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Les trois jours de Pompéi d’Alberto Angela

Résultat de recherche d'images pour "i tre giorni di pompei alberto angela" Alberto Angela est un paléontologue, écrivain, journaliste et présentateur d’émissions culturelles italien (Paris 1962).

Les trois jours de Pompéi (2017) s’est vendu a plus de 200 000 exemplaires en Italie, un énorme succès pour ce livre reconstituant la vie à Pompéi et alentours, quelques heures avant le cataclysme de l’année 79 de notre ère. Ce drame tellurique aurait eu lieu en octobre et non au mois d’août comme cela a été évoqué le plus souvent. Aussi, ce n’est pas le volcan Vesube qui serait à l’origine de l’éruption mais le volcan Somma qui était bien camouflé dans le relief. Autrement dit, les pompéiens ne savaient pas qu’ils étaient au pied d’un volcan mais ils le voyaient comme un simple mont, même si les signes avant coureurs d’une explosion étaient nombreux.

Déjà en l’an 62 de notre ère, un autre tremblement de terre avait touché cette région de la Campanie, à tel point que beaucoup d’habitants avaient déserté le lieu et vendu leur logement principalement aux nouveaux riches de l’époque, les affranchis.

Le livre reconstitue la vie de Pompéi et d’autres lieux proches avec une abondance de détails de tout genre, ce qui donne un aperçu très vivant de la vie avant le drame à travers divers personnages ayant existé et ayant appartenu a des différents couches sociales. Leur vie était déjà sophistiquée à cette époque avec, par exemple, l’interdiction de circuler la nuit pour les véhicules à roues, ils pouvaient circuler la nuit grâce à des rails le long de trottoirs pour ne pas gêner les piétons. La vie de tous les jours est remarquablement décrite, comme par exemple la production du pain sous forme de miches qui étaient épicées. Les blanchisseries utilisaient l’urine pour traiter le linge ce qui fait que les urines étaient ramassées gratuitement dans des amphores disponibles dans les rues avec l’inconvénient en ville de devoir supporter des odeurs fortes; c’est pour cette raison que l’empereur Vespasien a décidé de taxer l’urine utilisée par les fouleries (des esclaves foulent au pied des vêtements dans un mélange d’eau et de substances alcalines comme la soude et l’urine) et de cette époque émane la phrase célèbre de Vespasien à ceux qui rouspétaient pour la taxe « pecunia non olet » c’est à dire l’argent n’a pas d’odeur. A l’époque,  la principale source d’informations en tout genre se situait au Forum, ensuite les informations circulaient dans les bars qui existaient en très grand nombre.

C’est vraiment très intéressant et facile à lire, très documenté,  même si je dois avouer que le ton employé m’a quelque peu agacé car plus destiné à des élèves du secondaire qu’à des lecteurs aguerris.

Quelques informations sont précises comme par exemple la taille des gens à cette époque: les hommes mesuraient 1,66 et les femmes 1,50 avec une espérance de vie autour de 50 ans; il a fallu 2000 ans pour doubler cette espérance de vie…

La grande déflagration du 24 octobre 79 a été précédée de 43 séismes dont un fort tremblement de terre en 62, si fort que beaucoup d’habitants nantis avaient déjà abandonné les lieux, Pompéi et la campagne environnante où des somptueuses demeures existaient. Cela fait que la ville de Pompéi était partiellement en reconstruction.

Le volcan Somma a déversé en 20 heures suite à l’explosion 10 milliards de tonnes de magma sur 15 Km et sur une épaisseur de 3 mètres par endroits, avec un débit de magma de 70 000 tonnes par seconde! Cette catastrophe a fait plus de 20 000 morts, c’est inimaginable et c’était difficilement évitable. Il paraît que entre le moment de l’explosion et la fin, les gens n’avaient que très peu de temps pour échapper à la mort.

Les dégâts ont été très différents à Pompéi par rapport à Herculanum. Dans cette dernière petite ville les gens ont été tués de façon immédiate par l’onde de choc thermique qui a atteint quelques 500 degrés avec la vague silencieuse de magma qui s’est propagée en 6 couches à 100 Km/heure ! A cette température la boîte crânienne éclate et le corps est calciné de façon instantanée de telle façon que les gens ont gardé la posture qu’ils avaient à ce moment précis. Heureusement qu’ils n’ont pas eu le temps de souffrir.

Un livre saisissant qui décrit bien ce que fût l’apocalypse pour tant de gens.

Je suis toujours épatée par la facilité avec laquelle voyageaient certaines personnes dans l’Antiquité. Ils allaient d’un site à un autre avec une grande facilité essentiellement par voie de mer.

LES TROIS JOURS DE POMPÉI, Payot 2017 (AA 2014),  ISBN 9798-2-228-91863-3

Les trois saisons de la rage de Victor Cohen Hadria

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Victor Cohen Hadria est un écrivain français (Tunis 1949), réalisateur pour la TV d’émissions médicales et de fictions.

Les trois saisons de la rage (2010) a été 3 fois primé : Prix du Premier Roman 2010 et Prix des Libraires + Prix Littéraire de la ville de Caen 2011.

