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Couleurs de l’incendie (2) de Pierre Lemaitre

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Pierre Lemaître est un scénariste et romancier français (Paris 1951) avec une formation de psychologue; il connait un grand succès depuis le Prix Goncourt  2013 avec un roman noir picaresque Au revoir là haut (2013) qui fera partie d’une trilogie avec Couleurs de l’incendie (2018) et Miroir de nos peines (2020) . En dehors du prestigieux Goncourt, ce livre a reçu une huitaine d’autres prix,  un beau et mérité succès. Les livres de Lemaitre sont en cours de traduction dans plus de trente langues.  Et ses polars ont été primés plusieurs fois . Il vit de sa plume depuis 2006.

Tous les livres de Pierre Lemaitre ont été commentés dans ce blog; aucun ne m’a déçu et j’aime son style assez particulier, entre ironie et drôlerie avec un sens inné de la trouvaille et des phrases qui font mouche.

Le premier tome de la trilogie Au revoir là haut (2013) fût d’une lecture éblouissante, et le livre commenté en septembre 2016 . Un très bon film est sorti en 2017 avec  Albert Dupontel comme réalisateur, film qui a reçu le César de la meilleure adaptation ainsi que d’autres nominations.

Couleurs de l’incendie est un vrai page-turner car la lecture vous happe dès la première page avec des personnages solidement bâtis. Cette fois nous suivrons les tribulations de Madeleine Péricourt la seule héritière du milliardaire Marcel Péricourt et dont le frère, Edouard, une « gueule-cassée » de la guerre 14-18 connaitra une fin dramatique à la fin du premier tome.

Dans le premier tome Madeleine avait épousé l’affreux Henri d’Aulnay-Pradelle, homme d’affaires véreux  avec lequel elle aura un fils, Paul. Au moment de la narration le corrompu Pradelle croupit en prison. Jusque là, Madeleine Péricourt avait été gâtée par la vie, ne s’intéressant à rien dans les affaires de son père ni s’occupant de son fils Paul non plus. Or, le petit Paul est laissé dans les mains d’un répétiteur qui l’instruit à domicile. À la mort du patriarche, son fondé de pouvoir, Gustave Joubert, centralien de formation aura des vues sur l’esseulée Madeleine, qui le voit toujours comme un subalterne.

Nous sommes dans la post guerre 14-18 et les magouilles vont bon train, que ce soit au niveau industriel ou au niveau politique (déjà). Les impôts accablent ceux qui en payent (déjà!). Puis le krach boursier de 1929 arrive et beaucoup de fortunes se défont. Mais il n’y a pas que Henri Pradelle comme ripou, car Charles Péricourt, frère de feu Marcel Péricourt, est un parlementaire retors et vénal, président d’une commission parlementaire chargée de la lutte contre l’évasion fiscale ! (Comment ne pas penser à des affaires plus récentes et vite enterrées).

Voilà Madeleine Péricourt dans la panade avec des déboires personnels (le fils) et « l’aspiration » de sa fortune par des délits d’initiés. Cette femme déclassée fera face d’une drôle de façon, pour le moins inattendue de la part d’une femme si veule jusque là et se fera aider par un ancien employé de son ex mari. La vengeance est un plat qui se mange froid… nous en avons ici un bel exemple.

Les personnages de Lemaitre sont parfaits et profondément esquissés, c’est un régal que de les suivre dans leurs péripéties. Mais vers la page 300 j’ai ressenti un certain relâchement, vite repris dans la partie finale du livre. J’ai trouvé aussi que la relation de Madeleine avec Léonce sonnait faux car comment faire confiance à une femme prête à tout pour avoir de l’argent sans aucun jugement moral sur ses actions ? Est-ce que la trame de l’histoire nécessitait des accointances solides entre ces deux femmes si distinctes ? Puis ce petit Paul, accablé de tous les maux devient presque normal, à la fin du livre…Malgré ces quelques points faibles, quel souffle romanesque, quel entrain. Une bonne et distrayante lecture, à quand le film ?

