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Travail soigné de Pierre Lemaitre

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Pierre Lemaître est un scénariste et romancier français (Paris 1951) ayant une formation de psychologue; il connaît un grand succès depuis qu’il a obtenu  le Prix Goncourt 2013 avec un roman picaresque Au revoir là haut. Les livres de Pierre Lemaitre sont en cours de traduction dans plus de trente langues, quel beau succès ! Ses polars ont reçu au moins huit prix.  Il vit de sa plume depuis 2006.

Travail soigné (2006) est le premier polar de la trilogie avec Camille Verhoeven, l’ineffable Commandant Verhoeven; ce livre obtint le Prix du Premier Roman au Festival de Cognac; il a été nommé aussi au CWA Daggers International 2014. Pour un premier roman c’est un coup de maître, époustouflant. Dans une interview Pierre Lemaitre disait à juste titre que les bons personnages font les bonnes histoires. C’est clair.

 Les autres deux tomes de la trilogie sont Alex (2011) et Sacrifices (2012), tous les deux commentés dans ce blog.

 Ce qui m’épate  chez Pierre Lemaitre, c’est la diversité des thèmes abordés et cette approche si psychologique dans le profil de ses personnages. Aussi j’apprécie particulièrement ses traits d’humour, un humour qui puise dans la dérision et qui sonne juste, par moments assez vachard et un tantinet cynique !

Travail soigné est un polar très sanglant, par moments carrément gore, insoutenable. Mais l’affaire est rondement menée et le lecteur, en état d’horripilation avancée, ne pourra pas lâcher le bouquin. Que demander de plus à un polar ? Mais des polars de cet acabit, il y en a peu.

De plus, ce polar a l’originalité de baigner dans la plus totale intertextualité puisque l’assassin calque ses crimes sur des thrillers classiques, les reproduisant avec une minutie du détail toute obsessionnelle.

Ses personnages sont très attachants et variés, en commençant par le Commandant Verhœven de petite taille (1,45 m), un lilliputien doté d’une cervelle exceptionnelle et d’un caractère bien trempé. Les autres membres de l’équipe sont aussi intéressants :  son ami, le gros divisionnaire Le Guen, ses collègues Louis le BCBG jusqu’aux ongles (on se demande ce qu’il fait dans la Police), Armand le rapiat maladif qui s’installe une station de métro plus loin afin de récupérer les journaux du jour dans la poubelle et sans bourse délier, Maleval le jeune flic flambeur et coureur de jupons endetté jusqu’au cou. Tous les personnages sont bien campés et ont va les retrouver au fil des livres. Je crois qu’il est préférable de lire la trilogie dans l’ordre, car des révélations importantes vont surgir au fil des histoires; je regrette sincèrement de ne pas avoir respecté l’ordre.

Quant à la trame de ce polar, il est hors de question de révéler la moindre parcelle, ce serait un crime de lèse majesté et je ne voudrais surtout pas vous en gâcher la lecture.

TRAVAIL SOIGNÉ, Livre de Poche 2014 (Éditions du Masque 2006),  ISBN 978-2-253-12738-3

Rosy & John de Pierre Lemaitre

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Pierre Lemaître est un scénariste et romancier français (Paris 1951) ayant une formation de psychologue; il connaît un grand succès depuis qu’il a obtenu  le Prix Goncourt 2013 avec un roman picaresque Au revoir là haut, un livre que j’ai écouté en version audio (au moins quatre heures) et qui m’a tellement plu, que je l’ai acheté; il attend sagement sur l’étagère, une lecture plusieurs fois remise à plus tard. Les livres de Pierre Lemaitre sont en cours de traduction dans plus de trente langues, quel succès ! Ses polars ont reçu au moins huit prix.  Il vit de sa plume depuis 2006.

J’ai commenté dans ce blog tous ses polars, sauf Travail soigné que je me dois de lire encore. Il est préférable quoique non indispensable de les lire dans l’ordre de parution. Ce qui m’épate  chez lui c’est sa diversité dans les thèmes abordés et cette approche si psychologique dans le profil de ses personnages. Aussi j’apprécie particulèrement ses traits d’humour, un humour qui puise dans la dérision et qui sonne juste !

Rosy & John est un opuscule de 140 pages, paru en 2014 qui reprend le délectable commissaire Camille Verhœven; ce serait un « demi livre » comme le qualifie le propre Pierre Lemaître. Car l’écrivain avait annoncé clairement une trilogie, et maintenant nous avons une trilogie et demie. Tant pis pour la logique, on s’en moque, l’important c’est que Verhœven réapparaisse, car il a beau mesurer 1 mètre 45 seulement et avoir un caractère de cochon,  il possède un charme fou et un cerveau d’une rare intelligence. Le titre de ce livre provient d’une chanson que Gilbert Bécaud chantait en 1964, Rosy and John.

