe combinar la frialdad con la pasión, no era absoluto fácil en la América de lengua española o portuguesa del siglo XIX (pg 53).

Machado de Assis es otro escritor del yo, en la línea iniciada por Montaigne en el siglo XVI. Se narra a si mismo desde diversos puntos de vista, con máscaras diferentes, cambiantes, entre bromas y veras. Parte de su magia continua, de su juego, consiste en cambiar de máscara con un pase rápido (pg 65).

El último párrafo me gustó : fue uno de los grandes cuentistas de América Latina y de toda la lengua portuguesa. Y una mezcla fascinante, en novela, de memorialista, ensayista y autor de ficciones. Su vigencia moderna es enorme y está, por lo tanto, destinado a ser redescubierto, releído, reexaminado a cada rato, a cada vuelta del camino.

 

MACHADO DE ASSIS, Ediciones Omega 2002,  ISBN 84-282-1258-9

El laberinto de la soledad de Octavio Paz

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Octavio Paz fue un poeta, escritor, ensayista y diplomático mexicano (Ciudad de México 1914-1998). Recibió el Premio Nobel de Literatura en 1990. Su obra es extensa y abarcó géneros diversos con poemas, ensayos y traducciones. Estuvo casado en primeras nupcias con la escritora mexicana Elena Garro a quien le leí el excelente libro Los recuerdos del porvenir.

En 1945 llegó a Paris, donde permaneció hasta 1951 conociendo a los surrealistas y publicando en 1950 en Paris  El laberinto de la soledad, un ensayo antropológico sobre los pensamientos y la identidad mexicanos. La Biblioteca Cervantes de Paris lleva su nombre.

 2014 fue el Año de Octavio Paz en virtud de que el 31 de marzo 2014 se cumplieron 100 años del natalicio del escritor. Se destaca que sin la obra de Paz y sus aportaciones teóricas, sería difícil comprender la vida cultural de Hispanoamérica, y al igual que otros escritores como Juan Ramón Giménez, Vicente Huidobro, Cesar Vallejo o Pablo Neruda, abrió caminos para nuevas generaciones del siglo 21. La aportación intelectual del escritor abarca la filosofía, la poesía, el ensayo, la historia, el arte, las relaciones internacionales, la música y « a semejanza de los sabios griegos, trató de llegar a la totalidad del conocimiento ».

Sus premios son legión, además del Nobel, se le otorgó el Cervantes en 1981. Su obra ensayística es vasta y variada (28 títulos !).  Publiqué un billete en abril 2014 sobre el libro La llama doble,  un ensayo erudito sobre el amor, el sexo y el erotismo: un libro poderoso, interesante y docto; el amor… un tema privilegiado en la obra de Paz

El laberinto de la soledad fue escrito en Francia en 1949 y publicado en 1950 a los 35 años de edad, es su obra cumbre y un ensayo sobre la preocupación del autor entorno a la mexicanidad, a su psicología y a su moralidad. En esta obra Octavio Paz busca cuáles son los orígenes y las causas del comportamiento del ente mexicano en lo individual como en lo colectivo; hace un análisis psicológico del actuar del mexicano a través de las etapas históricas : la Conquista y la Colonia, la Reforma, la Revolución y la época contemporánea. Las preguntas que lo llevaron a escribir este libro son ¿quién soy yo? ¿de dónde vengo? Es un libro total que abarca la Historia, el amor, la tradición, la religión y el arte. El texto parte de una situación personal de soledad, de confusión, de desconcierto. Desde la confesión individual se comienza a ordenar el mundo; es un libro de iniciación donde Octavio Paz analiza su destino individual hasta llegar a examinar el destino del mexicano. Dice Octavio Paz en el apéndice del libro que la plenitud, la reunión, que es reposo y dicha, concordancia con el mundo, nos esperan al fin del laberinto de la soledad.

Se hizo una película en 1989 con el padre dominico Julián Pablo, un gran amigo de Buñuel, Paz y Fuentes.