Le titre du roman se retrouve dans deux passages. Page 299 au déclenchement d’un incendie…parce que les lueurs de l’incendie se virent depuis la route au moment où ils reprenaient le chemin vers Paris…Aussi page 383, en pleine révolte nationale contre l’impôt (1933)… le gouvernement observait avec inquiétude les couleurs de cet incendie qui gagnait sans cesse du terrain…

COULEURS DE L’INCENDIE, Livre de Poche N° 35288 (PL 2018),  ISBN 978-2-253-10041-6

Le braconnier du lac perdu (3) de Peter May

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Peter May est un romancier et scénariste pour la TV de nationalité écossaise (Glasgow 1951) résidant en France et naturalisé français depuis 2016.

Il a écrit une trilogie écossaise qui a connu un énorme succès: le premier tome est L’île des chasseurs d’oiseaux (The Blackhouse 2009) un livre trois fois primé: le Prix Les Ancres noirs 2010, le Cezam Prix 2011 et le Prix Barry 2013, c’est un livre qui m’a beaucoup plu par la force des éléments naturels mis en relief et l’histoire qui va avec; j’ai commenté ce livre en octobre 2019. Le deuxième tome est L’Homme de Lewis (The Lewis Man, 2012) aussi très impressionnant par cette nature impérieuse autour des Iles Hybrides, quoique l’intrigue m’ait moins envoûté que dans le premier tome; j’ai commenté ce deuxième tome en novembre 2019.

Le braconnier du lac perdu (The Chessmen 2013) est le troisième et dernier volet, il a reçu le Prix polar international de Cognac 2012. On retrouve MacLeod, ancien policier, revenu sur l’ile de Lewis pour se ressourcer; il reprend et retape la maison délabrée de ses parents et renoue des relations avec Marsaili quoique la passion n’y est plus.

En tout cas, à l’occasion d’un phénomène local naturel absolument inouï, et de plus, auquel il a assisté, un cas d’assassinat datant d’il y a 18 ans va refaire surface.

Le phénomène local dont je fais allusion est la disparition d’un loch de 1 Km et demi de long, 800 mètres de large et entre 15-20 mètres de profondeur. Ils appellent cela « une poussée de tourbière », c’est à dire que après une longue période sans pluie, la tourbe en surface sèche et se craquelle, devenant  imperméable. La plupart des lochs reposent sur de la tourbe qui elle repose sur le gneiss de Lewis; ils sont souvent séparés par des crêtes constituées d’un matériau moins stable. Et si la période de sécheresse est suivie de fortes pluies, l’eau s’engouffre dans les craquelures de la tourbe et crée un lit de boue sur le soubassement rocheux. Ainsi dans ce roman, on explique que la tourbe située entre les lochs a glissé sur de la boue et le poids de l’eau contenue dans le loch supérieur a pulvérisé l’amphibolite et tout s’est déversé dans la vallée inférieure.

Du coup, dans le roman, on va découvrir un corps à intérieur d’un petit avion qui était au fond du loch.

Macleod n’est plus policier mais travaille pour la sécurité d’un riche propriétaire terrien qui se fait braconner sans vergogne et à grande échelle (parce que à petite échelle et pour la consommation personnelle il existe une certaine tolérance). Il sera mêlé à l’histoire qu’il le veuille ou non parce que dans cette île tout le monde connaît tout le monde.

Que les relations sont compliquées entre les îliens, difficiles, ardues, parfois violentes. Ils se connaissent tous et connaissent tout sur chacun.

Petit à petit on va progresser pour élucider le cas, mais il y aura autour une infinité de situations très compliquées. Il y a dans ce troisième volet des situations qui découlent du tome précédent, voire du premier. Il est préférable de les lire dans l’ordre.

Le théâtre naturel de la trilogie est toujours aussi fascinant. Et c’est tellement bien décrit que l’on entend presque souffler le vent par bourrasques et marteler la pluie dehors. Toutes les cheminées fonctionnent avec de la tourbe séchée et l’âtre dégage, paraît-il, une odeur tout à fait particulière. Il y aurait sur les Hébrides de gros morceaux de gneiss vieux de 4 milliards d’années, depuis la dernière ère glaciaire.