C’est un livre que j’ai lu avec plaisir et pas mal d’émotion. C’est une étude de moeurs dans la France de 1859, essentiellement en Normandie mais aussi à Paris à une époque charnière du développement industriel dont l’avènement du train et d’autres progrès.

Le livre est monté de façon originale.

La première partie ou La rage de vivre est épistolaire. Deux médecins vont correspondre afin de  permettre à  Brutus Délicieux de garder le contact avec sa famille. Brutus est un conscrit de 20 ans parti faire la guerre en Italie du temps de Napoleon III. Ce Brutus Délicieux avait  tiré un bon numéro de la conscription, mais il l’a vendu à un autre paysan plus riche afin d’apporter un pécule à sa famille en difficulté. Il laisse au pays une fiancée, une pauvre fille malmenée et exploitée par un père cabaretier. Les deux médecins sont le Dr Charles Rochambaud, médecin militaire et le Dr Jean Baptiste Le Coeur (le bien nommé !), médecin de campagne à Rapilly dans la vallée de l’Orne. Brutus, sa fiancée et les familles respectives sont illettrés, d’où la nécessité de passer par un  scribe. Il se trouve que Brutus est l’ordonnance de Rochambaud et qu’au début de son service, il va s’avérer un subordonné attentif et exemplaire mais au gré de la campagne militaire, il va se révéler un être abjecte.

Rochambaud et Le Coeur se connaissent car le père de Charles Rochambaud avait fréquenté Jean Baptiste Le Coeur qui avait eu une aventure avec sa femme avant son mariage. Et si le Dr Rochambaud était en fait son fils? C’est tout dans l’air du temps jadis.

La deuxième partie du livre ou La rage d’aimer est le journal que tient le Dr Le Coeur, entre janvier et juin 1859. Ici nous avons le détail minutieux de l’exercice de son art, avec des patients appartenant à toutes les classes sociales, les histoires incroyables des villageois, et l’importance du facteur humain dans ce milieu rural lors d’un exercice qui va bien plus loin que la pratique de la seule médecine; les rapports de force  avec les autres acteurs sont très forts comme avec le guérisseur, le curé, la sage-femme.  Cet exercice d’une médecine balbutiante est très intéressant, une médecine qui n’a rien de scientifique mais qui commence à se poser des questions sur l’hygiène; c’est un un monde en pleine mutation où l’on se sert du « stéthoscope de Mr Laënnec » (1816) et des « préservatifs de Mr Hutchinson »(1853). Dans ces notes le Dr Le Coeur fait état de sa pratique quotidienne (éreintante) mais aussi de sa sexualité. Après un mariage heureux, il perd sa femme de maladie et quatre années après, il est taraudé par le démon de midi. Le lecteur  connaitra toutes ses turpitudes malgré une condamnation sans appel de la sexualité par la religion. En outre le bon Dr Le Coeur écrit avec ses moyens de bord un traité sur la rage ce qui donne le titre du roman.

La fin du livre est surprenante et quelque peu abrupte. Elle m’a laissé perplexe.

L’écriture est élégante, pertinente, avec quelques longueurs dans la deuxième partie, le langage est quelque peu anachronique ce qui ajoute du charme au livre.

LES TROIS SAISONS, Albin Michel 2010,  ISBN 978-2-226-21515-4

Un été au Kansai de Romain Slocombe

Résultat de recherche d'images pour "romain slocombe" Romain Slocombe est un écrivain, réalisateur, traducteur, illustrateur (BD) et photographe français (Paris 1953). Il est très impliqué avec le Japon qu’il connaît bien.

J’ai lu des critiques élogieuses sur Un été au Kansai et j’ai souhaité le lire. C’est une lecture intéressante , ne serait-ce que par l’originalité du point de vue. Je suis impressionnée mais non conquise.

C’est un roman épistolaire à sens unique, basé sur les lettres que Friedrich Kessler, citoyen du III Reich en poste diplomatique au Japon écrit à sa soeur Liese, journaliste, restée à Berlin. La période se situe entre 1941 et la débâcle de 1945. Si le frère travaillait à l’Ambassade d’Allemagne au Japon, il se devait d’être national-socialiste et pro-nazi comme tout fonctionnaire des Affaires Etrangères et l’on peut imaginer aisément que cela n’était pas « négociable » au sein de la Chancellerie allemande…Quant à la sœur elle travaillait dans les medias allemands.

Le livre commence quand le journaliste Roman Wojak part en Basse Silésie interviewer Mme Liese Würhmann née Kessler et soeur de Friedrich, qui vit dans la bourgade de Görlitz à la frontière polonaise. Madame Wührmann possède une liasse de lettres que lui a adressé son frère depuis le Japon et le journaliste Wojak voudrait comprendre le passé national-socialiste du Ministère des Affaires Étrangères du Reich, considéré par certains comme une « organisation criminelle ».

