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Du sang sur la glace de Jo Nesbø

Jo Nesbø est un écrivain et scénariste norvégien (Oslo 1960), auteur de polars et de livres pour la jeunesse. Son héros récurrent est l’inspecteur Harry Hole, un stéréotype d’inspecteur entre ours-alcoolo-tabagique et loup solitaire qui utilise des méthodes peu orthodoxes pour résoudre les cas, mais qui néanmoins est le meilleur dans sa branche. Les épisodes peuvent se dérouler en Norvège ou à l’étranger.

L’auteur Jo Nesbø a vendu plus de 34 millions d’exemplaires de par le monde et il a été traduit dans plus de 50 langues. C’est tout à fait impressionnant.

J’ai déjà commenté 5 autres opus de Nesbø,  en suivant scrupuleusement la chronologie de la série avec l’inspecteur Harry Hole (aussi électron libre que Harry Bosch mais plus alcoolique), sauf pour le tome N°11 lu en premier et qui m’a donné envie de les lire dans l’ordre.

Du sang sur la glace (2015) est un tout petit opus de 170 pages qui se lit en une soirée et qui n’a rien à voir avec le décor ni la série de Harry Hole. Nous avons une intrigue non policière (la flicaille se repose ici, une fois n’est pas coutume, dame) avec un sicaire à solde pour un parrain de la drogue (héroïne) et de la prostitution à Oslo. Ce sicaire est particulier car il est dyslexique et il tombe amoureux de ses victimes. De plus, l’argent ne l’intéresse pas car il le distribue, éventuellement aux victimes. Il veut se faire appeler « l’expéditeur », car il expédie à tout va pour l’autre monde et il se resume ainsi : je n’arrive pas à rouler lentement, je suis soft comme du beurre, je tombe bien trop facilement amoureux, je perds la tête quand je suis furieux et je suis mauvais en maths.

Cette fois le boss va lui commander l’assassinat de sa femme, car elle le trompe.

Nous assisterons à des scènes à la limite loufoques, un peu à la Tarantino, mais non dénuées d’hémoglobine et avec un réel suspense.

Pas mal ce petit opus. Divertissant et avec une fin tout à fait morale.

DU SANG SUR LA GLACE, Folio policier N°793,  ISBN 978-2-07-046899-7

L’homme chauve-souris (1) de Jo Nesbø

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  Jo Nesbø est un écrivain et scénariste norvégien (Oslo 1960), auteur de polars et de livres pour la jeunesse. Son héros récurrent est l’inspecteur Harry Hole, un stéréotype d’inspecteur entre ours-alcoolo-tabagique et loup solitaire qui utilise des méthodes peu orthodoxes pour résoudre les cas, mais qui néanmoins est le meilleur dans sa branche. Les épisodes peuvent se dérouler en Norvège ou à l’étranger.

L’auteur Jo Nesbø a vendu plus de 34 millions d’exemplaires de par le monde et il a été traduit dans plus de 50 langues. C’est tout à fait impressionnant.

Un film est sorti en novembre 2017 sur son livre Le Bonhomme de neige (2007) avec Michael Fassbinder dans le rôle d’Harry Hole; c’est le septième opus avec ce détective.

J’ai commenté en mars 2018 mon premier Harry Hole: La Soif, qui correspond au dernier tome paru, soit le 11ème de la série. Je dois dire que j’en suis restée passablement impressionnée et que je souhaitais en lire d’autres…Voilà, c’est fait et cette fois en commençant par le premier de la série qui date de 1997. En règle générale j’évite de lire deux livres du même auteur de façon rapprochée afin d’éviter les redites.

L’homme chauve-souris m’a surpris par le changement de style, ce n’est pas du tout le même style que dans La soif, mais 20 années sont passées par là et Nesbø, naturellement, a dû affiner un style que j’ai trouvé affuté au scalpel dans le 11ème de la série.

Dans L’homme chauve-souris l’inspecteur Harry Hole doit partir en Australie aider des collègues australiens afin de résoudre le meurtre d’une jeune norvégienne sauvagement assassinée.