Hoy en día este libro es un clásico en la educación escolar de los mexicanos y ha entrado en la imaginación colectiva de los lectores. En los años 50 el libro se leyó muy poco fuera de algunos intelectuales. Se necesitó llegar a 1968 para una mayor difusión y lectura; en 1969 Paz le agregó Postdata, un capítulo adicional pero que se convierte casi en un libro autónomo. A partir de los 70 el libro circula de manera masiva explicado ésto por la mini revolución del 68 y por la ampliación de la masa de lectores.

Es interesante destacar en contrapunto de esta obra importante aquella de Carlos Fuentes también publicada en los años 50, siendo Fuentes algo más joven que Paz, pero teniendo las mismas inquietudes en el mismo momento y viviendo en Paris en la misma época. Carlos Fuentes habla en su obra La región más transparente del laberinto que es  la ciudad de México donde se pierden los personajes y Octavio Paz retoma esta idea de laberinto. Pero el estilo de Paz es mucho más sencillo, menos críptico y barroco que el de Fuentes.

El libro El laberinto de la soledad tiene un epígrafe magnífico…en la incurable otredad que padece lo uno...; el libro es un ensayo que consta de 8 capítulos más un apéndice que Paz agregó en el año 1969 , intitulado Postdata basado en una conferencia pronunciada en la Universidad de Texas. El libro es una confesión y una declaración sobre la naturaleza y la constitución del ser mexicano, resultado de un largo proceso de mestizaje con el objetivo de entender la entidad nacional. Pero es una obra exploradora que va más allá del ente mexicano porque refleja también al latinoamericano y al mesoamericano. Es un capítulo que trata de modernizar el contenido del libro aportando luces sobre el México moderno. Es el capítulo que menos me interesó porque no soy ninguna experta en geopolítica mexicana.

Citaré algunos pasajes que me parecieron interesantes :

Dice Octavio Paz que la contemplación del horror, y aun la familiaridad y la complacencia en su trato, constituyen contrariamente uno de los rasgos más notables del carácter mexicano. Nuestro culto a la muerte es culto a la vida, del mismo modo que el amor, que es hambre de vida, es anhelo de muerte. El gusto por la autodestrucción no se deriva nada más de tendencias masoquistas, sino también de una cierta religiosidad. El mexicano se me aparece como un ser que se encierra y se preserva : máscara el rostro y máscara la sonrisa. Plantado en su arisca soledad, espinoso y cortés a un tiempo, todo le sirve para defenderse : el silencio y la palabra, la cortesía y el desprecio, la ironía y la resignación. Tan celoso de su intimidad como de la ajena, ni siquiera se atreve a rozar con los ojos al vecino…

La simulación que exige una invención activa y que se recrea a si misma a cada instante, es una de nuestras formas de conducta habituales. Mentimos por placer y fantasía, si, como todos los pueblos imaginativos, pero también para ocultarnos y ponernos al abrigo de intrusos. La mentira posee una importancia decisiva en nuestra vida cotidiana, en la política, el amor, la amistad. Con ella no pretendemos nada más engañar a los demás, sino a nosotros mismos

No solo nos disimulamos a nosotros mismos y nos hacemos transparentes y fantasmales; también disimulamos la existencia de nuestros semejantes. No quiero decir que los ignoremos o los hagamos menos, actos deliberados y soberbios. Los disimulamos de manera más definitiva y radical : los ninguneamos. El ninguneo es una operación que consiste en hacer de Alguien, Ninguno. La nada de pronto se individualiza, se hace cuerpo y ojos, se hace Ninguno.