A travers ces lettres très affectueuses nous apprenons que Friedrich Kessler est un « planqué »; il a voulu éviter à tout prix d’aller sur le front et ainsi, âgé  d’à peine 24 ans il a pu partir comme attaché d’ambassade à Tokyo au Service de la Propagande où il a mené une joyeuse vie malgré l’étroitesse et les intrigues permanentes inhérentes au milieu diplomatique. De plus il va beaucoup voyager et s’enticher d’estampes japonaises d’Hiroshige qu’il va collectionner, surtout celles relatives à la route du Kisokai-dô; ce livre décrit de l’intérieur la découverte du Japon par un jeune diplomate en poste à Tokyo. Quant à la soeur Liese, elle est restée de son plein gré à Berlin parce qu’elle se sentait faire partie du peuple allemand et qu’elle jugeait normal de partager son destin même sous l’aspect de ce qui de plus en plus s’apparentait à une dictature. Friedrich Kessler sentait bien que Hitler était excessif puisqu’il l’appelait « le fureur ».

Ce roman laisse paraître la naïveté avec laquelle une fraction du peuple allemand a vécu cette guerre menée par le Führer aux ambitions démesurées et fanatiques. Slocombe fait un rapprochement entre le fanatisme du Japon et celui de l’Allemagne nazie, entre un Empereur et un Führer intouchables et entre leurs thèmes de pensée, bouddhisme zen d’une part et les sources païennes du national socialisme allemand d’autre part.

Ce qui est intéressant est de confronter la fin de la guerre avec la prise de Berlin par les russes et les bombardements de Tokyo par les américains. Kessler raconte à sa sœur comment le Japon était pris d’une frénésie paranoïaque en voyant dans chaque occidental un espion à la solde des américains. Tout cela a abouti à l’anéantissement d’un côté comme de l’autre:  la souffrance des tokyoïtes et des berlinois fut indescriptible. En outre, à la fin du roman le jeune Kessler veut fuir Tokyo et part vers le Kansai si bien dépeint par Hiroshige; au cours de cette pérégrination il sera à Hiroshima le 6 août 1945 lors du lancement de la bombe atomique. Le descriptif de ce que fût cette bombe sur Hiroshima, correspond à l’Apocalypse. C’est insoutenable, c’est dément. Rien que pour cela, ce livre nous donne un aperçu de ce qu’a pu être cette horreur.

Après le suicide de Hitler un collègue de Kessler pense que « un grand homme est mort, c’est la seule chose dont je puis être certain aujourd’hui. Sans doute était-il mal entouré, cependant sa passion était sincère. Il aura marqué son époque et redonné sa fierté et son courage à notre peuple. Son but principal était de bâtir une Allemagne forte et indépendante, une forteresse contre le communisme. La catastrophe à laquelle tout cela a abouti, je ne puis l’en rendre entièrement responsable. Ce n’est pas la faute du Führer, ni des Allemands, si nos ennemis se sont révélés plus nombreux et plus forts que nous...(page 251)

Lorsque l’annonce de la mort de Hitler arrive à l’ambassade du Japon, l’ambassadeur fait mettre le drapeau en berne et invite la communauté allemande, le gouvernement japonais et amis à une « heure de commémoration pour le Führer Adolf Hitler tombé au combat pour l’Allemagne ».

Loin du Japon, Liese Kessler vécut l’horreur de Berlin et fût maintes fois violée par les russes.

On comprend l’accueil mitigé que l’on a reservé à ce livre en Allemagne. Exactement comme pour Une femme à Berlin, (d’auteur anonyme), autorisé de publication après la mort de l’auteure et qui décrit sous la forme d’un journal ce qu’elle a vécu jusqu’à l’entrée des russes. C’est le meilleur livre jamais lu sur cette part de la II Guerre. Hallucinant.

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Estampe d’Hiroshige: les 53 étapes de la route du Tōkaidō.

UN ÉTÉ À KANSAI, Arthaud 2015,  ISBN  978-2-0813-0079-8

La nuit des béguines d’Aline Kiner

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Aline Kiner est née en Moselle, c’est un écrivain français avec des études de Lettres, aujourd’hui rédactrice en chef du magazine Sciences et Avenir, passionnée par le Moyen Âge.

La nuit des béguines (2017) serait son quatrième ouvrage, un livre charmant qui se lit avec une certaine émotion car on apprend beaucoup sur ces femmes dans le Paris médiéval.

Les béguines étaient des femmes pieuses mais laïques qui vivaient sans tutelle masculine au sein des communautés autonomes appelées béguinages.

Ces communautés ont existé surtout en Europe du Nord et le mot béguinage émane du néerlandais begijnhof. Le béguinage est une ville dans la ville où 1 à 2 rangées de maisons s’alignent autour d’une cour avec jardin et d’une église. Ces maisons abritent des femmes qui n’ont pas prononcé de voeux et qui vivent en autarcie et autonomie.

En 1264 Saint Louis installe des béguines dans le Grand Béguinage Royal sis dans le Marais entre les actuelles rue Charlemagne au nord, rue du Fauconnier à l’ouest et rue de l’Ave-Maria au sud. Environ 400 béguines y habitaient, dirigées par une maîtresse nommée par l’aumonier du roi. L’entrée des maisons qui donnait sur la rue  était condamnée et chaque maison était habitée par 2 béguines au moins. Les plus pauvres logeaient dans un bâtiment commun au chevet de l’église. Le béguinage abritait aussi une infirmerie et une école pour les enfants filles des béguines.