Peter May sait décrire ce monde et en tirer de la poésie :…le temps que Fin Macleod rejoigne Uig, le lendemain de sa confrontation avec Whistler dans le bar, le vent était monté à force six ou sept. Mais il était encore anormalement chaud et des vents atmosphériques encore plus violents avaient aminci les nuages en d’étranges mèches et toupets, comme des plis de gaze voilant le soleil…

J’ai trouvé que la fin du livre était poussive, épaisse et j’avais hâte d’en finir avec l’histoire malgré la beauté des lieux.

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Loch Ròg, Hébrides Extérieures.

 

LE BRACONNIER, A vue d’oeil 2013 (PM 2013),  ISBN 978-2-84666-752-4

Ainsi passe la gloire du monde de Robert Goolrick

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Écrivain américain (Virginie 1948) venu tardivement à la littérature pour devenir un grand dès le départ.

J’ai publié 3 billets en septembre 2012 sur 3 de ses livres : Féroces (2007) un roman autofictionnel dévastateur sur son enfance, A reliable wife (2009) un belle et forte histoire et Arrive un vagabond (2012) inspiré sur des faits réels survenus en Russie mais transposés en Virginie.

Ainsi passe la gloire du monde c’est le titre en français (cette manie des titres longs) de Prisoner, écrit et paru uniquement pour la France considérée comme « une terre d’asile littéraire ».

C’est un livre autofictionnel qui vient clore une trilogie autofictionnelle après Féroces et La Chute des Princes (non lu)  qui  reçut le Prix Fitzgerald 2015.

J’ai eu du mal à m’accrocher au début car il me semblait décousu, avec des souvenirs primesautiers, un peu à l’emporte pièce comme émanant d’un cerveau un peu sénile.

Nous n’avons pas ici une histoire linéaire mais bien une suite d’évènements sous la forme de souvenirs autour du personnage narrateur Rooney, un alter ego de l’écrivain; on a par moments l’impression qu’il veut brouiller les pistes car il ne va jamais jusqu’au fond des nombreuses histoires qui jalonnent sa vie.

Rooney a été un Golden Boy des années 80, puis il a été éjecté de La Firme et on ne saura pas pourquoi. Sa vie fut électrique et vaine. Il se retrouve complètement seul et malade avec pour seule compagnie celle de son chien fidèle Judge; c’est un ange déchu qui se remémore sa vie. Le choc ressenti dans Féroces ressort à nouveau dans ce tome, un traumatisme de l’enfance dont personne  ne peut se départir, comme une marque au fer rouge. Terrible.

Rooney s’en prend à Trump ouvertement, il le ridiculise à outrance, il l’accuse de mener son beau pays au suicide et aussi, de trahison nationale; il ne lui fait aucune concession et lui trouve des noms ravageurs : Despotrump, Dévastatrump, Ventripotrump, etc. Page 99…mais tout ce que touche Trump meurt, chaque jour, des Américains se suicident, à chaque heure, aux antalgiques et à l’alcool, ou dans des voitures qui roulent trop vite. Ils fabriquent de la meth dans leurs bouges de pèquenauds. Il n’y aura pas d’autre vie que celle-ci, avec le Gros Lard orange, un type qui ne sait même pas boutonner sa veste ou nouer sa cravate, avec son gros bide, ses tricheries au golf, ses mensonges sans fin, qu’il répète ad nauseam, un type qui ignore tout de l’histoire, du protocole, ou même de la décence la plus élémentaire.

Un livre sombre et désabusé et qui donne l’impression que ce grand pays est en ce moment un bateau ivre. On comprend que ce livre n’ait pas été publié aux EEUU.

AINSI PASSE LA GLOIRE, Éditions Anne Carrière 2019,  ISBN 978-2-8433-7961-1

L’amour fou d’André Breton

Afficher l’image source André Breton fut un écrivain et poète français (Tinchebray(Orne) 1896-Paris 1966), le principal théoricien et fondateur du surréalisme.

