Peste et Choléra de Patrick Deville

Écrivain français (Paris 1957) avec des études de littérature comparée et de philosophie à l’Université de Nantes.

Ce livre Peste & Choléra reçut le prix Fémina 2012,  le Prix du roman FNAC et le Prix des prix littéraires la même année. C’est un livre sur le biologiste Alexandre Yersin.

 Peste & Choléra est une biographie sur le savant Alexandre Yersin et c’est un livre qui sort des sentiers battus. Je pense sincèrement que Yersin a du se retourner dans sa tombe avec la parution de ce livre qui est écrit dans un style particulier, trop original mais qui finit par devenir ad hoc pour raconter cette vie tellement dénuée d’humour d’un savant touche-à-tout qui échappe à tous les moules: médecin, chercheur, navigateur, aventurier, planteur, botaniste, éleveur, astronome, industriel, écrivain, explorateur, sportif, inventeur, et je crois que j’en oublie. Les seules choses qu’il a snobé ouvertement furent la littérature, la musique et…l’amour- passion. Ce fut un être humain d’une curiosité sans limites.

Le style de Deville, qui surprend au début et désarçonne, finit par devenir un atout pour raconter cette vie tellement atypique. A partir d’un certain moment de lecture, le style de l’écrivain est en parfaite adéquation pour nous raconter avec humour et dérision, une vie qui a manqué singulièrement de divertissement. Patrick Deville a dans ce livre, le sens de la phrase lapidaire et drôle qui nous amuse tout en nous instruisant. Sans cette note très personnelle de Deville, la lecture de  la vie de Yersin aurait été d’un ennui monumental, sauf pour les quelques scientifiques intéressés par ce personnage complexe.

Alexandre Yersin (1863-1943) naquit suisse, dans le canton de Vaud et se fit français afin d’obtenir le droit d’exercer la médecine à Paris. De ses origines huguenotes, il va garder la franchise abrupte et le mépris des biens de ce monde. C’est un solitaire et un original avec de la suite dans les idées; et des idées, il en fourmille littéralement. A son actif, et rien que sur le champ médical, il découvrit l’agent de la peste bubonique qu’on connaît comme yersinia pestis. Il en existe d’autres espèces de cette bactérie comme le yersinia pseudo tuberculosis et le yersinia enterocolitica . Il comprit que le rat était un vecteur de la maladie, mais il n’a pas pensé que la puce jouait aussi un rôle important ( ce qui fut découvert par le médecin militaire français Paul-Louis Simond en 1898, un autre pasteurien ).[ De nos jours, cette maladie infectieuse est véhiculée par le porc (mal cuit), mais aussi par le lait et les végétaux]. Il mit au point aussi le premier sérum contre la peste et il découvrit la toxine diphtérique.

Sa pratique médicale il la considérait comme un sacerdoce,  il ne voulait pas en faire un métier; il ne voulait pas demander des honoraires à un malade afin de se faire payer pour les soins. Pour lui, demander de l’argent à un malade, c’était un peu lui dire « la bourse ou la vie ».

Il a fait partie de « la bande à Pasteur », parmi les membres fondateurs avec Roux et Calmette, en sus du patron, le grand Pasteur qui n’était pas médecin, mais qui fit plus de bien à l’humanité que 100 médecins réunis.  Pasteur était d’une autre trempe, conscient de son bien fondé et friand de reconnaissance, il aurait consacré des années à ériger sa propre statue, « avec se goût immodéré des Français pour la pompe et les monuments, la gloire et les querelles politiques. Cet indémerdable mélange d’universalisme et d’amour sacré de la patrie. (page 169).

Alexandre Yersin choisit de vivre sa vie très loin, loin des ors et des honneurs de la République,  en ne faisant que des choses qui le tenaient à cœur. Et il est mort à Nha Trang (où il s’était installé dès ses 32 ans)  au Vietnam , à l’âge de 80 ans, serein et apaisé, ayant trouvé un dernier sujet d’étude tout près de sa terrasse : l’étude des marées à la Pointe des Pêcheurs, à l’embouchure de la rivière Cái et de la mer. Il s’est réconcilié avec la littérature  à 80 ans puisqu’il se remit au grec et au latin , s’imposant  la traduction de Virgile, de Salluste, d’Horace, de Cicéron , de Platon et de Démosthène…sans doute reconnut-il les valeurs antiques qui furent les siennes, la simplicité et la droiture, le calme et la mesure. Il a enfin le goût de la littérature et toujours celui de la solitude (page 216).

Livre intéressant, lecture un peu gênante avec les sauts de puce (mais cette fois non vectrice de peste) entre les différentes périodes de la vie d’Alexandre Yersin, un homme vraiment original.

PESTE & CHOLÉRA, Éditions du Seuil 2012,  ISBN 978-2-02-107720-9

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