¡Viva México, hijos de la Chingada ! frase que refleja toda la angustiosa tensión que habita a los mexicanos. ¿Quien es la Chingada? Ante todo, es la Madre. Es una de las representaciones mexicanas de la Maternidad, es la madre que ha sufrido, metafórica o realmente, la acción corrosiva e infamante implícita en el verbo que da nombre. En México los significados de la palabra son innumerables. Es una voz mágica. Basta un cambio de tono, una inflexión apenas, para que el sentido varie. Hay tantos matices como entonaciones : tantos significados como sentimientos. Pero la pluralidad de significaciones no impide que la idea de agresión se presente siempre como significado último. El verbo denota violencia, salir de si mismo y penetrar por la fuerza en otro. La idea de romper y de abrir reaparece en casi  todas las expresiones. La voz está teñida de sexualidad, pero no es sinónima del acto sexual. El que chinga jamás lo hace con el consentimiento de la chingada. Lo chingado es lo pasivo, lo inerte y abierto, por oposición a lo que chinga, que es agresivo, activo y cerrado. La relación entre ambos es violenta, determinada por el poder cínico del primero y la impotencia de la otra. El poder mágico de la palabra se intensifica por su carácter prohibido. Nadie la dice en público. Es una voz que sólo se oye entre hombres, o en las grandes fiestas. Al gritarla, rompemos un velo de pudor, de silencio o de hipocresía. Nos manifestamos tales como somos de verdad. Las malas palabras son proyectiles o cuchillos. Desgarran.

A propósito de la Conquista…a pesar de las contradicciones que la constituyen, la Conquista es un hecho histórico destinado a crear una unidad de la pluralidad cultural y política precortesiana. Frente a la variedad de razas, lenguas, tendencias y Estados del mundo prehispánico, los españoles postulan un solo idioma, una sola fe, un solo Señor. Si México nace en el siglo XVI, hay que convenir que es hijo de una doble violencia imperial y unitaria : la de los aztecas y la de los españoles. El bautizo ofrecía a los indios la posibilidad de formar parte, por la virtud de la consagración, de un orden y de una iglesia. Por la fe católica los indios, en situación de orfandad, rotos los lazos con sus antiguas culturas, muertos sus dioses tanto como sus ciudades, encuentran un lugar en el mundo. Esa posibilidad de pertenecer a un orden vivo y encontrar un sitio en el Cosmos. La huída de los dioses y la muerte de los jefes habían dejado al indígena en una soledad tan completa como difícil de imaginar para un hombre moderno.

Imposible citar todo porque este libro es muy rico en contenido, interesante, esclarecedor, bastante cartesiano y por ende afrancesado, contrastando con la escritura críptica y barroca, sobre el mismo tema, de Carlos Fuentes. En una conferencia del año 2000 del brillante catedrático Alejandro Rossi, el orador concluía diciendo que El laberinto de la soledad es esencialmente un mito ordenador y al mismo tiempo una hazaña poética y un altísimo despliegue de inteligencia. Todo está dicho.

EL LABERINTO…, Fondo de Cultura Económica (Mexico)1996, O Paz 1950, ISBN 968-16-3937-5

L’art du roman de Milan Kundera

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Milan Kundera est un romancier, essayiste et dramaturge franco-tchèque (Moravie 1929) mais avant tout européen, cosmopolite et international. Il est installé en France depuis 1975 se naturalisant français en 1981. Ses livres ont été traduits dans plus de 30 langues et il est considéré à l’étranger comme un écrivain majeur. Il est détenteur de plusieurs prix et il a été cité plusieurs fois comme « nobélisable ». Milan Kundera écrit directement ses livres en français depuis 1993. Et gloire suprême, il est rentré de son vivant à La Pléiade.

Son livre le plus connu est L’insoutenable légèreté de l’être de 1984,  lecture que j’avais beaucoup appréciée et que je devrais relire car la maturité apporte quelques lumières; j’ai aussi adoré le film qui en a été fait en 1988 par l’américain Philip Kaufman.