Nous saurons que Hole sort d’un sérieux problème d’alcoolisme:  sa hiérarchie ne peut l’ignorer car Hole, ayant été passablement imbibé le jour d’une poursuite en voiture, fût à l’origine d’un accident ayant occasionné plusieurs morts dont un collègue et ami…Voilà une casserole plus que lourde à porter…De plus ce cher inspecteur sort meurtri d’une histoire d’amour avec celle qui fut la compagne de son meilleur ami…Oh la la la, too much pour un même mec.

D’où l’empressement de la hiérarchie à l’envoyer aux antipodes résoudre un cas qui implique une jolie compatriote. Imaginez du peu, envoyer un homme du grand froid dans une contrée très chaude, cela ne manque pas de conséquences…

A partir du moment où Harry Hole débarque en Australie, le livre se transforme plus ou moins en guide touristique avec force descriptions de lieux, des us et des coutumes locaux, des comparaisons en tout genre. Ce n’est pas du tout inintéressant, mais le polar est oublié au profit des informations en tout genre, et l’enquête devient quelque peu mollassonne.

Pour ceux qui seraient intéressés par l’Australie, je conseille vivement l’ouvrage de l’américain Bill Bryson Nos voisins du dessous qui charrie des tonnes d’informations sur l’Australie dans un ton par moments désopilant !

On va apprendre plus sur la vie et les états d’âme de ce pauvre Harry Hole que sur cette affaire de meurtre qui est en fait bien plus compliquée qu’elle ne semblait au début. Déjà on perçoit le talent de Nesbø pour brouiller les pistes au lecteur…

Il y a aussi par moments pas mal d’humour ce qui m’a paru délectable. Par exemple, la scène avec le marsupial appelé diable de Tasmanie, une race assez coriace, l’équivalent chez nous du rottweiler ou quelque chose comme ça et dont le propriétaire l’avait transformé en végétarien quoique gardant son naturel agressif. Ou quand Harry Hole se fait inviter dans un bon restaurant par un collègue australien qui lui explique que « les serveurs, ici, sont à l’instar de Pluton. Ils gravitent aux confins de l’espace, n’apparaissent que tous les vingt ans et, même à ce moment là, ils sont invisibles à l’oeil nu« . Il y a comme cela plusieurs situations ou des commentaires pleins de drôlerie.

Quand Nesbø écrit sur la Norvège il fait parler Hole et il règle ses comptes…Harry parla des fjords, des montagnes et des gens qui s’étaient installés quelque part entre les deux. D’unions, d’oppressions, d’Ibsen, de Nansen et de Grieg. De ce pays si septentrional qui se considérait comme un peuple industrieux et visionnaire mais qui faisait davantage penser à une république bananière. Ce pays qui possédait des forêts et des ports quand les Hollandais et les Anglais avaient besoin de bois, qui avait des chutes d’eau quand on avait découvert l’électricité, et où, pour couronner le tout, on trouvait du pétrole en creusant au petit bonheur (page 212)

Une lecture intéressante, pas tant sur le cas policier que sur les débuts de cet auteur talentueux que je continuerai à découvrir. Cap sur le tome 2 !

L’HOMME CHAUVE-SOURIS, Folio Policier 366 (2017)(JN 1997),  ISBN 978-2-07-270807-7

Le cercueil de pierre de Kjell Eriksson

 

 

Écrivain suédois de romans policiers (Uppsala 1953).
Encore un auteur scandinave de romans policiers, c’est une vraie déferlante. Est-ce que les froids polaires et l’hiver interminable de la Scandinavie sont propices à cette abondante production?

Le cercueil de pierre est le troisième opus mettant en scène la policière Ann Lindell; l’auteur  a reçu en 2002 le Prix du meilleur roman policier suédois pour La princesse du Burundi. Et l’écrivain avait été recompensé en 1999 par le Prix du meilleur Premier roman policier avec le premier tome de cette saga avec Ann Lindell.

Ce livre est plus un roman psychologique que un polar-économique, car nous sommes plus introduits avec force dans la vie privée des policiers de la criminelle d’Uppsala, au sein de la social-démocratie suédoise, que dans les recoins de la trame politico-économico-policière du roman. Le lecteur devient presque voyeur car on lui raconte jusqu’au transit intestinal d’Ann Lindell, la policière aspirante commissaire à qui est confiée l’enquête…( mais si, allez voir page 50). Nous saurons tout sur la triste vie im-personnelle de la policière car la jeune femme n’a pas de vie personnelle: son métier est trop prenant . Elle trouve consolation le soir chez elle autour d’un verre de vin (ou de plusieurs) …Les détails concernant la vie privée des autres collègues sont aussi assez potiniers. Le titre du livre émane du fait que l’on trouvera une jeune femme étranglée pour laquelle l’assassin a bâti un cercueil avec des pierres de son arrière cour. Et tous ces noms suédois de lieux rendent l’assimilation plutôt ardue.