Le suspens de cet opus démarre au quart de tour et avec cela, la sécrétion d’adrénaline du lecteur. On fait connaissance très vite avec un poseur de bombes un peu original, un être simple en apparence, mais obscur et complexe en profondeur, et têtu comme une mule. Il faudra tout le savoir faire du commissaire lilliputien avec tout son pouvoir intuitif, pour tirer les parisiens d’un bien mauvais pas…

Car l’histoire se passe à Paris intra-muros et par moments j’avais l’impression de lire du Modiano en accéléré avec la description de parisiens blasés, des squares qui ferment le soir, des agents, du métro, des concierges (en voie de disparition), des cafés, de la police toujours affairée et jamais présente quand il le faut et j’en passe…

Livre très sympa à lire, mais un peu bâclé. C’est normal puisque le commissaire va résoudre l’affaire en trois jours !

ROSY & JOHN, Livre de Poche 33423 (2014),  ISBN 978-2-253-17595-7

Sacrifices de Pierre Lemaître

Afficher l'image d'originePierre Lemaître est un scénariste et romancier français (Paris 1951) ayant une formation de psychologue et qui connait un grand succès depuis qu’il a eu le Prix Goncourt en 2013 avec son roman picaresque Au revoir là haut. Ses livres sont en cours de traduction dans plus de trente langues et ses polars ont reçu au moins huit prix . Il vit de sa plume depuis 2006.

C’est le quatrième livre que je commente dans le blog de cet auteur que j’apprécie beaucoup par son maniement de la langue, son sens de la repartie et son humour moqueur. Franchement il est inégalable. Tous les livres que j’ai lus ont été appréciés, sans aucune préférence. Mais je regrette de ne pas avoir su  lire dans l’ordre chronologique la trilogie du commandant Camille Verhœven dont fait partie Sacrifices avec  Alex commenté en juillet 2015 et Robe de marié en août 2015 . J’ai en outre commenté Cadres noirs en octobre 2015.

Sacrifices date de 2012 et c’est le dernier volet avec le commandant Camille Verhœven, un policier nain de 1m45, tellement atypique et si attachant (page 16…chaque fois qu’il y pense, Camille se demande ce qu’elle fait avec lui. Lui a cinquante ans, il est à peu près chauve, mais surtout, surtout, il mesure un mètre quarante-cinq. Pour fixer les idées, c’est à peu près la taille d’un garçon de treize ans). Dans cet opus le commandant est embarqué dans une péripétie hautement compliquée où la brutalité la plus incroyable est appliquée à la femme qui partage sa vie. Comme si la mort de sa première femme ne suffisait pas à Verhœven pour expier toutes ses fautes et même toutes les fautes de la Police au complet !

C’est difficile de faire un compte-rendu de ce livre parce que dévoilerais l’énorme effet surprise du roman, effet qui vaut son pesant de cacahuètes, hé-naur-me !

J’adore les polars de Lemaître parce qu’il n’hésite pas à aller jusqu’à la lie de la méchanceté humaine, il est imparable avec son savoir faire. Ses connaissances de psychologue doivent l’inspirer beaucoup. Et, je l’ai déjà dit, j’aime le maniement qu’il a de la langue française avec des descriptifs au scalpel. Par exemple, voici comment il nous décrit la supérieure hiérarchique du commandant Verhœven, la commissaire Michard…elle effectue une vaste rotation autour de son axe majeur : un cul titanesque, babylonien. Hors de toute proportion. La commissaire Michard a, disons, entre quarante et cinquante ans, un visage qui a porté quelques promesses jamais tenues, des cheveux très noirs, sans doute assez blancs au naturel, de grandes dents de lapin sur le devant avec, au-dessus, des lunettes rectangulaires qui clament qu’elle est une femme d’autorité, qui a de la poigne. Un caractère « bien trempé » (en clair, c’est une emmerdeuse), une intelligence très vive (son pouvoir de nuisance en est décuplé) mais avant tout, et c’est le plus spectaculaire, ce cul majuscule. D’un volume hallucinant. A se demander comme il tient…Camille sait combien cette femme est sensitive, dès qu’il y a une emmerde, son sismographe hurle à la mort…

Ou lorsqu’il décrit le juge Pereira: des yeux bleus, un nez trop long et des oreilles de chien. Soucieux, affairé, il serre la main de Camille tout en marchant, bonjour commandant, et derrière lui, sa greffière, une bombe de trente ans avec des seins partout, ses talons vertigineux résonnent sur les carreaux de ciment, quelqu’un devrait lui dire que c’est trop. Le juge sait qu’elle fait un tintamarre pas possible mais bien qu’elle marche trois pas derrière, pas de doute, c’est elle qui mène la danse. La greffière, elle, s’ennuie terriblement. Elle se tortille sur ses échasses, danse d’un pied sur l’autre en regardant ostensiblement du côté de la sortie. Elle porte un vernis d’un rouge très sombre, comprime ses seins dans un chemisier dont les deux premiers boutons sont ouverts, comme s’ils avaient craqué, exhibant un sillon blanc incroyablement profond, on guette nerveusement celui qui tient encore et autour duquel le tissu s’étire dangereusement, comme un sourire carnassier.

Ce polar démarre dans l’hémoglobine, à l’occasion du braquage d’une bijouterie. Et la malchance fait que juste à ce moment là, Anne, la compagne du commandant, était là, au mauvais endroit et au mauvais moment.