Son essai L’art du roman date de 1986 et réunit 7 textes indépendants conçus entre 1979 et 1985, écrits directement en français. L’écrivain donne son point de vue sur la littérature et sur ce qui représente pour lui le roman européen; de ce point de vue là nous appréhendons la richesse incommensurable, que nous, européens, possédons en matière de littérature, de peinture et de culture en général. Et quelle erreur de la part des politiques pour nous faire avaliser une Europe à travers des vues économiques, de traités abscons, de redondances administratives, de complications à n’en plus finir, alors que la vieille Europe possède d’est en ouest un passé culturel (dont littéraire), inégalé dans le monde entier et que n’importe quel autre continent nous envie : c’est la culture européenne qui fait la force de cohésion en Europe et c’est notre immense richesse commune.

Pour revenir à l’essai de Kundera d’à peine 190 pages, il se lit avec circonspection car il n’est pas d’un abord facile, il nécessite de la concentration; il est très intéressant parce qu’il fait preuve de pas mal de culture et de pédagogie. La conception en 7 chapitres n’est pas due au hasard, c’est un chiffre cher à l’écrivain et qui fait partie du plan architectonique de ses romans. La division du roman en parties, des parties en chapitres, des chapitres en paragraphes, autrement dit l’articulation du roman, il la veut d’une grande clarté. Chacune des sept parties est un tout en soi. L’écriture est simple, sans subterfuges. Kundera se définit comme romancier et non comme écrivain car il veut disparaitre derrière son oeuvre

Il revisite ses sources du roman européen en commençant par le Quichotte de Cervantes ; il parle aussi beaucoup des maitres de l’ambiguïté comme Hermann Broch et Kafka.  De Kafka il signale si justement combien le comique est inséparable de l’essence même du kafkaïen qui nous mène à l’intérieur, dans les entrailles d’une blague, dans l’horrible du comique.

Il adopte le principe polyphonique dans ses romans car il est un vrai musicien avec les sept parties où chaque personnage attaque le texte de façon différente.

Milan Kundera soutient que un bon essayiste est un écrivain qui a des choses, des pensées intéressantes à dire ; un bon romancier doit se laisser effacer par ses personnages. Car Emma Bovary est plus connue que Flaubert, Anna Karénine que Tolstoï, Don Quichotte que Cervantes, etc

Il nous parle, entre autres topiques, de la crise de l’humanité européenne déjà présente en 1935 et évoquée par Edmund Husserl, trois ans avant sa mort. Pour Husserl  l’adjectif « européen » désignait l’identité spirituelle qui s’étend au-delà de l’Europe géographique et qui est née avec l’ancienne philosophie grecque qui interrogeait non pas pour satisfaire tel ou tel besoin pratique mais parce que la « passion de connaître s’est emparée de l’homme ». La crise dont Husserl parlait lui paraissait si profonde qu’il se demandait si l’Europe était encore à même de lui survivre. Les racines de la crise,  il croyait les voir au début des Temps modernes, chez Galilée et chez Descartes, dans le caractère unilatéral des sciences européennes qui avaient réduit le monde à un simple objet d’exploration technique et mathématique, et avaient exclu de leur horizon le monde concret de la vie, die Lebenswelt. L’essor des sciences propulsa l’homme dans le tunnel des disciplines spécialisées. Plus il avançait dans son savoir, plus il perdait des yeux et l’ensemble du monde et soi-même, sombrant ainsi dans ce que Heidegger, disciple de Husserl, appelait, d’une formule belle et presque magique, « l’oubli de l’être ».

Tous les grands thèmes existentiels que Heidegger analyse dans Etre et Temps, ont été dévoilés, montrés, éclairés par quatre siècles de roman européen. Un par un, le roman a découvert, à sa propre façon, par sa propre logique, les différents aspects de l’existence : avec les contemporains de Cervantes, il se demande ce qui est l’aventure ; avec Samuel Richardson, il commence à examiner « ce qui se passe à l’intérieur », à dévoiler la vie sécrète des sentiments ; avec Balzac, il découvre l’enracinement de l’homme dans l’Histoire ; avec Flaubert, il explore la terra jusqu’alors incognita du quotidien ; avec Tolstoï, il se penche sur l’intervention de l’irrationnel dans les décisions et le comportement humains. Il sonde le temps : l’insaisissable moment passé avec Marcel Proust ; l’insaisissable moment présent avec James Joyce. Il interroge avec Thomas Mann, le rôle des mythes qui, venus du fond des temps, téléguident nos pas. Etc, etc.

