Cinquante nuances de Grey de E.L. James

Erika Leonard née Erika Mitchell, plus connue comme E.L. James (à ne pas confondre avec P.D. James) est britannique,  née  à Londres en 1963 de mère chilienne et de père écossais; elle travaille pour une chaîne de télévision. C’est l’ auteur de la  sulfureuse et séminale ( dixit Bernard Pivot) trilogie érotique (?) Fifty Shades, vendue à ce qu’il paraît, à plus de 60 millions d’exemplaires dans le monde entier ! Un succès planétaire au même titre que Stieg Larsson et les aventures de Lisbeth Salander  et J.K. Rowling avec Harry Potter, pour ne citer que des auteurs ayant écrit des aventures en plusieurs tomes .

Le premier tome porte le titre en français de Cinquante nuances de Grey (Fifty shades of Grey), le second, le titre de Cinquante nuances plus sombres (Fifty shades darker) et le dernier, Cinquante nuances plus claires (Fifty shades freed). Le livre est à l’origine de polémiques et aurait lancé la mode du mummy porn ou la pornographie pour ménagères ( on parlerait déjà d’un Fifty Shades baby boom !). Les droits ont été achetés  par Universal Pictures et le script pourrait revenir à l’écrivaine  Kelly Marcel. Dans le rôle d’Anastasia Steele , les producteurs verraient bien, parmi d’ autres, la jeune Emma Watson, (tiens !,  heroïne dans les films de Harry Potter, tout se recoupe). L’Université de Lancashire aurait crée une image de synthèse de Christian Grey, le protagoniste mâle, grâce aux nouvelles technologies de génération d’images ( j’ai vu l’image, je trouve qu’il ressemble au  Ken de Barbie).

La critique la plus drôle et la plus originale  revient à notre cher Bernard Pivot , lue dans Le journal du Dimanche du 11 novembre 2012 où il s’exprimait sur « le roman sado-maso de la popote anglaise »(sic) avec  « cette cuisine à l’aïe » (idem) en disant que c’était cucul la badine:  Anastasia Steele c’est Mselle Le Trouadhoc saisie par la débauche. Christian Grey, c’est le marquis de Sade réincarné en Mister Bricolage. Cinquante nuances de Grey est à l’Histoire d’O ce que la collection Harlequin est au théâtre de Shakespeare. E.L. James est à Pauline Réage, ce que l’eau de rose est à l’eau-de-vie et la mère Fouettard à la comtesse Elisabeth Bathory. Bernard Pivot a failli mourir à la lecture de ce super bébête-seller, mais d’ennui. Il m’a fait rire aussi quand il se disait offusqué par le fait que les attachées de presse de JC Lattès, l’aient oublié et elles aient omis de lui envoyer un exemplaire de Cinquante nuances de Grey, qu’il a du acheter avec ses propres deniers et sans s’en cacher à la caisse, comme il a vu le  faire certains acheteurs qui cachaient le livre de Mme James sous un autre livre, un Michel Houellebecq, par exemple…

Le style de ce copieux premier tome ( 500 pages) dépasse de loin le désastre auquel on pouvait s’attendre, d’aucuns le qualifient de comédie, mais de mauvaise comédie alors; l’héroïne est une vraie cruche qui débute son éducation sexuelle avec un pervers de 27 ans qui veut tout contrôler et qui la fait signer un contrat de confidentialité et d’exclusivité ! La jeune femme, âgée de 21 ans ( détail important afin de ne pas se faire accuser d’abus envers mineure dans les prudes pays anglo-saxons !), ne peut pas s’exprimer sans jurer: pas une seule phrase qui ne soit  ponctuée d’un juron, avec nette préférence pour le mot de Cambronne. C’est terriblement primaire, sans surprises ni envolées. Un mot sur le tître: cinquante nuances de Grey: Grey est le nom de famille du protagoniste masculin, Christian Grey, avec un jeu de mots en anglais puisque grey veut dire gris et les cinquante nuances font état du changement constant de sa personnalité, visiblement malade.

Maintenant, puisqu’il s’agit du livre le plus vendu dans le monde aujourd’hui , une analyse du phénomène sociologique serait intéressante. Quelles frustrations, quels fantasmes inassouvis, quelles insatisfactions à combler, les gens ont trouvé à la lecture de cette saga  porno ?

Le Docteur G. Leleu, sexologue, déclare que le livre n’apporte pas d’érotisme mais de la pornographie, car il n’y a aucun sens, ni spiritualité. La France est plus libre dans ses mœurs que d’autres pays qui ont inventé le puritanisme et qui sont très réactionnaires en matière de sexualité. Nous serions plus latins, plus ouverts et entretenons une tradition qui s’apparente à une forme de grivoiserie. Il faut rappeler que l’érotisme est une relation, un échange entre un homme et une femme, avec non seulement du désir, mais aussi une relation affective qui a un sens.

