Sacrifices de Pierre Lemaître

Afficher l'image d'originePierre Lemaître est un scénariste et romancier français (Paris 1951) ayant une formation de psychologue et qui connait un grand succès depuis qu’il a eu le Prix Goncourt en 2013 avec son roman picaresque Au revoir là haut. Ses livres sont en cours de traduction dans plus de trente langues et ses polars ont reçu au moins huit prix . Il vit de sa plume depuis 2006.

C’est le quatrième livre que je commente dans le blog de cet auteur que j’apprécie beaucoup par son maniement de la langue, son sens de la repartie et son humour moqueur. Franchement il est inégalable. Tous les livres que j’ai lus ont été appréciés, sans aucune préférence. Mais je regrette de ne pas avoir su  lire dans l’ordre chronologique la trilogie du commandant Camille Verhœven dont fait partie Sacrifices avec  Alex commenté en juillet 2015 et Robe de marié en août 2015 . J’ai en outre commenté Cadres noirs en octobre 2015.

Sacrifices date de 2012 et c’est le dernier volet avec le commandant Camille Verhœven, un policier nain de 1m45, tellement atypique et si attachant (page 16…chaque fois qu’il y pense, Camille se demande ce qu’elle fait avec lui. Lui a cinquante ans, il est à peu près chauve, mais surtout, surtout, il mesure un mètre quarante-cinq. Pour fixer les idées, c’est à peu près la taille d’un garçon de treize ans). Dans cet opus le commandant est embarqué dans une péripétie hautement compliquée où la brutalité la plus incroyable est appliquée à la femme qui partage sa vie. Comme si la mort de sa première femme ne suffisait pas à Verhœven pour expier toutes ses fautes et même toutes les fautes de la Police au complet !

C’est difficile de faire un compte-rendu de ce livre parce que dévoilerais l’énorme effet surprise du roman, effet qui vaut son pesant de cacahuètes, hé-naur-me !

J’adore les polars de Lemaître parce qu’il n’hésite pas à aller jusqu’à la lie de la méchanceté humaine, il est imparable avec son savoir faire. Ses connaissances de psychologue doivent l’inspirer beaucoup. Et, je l’ai déjà dit, j’aime le maniement qu’il a de la langue française avec des descriptifs au scalpel. Par exemple, voici comment il nous décrit la supérieure hiérarchique du commandant Verhœven, la commissaire Michard…elle effectue une vaste rotation autour de son axe majeur : un cul titanesque, babylonien. Hors de toute proportion. La commissaire Michard a, disons, entre quarante et cinquante ans, un visage qui a porté quelques promesses jamais tenues, des cheveux très noirs, sans doute assez blancs au naturel, de grandes dents de lapin sur le devant avec, au-dessus, des lunettes rectangulaires qui clament qu’elle est une femme d’autorité, qui a de la poigne. Un caractère « bien trempé » (en clair, c’est une emmerdeuse), une intelligence très vive (son pouvoir de nuisance en est décuplé) mais avant tout, et c’est le plus spectaculaire, ce cul majuscule. D’un volume hallucinant. A se demander comme il tient…Camille sait combien cette femme est sensitive, dès qu’il y a une emmerde, son sismographe hurle à la mort…

Ou lorsqu’il décrit le juge Pereira: des yeux bleus, un nez trop long et des oreilles de chien. Soucieux, affairé, il serre la main de Camille tout en marchant, bonjour commandant, et derrière lui, sa greffière, une bombe de trente ans avec des seins partout, ses talons vertigineux résonnent sur les carreaux de ciment, quelqu’un devrait lui dire que c’est trop. Le juge sait qu’elle fait un tintamarre pas possible mais bien qu’elle marche trois pas derrière, pas de doute, c’est elle qui mène la danse. La greffière, elle, s’ennuie terriblement. Elle se tortille sur ses échasses, danse d’un pied sur l’autre en regardant ostensiblement du côté de la sortie. Elle porte un vernis d’un rouge très sombre, comprime ses seins dans un chemisier dont les deux premiers boutons sont ouverts, comme s’ils avaient craqué, exhibant un sillon blanc incroyablement profond, on guette nerveusement celui qui tient encore et autour duquel le tissu s’étire dangereusement, comme un sourire carnassier.

Ce polar démarre dans l’hémoglobine, à l’occasion du braquage d’une bijouterie. Et la malchance fait que juste à ce moment là, Anne, la compagne du commandant, était là, au mauvais endroit et au mauvais moment.

Un polar fichtrement efficace et qui décoiffe, avec des instants d’une rare et insoutenable tension. Du très bon.

SACRIFICES, Livre de Poche 33212 (2012),  ISBN 978-2-253-17906-1

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