Les conférences où Husserl parla de la crise de l’Europe et de la possibilité de la disparition de l’humanité européenne, furent son testament philosophique. Ils les prononça dans deux capitales d’Europe centrale. Cette coïncidence possède une signification profonde : en effet, c’est dans cette même Europe centrale que, pour la première fois dans son histoire moderne, l’Occident put voir la mort de l’Occident, ou, plus précisément, l’amputation d’un morceau de lui-même quand Varsovie, Budapest et Prague furent englouties dans l’empire russe.

Milan Kundera nous promène dans ce livre parmi les auteurs européens qu’il admire. Il y a des pages admirables sur le plus méconnu de tous : Hermann Broch qui a quitté l’Autriche pour l’Amérique où il mourut. Broch l’aide à lire d’autres auteurs parce que dans l’optique de Broch, le roman moderne continue la même quête à laquelle ont participé tous les grands romanciers depuis Cervantes.

La sixième partie est très savoureuse. Elle comporte 69 mots pour définir l’univers de Kundera; certains de ses romans qui ont été traduits, ont été dénaturés et sortis de son univers. La définition qu’il donne du mot Europe me parait si intéressante surtout dans le contexte socio-politique actuel. EUROPE = Au Moyen Age, l’unité européenne reposait sur la religion commune. A l’époque des Temps modernes, elle céda la place à la culture (art, littérature, philosophie) qui devint la réalisation des valeurs suprêmes par lesquelles les Européens se reconnaissaient, se définissaient, s’identifiaient. Or, aujourd’hui, la culture cède à son tour la place. Mais à quoi et à qui? Quel est le domaine où se réaliseront des valeurs suprêmes susceptibles d’unir l’Europe? Les exploits techniques? Le marché? La politique avec l’idéal de démocratie, avec le principe de tolérance, si elle ne protège plus aucune création riche ni aucune pensée forte, ne devient-elle pas vide et inutile? Ou bien peut-on comprendre la démission de la culture comme une sorte de délivrance à laquelle il faut s’abandonner avec euphorie? Je n’en sais rien. Je crois seulement savoir que la culture a déjà cédé la place. Ainsi, l’image de l’identité européenne s’éloigne dans le passé. Européen : celui qui a la nostalgie de l’Europe.

Le mot PSEUDONYME : je rêve d’un monde où les écrivains seraient obligés par la loi de garder secrète leur identité et d’employer des pseudonymes. Trois avantages : limitation radicale de la graphomanie, diminution de l’agressivité dans la vie littéraire; disparition de l’interprétation biographique d’une oeuvre.

Et bien sûr sa définition de ROMAN : la grande forme de la prose où l’auteur, à travers des ego expérimentaux (personnages) examine jusqu’au bout quelques thèmes de l’existence. Par la richesse de ses formes, par l’intensité vertigineusement concentrée de son évolution, par son rôle social, le roman européen (de même que la musique européenne) n’a son pareil dans aucune autre civilisation.

Pour finir Kundera nous dit que les grands romans sont toujours un peu plus intelligents que leurs auteurs. Les romanciers qui sont plus intelligents que leurs œuvres devraient changer de métier. Ah, il faut oser le dire.

Quelques citations de Kundera : « le trait distinctif du vrai romancier, il n’aime pas parler de lui- même« ; « composer un roman c’est juxtaposer différents espaces émotionnels, et que c’est là, selon moi, l’art le plus subtil d’un romancier« ; « le roman est une méditation sur l’existence vue au travers de personnages imaginaires« ; « le romancier n’est ni historien ni prophète, il est explorateur de l’existence ».

VIVE L’EUROPE CULTURELLE.

L’ART DU ROMAN, Folio 2702(Gallimard 1986),  ISBN 978-2-07-032801-7