Pour revenir à l’intrigue policière, elle est internationale et concerne les procédures frauduleuses employées par les laboratoires pharmaceutiques sous couverture de « sauver des vies humaines », mais en se servant d’autres vies humaines, ceci sans états d’âme. Alors même que des groupuscules émettent des cris d’orfraie parce que on se sert de nos ancêtres directs, les chimpanzés, pour faire avancer la science…Eh ben…Non, le fond du problème est connu de tous: les laboratoires investissent beaucoup d’argent mais récupèrent largement la mise, largement. C’est l’appât du gain, point barre.

Ce n’est pas le premier polar qui parle de cette pratique. Pour ne vous citer que deux autres livres : Le cerveau de Kennedy de Henning Mankell de 2005 qui relate le trafic de chair humaine servant à l’expérimentation au Mozambique (et le paradoxal Henning Mankell qui a fui une Suède « corrompue » pour s’installer dans une Afrique « vertueuse »…) , ou cet autre polar  Ordinary thunderstorms de William Boyd de 2009, commenté dans ce blog en décembre 2012 ( English version), un vrai thriller et un vrai page turner sur l’industrie pharmaceutique et les nouveaux médicaments.

Livre qui se lit sans déplaisir, qui arrive à maintenir l’attention du lecteur, sans véritable suspense.

LE CERCUEIL DE PIERRE, Babel Noir N° 33, 2008,  ISBN 978-2-7427-8795-1

Betty de Arnaldur Indridason

Indridason, ArnaldurArnaldur Indridason est un écrivain islandais né en 1961 à Reyjavik, diplomé en Histoire, journaliste, scénariste, critique de cinéma et aujourd’hui auteur de polars dont 7 ont été traduits au Français. C’est le créateur de l’inspecteur Erlendur, flic taciturne, adepte des surgelés et des costumes fripés.

C’est avec curiosité que j’ai abordé ce nouvel écrivain de polars, écrivain qui appartient au groupe scandinave. Ce livre, Betty est un roman écrit avant la série du commissaire Erlendur, c’est une œuvre de jeunesse avec une fiction inspirée du Facteur sonne toujours deux fois.

 Ce fut une découverte, d’abord des décors somptueux d’un pays sombre et glaciaire où la glace se mêle au feu pour rendre les décors naturels et inquiétants. J’ai appris que c’est un pays où les gens se tutoient plus facilement que dans nos contrées, peut être que ainsi ils combattent mieux la glaciation ambiante. Nous sommes devant une machination diabolique et une intensité psychologique, parfaitement réussies. Il y a la force du détail, les indices révélés après coup, l’étoffe des personnages principaux, le poids de la culpabilité, le contexte ancré dans une réalité économique (marché de la pêche en Islande), ce sont des éléments qui donnent de l’envergure et de l’intensité au récit.

En bref, c’est l’histoire d’une colossale manipulation; la manipulatrice est Betty, femme vénéneuse et prête à tout pour obtenir ce qu’elle veut. Loin de moi de vous donner la clé de ce roman qui comporte un retournement de situation magistral, vers le milieu du roman, ce qui va constituer le meilleur du livre.  C’est un bon polar sans intrigue policière, mais abordant des aspects plus psychologiques. Et bien sûr, j’ai envie de lire quelques opus du commissaire Erlendur.

Voici un lien pour écouter une présentation du livre qui n’est pas inintéressante:

BETTY, Éditions Point 2011 ,  ISBN  978-2-7578-3044-4

Les chiens de Riga de Henning Mankell

Henning Mankell, est un auteur à succès de romans policiers. Il est d’origine suédoise, mais il a choisi de vivre en Afrique. Il est le chef de file de cette génération d’auteurs de polars scandinaves  qui ont proliféré de façon incroyable et que l ‘on appelle le boom des auteurs scandinaves. J’ai fait la connaissance des livres de Mankell il y a très longtemps, grâce à Corinne L.  Depuis, je crois que j’en ai lu beaucoup, et mon impression est qu’ ils sont inégaux quant au sujet et au suspense. Dans ce blog, j’ai commenté Le chinois aussi de Mankell, en mars 2012.