Le surréalisme, ce mouvement artistique du XXè qui utilisa toutes les forces psychiques libérées du contrôle de la raison et qui luttent contre les valeurs reçues. André Breton fut le seul artiste avec Benjamin Péret à avoir appartenu toute sa vie au mouvement.

La littérature du surréalisme est particulière car c’est une écriture automatique qui cherche à échapper aux contraintes de la logique laissant s’exprimer la voix intérieure inconsciente. On écrit ce qui vient à l’esprit sans s’occuper du sens. L’objet est de déconnecter l’esprit, c’est une écriture sexualisée parce que l’acte sexuel libère nos pulsions. C’est en 1934 que se confirme l’audience internationale du surréalisme.

L’Amour fou  a été écrit entre 1934-36 et publié en 1937; tout de suite après sa rencontre avec Jacqueline Lamba le 29 mai 1934. Ce tome vient conclure une trilogie débutée avec Nadja (1928) puis Les vases communicants (1932). L’Amour fou relate des expériences vécues après sa rencontre avec Jacqueline Lamba, personnage principal et muse absolue du livre, sa deuxième épouse, qu’il épousa 3 mois après leur rencontre. Une femme très belle et talentueuse (peintre, décoratrice) surnommée « Quatorze-Juillet » par sa personnalité marquée.

L’Amour fou est un livre d’à peine 175 pages dans cette édition de poche, mais richement illustré avec des photos d’artistes de premier plan comme Man Ray, Brassaï, Dora Maar, etc. Ce fut une lecture ardue, difficile à suivre, mais à ressentir. Sauf le dernier chapitre du livre, celui dédié à la fille qu’il eut avec Jacqueline Lamba, née en 1935.

On ne peut pas résumer un tel ouvrage pour les raisons invoquées dans le troisième paragraphe. Cette lecture nécessite concentration, mais même ainsi il ne reste rien après lecture, rien que la logique cartésienne puisse analyser ni décortiquer.

Regardons de près le texte, chapitre III: C’est à la récréation de cet état particulier de l’esprit que le surréalisme a toujours aspiré, dédaignant en dernière analyse la proie et l’ombre pour ce qui n’est déjà plus l’ombre et n’est pas encore la proie: l’ombre et la proie fondues dans un éclair unique. Il s’agit de ne pas, derrière soi, laisser s’embroussailler les chemins du désir. Rien n’en garde moins, dans l’art, dans les sciences, que cette volonté d’applications, de butin, de récolte.

C’est sur le modèle de l’observation médicale que le surréalisme a toujours proposé que la relation en fût entreprise. Pas un incident ne peut être omis, pas même un nom ne peut être modifié sans que rentre aussitôt l’arbitraire. La mise en évidence de l’irrationalité immédiate, confondante, de certains événements nécessite la stricte authenticité du document humain qui les enregistre.

Seule l’adaptation plus ou moins résignée aux conditions sociales actuelles est de nature à faire admettre que la fantasmagorie de l’amour est uniquement fonction du manque de connaissance où l’on est de l’être aimé, je veux dire passe pour prendre fin de l’instant où cet être ne se dérobe plus. Cette croyance à la désertion rapide, en pareil cas, de l’esprit, en tout ce qui regarde l’exercice de ses facultés les plus exaltantes et les plus rares, ne peut naturellement être mise au compte que d’un reliquat le plus souvent atavique d’éducation religieuse, qui veille à ce que l’être humain soit toujours prêt à différer la possession de la vérité et du bonheur, à reporter toute velléité d’accomplissement intégral de ses désirs dans un « au-delà » fallacieux qui, à plus ample informé, s’avère, comme on l’a fort bien dit, n’être d’ailleurs qu’un « en-deçà ».

L’insolite est inséparable de l’amour, il préside à sa révélation aussi bien en ce qu’elle a d’individuel que de collectif. Le sexe de l’homme et celui de la femme ne sont aimantés l’un vers l’autre que moyennant l’introduction entre eux d’une trame d’incertitudes sans cesse renaissantes, vrai lâcher d’oiseaux-mouches qui seraient allés se faire lisser les plumes jusqu’en enfer.

