Alex de Pierre Lemaître

Pierre Lemaître est un scénariste et romancier français (Paris 1951) ayant une formation de psychologue et qui connait un grand succès depuis le Prix Goncourt en 2013 avec son roman picaresque Au revoir là haut. Ses livres sont en cours de traduction dans plus de trente langues ! Ses polars ont reçu au moins huit prix . Il vit de sa plume depuis 2006.

J’ai fait connaissance avec son écriture avec le Goncourt 2013, que j’ai écouté en audio-livre en conduisant sur un long trajet (plus de 16 heures d’audition !), CD lu par Pierre Lemaître lui même; il possède une voix très agréable, chaude et avec une diction impeccable.  Et j’ai été séduite par son maniement de la langue française, rendue savoureuse et très vivante, avec un sens de la formule qui fait mouche. Je ne vous cite qu’une seule phrase parmi tant d’autres: « vue de face elle était banale, vue de « dot », elle était intéressante ».  J’ai tellement apprécié que je me suis procuré  le livre qui attend sagement lecture sur l’étagère. Patience.

Alex est son quatrième livre publié en 2009 et c’est le deuxième tome  de la trilogie Verhœven (après Travail soigné en 2006 et Sacrifices en 2012) ,   l’axe du livre  soulève la problématique autour de l’identité. Ce livre est détenteur de deux prix. Une adaptation pour le cinéma avec un casting américain devrait voir le jour avec James B. Harris comme  réalisateur, un réalisateur chevronné de films noirs.

J’ai beaucoup aimé Alex parce que j’ai retrouvé le style d’écriture qui me plait,  une « patte » avec des tournures de phrases époustouflantes et des tonnes de dérision. Dans ce livre j’ai fait la connaissance du Commandant Camille Verhœven, 40 ans, 1 mètre 45, qui a perdu sa femme enceinte de 8 mois quatre ans auparavant au cours d’une fusillade. Après un an d’arrêt pour dépression nerveuse grave, il reprend du service et on ne lui fait aucun cadeau en lui confiant cette affaire qui concerne dès le départ la disparition d’une jeune femme de trente ans. De fil en aiguille, avec un pouvoir intuitif et le sens du détail, Verhœven va remonter petit à petit la piste et nous embarquer sur une affaire bien différente à celle évoquée au début .

Les personnages autour du Commandant, c’est à dire ses collaborateurs,  sont bien campés et attachants: le collègue Louis Mariani, raffiné, élégant, assez riche et très érudit et qui lui corrige souvent ses citations erronées; Armand, le collègue incroyablement rat qui tape tout le monde, mais capable d’un geste majestueux, très bon dans le métier car détailliste; l’inspecteur Le Guen, massif et léger à la fois, intuitif aussi et empathique avec ses gens; le juge Vidard, opportuniste et imbu de sa personne, mais capable d’émettre un avis juste et correct.

Camille Verhœven est un personnage assez secret et complexe qui traine quelques casseroles. Il est de petite taille, presque nain; cette  taille lui vaut des quolibets plus ou moins directs qu’il ne laisse pas passer et qui motive des renvois de remarques  cinglantes. Il éprouve des sentiments ambigus envers ses parents (décédés); il a eu un conflit œdipien avec sa mère, artiste peintre comme lui, et il traine des séquelles lourdes après l’assassinat de sa femme. Le Commandant vit en compagnie de son chat Doudouche, atteint comme lui de « mal foutose », c’est à dire de taille plus petite que la normale. Mais Camille Verhœven est un professionnel hors pair,  intuitif et intelligent.

On se régale avec les à côtés du polar parce que les personnages sont fouillés et par conséquent très attachants. Les études de psychologie menées par Pierre Lemaître doivent l’aider à profiler ses personnages.

Alex  est un polar qui démarre sur les chapeaux de roue sur un étrange enlèvement et qui va s’emballer petit à petit avec un maximum de tension pendant la captivité de la jeune femme. Le dénouement de cette captivité est un point clé du roman et je ne le détaillerai pas pour ne pas devenir une affreuse spoiler. Que puis-je dire sans trahir le suspense? Que l’histoire est super bien ficelée, qu’elle commence de façon très originale, disons, de façon « latérale ». Qu’il faudra arriver à la fin du livre pour comprendre les implications et les significations de 6 meurtres menés tambour battant par un assassin dont la main ne tremblera jamais.

Le seul point qui m’a laissé dubitative, ce sont les souffrances physiques éprouvées par un personnage important du livre, souffrances tellement énormes qu’elles n’auraient pas pu passer inaperçues dans l’entourage de la personne. Impossible de camoufler un tel pataquès ! Mais bon, il faut pouvoir s’accorder parfois quelques licences  avec la logique.

Plaisir réel de lecture. Polar qui surprend sans arrêt. Un régal dans le genre.

ALEX, Albin Michel 2011(publication 2009),  ISBN 978-2-226-21877-3

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