Fifty Shades n’aurait pas du fonctionner en France, selon le New York Times, or c’est un carton avec 450.000 exemplaires vendus pour le moment. Car, écrit le N.Y. Times, »les français croient être les premiers, les meilleurs, les maîtres absolus en matière de sexe« . Si cela marche, selon Isabelle Laffont de JC Lattès, c’est parce que Fifty Shades n’a rien à voir avec la littérature érotique ,( de Sade à Anaïs Nin en passsant par Millet et Bataille) et que le livre fonctionne parce qu’il s’agit d’amour , de sexe et d’une héroïne moderne. Le succès du roman en France est révélateur d’une évolution de la sexualité féminine, plus décomplexée, assumée, voire revendiquée selon un sondage Ifop( sur les fantasmes des françaises). Ou alors, le succès de Fifty Shades ne dit rien de nos fantasmes, rien du refoulé de la société française, assommée de littérature censément intellectualo-chiante, mais dit tout de notre sensibilité à la mauvaise littérature…

Pour parler  concrètement du livre que j’ai  bien et bel acheté, mue par la curiosité,  Christian Grey, 27 ans, richissime, se fait interviewer par Anastasia Steele, 21 ans, étudiante en littérature en fin de cycle. Il en tombe éperdument amoureux du premier abord et n’a de cesse que de l’ asservir sexuellement pour des pratiques sado-masochistes consentantes. Il veut la contrôler aussi  et lui prépare un contrat d’exclusivité avec clause de confidentialité. Le stupre commence avec la défloration de cette cruche qui va gravir plus que rapidement tous les échelons de la pratique sexuelle et devenir assez rapidement accro à la chose. Ceci est prétexte pour nous détailler par le menu, les rencontres sexuelles des deux jeunes gens, la panoplie nécessaire à la pratique de leur art et j’en passe. La cruche a l’espoir de rédemption par l’amour de ce pauvre gars qui visiblement traîne des traumatismes depuis sa prime enfance. C’est très, très primaire et dénué de tout intérêt, car cela manque de beauté, d’esthétique, d’adoration de la femme, de spiritualité.

Je rejoins Bernard Pivot et avoue m’être ennuyée à la lecture de cet opus. Il se lit très rapidement car il comporte beaucoup de courriers électroniques, ce qui prend pas mal de place dans la prose. Je n’achèterai pas les tomes 2 et 3, ma curiosité a été assouvie, j’arrête les frais et tant pis pour l’engouement planétaire…

ADDENDUM: Rosella Calabrò, italienne native de Milan, vient de sortir une parodie de ce livre sous le titre Quarante-neuf nuances de Loulou (Albin Michel) qui fait un pastiche drôle de Grey en nous présentant son alter ego italien, homme banal, un peu négligé, qui ronfle la nuit, qui se fout pas mal des aspirations de sa nana, bourré de défauts, mais tellement drôle et qui nous fait rire !!!  La boucle est bouclée puisqu’il parait que Cinquante nuances de Grey est une parodie, une fan-fiction pour être précise, de Twilight, le livre qui connut grand succès auprès des jeunes.

Et finissons en beauté pour relever cette bassesse avec quelques mots d’ Emmanuelle Arsan, l’auteur du roman érotique et autobiographique Emmanuelle : l’érotisme, ce triomphe du rêve sur la nature, est le haut refuge de l’esprit de poésie, parce qu’il nie l’impossible.

CINQUANTE NUANCES DE GREY, JC Lattès 2012,  ISBN  978-2-7096-4252-1

2 réflexions sur “Cinquante nuances de Grey de E.L. James

  1. Compré este libro en Nueva York en su traducción al espanol (Cincuenta sombras de Grey), ya que todo el mundo habla de él y lo acabé en una semana. Entretenido, fácil de leer, muy erótico. Literatura chatarra con mucha fantasía, un tanto enfermizo…..
    Qué se le ocurrirá a la autora en el próximo tomo de la trilogía ? Tendré que leerlo……

  2. Je viens de découvrir ton blog et de lire ce billet avec curiosité. Je n’ai pas lu ce roman mais peut-être me laisserai-je tenter par la version de poche pour mieux comprendre l’origine de ce phénomène. Je suis assez curieuse de voir en quoi ce livre pourrait être différent de romans érotiques beaucoup moins médiatisés, alors qu’il semblerait « de bon ton » de lire celui-ci.

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