Prose incandescente, assez absconse, née d’un intense prurit cérébral.

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Jacqueline Lamba la muse de l’Amour fou

L’AMOUR FOU, Folio N° 723, 1997 (AB 1937),  ISBN 2-07-036723-1

L’île des chasseurs d’oiseaux (1) de Peter May

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Peter May est un romancier et scénariste pour la TV de nationalité écossaise (Glasgow 1951) résidant en France,  naturalisé français en 2016.

L’île des chasseurs d’oiseaux (The Blackhouse 2009) est le premier tome de la trilogie écossaise, un livre primé par le Prix Les Ancres 2010, le Cezam Prix 2011 et le Prix Barry 2013. Les deux tomes suivants sont L’Homme de Lewis (2012) et Le Braconnier du lac perdu (2013).

L’île aux chasseurs d’oiseaux est classé roman noir, policier, mais ce livre est infiniment plus que cela. Il y a une histoire policière avec un crime à élucider, un crime assez sauvage d’ailleurs, mais il y a aussi l’histoire personnelle très forte du policier envoyé de Glasgow pour résoudre ce crime et puis il y a surtout un descriptif magnifique de cette partie reculée du monde, les îles Hébrides extérieures au nord ouest de l’Ecosse.

Le policier en charge (partielle) de l’enquête est originaire de l’île de Lewis faisant partie de l’archipel et il s’est battu pour quitter  cette île. Cela fait 18 années que Finlay (Fionnlagh) Macleod alias Fin, est parti de Lewis et son retour lui fait revivre un passé difficile, semé de faits douloureux qu’il préférerait oublier, enterrer au plus profond de sa mémoire. Mais l’enquête policière fera qu’il devra raviver beaucoup de souvenirs anciens et côtoyer des gens resurgis d’un passé lointain.

De plus Macleod vient de vivre, un mois avant les faits, un deuil très proche et son mariage sombre pour de bon.

La vie sur l’île est assez confinée, ce qui est inéluctable. Les gens se  côtoient trop longtemps, ils vivent en circuit fermé et se connaissent trop bien pour pouvoir prendre de la distance par rapport aux évènements. Ce qui rend les rapports humains difficiles, abrupts, avec un climat infernal, des pluies violentes, des vents quasi permanents. Tout ceci favorise le fait que certains noient dans l’alcool leur spleen, leur désespoir, leur ennui. La consommation des pintes de bière ou whisky n’arrangent pas les échanges entr’eux (page 52:…rien à faire sur l’île, ou pas grand chose. Le poids de la religion, une économie en déroute, un chômage élevé. Un alcoolisme très répandu et un taux de suicide bien au-delà de la moyenne nationale).

Macleod aura du mal à progresser dans l’enquête mais il va y arriver, aidé par d’autres îliens et bien que desservi par son supérieur. En même temps il devra faire face à quelques vérités qu’il ignorait du fait de cet éloignement prolongé.

Les coutumes sont rudes par cette latitude, notamment la coutume ancestrale de la chasse aux oiseaux sur le rocher de An Sgeir dont le début remonte à la nuit des temps; c’est une véritable initiation pour tout mâle de l’île et un honneur d’y participer, même si le plus souvent c’est au péril de sa vie. Chaque année 12 heureux élus partent par voie de mer (presque une journée de voyage) sur le rocher afin de chasser environ 2000 bébés « guga », comme ils appellent en gaélique les bébés des fous de Bassan; cette expédition dure 15 jours et chaque étape est rituelle et bien codifiée. Le groupe revient avec les volatiles dépecés et conservés dans de la saumure pour le régal des villageois. Mais le danger  physique est bien réel puisque An Sgeir est un rocher calcaire, très glissant, battu par les vents, entouré de falaises, colonisé par des milliers d’oiseaux assez agressifs envers ces chasseurs.

Cette coutume ancestrale,  Macleod dût la subir autrefois et ce fut à l’origine d’un changement radical dans sa vie ainsi que dans celle de son ami d’enfance Artair.

