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Cet instant-là de Douglas Kennedy

Écrivain et journaliste américain (New York 1955), ayant vécu à l’étranger: Dublin, Berlin, Londres, etc. C’est un romancier à succès qui vend des millions d’exemplaires. L’attrait de ses romans réside dans leurs questionnements sur l’Amérique et ses défauts, sur l’humanité en général, sur les relations hommes/femmes, sur l’Art. Bref, des topiques universels.

Il y a très longtemps j’avais lu un de ses romans,  impossible de vous préciser lequel, mais j’avais apprécié. Et aujourd’hui, voici un  audio-livre avec les voix excellentes de Philippe Résimont et de Marcha Van Boven , écouté pendant mes déplacements en voiture afin de gagner du temps: et tout de même totalisant 22 heures d’écoute, non consécutives ce qui ajoute un handicap pour le bon suivi de l’histoire ; c’est une option que je ne privilégierai pas dans le futur car il est impossible de citer des passages ou tout mémoriser pour en faire un compte-rendu détaillé.

Cet instant-là ( The moment) a été publié la même année en anglais et en français: 2011 . C’est un roman fleuve de plus de 500 pages avec des longueurs certaines, mais aussi constellé de réflexions sur la vie, le divorce, l’amour qui m’ont enchanté sur le coup , mais que je suis incapable de vous restituer. C’est une histoire d’amour assez bien articulée autour du Berlin d’avant la chute du Mur . Ce mur qui servira de surface réfléchissante aux personnages de ce roman, que ce soit en RDA ou à l’Ouest: tous leurs espoirs, toutes leurs appréhensions iront se fracasser à un moment ou à un autre sur ce Mur, symbole de l’absurde .

Thomas Nesbitt est un écrivain américain qui s’installera à Berlin Ouest afin de réunir du matériel pour écrire un livre de voyage. Il fera la connaissance d’une traductrice, Petra Dussmann, transfuge de l’Est et de laquelle il tombera amoureux. Leur histoire échouera parce que l’orgueil de Thomas ne permettra pas à Petra de s’expliquer sur certains points de sa vie. Il y a dans le livre d’autres personnages, mais ils apparaissent tous comme trop caricaturaux; et j’ai ressenti que Thomas et Petra sont beaucoup trop superficiels, même si les situations ne le sont absolument pas.

Le descriptif de la vie quotidienne en RDA est très instructif; c’était un enfer pour ces gens qui étaient contrôlés par l’état dans le moindre geste, où la délation était encouragée, où le chantage était permanent, où la cruauté pouvait atteindre des limites incroyables. Pour en savoir  plus sur les exactions de la Stasi, je vous recommande vivement le livre de l’australienne Anna Funder, Stasiland de 2003.

Pour revenir à l’histoire d’amour du livre, c’est aussi un bon thriller psychologique savamment orchestré avec une réflexion sur le sens de nos choix car le livre explore les détails qui jalonnent nos vies en s’arrêtant sur l’un d’entre eux, sur l’instant qui fut décisif, cet instant où notre vie aurait pu prendre un autre cours, l’instant qui peut tout bouleverser ou ne rien changer.

Bon roman, de lecture assez agréable mais comportant des passages définitivement trop longs et des personnages pas assez fouillés qui  resteront au niveau de la caricature.

CET INSTANT-LÀ, Audio-livre 2011,  ISBN 978-2-35641-407-6

L’Homme inquiet de Henning Mankell

Henning Mankell, écrivain suédois résidant au Mozambique, est le créateur du personnage Kurt Wallander, l’inspecteur de police d’Ystad en Suède. Désabusé et assez triste, Kurt a du mal entre sa vie privée chaotique et son métier dévorant de policier, et il a tellement de doutes sur tellement de choses, ce qui nous le rend attachant et crédible .

L’homme inquiet est  le chant du cygne de Wallander, c’est le neuvième et dernier opus que lui a consacré Mankell et c’est un livre plein de mélancolie.

Je pense avoir lu presque tous les Mankell et je me souviens encore de mon premier, offert par  Corinne L., je crois que c’était La muraille invisible de 2002,  livre qui m’avait fait forte impression à l’époque. Dans ce blog j’ ai commenté déjà trois autres, tous prêtés par mon amie Françoise P: Le chinois en mars 2012, Les chiens de Riga en novembre 2012 et La lionne blanche en avril 2013.

Ce dernier opus avec Kurt Wallander est très bon, mais très sombre, presque douloureux. Il y a une double histoire. L’énigme policière est très compliquée, très documentée et, disons le, assez intéressante. Cela concerne le haut commandement de l’Armée suédoise depuis la guerre froide, mais aussi Kurt Wallander puisque sa fille unique, Linda, vient d’avoir une petite fille, Klara, avec le fils de Hâkan von Enke, l’homme inquiet, un ancien haut gradé de la Marine. Linda fait aussi partie de la Police.

Et l’autre histoire, la plus poignante, est celle du déclin physique de Wallander qui arrive à la soixantaine avec un état physique et cognitif (accès d’amnésie) préoccupants. Nous assistons au fil des chapitres à une série de malheurs qui s’abattent sur ce pauvre Wallander.  Henning Mankell ne l’a pas gâté, et nous assistons impavides au déclin du policier cerné par un diabète mal soigné, qui fait des bévues énormes dans son métier, qui a une vie privée chaotique et triste, qui est si seul , mais qui ne sait pas qu’il connaîtra des choses encore pires puisqu’il commence à présenter des signes neurologiques d’une maladie plus grave . Page 278 Kurt Wallander écrit :…pour la première fois, je mesure mes limites et mon âge. Je ne l’avais encore jamais fait jusqu’à présent. Je n’ai plus quarante ans. Le temps perdu ne reviendra pas. Je dois m’y résigner. Je crois que c’est une illusion que je partage avec beaucoup de monde: celle de croire qu’on peut, contre toute évidence, se baigner deux fois dans le même fleuve.

C’est un livre assez long, plus de 500 pages, mais qui se lit bien. Je ne sais pas pourquoi mais j’ai le pressentiment que Linda Wallander va prendre la relève. Elle en a la carrure et la compétence. Ainsi aurons-nous quelques nouvelles de Kurt Wallander qui va entamer une nouvelle partie douloureuse de sa vie.

L’HOMME INQUIET, Points 2741, (Éd. du Seuil 2010),  ISBN 978-2-7578-2509-9