Les chiens de Riga est un polar a forte connotation politique, entre la Suède et la Lettonie. Le titre comportant le mot chien viendrait du fait que les chiens sont très nombreux à Riga, ils pullulent. Dans ce roman nous suivons une nouvelle enquête en Scanie (comté du sud de la Suède) de l’inspecteur Kurt Wallander, le héros de Mankell, la quarantaine, désabusé, fatigué et découragé, sortant mal d’un divorce et très seul entre son père et sa fille unique avec lesquels  il ne s’entend pas. Et tellement humain. Buvant du café toute la journée pour tenir le coup, se demandant périodiquement s’il ne ferait pas mieux de quitter la police et de passer dans le privé, amateur d’opéras et fan de la Callas …

Dans ce roman, deux cadavres tués à bout portant après  avoir été torturés, sont découverts dans un canot pneumatique que des vents forts ont traîné jusqu’en Suède. Très vite, on apprend qu’il s’agit de deux hommes d’origine russe au casier judiciaire chargé,  en provenance de Lettonie . Les lettons enverront un major de la brigade criminelle de Riga pour aider les suédois dans les  débuts de l’enquête; le major expliquera à Wallander que,  bien que les russes ne représentent que 15% de la population en Lettonie, ils dominent les lettons à tout point de vue car l’implantation de citoyens russes est l’une des méthodes, peut être la plus efficace du communisme de Moscou, pour asservir la Lettonie. Le KGB et la maffia sont liés par des fils invisibles. Le major letton sera assassiné dès son retour en Lettonie et Kurt Wallander est envoyé en mission à Riga pour essayer de découvrir les raisons de cet assassinat. Là bas il fera la connaissance de la veuve du major et  en tombera éperdument amoureux. Pour des raisons purement sentimentales, il voudra aider cette veuve à trouver les mémoires du major qu’il avait cachés soigneusement car ils sont plus que compromettants pour la hiérarchie de la police lettone. Le fond de l’affaire est la drogue avec la prolifération de fabriques d’amphétamines dans les pays de l’Est où le marché de la Suède représente la part la plus convoitée  par les gangs lettons car la côte accidentée du pays est excellente pour la contrebande par voie maritime.

Prétexte pour nous embarquer dans un pays  d’une grisaille infinie, la Lettonie,   où tout est contrôlé d’après le modèle soviétique. De plus,  l’affaire des « Bérets noirs » était récente, les forces spéciales soviétiques avaient tiré sur le bâtiment du ministère de l’Intérieur dans le centre de Riga et tué plusieurs civils dans la fusillade. L’État totalitaire letton avait un aspect fuyant qui rendait infiniment plus difficile la collecte des informations et la constitution d’un ensemble de preuves. Dans ce pays on risque la mort si on parle. On risque la mort si on se tait, ou si on ne dit pas ce qu’il faut, ou si on ne s’adresse pas aux personnes qu’il faut…les dés sont pipés…

Au bout d’une traque incroyable, Wallander réussira à s’approprier des documents nécessaires pour accuser les coupables et à sauver sa peau de justesse. Mais il ne réussira pas à échapper aux flèches de Cupidon, ce qui va le rendre terriblement mélancolique.

Ce livre me rappelle un autre livre, le best seller de la finnoise Sofi Oksanen, Purge, qui a raflé tous les prix dans l’Europe du Nord, et qui raconte l’évolution du stalinisme, du communisme le plus étouffant au post-communisme le plus avilissant et glauque dans une autre république soviétique, l’Estonie. D’autres écrivains nordiques ont jeté des ponts secrets entre une histoire douloureuse et un présent qui balbutie: Stieg Larsson, Arnaldur Indridason…

Un Mankell moyen, avec beaucoup de politique pour faire passer le suspense.

LES CHIENS DE RIGA  1992, ( Éditions du Seuil 2003),  ISBN 2-7441-6780-0