Ce livre est envoûtant par la découverte du monde gaélique, avec des noms imprononçables qui nécessitent presque une traduction à l’anglais pour être compris. Il est envoûtant par la description extraordinaire de la nature environnante, farouche mais d’une beauté du début du monde, à couper le souffle, que ce soit le ciel, la mer ou la terre. Les habitants de cette contrée portent en eux une telle force, une telle présence, une telle aura de sincérité que le lecteur se sent petit et recroquevillé devant leur vécu.

Le titre original en anglais (Blackhouse) fait état de quelque chose d’important dans le récit, car c’est le nom qu’ils donnent aux maisons locales datant apparemment des années 20: des maisons aux murs en pierre chaulés de blanc ou en béton et des toits en ardoise, tôle ondulée ou de feutre bitumé; ces maisons sont venues remplacer les anciennes avec des murs en pierres sèches avec un toit de chaume où cohabitaient hommes et bêtes.

Difficile d’écrire un billet à la hauteur du livre sans tomber dans le spoiler car il se passe des choses assez terribles dans la narration. C’est un roman magnifique, fort, bien écrit (Bravo au traducteur Jean-René Dastugue qui a su lui donner tout ce climax sublime), aux rebondissements subtilement dosés jusqu’à une fin que j’ai adoré car c’est une porte ouverte vers autre chose. Il faut continuer avec L’homme de Lewis dès que possible.

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Le rocher d’An Sgeir, temps fort dans ce roman.

L’ÎLE DES CHASSEURS D’OISEAUX, Babel Noir 2011 (PM 2009),  ISBN 978-2-330-00133-9

La légende de Santiago de Boris Quercia (La sangre no es agua)

Résultat de recherche d'images pour "boris quercia la légende de santiago" Boris Quercia est un écrivain, acteur, réalisateur, producteur et scénariste chilien (Santiago 1967), auteur d’un film qui connut du succès en 2004 « Sexe avec Amour ».

Il est l’auteur d’une trilogie avec l’enquêteur Santiago Quiñones. Le premier tome Les rues de Santiago (2010) est un excellent polar ultra noir et réaliste au sein de la grande ville qui est Santiago du Chili. Le deuxième opus Tant de chiens (2015) a obtenu le Grand Prix de Littérature policière Étrangère 2016 en France et le Grand Prix du Festival de Beaune de la même année.

Le troisième tome et dernier est La légende de Santiago paru en 2018 en France et  seulement en 2019 au Chili sous le titre de La sangre no es agua. Ils est excellent dès la première page, trépidant et ultra noir. Cela faisait longtemps que je ne lisais pas un polar aussi irrémédiablement noir.

Au début du livre nous lisons une drôle de phrase écrite en croate, krv nije voda, qui veut dire le titre en espagnol du livre: le sang n’est pas de l’eau.

Une série est en cours de préparation pour la TV chilienne sous le titre de Tira (détective de la Police) avec l’acteur Tiago Correa dans le rôle principal en 8 chapitres.

Dans ce polar, écrit comme un scénario nous assistons à la dégringolade du flic Santiago Quiñones avec une vision tragique du monde globalisé. Le centre-ville de Santiago du Chili  est colonisé par des hordes d’étrangers nécessiteux qui vivotent sans papiers et appartiennent assez souvent à des mafias et pratiquent la délinquance. La corruption gronde partout  y compris au sein de la police (devrais-je dire surtout?).

Santiago Quiñones est en plein burn-out, il est à côté de la plaque dans tout ce qu’il touche :  avec le cas de sa mère, avec ses collègues, avec la dépendance à la coke, avec sa compagne Marina l’infirmière. Chaque pas, chaque situation vécue, l’enfoncent un peu plus dans le néant alors qu’il est devenu une légende seulement pour les autres. Et le sujet profond du livre est la vie de Santiago Quiñones totalement à la dérive avec une possibilité de rédemption avec son sang ( le don éventuel à son demi frère Gustavo).

Un très bon polar à lire même s’il laisse KO et un mot pour la traductrice Isabel Siklodi qui a su rendre le texte tellement en adéquation avec l’histoire.

