Le lambeau de Philippe Lançon

Résultat de recherche d'images pour "le lambeau"Philippe Lançon est un journaliste et écrivain français (Vanves 1963). Il était présent à Charlie Hebdo lors de la conférence de rédaction du 7 janvier 2015 quand a eu lieu l’attentat terroriste; lors de l’attentat une balle lui a arraché la mâchoire inférieure ce qui a nécessité 10 mois d’hospitalisation et pas loin de 17 interventions pour lui redonner un menton. Ce massacre, perpetré par les frères Kouachi a fait 11 morts et 4 blessés.

Le lambeau est un livre qui a nécessité 2 ans de préparation avant de trouver le ton qui convenait. Je dois avouer que quand on me l’a proposé à lire, j’ai ressenti une énorme réticence, une incontournable répulsion à lire l’horreur de l’attentat et à le vivre une deuxième fois. Puis, c’est l’insistance de l’amie prêteuse qui m’a fait accepter le challenge. Je la remercie ici car c’est un livre remarquablement et intelligemment écrit sur une expérience atroce décrite avec des mots justes et une évidente distanciation. C’est un livre important qui véhicule beaucoup d’autres choses sur la vie, l’amitié, les amours, les livres, la musique.

Le titre du livre est bien trouvé : Le lambeau est le lambeau cutané prélevé sur un mollet qui a servi à recouvrir cette néo-mâchoire (elle même retaillée à partir de l’un de ses péronés !) qui a permis de le sortir du statut de « gueule cassée » auquel il aurait été destiné sans la dextérité et la prouesse de SA chirurgienne et son équipe, chirurgienne appelée Chloé dans le roman. Il est connu que le lien entre soignés et soignants est tissé de choses très personnelles, avec quelques transferts de part et d’autre, mais le soigné Lançon précise bien  qu’entre Chloé et lui le lien était d’ordre vital et non sentimental.

Les 10 mois d’hospitalisation ont été un calvaire vécu avec courage et entouré de rapports humains de qualité à tous les niveaux. C’est certain que cela aide à tenir, ainsi que la musique de Bach et certaines oeuvres littéraires utilisées par Lançon. La nécessité permanente de beaucoup d’antalgiques morphiniques donne un côté onirique aux digressions de Lançon par moments; ces moments entre deux sommeils forcés qu’il faut peupler avec de l’activité cérébrale pour ne pas sombrer.

Sa reconnaissance sincère au personnel soignant ressort de belle façon dans ce récit. Son attachement à SA chirurgienne, une professionnelle qui se livre peu car elle doit se protéger aussi. Elle qui a été l’artisane absolue de sa reconstruction, la « porte-action » du Service de chirurgie par qui le travail sera jugé, analysé.

Le livre est aussi une ode aux infirmières, toutes les infirmières qui l’ont approché, soigné, donné du réconfort chacune à leur manière, avec leur personnalités si diverses, avec bienveillance et générosité.

Philippe Lançon nous livre son expérience avec un certain détachement et cela passe très bien. Dans sa vie maintenant il va y avoir un avant et un après toute la souffrance qu’il a du surmonter (page 129…mas moi, je ne souffrais pas: j’étais la souffrance. Vivre à l’intérieur de la souffrance, entièrement, ne plus être déterminé que par elle, ce n’est pas souffrir : c’est autre chose, une modification complète de l’être. Je sentais que je me détachais de tout ce que je voyais et de moi même pour mieux le digérer).

Le 8 février, soit le lendemain de l’attentat, en rentrant dans sa chambre N°106 à La Pitié, le très meurtri et probablement « ensuqué » Philippe Lançon, pensait entre les tuyaux qu’il avait partout à une phrase de Pascal ! A une phrase de Pascal à ce moment précis ? Pardi, mais c’est un surhomme s’il arrive à avoir des pensées à un moment si dramatique.

Au début et à la fin du livre il est question de Michel Houellebecq  et de son livre Soumission. Les deux hommes vont se rencontrer bien après l’attentat et Houellebecq va lui citer des paroles de Matthieu…Et ce sont les violents qui l’emporteront (cf Matthieu 11.12 depuis les jours de Jean Baptiste, jusqu’à présent, le royaume des cieux est soumis à la violence, et ce sont les violents qui s’en emparent).

Et le livre se termine en novembre 2015 avec un nouvel attentat au Bataclan faisant 137 morts. Sans commentaire.

LE LAMBEAU, Gallimard 2018,  ISBN978-2-07-268907-9

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