En 1461 Louis XI va remplacer le béguinage par les religieuses du Tiers-Ordre franciscain et la communauté prit le nom de couvent de l’Ave-Maria; ce couvent fut supprimé en 1790 et devint une caserne puis un marché. A la fin du XIXè on y construisit une école; aujourd’hui l’emplacement est occupé par les annexes du Lycée Charlemagne. C’est ce cadre historique qui servira de décor au roman d’Aline Kiner.

Le roman débute en 1312 quand une jeune femme, Maheut, vient demander asile car elle a été violentée par son mari après avoir été vendue par son frère comme épouse. Elle est accueillie et cachée alors qu’elle est mariée et de plus, enceinte. Ceci permet de faire la connaissance de cette communauté qui vit en autarcie, où chaque femme a un rôle à jouer pour l’ensemble. Ce sont des temps troubles, car l’Inquisition règne, l’austère Philippe le Bel est roi, un homme qui prônait la sévérité pour lui même mais aussi pour ses sujets et des voix s’élevaient pour juger les béguinages comme des centres d’hérésie et de désobéissance.

Dans ce contexte, la béguine Marguerite Porete (portrait ci-après) avait écrit en langue d’oïl (et non en latin) son brûlot Le miroir des âmes simples anéanties et qui seulement en vouloir et désir d’amour (sic); un ouvrage subversif qui ne mâche pas ses mots contre l’Église. Le livre est condamné pour hérésie dès 1300 et son auteur sera dénoncée à l’Inquisition et brûlée vive en place de Grève le 1 juin 1310.

Marguerite PoreteArrive au béguinage royal un moine érudit, Humbert, avec une double mission, ramener Maheut à son mari par la force, mais aussi confier la traduction en français de l’ouvrage de Marguerite Porete  et pour cela, la belle et taiseuse Ade a toutes les qualités requises pour mener à bien cette entreprise; elle se fera aider et seconder par Humbert qui ne sera pas insensible à sa féminité, sa grâce et ses connaissances étendues.

C’est un monde très renfermé et assez privilegié, mais c’est un monde féminin où les trahisons et les délations pour l’amour d’un homme peuvent se manifester.

Le béguinage, un monde libre pour la femme médiévale? Ô que nenni ! C’est une illusion de liberté qu’il fallait quelque peu cacher et dissimuler pour ne pas heurter les bienpensants.

Un livre intéressant à lire qui renseigne sur beaucoup de petits détails du Paris de Philippe le Bel dont le règne fut assez sanguinaire. Il a combattu et brûlé vifs beaucoup de Templiers, mais aussi il a sévi au sein même de sa proche famille lorsqu’il a fait écorcher vifs et sur la place publique les trois galants qui avaient pratiqué l’adultère avec ses brus…

J’ai le souvenir d’un voyage à Bruges sous le soleil et d’avoir visité au coeur même de la charmante ville un havre de paix, un béguinage, sur lequel on m’a expliqué brièvement son utilité (photo ci-après):

 

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LA NUIT DES BÉGUINES, Liana Levi 2017,  ISBN 978-2-86746-946-6

Les Cygnes de la Cinquième Avenue de Melanie Benjamin

Résultat de recherche d'images pour "melanie hauser the swans of 5th avenue" Melanie Benjamin est le nom de plume de l’écrivain nord-américaine Melanie Hauser née Miller, auteur de nouvelles et de fictions historiques. Elle a dû changer son nom de plume après ses deux premiers romans en raison d’une homonymie avec la journaliste sportive Melanie Hauser devenant alors Melanie Lynne Hauser puis Melanie Benjamin à partir de 2010. Elle fait partie de la Maison d’édition Random House.

Les Cygnes de la Cinquième Avenue 2017 (The Swans of Fifth Avenue, 2016) est son cinquième roman historique. Il retrace surtout la vie de l’écrivain Truman Capote entre les années 55-68 autour de la vie d’une poignée de belles femmes riches et amies qu’il nomma « ses cygnes ».

C’est un livre que j’ai lu avec intérêt car il est très bien documenté sur le sujet: ces femmes de la post guerre qui furent des icônes incontestés de la mode et de bonnes manières, tout spécialement l’héroïne de ce roman, la très belle et inégalée Babe Paley née Barbara Cushing.

Babe Cushing faisait partie des trois fabuleuses soeurs Cushing qui avaient été formatées par leur mère pour devenir les épouses parfaites d’hommes riches, de véritables faire-valoir de maris riches et puissants enviés de tous, car possédant des épouses de rêve dévouées à leur ego.

Babe Cushing, après un premier divorce épousa William S. Paley, un magnat des médias, propriétaire de CBS, très bien introduit dans les milieux politiques huppés et dans les milieux artistiques et financiers malgré des origines juives. Elle lui donna deux enfants mais elle ne s’en est jamais occupée.

