La contrée finale de James Crumley

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James Crumley est un écrivain américain (Texas 1939-Montana 2008) faisant partie de la dénommée École du Montana (ultime incarnation de l’Ouest américain avec de la littérature des grands espaces et du nature writing); c’est un spécialiste du roman noir avec des intrigues tordues et un style d’écriture très cru, voire vulgaire, mais drôle, mordant, désabusé. Ses intrigues questionnent des sujets tels que le bien et le mal, la violence, la dépendance, le pouvoir.

Il a créée parmi d’autres personnages, celui de Milton Chester Milodragovitch, dit Milo, un pur anti-héros qui rappelle beaucoup son propre personnage : vétéran du Viêt-nam, divorcé plusieurs fois, porté sur les femmes fatales, l’alcool, les drogues dures, les armes à feu et les nuits sans sommeil.

La contrée finale (2002) ou The Final Country (1996) est le quatrième et dernier volet de la saga de Milo Milodragovitch, un ancien adjoint du shériff de Meriwether (contrée fictive du Montana), devenu détective privé, un anti-héros par excellence et protagoniste de ce livre tendre et en même temps hyper dur.

C’est le premier livre que je lis de cet auteur et je dois dire que je suis baba devant sa logorrhée déjantée et percutante, par moments d’une drôlerie féroce. Son style me fait penser aux films de Tarantino avec des images si fortes que par moments j’avais l’impression de lire une BD. Et derrière une vulgarité certaine, il y a pas mal de tendresse voire par moments des envolées lyriques pour décrire cette nature somptueuse du Montana ou les paysages désolés de l’aride Texas. Bonne description aussi des mœurs locales avec des torrents d’alcool ingurgités par Milo et ses acolytes au fil des pages quand la bière se boit par packs el le whiskey par bouteilles entières. Le lecteur attrape une cuite rien que en lisant le livre. La drogue dure est aussi consommée en permanence par Milo. Il faut dire que le personnage roule sur l’or, même si en grande partie c’est de l’argent sale.

J’ai eu du mal avec la trame, mais il paraît que c’est la règle : elle est cahotante et les personnages surgissent inopinément  et le lecteur a du mal à les situer…Dans ce livre il y a une intrigue compliquée et pas claire au sens cartésien; mais la richesse du livre est ailleurs : le descriptif de personnages attachants et hauts en couleur locale ainsi qu’un descriptif des lieux géographiques entre le Texas et le Montana.

Milo est un ancien policier devenu privé assez miteux. Dans ce tome il a atteint un âge vénérable et se coule des jours pas tout à fait heureux avec Betty, une femme assez vénéneuse. Il sera contacté pour retrouver deux personnes; il sera grassement payé mais le pauvre Milo va cumuler un nombre incalculable d’agressions physiques. Il tient le coup en se soûlant méthodiquement et en avalant de la codeine et sniffant de la drogue en permanence. Il est toujours armé  et passe son temps à acquérir des armes de tout calibre qu’il connaît à la perfection et qu’il planque à droite et à gauche. Il y a un nombre incroyable de morts, à croire que ils sont encore à la période du wild wild ouest. Il y a plus de morts que dans un western, c’est sûr.

Chouette roman, ultra noir et corsé qui donne une bonne idée de l’Amérique profonde armée jusqu’aux dents et prête à dégainer. C’est désabusé et très inquiétant. Coup de chapeau au traducteur Philippe Garnier qui a su restituer le langage si savoureux et coloré de Crumley.

Un exemple du style…Une grande bringue de serveuse avec un sourire comme une calandre de Buick est arrivée à notre table et a attendu que j’enlève l’étui gris qui contenait les portables pour pouvoir poser nos drinks devant nous, des trucs géants parce que c’était happy hour. Elle voulait ouvrir une ardoise, proposer des assiettes d’amuse-gueule, se faire bien voir pour le pourliche, et peut-être même nous raconter sa vie. Des fois les gens d’ici sont si foutrement amicaux que ça me fait grimper aux rideaux. J’ai jeté un billet de cinquante tout froissé sur le plateau et lui ai dit de garder tout. Quand elle m’a gratifié du sourire, j’ai cru que la Buick allait me rentrer dedans…

Le roman se passe entre le Texas et le Montana, James Crumley était originaire du Montana et à la fin du livre il nous fait savoir combien Milo Milodragovitch, tout cabossé et mariné par les litres d’alcool ingurgités, est heureux de retourner dans le Montana tout en espérant plus jamais devoir revenir au Texas.

LA CONTRÉE FINALE, Gallimard La Noire 2002,  ISBN 2-07-049935-9

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