LA LÉGENDE DE SANTIAGO, Asphalte 2018,  ISBN 978-2-918767-82-4

Ragdoll de Daniel Cole

Résultat de recherche d'images pour "daniel cole ragdoll" Daniel Cole est un écrivain britannique né en 1984 qui vit à Bournemouth. Ragdoll est son premier roman avec déjà une suite en librairie L’appât (Hangman, 2018).

Ragdoll est un thriller écrit comme un script de cinéma, trépidant et assez compliqué par moments. L’on ne s’ennuie pas mais on peut par moments se sentir agacé par une intrigue assez compliquée. Le titre resume le noeud gordien de ce polar : poupée de chiffon (ragdoll), le cadavre en 6 morceaux autour duquel s’emmanche l’action.

Nous sommes à Londres, au sein de la Police qui s’occupe des homicides. Une vedette de cette police c’est William-Oliver Layton-Fawkes, alias Wolf, qui a été suspendu de ses fonctions lorsque à la fin d’un procès retentissant, l’accusé (27 meurtres de 27 gamines en 27 jours) est déclaré innocent . Alors Wolf, persuadé de sa culpabilité lui saute à la gorge et essaye de le tuer ce qui lui vaudra 4 années de suspension et l’internement dans un hôpital psychiatrique…Et l’innocenté accusé va récidiver…Ce qui vaudra à Wolf d’être réintégré au sein de sa brigade.

Cette brigade de police londonienne est bien particulière car ils sont tous des anti-héros patentés, tous.

Déjà le pauvre Wolf n’est pas en odeur de sainteté. Sa co-équipière Emily Baxter non plus, avec son mauvais caractère, son penchant pour la divine bouteille et son amour non partagé pour Wolf…Les autres aussi  sont tous des personnages extrêmes : à la base, ils peinent au boulot et vers le haut de la hiérarchie, la seule chose qui compte est l’image que la police donne aux politiciens (contenter tout le monde coûte que coûte, ô démagogie des temps modernes). De plus, l’ex femme de Wolf, Andrea Hall, est une journaliste prête à tout pour grimper dans le métier, avide de scoops et tiraillée entre éthique personnelle et intérêt professionnel.

Puis, très rapidement surgit un nouveau cas (qui donnera le titre au polar): un cadavre grossièrement recousu comportant 6 morceaux différents en provenance de six personnes différentes. La tête émane du serial killer innocenté par la justice 4 années auparavant ( chic, il y a justice immanente, alors?). Ce qui est confondant c’est que le cadavre recomposé darde un doigt accusateur vers l’appartement de ce pauvre Wolf qui habite, comme par hasard, juste en face dans un quartier plutôt pourri.

Andrea Hall va recevoir une enveloppe contenant des photos macabres et aussi une liste de 6 personnages que le tueur en série condamne à mourir en précisant la date et l’heure. De la part des forces de police,il va s’engager une course contre la montre pour trouver le tueur et ce d’autant que la sixième personne sur la liste est Wolf ! (18 jours chrono pour résoudre le cas).

Le thriller n’est pas du tout gore et en général les scènes sont assez correctes et ne dégoûtent pas le lecteur. Tout au plus on lira qu’il y avait une « mare de sang », ce sera le maximum de l’évidence. En revanche, et c’est là que le thriller est sympathique, il y a beaucoup d’humour et le lecteur a l’occasion de se dilater la rate.

L’auteur, Cole, fera réfléchir le lecteur en essayant de le mener dans des sentiers tortueux et finalement les découvertes des crimes et du tueur seront révélées à la fin.

On ne s’ennuie pas dans ce roman mais il reste des énigmes non expliqués comme par exemple où son passés les 6 macchabées servant au montage de la poupée de chiffon? Tout de même, six corps disparus…Le serial killer à la fin du livre apparaît comme sorti de la cuisse de Jupiter, personne ne l’attendait celui-là…Le serial killer semblait trop bien informé sur les mouvements de la police; qui en était l’informateur ?

RAGDOLL, Pocket 17007(DC 2017),  ISBN 978-2-266-27657-3