C’est le sémillant Truman Capote qui nomma ce groupe de femmes amies « les cygnes », car elles étaient toutes élancées et ultra minces, vêtues avec une élégance parfaite, ayant des codes vestimentaires stricts et des habitudes immuables comme par exemple de s’habiller pour se retrouver à déjeuner à La Côte Basque, un restaurant huppé de la 5è Avenue. Ces femmes menaient une vie sociale trépidante chaque jour de la semaine mais en réalité se morfondaient dans une solitude et un vide existentiels inimaginables.

Truman Capote fit la connaissance du groupe vers 1955, il avait alors un peu plus de 30 ans et il était assez séduisant : un blondinet de petite taille aux traits fins, soigné de sa personne, assez « intello » et possédant la langue la plus acérée et mortifère de tout Manhattan.

Babe Paley sera séduite par ce compagnon amusant qu’elle croisera dans des évènements mondains; elle l’introduira au sein de son groupe d’amies et très vite Truman Capote deviendra le compagnon inséparable de ces dames oisives, leur bouffon, leur amuseur, leur « rémora » aussi car il se fera inviter par tous. Son homosexualité affichée rassurera les maris. Truman Capote et Babe Paley deviendront des amoureux platoniques très proches, dépositaires chacun des secrets les plus intimes et inavoués de l’autre. Babe est complètement délaissée par son mari qui l’utilise comme faire valoir et Truman souffre d’un complexe qui lui vient de l’abandon affectif de la part de sa mère.

Truman Capote connut la gloire après la publication en 1965 de son roman phare De  sang froid, mais après ce succès immense, il connut la panne d’inspiration et il entama la lente dégringolade vers l’alcool et les drogues. C’est au cours de cette période qu’il va publier des chapitres de son prochain livre dans l’élitiste magazine Esquire et qu’il se servira de toutes les confidences que ses amies, les cygnes, avaient déposé au fil du temps et notamment celles de sa chère Babe Paley.

La trahison fut de taille. La chute de Capote fut retentissante et à la hauteur.

Voici un livre écrit avec beaucoup de grâce et d’élégance que j’ai eu plaisir à lire. Il mêle une bonne dose de faits historiques à une fiction si bien menée que le lecteur est embarqué dans une autre époque, aujourd’hui révolue, celle de l’élégance innée, celle d’une certaine insouciance, celle de l’Amérique du Nord comme parangon du confort matériel.

J’ai dans mes tablettes les oeuvres complètes de Truman Capote, lues il y a longtemps (1990 ?) publiées par Gallimard-Biblos. J’avais trouvé à l’époque que l’oeuvre de Capote était inégale et que notamment les nouvelles qui décrivaient La Louisiane, son État d’origine, étaient admirables et riches en couleur locale. Capote fut un ami intime d’enfance de Harper Lee dans leur patelin de Monroeville et il existe une légende comme quoi Capote est impliqué dans l’écriture du roman phare de Harper Lee Ne tirez pas sur l’Oiseau moqueur où il apparaît d’ailleurs sous les traits de Dill; aujourd’hui ce roman est un classique aux USA.

LES CYGNES, Albin Michel 2017,  ISBN 978-2-226-39213-8

Mary Barton d’Elizabeth Gaskell

Résultat de recherche d'images pour "elizabeth gaskell"   Elizabeth Gaskell, née Elizabeth Cleghorn- Stevenson, fut une grande romancière britannique de l’époque victorienne (Londres 1810-Hampshire 1865). Vous pouvez apprécier ci-contre un portrait de l’écrivain à l’âge de 22 ans par le miniaturiste écossais William John Thomson qui était le frère de la deuxième épouse de son père.

Lorsque sa mère meurt, elle part vivre à Knutsford (où elle sera ensevelie), ville qu’elle immortalisera sous le nom de Cranford dans un roman éponyme et dans un autre roman intitulé Épouses et Filles où elle l’appellera Hollingford. Elizabeth Gaskell commencera à écrire pour combattre une dépression  suite au décès de son fils, William, mort à 9 mois de la scarlatine.

Elle fut l’amie de Charles Dickens et de Charlotte Brontë. Charles Dickens publia ses oeuvres dans son journal Household Words. On peut rapprocher cette  écrivaine de Jane Austen et de George Eliot.

Mary Barton est son premier roman (A Tale of Manchester Life, 1848). Pour un premier roman c’est un véritable coup de maitre. Car le livre est intéressant à plusieurs titres:

  1.  C’est un véritable bildungsroman victorien ou roman d’initiation , ou roman d’apprentissage car nous allons suivre la vie de Mary Barton sur plusieurs années.
  2. Mais c’est aussi un roman historique qui nous narre cette période terrible de 1839-41 lorsque la ville ouvrière de Manchester connut une crise économique sans précédent touchant les ouvriers du textile; les gens mouraient d’inanition ou de maladies infectieuses (typhus, tuberculose) liées aux conditions d’hygiène inexistantes. Au XIXè siècle on appelait Manchester ‘cottonopolis » en raison des nombreuses usines qui filaient le coton et vers 1835 elle était la ville la plus industrialisée du monde. La Révolution industrielle a fait la richesse mais aussi la misère de cette ville.
  3. Et aussi, probablement par influence de son ami Dickens, c’est un roman que l’on appelle en Angleterre un « roman à la cuillère d’argent » (Silver Fork Novel) c’est à dire un roman où le descriptif est finement détaillé, assez critique de l’ élégance clinquante et pleine de frivolités de la bourgeoisie; ceci contrastait avec le dénuement total de la classe ouvrière et paysanne.