Un polar fichtrement efficace et qui décoiffe, avec des instants d’une rare et insoutenable tension. Du très bon.

SACRIFICES, Livre de Poche 33212 (2012),  ISBN 978-2-253-17906-1

Alex de Pierre Lemaître

PImage associéeierre Lemaître est un scénariste et romancier français (Paris 1951) ayant une formation de psychologue et qui connait un grand succès depuis le Prix Goncourt en 2013 avec son roman picaresque Au revoir là haut. Ses livres sont en cours de traduction dans plus de trente langues ! Ses polars ont reçu au moins huit prix . Il vit de sa plume depuis 2006.

J’ai fait connaissance avec son écriture avec le Goncourt 2013, que j’ai écouté en audio-livre en conduisant sur un long trajet (plus de 16 heures d’audition !), CD lu par Pierre Lemaître lui même; il possède une voix très agréable, chaude et avec une diction impeccable.  Et j’ai été séduite par son maniement de la langue française, rendue savoureuse et très vivante, avec un sens de la formule qui fait mouche. Je ne vous cite qu’une seule phrase parmi tant d’autres: « vue de face elle était banale, vue de « dot », elle était intéressante ».  J’ai tellement apprécié que je me suis procuré  le livre qui attend sagement lecture sur l’étagère. Patience.

Alex est son quatrième livre publié en 2009 et c’est le deuxième tome  de la trilogie Verhœven (après Travail soigné en 2006 et Sacrifices en 2012) ,   l’axe du livre  soulève la problématique autour de l’identité. Ce livre est détenteur de deux prix. Une adaptation pour le cinéma avec un casting américain devrait voir le jour avec James B. Harris comme  réalisateur, un réalisateur chevronné de films noirs.

J’ai beaucoup aimé Alex parce que j’ai retrouvé le style d’écriture qui me plait,  une « patte » avec des tournures de phrases époustouflantes et des tonnes de dérision. Dans ce livre j’ai fait la connaissance du Commandant Camille Verhœven, 40 ans, 1 mètre 45, qui a perdu sa femme enceinte de 8 mois quatre ans auparavant au cours d’une fusillade. Après un an d’arrêt pour dépression nerveuse grave, il reprend du service et on ne lui fait aucun cadeau en lui confiant cette affaire qui concerne dès le départ la disparition d’une jeune femme de trente ans. De fil en aiguille, avec un pouvoir intuitif et le sens du détail, Verhœven va remonter petit à petit la piste et nous embarquer sur une affaire bien différente à celle évoquée au début .

Les personnages autour du Commandant, c’est à dire ses collaborateurs,  sont bien campés et attachants: le collègue Louis Mariani, raffiné, élégant, assez riche et très érudit et qui lui corrige souvent ses citations erronées; Armand, le collègue incroyablement rat qui tape tout le monde, mais capable d’un geste majestueux, très bon dans le métier car détailliste; l’inspecteur Le Guen, massif et léger à la fois, intuitif aussi et empathique avec ses gens; le juge Vidard, opportuniste et imbu de sa personne, mais capable d’émettre un avis juste et correct.

Camille Verhœven est un personnage assez secret et complexe qui traine quelques casseroles. Il est de petite taille, presque nain; cette  taille lui vaut des quolibets plus ou moins directs qu’il ne laisse pas passer et qui motive des renvois de remarques  cinglantes. Il éprouve des sentiments ambigus envers ses parents (décédés); il a eu un conflit œdipien avec sa mère, artiste peintre comme lui, et il traine des séquelles lourdes après l’assassinat de sa femme. Le Commandant vit en compagnie de son chat Doudouche, atteint comme lui de « mal foutose », c’est à dire de taille plus petite que la normale. Mais Camille Verhœven est un professionnel hors pair,  intuitif et intelligent.

On se régale avec les à côtés du polar parce que les personnages sont fouillés et par conséquent très attachants. Les études de psychologie menées par Pierre Lemaître doivent l’aider à profiler ses personnages.

Alex  est un polar qui démarre sur les chapeaux de roue sur un étrange enlèvement et qui va s’emballer petit à petit avec un maximum de tension pendant la captivité de la jeune femme. Le dénouement de cette captivité est un point clé du roman et je ne le détaillerai pas pour ne pas devenir une affreuse spoiler. Que puis-je dire sans trahir le suspense? Que l’histoire est super bien ficelée, qu’elle commence de façon très originale, disons, de façon « latérale ». Qu’il faudra arriver à la fin du livre pour comprendre les implications et les significations de 6 meurtres menés tambour battant par un assassin dont la main ne tremblera jamais.

Le seul point qui m’a laissé dubitative, ce sont les souffrances physiques éprouvées par un personnage important du livre, souffrances tellement énormes qu’elles n’auraient pas pu passer inaperçues dans l’entourage de la personne. Impossible de camoufler un tel pataquès ! Mais bon, il faut pouvoir s’accorder parfois quelques licences  avec la logique.

Plaisir réel de lecture. Polar qui surprend sans arrêt. Un régal dans le genre.

ALEX, Albin Michel 2011(publication 2009),  ISBN 978-2-226-21877-3