Le club des longues moustaches de Michel Bulteau

Afficher l'image d'origineMichel Bulteau est un poète, essayiste et cinéaste français (Arcueil 1949); il appartient à la Beat Generation. On dit que sa poésie est celle d’un enfant qui aurait refusé de céder sur les sensations. Bulteau écrit que « être moderne est le chemin artistique le plus périlleux. Être moderne c’est refuser d’être inexact, irréel ». A titre anecdotique, Michel Bulteau apparaît comme personnage dans le livre du chilien Roberto Bolaño Les détectives sauvages (énorme pavé que j’ai très moyennement apprécié parce que le récit part dans tous les sens).

Le club des longues moustaches est un essai paru une première fois en 1980 et couronné par le Prix Oscar Wilde. Le nom de ce club revient à l’écrivain Paul Morand qui en parle dans son livre Venises de 1971 en disant…hommes charmants, sans grande confiance en eux-mêmes, dandys amers et doux , vite amusés ou désespérés…Le livre  évoque par touches presque tous les personnages évoqués ci-après et essentiellement Henri de Régnier.

Il faut rappeler que dans le contexte du XIXè siècle le port de longues moustaches très soignées était de mise parmi les hommes du monde. Le groupe désigné sous ce nom pourrait s’intégrer dans le mouvement littéraire décadentiste de la fin du XIXè siècle

Ce club des longues moustaches est en fait un groupe littéraire informel, une anthologie d’auteurs du XIXè,  qui réunit entre 1908 et 1911, Henri de Régnier et d’autres écrivains/poètes au Café Florian de Venise. Leur devise était la phrase lapidaire de de Régnier « Vivre avilit« .

Le chef de file de ce groupe fut sans contexte le sophistiqué Henri de Régnier . Les autres trois membres les plus importants seraient Edmond Jaloux, Jean-Louis Vaudoyer et Emile Henriot; d’autres personnages  furent néanmoins adoptés : Eugène Marsan, Charles du Bos, Abel Bonnard, Francis de Miomandre et  encore d’autres. C’est une confrérie assez fermée, implicite et entendue de poètes décalés, de romanciers subtils, d’hommes d’esprit à la repartie savoureuse, de dandys d’une folle élégance fréquentant les salons littéraires et les lieux chargés d’Histoire.

Un bon mot d’Abel Bonnard :Venise est la seule ville de la Terre qui ne soit pas terrestre. Elle est le lieu où l’âme du Nord et celle de l’Orient se rencontrent. Plus qu’une ville de l’esprit, Venise a été la ville de la sagesse politique, celle du plaisir et du jeu.

Mais la Venise d’Edmond Jaloux est toute autre ; »notre vie vénitienne comportait un parti pris général de traiter l’existence quotidienne comme une simple fantaisie de l’imagination créatrice ».

A Venise, rappelle Vaudoyer, on ne visite pas, on musarde.Afficher l'image d'origine

Le club des longues moustaches ? Ce sont des délicats, qui obéissent aux mêmes rites et selon Bulteau, ce furent des faiseurs de maximes, des moralistes de bon ton et bons vivants. Ce club est une promenade dans un monde disparu à jamais, toujours délicieux chez des gens ayant les moyens d’assurer leurs choix : la gastronomie, les lieux (Venise, la Provence, l’Italie en général),adorant  le  XVIIIè siècle, Stendhal, la littérature, les bibelots de prix… La littérature a été, selon une constatation  du même Bulteau « leur déraison d’être« .

(ci-après une photographie de J-L. Vaudoyer et de E. Jaloux au Café Florian de Venise,  sous le portrait du chinois, comme il se doit).

Michel Bulteau écrit : la compagnie des longues moustaches donne à mesurer la distance astronomique qui sépare l’homme de lettres d’hier du branleur-poseur d’aujourd’hui (sic).

Cette lecture m’a intrigué et attiré par le côté vénitien. Je dois dire que je suis plutôt déçue , n’ayant rien appris de bien nouveau ou d’intéressant par rapport à l’ attente que j’avais. Le style n’est pas particulièrement brillant et l’ensemble est assez potinier; je lui concède quelques passages assez percutants qui  sauvent la mise.

Plusieurs fois dans le livre est mentionnée Madame Bulteau, logeant au palais Dario et connaissant tout ce petit monde exclusif. Probablement une aïeule de Michel Bulteau, qui louait le Palais Dario, une femme qui avait une vive curiosité d’esprit, le goût de la lecture et de la réflexion. Madame Bulteau, paraît-il,  attirait par sa bonté et en imposait par sa volonté; elle aidait, conseillait et protégeait ses proches. Sous le pseudonyme de Jacques Vontade elle a publié quelques livres. Henri de Régnier pense qu’elle est accueillante à toutes les confidences, elle est sûre et secrète. C’est une inspiratrice et un guide. Elle aime à susciter autour d’elle des énergies.

LE CLUB , Quai Voltaire 1988,  ISBN  2-87653-020-1

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