J’ai eu du mal avec ce roman. Il faut lire environ 300 pages très descriptives sur les conditions de vie et la vie quotidienne de ces pauvres ouvriers pour situer l’action du roman, puis cette action va s’accélérer de façon notable avec un certain  suspense ce qui fait que le lecteur, sur la fin, ne pourra pas lâcher le roman.

Pour situer la cadre du sujet romanesque, page 135…pendant les trois dernières années, le commerce avait langui de plus en plus tandis que le prix des matières premières augmentait sans cesse. La disparité entre ce que gagnaient les classes laborieuses et le prix de leur nourriture entraînait plus souvent qu’on ne l’imagine la maladie et la mort. Des familles entières étaient réduites à la portion congrue, puis à la famine. Même les philanthropes qui avaient étudié la question furent obligés de reconnaître qu’ils ne savaient trop quelles étaient les causes réelles de cette misère. Toute l’affaire était d’une nature si complexe qu’il devint pratiquement impossible d’en comprendre les tenants et les aboutissants. On ne sera donc pas surpris d’apprendre qu’une hostilité considérable se développa entre les travailleurs et les classes supérieures pendant ces temps de privations. L’indigence et les souffrances des ouvriers éveillèrent dans l’esprit de beaucoup d’entre eux de tels soupçons qu’ils se mirent à considérer leurs législateurs, leurs magistrats, leurs employeurs et même les ministres de leur religion comme leurs oppresseurs et leurs ennemis en général, ligués pour les réduire à la prostration et à l’asservissement. Le mal le plus grave, le plus durable aussi, qui se déclara pendant cette période de dépression économique est le sentiment d’aliénation entre les différentes classes de la société…

Mary Barton est une très jolie jeune fille qui a perdu sa mère très tôt et qui vit avec son père, ouvrier textile et syndicaliste. Dès son adolescence elle sera placée comme cousette ce qui lui permettra d’apporter quelque argent au foyer qui s’appauvrit de jour en jour. Sa beauté exceptionnelle fera son malheur car le riche fils d’un potentat local va la harceler de ses assiduités alors qu’il n’est intéressé qu’à la séduire et la perdre comme ce fut le lot de tant d’autres jeunes femmes de l’époque. Mais Mary Barton a un amoureux de longue date, le fils des meilleurs amis de ses parents qu’elle snobe car elle rêve d’une fulgurante ascension sociale et d’épousailles avec le séducteur. Cela est impensable pour l’époque. Mais in extremis, Mary Barton va comprendre sa méprise et réaliser l’amour qu’elle porte à ce garçon d’humble extraction qu’elle connait depuis son enfance.

Les choses ne seront pas du tout faciles pour Mary Barton, elle aura à souffrir et à payer pour avoir un jour, cru qu’elle pourrait échapper à sa condition.

Elisabeth Gaskell était fille de pasteur et femme de pasteur. Il y a dans le livre une constante invocation à la religion et aux bons sentiments. Cela peut surprendre.

Ce roman diffère terriblement de Cranford, qui a été lu et apprécié pour son côté pittoresque et bon enfant ; je ne m’attendais pas à lire un roman aussi dur, à la limite du soutenable. Nous sommes très loin des marivaudages des personnages de Cranford, mais il y a un point commun entre les deux livres qui m’a frappé : c’est l’entraide réelle et efficace parmi les gens, même totalement démunis; ils sont capables de se déposséder de ce qu’ils n’ont pas pour venir en aide de plus malheureux. Vraiment touchant. Un autre détail qui m’a interpellé, est en rapport avec la consommation d’opium que les gens « chiquaient » ou donnaient aux enfants afin de ne plus les entendre pleurer de faim. Cet opium leur apportait un moment d’oubli. Pour se procurer l’opium ils étaient prêts à tout, y compris à mettre au clou les dernières et miséreuses possessions matérielles dont ils disposaient.

Un livre terrible qui rappelle des choses ignominieuses.

MARY BARTON, Grands Romans Points P4289 (EG 1847), ISBN 978-2-7578-5884-4

La vie volée de Martin Sourire de Christian Chavassieux

Image associéeCristian Chavassieux est un écrivain français (Roanne 1960) un touche- à- tout : romans, pièces de théâtre, contes pour enfants, scénarios de BD et de films, poésie, articles de presse. L’auteur préfère l’écriture de romans parce qu’il aime leur longueur, leur amplitude et le temps qu’il exige de la part du lecteur et de l’auteur. C’est un grand lecteur de SF et il a un blog, Kronix où l’écrivain Chavassieux  démontre un vague intérêt pour tout.

Je découvre cet auteur avec La vie volée de Martin Sourire, un roman qui a du nécessiter beaucoup de recherches sur l’époque évoquée : la fin du XVIIIè et l’avènement de la Revolution Française. Je salue ici un immense travail.

Il a brodé une fiction autour d’un enfant adopté (fictif) par Marie Antoinette alors reine de France en mal d’enfants…

Il se trouve que cette reine a adopté plusieurs enfants, un fait passé un peu sous silence. Le terme d’adoption me paraît inadéquat car les enfants n’ont pas pris le nom de Capet. Je dirais plutôt que ce furent des « protégés » de la reine qui ont eu accès à son intimité et à une vie de Cour en tant que membres de la famille royale. Le premier enfant qui fut « adopté » par Marie Antoinette ce fut le petit François-Michel Gagné, un petit paysan renversé par son carrosse en 1776 qu’elle ramena à la Cour et qu’elle prénomma Armand, comme le fils de sa meilleure amie, Madame de Polignac. Puis il y a eu plusieurs autres enfants dont une petite orpheline qu’elle prénomma Ernestine et qui fut la compagne de jeux de sa fille aînée Madame Royale.

Le personnage fictif de Martin Sourire se calque beaucoup sur le personnage réel d’Armand  Gagné, ce dernier figure en tant que tel dans le récit : Armand et Martin sont deux garçons orphelins d’origine paysanne et tout les deux, bien qu’ayant bénéficié d’un maximum de soins, d’éducation et de largesses de la part de la reine, tout les deux se sont engagés férocement dans la Révolution, ont trahi leur protectrice et sont devenus des chacals sanguinaires. En ce qui concerne Armand, il reste des traces de son comportement enragé et sanguinaire, on disait de lui que c’était le terroriste le plus sanguinaire de Versailles; il est mort à la bataille de Jemmapes (ou Jemappes) entre la France et l’Autriche en 1792. Dans le livre, l’auteur invoque le fait qu’un sentiment de jalousie pourrait expliquer la trahison des protégés. Je suis plus pessimiste et je crois que l’Homme peut être foncièrement mauvais par essence et que leurs origines trop modestes des garçons les avaient façonnés inéluctablement vers une sorte de revanche.

Martin Sourire aurait été offert à la reine lorsque le carrosse royal l’aurait frôlé. Il était dans les bras de sa grand- mère car il était orphelin. La reine n’aurait pas demandé son nom à la vieille loqueteuse et l’a prénommé Martin Sourire car déjà à l’âge tendre de 5 ans il arborait ce sourire énigmatique, inamovible, presque un rictus. De plus, ce garçon était mutique, il ne parlait pas ou très peu, mais son entendement était normal (page 96…Martin est une personne qui réfléchit. Peu de gens lui font ce crédit, tout le monde le croit fruste. Martin a compris, avec les ans, que l’habitude l’attache, que son monde et le bien-aise qu’il en a sont un confort qui l’entretient dans une paresse, un fatalisme).

Quand les voeux de maternité de la reine furent exaucés, elle se désintéressa un peu de ses protégés sans jamais les abandonner. Martin a été affecté au Hameau de la Reine où il menait une vie calme et à l’abri, pendant une période de grands froids, de famine et de révolte. Lorsque la Révolution Française eut chassé les souverains de Versailles, Martin prend la route vers Paris et après avoir exercé de petits métiers il rentra au service d’un architecte renommé. Il se mariera et quelque temps après, Il s’engagera dans l’armée révolutionnaire, passera de garde national  à sans-culotte, ce qui est bien étrange et contradictoire. Il combattra pendant les carnages de la guerre vendéenne, participant activement aux tueries. L’écrivain voit l’illustration de la confusion sur le monde et sur soi même qui régnait chez Martin.

J’ai beaucoup aimé la première moitié du livre, écrite de façon charmante avec ce parler fleuri et à la fois cru du XVIIIè siècle; le vocabulaire employé à l’époque est largement cité sans que cela devienne lourd et redondant. En revanche le descriptif sous forme de monologue intérieur quand Martin raconte sa guerre de Vendée (rappelons nous que Martin était mutique) m’a rempli d’horreur et d’écoeurement; il y a un revirement dans la narration qui m’a déplu. On suit l’évolution de Martin et tout d’un coup cela se met à déraper.

Le descriptif du Paris du temps de la Révolution est hallucinant : le premier choc, quand Martin entre dans Paris, c’est cette sensation de plonger dans une fosse grouillante, un creuset où se fond l’humanité entière, une bataille indescriptible; Paris, si proche de Versailles, est son opposé. Paris, agglomération surhumaine de tous les crève-la-faim accourus de France, Savoyards ramoneurs, décrotteurs et scieurs de bois, Limousins maçons, Lyonnais crocheteurs et porteurs de chaises, Normands tailleurs de pierre, paveurs et marchands de fil, Auvergnats chaudronniers, raccommodeurs de faïence, rémouleurs, porteurs d’eau, Languedociens cuisiniers, paysans de toutes les provinces auxquels il faut ajouter tous les peuples de la terre (déjà!), de l’Europe à l’Afrique, du Chinois au Gentou, le tout confondu, avalé dans la stupéfiante animation de la foule capitale, cohue qui engorge les rues, qu’un charretier doit fendre au fouet, multitude incohérente où avalanche et cascade un torrent de têtes, roulis aux cimiers de toile brun et rouge, et ivoire maculé de sueur, la populace coiffée de bonnets, de fichus en linon et de chapeaux à cocarde, la masse indénombrable, chargée de hottes et de faix, de rubans soyeux, des fontaines en fer-blanc, de vitres et de timbales sonnantes, de cages, de plumes, de fripes, de ballots, de meubles, d’attirails incompréhensibles, la foule braillarde, dense et volubile, bousculée, éventrée, taillée, hachée de voitures grondantes et de cavalcades, crevée par l’étrave des attelages, des tombereaux, des turgotines(=voitures publiques) des fiacres et des carrosses, des troupeaux d’ânesses et des colonnes de boeufs, marée aussitôt refermée, épaisse, compacte, tumultueuse, infatigable, chaleureuse ou hargneuse, serrée entre les façades de pierre ou de torchis, d’un bord à l’autre des voies sans trottoirs, depuis la misère accroupie contre les bornes et les margelles, gémissante et suppliante, écume sale agglutinée aux franges du flot humain, jusqu’aux dômes aperçus, énormes et ronds comme des astres, éclatants d’or au-dessus des toits. La misère, la misère populeuse, accroupie, filles, femmes, enfants, vieillards, mutilés, malades, la gueuserie énorme, essentielle, fondatrice, oppressante, houle anonyme soudée aux parois et agriffée aux pavés comme une glu, la misère coagulée dans les artères de la ville, qui tend des moignons envenimés, des membres raccourcis, des bouches édentées, des scrofules, des toux, des râles…

C’était le début des restaurants parisiens autour du Palais Royal et un des meilleurs était le Beauvilliers qui déployait des fastes. Voici ce que proposait la carte du restaurant. On commençait par les friandises (assiettes montées, confitures sèches, bonbons, biscuits légers, macarons, raisins, poires, oranges, pommes, compotes, marrons à l’italienne, meringues, pistaches et petites gaufres) et après quelques fromages, venait le premier service avec un choix de 4 potages (à la reine, au blond de veau, aux choux à la paysanne et une bisque d’écrevisses). Puis 4 relevés : un turbot sauce au beurre de Vembre, du pré-salé sur des haricots à la bretonne, un aloyau à la Godard et une casserole au riz garnie d’un kari de poulet. Viennent ensuite les 12 hors-d’oeuvre : sauté de filets de mauviette au fumet et aux truffes, sauté de saumon à la maître d’hôtel, petits pâtés d’une bouchée au hachis, filets de canetons à l’orange, hâtelets de ris de veau, oreilles de cochon, sauté de volaille aux truffes, filets de sole à la mayonnaise, boudin à la Richelieu, sauce à l’italienne blanche, côtelettes de mouton à la minute, croquettes aux truffes, filets de merlan à la Horly. Ensuite il fallait se décider entre 12 entrées : poularde à la maréchale, manchons à la Gérard, filet de boeuf, sauce au vin de Madère, perdreaux à la Périgueux, manchon de cabillaud à la crème, caisses de foie gras aux truffes, côtelettes de veau à la Chingara, cailles au gratin, laitance de carpes en matelote, ailerons de dindon en haricot vierge, aspic de filets de lapereaux. Ensuite on fait suivre encore 4 entremets pour soulager un peu l’estomac : un baba, du jambon de Bayonne glacé, une longe  de veau de Pontoise, des croque-en-bouche. Viennent ensuite les rôts : dindonneau, sarcelles, éperlans, carpeau du Rhin au bleu, levrauts, petits pigeons en ortolans, soles frites et hure de saumon…avant de passer à de nouveaux entremets : cardes à l’essence et à la moelle, salsifis au beurre, épinards en croustade, truffes sous la serviette et au vin de Champagne, céleri à l’espagnole, truffes à l’italienne, chou-fleurs au parmesan, gelée au vin de Malaga, darioles au massepain, beignets de riz, petites omelettes à la Célestine, croûtes aux champignons, blanc-manger en petits pots, tartelettes bandées aux confitures, beignets de pommes en quartier, oeufs pochés à l’essence. Puis on achève le gourmand avec des salades, d’herbes, d’olives, de citrons… Mais cette orgie d’aliments en pleine Révolution était accessible à très peu de gens, car comme dit Martin Sourire dans le livre...le peuple c’est le nombre. Et le nombre avait faim.

Un livre très riche en détails historiques mais qui laisse sur la faim quant à la profondeur du personnage de Martin Sourire, de sa femme Marianne, de la reine Marie Antoinette et du Roi qui sont traités plutôt comme des faire-valoir, des personnes en carton pâte.

Merci aux Éditions Phébus et à Babelio pour cette lecture assez plaisante et instructive.

LA VIE VOLÉE…, Phébus 2017,  ISBN 978-2-7529-1071-4